Chapitre 14

Le mardi se déroula sensiblement de la même façon que le jour précédent à quelques exceptions près. Ainsi, à la sortie des cours, May emmena les enfants au centre-commercial après leur avoir fait promettre de bien lui obéir.

Lorsqu'elle voulut mettre Ellie dans le siège enfant, la fillette commença à se débattre comme une furie et May très pragmatique (et elle tenait aussi à ses tympans) la mit dans le chariot, offrant ainsi le siège à Skye qui ne se fit pas prier. Heureusement que les aînés étaient plus sages.

Le but de cette petite virée shopping était de leur trouver des déguisements pour Halloween qui aurait lieu le surlendemain.

Dire que le choix ne fut pas facile serait un euphémisme. Jemma décida d'abord de se déguiser en sorcière et fut la seule à s'en tenir à son choix initial ; Léo qui pensait prendre un déguisement de vampire découvrit un Frankenstein avant de décider qu'il faisait trop peur et se décida pour un costume de mousquetaire ; Grant prit un déguisement d'aventurier, loin du squelette initial ; Skye voulait être en sorcière comme Jemma mais il n'y avait pas sa taille. Elle allait se mettre à pleurer quand May lui proposa un costume d'arlequin. Face à l'habit bariolé, la petite fille cessa toute plainte pour l'étreindre. Par la même occasion, elle parvint on ne sait comment à convaincre Ellie de prendre non pas un costume de pirate mais un costume de Pierrot pour qu'elles se promènent ensemble. Les enfants satisfaits, May put enfin les emmener faire les courses alimentaires et autrement plus importantes.

Lorsqu'ils rentrèrent, Coulson était déjà là et eut le droit à un petit défilé avant de les envoyer faire leurs devoirs.

Les deux adultes profitèrent de l'heure des douches pour tester leur hypothèse et annoncèrent à Ellie qu'elle prendrait sa douche après dîné.

Leur théorie fut confirmée lorsque Coulson sortit avec une petite fille à moitié endormie de la salle de bain. Il la colla dans les bras de May afin d'aller se changer (et il allait devoir envisager de faire les douches en maillot de bain ou au moins en maillot de corps pour ne pas se changer tout le temps). May se dirigea vers la chambre de Skye où elle lut une petite histoire aux deux fillettes. Les autres vinrent s'asseoir sur le tapis pour écouter avant de partir à la fin de l'histoire.

Les plus jeunes couchés, Coulson se chargea de lire une histoire aux plus grands faisant parfois lire quelques passages aux enfants chacun leur tour qui lisaient sans se faire prier, fiers de montrer leurs capacités à l'adulte.

A 20h30, tous les enfants dormaient ou du moins étaient silencieux dans leur lit et Coulson descendit rejoindre May qui travaillait sur la table de la salle à manger.

En passant derrière elle, il fut pris d'une soudaine envie de l'étreindre et d'enfouir son visage dans son cou, et malgré la surprise d'un tel besoin, il parvint à le refouler en secouant la tête. Ils étaient en mission. Ils avaient autre chose à faire et lui en particulier devait préparer un article à publier dans une revue d'histoire, comme stipulé dans son contrat de professeur d'université.

Il s'assied sur une chaise en face de sa coéquipière et laissa sa tête basculer en arrière. Sur quoi allait-il bien pouvoir écrire ?

Il sentit son regard et la regarda.

- Tout va bien, répondit-il face au souci dans ses yeux.

Elle hocha la tête, peu convaincue, avant de replonger dans les comptes de son club, ses longs cheveux bruns coulant de ses épaules et brossant les documents. Sa main droite toujours armée d'un stylo, les ramena derrière son oreille avant de revenir sur la feuille.

May releva la tête et leurs regards se croisèrent. Coulson, pris en flagrant délit de voyeurisme, se contenta de baisser les yeux sur sa feuille blanche et commença à écrire « article » et la date pour ne pas à soutenir le regard de son vis-à-vis. Il releva légèrement les yeux pour la voir secouer la tête un léger sourire aux lèvres en se reconcentrant sur son travail. Coulson sourit et se focalisa réellement (enfin) sur son travail.

Deux heures plus tard, Coulson posait le point final de sa première ébauche d'article.

Il attaquait la relecture lorsque May remonta de la cave.

- Tout va bien ? demanda-t-il.

- Très bien, lui répondit l'agente en souriant légèrement.

Coulson lui sourit en retour avant de rassembler ses feuilles. Il ne la vit pas fermer les yeux et souffler lentement pour reprendre contenance.

- Comment s'organise-t-on pour demain ? demanda May en s'asseyant.

- C'est-à-dire ?

- Tu es en charge des enfants, lui dit-elle le regard exaspéré.

- Ah oui ! il sourit. Eh bien, je les emmène à l'école … tu commences à quelle heure ?

- 10h. Étirements pour le troisième âge. Mais il faut tout préparer donc 8h.

- Ok, donc je les lève, je les habille, je les fais déjeuner, je les amène à l'école et je les reprends. Et je gère la soirée.

- Tu prends la Ford ?

- Quoi ? Que … Je … Pour … ah … je …

May le regardait patiemment.

- D'accord, souffla Coulson comme si cela lui coûtait beaucoup.

- Très bien.

- Tu fais attention, hein, avec Lola.

Elle le regarda l'air désespéré puis leva les bras en signe de reddition en roulant des yeux.

- Promis. Je vais préparer les lunch-box des enfants.

Et elle se leva pour la cuisine, tout en secouant la tête de dépit.

- Ah, il faudrait mettre une lessive, lança-t-elle par-dessus le comptoir.

- Je m'en charge, répondit l'homme avant de descendre.

30 octobre 2013, 6h00, 616 Oaks Street, Milwaukee, WI _

Comme à leur habitude, les deux agents se levèrent pour faire du sport à 6h00 mais à 7h30, contrairement aux autres jours, May partit après avoir salué les enfants.

Loin d'être perturbé, Coulson prit les commandes et tous les enfants furent nourris, peignés et déposés en temps et en heure avec leur sac de classe et leur lunch-box. Une affaire rondement menée, bien que cela ait été fait avec la Ford et non avec sa très chère Lola.

Une fois tous les enfants à l'école, Coulson rentra, passa le coup d'aspirateur quotidien dans la maison, comme ils en avaient convenu avec May au début de leur séjour, et se dirigea vers le bureau qu'il n'avait jusque là que peu utilisé. Il était quasiment recouvert de bibliothèques à l'exception du mur extérieur doté d'une grande fenêtre type entrepôt aux montants et meneaux d'acier et des murs latéraux au niveau des fenêtres où étaient accrochés les montres molles de Dali et la jeune fille de Klimt.

Outre le bureau et son fauteuil, deux sièges étaient postés de part et d'autre d'un petit guéridon pour lire sans l'aspect très formel du grand bureau.

L'agent s'assied, alluma l'ordinateur et activa le serveur du Shield. Il consulta les dernières nouvelles que lui transmettait le Shield du fait de son accréditation puis se concentra sur la préparation de ses deux TD du lendemain afin de pouvoir s'occuper des enfants l'après-midi.

Il ne savait pas à quel point il avait raison. Vers 13h il reçut un appel de l'Edison School l'informant que Grant s'était battu et qu'il devait venir le chercher. Après avoir confirmé sa venue et raccroché, Coulson se prit la tête dans les mains avant de rassembler ses papiers, les ranger et éteindre l'ordinateur. En coup de vent, il attrapa sa veste de costume, les clefs de la Ford, un dossier et partit.

15 minutes plus tard il entra dans l'établissement et se présenta à l'accueil afin qu'on le dirige vers le bureau du CPE. Lorsqu'il arriva dans le bureau, l'homme se leva pour le saluer, et lui proposa un siège en attendant les tuteurs des autres garçons impliqués. La première chose qu'il remarqua fut les garçons, chacun sur un siège, 3 d'un côté, Grant de l'autre, se regardant en chien de faïence. Chacun était couvert d'égratignures, de griffures et 2 tenaient un pain de glace sur leur visage. L'agent se dirigea immédiatement vers Grant.

- Grant ?! ça va ? qu'est-ce qu'il s'est passé ?

- C'est Michael !

Aussitôt le-dit Michael commença à protester accompagné de ses 2 camarades.

Le CPE ramena le silence.

- Nous éclaircirons cela lorsque vos parents seront là.

Coulson hocha la tête.

- Tu as mal où Grant !

- Ça va ! riposta l'enfant de toute évidence encore énervé.

- Grant, l'averti Coulson.

- Désolé, lâcha le garçon avec mauvaise foi.

L'adulte le regarda un moment à la recherche d'un nouveau début de rébellion mais laissa courir le ton sur lequel son « fils » lui avait répondu. Il s'était excusé, et il ne servait à rien de l'humilier devant ses adversaires. Ils discuteraient de ce point seul à seul.

On toqua et la porte s'ouvrit avant même que le CPE n'ait autorisé l'invité à entrer. Les tuteurs des 3 garçons venaient d'arriver. Un homme de près d'1m90, une épaisse chevelure blonde en brosse, taillé comme une armoire à glace et au cou épais s'engouffra dans la pièce. Il portait un jean délavé et une chemise de bûcheron rouge ouverte sur son marcel. Il était suivi de près par un homme en costume noir au visage fin et au crane dégarni et une brune en léger surpoids en jean et veste en cuir.

Ils saluèrent le CPE et prirent le siège que l'homme leur indiquait.

- Bien, commença-t-il. Nous sommes tous là en raison d'un incident qui s'est produit entre vos enfants à l'heure de la pause. Un incident que nous ne tolérons pas ! claqua-t-il. Notre établissement ne laisse pas passer de tels comportement. Il fit une pause. Je vous propose d'entendre la version de chaque enfant.

Tous acquiescèrent.

- Très bien Michael, explique-nous ce qu'il s'est passé d'après toi ? Et les autres se taisent, rajouta-t-il au dernier moment en coulant un regard vers Grant.

L'enfant se leva et jeta un coup d'œil à son père avant de bomber son torse.

- C'est Grant qui nous a attaqué.

Les deux amis hochèrent fébrilement la tête.

- C'est Grant qui vous a attaqué ? demanda le CPE pour avoir une confirmation.

- Oui.

- Et vous ne lui aviez rien fait avant ?

- Non. C'est Grant qui nous a attaqué.

- Rien dit ?

- Enfin, s'insurgea le père, vous voyez bien que Michael n'a rien fait ! C'est ce petit délinquant qui les a attaqués.

- Je vous prierais de ne pas qualifier mon fils de délinquant monsieur, claqua Coulson pressé d'en finir.

- S'il-vous plait, s'il vous plait ! dit le surveillant pour rétablir le silence lorsque les deux autres parents se joignirent aux protestations. Bien, nous avons entendu la version de Michael. Jonah ? Danny ? quelque chose à ajouter ?

Les deux enfants firent non de la tête.

- Bien. Dans ce cas Grant j'aimerais ta version de ce qui s'est passé.

Tout le monde se tourna vers l'enfant qui déglutit.

- Bah je jouais avec Jake pasqu'on avait terminé de manger. Et y'a Michael qui est venu avec Jonah et Danny et ils se sont moqués de Jake …

- Et tu as décidé de les attaquer ! s'exclama la mère.

- STOP ! cria le CPE. Laissez-le tout de même terminer.

- Mais voyons trois des quatre enfants ont la même version des faits. Qu'est-ce que cela changera si une version est différent ? Cela montrera juste que c'est un petit menteur.

- S'il-vous plait ! Grant continue.

- Je… il hésita mais le regard encourageant de Coulson lui permit de continuer. Je leur ai dit d'arrêter parce que ils sont tout le temps méchant avec Jake et que c'est méchant et que Jake c'est mon ami.

Il reprit la respiration qu'il avait inconsciemment retenue et regarda Coulson pour voir s'il le soutenait encore et quand il croisa son regard bleu, il se lança de nouveau.

- Et après … Grant serra les dents et les poings, et après Michael il a dit que j'étais un gros nul …

- Même pas vrai ! cria ledit Michael

- Si ! rétorqua Grant. Et t'a dit que j'avais pas de maman ! Et que j'avais pas de papa. Et que maman c'était qu'une sale Chinetoque et qu'elle avait qu'à retourner dans son pays !

Les larmes de frustrations avaient commencé à ravager les joues du petit garçon, et il n'en fallut pas plus face à l'ampleur des mots et de la peine de l'enfant pour que Coulson le prenne dans ses bras pour le rassurer et le consoler.

Les trois autres enfants étaient déjà moins confiants. Peut-être auraient-ils du pleurer un peu aussi ?

- Et donc tu les as attaqués ?

- Que Michael, répondit piteusement l'enfant qui sentait bien qu'il aurait peut-être pas dû faire ça.

- Et les autres ?

- C'est eux qui ont attaqué ! rétorqua Grant plus véhément déjà.

Il voulait bien payer pour ses bêtises mais il ne fallait pas pousser mémé dans les orties.

Le CPE arborait un air satisfait et se tourna vers les trois enfants et leurs parents.

L'ambiance changea légèrement. Si le père de Michael, et l'enfant en question en reflet de l'attitude de son paternel ne semblait pas affecté par cette version des faits, les deux autres tuteurs regardaient désormais leur progéniture de façon peu amicale.

- Et qu'est-ce qu'il vous dit qu'il ne ment pas ce gamin, attaqua l'armoire à glace, un sourire tordu aux lèvres.

- Eh bien, il suffit de demander, répondit le CPE son sourire s'agrandissant encore. Alors les enfants, c'est très important, ce que je vais vous demander. Qui dit la vérité ? demanda-t-il aux deux acolytes.

Ceux-ci remuèrent, mal à l'aise sous le regard du CPE doublé de celui de leur parent.

- Jonah, on t'a posé une question, déclara sèchement la mère.

Les deux enfants se regardèrent avant de jeter un regard piteux à leur ami.

- Ch'uis désolé maman, je sais pas ce qui m'a pris, commença à pleurer le-dit Jonah. Pardon, ch'uis désolé, ch'uis désolé !

- Moi non plus papa. Ch'uis désolé. S'te plait, le dit pas à maman ! supplia le deuxième. Je serais sage, promis juré craché. S'te plait, elle va encore me prendre ma console.

- Vous aviez promis ! hurla Michael. Vous êtres que des menteurs ! Vous aviez promis.

Le CPE réclama un peu de silence, qu'il ne parvint à récupérer qu'une fois que les deux parents ait interdit à leur progéniture de fréquenter ce Michael qui avait de toute évidence, une très mauvaise influence.