Bonjour et bienvenue sur le chapitre 16 !

Surprise ! Comme c'est Noël, je sors exceptionnellement deux chapitres aujourd'hui ! J'espère qu'ils vous plairont. On se revoit à la fin du chapitre, bonne lecture !

Ceci est un chapitre flashback.

/!\ Un point assez évident mais qui me semble important, Perceval =/= Percival Graves, l'univers de JKR fait qu'ils ont des prénoms très proches mais j'ai fait avec. /!\


XVI – Héritage

« Sir Dumbledore. » Le président du MACUSA Nathan Jolt se courba face à l'anglais, qui lui rendit un sourire forcé. « C'est un honneur de vous voir fouler le sol américain. »

Le sorcier hocha distraitement la tête. Jolt ne tint pas compte de son comportement peu cordial. Si Perceval Dumbledore était un homme habituellement neutre et ferme, tous pouvaient lire l'épuisement sur son visage. Et à juste titre. Cela faisait bientôt cinq ans qu'il était à la recherche de sa petite sœur Honoria, disparue en mer le quinze janvier mille-neuf-cent. Et l'enquête n'avait, jusqu'ici, rien donné.

L'élection de Venusia Crickerly deux ans plus tôt lui avait donné d'autant plus de fil à retordre. Cette dernière avait fait naître au ministère de la magie une envie toute particulière de se débarrasser de l'influence des Dumbledore sur l'institution. Et si les premières attaques que de cette dernière avait subtilement orchestré s'étaient révélées inoffensives pour la famille, son coup de maître avait manqué d'achever Perceval. Après d'innombrables altercations virulentes entre Perceval et la ministre, cette dernière avait platement décidé de ne plus accorder aux Dumbledore le moindre auror pour les épauler dans leur enquête.

Et Crickerly était bien loin d'être stupide, c'était même objectivement l'une des femmes les plus compétentes qui ait jamais été élue au ministère de la magie anglais. Première informée sur les potentielles avancée de l'affaire Honoria Dumbledore, elle était aux premières loges. Elle n'ignorait donc certainement pas que Perceval avait fouillé chaque recoin du pays et que ses recherches sur le sol anglais approchaient de la fin. Ainsi, elle fit d'une pierre deux coups. Elle gardait ses meilleurs hommes près d'elle et plaçait l'homme le plus influent du ministère dans une position plus que délicate.

Deux choix s'offraient à ce dernier.

Admettre sa défaite et présenter des excuses officielles à Crickerly ou l'envoyer se faire voir.

Pas spécialement du genre à renoncer, Perceval avait inéluctablement choisi la seconde option. Sa fierté – qu'elle soit bien ou mal placée – l'empêcherait de tomber si bas, jusqu'à retourner pleurer dans les jupons de la ministre.

Et l'anglais avait plus d'un tour dans son sac. Ses pistes le menaient en Amérique et s'il n'était pas plus engagé politiquement que ça, il était pourtant bien loin d'ignorer que le ministère de la magie anglais entretenait des rapports… Tendus avec le MACUSA. Entre les deux institutions se jouait une concurrence subtile et les États-Unis n'étaient clairement pas en position de force.

Alors lorsque Perceval Dumbledore lui-même s'était présenté à Nathan Jolt, fraîchement élu en tant que président du MACUSA, pour quérir l'aide de ce dernier… Il avait sauté sur l'occasion. Prêter main forte à l'un des hommes les plus influents de Grande-Bretagne redorerait les blasons du MACUSA et lui permettait de se faire un allié dont la puissance n'était plus à prouver aujourd'hui.

Ce fut pour cette raison toute particulière qu'il affecta aux recherches de ce dernier sa propre directrice de la sécurité et de la justice magique, Céphren Haddad. Sa perspicacité et son fort caractère auraient certes un peu de mal à s'accoutumer de la présence autoritaire de l'anglais, mais Haddad avait fait le serment de faire le nécessaire pour retrouver Honoria Dumbledore. Un geste qui n'était pas passé inaperçu auprès de Perceval. Pour soutenir cette équipe, il avait associé au duo l'un de ses meilleurs aurors – ayant souhaité gardé avec lui l'auror en chef, au cas où une situation de crise éclaterait – du nom de Peter Jenkins.

La route était encore longue et Perceval ne faisait pas de manières. Quand les remerciements au président furent effectués, il reprit soigneusement le cours de l'enquête et exposa les pistes à ses deux collaborateurs, attentifs et déterminés.

Cependant, s'associer de façon aussi permanente et proche de deux des meilleures têtes du MACUSA avait été synonyme de quelque-chose que Perceval appréhendait depuis des années. Le ministère de la magie ne s'était jamais encombré de lui constituer une réelle équipe et Perceval se contentait misérablement d'appeler des renforts lorsqu'il en avait besoin pour couvrir des grandes zones.

Ici, c'était différent.

Il était désormais contraint de raconter la vérité. Sous serment, il savait pertinemment que les deux sorciers tiendraient leurs langues. Mais ce qu'il craignait n'était pas que son plus grand secret ne s'ébruite. C'était ce qu'il trouverait dans leurs regards lorsque la vérité passerait la barrière de ses lèvres.

« Il y a autre chose. » Avait-il murmuré, d'une voix plus grave. Haddad trempa sa plume dans l'encrier et rouvrit son carnet, de retour à une attitude plus attentive. « J'aimerais que vous ne preniez aucune note sur ce que je m'apprête à vous dire. »

Sans un mot, la directrice reposa la plume sur le marbre du bureau, parfaitement parallèle avec le carnet qu'elle venait également de refermer. Perceval pensa distraitement qu'un tel perfectionnisme lui serait particulièrement utile pour la suite des évènements.

« Honoria s'était rendue aux États-Unis pour couvrir mes arrières. » Sa gorge se serra et son naturel implacable faillit quelques secondes. Mais les deux sorciers américains ne bronchèrent pas. « Il y a six ans, ma femme Kendra et moi avons eu un quatrième enfant. Nous avons appris, lorsque ce dernier avait approximativement cinq ou six mois, qu'il s'agissait d'un cracmol. Mes enfants étaient tous promis à un avenir glorieux. Sauf lui. J'ai commencé à vouer une certaine… Haine, à ce garçon. Mon foyer était mal vu par le reste de ma famille et… J'ai donc pris la décision de me débarrasser de l'enfant. » Céphren sourcilla mais resta aussi neutre que possible, Perceval ne mit pas longtemps avant de comprendre que cette dernière était probablement mère, elle aussi. Peter semblait, quant à lui, trop jeune pour être père. « Honoria ne voyait pas la situation du même œil. Elle a insisté pendant plusieurs semaines pour que je la laisse récupérer mon fils. Ce que j'ai fini par accepter, à la seule condition qu'elle s'exile. » Il passa une main décontenancée dans sa nuque et soupira. « Le naufrage m'a permis de me rendre compte quel monstre j'ai été, de l'égoïsme dont j'ai fait preuve. »

La culpabilité le rongeait, et Haddad n'eut aucun mal à le lire dans ses yeux. Elle resta néanmoins silencieuse. Elle ne semblait ressentir aucune empathie ni aucune pitié pour le sorcier anglais, mais elle semblait au moins essayer de le comprendre. Et pour ça, Perceval fut secrètement reconnaissant. Il ne cherchait pas le pardon, il ne cherchait pas à rattraper ses erreurs passées. Tout ce qu'il souhaitait était de rendre justice à son unique sœur et son fils.

« Je veux savoir ce qu'il est advenu de ma sœur. Je suis intimement convaincu qu'elle n'a pas périt dans ce naufrage. J'ignore si mon fils y a survécu, mais si c'est le cas, je sais que je le retrouverai auprès d'elle. » Les deux sorciers américains hochèrent la tête en chœur, ayant parfaitement compris qu'ils ne cherchaient pas seulement une femme, mais surtout une mère déchue et potentiellement l'enfant de cette dernière.

Honoria n'avait jamais pu avoir d'enfants. Parce qu'elle supportait très difficilement la compagnie des hommes, et surtout parce que la biologie n'avait été des plus clémentes avec elle. Perceval ne se considérait même plus comme le père de cet enfant qu'il avait renié. Honoria était la seule mère de ce garçon, celle qui avait choisi de l'aimer là où lui en avait été incapable.

Après s'être confié, Perceval n'avait pas perdu une seule seconde. Les recherches avaient commencé le lendemain de cet épisode douloureux où l'escouade avait ratissé chaque auberge de New York. Munis d'une photographie d'Honoria, aucun des aubergistes rencontrés n'avait été capable d'identifier la jeune femme. Céphren avait alors préconisé de faire un tour dans les bar illégaux de la ville, où ils aurait peut-être plus de chance de trouver quelques renseignements contre quelques gallions.

« Je connais cette femme. » Avait fini par leur avouer l'homme un peu étrange sur lequel ils étaient tombés. « Elle n'est venue qu'une fois ici, cette hystérique. Elle hurlait à tort et à travers qu'on lui avait volé son enfant, que c'était un coup monté. Mais on n'a jamais rien fait de la sorte. Ici, on ne plonge pas dans le trafic d'enfant, on n'est pas des monstres. » Et Céphren s'était empêchée de faire un quelconque commentaire sur le fait qu'ils prostituaient de jeunes femelles Selkies.

Perceval avait interrogé Haddad et Jenkins du regard à plusieurs reprises. Ce que l'inconnu venait de leur confier ne faisait qu'ajouter de nouvelles questions à la liste déjà interminable qu'ils tenaient. Si son fils était mort dans le naufrage, peut-être était-elle devenue paranoïaque et était-elle tombée sur tous les suspects de la ville.

Si l'enfant avait vraiment survécu, alors qu'était-il advenu de ce dernier ? Perceval décida qu'il suivrait cette piste et fouillerait n'importe quel endroit ayant pu abriter un enfant après un naufrage. Plusieurs descentes furent orchestrées dans les endroits les plus malfamés de New York et malgré les méthodes rudes et parfois même virulentes de Haddad, les interrogatoires n'avaient menés à rien.

Vinrent alors les orphelinats. Heureusement pour leur équipe, il n'y en avait pas autant que de planques réservées aux marchés noirs et autres trafics d'êtres humains. Les refuges réservés aux enfants sorciers ne donnèrent pas grand-chose, et il leur fallut attendre de rendre visite aux Sœurs de la Charité pour faire un pas en avant.

« Elle ne me dit rien. Vous n'avez rien d'autre qu'une photo ? » Avait raillé la moldue qui se trouvait à l'accueil.

« Eh bien… La dernière fois qu'elle a été vue, elle hurlait après ceux qu'elle croisait. Elle accusait ces derniers d'avoir volé son enfant et… » Commença Jenkins alors que la directrice prenait des notes et que Perceval écoutait attentivement.

« Ah. Sarah a été renvoyée à cause de cette femme. » Haddad releva la tête tandis que l'auror interrogeait l'inconnue du regard. « Il s'agissait de l'une de nos infirmières. Parait-il qu'elle a essayé de calmer l'étrangère et qu'elles ont fini par se battre. Elle maintenait qu'elle n'avait fait qu'essayer de la calmer mais que voulez-vous, notre directrice est à cran en ce moment. »

« Vous savez où est-ce que nous pourrions retrouver cette… Sarah ? » Demanda alors Jenkins.

L'américaine haussa les épaules avec nonchalance.

« Elle s'appelle Sarah Enra. Elle est partie dans le Sud, en Alabama. » La directrice s'empressa de noter toutes les informations qu'elle ajouta à propos de cette inconnue avant de refermer son carnet.

Perceval et son équipe ne manquèrent pas de remercier la secrétaire, qui ne répondit que par un regard dédaigneux. Céphren s'empêcha d'émettre une remarque désobligeante à son égard lorsqu'ils tournèrent les talons pour retourner au Woolworth Building.

Les États-Unis étaient infiniment plus grands que la Grande-Bretagne. Et par conséquent, les plans que Perceval mettait au point se devaient d'être bien plus organisés et précis qu'ils n'avaient pu l'être par le passé. Céphren fut particulièrement utile sur ce point-là. Son sens de l'ordre était à toute épreuve et l'anglais n'avait pu s'empêcher de penser qu'elle aurait été tout particulièrement utile au ministère de la magie. L'institution méritait une bien meilleure organisation de son département des mystères.

Ainsi, il ne fallut que deux jours à la directrice pour tracer un itinéraire correct à travers l'État d'Alabama qui regroupait les auberges et les bars les plus populaires de la ville. Elle avait récolté autant d'informations que possible des contacts qui se trouvaient déjà sur place mais les pistes restaient incroyablement floues et elle avait assuré à l'anglais qu'elle n'avait que très peu d'espoir concernant le fait de retrouver l'ancienne employée de l'orphelinat.

Perceval était resté silencieux. Son propre espoir semblait doucement s'évaporer tandis qu'ils avançaient. Mais renoncer serait synonyme de lâcheté. Il avait déjà abandonné trop de choses et sa sœur ne devait pas en faire partie.

Cependant, la chance décida de pointer le bout de son nez à ce moment précis. Ils n'eurent à visiter que quelques auberges avant de tomber sur ce qu'ils pouvaient imaginer de mieux : Sarah Enra elle-même, tenant le bar alors qu'ils venaient d'entrer dans son établissement. Contrairement à ce qu'avait pu décrire la secrétaire de l'orphelinat, cette dernière semblait particulièrement réservée, éloignée du profil de bagarreuse qu'on leur avait décrit.

Lorsque Haddad tenta de démêler le vrai du faux, Enra leur apprit que cette histoire d'altercation physique avait servi à étouffer la vraie raison pour laquelle elle avait été renvoyée. Lorsque Honoria avait débarqué, Enra l'avait écoutée avant de tenter de lui faire entendre raison par tous les moyens : Elle lui expliqua que son enfant était mort en mer et que sa haine était probablement liée à son deuil, qu'elle supportait mal. Honoria l'aurait donc giflée avant de quitter l'établissement. Devant de tels propos, l'une de ses collègues s'était empressée de faire remonter l'information à la directrice qui en avait profiter pour renvoyer cette dernière – leurs rapports étaient déjà tendus et Enra s'était douté qu'il ne s'agissait là que d'une bonne excuse pour se débarrasser de sa personne.

Pour la première fois depuis qu'ils enquêtaient sur le sol américain, ils rencontraient une personne qui voulait réellement les aider, sans attendre quoi que ce soit en retour. Sans réfléchir, l'ancienne employée leur transmit tout ce qu'elle savait sur la sœur de Perceval Dumbledore.

« Elle ne cessait de répéter qu'elle s'isolerait. Qu'on l'avait envoyée en exil et que le monde semblait lui en vouloir. Elle voulait partir dans un endroit où personne ne la trouverait, aussi loin que possible des grandes villes. Elle cherchait une forme de paix. »

Son sang ne fit qu'un tour. L'anglais savait parfaitement de quel endroit Sarah Enra parlait. L'Alaska. Plus d'une fois, Honoria avait vanté l'endroit. Elle avait lu des centaines d'ouvrages qui regorgeaient de photographies des paysages Alaskain sans pour autant un jour y mettre les pieds.

Et Perceval avait manqué cette information. Pendant cinq ans, il avait recherché sa sœur sans essayer une seule fois de se mettre à sa place, d'essayer de la comprendre. Bien évidemment, si Honoria avait perdu l'enfant qu'elle avait juré d'aimer, elle essayerait par tous les moyens de s'isoler.

Il posa une main tremblante sur l'avant-bras de Enra, les yeux brillants, et remercia cette dernière avec une sincérité que Haddad et Jenkins n'avaient jamais croisé dans son regard.

Enra lui adressa un regard empli de tendresse.

« Vous semblez avoir perdu tant de choses. » Il sentit son cœur se briser. « J'espère du fond du cœur que vous trouverez la paix. »

Ses mots lourds de sens pesèrent si fort dans sa poitrine qu'il peina à reprendre son souffle. Cette paix qu'il prétendait chercher… Il l'avait déjà trouvée. Dans les bras de Kendra, sa femme. Auprès de ses fils Albus et Abelforth, et de sa fille Ariana.

Il se fit une promesse.

Il écrivit une lettre décrivant cette dernière qu'il adressa à sa famille. L'Alaska serait l'ultimatum de son enquête. Si ses recherches là-bas ne lui apporteraient rien, alors il abandonnerait le cas de sa sœur pour de bon. Aussi coupable se sentait-il, il voulut croire l'espace d'un instant que ce serait ce que Honoria lui suggérerait de faire.

Il rentrerait enfin s'occuper dignement de ceux qu'il chérissait plus que tout. Il essayerait de se pardonner d'avoir été aussi monstrueux. Il irait de l'avant.

Il s'était évertué à ne pas abandonner Honoria pendant ces cinq longues années, au détriment de son propre foyer. C'était eux, qu'il avait abandonné.


L'Écosse et son climat parfois trop pluvieux n'avaient rien à envier au froid polaire et mordant de l'Alaska.

Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit de Perceval, alors qu'il suivait les deux sorciers américains devant lui à travers la neige, dont la couche était au moins haute d'un bon mètre. Et au fur et à mesure que ses pieds s'enfonçaient dans la poudreuse, il commençait doucement à perdre espoir. Il avait tout misé sur son instinct, et ces pistes étaient les dernières qu'il avait.

Tout ce qu'il souhaitait à cet instant, c'était de ne pas s'être trompé.

Cela faisait bien deux jours qu'ils arpentaient les forêts blanches de l'État Alaskain, déambulant de village en village. Ils ne trouvèrent que rarement des habitants concernés par leur problème. La plupart ne souhaitaient pas se mêler de cette affaire – après tout, ils avaient tous décidé de s'installer ici pour la tranquillité de l'endroit – et le reste n'avait simplement pas la moindre idée de qui pouvait bien être Honoria Dumbledore, même lorsqu'on leur montrait la photographie de cette dernière.

Et les habitants étaient si peu nombreux que Céphren avait insisté sur le fait qu'ils se connaissaient probablement tous entre eux. Une nouvelle tête aurait attiré leur attention.

Prouvant de nouveau sa perspicacité, la directrice avait de nouveau eu raison. Ce fut dans le dernier village sur leur route qu'ils rencontrèrent Bill Foddley, un pêcheur habitué de l'auberge dans laquelle ils avaient séjourné pour la nuit.

Il était assis à l'une des tables de l'établissement, une paire de lunette tordue sur le nez et une plume à la main. L'homme semblait rédiger une lettre. Lorsque Haddad s'avança vers lui, il ne tarda pas à attirer son attention sur cette dernière.

« Je peux vous aider ? » Avait-il murmuré d'une voix rauque. Comme la plupart des Alaskain, son attitude trahissait sa solitude.

« Nous cherchons une femme. Elle s'appelle Honoria Dumbledore, elle… » Commença alors la directrice.

« Qui êtes-vous ? » Demanda alors le pêcheur, soudainement plus sec. Les trois sorciers avaient bien rapidement déduit qu'il en savait plus qu'il ne voulait en dire.

Perceval s'avança alors à son tour et posa une main sur son torse avant de doucement se pencher en avant pour saluer l'inconnu.

« Je suis Perceval Dumbledore. Ces deux personnes m'accompagnent dans mon enquête. Je suis à la recherche de ma petite sœur, qui a disparu il y a cinq ans de cela. » L'anglais resta aussi sobre que possible. Il ne voulait pas brusquer l'inconnu, surtout si ce dernier avait la moindre information concernant Honoria.

« Je vois. Je suis Bill Foddley. » Il soupira avant de se remettre à l'écriture de sa lettre. « Je ne pense pas que Honoria souhaite vous rencontrer. »

Entendre le nom de sa sœur dans la bouche d'une autre personne fit rater un battement à son cœur. Il tenta de garder contenance autant que possible, mais l'idée lui sembla presque irréalisable. Cet inconnu était en train de le narguer. Céphren lui lança un regard réprobateur et il resta muet le temps d'un instant.

« Honoria est en vie ? » Reprit la directrice, plus ferme.

« Ça, je ne puis vous le dire. Cela fait des années que je n'ai pas croisé sa route. » Il trempa sa plume dans l'encrier, l'air vaguement intéressé par la discussion dans laquelle il avait été entraîné. « Mais je connais son histoire, et si vous êtes celui que vous prétendez être, me semble-t-il qu'elle est venue jusqu'ici parce que vous vouliez l'éloigner de vous. »

L'anglais s'agenouilla devant la table et posa son front contre le bois de cette dernière.

« Je… Je comprendrais qu'elle refuse de me voir. » Il prit une grande inspiration. « Je veux seulement savoir si elle va bien. Mais je vous promets, je lui laisserais le choix. Je ne m'imposerais pas. »

Foddley sembla de nouveau attirer son attention sur l'anglais, qui paraissait misérable à cet instant. Il n'était pas dénué d'empathie ni de pitié. Alors il hocha doucement la tête.

« Prouvez-moi que vous n'êtes pas un imposteur, et je vous conduirais à elle. » Souffla le vieil homme.

Perceval releva l'un des pans de son manteau et sortit une pochette de cuir. Lorsqu'il ouvrit cette dernière pour en sortir une photographie qu'il n'avait pas osé regarder depuis des années, une larme incontrôlée roula le long de sa joue, brûlant cette dernière que le froid de l'extérieur avait raidi.

Sur l'image, Honoria se tenait plus droite et fière que jamais, un sourire qu'il crut immortel accroché à ses lèvres. À ses côtés, se trouvait une version plus jeune de sept ans de lui-même. Il se rendit compte avec horreur à quel point cet enquête l'avait terni, avait effacé toute la joie que son visage était capable de montrer. Devant eux se tenaient ses trois enfants Albus, Abelforth et Ariana.

Foddley hocha pensivement la tête. Il ne prêta pas attention très longtemps à cette dernière, mais Perceval remarqua que Céphren perdit son regard un peu plus longtemps sur sa famille. Il n'y vit qu'un peu de curiosité et ne releva pas. Après tout, la directrice s'était montrée particulièrement compréhensive et l'avait beaucoup aidé sans pour autant porter le moindre jugement à sa situation.

Le voyage ne fut pas excessivement long et ils n'eurent pas à marcher puisque Foddley leur avait expliqué que Honoria se trouvait désormais sur une petite île isolée au milieu d'un grand lac. Lorsque la petite barque qui les avait conduits jusqu'à cette dernière toucha la côte, le vieil homme invita les trois sorciers à débarquer.

« Je n'irais pas plus loin. » Il poussa la barque vers la rive et leur adressa un dernier regard. « Je n'ai pas de doute quant au fait que vous pourrez repartir de vous-même. »

Haddad hocha pensivement la tête et le pêcheur s'en alla pour ne jamais se retourner.

Une petite maison qui devait ne devait pas contenir plus de trois ou quatre pièces était juchée en haut d'une petite colline de l'île. Les murs étaient faits d'un bois incroyablement clair et le toit brillait d'un rouge éclatant. L'endroit était austère et il était impossible de juger de l'extérieur si le lieu était entretenu ou non.

Perceval resta planté face à la porte d'entrée pendant quelques secondes. Derrière cette dernière se trouvaient cinq ans de réponses à des questions qu'il n'avait cessé de se poser. Et alors qu'il touchait enfin son but, l'anglais se demanda s'il s'agissait vraiment de ce qu'il voulait. Si les réponses qu'il obtiendrait, quelles qu'elles soient, lui conviendraient ou non.

Lisant la détresse sur le visage de ce dernier, Haddad s'avança.

« Voulez-vous que j'ouvre à votre place ? » Sa voix était si douce qu'elle ne parvint presque pas à le sortir de l'état de transe dans lequel il était depuis quelques secondes. Mais quand il revint à ses esprits, il lui adressa un sourire maladroit et un regard confus.

« Je veux bien. »

Encore une fois, sa lâcheté parlait pour lui. La culpabilité remplissait tant ses poumons, qu'il ne pouvait définitivement pas se prétendre capable d'affronter ses démons à cet instant. Alors il laissa Céphren les affronter à sa place pendant quelques secondes.

Cependant, lorsque la porte fut enfin ouverte, elle s'écarta du chemin pour laisser Perceval s'avancer. Le plus dur restait à faire.

Il ferma hermétiquement les yeux et pensa à sa femme pour s'insuffler la dose de courage dont il avait besoin à cet instant. Et il s'avança vers l'inconnu, ses paupières fermement closes.

Quand il osa enfin regarder la scène qui s'offrit à lui, son cœur rata un battement et il s'effondra aux pieds de celle qu'il avait cherché pendant cinq ans.

Honoria était assise dans un fauteuil, les yeux clos et le teint gris. Son corps inanimé fit disparaître les seuls doutes qui lui restaient. Honoria avait survécu au naufrage – et tout ce temps, il avait eu raison de le penser. Mais il était tout de même privé de cette dernière. Privé de sa voix nasillarde, de ses remarques dérangeantes, de ses réflexions parfois trop honnêtes, de son caractère aventureux et de ses sautes d'humeur. Des traits de personnalité qu'il avait passé à détester mais qui lui manquait horriblement à présent.

Haddad et Jenkins demeurèrent silencieux, les yeux rivés sur le sol. Quand Perceval leur fit signe de disposer, il ne restèrent pas une seule seconde de plus et s'éclipsèrent à l'extérieur de la chaumière.

Quand l'esprit de Perceval retrouva un semblant de cohérence, il se releva difficilement et posa sa main sur la joue froide de sa sœur défunte. Son regard se perdit dans le vide un instant, jusqu'à se poser sur les genoux de cette dernière. Sa main, posée sur ses cuisses, tenait un papier froissé.

Il parvint, avec dégoût et difficulté, à sortir ce dernier du poing serré d'Honoria. Lorsqu'il commença à le déplier, il se fit la réflexion que si elle l'avait réduit en boule, c'était pour qu'il ne soit pas lu. Il voulut abandonner ce dernier, mais sa curiosité reprit bien assez vite le dessus sur l'homme. Après tant de temps passé à la recherche de sa sœur, Perceval voulait des réponses et si parcourir les lignes inscrites sur ce bout de papier pourraient lui permettre d'enfin se pardonner… Alors il braverait ce dernier tabou.

« Nous sommes le sept janvier mille-neuf-cent-cinq. Je dédie ces mots à mon unique frère, Perceval Dumbledore. Puisses-tu un jour connaître ma vérité. »

L'anglais se sentit un peu plus soulagé de l'acte interdit qu'il commettait à cet instant.

« Ceci est ma lettre d'adieux. »

Et tel un ascenseur émotionnel, son cœur se brisa à nouveau lorsqu'il se rendit compte avec horreur que ce qu'il était en train de lire n'était rien d'autre qu'une lettre de suicide, qui datait de seulement deux mois.

« Je ne t'ai jamais détesté, Percy.

J'ai détesté ton éducation, j'ai détesté les mœurs que tu avais décidé d'intégrer, j'ai détesté ce que tu étais. Mais j'étais persuadée que tu n'étais pas perdu à tout jamais. Je n'ai jamais cessé de penser que tu pourrais changer, que tu sauras un jour t'imposer face aux grandes figures de notre famille, face à notre père. Tu t'es marié avec une moldue, et elle t'a même donné trois enfants.

Père était furieux. Et moi, je n'avais jamais été aussi heureuse. Tu te libérais de tes chaînes.

Alors je ne t'en ai jamais voulu, pour ce que tu as fait à ton fils. J'ai toujours craint cette éventualité, celle où Kendra enfanterait un cracmol. J'étais prête à assumer cette responsabilité à ta place, je m'y étais déjà préparée.

Tu n'étais pas une bonne personne, mais je suis convaincue que tu essayais d'en devenir une. Tu étais simplement trop influençable. Et j'ose espérer que tu vaincras un jour tes démons et que tu ouvriras les yeux. Cette vie dorée que tu essayes tant d'avoir n'existe pas. Rien n'est jamais parfait et tout ne peut pas toujours aller dans ton sens.

Mais j'imagine que si tu lis ces mots aujourd'hui, c'est que tu m'as retrouvée et que tu as appris de tes erreurs. »

Un sourire incontrôlé se dessina sur les lèvres de l'anglais. S'il détestait parcourir ces lignes, il ne pouvait que s'incliner devant la justesse des mots qu'employait sa sœur. Oui, il avait été une ordure et il le savait, il l'avait assumé. Et il essayait de changer. Il essayait de changer pour sa femme et ses enfants. Lorsqu'il avait choisi de condamner son fils, il n'avait même pas fait affaire de consulter Kendra. Il lui avait imposé son choix et avait réussi à faire taire toute opposition de sa part.

Aujourd'hui, Kendra lui avait pardonné tout ça. Mais Merlin, ce qu'il pouvait s'en vouloir.

« Je suis désolée.

Je n'ai pas été à la hauteur. Je n'ai pas pu le sauver.

Lorsque le navire a coulé, nous avons été placés à bord de petites barques de sauvetage. Une violente vague a renversé la notre et je n'ai pas été capable de le rattraper. On m'a tirée hors de l'eau avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, on m'a forcée à l'abandonner.

Je n'ai jamais pu me le pardonner.

J'aimais déjà tant cet enfant.

Peu après, j'ai essayé de retrouver un semblant de vie normale, mais je me suis bien assez vite rendu compte que la vie en société n'était plus faite pour moi. Je n'arrivais à passer outre la mort de mon fils, de ton fils.

Alors j'ai pris la décision de m'isoler. J'avais l'intention de revenir, tu sais ? Mais j'avais besoin de temps.

Mon existence m'est insupportable aujourd'hui. Je sais que le temps ne guérira jamais mes blessures et n'essuiera jamais la culpabilité que j'ai en moi.

Et je savais qu'un jour arriverait où je ne serais plus capable de la supporter. Je crois que ce jour est arrivé, Percy.

Alors… Je te demande une chose. N'ébruite pas cette histoire. Raconte-la à tes enfants si le cœur t'en dit, pour qu'ils apprennent le pardon et te pardonne. Pour que tu puisses te pardonner.

Mais surtout, n'oublie pas son nom.

Aurelius Dumbledore ne mérite pas d'être oublié. »


Et voilà pour le chapitre 16.

J'ai choisi de croire ce qu'a dit Grindelwald dans COG, et j'ai expliqué ça à ma sauce.

C'est un choix un peu risqué mais j'espère néanmoins que ça vous plaira ! N'hésitez pas à me donner votre avis là-dessus.