Chapitre 18 : Retrouvé
À 13h07, une chouette hulotte à l'air harassé traversa silencieusement la Grande Salle et se posa sur la table en face du professeur McGonagall. Celle-ci récupéra la note attachée à la patte de l'oiseau, la parcourut rapidement et la tendit au professeur Rogue d'un air surpris.
À 13h08, le professeur Rogue se leva brusquement et quitta la table.
Severus entra d'un pas vif chez Honeydukes, son regard se posant sur un petit garçon aux cheveux en bataille, assis derrière le comptoir et suçotant une Plume en Sucre. "M. Potter," aboya-t-il. "Venez avec moi."
Le garçon se voûta, mais sauta de son tabouret, attrapa son sac et se précipita vers la porte. "Merci, M. Flume," dit-il d'une petite voix.
Le boutiquier lui sourit chaleureusement. "Pas de problème, mon garçon," répondit-il. "Je te verrai l'an prochain pour tes week-ends à Pré-au-Lard, hein ?"
Le garçon hocha la tête timidement, et Severus accorda au boutiquier un maigre sourire. "Merci d'avoir veillé sur lui," dit-il d'une voix froide, avant de ressortir de la boutique, l'enfant sur ses pas.
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Le duo resta silencieux jusqu'à avoir atteint la limite du village, où Severus s'arrêta et lança une série de sorts de silence, de protection et de camouflage. La baguette toujours à la main, il se tourna vers le garçon. "M. Potter," dit-il, "Dans quel magasin vous ai-je emmené en premier en décembre dernier ?"
"P-Primark, monsieur ?" bafouilla le garçon.
Bon. Pas un imposteur. Severus hocha la tête et pointa sa baguette sur le chemin devant eux, conjurant son Patronus. "À Andromeda Tonks," ordonna-t-il. "Je l'ai trouvé, et il va bien."
Le garçon regarda la biche argentée s'éloigner avec les yeux ronds. "… P-Professeur Rogue, monsieur ?" dit-il d'une voix hésitante.
"Oui ?"
"Vous êtes en colère ?"
Severus marqua une pause, examinant l'enfant plus en détail maintenant que les problèmes urgents avaient été résolus. Il était un peu plus grand qu'au début de l'été, et il s'était remplumé, même si on ne le qualifierait certainement pas de 'baraqué'. Sa chevelure était le fouillis Potter habituel, et ses robes (que Severus lui imaginait avoir reçues bien repassées) étaient froissées. Ses vêtements n'étaient ni sales ni déchirés, et il ne semblait pas être blessé. Bref, il ressemblait à n'importe quel enfant qui s'était perdu et qui avait été retrouvé, sain et sauf.
"… J'en déciderai quand vous m'aurez dit comment vous vous êtes retrouvé à Honeydukes au lieu du train," dit enfin Severus. "La question de savoir ce que vous étiez devenu a préoccupé un certain nombre de personnes ce matin."
L'enfant eut un air inquiet, puis teinté d'espoir. "Les gens s'inquiétaient pour moi ?"
"En effet," dit Severus sans s'étendre. "Ceux de nous qui savaient, en tout cas. Bon. Que s'est-il passé, à partir du moment où vous avez emprunté la cheminée chez les Tonks ?"
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Ce qui s'était passé, en fait, était que la cheminée avait déposé Harry sur un quai inconnu – similaire à celui qu'il connaissait, mais de toute évidence pas le quai 9 ¾. Après s'être remis de sa panique à se retrouver sur un quai totalement vide alors qu'il s'attendait à trouver une foule, Harry avait remarqué le panneau indiquant '5 ¾' et avait pu identifier la paroi du quai. Plutôt qu'essayer d'utiliser à nouveau la cheminée (puisque ça avait mal fonctionné), Harry avait décidé de tenter de traverser le mur.
Apprendre que Harry avait été à Kings Cross avant leurs recherches avait poussé Severus à grincer des dents, mais il devait admettre que le raisonnement de Harry était logique. La barrière du quai 9 ¾ n'avait pas voulu le laisser passer (un événement tout aussi suspicieux que la redirection de la cheminée), et sans aucun moyen d'envoyer un message, Harry avait décidé d'emprunter le seul autre moyen de transport sorcier qu'il connaissait : le Magicobus.
"Est-ce que quelqu'un vous a reconnu dans le bus ?" demanda Severus, aux dernières limites de sa patience.
"Non, monsieur !" répondit Harry. "Je portais ma casquette d'oubli, comme je fais toujours avec M. Ted, et je leur ai dit que j'étais Edward Thomas, comme je fais quand je suis en public avec lui et Mme Andromeda. J'ai déjà pris le bus avant !" ajouta-t-il à la hâte. "Je sais comment ça fonctionne et tout !"
Severus soupira. "Et vous lui avez demandé de vous emmener à Honeydukes ? Pourquoi ne pas avoir essayé de rentrer plutôt ?"
Harry secoua la tête. "Je n'ai pas demandé Honeydukes, j'ai juste demandé Pré-au-Lard," expliqua-t-il, "Parce que c'est là que je devais être pour rencontrer le train. Ils m'ont déposé dans la rue, et…" Il inclina la tête, et marmonna quelque chose que Severus ne comprit pas. "Et quoi ?"
Harry serra ses bras autour de lui, plaquant son sac contre son torse, et dit d'une traite : "Et ça avait l'air sûr, et j'avais mangé mon déjeuner dans le bus, et j'ai pensé que ça pourrait être bien de – de prendre quelque chose, et puis M. Flume m'a vu, et il avait plein de questions même avec ma casquette, et j'ai pensé que je devrais probablement lui dire pour qu'il puisse le dire à quelqu'un d'autre, même si vous et Mme Andromeda et M. Ted ont dit que je ne devrais jamais rien dire si possible, mais si je ne demandais pas de l'aide, je ne pourrais pas aller à l'école, parce que je ne savais même pas où aller d'ici parce que je ne sais pas où est la gare et l'année dernière on a pris des bateaux et je ne peux pas aller par là et…"
"M. Potter !" l'interrompit Severus, sachant que le garçon allait se mettre dans tous ses états s'il continuait comme ça. "Merci pour cette explication. Trouver un magasin sérieux et demander de l'aide était une décision raisonnable, et en règle générale, je préfère que vous attendiez dans un endroit surveillé, comme un magasin, plutôt que de marcher au hasard sans que personne ne sache où vous trouver. Est-ce que vous comprenez ?"
Harry hocha la tête, desserrant progressivement ses mains entortillées dans ses robes.
"Bien." Severus le regarda, adoucissant légèrement ses traits. "Les Tonks et les Weasley seront contents de savoir que vous êtes en sécurité. Compte tenu des circonstances, je considère que vous avez agi de façon raisonnée et sensée, donc je ne suis pas en colère. Cependant, je n'ai pas le temps de vous surveiller, donc je vais vous accompagner à l'infirmerie où vous passerez l'après-midi avec Madame Pomfresh." Après un moment de considération, il ajouta : "Votre absence du train aura été remarquée. Si on vous interroge, vous pouvez dire que vous n'avez pas pu passer sur le quai et que vous avez pris le Magicobus jusqu'à Pré-au-Lard, mais ne parlez pas du problème de cheminée. Pour décourager d'autres de suivre votre exemple, je vous demande de dire à tous sauf vos amis les plus proches que j'étais furieux quand je vous ai récupéré, que vous avez passé l'après-midi en retenue, et que la seule raison qui m'a empêché de retirer un grand nombre de points est le fait que vos actions ont précédé le début de l'année scolaire. Est-ce que vous comprenez ?"
Harry lui sourit timidement. "Oui, monsieur," dit-il. "Vous pensez que je pourrai parler à Mme Andromeda et M. Ted pour leur dire que je suis désolé de leur avoir fait peur ?"
"Je pense que nous pourrons arranger cela."
Note de l'autrice :
Harry est assez timide dans ce chapitre, et je sais qu'il est apprécié pour son sarcasme et son indépendance. La raison pour laquelle il se conduit comme ça est qu'au début des livres, il EST assez calme et poli avec les adultes – et au fur et à mesure des livres il devient moins "sage" à cause de sa frustration devant leur incompétence. Cependant, dans cette histoire, Rogue est un adulte qui a aidé Harry, donc Harry veut lui faire plaisir.
Pour celles et ceux qui font la fête à cette période de l'année, considérez ces deux derniers chapitres comme un cadeau ! Pour celles et ceux qui ne font pas la fête, considérez-les comme une tentative de compensation pour le surplus de chants, de décorations et d'âneries diverses que vous êtes forcés de supporter en ce moment. Merci pour tous vos commentaires (y compris les râleries). Savoir ce qui vous plaît est toujours agréable, et rend l'écriture de cette histoire beaucoup plus drôle.
