NDA : merci à mes reviewers :-) . J'espère que ce chapitre vous plaira autant. On va vraiment commencer à s'écarter de la trame du récit de JK. Bonne lecture.


Quand il se réveilla, dimanche matin, Severus constata avec surprise qu'il se sentait plutôt reposé. Après une confrontation nocturne avec un loup-garou, puis une entrevue périlleuse dans le bureau du directeur, il se serait attendu au contraire. Il le devait sans doute à l'occlumencie qui avait pu lui permettre de faire abstraction de son stress, pour bien dormir. À moins qu'il ne s'agisse de la satisfaction de savoir que Dumbledore devait rendre des comptes ? Cela n'effaçait pas la frustration d'avoir passé un contrat sorcier à son insu, mais ça lui mettait du baume au cœur.

Il décida de profiter de la matinée pour se renseigner sur la magie de compulsion que Tom avait mentionné la veille. Il faudrait aussi qu'il étudie la loi sorcière pour comprendre comment on pouvait l'amener à prendre des engagements, sans qu'il s'en rende compte, mais cela nécessiterait plus de temps. Par contre, avec un peu de chance, un simple ajustement de ses boucliers d'occlumens suffirait à l'alerter en cas de pression insidieuse.

Comme il sortait de la salle commune, on l'interpela. « Rogue! »

À quelques pas de lui, Victoire et John arboraient un air soucieux.

- Qu'est-ce qui est arrivé à Viviane et Regulus, cette nuit ?

- Pourquoi vous me demandez ça à moi ?

- Ne te moque pas du monde, on est pas idiots. Ça ne me pose pas de souci que tu étudies avec eux à la bibliothèque. Quand vous commencez à vous isoler tous les trois, je ne pose pas de question, on a tous nos secrets. Quand ma copine a la possibilité d'aller au Club de Slug, je comprends qu'elle t'accompagne pour ne pas rater l'occasion. Par contre quand elle vient à manquer ce matin, et que sa sœur non plus ne sait pas où elle est, oui c'est à toi que je pose la question. Surtout quand il y a ce genre de titre à la une du journal.

Le préfet ponctua ses paroles en brandissant la Gazette du sorcier, dont la première page se trouvait barré d'une phrase en gros caractères. « Attaque de loup-garou à Poudlard ! »

- Ma sœur et Reg sont introuvables et l'article mentionne que deux élèves se trouvent à Sainte Mangouste, ce n'est pas compliqué de faire le lien.

Victoire semblait au bord des larmes. « S'il te plaît Severus, dis-nous ce qui se passe. »

Le quatrième année maudit le contrat qui lui liait les lèvres. S'il ne disait rien, on risquait de le prendre pour le responsable de toute cette histoire. Au moins, avec un retentissement pareil, Dumbledore ne réussirait pas à s'en sortir. Il pouvait remercier le journaliste qui avait traîné à l'hôpital cette nuit. À moins qu'un médico-mage n'aie vendu la mèche ?

« Moi non plus, je n'ai pas tous les éléments. Laissez-moi jeter un coup d'œil à l'article. » Ça lui ferait toujours gagner un peu de temps. « Si on allait manger ? Je vous expliquerai en chemin. »

Le reportage s'avérait plus sensationnaliste que précis. Il ne mentionnait ni le nom des étudiants, ni les circonstances de l'attaque. À peine précisait-il que les victimes resteraient en observation au moins une dizaine de jours. Quelque part, tant mieux, ça entretiendrait la fureur de Lord Black. Cela ne réglait pas son problème immédiat, mais, tout en lisant, il avait pu réfléchir.

- Cette nuit, je me suis retrouvé dans le bureau de Dumbledore, avec notre directeur de maison. Je pense qu'il faudrait d'abord s'adresser à Slughorn pour …

- Servilus !

Trois Maraudeurs furieux arrivaient vers lui à toute allure, bousculant les élèves qui se trouvaient sur leur passage. Lupin manquait à l'appel, il devait sûrement se trouver à l'infirmerie. Autant saisir l'occasion pour faire d'une pierre deux coups.

- Demandez donc à Black de tout vous raconter depuis le début. Après tout, on en serait pas là s'il n'était pas venu me parler à la bibliothèque.

- C'était une blague, pour t'apprendre à rester à a place, au lieu de te mêler de mes affaires, sale petit serpentard minable !

- C'est une de vos soi-disant blagues qui a envoyé ma petite amie à l'hôpital ?

Les Gryffondors firent à peine l'aumône d'un regard au sixième année.

- Toi, tu ne nous intéresses pas, on veut Servilus.

- Oh, mais vous, vous m'intéressez, et il se trouve que je suis préfet. Alors si vous ne voulez pas écoper d'une retenue, il va falloir me répondre.

Potter ricana. « Tu es préfet mais aussi capitaine de l'équipe de Quiddich, et moi j'appartiens à une équipe rivale. Tu ne peux pas me coller comme ça te chante, il y a une procédure spéciale, avec l'intervention d'un professeur. File-nous Servilus ou bien ne vient pas te plaindre des conséquences. On est trois, vous êtes deux. »

« Ils sont trois aussi ! » Les Maraudeurs ne prêtèrent aucune attention à Victoire. Une grosse erreur selon Severus. La petite Poufsouffle semblait particulièrement remontée, et il avait plus confiance dans sa détermination que dans celle de Pettigrow.

En fait, la situation globale s'avérait même assez équilibrée. Ils se trouvaient à parité, et lui comptait à ses côtés un sixième année fort mécontent. Il fallait peut-être saisir l'occasion pour entamer un combat.

Avant qu'il puisse se décider, John reprit la parole. « Si vous accordez une telle importance au nombre, ça peut s'arranger. À MOI SERPENTARD ! »

Son cri fit lever la tête aux étudiants qui passaient dans le couloir. Tous ceux qui portaient les couleurs vert et argent répondirent à l'appel du capitaine de leur équipe de Quiddich. Trop en colère, Black et sa bande avaient pris de mauvaises décisions. Menacer un préfet n'était déjà pas très malin, mais le faire en public relevait de la bêtise crasse. Comment pouvait-on oublier que les serpentards faisaient front commun si on s'en prenait à un de leurs membres un peu important ?

Potter cependant réagit vite et se mit lui aussi à rameuter des renforts. En quelques minutes, deux groupes compacts se firent face. Il en émanait des clameurs et des paroles éparses.

« Qu'est ce qui se passe ? … Encore les Maraudeurs ? … Parait que ça a un lien avec cette nuit. » Finalement une phrase perça le brouhaha.

- C'est vrai que Black a voulu se débarrasser de son frère ?

Le Gryffondor sursauta, blême de colère.

- Qui a osé dire ça ? QUI ?

Décidément, les choses se présentaient sous les meilleurs auspices, et Severus se préparait déjà à une bataille d'envergure, quand un trouble-fête fit voler en éclat tous ses espoirs.

- Eh bien, eh bien, que voilà un fort impressionnant attroupement.

Malgré sa taille modeste, Flitwick fendait la foule sans difficulté. En fait, à la vue du petit professeur, nombre d'élèves jugeaient préférable de quitter les lieux.

Comme il arrivait à la hauteur des principaux protagonistes, l'enseignant laissa échapper mine de rien : « J'espère que vous vous tiendrez bien aujourd'hui. Notre directeur s'avère fort occupé en ce moment, tout comme son adjointe. Moi et mes collègues risquons de nous avérer en nombre insuffisant pour maintenir l'ordre. »

Les Maraudeurs se rembrunirent. Ils devaient réaliser que, sans Mc Gonagall, ils échapperaient beaucoup moins facilement aux sanctions que leurs frasques méritaient. Ils amorcèrent donc une retraite stratégique, non sans lancer à Severus des regards lourds de menaces.

Au moins leur intervention lui évita d'avoir à fournir des explications. Il entendit Victoire murmurer qu'elle n'aurait jamais dû parler de sa dispute avec Sirius Black. John, quant à lui semblait avoir arrêté son opinion, et il n'était pas le seul. Avant la fin de la matinée, tout Poudlard bruissait de la rumeur selon laquelle Regulus Black avait fait l'objet d'une tentative de meurtre de la part de son frère, pour d'obscures raisons d'héritage. Severus et Viviane seraient intervenus, ce qui aurait envoyé cette dernière à l'hôpital.

Au sein des vert et argent, deux types de réactions apparaissaient. Beaucoup prenaient une attaque contre un des leurs comme une offense personnelle et y voyaient une déclaration de guerre. Les autres faisaient remarquer que les assassinats politiques, quoique rares faisaient partie des mœurs en vigueur dans les vieilles familles de l'aristocratie magique, tout particulièrement chez les Black.

Mais même pour ces étudiants, la survie de la personne visée constituait une preuve d'incompétence manifeste, voire une marque de faiblesse à exploiter. Aussi, dès le lendemain, la tension entre Serpentards et Gryffondor atteignait des sommets. Les escarmouches s'enchaînèrent, et le soir venu, les deux maisons se retrouvaient en conflit ouvert, pour le plus grand bonheur de Severus.

Il appréciait particulièrement de voir les Maraudeurs pris à partie quotidiennement, cela ne leur laissait pas le temps de chercher à l'attaquer. Une seule ombre obscurcissait le tableau : dans ces conditions, il s'avérait impossible de parler à Lily. Les derniers événements lui avaient permis de démontrer sa supériorité, et il pouvait entreprendre de se réconcilier avec son amie. Malheureusement, le climat d'hostilité actuel rendait la chose quasiment impossible, il ne pourrait pas l'approcher sans se faire agresser.

Il se consola en se disant que ce n'était que patrie remise jusqu'au début des vacances et se concentra sur les examens de fin d'année qui arrivaient. Il prit cependant la peine de s'inquiéter du sort de Viviane et Regulus, auprès de Victoire. Elle lui apprit que les médico-mages les garderaient en observation encore quelques temps pour s'assurer qu'ils ne souffriraient pas d'effets secondaires. Il finit par réaliser qu'il s'agissait de la durée d'un cycle lunaire. L'hôpital devait vouloir s'assurer que Lupin ne les avait pas contaminés.

Le Gryffondor en question rasait les murs depuis la nuit fatidique. Personne ne semblait avoir compris qu'il se trouvait à l'origine de l'attaque, mais ça ne l'empêchait pas de prendre un air lamentable et de jeter des regards coupables à Severus qui ne s'en laissait pas compter. Il ne comprenait même pas qu'on autorise encore un monstre pareil à fréquenter l'école.

Il avait envoyé un courrier à Lucius Malfoy, truffé de questions aussi implicites que discrètes. La réponse, fort succincte, indiquait que le Conseil des gouverneurs menait des investigations. De drôles d'investigations, puisque aucun enquêteur ne s'était manifesté au château.

Il rêvait d'une action plus visible de la part des Aurors ou du Wizengamot, mais cela l'aurait placé dans une position délicate. Si on l'interrogeait, il pourrait difficilement répondre, à cause du contrat. Il se sentit un peu rasséréné en apprenant que le Conseil auditionnait quotidiennement un directeur devenu de ce fait quasi invisible à l'école. Par contre, il ne comprit pas pourquoi Mc Gonagall subissait le même sort. Elle faisait certes preuve d'une indulgence coupable vis-à-vis des Maraudeurs, mais elle au moins n'avait jamais voulu couvrir une tentative de meurtre.

Le début des examens lui fit oublier toutes ces considérations.

Il se focalisa sur le travail et fit l'impasse sur tout le reste jusqu'au jour de la dernière épreuve. Ce soir-là, il rentra dans son dortoir d'une humeur massacrante.

- Viviane et Regulus sont de retour, Tom. Dumbledore aussi. Il mangeait à la table des professeurs pour la première fois depuis des semaines. Il a fait un discours à la fin du repas. Il a parlé de « dysfonctionnements » dans la sécurité de Poudlard … sauf que ce serait de la faute de Mc Gonagall. Elle renonce à son poste de directrice adjointe et c'est Flitwick qui la remplace. Le vieux combinard s'en sort indemne !

- C'est typique de sa part, sacrifier un pion pour pouvoir continuer à jouer. Comme il n'y avait pas de morts, il a réussi à garder le Ministère en dehors de cette histoire, et à manœuvrer le Conseil des gouverneurs.

- Mais comment a-t-il convaincu Mc Gonagall d'endosser la responsabilité ?

- Depuis qu'il a vaincu Grindelwald, il bénéficie d'une aura considérable chez les sorciers.

« On parle de quelqu'un qui m'a fait passer un contrat magique à mon insu ! » Pour cacher une tentative d'assassinat, qui plus est.

- Et il a agi de manière indirecte, afin qu'on ne puisse rien lui reprocher.

Severus frémit en repensant à la soirée. Sans le journal, il n'aurait même pas saisi l'ampleur de la manipulation. Le vieux sorcier s'avérait vraiment redoutable. Comment avait-il fait pour convaincre les parents de Viviane et Regulus de ne pas engager de poursuites ? Encore des petites combines entre sang-purs du même monde. Ils faisaient leur petite cuisine sur leur petit réchaud, sans se soucier de lui, le sang mêlé vivant chez les Moldus. Heureusement qu'il n'avait jamais cru qu'il pourrait se lier d'amitié avec Viviane ou Regulus. Jamais. Il se jura de ne pas oublier la leçon.

Tom cependant, paraissait toujours inquiet.

- On est sûrs que Viviane et Regulus sont tirés d'affaire ?

- Ils sont rentrés tout-à-l'heure, ils doivent se trouver dans leur dortoir, en ce moment. Je ne sais pas comment ils feront pour les examens. Si ça se trouve, Dumbledore leur accordera d'office.

- Ça serait bien son genre, mais tu as d'autres soucis plus immédiats. Tu as pu constater qu'il ne faut pas se fier à son apparence de vieillard excentrique. Maintenant qu'il s'est sorti de ce mauvais pas, il va sûrement vouloir régler ses comptes. Comme il n'aime pas s'impliquer, il agira peut-être par personne interposée, alors tiens-toi sur tes gardes, le coup pourra venir de n'importe où.

Severus s'endormit avec ces paroles en tête, en se promettant de se tenir sur ses gardes. À son réveil, il décida qu'il consacrerait cette première journée de liberté à la magie de compulsion. Il avait découvert qu'outre les arts de l'esprit, on pouvait aussi l'utiliser sur un objet maudit pour inciter à le toucher, ou plus intéressant encore pour lui, via une potion. Brasser ce genre de philtre s'avérait rigoureusement interdit, et par conséquent diablement tentant. Il entendait cependant en discuter auparavant avec Tom.

Il fronça les sourcils, quand il ne trouva pas le journal dans son coffre. Il pensait pourtant l'y avoir rangé la veille. Il regarda dans sa sacoche, sur son lit, avant de réexaminer son coffre, sans résultat. Troublé, il décida d'utiliser la rune de localisation inscrite dans le marque-page confectionné pour Noël. Rien.

Il tenta de maîtriser la panique qui l'envahissait insidieusement. Il allait demander à Tom, Tom saurait ce qu'il fallait faire … Tom avait disparu. La situation le frappa dans toute son horreur. Il ne pourrait plus, comme il le faisait depuis des mois, se tourner vers le carnet pour obtenir des conseils. Il se retrouvait seul, dans cette école hostile où certains élèves avaient juré sa perte.

Cette pensée lui rappela l'incident dans le Poudlard Express, en septembre. Pas besoin de chercher bien loin les coupables. D'abord ils lui prenaient le livre de Lucius, ensuite ils lui volaient son plus cher trésor. Grosse erreur de leur part. Il saisit sa baguette, bien décidé à récupérer ce qui lui appartenait.

Jaillissant de son dortoir, il traversa la salle commune à toute allure, fou furieux. Alors qu'il atteignit la sortie, il sentit une main sur son épaule. « Rogue ! »

Viviane choisissait mal son moment. « Écarte-toi. »

- Je voulais te dire …

- Ça ne m'intéresse pas.

- Attends, il faut …

- Si tu as vraiment envie de parler, tu n'as qu'à aller causer avec Potter ou Black. Entre sang-purs, vous vous entendrez toujours.

- Comment oses-tu ?! Après ce que Sirius…

« Ça ne vous a pas empêché de vous mettre d'accord sur le dos de Mc Gonagall, sans même me tenir au courant. Toutes tes belles paroles sur la leçon qu'il fallait donner à Black pour qu'il se tienne à distance de ta sœur, c'était du vent. Même entre lions et serpents, les loups ne se mangent pas entre eux. » Il ricana, pas mécontent de son trait d'esprit, et de son effet sur l'étudiante, qui devenait livide. « Maintenant, tu m'excuseras, mais moi je ne suis qu'un modeste élève de seconde zone avec de la suite dans les idées. Les Maraudeurs en ont assez fait, je vais agir. » Il pointa sa baguette.

- Pousse-toi ou ne viens pas te plaindre des conséquences.

- Range ça tout de suite et profites-en pour changer de ton avec ma copine, sinon tu vas avoir de gros ennuis, Severus. Parole de préfet.

- C'est marrant, John, tu te souviens de ton rôle de préfet, uniquement quand ça t'arrange. Si tu remplissais ta fonction correctement, on en serait pas là. On vient voler des affaires jusque dans nos dortoirs, et tu ne t'en rends même pas compte.

Le sixième année lui jeta un regard incrédule. « Nos quartiers sont sécurisés. »

- N'importe qui peur accéder à la salle commune, il suffit de connaître le mot de passe.

- Mais il y a des mesures supplémentaires pour les dortoirs. Et tu ne me feras pas croire que tu n'as pas rajouté tes propres protections.

Le quatrième année s'apprêtait à répliquer que les elfes pouvaient accéder librement à toutes les pièces du château, mais le dernier argument le fit hésiter. Il avait soigneusement protégé sa malle, à l'aide de runes complexes. Il doutait qu'un seul étudiant de Poudlard parvienne à les neutraliser même s'il y passait toute la nuit. Réussir cette tâche impliquait donc la participation d'un adulte. Et dans ce cas un nom lui venait inévitablement à l'esprit. Dumbledore.

Malgré toute sa colère, le souvenir de leur précédente entrevue l'amena immédiatement à se modérer. Le vieux sorcier avait amplement démontré, tant sa puissance brute que sa résilience et son habileté. Il lui sembla entendre son Tom intérieur lui murmurer que s'il envisageait de se frotter à un adversaire pareil, il ne fallait surtout pas se précipiter. Quelque part, ça le rasséréna de sentir qu'au fond de son esprit, il restait une trace de son ami. Aussi, sans daigner dire un mot de plus à ses interlocuteurs, il tourna les talons et alla s'isoler pour faire le point.

La veille encore, le carnet l'avait mis en garde contre la vengeance du directeur. Ce dernier avait-il agi directement dès son retour, ou bien s'était-il servi d'intermédiaires, comme cela semblait son habitude ? Le second cas semblait le plus probable, et dans cette hypothèse, les Maraudeurs lui paraissaient des suspects idéaux. Mais s'il se trompait, en attaquant à visage découvert, il commettait une erreur et il offrait une occasion à l'adulte, pour le sanctionner. Il lui fallait un plan solide, et malheureusement, il n'en voyait aucun qui pourrait lui permettre de récupérer rapidement le journal.

La frustration le rendit dépressif et agressif, dans les jours qui suivirent. Pour ne rien arranger les sœurs Arès voulaient absolument lui parler. Il ne prit pas de gants pour leur signifier qu'il avait vu clair dans leur jeu. Si Viviane saisit la chose assez rapidement, Victoire s'obstina. Décidément les Poufsoufles semblaient croire que la persévérance suppléait au manque de jugeote ou de cervelle. Regulus au moins, ne se montrait pas hypocrite et avait simplement repris ses distances.

Le quatrième année mit à profit le temps libre qui précédait les vacances pour commencer à apprendre la légilimancie. S'il parvenait à lire dans les pensées de Potter ou Black, il saurait facilement s'ils avaient quelque chose à voir avec la disparition de Tom. La discipline s'avéra particulièrement ardue, mais il en profita pour peaufiner son occlumencie afin de résister à toute forme de compulsion. À cette occasion, il se rendit compte qu'on avait sans doute altéré ses souvenirs de la nuit du vol. Il s'agissait de changements infimes, si faibles qu'il ne pouvait pas en jurer, mais cela renforçait l'hypothèse Dumbledore.

En attendant, par instants Tom lui manquait tellement que ça en devenait physiquement douloureux. Dans ces occasions, il se disait qu'il aurait dû apprécier chaque moment passé avec ses rares vrais amis.

Il avait eu tort de laisser s'installer une telle distance entre Lily et lui. Cet été, il ferait tout pour que ça se passe bien. Il lui parlerait du carnet, de ses recherches en potion, du quiproquo avec le club de Slug et de la déception que constituaient les sœurs Arès. Quand il réalisa qu'elle partirait peut-être aussi en vacances cette année, il contacta Gringotts pour que les gobelins lui envoient une partie du contenu de son compte, sous la forme de gallions et de livres sterling. Ainsi, quoiqu'elle fasse, il pourrait la suivre.

Dans l'optique d'un tel voyage, il travailla sur sa malle. Il la dota de nouvelles runes pour l'alléger et en augmenter le volume intérieur. Il fit de son mieux pour en améliorer aussi les protections, mais, ne sachant pas comment on les avait outrepassées, il dut agir à l'aveugle. Il fit de même avec sa sacoche et toutes ces activités l'occupèrent jusqu'au dernier jour de l'année.

Il apprit avec indifférence que ses résultats d'examen atteignaient des niveaux jamais vus depuis au moins un quart de siècle. Il aurait tellement aimé partager cette nouvelle avec Tom. Il prit quand même la peine de remettre toutes ses notes à Flitwick et il mentionna qu'il aimerait bien trouver comment rendre ses runes horaires fluorescentes l'année prochaine. Autant ne pas insulter l'avenir et préparer la rentrée scolaire. Il ne rencontra pas ce genre de problèmes avec Slughorn. Le gros professeur lui indiqua avec enthousiasme qu'il pourrait reprendre ses recherches dès septembre prochain. Severus voyait bien que l'enseignant comptait surtout sur lui pour approvisionner l'infirmerie, mais tant qu'il pourrait brasser librement, ça ne le gênait pas. Et puis ça lui permettait d'emporter chez lui un stock de potions médicales pour son usage personnel.

Le banquet d'adieu, obligatoire, lui sembla interminable. Au moins Serpentard remporta la coupe des Maisons. À sa table, plus d'un élève lui jeta un regard reconnaissant. Ils savaient tous ce qu'ils devaient aux points qu'il avait gagnés en classe, mais désormais, il s'en moquait. Depuis la disparition du journal, il ne se souciait plus de sa position sociale et ne voyait pas l'intérêt de faire des efforts dans ses relations avec les autres. Il y remédierait peut-être quand il aurait retrouvé Tom, mais pour le moment, il focalisait ses efforts sur la recherche du journal et sur sa réconciliation avec Lily. Un été calme, voilà tout ce à quoi à il aspirait.

Comme si le destin l'avait jamais exaucé.