Chapitre 18

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Vous sentez la mayonnaise qui commence à vous monter au nez ; vous empoignez le flacon d'huile dont vous venez de vous servir pour votre lame et le lancez en direction de votre irritant subordonné.

- Oh, lui lancez-vous d'une voix fâchée alors que le flacon roule au sol après avoir manqué de peu son oreille, tu crois que je vais te regarder pioncer pendant encore combien de temps avant de pouvoir bosser ? Alors tu lèves ton cul et tu vas me chercher ce dossier maintenant, tu sais bien que c'est urgent !

L'insolent lâche un profond bâillement. Dans le doute, vous vous saisissez à présent de votre uchiko dans le but de le lancer à son tour s'il s'obstine à ne pas vous répondre. Et si tout votre matériel d'entretien y passe, il restera toujours votre sabre lui-même...

- Bien, répond-il finalement, je vais aller te chercher ton dossier si c'est si important...

- Merci.

Bon, la manière forte ne sera peut-être pas nécessaire, après tout.

- … Par contre, vu que je suis supposé être en pause, je vais devoir rattraper le temps que tu me prends. Et me les faire payer en heures supplémentaires.

Et merde, vous avez encore parlé trop vite. Un instant, vous êtes tenté de suivre votre impulsion première et de lui balancer d'autres objets à la figure, en prenant garde de ne pas le manquer, cette fois, mais dans un sens, ç'aurait été lui donner raison.

- Mais bien sûr, répondez-vous d'une voix chargée de sarcasme, déduis donc, mais avant de passer aux réclamations, je vais me permettre de soustraire toutes les heures où le phénomène inverse se produit, à savoir que tu glandes au lieu de travailler. À ton avis, le résultat final sera à ton avantage ou pas ?

- Aucune idée. Je te laisse faire le calcul et tu me diras le résultat, d'accord ?

- Non mais, tu crois que je n'ai que ça à foutre que de faire des additions ?

- Je pense que même toi, tu devrais avoir le niveau d'études pour ça, répond-il toujours sans daigner bouger de sa place. Et les bons comptes font les bons amis.

- Je ne suis pas ton ami... !

- Oh, ça c'est méchant, se lamente-t-il en feignant d'être profondément blessé, une main sur le cœur.

- … En ce moment, je suis ton supérieur et je te donne l'ordre de me donner ce foutu dossier ! Il ne me semble pas que je sois spécialement tyrannique sur ce coup-là !

- C'est pire que ça... Un tyran respecterait au moins le règlement qu'il a lui-même mis en place, comme le temps de pause de ses collègues. Toi, tu te torches allègrement avec. Tu es une insulte au Kyokuchou Hatto.

Là, il va trop loin. Vous vous redressez d'un bond et pointez la lame de votre sabre tout près de son visage encore couvert de son stupide masque.

- Répète un peu ça !

- Je dis que tu es une insulte au Kyokuchou Hatto, redit-il sans aucune gêne. Et à la mayonnaise.

Vous n'avez pas sérieusement envisagé de lui trancher le cou, en revanche, un bon coup de pied reste une option acceptable. Mais avant que nous n'ayez eu le temps d'armer votre coup, votre attention est attirée par le bruit de la porte de la salle de repos en train de s'ouvrir.

- Bonjour vice-commandant, bonjour cap... euh... Je dérange, peut-être ?

- Qu'est-ce que tu fiches là ? grognez-vous à l'inspecteur prudemment immobilisé dans l'entrebâillement de la porte.

- Je cherchais juste un truc, vice-commandant, mais, euh... Je repasserai plus tard...

- Une seconde, le rappelez-vous, tu n'aurais pas gardé une copie du dossier sur lequel cet imbécile et toi avez travaillé, que je le fasse tout recommencer devant moi ?

Parce que maintenant que vous y pensez, c'était sans doute ça. Cet imbécile n'avait encore pas fait son boulot, et cherchait à noyer le poisson en vous provoquant. Qu'à cela ne tienne, il fera sa part sur ce dossier, quoi qu'il vous en coûte !

- Euh... hésite Yamazaki, vous parlez de celui que le capitaine Okita a mis dans votre casier hier ?

- Quoi ! explosez-vous en vous retournant, réalisant alors que le petit enfoiré en a profité pour se relever et se mettre hors de portée. Il est dans mon casier ? Mais ça servait à quoi encore, tout ton cirque ?

- À t'enseigner à vérifier ton casier plus souvent, vous lance-t-il en se dirigeant vers la porte. Sur ce, puisqu'on n'a pas besoin de moi ici, je retourne à ma pause.

- Attends un peu, enfoiré !

Mais le sale petit bâtard ne vous écoute pas et se sauve en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Tant pis, vous lui ferez payer plus tard. En attendant, il faut vraiment que vous boucliez cette affaire. Après avoir récupéré avec des gestes vifs le fameux dossier dans le casier à votre nom, vous quittez à votre tour la pièce d'où Yamazaki avait eu la bon sens de s'éclipser également pour pouvoir travailler au calme dans votre bureau.

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La suite se passe donc dans votre bureau, au chapitre 62.