Hello ! Bonne année à tous ! J'espère que la reprise s'est bien passée et que les premiers jours de 2020 se passent bien pour vous :)

Réponses aux reviews :

Krokmou du 13 : merci beaucoup, je suis ravie que ça t'ait plu ! Et du coup je ne pouvais pas te répondre plus tôt parce que tu es en guest mais je ne poste qu'aujourd'hui du coup, j'espère que l'attente valait la peine aha :)

naruhina2 : je suis contente que tu ai tout lu :p Merci beaucoup ça me très plaisir en tout cas ! Les retrouvailles en question arriveront très, très, très bientôt aha... ^^

Bonne lecture, accrochez-vous bien, ce chapitre est costaud aha :p


Le gardien s'avança dans la chambre, l'air infiniment inquiet.

— Excusez-moi pour mon irruption, mais je ne pouvais pas attendre. Adrien, je sais que tu es là.

L'adolescent se redressa, les joues rouges. Marinette descendit de son lit, soulagée que la chemise du jeune homme soit assez longue pour lui couvrir les jambes jusqu'en bas des cuisses. Face au regard presque paniqué du vieil homme, elle ne trouva même pas le temps de se sentir embarrassée.

— Qu'est-ce qui se passe ? Où est Wayzz ?

Adrien, perché sur le lit de Marinette, enfila rapidement les vêtements que cette dernière venait de lui lancer et les rejoint à toute vitesse.

— Maître ? demanda-t-il face à son silence.

— Hier, après le combat, tu n'es pas venue me rendre les Miraculous, Marinette.

Adrien écarquilla les yeux et la jeune fille cessa de respirer, de penser ou de bouger. Face à sa réaction, le gardien ferma les yeux, presque désespéré.

— J'espérais que tu les avais juste gardés avec toi pour me les redonner aujourd'hui, mais visiblement, ce n'est pas le cas.

Sortant de sa léthargie, Marinette secoua doucement la tête.

— Je...

Le regard rivé au sol, elle ne savait pas quoi dire, ni quoi faire, ni comment parler, ni comment agir.

— C'est le Papillon, conclut Adrien en croisant les bras.

Maître Fu hocha la tête.

— Je pense que toute cette attaque avait pour but de te faire te retrouver avec les deux Miraculous en main, il t'a probablement manipulé mentalement pour que tu lui donnes, à lui ou à son alliée.

Marinette releva finalement les yeux, la bouche entrouverte et l'air douloureusement coupable.

— Je ne me souviens de rien, murmura-t-elle d'une voix tremblante.

Adrien se mordilla les lèvres devant la détresse de sa petite-amie, une vague de rage envers le Papillon serrant son cœur dans sa poitrine.

— Je pense qu'il te manipule depuis des semaines, même avant que tu ne m'en parles, avant que tu ne le remarques. Il a dû faire ça petit à petit, tellement subtilement que tu ne t'en es aperçue que trop tard, théorisa le vieil homme.

Marinette hocha la tête, la gorge nouée, le cœur serré.

— Qu'est-ce qu'on va faire ? questionna Adrien.

Pour la première fois, le gardien semblait à cours de réponses. Ses yeux avaient perdu cette étincelle d'espoir et il secouait la tête, une expression tristement abattue sur le visage.

— Je ne sais pas, avoua-t-il.

Le jeune homme fronça les sourcils.

— Mais je vais trouver. Le Papillon ne gagnera pas, je vous le promets.

Un léger sourire naquit sur ses lèvres et le lycéen lui adressa un hochement de tête entendu.

Maître Fu posa sa main sur l'épaule de Marinette et plongea son regard dans le sien.

— Rien de tout cela n'est ta faute, chuchota-t-il. Il n'y a pas de victoire sans défaites.

La jeune fille acquiesça et le gardien disparut de sa chambre aussi vite qu'il était apparu.

Adrien se tourna prudemment vers Marinette. Ses yeux fixaient le vide et ses lèvres tremblaient.

— Mari... murmura-t-il en posant ses mains sur ses joues.

Soudain, son regard se releva, s'ancrant dans le sien, et la vue de ses yeux d'un bleu fautif et désespéré lui déchira instantanément le cœur.

— Tout est ma faute.

Sa voix était rauque et chevrotante, coupable et triste, mais elle semblait si convaincue de ce qu'elle avançait qu'Adrien ne savait même plus quoi dire pour lui prouver à quel point elle se trompait.

— Je ne mérite pas d'être Ladybug.

— Ne dis pas ça, Marinette ! déclara Tikki en virevoltant jusque sa porteuse.

Elle regarda son kwami longuement avant de pencher la tête sur le côté et de lui sourire tristement.

— Tu mérites beaucoup mieux, Tikki.

L'intéressée s'apprêta à répliquer mais Adrien fut plus rapide.

— Arrête !

Il haussa le ton, révolté.

— Si seulement tu pouvais te voir comment on te voit tous, Mari. Tu...

Ses pupilles suivirent celles de Marinette et il avait les mains posées sur ses épaules.

— Tu es clairement la personne la plus forte que je connaisse, tu ne lâche jamais prise, tu es tellement déterminée que ça en devient insupportable.

Un léger sourire se forma sur les lèvres de la jeune fille.

— Tu réussis toujours à élaborer des plans incroyables, à me sauver quand je fais le malin — ce qui arrive bien trop souvent — et à supporter mes blagues nulles.

— Elles ne sont pas...

Adrien posa un doigt contre ses lèvres.

— Si, elles le sont.

Marinette éclata de rire et retrouva un instant cette lueur dans ses yeux bleu qui laissèrent couler quelques larmes le long de ses joues.

— Oui, tu as donné les Miraculous au Papillon, oui, il peut potentiellement te contrôler et oui, on est clairement mal barrés. Mais, murmura-t-il en rapprochant son visage du sien, ce n'est pas ta faute.

Il essuya une larme qui roulait sur son visage et rapprocha sa bouche de la sienne, à tel point que son souffle caressait sa peau.

— Dis-le.

Marinette grogna et s'éloigna du jeune homme. Mais ce dernier l'attrapa par le poignet et la rapprocha à nouveau de lui.

— Dis-le, Mari. Ce n'est pas ta faute.

— Mais...

Adrien haussa un sourcil et elle soupira bruyamment.

— Ce n'est pas ma faute, murmura-t-elle.

Il posa ses mains de chaque côté de son visage et caressa doucement ses cheveux avant de rapprocher ses lèvres de son visage. Il les déposa sur son front dans un baiser aussi léger qu'une plume avant de passer ses bras autour d'elle.

— Ce n'est pas ma faute, susurra Marinette en enfouissant sa tête contre son torse.


Quelques heures plus tôt...

Le Papillon sentit son champion perdre une nouvelle fois contre Ladybug et Chat Noir mais ne fut pas frustré, ni énervé, ni découragé. Au contraire, puisqu'il savait que, d'une manière ou d'une autre, cette bataille allait être une victoire pour son camp.

Pour la première fois.

— Le plan a fonctionné, elle est sur le point d'aller redonner les Miraculous.

La voix de son alliée résonnait dans son oreille et il hocha la tête, euphorique.

— Très bien.

Le Papillon ferma les yeux et se concentra, se servant de ce lien fantastique qui l'unissait à Ladybug pour accéder à son esprit. Il s'entraînait à cela depuis des semaines, ayant commencé par prendre possession d'elle durant de très courtes périodes, pas plus d'une seconde ou deux au début.

À vrai dire, il ignorait cette capacité avant de s'en être servi une première fois. Cette union entre eux restait une grande nouveauté pour lui, il en apprenait tous les jours et les raisons de ce lien restaient encore floues, bien que la plus évidente lui était déjà connue.

Il ne pouvait pas faire de mal directement à Chat Noir. Bien que cela lui soit très douloureux à accepter, c'était vrai. Alors, il devait passer par Ladybug. C'était la seule manière d'obtenir les Miraculous.

Toute cette attaque avait été planifiée, cet incendie, ce pouvoir relatif au feu. Il savait que les deux super-héros allaient se précipiter sur les lieux et sauver les otages des flammes. Alors, il avait ordonné à son alliée de rester dans le gymnase, de l'informer de l'avancée de la situation, d'alimenter le feu si besoin. Heureusement, elle avait su se montrer très discrète.

Elle avait relancé l'incendie avant de sortir du bâtiment, et avait assisté à son explosion avec soulagement : tout se déroulait comme prévu. Bien sûr, ce plan restait assez hasardeux, il fallait que ce soit Ladybug qui reste dans le gymnase en flammes, que ses blessures soient assez graves pour être incapable de participer au combat et que, de ce fait, elle et Chat Noir soient obligés de faire appel à des renforts. À d'autres Miraculous. Heureusement pour le Papillon, toutes ces conditions avaient été réunies, lui offrant une magnifique occasion de dérober les bijoux magiques.

Et ce moment était enfin arrivé. Une légère appréhension lui était venue à l'esprit : celle que ce soit Chat Noir qui aille remettre les Miraculous au gardien et non pas Ladybug, mais cette crainte avait vite été écartée.

Le Papillon ouvrit les yeux, regarda autour de lui et apprécia ce qu'il aperçut. Les yeux de Ladybug, à travers lesquels il voyait désormais, lui indiquèrent qu'il était bien en possession de son esprit. Cette sensation était incroyablement exaltante, ce pouvoir infini, cette invincibilité grandiose et euphorisante.

Bientôt, il se retrouva en face de son alliée et lui tendit les Miraculous, le cœur battant. Elle les prit en main, les yeux brillants, avant de disparaître rapidement.

Lorsque Ladybug retrouva le contrôle de son esprit, quelques secondes plus tard, elle était convaincue qu'elle venait de rendre les Miraculous à Maître Fu.


Les jours passèrent, l'inquiétude d'Adrien et de Marinette grandissait, le plan du Papillon se peaufinait. Le jour de l'an arriva sans que la moindre attaque n'ait éclatée dans la capitale, ce qui ne rendait les deux adolescents que plus anxieux. Le prochain combat allait être rude, c'était une certitude.

Ils passèrent une soirée très agréable avec leurs amis pour fêter la nouvelle année. Tout allait bien autour d'eux, mais cette voix ne cessait jamais de résonner dans leur tête, leur rappelant encore et encore et encore un peu plus que le Papillon pouvait attaquer à tout moment. Cette peur constante les consumait peu à peu, les faisant sursauter à chaque sonnerie de téléphone, à chaque bruit, à chaque cri.

Cela faisait sûrement partie de son plan, de les épuiser, de les affaiblir pour les rendre plus facile à battre le jour J. Mais ils n'étaient pas stupides, et cette terreur quotidienne ne les rendait que plus déterminés à éradiquer celui qui faisait trembler leur ville.

Très vite — trop vite — la rentrée des classes arriva et ils ne s'inquiétèrent que davantage.

— Tout va bien Marinette ? lui demanda un jour Chloé.

La jeune fille la rassura en lui adressant un sourire.

Les deux adolescentes étaient devenues amies avec le temps. Marinette était devenue plus tolérante envers la fille du maire et cette dernière avait grandi, avait cessé de se moquer de tout le monde, tout le temps et avait appris à refouler cette méchanceté qui la caractérisait autrefois. Bien sûr, elle restait Chloé Bourgeois, elle était toujours d'une sincérité phénoménale, drôle par moments, douloureuse a d'autre – la plupart du temps – et motivante parfois. Elle ne serait jamais un modèle de gentillesse ou d'entraide, mais Marinette la considérait comme une personne de confiance, et ne doutait plus du fait qu'elle était devenue une bonne personne.

Elle était loin, vraiment très loin, de se douter, même une seule seconde, que Chloé était devenue la nouvelle alliée du Papillon et qu'elle possédait désormais le Miraculous du Renard.

Et réciproquement, Chloé était à des années lumières de ne serait-ce qu'imaginer Marinette être Ladybug. Elle ne savait absolument pas que celle qui était devenue son amie était en réalité celle qui s'avérait être aujourd'hui son ennemie.

— Et toi, tout va bien ?

Chloé croisa un instant le regard de la jeune fille, ce regard bleu compatissant et apaisant, ce regard qui lui criait qu'elle pouvait se fier à Marinette mais qui lui murmurait d'une voix dangereuse de ne pas lui faire confiance.

La fille du maire secoua la tête et détourna ses yeux des siens avant de lui offrir le même sourire rassurant que la lycéenne lui avait adressé il y a quelques secondes.

Cet instant aurait pu juste être un moment d'égarement et ce combat qui s'était joué dans l'esprit de Chloé aurait pu passer inaperçu.

Seulement, il en fut tout autre.

Parce que lorsque le regard de glace de la jeune fille se plongea dans celui de Marinette, un irrépressible mal de tête s'empara d'elle, envoyant une décharge de douleur dans tout son corps. Cette même souffrance qu'elle avait éprouvé des dizaines de fois, cet étau qui lui serrait le crâne, qui ne pouvait être causé par une seule personne : le Papillon.

Marinette regarda Chloé s'éloigner. Chloé et ses longs cheveux blonds, sa démarche assurée et son maquillage toujours parfait. Chloé et son manque de confiance en elle camouflé sous des couches de sincérité rude. Chloé et son échec en tant que super-héroïne.

« Oh mon dieu » pensa Marinette en se massant les tempes.

Chloé était l'alliée du Papillon.

Elle se mit à courir à travers les couloirs, cherchant désespérément Adrien. Elle était à bout de souffle, le cerveau en feu et les joues rouges. Après ce qui lui sembla être une éternité, elle aperçu enfin le jeune homme, un sourire aux lèvres, en pleine discussion avec une lycéenne dont Marinette ignorait l'identité.

Sans crier gare, elle attrapa son poignet et le tira jusque dans les toilettes – des filles, cette fois-ci.

— Excuse-le, lança-t-elle à l'interlocutrice d'Adrien.

Marinette ferma la porte et se tourna vers lui en croisant les bras.

— Je… commença-t-elle.

— Tu serais pas un peu jalouse ? demanda Adrien, les yeux plissés et les lèvres redressées en un léger sourire.

La jeune fille fronça les sourcils avant de comprendre où il venait en venir.

— Dans tes rêves.

Adrien perdit son sourire et sa mine déconfite aurait probablement provoqué son fou-rire si la situation n'était pas aussi grave.

Marinette regarda autour d'elle, vérifia une énième fois qu'il n'y avait personne dans la pièce et se tourna vers son petit-ami.

— Chloé est l'alliée du Papillon, annonça-t-elle.

Adrien cligna des yeux, stupéfait.

— Attends… Quoi ?

— Je ne saurais pas vraiment t'expliquer… J'en suis juste sûre.

Il baissa le regard vers Marinette, tentant d'accepter ce qu'elle venait de lui annoncer. Savoir que son amie d'enfance était l'alliée de son pire ennemi était difficile – voire impossible – à digérer.

— Et c'est plutôt logique, ajouta-t-elle. Tu te souviens à quel point ça lui tenait à cœur d'être une super-héroïne quand on était en troisième ? Et comment ça a été compliqué pour elle d'accepter qu'elle n'était pas faite pour ça ?

Adrien hocha la tête.

— Elle a tellement changé depuis cette époque, ça me semble tellement… murmura-t-il.

— Impossible ?

Il acquiesça une nouvelle fois, complètement déboussolé par cette nouvelle.

— Je te promets qu'on va la sortir de là, chuchota-t-elle en posant ses mains sur ses bras.

Adrien lui offrit un sourire triste, se demandant ce que le Papillon allait encore lui prendre.

Gabriel Agreste était assis à son bureau, des montagnes de papiers à signer devant lui mais l'esprit à des kilomètres de cette paperasse qui s'accumulait.

Il ne pouvait penser qu'à ce lien qui l'unissait à Ladybug.

Il ne pouvait penser qu'à Émilie.

À ce pouvoir qu'elle possédait, elle aussi. À cette capacité de voir l'avenir qui lui a causé sa perte. À Adrien, qu'elle a laissé derrière elle.

Émilie avait été la porteuse du Miraculous du Paon pendant des années. Bien avant que Gabriel ne fasse sa connaissance. Il se rappelait avec une clarté incroyable ce soir d'été où il avait croisé les yeux verts de cette héroïne. Cette vision ne l'avait plus jamais quitté, la hantant toujours aujourd'hui, des dizaines d'années plus tard.

Elle possédait le Miraculous du Paon dans sa famille depuis des générations, alors, elle n'avait jamais hésité à endosser le rôle de super-héroïne et de défendre la ville contre les menaces quotidiennes. Au début, elle assurait un rôle de gardienne de Paris, qui n'était intimidé par aucun ennemi à la soif de pouvoir.

Mais, au fur à mesure des années, les choses étaient devenues différentes.

Émilie s'était mise à défendre Paris contre une menace bien différente que celle qui faisait aujourd'hui trembler la capitale. Contre le porteur du Miraculous du Scorpion.

C'était une sombre époque, pleine de combats, d'affrontements interminables, sanglants et douloureux, de souffrance et de peur.

La ville était sans arrêt baignée dans une atmosphère inquiétante, tout le monde était sur ses gardes, tout le temps, pour tout. Personne ne pouvait se fier à personne. Et celles dont on était proches s'avéraient le plus souvent bien différentes de ce que l'on croyait.

C'était ce qui était arrivé à Émilie.

Le pouvoir du Miraculous du Scorpion était pour ainsi dire inhumain. Il causait une douleur infernale, si bien que le porteur du bijou magique pouvait contrôler l'esprit de sa victime et lui faire avouer ses plus profonds secrets, ses remords les plus reculés, ses pensées les plus terribles.

Rapidement, la jeune femme avait commencé à avoir des visions, et s'était rendu compte de son don. Comme Marinette, il lui avait fallu un temps d'adaptation, et passant au-delà de tous les échecs, des défaites qui s'accumulaient et de la terreur qui ne faisait que croître, Émilie avait réussi à contrôler son nouveau pouvoir.

L'affrontement final avait enfin eu lieu, plongeant la ville dans un effroi sans précédent. Les habitants s'étaient demandé avec une frayeur qui les paralysait de ce qui adviendrait de la capitale si leur super-héroïne échouait.

Heureusement, ils n'eurent pas à le savoir. Parce qu'Émilie, grâce à son don et à son Miraculous, avait réussi à vaincre le porteur du Miraculous du Scorpion. Le soulagement fut incommensurable, la joie phénoménale, les réjouissances merveilleuses.

Maître Fu connaissait bien Émilie. Elle avait été son apprentie, son élève, même son amie. Ç'avait été ensemble qu'ils avaient sorti Paris des griffes de leur plus grande menace. Ç'avait été ensemble qu'ils avaient compris et dompté le don de voyance de la jeune femme. Et ç'avait été ensemble qu'ils avaient été ignorants sur beaucoup de sujets, sur le fait que manipuler le temps était très dangereux, par exemple.

Mais c'était ce qu'Émilie avait été forcée de faire pour vaincre son ennemi, jouer avec le temps pour le battre. Et elle en avait payé le prix.

Une fois rentrée chez elle auprès de son fils et de son mari après cette rude bataille, Émilie se sentait terriblement affaiblie, incommensurablement fatiguée, mais en paix. Ce fut soulagée et apaisée qu'elle s'était éteinte cette nuit-là.

Gabriel avait été détruit. Le gentil, compréhensif et aimant homme qu'il avait été s'était transformé en une montagne de rage.

Il avait débarqué chez Maître Fu, fou de colère, de chagrin et de vengeance, et avait dérobé le Miraculous du Scorpion, sans que le vieil homme ne puisse rien y faire.

Sans que Gabriel ne puisse jamais l'expliquer, le Miraculous du Scorpion s'était changé, sous ses yeux ébahis, en Miraculous du Papillon lorsqu'il avait pris entre ses mains. Stupéfait, Gabriel avait appris tout le reste dans le grimoire.

Comme le fait que réunir le Miraculous de la création et celui de la destruction entraînait la possibilité de réaliser un vœu.

Et, à cet instant, le Papillon était né.

La mort de la super-héroïne parisienne avait rapidement fait le tour de la ville, laissant ses habitants sous le choc.

Jouer avec l'avenir avait des conséquences, Émilie en avait fait les frais. Mais ce n'avait pas été tout. Les effets des actions de l'ancienne super-héroïne avaient été à double tranchant et avaient commencés à se retourner contre les habitants. Le temps n'avait plus aucun sens, s'écoulant parfois à une vitesse phénoménale, parfois très lentement, parfois pas du tout.

Maître Fu, conscient de ses fautes – d'avoir fait confiance à Gabriel et de ne pas s'être montré suffisamment prudent concernant le pouvoir d'Emilie – avait été forcé de réparer ses erreurs de la seule manière qu'un gardien pouvait le faire : en effaçant la mémoire.

C'était une compétence propre aux Maîtres des Miraculous qui assurait le maintien de l'équilibre lors de fautes telles que celles-ci. Alors, les souvenirs de cette sombre et terrible période avaient été effacés de la mémoire des parisiens, qui ne se rappelaient aujourd'hui plus le Miraculous du Scorpion, ni l'héroïne aux cheveux blonds et aux yeux verts.

Pour eux, Émilie Agreste était portée disparue, et personne n'avait aucune idée de l'identité du Papillon. À commencer par Maître Fu, dont la mémoire avait elle aussi été effacée.

L'équilibre devait être préservé, même du côté des gardiens. Personne ne devait se souvenir. Bien sûr, le vieil homme avait quelques réminiscences en tête, comme le fait qu'il avait commis cette erreur incommensurable et que jouer avec le temps était probablement la plus dangereuse des choses. Maître Fu savait également qu'Émilie Agreste avait été une super-héroïne, étant donné qu'il la connaissait avant la catastrophe.

Mais c'était tout.

Gabriel, de son côté, avait gardé quelques souvenirs également, il se rappelait ce soir d'été, des pouvoirs d'Émilie, mais d'une manière assez floue.

La seule chose qui restait intacte dans son esprit était cette rage, cette soif de vengeance et ce devoir envers Émilie, ce devoir de la ramener auprès de lui.

Quelques jours plus tard, en fin d'après-midi, alors que Paris était enveloppé sous un manteau crépusculaire grisâtre, le combat faisait rage.

La pluie tombait en rafale sur la capitale et Ladybug se battait comme elle ne l'avait jamais fait. Chaque seconde était plus rude que la précédente, chaque coup de pied plus puissant, chaque saut plus périlleux. Animée par une détermination qui faisait pulser son sang à travers ses veines, qui faisait battre son cœur à une vitesse phénoménale et qui vivifiait chaque nerf, chaque muscle et chaque réflexe, Ladybug était tout bonnement inarrêtable.

Chat Noir, de son côté, n'était pas en reste. Il bondissait comme le félin à qui il empruntait le nom, avec toujours plus de vivacité, de force et de rapidité.

Il était temps que tout cela prenne fin.

Leur ennemi du jour n'était pas pire que ceux qu'ils avaient déjà connus, mais une menace supplémentaire rendait ce combat beaucoup plus délicat.

Aujourd'hui, Chloé était en possession du Miraculous du Renard, et se battait aux côtés du Papillon.

Heureusement – heureusement ? – les deux héros connaissaient l'étendue de son pouvoir et savaient qu'elle pouvait évoquer une illusion. Alors, ils étaient prudents, protégeaient leurs arrières, ne se laissaient pas berner.

Seulement, ils se rendirent bien vite compte de leur erreur.

Sans préambule, le super-vilain se servit de son redoutable pouvoir et fit dégringoler un immeuble droit sur eux. De l'autre côté, un autre gratte-ciel s'effondrait, se rapprochant dangereusement de Ladybug et Chat Noir.

L'un des deux était forcément une illusion.

Et elle avait forcément été causée par la porteuse du Miraculous du Renard.

N'est-ce pas ?

Alors, ils foncèrent dans cette direction, dans le bâtiment détruit par Chloé et non pas par le super-vilain. Ils s'attendirent à voir cet immeuble se désintégrer, signe qu'il n'était rien d'autre qu'une illusion.

Mais les choses ne se passèrent pas du tout comme ils l'avaient prévu.

— Cataclysme ! hurla Chat Noir.

Les tonnes de béton se désagrégèrent en poudre noir alors que Ladybug tourna la tête vers son coéquipier, le souffle court.

Le cœur battant, ils se regardèrent une seconde, rien qu'une seconde. Mais ce laps de temps suffit à tout faire basculer.

Le super-vilain semblait avoir le pouvoir de contrôler les matériaux. Alors, durant cette seconde d'inattention, il fit voler des blocs de béton, des pylônes et tout un tas d'autres décombres de leur affrontement jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au-dessus des deux super-héros.

Lorsqu'ils se rendirent compte de la situation, courir était inutile.

Leurs yeux se rencontrèrent dans une œillade terrorisée mais résolue. Le regard qu'ils partageaient valait tout ce qu'ils ne pouvaient pas, tout ce qu'ils n'avaient pas le temps de dire tout haut.

Ils savaient ce qu'ils avaient à faire.

Alors, ils attendirent le dernier moment, l'instant où le super-vilain lâcha cette quantité astronomique de ruines sur eux avant de sauter du bâtiment où ils se trouvaient. Bâtiment qui était haut de plusieurs dizaines de mètres.

Seulement, les débris ne rencontrèrent jamais le sommet de l'immeuble où ils se trouvaient. Au lieu de ça, ils se désintégrèrent sous le sourire maléfique de leurs ennemis.

C'était une illusion.

De chaque côté du gratte-ciel, Ladybug et Chat Noir étaient élancés dans le vide. Le protecteur de Paris utilisa son bâton pour se téléporter aussi loin du champ de bataille que possible.

Mais ça ne se passa pas de la même manière pour Ladybug. Cette dernière tenta de lancer son yo-yo pour se sortir de la poussière des décombres et des blocs de pierre qui menaçaient de lui tomber dessus. Sans succès.

Son adversaire se retourna contre elle, soulevant des tonnes et des tonnes d'éboulis et de gravats. Ladybug était prise au piège. L'alliée du Papillon, ayant déjà utilisé son pouvoir, pouvait cependant toujours se battre, et ne lésinait pas sur les moyens pour garder l'héroïne de la capitale là où elle était.

Chat Noir aperçu la scène en écarquillant les yeux. Sans réfléchir, il courut, sauta, encore et toujours plus vite.

Tout se passa si vite.

Il asséna un coup de pied à Chloé – qu'elle soit son amie depuis toujours ou non ne lui importait que très peu à cet instant – qui fut déstabilisée pendant quelques secondes. Il eut tout juste le temps d'attraper Ladybug par la taille au moment même où le super-vilain lâchait les ruines des immeubles sur elle.

Il la poussa loin, très loin, lui évitant de se faire écraser par ces tonnes de béton.

— Chat Noir ! hurla-t-elle lorsque les décombres s'effondrèrent sur lui.

Sa voix se brisa dans un sanglot tandis qu'elle se précipita sur ces blocs de pierre. Elle ne se préoccupa pas de ses adversaires, qui, eux aussi étaient sous le choc, puisque le Papillon leur avait bien indiqué de se concentrer sur Ladybug, et sur Ladybug uniquement.

Cette dernière, les yeux remplis de larmes et le corps tremblant souleva un à un les débris, s'aida de son yo-yo, de ses bras, de n'importe quoi.

Après un laps de temps qu'elle savait beaucoup trop long, elle réussit à extraire Chat Noir de ce cimetière de béton. Ses cheveux rougis par le sang étaient recouverts de poussière, son visage était d'une blancheur de craie et une plaie sur le côté de son crâne saignait abondamment, dégoulinant sur sa tempe.

Ladybug posa la tête de son coéquipier sur ses jambes et lutta contre elle-même pour ne pas se laisser submerger par la panique. Elle faisait ce qu'elle pouvait, ce qui ne se résumait pas à grand-chose puisqu'elle n'avait absolument rien pour le soigner.

Au moment où elle allait utiliser son Lucky Charm, Chat Noir ouvrit ses grands yeux verts, qui ressortaient terriblement sur son visage blanc.

— Chaton… murmura-t-elle.

L'interpellé lui offrit le meilleur sourire qu'il put.

— Tu vas t'en sortir, d'accord ? Je vais utiliser mon pouvoir et tout réparer et…

— Tout va bien se passer, chuchota-t-il.

Sa voix était rauque et essoufflée, sa respiration lente et bruyante.

— Reste avec moi ! hurla-t-elle alors que ses yeux se fermèrent.

Chat Noir rouvrit les paupières un instant avant de doucement lever la main vers le visage de Ladybug. Il caressa tendrement sa joue, laissant une trace de sang sur sa peau.

— C'est… C'est ici qu'on s'est rencontrés, susurra-t-il difficilement.

Ladybug leva la tête et regarda ce qu'il restait de l'endroit où ils se trouvaient. Un sourire triste se forma sur ses lèvres lorsqu'elle se rendit compte qu'en effet, ils étaient bien là où elle avait rencontré Chat Noir la première fois.

— Tu…

Sa voix se coupa lorsqu'elle regarda à nouveau son coéquipier. Ses yeux étaient fermés et un filet de sang s'échappait de sa bouche entrouverte.

— Chaton ?

Son cœur se mit à cogner tellement fort contre sa cage thoracique que, bientôt, le seul bruit qu'elle entendait était son sang qui pulsait dans ses tempes.

— Réveille-toi !

Elle hurla, le secoua, cria encore avant de fondre en larmes.

La douleur qui lui déchirait le cœur était si intense qu'elle crut mourir, elle aussi.


Quel chapitre ! Je suis moi-même sous le choc de ce qu'il se passe aha :)

Concernant toute l'histoire d'Émilie, je suis consciente qu'il y a beaucoup d'incohérences par rapport à la série, et j'en suis désolée. J'espère que toute cette histoire vous plait quand même, et que le Miraculous du Scorpion vous a intrigué ! Bien sûr, il y aura d'autres explications, sur pourquoi le Miraculous s'est transformé en celui du Papillon, sur son porteur, et un tas d'autres choses !

J'espère que la dernière scène vous a plu (enfin, tout est relatif) aussi :)

Vous êtes obligés laisser une review, je veux absolument savoir ce que vous en avez pensé !

Bonne fin de soirée à tous !