10 mois sans écrire une seule ligne, une année difficile...il est peut-être temps de s'y remettre ?
Bonne lecture !
Chapitre 16 – In hell I'll be in good company
LOLA
Minuit...enfin, à vue de nez. N'ayant pas de montre à portée de main, je me fiais à la lune, pleine et ronde dans son écrin noir parsemé d'étoiles, ainsi qu'à la température glaciale pour me donner une idée de l'heure qu'il était.
Jesus avait quitté la Colline depuis plusieurs heures, se déplaçant en silence tel un ninja de l'apocalypse particulièrement bien coiffé. Oui, ce point était important, d'autant qu'il ne m'avait toujours pas révélé le secret de sa chevelure de rêve. Je soupirai, dépitée en repensant à sa crinière soyeuse digne d'une princesse Disney, Raiponce étant celle qui s'en approchait le plus. Après quelques secondes passées à rêvasser et à triturer mes propres cheveux dont les nœuds me collaient la nausée, je m'accroupis un instant, observant du mieux que je le pouvais les traces laissées par l'homme qui m'avait secourue quelques semaines plus tôt. Bien entendu, étant une jeune femme parfaitement disciplinée quand il s'agissait de rester en place, je m'étais lancée à sa poursuite. C'était sans compter sur mes aptitudes de traqueuse qui s'étaient avérées encore plus pitoyables que mon sens de l'orientation. « Fais chier ! ». Voilà deux heures que je suivais les traces...d'une famille de hérissons. Pathétique. Mignon...mais pathétique. Et maintenant ? Je resserrai les pans de la veste gracieusement offerte par Jesus, l'homme invisible, frissonnant dans la brise nocturne. Dire que je rêvais d'un bain chaud était un euphémisme. Il me tardait de retrouver Alexandria et sa quiétude habituelle, les odeurs douteuses des pâtisseries de Carol, les blagues pourries de mon poète humoriste...mais plus que tout, c'était la chaleur des bras de mon archer que je désirais. La gorge soudainement nouée en songeant à Daryl, je secouai la tête comme pour chasser un mauvais rêve. Ce n'était pas le moment de s'apitoyer. Je devais continuer à avancer. Et retrouver Jesus devait pour l'heure rester ma priorité numéro un. Le reste...y compris le chasseur, devrait attendre encore un peu.
Un nuage de buée s'échappa de mes lèvres tandis que je grelottais. Les températures chutaient de plus en plus. L'hiver était vraiment là. Peut-être avais-je louper les premières chutes de neige durant mon semblant de coma ? Perdue dans mes réflexions plus ou moins passionnantes, j'observai silencieusement les cinq petites boules de poils qui me toisaient d'un air moqueur. Assurément, Barry leur aurait déjà donné des petits noms. Devais-je les lui rapporter ? « Bordel de merde Lola ! Redescends sur terre ! ». Tournant le dos à la famille hérissons, je croisai les bras sur ma poitrine avant de scruter les étoiles à la recherche d'un indice quant à la trajectoire empruntée par mon sauveur. Dire que je fréquentais un pisteur hors pair depuis des lustres...Honteuse, je repris ma route d'un bon pas lorsque je trébuchai lamentablement sur un rôdeur planqué dans les feuilles mortes. Bordel de merde ! C'était la Saint Lola ou quoi ?!
- C'est pas le moment de jouer à cache-cache mon gros, soupirai-je à voix basse avant de dégommer le crâne de mon assaillant un brin farceur à coup de pompes.
Je me relevai, fébrile, époussetant au passage le vieux legging noir donné par mon bienfaiteur avant de me remettre en route. Une chute n'arrivant jamais seule, je me cassais à nouveau la figure, cette fois-ci à cause d'une racine de la taille d'un œuf de Pâques.
- Ok...là ça devient carrément ridicule, pestai-je en maudissant silencieusement les baskets hideuses qui avaient remplacé mes éternelles Doc Martens...paix à leurs âmes.
- Tu as besoin d'un coup de main peut-être ? s'enquit une voix masculine dans mon dos.
- On peut savoir ce que tu fais là ? demandai-je à Jesus tout en me redressant maladroitement.
Ce dernier s'esclaffa à voix basse, sa chevelure soyeuse faiblement éclairée par les rayons de la lune ondulant au gré de la brise nocturne.
- Tu sais, reprit-il après une seconde durant laquelle je m'étais une nouvelle fois époussetée, si tu veux suivre quelqu'un tu devrais être plus discrète.
- Désolée de ne pas être un ninja de l'apocalypse, cinglai-je, faussement vexée.
- Un ninja de l'apocalypse ? sourcilla-t-il, amusé. A ce propos, je croyais que selon le Dr Carson tu ne devais pas quitter la Colline ?
Avec une moue coupable, je m'approchai du jeune homme en silence, tout en cherchant une excuse valable.
- Bon, je ne trouve pas d'histoire rocambolesque à te raconter alors autant être honnête. Je t'ai suivi, finis-je par lâcher.
- Tu parles d'un scoop ! On t'entend à des kilomètres. Tu sais que tu as tendance à parler toute seule ?
- Ça non plus c'est pas un scoop. De toute façon, il paraît que c'est un signe d'intelligence, me défendis-je.
Visiblement décontenancé, il secoua la tête avant de se mettre en route d'un pas furtif.
- Tu vas où ? Alexandria n'est pas par là ! m'exclamai-je en arrivant à sa hauteur.
- Comment tu sais ça ?
- Je ne connais pas cette forêt aussi bien que toi, mais on vient de là bas, remarquai-je comme si c'était l'évidence même.
Il s'arrêta une seconde, soupira, puis se tourna vers moi, l'air inquiet.
- Je te ramène à la Colline. Tu dois te reposer tant que la plaie n'est pas totalement guérie.
- Quoi ?! Je te le dis clairement, c'est non. Je rentre à Alexandria.
- Lola, s'impatienta-t-il. Tu as vu l'état de ta jambe ? Tu sais ce qu'a dit Carson ?
- Je m'en tape de Carson. Il aurait pu danser la macarena en collants roses ça n'aurait rien changé. Je veux rentrer chez moi, retrouver Daryl et mes amis. Ecoute, repris-je après quelques instants, je te suis sincèrement reconnaissante pour tout ce que tu as fait pour moi, mais si je reste une seconde de plus là bas, je vais péter un plomb.
- Ah...parce que tu es dans ton état normal depuis que tu t'es réveillée peut-être ? me taquina-t-il.
- Bien sûr, me vexai-je légèrement, pourquoi ? Y a un problème avec mon attitude ?
Jesus me scruta de longues minutes tandis que je tentais de prendre un air suffisamment déterminé pour le convaincre, mais pas trop non plus histoire de ne pas paraître menaçante. Après tout, si je voulais qu'il me ramène à la maison ce n'était pas le moment de lui faire peur. Il semblait déjà me trouver bizarre. Inutile d'en rajouter.
- Ok, finit-il par abdiquer. Mais je ne veux pas t'entendre, ajouta-t-il précipitamment face à ma soudaine montée d'enthousiasme.
- Promis ! Je te jure que tu ne le regretteras pas ! Je vais me faire toute petite, tu ne sauras même pas que je suis là, débitai-je à toute allure, reconnaissante.
- Lola ?
- Oui ?
- Qu'est-ce-que tu n'as pas compris dans « Je ne veux pas t'entendre » ?
- Oh...ah oui, bien sûr. Je me tais. Je ne dirai plus rien à partir de maintenant, répliquai-je en lui emboîtant joyeusement le pas. Ohhh je suis tellement contente si tu savais ! Pendant un moment j'ai vraiment cru que t'allais me ramener là bas. C'est sympa la Colline, mais je préfère Alexandria. En plus Gregory est vraiment désagréable. C'est quoi son problème avec moi ?
- Lola, soupira Jesus.
- J'ai compris. Plus un bruit, souris-je, incapable de contenir la joie de rentrer chez moi et de retrouver enfin Daryl.
DARYL
Minuit. Enfin, à vue de nez. Difficile à dire depuis qu'on a tous perdu la notion du temps. J'ai trouvé un vieux paquet d'clopes dans la chambre que j'partageais avec... Lola. J'déteste cette foutue chambre depuis qu'elle est plus là. Tout me la rappelle. J'ai l'impression de la voir partout. De sentir son odeur dans tout Alexandria. J'deviens cinglé. Enfin, j'crois. Ce dont j'suis sûr, c'est que plus rien n'a d'importance maintenant. Nick et moi on va buter ce fils de pute de Monroe, et ensuite...ensuite, j'me barre. J'quitte ce trou à rats. J'préfère être seul et vivre dehors que rester dans ce patelin qui m'rappelle sans arrêt qu'elle n'est plus là.
J'porte mon shoot de nicotine à mes lèvres et j'inspire. Profondément. La fumée finira par me tuer. Mais je m'en cogne. Parce que c'est à peu près tout ce qui peut me soulager en ce moment. Même si c'est temporaire. Je m'arrête devant l'armurerie. J'mate le ciel une seconde. J'me perds dans la contemplation de ces putains d'étoiles qu'elle aimait tant. Fais chier. J'soupire. J'observe la fumée de ma cigarette s'évaporer lentement et j'secoue la tête. Faut que j'me rende à l'évidence. J'pourrais mater un caniveau qu'il m'ferait penser à Casse-Noisette. Nouveau soupir. J'ferme les yeux. J'laisse le goût du tabac s'imprimer dans ma bouche. Ce goût acre. Amer. J'sens toutes ces molécules cancérigènes s'insinuer dans mes cellules. Elles les tuent à petit feu. Mais encore une fois, je m'en branle. Crever d'un cancer ou m'faire bouffer par un rôdeur, quelle importance ?
Le Bellâtre se pointe enfin.
- J'étais de garde au portail, il s'excuse. Rosita s'est pointée en retard.
Ouais. La latino devait encore s'envoyer en l'air avec Abraham. Rien à foutre.
- T'as la clé ? j'lui demande.
Il acquiesce. J'sais pas comment il s'est débrouillé pour la récupérer. Surtout qu'Olivia veille dessus comme si c'était ce foutu St Graal.
- Ok. On y va, j'marmonne.
Nick ouvre la porte grinçante pendant que j'fais le guet. C'est le calme plat. Les rues sont désertes. Comme toujours à cette heure-ci. Ça me fait vaguement penser à Woodbury et au couvre-feu imposé par ce taré de Gouverneur. Et comme à chaque fois que j'songe à cette époque, Merle s'engouffre à son tour. Heureusement qu'mon frangin est plus là pour voir c'que j'suis devenu. Il se foutrait de ma gueule. Il aurait raison. Daryl Dixon n'est plus que l'ombre de lui-même. Pourtant, j'sais que la mort de Lola l'aurait anéanti. J'remonte mon arbalète sur mon épaule, et j'me faufile dans l'armurerie. Ça sent un mélange de poudre et de sang. J'aime cette odeur. Bizarrement, elle m'apaise. Comme la fumée de mes clopes. J'attrape une machette pas trop défoncée, un flingue et des bastos. Nick fait le plein à son tour quand la lumière de l'armurerie s'allume. J'sursaute pas. Plus grand chose ne me surprend. Et puis, me faire choper en train de voler des armes pour aller déglinguer un connard, je m'en cogne. J'ai de comptes à rendre à personne.
- Qu'est-ce-que vous foutez là ? demande Sasha en nous pointant avec son fusil d'assaut avant de rengainer. Je vous ai pris pour des intrus. J'aurais pu vous tuer.
- Ouais bah tu l'as pas fait. Et ça t'regarde pas, j'rajoute en sortant.
Nick me suit en silence. Il reste muet comme une tombe. Concentré sur notre objectif. Il a pas envie de donner d'explications. Moi non plus. Fin de la discussion. L'afro américaine referme derrière nous. Elle me tend les clés de l'armurerie, et nous emboîte le pas. Je m'immobilise. Qu'est-ce-qu'elle veut bordel de merde ?
- Tu fais quoi là ?
Elle me toise. Son p'tit air supérieur collé au visage. J'déteste quand elle veut jouer aux dures. Et puis j'mate ses yeux. Ils sont gonflés. Elle a perdu de sa superbe. Elle a l'air...abattue.
- J'veux en être, elle répond.
- En être ? j'répète en tirant une nouvelle latte sur ma clope.
- Faut pas être un génie pour comprendre ce que vous avez décidé de faire tous les deux. Aiden a disparu, et comme par hasard vous montez une opération commando, elle réplique en croisant les bras. Alors, je veux en être.
J'réfléchis un quart de seconde. Pas besoin d'être un génie non plus pour savoir que plus on s'ra nombreux moins on s'ra efficaces.
- Hors de question. Ça ne concerne que Daryl et moi, répond le Bellâtre d'un ton calme.
- Tu te trompes, elle reprend. Bob aussi est mort par la faute d'Aiden. Alors j'ai autant le droit que vous de vouloir buter cet enfoiré.
Bob...bordel j'suis tellement obsédé par Lola que...Et puis merde. J'soupire. J'avais pas prévu ça. J'me tourne vers Nick. Il est dans la lune. Comme d'habitude. J'sais même pas pourquoi j'attends une réponse de sa part. C'est pas mon pote. On est juste sur la même longueur d'ondes en ce moment. Du moins, j'essaye de m'en convaincre.
- T'en penses quoi ? j'finis par demander.
Il mate le ciel. Réfléchis. Longuement.
- Nick ? On l'emmène ou pas ? je m'impatiente.
- Ouais, il réplique d'un air las.
- Ok. Trouve-toi une bagnole, j'balance à Sasha. J'ai que deux places sur ma bécane.
- Pour quelle raison avez-vous besoin d'un véhicule de type voiture alors qu'à en juger par la hauteur de l'astre lunaire au dessus de nos têtes et la température décroissante il doit être plus de minuit ?
Génial. Manquait plus que le scientifique. Mais pourquoi est-ce-que rien ne se passe jamais comme prévu ? Le plan c'était Nick et moi. C'était simple. Clair. Net. Précis. On chopait des armes et on se mettait en route pour faire sa fête à cet enfoiré d'Aiden.
- T'occupe Eugene, rétorque l'afro américaine en redressant son fusil d'assaut sur son épaule. Bon, on y va ?
- Ouais, j'marmonne en jetant mon mégot.
On s'dirige vers le portail, j'grimpe sur ma bécane pendant que Sasha prend place au volant d'un vieux pick up...Eugene à ses côtés...Ok. J'laisse tomber. Si ce blaireau veut nous accompagner grand bien lui fasse. Nick s'installe derrière moi. Rosita monte la garde. Elle nous regarde, les bras croisés, intriguée. J'démarre. Sans un mot, elle ouvre le portail avant de s'approcher de moi. La mâchoire crispée, la latino m'observe pendant que j'lui tends les clés de l'armurerie. Elle me fixe. En silence. Elle a compris.
- Bute cet enfoiré.
- Compte sur moi.
LOLA
Nous marchions depuis de longues heures, dans un silence tout à fait relatif tant je me faisais l'effet d'être un éléphant dans un magasin de porcelaine. Jesus se déplaçait sans un bruit, semblant survoler les feuilles mortes et les racines des arbres qui se dressaient sur notre chemin. Dire que quelques années auparavant je me targuais d'être la grâce incarnée. Aujourd'hui tout ce que j'avais de gracieux c'était...je n'en avais aucune idée. Malgré ma piètre capacité à mettre un pied devant l'autre sans attirer tous les rôdeurs à la ronde, j'avais tenu ma promesse et n'avait pas prononcé le moindre mot depuis que nous avions repris la route. Concentrée, je tentais de suivre Raiponce qui avançait d'un bon pas. Je devais l'admettre, sa connaissance des lieux et son agilité me laissaient pantoise. Ce type était doué. Pas étonnant qu'il ait survécu pendant tout ce temps. C'était un atout indéniable pour les gens de la Colline. Ces derniers, bien qu'apparemment au point sur l'agriculture, me rappelait la population d'Alexandria. Même si certains semblaient savoir combattre, je ne les imaginais pas vraiment en survivants de l'Apocalypse. Surtout le fameux Gregory avec son costume démodé et son air pincé. Ce dernier n'avait même probablement jamais tué un rôdeur de sa vie. En avait-il seulement vu un ?
- On fait une pause, chuchota Jesus en s'arrêtant.
Il s'étira longuement avant de sortir un thermos de sa veste.
- Tiens, ça te réchauffera, j'en peux plus de t'entendre claquer des dents, sourit-il.
- Du café ! m'extasiai-je à voix basse. Merci.
Je portai le précieux nectar à mes lèvres et en savourai chaque gorgée, appréciant sa chaleur revigorante.
- Si j'avais su que tu serais du voyage, je t'aurais trouvé des fringues plus chaudes, déclara-t-il en désignant ma tenue.
- Je t'ai un peu forcé la main, m'excusai-je. Je me rends compte que j'ai dû te faire l'impression d'être une gamine capricieuse complètement cinglée.
- T'inquiète pas pour ça, répliqua-t-il en avalant à son tour une gorgée de café.
- Bien sûr que si. Tu m'as sauvé la vie, et moi je me comporte comme...une andouille avec le QI d'une huître...en admettant qu'elles aient un QI.
Il s'esclaffa à nouveau. Bon, je le faisais rire, c'était déjà pas mal.
- T'as rien d'une andouille avec un QI inférieur à zéro. Tu as passé trois semaines dans le coma, y a de quoi être perturbé.
Perturbé...voilà un adjectif qui me qualifiait plutôt pas mal. Je soupirai en repensant à la tonne d'emmerdes que je m'étais attirée depuis...toujours. L'apocalypse n'était pas la seule à blâmer pour tout ce qui m'était tombé dessus. Ça avait commencé bien avant tout ça. Et pourtant... j'avais survécu. La chance était en grande partie responsable de mon salut. J'en avais conscience.
- Je sais que je suis souvent dans la lune, et que je dis des choses stupides mais...
- Lola, dit-il en s'approchant de moi toujours aussi silencieusement, tu n'as pas à te justifier de quoique ce soit, et tu dois encore moins t'excuser d'être toi-même. Crois-moi, je n'ai jamais autant ris que depuis que je t'ai rencontré.
- Ouais, c'est mon truc ça. Je rends la fin du monde tellement plus fun.
- Exactement, et c'est un talent qui n'est pas donné à tout le monde.
Revigorée, je lui offris un sourire reconnaissant. L'apocalypse était vraiment étrange. Elle s'amusait aussi bien à déchirer les gens, qu'à tisser des liens invisibles entre eux. Finalement, malgré toute la merde dans laquelle on se trouvait, la bonté existait encore. Elle était rare, précieuse. Je ne connaissais pas encore bien Jesus, mais je commençais à saisir le sens de son surnom.
- En fait, c'est pas à cause tes cheveux que tout le monde t'appelle Jesus, déclarai-je à voix haute.
- Mais c'est quoi ton délire avec mes cheveux ? s'exclama-t-il avant de se remettre en route.
- Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, ils sont somptueux !
Il s'esclaffa à nouveau tandis que je lui emboîtais le pas avec toute la discrétion qui me caractérisait.
- Je tuerais pour avoir une tignasse pareille, soupirai-je mollement toute en défonçant le crâne d'un rôdeur avec un bâton.
- Je te propose un deal, reprit-il après s'être lui-même débarrassé d'un cadavre ambulant.
Un deal ? Intriguée, je l'observai silencieusement pendant qu'il se tournait vers moi. Les bras croisés sur son torse, il semblait réfléchir. Je détaillai les traits parfaitement dessinés de son visage. Bordel de merde. Même sa barbe était soyeuse. Ce type avait dû être coiffeur ou barbier avant l'arrivée de nos amis les morts-vivants.
- Vous êtes nombreux à Alexandria ?
- Nombreux ? répliquai-je, interloquée. C'est quoi ça ? Un piège ?
- Non. Il n'y a aucun piège. En revanche...on aurait besoin d'un coup de main.
- Pour faire quoi ? D'après ce que j'ai pu constater vous ne manquez de rien, sourcillai-je. Et puis Gregory n'a pas l'air d'apprécier les étrangers, alors si on rapplique tous là bas, ça risque de le contrarier un tantinet.
- Tu as déjà entendu parler de...Negan ? s'enquit-il à voix basse.
Mon sang se glaça instantanément dans mes veines. Le souffle soudain court, je repensais à ces types que Daryl et moi avions épié dans la forêt lors de notre escapade quelques semaines plus tôt. L'expression de Nick à l'évocation de ce nom me revint également en mémoire et pour une raison inconnue, la peur s'insinua sournoisement dans mon épiderme.
- Negan ? Tu...fais partie de son groupe ? demandai-je, brusquement méfiante.
Il secoua la tête en signe de négation, son regard me signifiant clairement qu'il ne mentait pas. Une inquiétude non dissimulée s'était imprimée sur son visage. Visiblement, je n'étais pas la seule à être effrayée par Negan. La différence, c'est que je ne le connaissais pas encore. Et pour être tout à fait honnête, je n'en avais aucune envie.
- Disons...qu'on aurait besoin d'aide pour...retrouver notre liberté, déclara Jesus après une éternité.
- Votre liberté ? Vous êtes quoi au juste ? Les esclaves de Negan ?
- C'est une façon de voir les choses, acquiesça-t-il. Disons qu'en échange de sa protection, on doit le fournir en à peu près tout. Nourriture, armes, médicaments. Un groupe de ses hommes nous rend visite une fois par semaine et se sert. Si Negan n'est pas satisfait...en fait, mieux vaut ne pas le contrarier.
Frissonnante, je fermai la fermeture éclair de ma veste, scrutant un instant le ciel qui ne semblait plus aussi noir. La lune quant à elle, était sur le point de disparaître. Dieu merci, le jour allait enfin se lever.
- Je comprends mieux pourquoi tu m'as trouvé dans ce vieux centre commercial qui se trouve à des plombes de la Colline.
- Les réserves s'amenuisent, approuva-t-il. On est obligés de partir de plus en plus loin pour s'approvisionner. Tôt ou tard, on commencera à manquer de tout.
- Et Gregory accepte ça ? hasardai-je, consciente de la stupidité de ma question.
- Tu as bien vu à qui tu avais à faire quand tu l'as rencontré, soupira le jeune homme soudain las. Cette situation ne peut plus durer. Les habitants de la Colline vivent dans la peur depuis trop longtemps.
Je me tus une seconde, réfléchissant à mon tour. Que devais-je faire ? Lui proposer notre aide sans savoir ce qu'en diraient Rick et les autres ? Je ne pouvais définitivement pas m'avancer pour notre leader. Sans compter que nous ne savions pas grand chose ou presque sur ce Negan et ses hommes. D'un autre côté, Jesus m'avait sauvé la vie...je me voyais mal lui balancer à la figure de se débrouiller tout seul. Bordel ! Je détestais les dilemmes.
- Ecoute, je ne peux rien te promettre mais je peux te présenter Rick pour que vous en discutiez ensemble. C'est notre chef, et un shérif hors pair, ajoutai-je avec une pointe d'admiration. Bon, il lui arrive parfois de prendre des décisions...qui ne regardent que lui, mais c'est quelqu'un de confiance.
- Tu ferais ça ?
- A une condition, répliquai-je en reprenant la route. Je veux le secret de ta chevelure de rêve !
A suivre...
