- Les secours sont en bas ! Indiqua Adrien en désignant les camions de pompier qui s'étaient amassés aux pieds de la grande roue.

- J'espère que les mécaniciens vont vite trouver une solution !

Cela faisait vingt minutes qu'ils étaient coincés tout en haut. Adrien et Marinette commençaient à avoir vraiment froid. Marinette se mit à taper en rythme dans ses mains, l'air d'un chant de Noël qui se faisait entendre, qui parvenait jusqu'à eux, un peu brouillé par la distance.

- Oh the weather outside is frightful, but the fire is so delightful, and since we've no place to go, Fredonna-t-elle.

Adrien s'esclaffa gaiement. Marinette avait un don pour égayer n'importe quelle situation.

- Pour ce que je t'ai dit juste avant…, commença-t-il.

- LET IT SNOW, LET IT SNOW, LET IT SNOW ! Hurla presque Marinette en continuant de chanter.

C'était un peu ridicule de sa part d'agir ainsi. Mais elle se sentait coupable. Adrien disait ressentir toutes ces choses pour elle, et Marinette devait bien avouer qu'elle éprouvait les mêmes sentiments.

D'ailleurs, c'était marrant comme expression… « éprouver des sentiments ». Comme s'il s'agissait d'un poids, d'un fardeau. Éprouver, cela voulait dire subir, mettre à l'épreuve… Mais ça voulait aussi dire ressentir. Et pour Adrien, Marinette avait toujours ressenti une multitude de choses. Elle n'avait jamais réellement cessé de le faire, au final. Elle avait beau s'être détaché de ses obsessions d'adolescente, avoir flirté ici et là, avec Lukas, avec d'autres… Ça avait toujours été Adrien.

Ca aurait pu, et ça aurait du être parfait. Mais Adrien n'était pas juste Adrien, et Marinette n'était pas juste Marinette. Ils étaient Ladybug et Chat Noir et ils avaient trop de responsabilités pour se permettre de vivre une histoire qui pourrait compromettre leurs affrontements contre le Papillon.

Alors Marinette chantait de plus en plus fort pour éviter cette conversation, et plus sa voix portait, plus le sourire d'Adrien se fanait.

- Marinette, j'essaie d'avoir une discussion sérieuse…

- Et j'essaie subtilement de l'éviter, bredouilla-t-elle.

- Pourquoi ? s'étonna Adrien.

Dans sa voix, elle percevait mille déceptions et mille interrogations.

- J'ai peut-être mal interprété les signes, murmura le jeune homme.

Il avait pensé qu'il plaisait à Marinette lui aussi… Quand il l'embrassait sur la joue, elle rougissait. Quand il lui avait dit qu'elle était belle les cheveux détachés, elle avait abandonné ses éternelles couettes. Quand il n'avait pas pu l'attendre à la sortie de l'un de ses cours, parce qu'il avait un cours particulier de chinois, elle lui avait envoyé un texto avec une multitude de smileys tristes. Quand il était tombé malade le mois dernier, elle était restée à son chevet tout le samedi, à lui faire la lecture, à jouer au jeu-vidéo avec lui. Marinette aimait passer du temps avec lui… Et il avait pensé que…

- Adrien, murmura Marinette. On est amis…

- Est-ce que ça nous empêche de devenir plus ? l'interrogea-t-il.

Marinette secoua la tête, lasse et s'accouda sur la barrière de sécurité, faisant légèrement pencher la nacelle.

- Adrien, je n'imagine pas un seul instant ma vie sans que tu n'en fasses partie et on sait que l'amour est parfois compliqué, là où l'amitié est simple et éternelle et sans danger et …

Marinette ne respirait même plus entre ses mots et était totalement essoufflée. Paniquée, elle cherchait une issue.

- Alya et Nino étaient amis avant de se mettre ensemble. Yvan et Mylène…, rétorqua Adrien.

- Et on ne vit pas dans un conte de fées où tout le monde vit heureux jusqu'à la fin des temps ! Le coupa Marinette.

- Alors tu préfères qu'il ne se passe rien pour ne pas prendre de risque ? Tu veux empêcher notre histoire de commencer parce que tu as peur qu'elle se termine un jour ?

Adrien était totalement interloqué, abasourdi même. Parce que Marinette était du genre fleur bleue, à soupirer d'émoi lorsqu'ils allaient au cinéma pour voir la dernière comédie-romantique qui était sortie, parce qu'elle adorait les histoires d'amour et qu'elle regardait toujours avec admiration les couples que formaient ses amis, en disant qu'il n'y avait rien de plus merveilleux qu'être amoureux…

- Oui, affirma Marinette.

Mais tout son cœur pensait « non ».


Oh oh oh !

Joyeux quinzième jour de décembre !

J'annonce : le prochain chapitre, Marinette saute de la grande roue, fait quatre saltos arrières et atterrit avec grâce en grand écart sur la terre ferme.

On se donne rendez-vous demain, pour la suite !

CacheCoeur :)