Hello !
Voici le chapitre seize. J'espère que le lire vous fera plaisir.
Bonne lecture !
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Disclaimer : tout est à SM.
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Chapitre 16
L'oiseau était magnifique. Le soleil faisait étinceler son plumage mouillé. Son bec doré, effilé, laissait échapper un chant enjôleur. Comme je me redressais sur le bord de ma fenêtre, il tourna vivement son œil bleu dans ma direction, mais ne quitta pas sa branche, pas effrayé pour un sou. Je souris, penchai la tête sur le côté, intriguée. Je n'avais jamais aperçu pareil volatile. Quel pouvait bien être son nom ?
— Quelle magnifique journée, tu ne trouves pas ?
Je baissai la tête et mon sourire s'agrandit en découvrant Paul, sous ma fenêtre.
— Ça pourrait être pire, approuvai-je.
Il rit.
— Madame la pessimiste accepterait-elle de me rejoindre pour me dire bonjour ?
— Ça dépend. Que m'offre monsieur en échange ?
Il esquissa son sourire polisson.
— Si madame descend, madame le saura.
— J'arrive. Donne-moi quelques minutes.
Je fermai la fenêtre et me précipitai dans la salle de bain pour ôter mon pyjama et me doucher.
— Tu en as mis du temps ! se plaignit-il alors que je refermais le battant derrière moi.
— Monsieur serait-il impatient ?
— Monsieur est plus qu'impatient, répondit-il en me volant un baiser.
— Est-ce là ma récompense ?
— Oui, avec en prime une journée entière passée avec moi.
— Hum… marmonnai-je. Mme Newton m'a téléphoné hier pour me demander si cela ne me dérangeait pas de venir plus souvent, dans les prochaines semaines. Ils sont en pleine période touristique et c'est très bien rémunéré.
— Tu y vas quand, du coup ?
Je grimaçai.
— Lundi, mardi, vendredi, samedi.
— Tout ça, siffla-t-il.
— C'est juste une après-midi de plus, fis-je remarquer.
— Mouais… c'est toujours une après-midi de trop, selon moi…
— Allons bon, tu ne vas pas bouder pour ça ?
Il grommela.
— Désolée, je n'ai pas compris. Je ne parle que l'anglais.
Il redressa la tête, un air soudain espiègle sur les traits. Je haussai les sourcils, méfiante. Il ouvrit la bouche et… lâcha un mot en quileute. Que je ne compris pas, évidemment.
J'en étais sûre.
— Bon, puisque mon petit-ami semble décidé à m'embêter, aujourd'hui, je crois que je vais rentrer.
Je fis semblant de tourner les talons. Il m'enlaça aussitôt.
— En route, alors. Avant que tu ne fuies.
— Tiens, tu ne boudes plus ?
— Mais je n'ai jamais boudé, nia-t-il avec mauvaise foi. Tu me pardonnes ? ajouta-t-il presque aussitôt.
J'éclatai de rire.
— Non, jamais ! affirmai-je.
Sourire aux lèvres, il m'entraîna vers la Chevrolet.
— Je peux conduire, aujourd'hui ?
— Un autre jour… peut-être.
Il secoua la tête.
— Tu es accro au volant, tu le sais, ça ? Les seules fois où je peux conduire, c'est lorsque tu dors.
— Eh oui… Mais je suis sûre que tu vas t'en remettre. Monte !
Il prit place du côté passager, à contre-cœur, et je démarrai en souriant.
Qui avait dit que les imprégnés n'avaient aucun désir ?
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Lorsque je poussai la porte du magasin, il était là, comme promis, appuyé nonchalamment au capot de ma voiture. Un instant, je me crus projetée dans le passé, sur le parking du lycée. A cette époque, toutefois, je n'avais pas une envie dévorante de l'embrasser dès que je le voyais.
Je trottinai jusqu'à lui, oubliant au passage qu'il y avait un trottoir et perdant l'équilibre en descendant celui-ci. Il me rattrapa avec agilité et replaça une mèche derrière mon oreille avant d'embrasser ma tempe.
— Tu m'as manquée… me chuchota-t-il à l'oreille.
— Je ne suis partie que deux heures.
— N'empêche.
Nous échangeâmes un nouveau baiser, et j'imaginai l'expression de Mike, qui devait nous observer à travers la vitre. Je pouffai.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
— Tu m'as manqué, toi aussi.
— J'en étais sûr, dit-il simplement.
Nous nous écartâmes l'un de l'autre et je me dirigeai vers ma portière. Il me retint par l'épaule.
— Hep hep hep ! Tu m'as promis.
Je soupirai. J'espérais qu'il avait oublié. Evidemment, ce n'était pas le cas.
— Tu es sûr que tu ne veux pas me laisser le volant ? demandai-je en lui faisant mes yeux de chien battu.
Auxquels il résista, uniquement parce qu'il n'y adressa pas un regard. Je contournai donc la voiture. Satisfait, il gagna sa propre place.
— Ceinture de sécurité, me rappela-t-il.
— Oui, maman.
Il s'esclaffa à en faire trembler la voiture, puis démarra. Direction la maison.
— Comment ça se passe, à la Push ? Tout le monde va bien ?
— Très bien, même. Sam et Emily sont à fond dans les préparatifs du mariage.
— Il faudrait que je les appelle, pour proposer mon aide.
— Tu ne veux pas qu'on y aille maintenant, tout simplement ?
Je secouai la tête.
— Je suis crevée. C'est la folie, à la boutique. Il y a toujours quelqu'un. Tou-jours. Nous avons même épuisé les gourdes isothermiques. Mme Newton hésite à créer un horaire d'été, afin d'ouvrir un peu plus longtemps.
— Ah non ! Elle ne va pas te voler encore plus ! Déjà qu'on ne se voit que le matin !
— Et là, on fait quoi ? On rêve ?
— Non, mais on ne traîne pas dans une voiture comme on traîne sur la plage. Enfin… tu vois ce que je veux dire ?
— Oui. Tu veux venir à la maison pour le souper ? Charlie ne s'y opposera pas.
— Non, il me dévisagera juste d'un air suspicieux durant tout le repas.
Nous soupirâmes en chœur.
— Entre ton père et ma mère, on fait la paire.
— Elle est toujours chez toi ?
— Ouais. Savannah pleure non-stop. C'est énervant au possible.
— C'est un bébé.
— Un bébé, mon œil. C'est plutôt un jouet. Tu sais, une de ces peluches que tu achètes parce qu'elle est tellement mignonne, tellement belle, dans l'emballage. Et quand tu la déballes, tu découvres qu'elle est rêche et dure, et affreuse en plus une fois sur deux.
J'éclatai de rire.
— Tu te rends compte que nous avons tous déjà été des Savannah, au moins ?
— Heureusement qu'on ne s'en rappelle pas. Je finirais par me suicider.
— Bêta.
— Et non, c'est Jacob.
— Quoi ?
— C'est Jacob, le Bêta. Moi je ne suis que le Second du Troisième.
Je roulai des yeux.
— Le bras droit de Jared, donc ? demandai-je après un instant de réflexion.
L'organisation de la meute était si complexe que je m'y perdais. Il fallait dire que je n'avais toujours pas saisi pourquoi Jacob avait laissé sa place d'Alpha à Sam.
— Tu as tout compris, m'assura pourtant Paul.
Je souris. En sa compagnie, je me sentais toujours plus intelligente que je ne l'étais réellement.
— Et comment vont les autres ? Quil parvient toujours à s'occuper de Claire ?
— Oui. Et la procédure de divorce avance doucement. Jen pense pouvoir emménager ici avant la rentrée.
— Cool !
— Oui.
— Il faut aussi que je refasse un truc avec Jacob… Oh la la, mais où vais-je pouvoir placer tout ça ? J'ai une vie sociale trop fournie.
Nouveau rire de Paul. Qui s'arrêta net lorsqu'il aperçut la maison, au coin de la rue.
— Tu es sûr que tu ne veux pas rester manger ?
— Ouais. On se revoit demain ?
— Comme d'habitude, acquiesçai-je avec un sourire.
Il y répondit faiblement en se garant. J'avais comme l'impression que plus nous passions de temps ensemble, plus nous avions envie de rester l'un avec l'autre. Etait-ce naturel, ou l'imprégnation se renforçait-elle chaque jour un peu plus ? Je ne sais pas si je voulais l'apprendre.
Il coupa le moteur. Il se penchait pour un dernier baiser lorsqu'il se figea. Les yeux ronds, je le vis redresser la tête, puis se raidir. Enfin, il se tourna vers le pare-brise. Je jetai un coup d'œil à ses traits furieux, ses mains tremblantes, et le sang quitta mon visage.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
Sans répondre, il tourna la clé et le moteur rugit.
— Qu'est-ce qu'il se passe ?
J'avais presque crié. Il se tourna vers moi, les narines frémissantes.
— Un vampire.
Mon cœur s'accéléra.
— Mais…
Ce n'était pas possible.
Il tenta de démarrer. Brusquée, la voiture cala. Il retenta sa chance et, quelques secondes plus tard, nous reculions en direction de la route.
— Et Charlie ? Où est Charlie ?
Il enfonça la pédale de frein. Je fus projetée en avant ; ma ceinture me retint. Son odorat affûté s'activa.
— Je… Je crois qu'il est à l'intérieur.
Cette fois, mon cœur s'arrêta.
— Je… On ne peut pas… Je ne peux pas l'abandonner.
Sans bien savoir ce que je faisais, je défis ma ceinture et attrapai la poignée de ma portière. Il m'arrêta d'un geste.
— Non !
Devant mon air suppliant, il inspira profondément et dit :
— Je vais entrer. Toi, tu restes ici. Et tu appelles la meute.
Il me montra son téléphone portable, posé sur le plateau de bord. Je hochai la tête. Il était déjà sorti. J'attrapai l'engin et tentai – en vain, mes doigts tapaient à côté – d'écrire le premier numéro qui me venait à l'esprit. Enfin, je pus appuyer sur la touche d'appel. Soupirant de soulagement, je plaquai l'appareil sur une oreille et relevai la tête. Pour le découvrir figé à mi-chemin de la maison. Charlie se tenait sur le seuil, bientôt violet de rage.
Derrière lui, il y avait Edward.
— Allo ? fit la voix douce d'Emily à l'autre bout du fil.
Elle ne reçut aucune réponse.
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Ce n'était pas possible. Je rêvais, forcément.
Ce. N'était. Pas. Possible.
Edward était parti. Il m'avait abandonnée près d'un an plus tôt, et il ne reviendrait pas. Mon esprit, pour une raison qui me restait obscure pour l'instant, mon esprit avait créé une nouvelle hallucination. Un nouvel Edward, plus magnifique, plus triste, plus réaliste encore que les autres.
Charlie devait être en colère pour une toute autre raison. Peut-être parce que… j'avais oublié d'éteindre la cuisinière… Peut-être parce que j'avais conduit en excès de vitesse. Peut-être parce qu'il ne supportait pas de me voir embrasser Paul. Peut-être…
Et Paul… Paul tremblait parce que…
Attendez… Il tremblait ?
Je le détaillai. Mâchoire crispée, teint verdâtre, poings serrés, il frissonnait des pieds à la tête. Il se pencha légèrement en avant et je sentis mon cœur s'affoler.
Il allait se transformer. En plein milieu de la rue, devant mon père, devant Edward. Il allait attaquer et Edward allait le…
Non !
J'ouvris la portière avec une force inhabituelle.
— Paul, non !
Tous les regards convergèrent vers moi. Paul, l'air furibond, Edward, au regard inquiet, et Charlie, qui semblait incapable d'énoncer ce qu'il pensait.
Espérant que mon père ne s'interrogerait pas sur ma conduite par trop étrange, je m'approchai à petits pas de Paul, mains levées en un geste apaisant.
— Paul, s'il te plait, calme-toi, murmurai-je assez bas pour que seuls Paul et Edward m'entendent. Tout va bien. C'est moi, Bella. Je ne suis pas en danger. Tu n'as pas besoin d'attaquer qui que ce soit. On va aller à la Push, d'accord ? On va retrouver Sam et les autres.
Lentement, la lueur agressive dans ses yeux disparus et ses frissons baissèrent d'intensité. J'en fus soulagée. Lorsque je parvins à sa hauteur, seuls ses bras tremblaient et, lorsque je l'enlaçai, il répondit à mon étreinte. Il enfouit son visage dans mes cheveux et je le sentis se détendre imperceptiblement.
Comme il avait changé ! Je me souvenais des discussions que j'avais eue avec la meute. Nul doute que, quelques semaines plus tôt, il aurait explosé à peine sorti de la voiture. Et que se serait-il passé, alors ?
Une catastrophe, rien de moins.
Je resserrai mon emprise autour de sa taille.
— Bella, attention ! fit alors Edward.
Je relevai la tête, tant ces paroles ressemblaient aux mises en garde de mon protecteur imaginaire. Mais c'était Edward, au timbre plus velouté encore que dans mes souvenirs. Charlie le dévisageait comme s'il était fou.
Je ne doutais pas que, s'il avait été humain, il aurait frôlé la crise cardiaque. Mais ce n'était pas le cas.
En entendant ses paroles, Paul se tourna vers lui et montra les dents. Edward prit instantanément une pose défensive. Lorsque nos regards se croisèrent, je compris qu'il savait précisément ce qu'était Paul.
Cela ne lui plaisait pas du tout.
— Paul, il va falloir que tu rentres.
— Tu rêves !
— Tu n'as pas le choix. L'un de vous risque de perdre le contrôle, et je ne veux pas qu'il t'arrive malheur. Rentre à la Push. Explique la situation à Sam. Je suis sûre que cette nouvelle a de l'importance pour lui.
Il hésita, mais mes arguments, logiques, le convainquirent.
— Appelle-moi dès qu'il est parti. Je viendrai te voir. Peu importe l'heure.
— D'accord.
Comme s'il avait senti ma tension, il se contenta de m'embrasser le front, puis, ignorant Edward, il se tourna vers mon père.
— Charlie, le salua-t-il.
Pour la première fois, sûrement à cause de la présence toute proche de mon ex, Charlie lui offrit un grand sourire.
— Paul. Passe une bonne soirée.
— Merci. Vous aussi.
Il m'adressa un dernier regard indécis. Je l'encourageai d'un sourire et il se précipita en direction des bois. Je crus apercevoir un éclat argenté qui contournait un érable, puis plus rien. Je me tournai alors en direction des deux autres hommes plantés devant ma maison. Les prunelles d'Edward, inquiètes, écarquillées et couleur caramel, alternaient entre l'orée de la forêt et moi-même. La couleur violacée des joues de Charlie s'intensifiait de seconde en seconde. Je réalisai alors que, si les circonstances avaient été un tant soit peu différentes, Charlie n'aurait pas manqué de s'affoler en voyant Paul disparaître dans les bois comme s'il prévoyait de rentrer à la Push à pieds. Finalement, je grimpai dans ma voiture, côté conducteur, cette fois, et la garai correctement devant la façade. J'en redescendis lentement et me dirigeai vers la porte en ignorant les deux paires d'yeux qui me fixaient.
— Bella… dit Edward lorsque je le dépassai.
Je levai la main pour le faire taire et continuai mon chemin. Arrivée sur le paillasson, je poussai le battant et entrai chez moi. Je m'enfermai ensuite dans ma chambre, fermant la fenêtre dans un vieux réflexe. Pour plus de précaution, je tirai également les volets et les rideaux. D'en bas me parvinrent les voix des deux hommes, Edward le suppliant de le laisser entrer, Charlie refusant, puis plus rien.
J'attendis encore une demi-heure avant qu'une personne frappe à ma porte.
— Bella ?
C'était Charlie. Je courus lui ouvrir. Au vu de la tête qu'il fit en me voyant, je ne devais pas paraître à mon avantage, mais je m'en fichais un peu.
— Oui, papa ?
— Je voulais te dire que…
Il s'interrompit. Visiblement, il ne savait pas lui-même ce qu'il voulait dire. Je le comprenais. Il n'y avait rien à dire.
Je sortais avec un loup-garou depuis peu, et mon ex vampire revenait pour une raison inconnue.
— Je sais, papa, fis-je donc.
Il hocha la tête avec lenteur.
— Je propose que tu commandes une pizza, parce que je n'ai pas vraiment le cœur de cuisiner, ce soir.
— Bien sûr. Evidemment. Je comprends tout à fait.
Il repartit. Je fermai la porte, à clés, et m'affalai sur mon lit. Je n'appelai pas Paul. Je n'appelai personne.
Je pensai, encore et encore, oubliant mes conclusions à la file, jusqu'à m'endormir.
Le lendemain matin, en revanche, tout était beaucoup plus clair.
J'étais curieuse. Je voulais savoir ce qu'Edward était venu faire chez moi. Je réduisais par ailleurs en charpie tout filament d'espoir naissant.
Enfin, à dix heures quarante-trois, n'y tenant plus, j'ouvris ma fenêtre, poussai les volets. La lumière du jour entra à flots dans la chambre.
— Edward ? soufflai-je.
Une seconde plus tard, il se tenait debout au milieu de la pièce, raide comme un piquet. Je refermai la vitre et m'assit sur mon lit. Il prit la chaise de bureau, mais ne dit rien.
— Bonjour, lâchai-je finalement, ne sachant que dire d'autre, mais souhaitant briser enfin ce silence pesant.
— Bonjour Bella.
Il ne renchérit pas, et je ne sus que dire. « La forme ? Comment va la famille ? »
Je me mordis la lèvre pour ne pas éclater de rire.
— Bon. Si tu es là, je suppose que c'est parce que tu as quelque chose à me dire. Alors vas-y, je t'écoute, l'encourageai-je enfin.
Il inspira profondément.
— Je suis venu m'excuser platement dans le but de te reconquérir parce que je ne suis qu'un misérable imbécile et que je ne parviens pas à voir ma vie sans toi, mais…
Il parlait vite. Trop. Tant que je ne parvenais à réellement comprendre ce que signifiaient ses dires.
Mes yeux s'arrondirent. Jamais, de toute ma vie, ils n'avaient été si ronds.
— Que… quoi ? balbutiai-je, officiellement perdue.
— Je n'aurais jamais dû te quitter. Tu es… l'amour de ma vie et j'aimerais passer mon éternité à ton côté. Seulement, je suis parti, je t'ai abandonnée, comme un crétin. Et je ne veux pas devenir un crétin égoïste qui brise ta relation alors que tu as réussi, contrairement à moi, à te remettre de notre séparation.
— Tu… Tu veux… Je suis perdue.
Plus que perdue, en fait. Tellement égarée qu'il n'y avait pas de termes adéquats. Les mots qu'il prononçait tourbillonnaient dans mon cerveau, dépourvus de sens.
« Je n'aurais jamais dû te quitter ». « Je ne parviens pas à voir ma vie sans toi ». « Je suis venu dans le but de te reconquérir ».
Mais que racontait-il ?
Il se leva alors et s'avança, plus lent que dans mes souvenirs, jusqu'à attraper ma main. Je ne résistai pas et, comme toujours, mon pouls s'emballa lorsque nos peaux se frôlèrent.
— Bella, commença-t-il. Bella, je suis désolé. Je t'ai abandonné, il y a quelques mois. Je t'ai menti, aussi.
Menti ? Je le savais ! Tout ça n'était qu'une farce. Il venait se ficher de moi, m'expliquer combien il avait eu raison de partir.
Je sentis, dans ma poitrine, le trou que je pensais cicatrisé se fissurer légèrement.
— Bella. Lorsque je t'ai dit que… que tu ne m'apportais rien de bon… je mentais. Tout ce que je t'ai dit dans cette forêt n'était que mensonge. Je t'ai toujours aimé, je t'aime toujours. Et si… si tu souhaites que je fasse à nouveau partie de ta vie, aujourd'hui, demain… Je le ferai avec… Pas avec joie. Plus qu'avec bonheur. Parce que… je ne parviens pas à vivre sans toi.
Il mentait. Il mentait, encore, forcément. Il ne pouvait pas penser sérieusement ce qu'il disait. Ce n'était pas possible. Il se fichait de moi.
Sauf que ses prunelles, ses prunelles mordorées, n'avaient plus rien de l'impassibilité des bois. Elles brûlaient de ferveur, elles brillaient d'amour. En les fixant, je pouvais me perdre, me noyer dans ses sentiments en ébullition, ses sentiments… qu'il paraissait ne plus ressentir, lors de notre dernière rencontre. Ses sentiments que, au fond, malgré tous mes efforts, je n'étais jamais parvenues à refouler correctement, et qui resurgissaient soudain tandis que je le regardais. Ses sentiments que je n'avais aperçus que dans un seul autre regard.
Le regard de Paul.
Cette pensée me frappa tel un coup de fouet. Paul. Paul, le loup-garou imprégné de moi. Paul, avec qui je sortais désormais. Paul, que j'aimais.
Retirant ma main de celles d'Edward, je reculai précipitamment sur mon lit, jusqu'à sentir le mur contre mon dos. Edward tressaillit devant ma dérobade, mais ne dit rien.
— Il est… trop tard… Je m'en doutais. Je suis… désolé, Bella.
Il recula doucement.
— Non ! m'écriai-je.
Il s'arrêta net. Je me figeai également. Qu'est-ce qu'il m'avait pris ?
— Bella, ça va ? questionna Charlie, apparu soudainement derrière ma porte.
— Oui, oui, le rassurai-je précipitamment.
— Tu es sûre ? Pourquoi as-tu crié ?
— Euh… une araignée. Une araignée sur mon oreiller. Mais elle est partie.
— D'accord. Appelle, si tu as besoin.
— Je n'y manquerai pas, merci papa.
Nous restâmes immobiles un long moment tandis que mon paternel s'éloignait. Enfin, Edward reprit la parole, sur un ton suintant d'espoir. J'en eus mal au cœur.
— Est-ce que… Bella, pourrais-je encore tenter ma chance ? Je sais que c'est terriblement égoïste de ma part, mais… Me laisserais-tu essayer de te reconquérir ?
— Je…
J'étais partagée. Terriblement partagée. Mon cœur me hurlait de dire « oui », mais mon cœur me hurlait aussi de répondre « non ».
— Puis-je… y réfléchir ?
Il hocha la tête précipitamment, son magnifique sourire, celui qui me faisait craquer, sur les lèvres.
— Je te laisserai tout le temps que tu voudras, Bella. Mon cœur est tien.
« Et le mien t'appartient » souffla mon esprit. Mais le visage de Paul flottait toujours devant mes yeux et mes lèvres restèrent scellées. Une fois de plus, je remerciai le ciel de posséder le seul cerveau hermétique au don d'Edward.
— Si je veux te contacter…
— Je ne serai jamais loin, assura-t-il.
Je hochai la tête. Il n'était plus là.
Je refermai la fenêtre puis m'effondrai sur mon lit, la tête dans l'oreiller. J'étais dans la mouise. Encore.
Ma vie sentimentale était un véritable chantier. Je pensai à Edward, espérant, amoureux. Je l'aimais toujours, un amour teinté de crainte. Je songeai à Paul, confiant, aimant. Je l'aimais vraiment, un amour teinté d'incertitudes.
Edward ne risquait-il pas de me quitter encore ? Se doutait-il de ce que j'avais traversé à la suite de sa disparition ? La promesse faite à Charlie me revint en tête. Pouvais-je risquer ainsi mon avenir, un avenir que j'avais reconstruit de mes mains, péniblement, avec l'aide d'amis indéfectibles ?
Quand je repensais à Paul, j'avais l'impression d'être retournée des semaines plus tôt. Je l'appréciais toujours, je pouvais même prétendre l'aimer. Mais… il y avait quelque chose en moins. L'imprégnation. Je ne ressentais plus cet… aimant qui m'attirait à lui, sans cesse. Ce lien qui apaisait mes ennuis quand je le voyais. Je repensai à ma discussion avec Jacob. On eût dit que le destin me mettait à l'épreuve. M'étais-je trompée sur toute la ligne ?
Je passai ma journée ainsi, couchée sur le dos, les yeux fixés sur mon plafond lambrissé, l'esprit en miettes, le cœur divisé.
Edward.
Paul.
Edward. Paul.
Edward. Paul. Edward. Paul. Edward. Paul. Edward. Paul. Edward. Paul. Edward. Paul.
Plus je réfléchissais, plus j'étais perdue. Plus j'étais perdue, plus je réfléchissais.
Je me trouvai bientôt à peser les pours et les contres de chaque situation. La liste de pours s'allongea vite. Je m'arrêtai lorsque j'entrai dans le royaume superficiel du « Edward est riche, Paul pas. Paul ne peut pas me quitter, Edward si. »
Je fondis en larmes. Lorsque, des heures plus tard, elles se tarirent, j'étais décidée. Je ne voulais pas choisir le garçon avec lequel je sortais. Je voulais que ce soit naturel. Je voulais que ce soit évident.
Mais comment faire ? Comment ignorer sa raison pour se concentrer entièrement sur son cœur ? Cœur qui savait depuis toujours que j'aimais à la fois Edward et Paul, bien entendu…
Lorsque je me réveillai le jour suivant, je réalisai qu'avant de laisser mon cœur s'exprimer, il me fallait un moment de détente loin de tout ce qui se rapprochait de ma vie amoureuse. J'appelai tout de même Emily pour lui apprendre que j'étais toujours en vie et que j'avais besoin d'être seule un moment. Comme d'habitude, l'indienne se montra compréhensive et me promit de rassurer Paul sur mon bon état de santé. Elle réussit également à me tirer un rendez-vous dimanche pour assister au premier essayage de sa robe de mariée, enfin terminée.
Dès qu'elle raccrocha, je repris le combiné pour contacter quelqu'un d'autre.
— Allo ?
— Angela ? C'est Bella.
— Salut Bella ! Je peux faire quelque chose pour toi ?
— J'ai appris que tu étais rentrée de New York. Ça s'est bien passé ?
— Très bien. On pourrait faire quelque chose ensemble, bientôt, si tu veux, que je te raconte plus en détails.
— En fait, je me demandais justement si… tu serais partante pour aller faire un tour à Port Angeles.
— Aujourd'hui ?
— Oui. Je ne travaille pas, donc je me suis dit que ce serait l'occasion. Mais si tu ne peux pas, ce n'est pas grave.
— Non, non, ça me va très bien. Tu veux qu'on parte à quelle heure ?
— Dès que tu es disponible ?
— Maintenant ?
— Maintenant, ça joue. Je me change et je passe te chercher.
— D'accord. Tu es sûre que ta Chevrolet tiendra le coup ?
— Ce sera l'occasion de tester.
— Bon. Super ! A toute à l'heure.
— A toute !
Je raccrochai et courus chercher des vêtements propres. Quelle chance qu'Angela soit d'accord pour m'accompagner ! J'avais furieusement besoin de changement.
En frappant à sa porte un petit quart d'heure plus tard, je fus accueillie par les jumeaux qui jouaient au foot dans le hall d'entrée, un exercice fort périlleux, selon moi. Ma chance légendaire se manifesta lorsque la balle que l'un des deux, dont je ne me souvenais plus le nom, avait shooté dévia de manière improbable de sa trajectoire pour me frapper l'estomac.
Heureusement, les petits étaient trop jeunes pour me faire réellement mal. Je lâchai tout de même une exclamation surprise et me frottai le ventre, endolori, tandis qu'Angela réprimandait ses cadets. Ils s'excusèrent entre deux éclats de rire et nous partîmes.
Comme je m'y attendais, je passai une journée détendue. Nous longeâmes la baie avant d'entrer dans la ville-même. Angela avait besoin de nouveaux sous-vêtements. Quant à moi, je me décidai enfin à chercher la paire de chaussures qui me manquait depuis des mois. Entre deux moments de rire, d'essayage ou de silence plaisant, mon amie me conta son séjour à New Work de bout en bout, et je la relançai avec plaisir. Elle enchaîna ensuite sur l'anniversaire des jumeaux et ses préparatifs pour la rentrée.
— Tu as été acceptée à Seattle ? Moi aussi.
— Super ! Ça veut dire qu'on se verra souvent. Tu as reçu les informations, pour la chambre ? Peut-être serons-nous dans le même coin ? Je suis presque tout au fond…
— Je ne sais pas encore. Je n'ai reçu que la confirmation, pour l'instant.
— Le reste suivra. Sinon, comment se passent ces premières semaines de vacances ?
— Hum… Bien.
Je me mordis la langue en entendant mon ton dépressif. Elle acquiesça, peu convaincue, mais n'insista pas.
— Tu traînes toujours autant à la Push ?
— Oui. J'ai un bon groupe d'amis, là-bas.
Elle acquiesça. Sa discrétion me donna envie de me confier.
— Puis, je sors… sortais avec Paul.
— Oh, vous avez rompu ?
— Non, pas vraiment. C'est juste que…
J'hésitai. Pouvais-je lui confier le retour d'Edward ? Je ne savais pas s'il comptait s'installer ou repartir au plus vite. J'ignorais s'il préférait que sa venue reste secrète.
— Edward est revenu, lâchai-je d'une voix étouffée. Edward Cullen.
— Oh. Oh ! Oh ! Comment tu te sens ?
— Chamboulée. Je… je l'aimais énormément et… je crois que je n'ai pas réussi à vraiment l'oublier… mais je sors avec Paul, officiellement, alors…
— Je… te comprends. Ils sont au courant ? De la situation.
— Oui. Et ils attendent tous les deux de mes nouvelles.
— Oh.
— Je sais.
— Et as-tu une idée de… ?
— Non. C'est fou, mais j'ai l'impression de les aimer autant l'un que l'autre. Pour des raisons différentes, mais…
Elle hocha la tête.
— Eh bien… Je ne sais pas trop comment t'aider… Je ne sais pas ce que je ferais… J'ai Ben, alors…
— Tu as bien de la chance de n'avoir qu'un mec dans la vie.
— Surtout que c'est Ben.
— Oui. Il est vraiment gentil. Et il est fou de toi.
Elle rougit.
Quant à moi, je songeai aux multiples romans que j'avais lu. Nombreuses étaient les héroïnes courtisées par plusieurs hommes. Seulement, jamais elles ne semblaient autant souffrir. Le choix leur semblait évident. Et elles vivaient heureuses jusqu'à la fin de leur vie.
Je n'étais même pas sûre d'avoir ça.
— Donc… je dirais que la clef c'est… c'est terriblement cliché, ce que je vais dire, mais je pense que la clef c'est le temps, et le cœur.
J'opinai. Globalement, j'étais arrivée à la même conclusion.
— C'est gentil d'essayer de m'aider, Angela.
J'inclinai le volant et la camionnette tourna au coin de l'allée jusqu'à s'arrêter à quelques pas de la maison d'Angela.
— Merci de m'avoir ramenée. Bonne chance.
Elle se pencha vers moi pour m'éteindre et, en s'éloignant, me dévisagea longuement.
— Nous sommes amies, n'est-ce pas, Bella ?
— Bien sûr. Tu es l'une de mes plus proches amies, même.
— Pour moi également.
Elle me sourit. Je me fis la réflexion que, s'il n'y avait ni loups-garous, ni vampires dans ma vie, elle serait sans doute ma meilleure amie. Je lui confierais le moindre de mes secrets, nous travaillerions ensemble dans la même université et elle remplirait le rôle de demoiselle d'honneur lors de mon mariage.
— Est-ce que… En tant qu'amie, me laisserais-tu te confier celui que, à ta place, je choisirais ? Ou plutôt, celui que je pense que je choisirais ?
Je me rendis compte que j'avais souhaité qu'elle me pose cette question à l'instant où je lui avais confié mes ennuis amoureux. Je n'étais pas sûre que cela soit très sain, très juste, de ma part. C'était plus fort que moi, cependant. Je hochai la tête.
Elle attendit un instant avant de prononcer le nom tant attendu.
— Je choisirais Paul, à mon avis.
Le silence dans l'habitacle se révéla parfait. Finalement, nous éclatâmes en chœur d'un rire nerveux.
— A bientôt, Bella.
Avec une douce lenteur, elle descendit de la voiture et claqua la portière. J'attendis qu'elle ait disparu à l'intérieur de la villa, sur un dernier signe de main amical, pour démarrer.
Sa réponse tournoyait dans mon esprit.
Paul. Paul. Pourquoi Paul ?
La réponse s'imposa presque aussitôt.
Pourquoi pas ?
.
cCc
.
Et voilà ! Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Est-ce que vous trouvez les réactions de Bella, Paul, Edward, Charlie… réalistes ? N'était-ce pas trop précipité ?
Notre héroïne est en plein dilemme… Aidez-là en répondant à cette question : êtes-vous plutôt team Paul, ou team Edward ? Et moi, dans quel camp pensez-vous que je me trouve ?
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, bonne semaine à tous !
C.
