Bonjour à tous !
Je suis super contente de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! Il m'a donné un peu de mal car je me suis lancée dans l'écriture avec précipitation. J'ai donc changé d'avis en cours de route et j'ai supprimé la moitié des scènes que j'ai écrite. Certaines scènes me resserviront sûrement plus tard (avec Ombrage ou Watson par exemple). J'essaie de garder une longueur "moyenne" pour chaque chapitre (même si celui-là est un poil plus long que les autres chapitres Poudlard) pour que la lecture soit plus agréable.
Morguiiie j'essaie d'ajouter un peu de matière aux personnages secondaires donc je suis contente que tu le remarques :) Ce sont tous des ados, donc c'est normal de se poser des questions et d'avoir des doutes avant la vie d'adultes ^^ Honnêtement c'est les moments avec Fred que je préfère écrire (en général) mais la vie ne s'arrête pas à un garçon et Nerys a beauuuucoup de choses à découvrir :) Je suis très contente que ma vision continue de te plaire, que ça puisse sembler cohérent !
Flopette ahah oui bientôt la fin de Poudlard... En plus les jumeaux quittent le château plus tôt que prévu dans HP5 (début mai), à dos de balais volants, donc ça va arriver vite ! Pour Nerys, elle a encore des choix à faire, et ce n'est pas facile :) Même si j'avoue que j'ai envie de lui botter le cul parfois ahah !
Je vous remercie de prendre le temps de me laisser un petit mot, ça me fait très plaisir et ça me motive toujours pour écrire ! Et c'est agréable de savoir qu'on écrit pas "dans le vide" (je vois le nombre de vues, mais ce n'est pas pareil).
J'espère que la suite de l'histoire sera à la hauteur de vos attentes !
Pour le prochain chapitre, je vous donne rendez-vous vers les vacances de fin d'année (spoiler alert : ça risque d'être mon chapitre préféré à écrire !). Et si vous me suivez sur Monstrueusement humain, sachez que la suite arrive bientôt également.
Je vous souhaite à tous de très belles fêtes de fin d'année, et surtout une bonne lecture ! ;)
CHAPITRE 17 : JANVIER (1)
- Je suis lessivée, lança Nerys en s'étirant.
Elle bailla sans même prendre la peine de mettre la main devant sa bouche. Un tel manque de savoir-vivre aurait certainement été souligné par Gale, mais il était absent. Briséis et lui avaient dû quitter la Grande Salle pour se rendre à la bibliothèque en quête d'informations supplémentaires. Nerys était donc restée seule avec Adrian, et elle ne jugeait pas nécessaire de devoir respecter absolument l'étiquette devant lui. C'était impoli mais l'écart aux règles avait quelque chose d'agréable.
Comme prévu, Adrian ne lui fit aucune remarque. En fait, il était si concentré dans son devoir qu'il ne semblait pas l'avoir entendu. Elle soupira face à ce sérieux des Serdaigles. C'était ce qu'elle aimait le moins chez son ami : son éternel sérieux. Adrian était gentil, doux, compréhensif mais ce n'était pas un vrai marrant (du moins, pas souvent).
Elle regarda son propre rouleau de parchemin. En haut s'étalaient quelques lignes de devoir, mais ensuite elle s'était lancée dans des dessins approximatifs qui ressemblaient plus à du gribouillage qu'autre chose. Elle réalisa que l'un d'eux ressemblait fortement à Fred Weasley et ses cheveux en bataille Son inconscient s'était trop laissé aller. Elle attrapa sa plume pour effacer le dessin avec de l'encre. Voilà, c'était mieux.
Depuis son arrivée à Poudlard la veille, elle faisait tout son possible pour ne pas penser à Fred. Elle l'avait aperçu au dîner, la veille, en grande conversation avec Lee Jordan et ses deux frères. Les Weasley avaient l'air d'aller bien. La rumeur prétendait que Arthur Weasley allait mieux et qu'il ne garderait aucune séquelle de ses blessures. Elle était soulagée de savoir que rien de grave n'était arrivé. Fred avait tiré un trait sur elle - à raison, c'était la chose la plus raisonnable à faire - mais au moins, il allait bien.
Penser à Fred n'avait rien de plaisant : son estomac se tordait et tout son corps se crispait. Elle n'était pas insensible à la situation mais elle savait qu'y penser ne résoudrait rien et ne ferait que la rendre plus frustrée et triste. Elle préférait reléguer ça dans un coin de sa tête, autant qu'elle le pouvait. Elle y arrivait plutôt bien lorsqu'elle était occupée avec d'autres personnes, mais succombait à la tristesse dès qu'elle se retrouvait seule.
Elle se concentra de nouveau sur Adrian pour chasser ses pensées noires. Il avait le nez littéralement plongé dans un ouvrage. Ses yeux glissaient sur les pages avec la rapidité d'un rapace et il avait une drôle de mimique avec ses lèvres à force de rester fixe.
- Tu es bien sérieux, fit-elle remarquer.
Il releva la tête vers elle, un sourcil relevé en guise d'interrogation.
- J'ai envie d'avoir une bonne note.
Sa réponse était simple et imparable, mais Nerys se sentait l'esprit de contradiction.
- Ce n'est pas très grave d'avoir une mauvaise note.
Adrian posa sa plume, l'air soudain grave.
- Non, mais Ethan Travers a des vues sur le même poste que moi au Ministère. Avoir un meilleur dossier que lui, c'est ma seule chance de réussite.
Elle se sentit rougir. Adrian avait des vraies raisons de travailler. Depuis des années qu'ils se connaissaient, Nerys avait fini par penser que Adrian était exactement l'un des leurs. Il faisait partie de son monde comme Gale et Briséis. Mais elle avait parfois tendance à oublier que son sang n'était pas si pur et son arbre généalogique pas si respectable. Aux yeux du petit monde des sang-pur, les Kurdow étaient des gens formidables, mais pas tout à fait comme eux. Ils étaient intégrés et pouvaient jouir de nombreux privilèges, mais en cas de nécessité, un sang-pur privilégierait toujours un autre sang-pur. Les Kurdow ne pourraient jamais tout à fait effacer la tâche dans leur généalogie, et cette erreur de parcours n'en ferait jamais le premier choix. Il était évident que si un choix devait se faire entre Ethan Travers et Adrian Kurdow, les gens de leur monde préféreraient toujours Ethan. Et les sang-pur avaient le bras long, surtout au Ministère où il était facile de faire pression. Adrian avait raison en affirmant que sa seule chance de réussite était un dossier irréprochable : peut-être pourrait-il obtenir le poste, si toutefois la personne en charge du recrutement ne se laissait pas trop influencer par ses relations.
- Tu y arriveras, dit-elle simplement en guise de réconfort.
Elle regarda son propre parchemin, loin d'une belle rédaction attendue pour son devoir de métamorphose. Elle qui avait toujours été si studieuse et si minutieuse dans son travail se retrouvait complètement démotivée. Les études n'étaient pas un loisir, elle s'y était intéressée uniquement pour pouvoir être fière d'elle-même et se dire que, dans un autre monde, elle aurait pu faire quelque chose de sa vie. Et tout cela lui paraissait bien loin maintenant.
- Tu abandonnes ?
Nerys fit une moue déçue à la question d'Adrian.
- A quoi me serviront mes notes ? Pas besoin de diplôme pour devenir une épouse modèle.
Elle l'avait toujours su, qu'elle se marierait et n'aurait pas d'autres buts dans la vie que de satisfaire son époux et tenir sa grande maison. C'était le rôle des femmes, ça l'avait toujours été et son monde n'acceptait pas ce qui sortait des traditions. Avoir un emploi était inconcevable : c'était signe de dégringolade sociale. Ceux qui travaillaient étaient ceux qui avaient besoin d'argent, et tous vivaient dans la richesse (ou faisaient semblant). Les hommes pouvaient travailler sous réserve que leurs emplois dégagent un certain cachet, mais c'était hors de question pour les femmes. Elle l'avait toujours su mais elle avait toujours eu du mal à l'accepter : l'indépendance et la liberté ne seraient jamais pour elle.
Adrian la dévisagea. Lui qui savait se montrer d'ordinaire si compréhensif et si prévenant haussa simplement les épaules et répondit d'un ton froid :
- Si c'est ce que tu veux.
Vouloir ? Sa volonté n'avait jamais pesé dans la balance.
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Le cours de Soins aux créatures magiques lui apparaissait comme une épreuve encore pire que ce qu'elle avait ressenti en début d'année. Faire équipe avec un partenaire qu'on détestait n'était finalement pas si compliqué. Ce qui était compliqué c'était de devoir côtoyer quelqu'un dont on aurait voulu être plus proche. La perspective de passer deux heures à quelques mètres de Fred sans pouvoir lui parler ou le toucher lui tordait l'estomac. Elle se sentait si stressée et si déroutée qu'elle envisagea un instant de sécher son cours et d'aller à l'infirmerie avec un prétexte quelconque, mais elle se reprit. Elle ne pouvait pas se laisser aller à la première difficulté.
De manière complètement inattendue et déraisonné (quand les choses avaient-elles changé à ce point ?), alors qu'elle attendait dans le parc l'arrivée du professeur, Nerys se retrouva entourée d'Olivia et Calloway. Pour la première fois depuis des années, peut-être pour la première fois depuis toujours, elle était enfin intégrée dans un cercle qui n'était pas le sien. En début d'année, les cinq autres élèves l'avaient mise volontairement à part : travailler ensemble, en laissant de côté la vilaine Nerys Avery, ne leur posait aucun problème. Elle ne pouvait pas les blâmer pour ça, parce que c'était ainsi que les choses fonctionnaient à Poudlard, et Nerys et son cercle s'excluaient volontairement. Elle ne savait pas trop à quel moment les choses avaient réellement basculées, mais à présent ils l'intégraient.
Elle était l'une des leurs.
Cette pensée sans prétention lui humidifia les yeux. Elle était plus touchée qu'elle n'aurait voulu l'être par ce nouvel égard qu'ils avaient envers elle.
- C'est la folie cette semaine de rentrée ! Lança Calloway en soupirant.
Nerys leva les yeux au ciel. Calloway et elle ne seraient jamais amies (la Serdaigle était trop concentrée dans ses cours). Même Callaghan eut l'air vaguement agacé.
- Oui, mais le week-end va arriver vite ! Répondit Olivia avec son entrain habituel.
Rien ne semblait pouvoir tenir l'éclat de la petite Poufsouffle. Elle était toujours rayonnante et optimiste et cela faisait du bien, comme un rayon de soleil par un matin de temps gris. Nerys lui répondit avec un sourire, mais le cœur plus lourd qu'elle ne l'aurait souhaité. C'était un bonheur de côtoyer Olivia Jones et elle ne comprenait pas comment elle n'avait pas pu le remarquer avant. La Poufsouffle était toujours d'humeur égale, attentive sans être indiscrète, joyeuse sans étaler son bonheur. Nerys réalisa que, sans qu'elle s'en rende compte, Olivia était devenue l'une de ses amies. C'était avec elle qu'elle prenait plaisir à passer du temps, à elle à qui elle pouvait se confier parfois. Et malheureusement, Olivia Jones n'aurait plus sa place dans sa vie lorsqu'elle deviendrait Mrs Nerys Fawley.
- La vie devrait toujours être un week-end !
Le cœur de Nerys rata un battement.
C'était Fred et son sourire en coin. Les jumeaux s'étaient finalement joints au petit groupe, après avoir pris leur temps pour descendre le parc.
Elle était hypnotisée par sa peau pâle, ses tâches de rousseur, son regard farceur. Son coeur se serrait à cette simple vue. Elle aurait pu rester des heures à l'observer mais elle ne pouvait pas, elle n'en avait pas le droit. Elle avait perdu pied une fois à cause de sa présence, elle avait appris la leçon : elle détourna les yeux pour ne pas être tentée. Il était évident que Fred ne lui prêtait plus aucune attention et elle aurait dû s'en satisfaire : cela lui permettait de retourner plus facilement sur le droit chemin. Elle savait très bien que c'était la chose la plus sensée à faire, qu'elle devait oublier ce qui s'était passé entre eux et faire disparaître cette attirance irrésistible qu'elle avait envers lui. Risquer de tout perdre pour un seul homme n'avait pas de sens, elle le savait au fond d'elle. Avoir des doutes était normal; laisser les doutes parler pour elle était inconcevable. Dans son monde ce n'était pas élans du cœur qu'on écoutait. Les émotions et les sentiments étaient vus comme des obstacles à surmonter pour prendre la bonne décision. Ce qui comptait n'était pas ce qu'elle ressentait mais ce qu'elle voulait. Et ce qu'elle voulait c'était retrouver sa vie d'avant, quand les doutes sur le futur ne prenaient pas une place aussi importante dans sa vie. Elle avait trop peur pour envisager autre chose.
Hagrid arriva et offrit à Nerys la distraction dont elle avait besoin.
Un instant elle sentit peser un regard sur elle, mais lorsqu'elle se risqua à un coup d'œil dans la direction de Fred, elle s'aperçut qu'elle s'était trompée.
Elle eut un pincement au coeur : de la déception.
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Briséis était avachie dans le canapé de la salle commune, dans une posture fort peu élégante, lessivée de cette journée de rentrée. Le dîner s'était terminé quelques minutes plus tôt et la petite troupe de Serpentards était rentrée dans son antre (après avoir salué Adrian). Nerys appréhendait cette soirée. De temps en temps elle sentait le regard de Gale peser sur elle et elle sentait qu'il attendait l'occasion propice pour avoir une discussion avec elle. Tous les moyens étaient bons pour l'éviter : une partie de cartes batailleuses dans le train du retour à Poudlard, le prétexte de devoir faire une ronde pour s'éclipser le soir, et même inventer un devoir inexistant pour se réfugier à la bibliothèque avant le dîner.
Elle se rendait compte que son comportement était idiot et qu'elle ne pourrait pas l'éviter éternellement. Elle savait quelle conversation l'attendait, elle savait qu'il lui poserait des questions indiscrètes sur sa relation avec Fred Weasley. Elle avait cogité toute la nuit précédente (ce qui expliquait son état de fatigue avancé et les cernes qu'elle avait sous les yeux) et rien de bien convainquant ne lui était venu à l'esprit. Sa seule justification serait d'avancer qu'elle l'appelait par son prénom par commodité et habitude, et qu'elle se sentait fragile à cause d'une dispute avec Amadeus (ce qui expliquerait ses larmes, et l'air glacial qu'elle affichait lors de leur aurevoir sur le quai de gare). Elle n'était pas certaine que Gale goberait le mensonge mais elle espérait qu'il ferait au moins semblant, pour éviter les questions gênantes.
Elle était préparée autant qu'elle le pouvait à cette confrontation, mais elle décida qu'une soirée de répit supplémentaire ne lui ferait pas de mal. Alors que Dylan rembarrait méchamment Evey au sujet d'un devoir, attirant l'attention de tous, elle s'éclipsa discrètement.
Le château était froid et peu accueillant en cette période de l'année. Il offrait toujours un contraste saisissant avec son environnement luxueux : là où les lanternes du château n'offraient qu'une lumière tamisée froide et glaçante, les feux de cheminées des manoirs grandioses offraient un réconfort calme et chaleureux. Pourtant elle se sentait plus à l'aise à Poudlard que dans n'importe quel salon. Ici elle pouvait se relâcher, être détendue, ne pas contrôler constamment ses moindres faits et gestes. Il n'y avait pas de lumière plus pressante et saisissante que celle d'une rencontre cordiale et sociale dans son milieu. Ici, elle est était libre.
Elle ne s'attendait pas à trouver qui que ce soit dans les couloirs; le mardi soir était généralement très tranquille après le couvre-feu (les fauteurs de troubles préféraient d'autres jours de la semaine). Elle avait envie de rentrer dans le chaud de sa salle commune, mais elle voulait aussi éviter d'avoir une conversation déplaisante avec Gale ce soir. Elle décida de trainer encore un peu. Peut-être aussi avait-elle l'espoir secret de croiser Fred au détour d'un couloir.
Son souffle se coupa lorsqu'elle remarqua une silhouette dans un couloir.
Elle pensa un instant que c'était Fred, mais le doute s'évanouit rapidement.
C'était le petit Neville Londubat.
Il leva la tête d'un air vaguement surpris mais pas tout à fait inquiet. Elle lisait sur ses traits des soucis profonds. Il avait un exemplaire de la Gazette du Sorcier à la main. C'était celui du jour : Nerys reconnaissait parfaitement les gros titres annonçant une évasion massive d'Akzaban. C'était un bien drôle d'endroit pour lire un journal !
- Le couvre-feu est passé, fit-elle remarquer.
Elle ne respectait plus ses rondes mais n'oubliait pas pour autant son rôle de préfète (même si elle-même dérogeait aux règles).
Londubat la regarda sans trop réagir; elle cru apercevoir un léger haussement d'épaules. Il sembla évident à Nerys qu'il traînait dans les couloirs pour être seul et réfléchir à quelque chose. Il avait le regard un peu triste mais déterminé. Il ne semblait pas très bien et Nerys décida que la sanction n'était peut-être pas la meilleure solution.
Il restait silencieux, et au bout d'un moment Nerys décida de prendre les choses en main.
- Je te raccompagne à la salle commune, dit-elle consciente que c'était la meilleure chose à faire.
Encore une fois, il haussa les épaules. Elle avait l'impression qu'il se pliait à sa volonté sans trop s'y intéresser. Son silence était perturbant mais il se mit en marche à ses côtés sans faire de difficultés. Ils marchèrent quelques minutes en silence. Nerys l'observa du coin de l'oeil : il avançait en regardant ses pieds, le regard fixe et les traits fatigués. Quelque chose clochait clairement, elle ne pouvait pas l'ignorer.
- Londubat, est-ce que tout va bien ?
Elle se surprit à s'inquiéter pour cet adolescent à l'air perdu et fatigué. Neville Londubat était la cible facile de toutes les moqueries et les insultes. Malgré l'insigne du Lion qui trônait fièrement sur sa poitrine, il était plutôt timide et du genre à ne rien dire. Il acceptait les bousculades verbales de ses camarades sans jamais rien dire et il était difficile de savoir si les mots coulaient sur lui sans l'atteindre, ou si au contraire il gardait tout pour lui comme une cocotte-minute prête à exploser. Tout le monde faisait de lui sa cible : les amis de Nerys mais les autres élèves aussi.
Quand le petit Neville était arrivé à Poudlard, elle s'était souvent demandé pourquoi cet enfant au sang-pur était devenu la cible des moqueries par les siens, plutôt que la cible d'une tentative de le ramener dans le droit chemin. Les Londubat n'étaient pas tout à fait considérés comme des traîtres à leur sang. En le rejetant, Neville était devenu le premier de sa lignée à être totalement renié.
Il ne répondit pas; peut-être ne l'avait-il pas entendu à être trop perdu dans ses pensées.
Elle lui attrapa la manche de sa cape pour le forcer à s'arrêter.
- Qu'est-ce qui se passe ? Si tu as des problèmes, je suis préfète et...
Elle ne savait pas si c'était de la pitié ou une soudaine prise de conscience, mais elle se sentait prête à l'aider (quitter à s'attirer quelques moqueries).
- Ca va, répondit-il un peu abruptement.
Il lui jeta un coup d'œil en coin et elle cru lire une lueur de défi dans ses yeux. Ce n'était pourtant pas son genre, et elle n'avait rien fait qui puisse justifier sa colère. Au contraire, elle avait l'impression de se montrer douce et prévenante avec lui en cet instant. A croire que la gentillesse n'était pas toujours récompensée.
Ils étaient immobiles dans le couloir et Nerys ne savait plus quelle position adopter. L'accompagner jusqu'à sa salle commune était la meilleure chose à faire pour s'assurer qu'il ne traîne plus dans les couloirs cette nuit, mais elle sentait que sa présence lui posait problème. Neville était déjà bien trop occupé avec ses pensées pour supporter que quelqu'un d'autre se tienne à ses côtés. En temps normal, elle serait restée fixée sur son idée première afin de coller au mieux à son devoir de préfète, mais la tristesse de Neville faisait écho à la sienne et elle ne s'en sentait pas capable.
- Je te laisse rentrer seul, proposa t-elle finalement.
Le petit Londubat resta de marbre face à sa réflexion mais il sembla l'avoir entendu puisqu'il reprit son chemin sans la regarder. Elle hésita un instant et décida finalement de lui laisser l'intimité qu'il était venu chercher dans les couloirs vides. Elle ne connaissait pas toute la vie du petit Londubat mais il était visiblement une âme en peine, et elle respectait son besoin d'espace et de silence. Elle n'avait aucun intérêt à lui imposer sa présence, et il était inutile de faire semblant de vouloir encore être une préfète exemplaire.
De nouveau seule dans le couloir, elle resta quelques instants immobile, perdue dans ses pensées. L'heure était avancée et la tentation de rentrer se coucher était grande : elle y céda et prit le chemin de l'antre des Serpentards.
Lorsqu'elle arriva à la salle commune, elle eut la surprise d'y trouver Gale. En dehors de sa présence, la salle était vide. C'était un soir de début de semaine et il était tard, personne n'avait envie d'avoir du sommeil en retard. Si Gale était encore debout, c'était qu'il l'attendait, elle en était sûre. Son estomac se tordit légèrement face à la conversation qui s'annonçait. Elle avait eu le temps de s'y préparer mais ça ne rendait pas les choses plus faciles pour autant. Elle devrait garder la tête droite et le visage inexpressif. Gale ne devait rien comprendre de son trouble profond, il ne devait pas deviner des choses qu'elle n'était même pas prête à s'avouer à elle-même.
- Ah, tu es enfin rentrée, commenta t-il lorsqu'elle entra.
Il ne souriait pas mais il était très doué pour cacher ses émotions. Etait-il en colère ? Déçu ? Elle n'aurait pas la réponse; elle y était habituée.
- Oui. Tu m'attendais ?
Elle connaissait déjà la réponse en réalité.
- Je crois qu'il faut qu'on parle de certaines choses, Nerys.
Son visage se fit plus grave d'un coup. Il n'y avait aucun doute sur le sujet qu'il voulait évoquer : Fred Weasley. Ils n'avaient pas encore pu échanger à ce sujet mais elle savait que son court échange avec Fred l'avait mis dans tous ses états. La discussion tant attendue allait arriver. Cette pensée lui brisa le cœur et la fit paniquer.
- Oh, Gale !
L'instant d'après, elle fondit en larmes. Elle ne s'était pas rendue compte que la tristesse était si proche de percer. Elle n'avait aucune envie de montrer à Gale à quel point toute cette histoire l'affectait. Elle ne voulait pas que sa fragilité soit une affaire connue, elle ne voulait pas décevoir ses amis, elle ne voulait pas prendre le risque d'être mise sur le côté. Craquer sur Fred Weasley était assurément un faux pas, une faiblesse qu'elle aurait dû garder pour elle jusqu'à ce qu'elle s'éteigne. Mais cette faiblesse l'avait rendue fragile et triste. Il n'avait fallut que quelques mots de plus pour que l'émotion prenne possession de tout son corps.
De la part de Gale, elle s'était attendue à du rejet ou même de la moquerie, mais elle avait oublié qu'il était avant tout son ami. Il passa ses bras autour de ses épaules et la comprima dans une étreinte violente mais réconfortante. Sa tête trouva naturellement le chemin du creux de son cou, qu'elle inonda de larmes. La chaleur du corps de Gale contre le sien était le réconfort dont elle avait besoin, mais elle avait encore besoin d'évacuer un peu de tristesse. Gale lui caressait le dos avec toute l'affection dont il était capable et ils restèrent dans cette position jusqu'à ce que, enfin, Nerys se calme.
- Je suis désolée, mais je te promets que ça va aller Gale. C'est juste un moment de faiblesse, je suis stressée par tout ce qui m'attend.
Ils se séparèrent mais Gale attrapa l'une de ses mains dans les siennes. Sa douceur et sa chaleur étaient tout ce dont elle avait besoin au monde. Elle s'attendait à ce qu'il insiste, à ce qu'il pose des questions et elle n'était pas sûre d'être prête à donner davantage de détails. Mais elle aurait dû savoir depuis tout ce temps que Gale était imprévisible. Il ne posa pas de question.
- Je te crois Nerys, se contenta t-il de répondre.
Cette simple remarqua lui réchauffa le cœur et relégua la tristesse au second plan. Elle mit sa main sur les siennes, les pressant avec tout l'amour dont elle était capable. Gale était là, Gale serait toujours là, et n'était-ce pas lui qu'elle aimait le plus ?
Après quelques instants de silence réconfortant, Gale rajouta :
- Sache que c'est toujours moi qui t'aimerais le plus. N'oublie pas ça, ne me tourne pas le dos.
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Son coeur se serra à l'entrée de la serre de botanique : Fred Weasley était en pleine conversation avec Angelina Johnson. La Gryffondor rigolait à gorge déployée à l'une des blagues qu'il venait de faire, et le sourire charmeur qu'il abordait lui faisait craindre qu'ils ne soient en train de flirter. Nerys savait qu'elle aurait dû détourner le regard, que cette scène ne faisait rien d'autre que du mal, mais elle semblait incapable de se détacher de cette vision. Elle regardait Fred Weasley comme si elle le voyait pour la première fois et qu'il était incontestablement le plus bel homme du monde. Ses cheveux roux étaient pourtant désordonnés, sa peau pâle était rougie par le froid et ses vêtements semblaient encore plus rapiécés que d'habitude : il était très loin de l'image de l'homme élégant qu'elle s'imaginait enfant en pensant à son futur époux. Il était très loin de l'objet de ses fantasmes, très loin de l'image qu'elle se faisait de l'homme de ses rêves. Il était si différent d'elle : elle qui mettait un point d'honneur à avoir toujours une coiffure impeccable, une tenue soignée sans le moindre pli, et une démarche élégante qui ne laissait pas la fatigue lui avachir le dos. Ils venaient de deux mondes opposés, et les défauts du sien se lisaient sur sa personne. C'était peut-être pour ça qu'elle était terriblement attirée par lui. De son imperfection ressortait tous ses charmes.
Il était inconvenant de fixer quelqu'un aussi longtemps, c'était un grand manque de respect et de tenue, mais elle ne pouvait pas s'en empêcher.
Son regard dû se faire pesant; ils le remarquèrent. Fred fut le premier à tourner la tête vers elle et à lui jeter un regard curieux. Son sourire s'effaça à l'instant où leurs regards se croisèrent et il afficha une expression énigmatique. Il ne s'attarda cependant pas sur elle : bien vite il détourna les yeux, s'intéressant de nouveau à Angelina en face de lui. La Lionne n'avait cependant rien manqué de l'échange et son attitude insouciante s'était transformée en une expression contrariée. Elle jeta également un coup d'oeil à Nerys. Il y avait quelque chose d'un peu froid dans son regard, et surtout de perçant : à n'en pas douter ce simple échange de regards venait de déclencher des doutes chez elle.
Angelina ne fut pas la seule.
- Je crois que si tu le fixes trop, il va disparaître.
Finn venait d'arriver auprès d'elle. Avec une spontanéité et une familiarité étonnante, il lui passa la main dans les cheveux et les ébouriffa légèrement. Ce geste simple, qui dans un monde normal n'était qu'une marque d'affection, la paralysa complètement. Les baisers platoniques et les étreintes affectueuses n'étaient réservées qu'au cercle de la famille dans son monde. Il y avait bien sûr quelques cas où ils faisaient des entorses (des câlins avec Gale, ou des relations intimes avec Amadeus) mais ces marques d'affection étaient échangées dans un cadre strictement privé entre deux personnes. Que Finn se permettre un tel geste aux yeux de tous la déstabilisa complètement. Elle se sentit rougir, se figer, et incapable de répondre.
- Ca va Nerys ? Demanda Finn en remarquant son malaise.
Elle reprit ses esprits.
- Oui, je suis désolée je n'ai pas écouté : qu'est-ce que tu me disais ?
Trop surprise par son geste, elle n'avait pas prêté attention à ses mots. L'instant de gêne passée, elle jeta un regard autour d'elle mais personne ne prêtait attention à eux. Elle n'avait aucun ami en cours de botanique et donc, fort heureusement, il n'y avait personne pour s'offusquer du geste de Finn.
- Je suis bloqué sur mon devoir de runes, tu crois que Briséis m'aidera ?
Nerys ricana. Connaissant Briséis, la réponse était plus qu'incertaine. Elle voulait demander à Finn si il avait réellement besoin d'aide ou si ce n'était qu'un prétexte (elle nourrissait quelques doutes depuis sa jalousie à l'égard de Marty Jones) mais elle n'eut pas le temps.
- Bonjour à tous ! A la serre ! Lança Chourave en arrivant au milieu de la foule d'élèves pressée devant la porte.
Baguette en main, elle ouvrit la serre. D'un même mouvement tous les élèves se lancèrent à sa suite et Nerys les imita. Peut-être que cette dernière ligne droite à Poudlard s'annonçait agréable, Fred Weasley ou pas.
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Nerys observait son plant de Géranium dormeur d'un air soupçonneux. Chourave leur avait donné quelques consignes, et cette étude était l'une des moins risqués de l'année, prétendait-elle. Le Géranium dormeur était une plante commune qui se montrait inoffensive dans neuf cas sur dix. La plante était en général à l'état "dormant", c'est-à-dire inanimée. Mais dans de rares cas, elle pouvait se réveiller. Sa technique de défense consistait à répandre des spores de sommeil pour endormir ses adversaires. Il fallait donc simplement vérifier que la plante était bien endormie avant de commencer son étude.
Il y avait peu de chance que sa plante soit réveillée, mais Nerys avait tant de malchance en cours de botanique qu'elle rechignait à se lancer.
- Je ne pensais pas qu'on pouvait avoir peur d'une plante ! Se moqua Lee Jordan à sa droite.
La disposition des élèves dans la serre était restée la même, au grand désespoir de Nerys. Que Lee Jordan se tienne à distance ne l'aurait pas dérangée, de même qu'avoir un peu plus d'espace entre elle et Fred Weasley. Elle se forçait à ne pas regarder dans sa direction, et y était plutôt bien arrivé jusque là.
Elle fronça les sourcils de mécontentement.
- Je fais ce que je veux ! Répondit-elle de façon puérile.
Elle savait qu'elle ne devait pas se laisser atteindre par les remarques de Lee Jordan, elle y était trop habituée pour se montrer touchée. Mais elle n'était pas fière d'elle-même et il appuyait sur le point sensible. Et si elle était tout à fait honnête, elle devait reconnaître qu'elle était un peu tendue par la présence de Fred à quelques mètres seulement. Elle essayait de se concentrer sur autre chose mais elle avait parfaitement conscience de sa présence à chaque instant.
- Tu es ridicule, Avery.
Il ricanait, il le disait plus par plaisanterie que par réelle méchanceté, elle le savait. Mais ses joues et son cou se colorèrent d'une désagréable couleur rouge. Elle n'avait pas envie d'être le sujet de moqueries de Lee Jordan.
- Ferme la, Jordan ! Répliqua t-elle un peu violemment.
Il resta muet. Il y avait bien longtemps que Nerys Avery n'avait pas été le sujet d'une crise de colère et s'était laissée à quelques mots vulgaires; elle était toujours si propre sur elle et si maîtresse d'elle-même. C'était le résultat d'une éducation sans faille et d'un travail sur elle-même depuis des années. Nerys s'était donnée comme résolution d'être toujours élégante et au-dessus des autres par sa tenue parfaite. Elle était différente de ses camarades parce qu'elle maîtrisait plus volontiers le silence et la politesse froide. Mais elle était lasse de faire semblant, lasse de jouer le rôle de la fille modèle et elle ne voyait aucune raison de se montrer polie ou de contenir son agacement; Lee Jordan ne le méritait pas.
Elle était peut-être injuste avec lui. Lee Jordan s'était montré plus sympathique et plus compréhensif que beaucoup de ses connaissances ces derniers-temps, mais elle restait fixée sur l'idée qu'il était l'ami de Fred Weasley et ne serait jamais le sien.
- Miss Avery, est-ce qu'il y a un problème ? Vous n'avez toujours pas touché à cette plante. Dois-je vous assigner un partenaire pour réaliser les tâches les plus simples ?
Chourave était un très bon professeur, mais elle était humaine aussi, et Nerys était convaincue qu'elle ne la portait pas dans son cœur. Elle qui aimait tant ses plantes devait voir en Nerys une élève cruelle qui leur faisait du mal. Et la peau-de-vache de Watson ne devait pas rater une occasion de se plaindre de Nerys auprès de sa directrice de maison. Il était facile d'imaginer les histoires qu'elle pouvait raconter, et facile de penser que Chourave se laissait amadouer par la tête d'ange de Watson. Les Poufsouffles n'étaient-ils pas réputés pour être justes et gentils ? Les préjugés envers les maisons étaient parfois complètement erronés.
L'agacement de Chourave n'avait jamais été aussi palpable qu'en cet instant. Mais loin de se calmer, Nerys s'en sentit encore plus humiliée.
- Non, ça va aller, merci.
Elle siffla plus qu'elle ne parla réellement. Jamais de toute sa scolarité elle ne s'était permise d'être désagréable avec un professeur. Elle respectait leur rôle et leur statut, même lorsqu'elle n'était pas certaine de leurs compétences (elle doutait toujours de l'aptitude de Hagrid à assurer leur sécurité). Ce n'était ni une rébellion ni une réelle attaque contre Chourave, mais c'était inhabituel venant d'elle.
- Tout va bien Miss Avery ?
Les élèves se turent soudain, prêtant l'oreille, conscients que quelque chose d'inhabituel se tramait. Nerys se sentit rougir. Elle se sentait de plus en plus ridicule à chaque minute qui passait et cela faisait naître de la colère chez elle. Elle aurait pu prendre sur elle, se forcer à se composer un sourire, mais elle ne s'en sentait pas la force. Le plus simple pour elle était de choisir la voie des lâches. Elle se leva un peu maladroitement et lança :
- Non professeur, je préfère aller à l'infirmerie.
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- Ce n'est pas une potion qui résoudra tous vos problèmes Miss Avery. Si vous avez des difficultés, parlez-en à vos proches, ou bien au professeur Rogue.
Pomfresh lui tendait le flacon à contre-coeur. L'infirmière de Poudlard était attentive à chacun de ses élèves et Nerys savait qu'elle s'inquiétait sincèrement pour elle, mais elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver ça agaçant. Elle n'avait nul besoin qu'on lui dise quoi faire. Nerys avait prétendu s'être sentie faible en cours de botanique pour justifier sa présence à l'infirmerie et son cours manqué, mais la vérité c'était qu'elle n'était pas d'humeur à affronter Chourave, Lee Jordan et les autres élèves. Elle se sentait beaucoup mieux dans cette infirmerie quasiment vide, dont le calme était simplement dérangé par les vomissements réguliers d'un élève caché derrière un rideau.
- Vous êtes dispensée de cours pour l'après-midi, allez vous reposer. Je vais prévenir le professeur Hagrid.
Nerys attrapa le flacon.
- Merci.
A croire que l'infirmière était dotée d'un don d'empathie; Nerys était soulagée de pouvoir manquer le cours de Soins aux créatures magiques. Aussi fort qu'elle aimait passer du temps avec Olivia et auprès de petites créatures magiques intéressantes, elle redoutait de devoir affronter Fred et George Weasley. Au cours précédent, ils s'étaient montrés insupportables. Ils avaient dû faire équipe par deux - Nerys s'était naturellement retrouvée avec Olivia - pour réaliser le croquis d'un singe chanteur, mais les jumeaux n'avaient cessé d'agiter la petite créature et l'exercice s'était révélé impossible. Hagrid n'avait rien dit; il semblait trop perdu dans ses pensées pour réaliser ce qui se passait sous ses yeux. Il avait simplement reprit conscience vers la fin du cours et leur avait indiqué qu'un nouveau devoir sur plusieurs semaines les attendait. Olivia et Nerys avaient convenu de travailler ensemble, et Nerys espérait que la petite Poufsouffle ne lui tiendrait pas rigueur de cette absence.
Une fois les dernières formalités effectuées auprès de Pomfresh, Nerys prit le chemin des cachots. Il y avait heureusement peu de chance de croiser quelqu'un dans les couloirs, tous devaient être en cours.
- Oh, salut Nerys.
La petite silhouette pâle - presque fantomatique à son air fatigué - d'Evey venait d'apparaître en bas des marches. Son chignon d'ordinaire impeccable penchait sur le côté, ses cernes sous les yeux étaient gigantesques (pourtant elle mettait une éternité à sortir du lit le matin) et elle n'avait fait aucun effort de présentation alors qu'elle était habituellement très coquette. Son air fatigué et malade sauta aux yeux de Nerys. Evey n'allait pas bien, c'était évident. Et ça n'allait pas en s'arrangeant; les signaux ne dataient pas d'hier.
- Bonjour Evey, tu vas bien ? Tu n'as pas cours de runes ?
Elle n'était pas tout à fait certaine de connaître l'emploi du temps de sa camarade mais il lui semblait que Finn et Briséis avaient runes le vendredi après-midi, cours auquel participait également Evey.
- Je n'y suis pas allée, répondit Evey en haussant les épaules.
L'élève sérieuse et appliquée avait disparu. Elle était pourtant très soucieuse de bien faire ses cours (elle était soucieuse de bien faire tout le temps) et il était étonnant qu'une élève comme elle sèche un cours. Ce devait être la première fois en sept ans de scolarité. Quelque chose clochait dans son attitude et son comportement, quelque chose d'inquiétant.
- Est-ce que tout va bien ? Demanda Nerys.
Elle regretta instantanément sa question. Elle connaissait la réponse d'avance, parce qu'il n'y avait qu'une réponse possible à cette question.
- Oui, ça va.
La réponse n'était ni ferme ni directe : elle manquait de vérité. Evey répétait machinalement ce qu'on attendait d'elle, parce que personne ne voulait connaître les malheurs d'une adolescente en crise. Nerys comprenait son désarroi, ou tout du moins elle comprenait d'où il venait : ses futures fiançailles avec son cousin et sa vie future qui l'attendait. Mais tout cela, bien sûr, Evey ne pouvait pas le formuler à voix haute. Il était inconvenant de parler de ses doutes et aucun de leurs proches n'avaient envie d'entendre ça. Ils ne pourraient sûrement pas comprendre. Mais Nerys le pouvait. A défaut de pouvoir partager l'entière vérité, à défaut de pouvoir faire parler Evey, peut-être pouvait-elle lui confier une partie de son ressenti. Peut-être qu'en parlant, Evey se sentirait moins seule, qu'elle se sentirait mieux. Alors Nerys inspira un grand coup et se lança :
- On rentre au dortoir ? J'aimerais te parler.
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Nerys observait Finn et Briséis qui travaillaient ensemble de l'autre côté de la table. Finn lui avait finalement demandé de l'aide pour son devoir de runes, et Briséis - de mauvaise volonté - avait accepté de l'aider. Bien qu'elle n'en semblait pas enchantée au départ, le fait de travailler sur une matière qu'elle adorait la rendait plus animée : elle se lançait dans des explications avec passion. Finn l'écoutait d'un air concentré, sans que Nerys sache si il était intéressé par ce qu'elle disait ou juste par sa vision.
Alors qu'elle commençait à manquer de motivation pour travailler (la métamorphose la barbait), Olivia vint finalement se joindre à eux. Son déjeuner s'était prolongé et Nerys s'était demandé si elle n'allait pas plutôt passer son samedi après-midi à la salle commune. Mais la Poufsouffle était finalement là, tout sourire, avec une pile de bouquins à remettre à la bibliothécaire. Une fois débarrassée de sa corvée, elle s'installa à leur table.
- Salut, souffla t-elle. Tu vas mieux ?
Nerys rougit en songeant qu'elle l'avait injustement abandonné la veille au cours de Soins. Elles ne s'étaient pas croisées depuis (si ce n'est de très loin, à la Grande Salle), mais Olivia n'avait pas l'air agacée ou déçue.
- Oui, ça va, merci.
Elle murmurait parce qu'elle ne voulait pas que Briséis entende. Elle n'avait pas mentionné son absence aux cours du vendredi après-midi à ses amis. Seule Evey avait remarqué son absence aux cours, mais il était certain qu'elle ne parlerait de leur conversation à personne. Nerys s'était confiée, hésitante mais déterminée, et lui avait expliqué combien elle s'inquiétait de l'avenir. Evey avait écouté en silence la plupart du temps, mais elle avait finit par cracher le morceau : elle n'avait absolument aucune envie d'épouser Dylan mais elle savait qu'elle n'avait pas le choix. Nerys s'était attendue à ce que Evey fonde en larmes, mais il semblait que le chagrin de la jeune fille allait maintenant au-delà des larmes. C'était inquiétant, Nerys le savait, mais elle ne savait pas bien ce qu'elle pouvait faire de plus.
- Tant mieux, je me suis inquiétée.
Olivia était adorable, comme toujours. Nerys lui fit un sourire.
- Désolée. J'espère que je n'ai rien raté d'important ! Qu'est-ce qui nous attend pour le devoir ?
La Poufsouffle lui expliqua brièvement que Hagrid leur avait demandé un devoir similaire au premier semestre : ils allaient devoir s'occuper d'une petite créature et seraient notés sur leurs progrès. Au lieu d'une Demiguise sauvage à apprivoiser, c'était un raton dévoreur qui les attendait. Ils allaient devoir suivre de très près son régime alimentaire pour qu'il ne soit pas en surpoids.
- Ca va, on va s'en sortir ! Je suis contente de faire équipe avec toi.
Nul doute que l'alliance Nerys-Olivia donnerait de bons résultats. Elle préférait ne pas penser à Fred et à leur collaboration du semestre précédent : inutile de se faire du mal avec des souvenirs anciens.
- Oh, et bien...
Olivia se mit à rougir, visiblement très mal à l'aise.
- On ne fait pas équipe ensemble.
Nerys se raidit à cette annonce. Elles avaient convenu de travailler ensemble et Olivia la plantait au dernier moment. Elle ne voulait pas travailler avec elle, elle la rejetait. Cette pensée lui brisa le coeur. La blondinette avait prit une place toute particulière dans son coeur, et elle avait l'impression que leur amitié n'était finalement que le fruit de son imagination. Peut-être que Olivia était gentille avec elle parce qu'elle la prenait en pitié, peut-être que ce qu'elle prenait pour un intérêt amical n'était qu'une politesse mal perçue.
- Ah.
Elle n'arrivait pas tout à fait à cacher la déception dans sa voix, et son air vexé devait être évident. Assez pour que Olivia réagisse.
- Ce n'est pas que je ne voulais pas mais... Fred a insisté.
Nerys fronça les sourcils, ne comprenant pas où Olivia voulait en venir.
- Fred ?
L'air gêné d'Olivia ne lui échappa pas. Sans doute qu'elle ne pensait pas devoir lui faire l'annonce elle-même, sans doute qu'elle croyait que Nerys avait prévu autre chose de son côté. Mais ce n'était pas le cas. Elle ne comprenait pas ce que Olivia lui disait. Fred ne voulait plus entendre parler d'elle et ne lui adressait plus la parole (ni aucun regard d'ailleurs), alors qu'avait-il bien pu dire à Olivia pour la décourager de travailler avec elle ? Et puis soudain, avec un éclat d'espoir, elle eut la réponse :
- Oui, Fred a insisté pour faire équipe avec toi.
Et c'était reparti pour un tour.
