Hoy. Bonne année à tous.

Les lendemains de fêtes ont été trop rudes pour tenir les délais, mais la fin n'est vraiment plus loin. Merci pour tout.


Chapitre 18

Végéta observait avec intérêt la charpie étalée sur le sol qui avait été la tête pensante de tous les trafics au Sud de Satan City. Définitivement pas une grande perte, mais un mec qui avait su faire chier Freezer jusqu'au bout, il fallait le reconnaître.

- Une putain de crise cardiaque au moment où je vais le descendre ? Quelle enflure, cracha le Lézard.

- Je ne crois pas que ce soit une crise cardiaque, releva Lazuli qui trônait toujours sur sa chaise en tripotant distraitement son collier.

- Qu'est-ce qu'on s'en fout, soupira Freezer avec irritation avant de se tourner vers les autres prisonniers.

Il parut satisfait de constater que la mort dégueulasse du premier d'entre eux avait fait son petit effet.

Face à Végéta, Caroni tremblotait nerveusement en haletant de trouille. A la gauche de Caroni, le banquier se contenait un peu mieux mais il transpirait anormalement et on voyait saillir ses mâchoires serrées. Et à la gauche du banquier, à côté de Végéta, Bulma se tenait immobile, les bras croisés, les mains plaquées sur ses épaules. Elle avait la tête baissée et les yeux fermés, comme en prière.

A gauche de Végéta, Gokû arborait son air soucieux si typique. Il devait sûrement être en train de calculer comment il pourrait sauver tout le monde tandis qu'à côté de lui, sa copine brune sanglotait en silence. En écho à ses spasmes désespérés, ce taré de Raditz se retenait de se marrer. Il ne semblait même pas se souvenir qu'il avait la gueule en sang. La came avait ses avantages.

Végéta constatait avec dépit que, comme il s'en était douté, à part Gokû, il ne pourrait compter sur personne pour se tirer de cette merde.

Sa réflexion fut interrompue par les hurlements de Caroni que Freezer venait de saisir par le col pour le tirer à l'écart des autres. Le politicien se débattait maladroitement pour tenter de se dégager mais le Lézard ignorait royalement ses gesticulations en continuant à le trainer vers le corps de sa première victime.

Quand Freezer avait annoncé qu'il tuerait en premier ceux qui l'avaient le moins emmerdé, Végéta avait tout de suite su qu'il serait dans les derniers à y passer. Ça lui laissait un peu de temps. Peut-être pas beaucoup, mais un peu quand même.

Indifférent au sort de Caroni, il se mit à étudier les lieux. Il ne trouvait pas ce qu'il cherchait depuis le début et ça lui sciait les nerfs. Il commençait à se demander si c'était dans cette salle mais subitement son sang se figea.

C'était là. Juste à côté de Lazuli. C'était logique puisque cette salope orchestrait tout depuis le début. Fixé au mur, juste entre la tête de Lazuli et l'épaule de Lunch, se trouvait le boitier de commande de la villa. La lumière, le chauffage… et le verrouillage des issues.

Végéta détourna aussitôt les yeux pour s'intéresser aux hommes de Freezer. Reacom était derrière lui, à quelques pas, et le Saïyen sentait ses yeux insistants braqués sur lui, aussi précisément que le canon de son arme. Gokû, Raditz et lui étaient évidemment les plus susceptibles de tenter quelque chose et ça n'avait pas échappé à l'homme de main. Zarbon et Dodoria s'étaient un peu écartés du cercle, le premier à la hauteur du banquier, le deuxième à proximité de Raditz. Ils avaient aussi leur flingue à la main bien sûr, mais ils étaient moins concentrés. En bon vicelard qu'il était, Zarbon ne pouvait s'empêcher d'apprécier le spectacle mis en scène par son patron. Quant à Dodoria, adepte de l'action, il paraissait s'ennuyer ferme.

Un coup de feu sortit Végéta de ses méditations. Caroni s'effondra sur le sol, une balle dans le genou et se mit à hurler de douleur. Très vite, son cri se transforma en gargarisme saccadé, puis en toux sordide.

Freezer fit un pas en arrière et observa sa victime qui se tortillait sur le sol, incapable de reprendre son souffle.

- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? Encore une crise cardiaque ? maugréa le Lézard avec humeur.

Végéta s'aperçut que les postillons de Caroni étaient étrangement colorés. Du sang. Quelque chose dans son esprit se mit aussitôt en alerte.

Lazuli se leva et marcha tranquillement jusqu'à son patron, comme pour vérifier ce qu'il venait de dire. Végéta se rendit compte qu'elle tenait elle aussi une arme à la main depuis le début. Ça lui avait échappé. Il n'aimait pas ça.

La jeune femme se posta devant Caroni qui convulsait à ses pieds et pencha la tête de côté pour mieux observer.

- Hm. C'est le poison, déclara-t-elle calmement.

Freezer se tourna vers elle avec un froncement de sourcils incrédule, ignorant les gémissements implorants de Caroni à ses pieds.

- Le poison ? grogna-t-il.

Lazuli le regarda et lui sourit. Jusqu'ici, Végéta avait réussi à garder à peu près son sang-froid, mais ce sourire glacé déclencha une panique sourde en lui. Il allait se passer quelque chose, et ça puait.

Son intuition fut confirmée en une fraction de seconde. Lazuli pointa son arme sur Freezer et tira. La surprise, autant que le choc de l'impact, firent tourner le lézard d'un quart de tour sur lui-même et il lâcha son pistoler avec un cri de surprise.

Avec une rapidité stupéfiante, Lazuli rattrapa son patron avant qu'il ne chancèle loin d'elle et elle le tira contre elle pour faire face aux hommes de mains.

Zarbon, Reacom et Zarbon avaient été pris au dépourvu. Ils avaient tout juste eu le temps de la mettre en joug. Ils se figèrent tous l'arme au poing, tenant la jeune femme et leur chef dans leur ligne de mire. Aucun d'entre eux ne pouvaient décemment faire feu sans prendre le risque de toucher le Lézard qui contenait à grand peine ses hoquètement de douleur. Son épaule avait été pulvérisée par la balle, ce n'était plus qu'un magma de chair qui pissait le sang. La manche de son smoking immaculé en était déjà presque entièrement imprégnée. Lazuli l'enlaçait presque amoureusement, étroitement retranchée derrière lui. Elle pressait le canon de son pistolet contre l'arête de sa mâchoire, son sourire glaçant toujours accroché à ses lèvres. Elle semblait défier les hommes de mains de tirer.

Du coin de l'œil, Végéta sentait leur tension. Ils hésitaient, encore incrédules au retournement de situation. Végéta devait admettre que lui-même ne s'était pas attendu à ça. Il n'était pas très sûr de savoir ce qui se passait, mais il n'était pas sûr que c'était bon pour lui.

Raditz n'eut évidemment pas la patience de réfléchir à la question. Il se releva d'un bond et se rua sur Dodoria. Végéta eut à peine le temps de percevoir le mouvement du coin de l'œil. Un coup de feu retentit aussitôt et le corps de son homme de main s'effondra à quelques millimètres de Chichi. La jeune femme sursauta avec un cri de terreur et se décala frénétiquement vers Gokû en suffoquant de panique, les yeux rivés au Saïyen.

Végéta baissa les yeux sur Raditz. Ses traits figés et ses pupilles fixes ne laissaient aucun doute sur le fait qu'il était mort. Végéta fut surpris d'en ressentir un pincement au cœur, mais il ne s'attarda pas sur cette impression.

- Arrêtez de tirer! hurla Freezer. Gardez les Saïyens à l'œil mais ne tirez pas ! Lazuli, qu'est-ce que c'est que ces conneries ?

- Ne crie pas comme ça, soupira-t-elle avec ennui. Tu vois, je fais exactement ce qu'on a planifié. Le ménage.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? gronda Freezer d'un ton menaçant.

Malgré la rage peinte sur son visage, Végéta percevait son inquiétude. Le Lézard n'avait donc rien vu venir ? Ce psychopathe avait bien pressenti le danger mais il venait finalement d'une des seules personnes qu'il n'avait pas suspectée. Quelle ironie.

- Ça veut dire que cette ville manque définitivement d'action. Tu te fais vieux, tes petites magouilles ont vécu bref, on efface tout et on recommence, expliqua patiemment Lazuli.

Freezer se mit à ricaner avec assurance, ce qui, Végéta le savait, n'était qu'une manière de dissimuler sa nervosité.

- On recommence ? Qui c'est qui va recommencer ? Toi, peut-être ? C'est toi qui vas tenir la ville ? Une vulgaire pute ?

Lazuli enfonça deux doigts dans la bouillie sanglante de son épaule et le discours du Lézard mourut dans un grognement de douleur.

- Attention à ton langage, sermonna-t-elle avec dureté. De toute façon, il n'y a que toi pour croire encore que je ne suis que ça. Enfin, peu importe, tout est toujours crade avec toi. Regarde-moi ça.

D'un signe du menton elle désigna le corps du chef des trafics du Sud dont la cervelle avait giclé sur le marbre.

- Alors que moi, j'ai fait plus efficace et plus discret, reprit-elle. J'ai demandé à nos charmantes hôtesses de verser un peu de poison dans le champagne de nos cibles, et j'ai bien fait puisque certains ont réussi à se faire évacuer.

La copine brune de Gokû lâcha un sanglot qui parut confirmer les révélations de Lazuli. Tous les prisonniers agenouillés dans le cercle la regardèrent d'un seul mouvement, mais Végéta tourna les yeux vers Lunch. Elle se tenait toujours adossée au mur, droite comme un cierge. Elle s'était contentée de baisser la tête avec un froncement de sourcils, mais cela suffit à Végéta pour comprendre que Lazuli ne mentait pas. Lunch avait vraiment empoisonné le champagne qu'elle avait servie. Végéta ne l'en aurait pas cru capable, mais après tout il n'était pas très étonné. Il la connaissait assez pour savoir qu'elle était prête à tout pour s'en sortir. C'était d'ailleurs comme ça qu'elle avait survécu aussi longtemps sous la coupe du Lézard.

- Lunch, Chichi, Salopes ! Vous allez payer ça très cher, siffla Freezer en serrant les dents.

- Oh, mais elle croyait agir sur ton ordre, coupa Lazuli. Elles ne savaient pas que tu comptais les faire descendre ce soir et elles pensaient obtenir ton pardon en exécutant tes instructions meurtrières. Car ce sont bien tes instructions après tout.

Freezer s'agita en réalisant que Lazuli avait manœuvré tout le monde depuis le début, mais la jeune femme le tenait fermement et sa blessure l'affaiblissait trop pour se défaire de son emprise.

- Salope. Alors c'est toi qui as descendu Kiwi, marmonna-t-il avec un rictus de douleur. Pour qui tu bosses, dis-moi ?

Lazuli parut amusée par la déduction.

- Kiwi ? Ah, non, je dois reconnaître que Kiwi c'est pas moi… Hm, si j'avais à parier, je dirai qu'il a emmerdé Bulma une fois de trop. Ou peut-être a-t-il deviné qu'elle était flic ? Lors ? Dis-nous tout, petit chat.

Bulma tressaillit. Elle suivait la scène avec stupéfaction depuis le début.

- Tu savais ? murmura-t-elle.

- Allons, ton manège avec le Saïyen n'était pas très discret quand on y regardait de plus près, alors j'ai fouillé et j'ai pas mis longtemps à découvrir que t'étais une riche héritière. T'aurais vraiment pu nous rapporter un petit pactole si cet enfoiré de Saïyen ne s'en était pas mêlé, répliqua Lazuli.

Tandis qu'elle parlait, le regard de la jeune femme s'était assombri. Elle paraissait encore contrariée par l'échec qu'elle évoquait.

- Mai et Shu, c'était toi ? grogna Végéta avec colère.

- Qu'est-ce que ça veut dire ce bordel ? coupa Freezer avec agacement.

Lazuli eut un petit rire.

- T'es vraiment à la ramasse, hein ? répliqua-t-elle. Toujours le dernier au courant, t'as vraiment fait ton temps. Devine quoi, ton petit chat est la fille du Dr Briefs. Depuis tout se temps, elle se déshabillait pour te remplir les poches et tu le savais pas. Et devine comment elle s'y est prise pour arriver jusqu'à toi ? Elle est tout simplement devenue flic après la mort de son père. Ça te parle ?

- Le Dr Briefs ? Une flic ? répéta Freezer qui sembla subitement comprendre quelque chose.

Il se mordit les lèvres en braquant ses yeux ocre électrique sur Bulma. Il l'aurait tuée sur place s'il avait pu.

- Avec Ouji, ajouta-t-il dans un souffle qui exhalait la haine.

- Avec Ouji, confirma Lazuli. Sorti de taule tout spécialement pour te tendre un piège, parce que les autres aussi sont des flics. Le soit-disant fils de Bardock, le banquier. Ah… Chris ou peu importe ton nom.

Sa voix mourut en prononçant le nom du directeur de banque, ou plutôt Végéta venait de le comprendre, le faux nom d'un autre flic infiltré, un copain de Gokû certainement. Végéta baissa les yeux sur le petit homme. Il n'en menait pas large, haletant, pâle. C'était donc ça le plan de Gokû ? Ce fameux plan qui ne pouvait pas foirer ? C'était pathétique, ce mec s'était fait baiser comme un bleu, et dans tous les sens du terme.

- J'arrive pas à croire qu'Ouji ait joué leur jeu, grinça Freezer. Toi, Végéta ? Un Saïyen ? Négocier minablement ton petit cul avec les flics, ton père en crèverait s'il apprenait ça !

- Oh mais justement, il n'a pas joué leur jeu, coupa Lazuli en plissant les yeux. Non bien sûr, Ouji ne joue que pour lui, comme d'habitude. Et il est comme de la mauvaise herbe, impossible à déraciner.

Végéta lui rendait son regard mauvais. C'était à son tour d'avoir des envies de meurtres.

- C'est toi qui as fait sauter la caisse de mon frère et saccagé mon appartement, pas vrai ? cracha-t-il.

- C'était mon idée, oui, j'aime pas qu'on se mette en travers de mon chemin, mais tu es à la hauteur de ta réputation, il en faut plus pour se débarrasser de toi, j'imagine. Du coup, j'ai dû revoir tous mes plans. C'est pas grave, j'ai d'autres cartes dans ma manche.

Végéta attendait la suite mais elle se tut. Pendant un moment, il n'y eut aucun bruit sauf les râles lugubres de Caroni, étendu immobile sur le sol. Il luttait maintenant pour respirer et du sang avait perlé au bord de ses lèvres mais personne ne faisait plus attention à lui.

Végéta devait admettre que le sang froid de Lazuli le stupéfiait. Elle savait qu'elle faisait face à des flics, sans compter ceux stationnés dehors. Elle savait aussi que, même si elle tenait Freezer en joug pour l'instant, ses hommes de main l'abattraient dès que l'occasion se présenterait, et malgré tout, elle ne trahissait pas le moindre signe de nervosité. Elle se contentait de laisser son regard flotter sur l'assemblée, comme si elle savourait le moment.

Pour la première fois, le Saïyen considéra cette bonne femme qui n'avait jamais été dans son esprit qu'une maquerelle haut de gamme à la solde du lézard. Il ne savait pas grand-chose d'elle, mais en fait il ne s'y était jamais vraiment intéressé non plus. Pour lui, c'était juste une paumée de plus qui avait débarqué en ville avec des ambitions et un instinct de survie au-dessus de la moyenne. Il semblait qu'il avait été loin du compte.

Reacom, Dodoria, et Zarbon s'étaient regroupés prudemment derrière le cercle agenouillé, une façon de faire plus ou moins écran s'ils devaient échanger des coups de feu avec Lazuli, et Végéta percevait la tension qui commençait à les crisper. La situation devenait franchement inconfortable.

- Et alors, c'est quoi le plan maintenant ? siffla-t-il pour rompre le silence.

Le sourire de Lazuli se fit plus carnassier et il regretta presque sa question. Elle plongea sa main libre dans sa poche et montra un petit boitier.

- Toute la villa est piégée. J'appuie là-dessus et tout saute, annonça-t-elle.

Végéta se raidit. Derrière lui, les hommes de mains de Freezer s'agitaient aussi. Certainement qu'ils considéraient leurs options, entre tuer leur boss mais sauver leur peau en descendant Lazuli avant qu'elle ne déclenche la bombe, ou ne pas tuer leur boss et mourir avec lui.

Ils n'allaient sûrement pas réfléchir bien longtemps.


Gokû contemplait le désastre en se demandant comment les choses avaient pu déraper à ce point. A l'évidence, il aurait dû s'intéresser de plus près à Lazuli. Personne dans son équipe n'avait soupçonné qu'elle était autre chose qu'une pute à la solde de Freezer et ils avaient tous naïvement cru qu'il l'avait gardée sous contrôle juste parce qu'ils savaient qu'elle bossait pour lui dans le but de séduire Krilin et d'organiser son assassinat. Elle avait même été l'un des ressorts de leur piège : faire croire à Freezer qu'il pouvait s'approcher sans danger du directeur de la Central Satan Bank qui lui pourrissait la vie.

Ils avaient tous été complètement à côté de la plaque. Piccolo, Bulma, lui… Même Krillin. Bordel, dès qu'il y avait une jolie fille dans les parages, ce mec perdait tout jugement, et alors qu'il avait été le plus proche d'elle, il n'avait rien vu venir.

Avant même qu'aucun d'entre eux ne suspecte quoique ce soit, c'était elle qui les avait démasqués en apprenant qu'ils étaient des flics infiltrés. Les chefs n'allaient pas aimer ça.

Mais dans l'immédiat, ce n'était pas ce qui comptait. Dans l'immédiat, ce qui comptait, c'était ce petit boitier que Lazuli brandissait en affirmant que c'était le détonateur d'une bombe mais qui pouvait aussi bien n'être qu'un inoffensif jouet de môme. Et visiblement tout le monde semblait encore réfléchir à la question.

Gokû sentait la nervosité de Chichi. Elle s'était quasiment collée à lui dans son empressement à mettre le plus de distance entre elle et le corps de Raditz et il entendait sa respiration saccadée qui trahissait sa panique. Il se demandait comment cette petite chose terrorisée avait pu servir sans ciller un poison mortel à des types qu'elle ne connaissait même pas. Il aurait aimé douter qu'elle l'avait vraiment fait, mais la mort du chef des trafics du Sud et l'état lamentable de Caroni prouvaient que c'était le cas. Décidément, en matière de nana, Gokû s'était planté sur toute la ligne.

Il regarda Krilin dans les yeux. Il était pâle, et sa respiration sifflante confirmait ce que Gokû redoutait. Son ami avait été empoisonné comme les autres, sur ordre de cette salope de Lazuli. Le temps était compté pour lui, plus encore que pour n'importe qui dans cette pièce, et Gokû espérait vraiment que Piccolo allait se bouger le cul.

Il y eu comme un cliquetis imperceptible dans l'air qui interrompit immédiatement la réflexion de Gokû. Son instinct le submergea violemment et il tourna instinctivement les yeux vers Végéta. Le Saïyen l'avait senti aussi. Leurs regards se croisèrent une fraction de seconde et cela suffit à Gokû pour savoir ce qu'il devait faire.

Sans réfléchir, il passa son bras dans le dos de Chichi et plongea en avant, l'entraînant brusquement avec lui pour se plaquer sur le sol. Au moment pile où son front heurta le marbre froid, le silence fut déchiré par le fracas de coups de feu saccadés tirés par une arme automatique. Gokû resserra instinctivement son étreinte sur Chichi qui se pressa contre lui en retour.

Le vacarme dura une éternité, figeant ses muscles, arrêtant son cœur et noyant ses pensées. Il entendait à peine quelques gémissements assourdis couverts par le bruit des balles. A un moment, il réussit à tourner la tête. Végéta avait eu la même réaction que lui. Il s'était plaqué au sol et il avait eu la présence d'esprit de forcer Bulma à faire de même.

Puis soudainement, le silence retomba.

Gokû entendait le galop de son cœur. Le corps de Chichi était totalement immobile contre le sien, mais il percevait sa respiration.

Il détourna les yeux vers Krilin. Son ami était également couché au sol, les yeux mi-clos, le souffle haletant. Sa chemise haute-couture était auréolée d'un rouge sombre et Gokû comprit qu'il était touché.

- Alors, Piccolo ? Espèce d'enflure, j'espère que t'as bien enregistré ça, siffla une voix que Gokû ne connaissait pas.

Ça venait de derrière eux. Le tireur était apparemment arrivé de l'étage par les escaliers. Et il avait dû trouver le portable que Gokû avait laissé en haut des marches en connexion avec celui de Piccolo.

- Piccolo ? s'exclama la voix incrédule de Lazuli.

- Hm. Cet enfoiré de flic est bien plus malin qu'il n'y parait, ma chère. Ses petits copains étaient en train d'écouter tout ce qui se passait ici. Sûrement la trouille de perdre tous leurs témoins, hein ?

L'affirmation fut ponctuée d'un coup de pied brutal dans les côtes de Gokû. Il ne s'était pas attendu à un choc d'une telle force et il lâcha un grognement de douleur. D'autres coups rageurs s'enchaînèrent, forçant Gokû à se recroqueviller pour se protéger. Puis, l'agression cessa. Il sentit le canon d'une arme pressé contre son crâne.

Gokû tourna silencieusement les yeux vers Végéta. Ce signe fut suffisant pour que le Saïyen entre en action et envoie brusquement un coup de pied qui balaya la cheville de leur adversaire. L'homme fut instantanément déséquilibré et tomba lourdement en arrière. Sans attendre Gokû se redressa d'un bond et lui sauta dessus, saisissant le canon de l'arme à pleine main.

Gokû se retrouva nez-à-nez avec son ennemi pour la première fois. Il était vêtu de noir des pieds à la tête et il portait une capuche rabattue sur la tête. Le bas de son visage était également couvert de sorte qu'on ne pouvait voir que ses yeux bleus et une mèche brune qui était retombée sur son front. Il se débattait avec une force impressionnante et Gokû eut toutes les peines du monde à garder l'arme dirigée loin de lui.

Il avait espéré que Végéta viendrait l'aider, mais tout au contraire, l'autre était parti en courant. Gokû entendit un coup de feu, puis grondement sourd secoua le sol et les murs avant de se transformer en détonation assourdissante qui libéra un souffle puissant au travers de la pièce. Gokû comprit que Lazuli avait déclenché les explosifs. Ce boitier était vraiment un putain de détonateur.

Mais il devait avant tout rester concentré sur la lutte qui l'opposait au tireur inconnu. Il résista du mieux qu'il put à la déflagration en focalisant tous ses efforts sur le canon de l'arme qu'il devait absolument garder orienté vers un mur. Son adversaire, quant à lui, fut pris au dépourvu par l'énergie qui traversa la pièce et il lâcha son arme. Gokû ne s'y attendait pas et le geste le déstabilisa. Il s'affala à moitié sur l'homme en noir tandis que le flingue glissait loin d'eux sur le sol marbré.

Gokû s'empressa de se redresser pour faire face à son opposant. C'est alors qu'il sentit une griffure au niveau de sa taille. Son instinct prit instantanément le relai. Il s'éloigna de son adversaire aussi vite qu'il put et se retrouva assis par terre hors de portée du couteau. Il eut le temps d'apercevoir la lame qui luisait quand l'homme en noir se releva d'un bond et se rua vers les escaliers qu'il remonta à toute allure.

Gokû voulut se relever pour le poursuivre mais une douleur fulgurante le cloua au sol. En baissant les yeux, il s'aperçut qu'il était blessé au niveau de la hanche. Le sang avait déjà transpercé le tissu noir de son T-shirt et de son pantalon. Il pressa la plaie avec une grimace et observa la scène autour de lui.

La somptueuse salle de réception avait des allures de chaos. Le plafond s'était partiellement écroulé à l'autre bout de la pièce. C'est là-bas que la bombe avait dû être placée, à en juger par le feu qui commençait à y flamber sérieusement. Les murs encore debout étaient fissurés et un lustre de cristal s'était fracassé sur le sol à quelques mètres de Caroni. Une brume de poussière et de fumée avait envahi les lieux, rendant l'air à peine respirable. Le feu se propageait dans leur direction à une vitesse inquiétante.

Lazuli n'était plus en vue et les hommes de Freezer étaient tous au sol. Le lézard lui-même n'était plus qu'une forme gisant à proximité de Caroni. Végéta et Bulma étaient occupés à manipuler un boitier fixé au mur et soudain, il y eut un grondement mécanique. Gokû s'aperçut que les volets étaient en train de se relever. Il chercha Chichi des yeux et l'aperçut debout au milieu de la salle, prise d'une quinte de toux.

- Chichi ! C'est ouvert ! Sors ! lui cria Gokû.

La fumée le fit tousser à son tour et les spasmes comprimèrent sa blessure, lui coupant la respiration et lui arrachant un rictus de douleur.

Malgré tout, il se releva avec peine et s'avança jusqu'à Krilin. Il était allongé sur le côté, immobile. Son regard était fixe et vacillant, mais il paraissait conscient. Gokû le retourna avec précaution. Il avait pris une balle quelque part sur le côté gauche, mais sa chemise était trempée de sang et il y en avait trop pour dire où il avait été touché exactement. Gokû essaya de le relever.

- Allez, faut bouger. Tiens bon, siffla-t-il.

Mais son ami était totalement inerte, incapable du moindre mouvement. Gokû fit de son mieux pour le redresser, mais il saignait lui-même abondamment et sa blessure semblait le vider de ses propres forces. Il leva la tête en quête d'aide. Au travers du brouillard, il s'aperçut avec un certain désespoir que Bulma et Végéta avaient disparu.

Il sentit alors une présence près de lui et quelqu'un qui passait son bras sous l'aisselle de Krilin. En tournant la tête, il se retrouva face à face avec Chichi. Elle avait toujours ses larmes noires dessinées sur ses joues et elle le regardait avec un air plus décidé que jamais. Elle hissa Krilin sur ses pieds et Gokû suivit le mouvement.

Ils traînèrent le blessé laborieusement jusqu'à l'entrée de la villa. Le hall rond était déjà investi de flics et de pompiers qui se pressèrent au-devant d'eux. Deux d'entre eux prirent le relais pour soutenir Krilin tandis qu'un policier les entraînait vers la sortie.

Le flic posait des questions mais Gokû n'arrivait pas à se concentrer sur ce qu'il disait. Il s'entendit juste marmonner par réflexe qu'il ne savait plus combien de personnes vivantes se trouvaient encore à l'intérieur. C'était le lamentable résumé du résultat de sa mission.

Quand ils eurent descendu les marches du porche, le flic repartit vers l'intérieur de la maison et des secouristes firent leur apparition.

L'un d'eux guida Gokû vers une ambulance, le séparant de Chichi qu'un autre emmenait dans une autre direction. Il la perdit de vue.

Il y avait du monde qui s'agitait autour de lui. Des flics, des secours, des pompiers aussi. Ils formaient une cohue animée sans qu'un seul d'entre eux ne semble leur accorder la moindre attention. Le secouriste qui s'occupait de Gokû l'aida à se hisser à l'arrière d'une ambulance pour l'assoir sur un brancard. Une femme en blouse blanche s'y trouvait déjà installée. Elle se mit à découper le T-shirt de Gokû sans perdre de temps, appliquant des compresses sur sa blessure qui continuait à saigner.

Gokû grimaça tout en laissant docilement un autre homme examiner ses pupilles. Il sentit qu'on lui enfonçait une aiguille dans le bras, mais heureusement il ne voyait rien. On lui parlait, on lui posait tout un tas de questions médicales auxquelles il peinait à répondre. Il voulait leur demander comment allait Krilin, mais il avait la tête qui tournait et il n'arrivait pas à formuler une phrase cohérente.

- Gokû !

La voix de Chichi le tira de la léthargie dans laquelle il sentait qu'il s'enfonçait progressivement. Il la chercha des yeux et mit un certain temps à la repérer dans la petite foule qui circulait autour de l'ambulance. Elle se fraya un chemin jusqu'à la camionnette et leva des yeux navrés sur lui.

Dans la confusion de son esprit à la dérive, la première chose qu'il pensa était qu'elle était incroyablement belle. Malgré ses cheveux en bataille, son maquillage dégoulinant et sa peau noircie par la cendre, elle était belle. Elle était toujours belle. Il n'avait jamais rencontré de fille comme ça avant. Son cerveau le rappela à l'ordre après un instant. Elle avait tué des gens. Elle avait sûrement tué Krilin. Il durcit son regard à cette pensée.

Elle se hissa sur le marchepied de l'ambulance et lui tendit un minuscule cylindre de verre.

- Lazuli m'a donné ça pour Krilin, c'est l'antidote, annonça-t-elle d'une toute petite voix.

Il loucha presque sur la fiole microscopique.

- Quoi ? Pourquoi ? murmura-t-il.

Elle haussa les épaules en signe d'ignorance.

Gokû saisit le flacon et l'observa avec perplexité.

- Je suis désolée, souffla-t-elle. Je… Je ne voulais pas le faire, tu sais.

Avant que Gokû ne trouve quoi répondre, un flic surgit derrière Chichi.

- Mademoiselle Guymao, vous êtes en état d'arrestation, lança-t-il en attrapant son bras.

Elle ne protesta pas et le laissa la tirer hors de l'ambulance pour lui passer les menottes. Gokû se sentit presque choqué par la scène, mais il ne réagit pas. Chichi ne le lâchait pas des yeux, comme si elle essayait de lui dire quelque chose. Peut-être qu'elle attendait de lui qu'il empêche ça, peut-être qu'elle lui demandait pardon. Il se sentait trop anesthésié pour comprendre.

Le policier entraîna la jeune femme et ils s'éloignèrent de l'ambulance. Gokû la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la masse agitée. Il lui sembla qu'elle était le plus gros gâchis de cette affaire. Alors seulement son esprit lui rappela Végéta. Il interpela un agent qui passait.

- Hey, on a arrêté Ouji ? demanda-t-il.

- Oui, inspecteur. Il est en ce moment même en route pour le poste central.

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