Holà. La fin. Pas si loin de la date prévue.
Merci, merci. Tout spécialement les fidèles: Yuiri, Cheshire, Morwynn44, Vronik, Elfania, Naisalavanille, mais tous les autres aussi bien sûr.
Chapitre 19
Les oreilles de Bulma continuèrent de siffler quand le bruit des balles se tut. Son esprit était blanc. Le vacarme de la fusillade l'avait étourdie et à vrai dire, elle n'était même pas sûre d'être encore en vie. Elle devait l'être. C'est en tout cas ce que lui disait le poids du bras de Végéta qui la gardait plaquée au sol. Elle sentait la chaleur du Saïyen, son parfum mélangé à une vague odeur de sueur et ça lui paraissait incroyablement réel. Elle percevait aussi la présence du tireur derrière eux et elle retenait son souffle.
- Alors, Piccolo ? Espèce d'enflure, j'espère que t'as bien enregistré ça, siffla une voix d'homme.
- Piccolo ? s'exclama Lazuli avec étonnement, faisant écho à la pensée de Bulma.
- Hm. Cet enfoiré de flic est bien plus malin qu'il n'y parait, ma chère. Ses petits copains étaient en train d'écouter ce qui se passaient ici. Sûrement la trouille de perdre tous leurs témoins, hein ? répondit l'homme.
Avant que Bulma n'ait le temps d'assimiler l'information, elle entendit un choc sourd et un grognement. Elle leva instinctivement les yeux. Un homme vêtu de noir était en train de rouer Gokû de coups de pieds violents. Son ami s'était recroquevillé sur le sol en agrippant son crâne à deux mains dans l'espoir de se protéger, mais quand son agresseur finit par cesser de le frapper, il se pencha vers lui pour braquer son pistolet sur sa tête.
Le sang de Bulma se figea. Elle ne pouvait détourner les yeux du visage de l'homme. Il portait une capuche et son menton et son nez étaient dissimulés par un tissu sombre qui ne laissait apparaître que ses yeux. Ils étaient froids et bleus et Bulma sut qu'il était sur le point de tirer.
En un instant, Végéta lâcha Bulma et, sans qu'elle sut comment, il réussit d'un coup de pied à déséquilibrer le tueur qui tomba à la renverse. Gokû ne perdit pas de temps et se jeta sur lui. Les deux hommes s'engagèrent dans un pugilat périlleux avec le canon de l'arme entre eux.
Bulma se redressa et se recula prudemment. Son regard croisa celui de Chichi qui s'était également écartée de Gokû. Sans même se concerter, les deux femmes reportèrent leur attention sur Lazuli dont elle n'avait pas oublié qu'elle avait aussi une arme.
A ce moment seulement, Bulma réalisa que le corps de Freezer gisait inerte aux pieds de la jeune femme. Il avait dû faire les frais de la fusillade tout comme ses trois sbires, tous au sol, immobiles.
Mais Lazuli ne s'intéressait ni au Lézard, ni à Bulma et Chichi, ni même à Gokû qui bataillait avec son complice. Elle visait Végéta qui, au lieu d'aider Gokû, s'était précipité vers Lunch. Bulma se mordit les lèvres en repérant la jeune femme effondrée sur le sol. Elle paraissait consciente et Bulma pensa aussitôt que Végéta voulait lui porter secours. Une idée stupide, mais ses pensées étaient un peu bousculées par l'adrénaline.
Elle poussa un cri d'alarme quand Lazuli tira sur Végéta. Elle le rata et le Saïyen poursuivit sa course agile sans faillir, au plus grand soulagement de Bulma. Un clic imperceptible ramena son attention vers Lazuli. La salope était à court de munitions. Chichi se rua vers elle sans hésitation. Bulma observa son amie avec ahurissement tandis qu'elle décochait un coup de poing à Lazuli. La jeune femme blonde esquiva avec une rapidité inattendue et attrapa le bras de Chichi qui lutta pour se dégager.
Alors que Bulma se levait pour lui prêter main forte, elle entendit un grognement irrité.
- Bulma, bordel, aide-moi, siffla Végéta qui s'affairait sur un tableau de commande dissimulé dans le mur.
Elle comprit instantanément. Le mécanisme d'ouverture. Végéta avait raison, il fallait ouvrir. Les flics investiraient la maison en une fraction de seconde pour les sortir de là et neutraliser Lazuli et son complice. Elle jeta un œil hésitant à Chichi qui avait réussi à se libérer de la poigne de Lazuli et estima qu'elle ne s'en sortait pas si mal, mais au moment où Bulma se décidait finalement à rejoindre Végéta, une déflagration sourde retentit et l'extrémité de la pièce disparut dans un nuage de fumée et de flammes.
Le souffle de l'explosion déstabilisa Bulma qui ressentit les trépidations jusque dans le sol. Elle continua sa course trébuchante jusqu'à Végéta, gagnée par la panique tandis qu'un feu rageur embrasait les murs. Il fallait qu'elle trouve moyen de déverrouiller la maison avant que le système électrique ne lâche.
Son regard tomba involontairement sur Lunch, allongée à quelques pas. Une mare de sang commençait à s'étirer sur le sol lustré et le reflet des flammes rendait son rouge métallique. Bulma se sentit assaillie d'une puissante impression de suffocation et elle s'efforça de se calmer en se rappelant le corps de Freezer criblé de balles.
Elle riva ses yeux au mécanisme du tableau de commande et s'imposa d'oublier tout le reste. Avec un peu de concentration et une certaine habitude, c'était simple. Elle manipula les commandes dans l'ordre et tout d'un coup, tous les volets se relevèrent et un cliquetis sonore annonça le déverrouillage de la porte d'entrée.
Elle poussa un petit cri d'excitation, aussitôt muselé par la fumée âcre qui s'engouffra dans sa gorge. Végéta lui saisit le bras et la tira vers la sortie.
- Attends, hoquetait-elle en se débattant maladroitement. Gokû ! Krilin !
- Ils vont s'en sortir, tes petits copains vont venir les chercher, grommela le Saïyen sans la lâcher.
Elle essaya de résister mais déjà, ils atteignaient l'entrée et une nuée de flics et de pompiers se ruaient dans la villa. Elle jeta un dernier coup d'œil par-dessus son épaule, mais l'endroit était maintenant si enfumé qu'elle ne discernait plus rien.
- Dépêchez-vous, il y a des gens à sauver ! hurlait-elle simplement aux gars qui passaient devant elle pour se précipiter à l'intérieur.
Végéta et elles arrivèrent enfin sur le perron et tandis qu'ils aspiraient l'air goulûment, un secouriste accourut au-devant d'eux.
- Venez avec moi jusqu'à l'ambulance, on va vous examiner, ordonna-t-il.
- C'est bon, on va bien, aboya Végéta en retour.
Bulma reprenait son souffle peu à peu en fixant avec une certaine surprise la petite foule qui se massait autour de la villa. L'affaire avait mobilisé un monde dingue. Au milieu de la cohue, elle repéra Piccolo qui se frayait un chemin vers la porte d'entrée. Il était visiblement hors de lui, ou en tout cas très contrarié, à la gueule qu'il tirait.
- Ne l'écoutez pas, reprit subitement Bulma, on vous suit jusqu'à votre ambulance.
Végéta lui lança un œil interrogateur, mais ne protesta pas quand elle l'entraînait à la suite du secouriste les guidait vers un recoin du jardin.
- Etes-vous blessés ? Des plaies ? Des coups ? questionna l'ambulancier.
Il sortit une veste de secours de sa camionnette et la tendit à Bulma.
- C'est pas le moment de prendre froid, plaisanta-t-il en l'aidant se hisser dans l'ambulance.
Quand elle fut assise sur le brancard, il se tourna vers Végéta.
- Vous non plus, pas de coups, pas de plaies ? Un choc à la tête ? demanda-t-il.
Végéta soupira avec agacement en secouant la tête.
- Bien. Je vais chercher le médecin mais je crois qu'il y a des blessés plus urgents pour l'instant. Attendez un moment, annonça-t-il finalement.
Sur ce, il repartir et se perdit dans la masse.
Bulma baissa les yeux sur Végéta qui était resté devant la porte battante ouverte de l'ambulance. Il s'agitait d'un pied sur l'autre nerveusement.
- T'avise pas d'essayer de filer, Ouji, marmonna-t-elle. C'est plein de flics, ici.
Il se renfrogna avec un haussement d'épaule et fourra ses poings serrés dans ses poches avec désinvolture. Malgré tout, il continuait à jeter des coups d'œil à droite et à gauche et elle savait précisément ce qui se passait dans sa petite tête. Elle se demandait ce qu'il allait devenir maintenant. Sûrement retourner en taule. Il n'avait suivi aucune des consignes de Gokû et comme Freezer était mort, on n'avait même plus besoin de lui pour témoigner. Elle se sentit triste tout d'un coup.
Comme attirés par ses pensées, deux policiers en uniforme, un homme et une femme, surgirent de la foule et s'approchèrent d'eux.
- Briefs, salua brièvement l'homme avec un hochement de tête.
Il avait une mine sombre. Ils avaient perdu des collègues ce soir et, comme eux, elle en ressentait presque un sentiment de deuil personnel.
- Content de voir que tu t'en es sortie. Pour Gokû et Krilin… c'est critique d'après ce que je sais, ajouta-t-il.
Elle ne put que hocher stupidement la tête à cette mauvaise nouvelle.
La femme sortit des menottes.
- Tout ça à cause d'un connard qui aurait jamais dû sortir de taule, cracha-t-elle en s'avançant vers Végéta.
Bulma perçut le mouvement du Saïyen qui s'apprêtait à résister.
- C'est moi qui vais l'arrêter, coupa t-elle précipitamment. C'est moi qui l'ai ramené jusqu'ici après tout. J'ai assez donné.
Les deux policiers levèrent des yeux incrédules vers elle.
- Je ne suis pas blessée, je vais bien, insista-t-elle.
La femme policier soupira et lui tendit les menottes.
- T'as raison, tu l'as mérité, conclut-elle. Il faut le ramener au poste central, on va t'accompagner à la voiture.
Bulma sauta à bas de l'ambulance en évitant soigneusement le regard de Végéta et prit les menottes pour les lui passer. Elle fut étonnée de sa docilité quand elle referma les bracelets sur ses poignets. Elle serra un peu plus que nécessaire et elle l'entendit siffler avec irritation, mais elle l'ignora et le poussa à la suite des policiers qui ouvraient leur marche vers une voiture.
- Il y a encore deux raclures en liberté et les autres ont besoin de nous pour les coincer. On te laisse faire. De toute façon, le poste n'est qu'à 10 minutes et y'a un bon paquet de collègues qui vous attendent là-bas, reprit l'homme policier au moment où elle installait Végéta sur le siège arrière.
- Pas de problème, murmura Bulma en prenant place derrière le volant.
Alors qu'elle était sur le point de refermer sa portière, le policier bloqua son mouvement et lui tendit une arme.
- Vaut quand même mieux pas prendre de risque, lui murmura-t-il.
Elle cilla dans la confusion, mais finit par prendre le flingue pour le glisser dans la poche de la veste. Puis, elle démarra et guida la voiture avec précaution jusqu'à la sortie du parc avant de s'engager sur l'avenue.
Elle roulait lentement. En un sens, elle se disait qu'elle aurait préféré que le flic l'accompagne finalement. Elle ne savait même pas pourquoi elle avait décidé d'arrêter Végéta elle-même, ni pourquoi elle s'était sentit obligée d'esquiver Piccolo. Elle avait fait tout ça sans y réfléchir et elle se sentait étrangement mal à l'aise maintenant.
Jusqu'ici, elle avait soigneusement évité de regarder Végéta, mais elle finit par lever les yeux sur le rétroviseur. Elle vit le visage fermé du Saïyen. Il observait les rues par la fenêtre de la voiture, la mine sombre, les dents serrées.
Elle se demanda à nouveau ce qu'il allait devenir, si on allait vraiment le remettre en prison. Il avait déconné, mais il lui avait aussi sauvé la vie.
- Merci, souffla-t-elle.
Il tourna la tête vers elle et l'interrogea du regard par le biais du rétroviseur.
- Tu m'as sauvé la vie, rappela-t-elle.
Il haussa les épaules avec un grognement.
- Ils te proposeront sûrement de raccourcir ta peine en remerciement. En tout cas, j'y veillerai, ajouta-t-elle.
- Je ne retournerai pas en prison, coupa-t-il. Plutôt crever.
Bulma se laissa surprendre par la fermeté avec laquelle il avait parlé. Bien qu'elle osât à peine l'admettre, elle savait pourtant que c'est ce qui l'attendait. Autant être honnête, connaissant Piccolo, le camion de transfert pour la prison était même très certainement déjà garé dans la cour du poste de police avec un comité d'accueil spécial à l'attention de Végéta Ouji. Elle soupira.
Elle s'arrêta à un feu rouge et repensa au corps de Freezer gisant aux pieds de Lazuli. Elle l'avait à peine entraperçu mais l'image était restée très nette dans son esprit. Elle avait eu ce qu'elle voulait finalement. Evidemment, elle aurait préféré un procès retentissant, elle aurait préféré voir sa sale gueule de Lézard incrédule à la barre du Tribunal, les journalistes, tous les gens respectables qui le lâchaient les uns après les autres, toutes ses magouilles révélées au grand jour. C'était de ça qu'elle avait rêvé depuis le départ, mais elle s'apercevait que la fin misérable du Lézard, trahi par quelqu'un qu'il n'avait pas soupçonné une seconde, lui convenait pas mal. C'était bien aussi. Elle tapota nerveusement ses ongles sur le volant.
Un coup de klaxon la sortit de ses médiations et elle réalisa que le feu était passé au vert. Elle actionna subitement son clignotant et tourna à gauche pour longer le fleuve vers le quartier industriel de la ville.
- Qu'est-ce que tu fais ? grommela Végéta.
Elle ne répondit pas et continua sa route. Des larmes lui étaient montés aux yeux et elle sentait des sanglots lui étreindre le cœur. Elle ne savait même pas pourquoi. Elle accéléra sans même s'en rendre compte.
- Bulma, appela-t-il à nouveau comme il ne recevait pas de réponse.
Ils étaient arrivés dans une zone industrielle désertée à cette heure. D'un côté de la route s'alignaient les silhouettes sombres des hangars et de l'autre, les eaux noires du fleuve reflétaient les lumières de la ville sur l'autre rive.
- Bulma, répéta-t-il d'une voix plus calme.
Elle arrêta brusquement la voiture dans un crissement de pneus et, sans s'y attendre, explosa en larmes. Elle appuya sa tête sur le volant et libéra tous les sanglots qui menaçaient depuis un moment. Elle martelait le cuir du volant de ses poings rageurs. Elle se laissa aller un moment à ce sentiment suffocant de chagrin et de colère, puis peu à peu, comme si elle s'était vidée, elle se sentit submergée par une fatigue intense. Elle se redressa et essuya son visage avec la manche de la veste d'ambulancier. Elle dut rassembler tout son courage pour lever les yeux sur le rétroviseur et croiser le regard de Végéta.
Il n'avait rien dit. Il était toujours assis sagement, les mains menottées dans le dos, ses yeux noirs et indéchiffrables rivés sur elle. La pénombre masquait une partie de son visage. Elle renifla et s'essuya à nouveau pour essayer de se redonner bonne contenance.
- On va où ? demanda-t-elle d'une voix enrouée.
Il pinça les lèvres.
- T'es sûre que c'est ce que tu veux ? marmonna-t-il, sur un ton presque réprobateur.
Elle se retourna vers lui. Elle planta ses yeux dans les siens au travers du grillage de sécurité.
- On va où ? répéta-t-elle d'une voix claire cette fois.
Il détourna les yeux avant de répondre.
- Roule jusqu'au pont du serpent et gare-toi à l'entrée.
Elle hocha la tête, puis farfouilla dans sa poche. Elle en sortit les clés des menottes et les fit passer par l'un des carreaux du grillage. Elle vérifia qu'elles avaient bien atterri sur les genoux de son passager avant de redémarrer la voiture en silence.
La route jusqu'au pont du serpent n'était pas très longue. Les quartiers qu'ils traversaient étaient peu animés. Aucun des deux ne parlait. Elle percevait la silhouette de Végéta dans le rétroviseur. Il se contorsionnait avec habileté pour se débarrasser des menottes. Elle se sentait étrangement apaisée et se surprit à sourire inconsciemment.
Quand elle se gara, la radio crépita et une voix nasillarde appela le numéro de sa voiture.
- Vous êtes où avec Ouji ? Répondez,
Elle coupa la transmission sans hésitation et se retourna à nouveau vers lui. Il se frottait les poignets fraîchement libérés des menottes. Il avait toujours cette expression sérieuse de tueur.
Il resta silencieux à la dévisager un moment et elle crut qu'il allait lui dire quelque chose de grave. Elle l'espérait autant qu'elle le redoutait.
- Viens m'ouvrir, s'il te plaît, marmonna-t-il simplement.
Elle hocha la tête lentement.
Elle sortit de la voiture et ouvrit sa portière de l'extérieur. Il quitta le véhicule à son tour et se retrouva debout face à elle. Elle frissonnait sous le vent de la nuit qui venait du fleuve, mais le sentir si proche d'elle, loin de tout danger, loin de tout regard, lui donnait un enivrant sentiment de liberté qui la rendait totalement insensible au froid. Elle avait l'impression qu'elle pourrait aller au bout du monde avec lui. En formulant cette idée folle, elle s'aperçut pour la première fois qu'elle était certainement tombée amoureuse de lui. Elle en rougissait presque.
Il la fixait toujours de son regard sombre et elle eut l'impression qu'il lisait en elle comme dans un livre, ce qui la fit rougir un peu plus. Il la prit dans ses bras et l'attira à lui doucement. Il la serra ainsi un moment.
Elle ferma les yeux et savoura sa chaleur et son contact. Elle ne s'était plus sentie aussi bien depuis très longtemps. Sereine. Libérée.
Il déposa un baiser sur sa tête. Bizarrement, ce geste l'affola et tout son bonheur s'effrita en une fraction de seconde. Elle l'enlaça un peu plus fort avec une envie de pleurer.
Un bruit de moteur furieux déchira le silence et les phares d'une voiture de sport balayèrent le parking tandis que le bolide se garait à quelques mètres d'eux. Bulma l'observa avec inquiétude. Elle voulut rompre l'étreinte mais Végéta la retint. La voiture resta là, moteur tournant, et une silhouette finit par en sortir. Sous la lumière tombante d'un lampadaire, Bulma reconnut Tarble, une cigarette à la bouche et des lunettes de soleil sur le nez. Il s'accouda au toit de la voiture en les regardant.
Végéta tendit un bras vers lui sans se retourner pour lui faire signe d'attendre et les larmes montèrent enfin aux yeux de Bulma. Elle se mit à trembler. Il allait partir sans elle bien sûr. Ça avait été idiot d'espérer autre chose.
- Tu vas partir, bredouilla-t-elle.
Il desserra enfin ses bras autour d'elle et la regarda.
- Bulma, je… Tu sais, je n'ai jamais présenté d'excuses. De toute ma vie. A personne. Mais…
Il soupira sans finir sa phrase.
- Emmène-moi. Je m'en fous, souffla Bulma. J'ai du fric, j'ai des réseaux. On pourrait…
Les larmes coulèrent le long de ses joues et elle se détesta. Il ne voulait pas d'elle, il pensait qu'elle n'y arriverait pas de toute façon. Il la jugeait trop faible, c'était clair, et un mec comme lui n'avait pas besoin d'une pleurnicheuse dans ses pattes. Elle était minable de supplier comme ça. Il devait la trouver encore plus minable. Mais elle ne pouvait pas s'en empêcher. C'était sa dernière chance. Elle aurait voulu disparaître et tout oublier.
Il lui sourit. Son vrai sourire, celui qu'il affichait si rarement. Il paraissait désolé.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles. Tu ne veux pas voir qui je suis.
Cette fois-ci, elle se fâcha.
- Oh, arrête… Je crois que j'ai eu le temps de me rendre compte qui tu es. Tu crois vraiment que je suis qu'une petite conne qui ne sait pas ce qu'elle fait ? siffla-t-elle en essuyant ses larmes avec agacement.
Le sourire du Saïyen retomba.
- Tais-toi. Ce n'est pas de ça que je parle. Je suis un assassin, Bulma. Et tu ne t'es jamais demandé qui Freezer avait envoyé ce jour-là pour tuer tes parents ?
Le sang de Bulma se figea. Elle le dévisagea avec horreur. Il soutenait son regard, mais pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, sa confiance en lui avait déserté ses yeux.
- Je suis désolé, murmura-t-il.
Un coup de klaxon impatient résonna derrière Végéta. Il fit un pas en arrière pour se détacher de Bulma mais attrapa sa main. Elle était tétanisée, incapable de le quitter des yeux, la bouche entrouverte, agitée par un ouragan de sentiments contradictoires.
- Je suis si désolé, répéta-t-il en lâchant finalement sa main avant de faire demi-tour et de marcher vers Tarble qui râla quelque chose d'inaudible.
Bulma regarda Végéta qui s'éloignait d'elle et montait dans la voiture sans répondre aux réflexions irritées de son frère. Puis, le bolide de Tarble fit une marche arrière. Il fonça vers la sortie du parking et disparut dans la rue. Le vrombissement de son moteur résonna encore un instant dans le quartier avant de s'évanouir dans l'air du soir.
La pluie, qui menaçait depuis un moment, commença à lâcher ses premières gouttes qui mouchetèrent peu à peu la vitre de la fenêtre. Bulma se sentait hypnotisée par leurs motifs étranges.
- Tu es sûre de toi ? demanda la voix grave de Piccolo.
Elle s'arracha à sa contemplation et reporta son attention sur lui. Il était assis en face d'elle à son bureau et la fixait d'un air sérieux, comme pour souligner l'importance de sa question. Il lissait les bords de sa lettre de ses longs doigts minces. Elle avait toujours trouvé curieux qu'un homme à l'allure si impressionnante soit pourvu de doigts si délicats. Elle hocha la tête.
- Je ne t'ai jamais caché que mon unique but était d'éliminer Freezer. Maintenant qu'il est mort, ça n'a pas beaucoup de sens que je reste dans la police, expliqua-t-elle.
Il reposa la lettre sur son sous-main et joignit ses mains en pressant ses paumes nerveusement. Il semblait prendre son élan pour lui dire quelque chose.
- Tu es triste que je parte ? lui demanda-t-elle avec une petite moue moqueuse.
Evidemment, la plaisanterie ne lui arracha pas l'ombre d'un sourire. A la place, il soupira.
- Ouji est un type dangereux et tu l'as laissé filer, marmonna-t-il.
Elle ouvrit la bouche pour protester mais il ne lui laissa pas le temps de le faire.
- Je sais, je sais, l'enquête t'a blanchie.
Il finit sa phrase par un petit ricanement amer.
- Les avocats de Capsule Corp sont bons. Ils sont aussi sûrement très potes avec le procureur mais entre nous, Bulma, je tenais vraiment à te dire que tu as fait une grosse connerie.
Elle pinça les lèvres en se retenant de répondre. Elle ne voulait pas débattre de ça avec lui. Elle n'arrivait même pas vraiment à en débattre avec elle-même.
- Enfin, on est débarrassés de Freezer, conclut-il sans aucune joie dans sa voix. Tu as au moins eu ce que tu as voulu, j'espère que tu es contente.
Les mots de Piccolo étaient sincères. Elle savait que c'était sa façon à lui de lui dire au revoir et de lui souhaiter bonne chance, mais la vérité, c'était qu'elle n'arrivait pas à se réjouir de la disparition du Lézard. Il était mort. Minablement. Il ne reviendrait pas. Il avait été poignardé dans le dos et il ne reviendrait pas. Il ne tuerait plus personne. Elle avait vécu ces cinq dernières années uniquement pour ça et pourtant… Elle n'arrivait plus à s'en réjouir.
- Même pas, murmura-t-elle en attrapant son sac et en se levant.
Elle le regarda droit dans les yeux et lui tendit la main. Il se leva à son tour et la lui serra.
- Moi non plus, répondit-il d'une voix si basse qu'elle était presque couverte par la pluie qui battait maintenant contre la fenêtre.
Elle lui adressa un petit sourire triste et sortit de la pièce.
Tandis qu'elle prenait la direction du secrétariat pour rendre ses affaires de services, elle trouva Gokû adossé au mur du couloir à quelques pas de la porte du bureau de Piccolo.
Il fixait le sol, les mains croisés dans le dos et leva la tête dès qu'elle s'approcha.
- Hey Gokû, salua-t-elle sans entrain.
Il lui adressa un large sourire dont lui seul était capable en toutes circonstances.
- Bulma. Tu démissionnes, pas vrai ?
Elle hocha la tête.
- Krilin va mieux ? demanda-t-elle.
- Il se remet doucement. Il en a au moins pour quinze jours d'hosto encore. C'est pas passé loin.
- Je devrais aller le voir, dit-elle sans vraiment y croire. Et toi ? Qu'est-ce que tu fais ici ? T'es pas censé être en vacances ?
Il ricana avec embarras en se frottant l'arrière du crâne.
- J'avais oublié qu'ils appelaient ça comme ça.
Bulma le regarda d'un air navré. La mission avait été un fiasco phénoménal et toute l'équipe était sous le radar des affaires internes pour comprendre ce qui avait merdé et s'assurer que personne n'avait mordu la ligne blanche de la légalité. Evidemment que tout le monde l'avait allègrement franchi cette putain de ligne blanche et, sous couvert de vacances pour bons et loyaux services, ils étaient tous suspendus en attendant que les chefs décident de leurs sorts et de la version officielle qu'il faudrait retenir.
- Mon offre de te payer un avocat tien toujours, tu sais, reprit Bulma.
Gokû fit un signe de la main pour lui signifier de laisser tomber.
- Je vais sûrement être révoqué de toute façon ou rétrogradé à un poste pourri.
- Pourquoi tu es là alors ? Tu voulais me voir ? Tu pouvais m'appeler, tu sais.
A nouveau il se frotta la tête avec embarras.
- Nan, en fait… Je suis venu pour elle, bredouilla-t-il en faisant un signe de tête vers l'extrémité du couloir.
En se retournant, Bulma vit la silhouette familière de Chichi qui s'avançait, menottée entre deux flics. Bulma eut presque un choc en la revoyant. La jeune prisonnière portait un jean serré et une veste à capuche grise et cette tenue un peu négligée lui donnait dix ans de moins. Elle avait quasiment l'air d'une adolescente. Elle marchait les yeux baissés. L'escorte s'engouffra dans une salle d'interrogatoire avant que Chichi ne les aperçoive.
Bulma réalisa alors seulement la façon dont Gokû regardait la jeune femme. Elle n'avait jamais vraiment fait attention avant. Elle n'avait jamais réellement réfléchi au fait qu'il pouvait voir en Chichi autre chose qu'une danseuse sexy. Elle se souvint subitement que sous ses airs de grand naïf, Gokû voyait toujours les gens au-delà des apparences.
- Si tu veux me rendre service, paye-lui plutôt un avocat à elle, soupira-t-il, les yeux toujours rivés à la porte derrière laquelle Chichi avait disparu.
Bulma lui prit le poignet et le serra affectueusement.
- Tu peux compter sur moi, répondit-elle doucement.
Il se retourna enfin vers elle et lui adressa un sourire reconnaissant.
- Tu n'as évidemment aucune idée de l'endroit où je pourrai trouver Végéta ? demanda-t-il alors.
La question la choqua et la contraria. Elle fronça les sourcils.
- Bien sûr que non, crois-moi. Tu cherches encore à lui mettre la main dessus ? T'es suspendu mon vieux, siffla-t-elle.
- Pas du tout. Je suis en vacances. De toute façon, je finirai bien par le trouver, répliqua-t-il sans se départir de son sourire.
- Huff. Fais-moi signe quand tu l'auras, j'ai un mot à lui dire. Qu'est-ce que tu cherches de toute façon ? Tu veux l'arrêter pour te venger ?
Le sourire de Gokû retomba et il prit un air préoccuppé.
- Nan… Tu vois, je pense que Lazuli et son complice vont pas tarder à faire parler d'eux et je me disais qu'Ouji serait bien utile pour m'aider à les mettre hors d'état de nuire, expliqua-t-il.
Bulma le dévisagea avec incrédulité. Gokû était définitivement taré.
- Ouji ? T'aider ? C'est un assassin, il…
- Il t'a sauvé la vie, coupa Gokû d'une voix calme mais ferme.
Bulma resta sans voix à cette affirmation. C'était vrai. Il lui avait sauvé la vie. Plusieurs fois. Mais il était si… Il était un assassin, il avait tué ses parents. Et il avait le culot de lui manquer.
- Tu as bien fait de le laisser partir. Je pense qu'il faut lui donner une deuxième chance, reprit Gokû comme s'il avait longuement réfléchi à la question.
- Je ne l'ai pas laissé partir ! Ses complices m'ont tendu une embuscade, siffla-t-elle avec agacement.
- Bien sûr. Je t'appelle quand même si je le trouve, hein ? salua-t-il avant de s'éloigner avec un signe de la main.
Elle le fusilla du regard tandis qu'il s'éloignait tranquillement, mais dès qu'il fut suffisamment loin, elle murmura pour elle-même.
- Trouve-le moi, Gokû. Trouve-le.
ooo0ooooo0ooo
