(Note importante en fin de chapitre !)
Chapitre 18
...
Roxas s'éveilla avec l'impression d'avoir fait un long rêve, mais dont il n'avait gardé aucun souvenir. Pas même une bribe. Il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'il était dans son lit.
Il ne savait pas comment il avait fait pour regagner l'appartement. Son dernier souvenir était d'être en train d'avancer dans un couloir ténébreux, mais il ne se remémorait pas avoir atteint Illusiopolis. Il ne lui semblait pas avoir non plus récupéré de nouveaux souvenirs, et un frisson de panique lui glaça les entrailles. Avait-il combattu ce Sans-cœur pour rien ? Ses souvenirs restants étaient-ils ailleurs, ou avaient-ils complètement disparu ?
Roxas s'arrêta. Cela ne lui servait à rien d'y penser ; de toute façon, son objectif n'avait pas changé. Il ignorait combien de jours, mois ou années s'était écoulées dans le monde des vivants depuis son dernier souvenir, mais même si la guerre était désormais terminée, il n'avait aucune garantie que ses amis étaient sains et saufs. Riku et Axel lui avaient dit que certains membres de l'organisation vivaient toujours, et il savait que des royaumes comme le Pays des Merveilles s'étaient alliés à Xehanort. Hayner, Pence et Olette pouvaient tout à fait avoir été fait prisonniers quelque part ou être dans une situation périlleuse. Sa mémoire était encore embrouillée, des détails cruciaux lui manquaient, comme l'endroit où lui et ses amis se battaient dans son souvenir, ou bien ce qui avait causé sa mort. Il fallait qu'il trouve ses derniers souvenirs manquants à tout prix, peu importe combien de Sans-cœur il lui faudrait affronter.
Il se leva de son lit, plus motivé que jamais à en découdre, mais à peine eut-il posé un pied au sol que sa vision se brouilla d'un coup. Il n'enregistra même pas sa chute, ne réalisant qu'il avait perdu l'équilibre qu'au moment où sa tête se cogna au sol. Étrangement, il n'en ressentit aucune douleur, mais un sifflement aigu se mit à lui vriller les oreilles et il resta à terre, incapable de remuer le moindre muscle. Sa vision se déflouta et soudain le parquet de sa chambre était devenu sable ; il se trouvait au milieu d'un champ de bataille, allongé au sol, et la seule chose qu'il pouvait voir étaient les bottes des soldats s'affrontant devant lui.
Son cœur s'accéléra, pris de panique. Le sifflement dans sa tête se changea en bruit d'épées qui s'entrechoquent et de pas lourds courant dans toutes les directions, certains s'abattant à quelques centimètres de lui à peine. Il savait que s'il ne se relevait pas rapidement, il finirait écrasé. Il tenta de bouger ses bras, ses jambes, tout ce qu'il pouvait, mais chacun de ses mouvements était lent, son corps incroyablement lourd et mou. Pris de terreur, il tenta d'appeler à l'aide, hurlant de toutes ses forces, mais sa voix était couverte par les bruits alentour. Un bruit de pas retentit à quelques centimètres de sa tête et il ferma les yeux, hurlant sans voix dans le vide. Il lui sembla rester ainsi plusieurs minutes interminables, paniquant de plus en plus, essayant de se relever sans y parvenir, criant désespérément pour que quelqu'un vienne à son secours. En vain.
Soudain Roxas ouvrit les yeux à nouveau et le sable sous ses doigts était redevenu textile. Le champ de bataille avait disparu. Il était toujours allongé dans sa chambre ; il n'était même pas sorti de son lit. Il faisait sombre et il distinguait à peine le contour des meubles de la pièce. Il tenta de se lever, mais son corps refusait toujours de lui obéir. Il n'y avait plus aucun bruit à présent, rien d'autre qu'un silence de mort, troublé seulement par le bruit de son cœur qui battait encore la chamade. Tout cela n'avait été qu'un rêve, mais la terreur était encore bien présente, et il ne parvenait pas à se sentir en sécurité. Il tenta de regarder autour de lui, frustré de ne pas pouvoir tourner la tête, cherchant à distinguer les formes dans l'obscurité qui se brouillaient de plus en plus à mesure qu'il tentait de les observer. Il lui sembla rester ainsi une éternité, apeuré, paralysé, et profondément seul. Puis, finalement, tout cessa si brusquement qu'il remarqua à peine le changement et il put finalement se redresser.
Roxas resta assis plusieurs minutes sur son lit. La pièce n'était pas si sombre qu'il l'avait cru, il n'y avait pas tant de meubles que cela ; aucune forme suspecte, aucun danger. Il remarqua pour la première fois que son torse était couvert de bandages.
Il attendit que son rythme cardiaque redevienne normal et se pinça plusieurs fois le bras pour s'assurer que cette fois il était bien réveillé. Alors qu'il commençait à se sentir un peu mieux, la porte de la chambre s'ouvrit et la lumière s'alluma.
— Oh, t'es réveillé ?
Roxas n'avait jamais été aussi heureux de voir Axel. Il avait envie de pleurer, de lui raconter tout ce qu'il venait de vivre, mais en cherchant comment l'expliquer, il lui sembla soudain que rien de tout ça n'était aussi terrible qu'il lui avait semblé quelques instants plus tôt. Ce n'était rien d'autre qu'un bête cauchemar. Il se sentit bête d'avoir autant paniqué et n'avait pas envie qu'Axel se moque de lui, aussi il préféra ne rien dire.
— Comment tu te sens ?
— Ça va, mentit Roxas.
Ces deux syllabes eurent plus de mal à sortir qu'il l'aurait cru et il se racla la gorge, réalisant soudain à quel point elle était sèche. Axel s'empressa de venir s'asseoir à côté de lui, lui tendant un verre d'eau que Roxas vida avec reconnaissance. Il pouvait sentir qu'Axel avait des choses à lui dire, mais le jeune homme restait étrangement silencieux.
— J'ai dormi longtemps ?
— Juste deux jours.
Cela rassura Roxas. La dernière chose qu'il voudrait serait d'apprendre qu'il avait perdu des jours à dormir alors que la situation pressait. Axel ne disait toujours rien et son silence finit par mettre Roxas mal-à-l'aise.
— Merci de m'avoir ramené, dit-il alors. Et soigné.
— Oh, non… C'est Riku qui t'a trouvé. Je l'ai juste aidé à te mettre les bandages, il a passé la journée à utiliser sa magie pour te soigner. T'avais été salement empoisonné, et ton épaule… Bref. Je ferais mieux d'aller le prévenir que t'es levé.
Axel se leva et Roxas eut soudain le besoin pressant de le retenir. Il ne savait pas pourquoi, mais Axel n'était pas comme d'habitude, et il ne voulait pas le laisser s'en aller.
— J'ai combattu un Sans-cœur, se dépêcha de dire Roxas. J'ai pas encore récupéré d'autres souvenirs, mais je pense que ça devrait pas tarder. Vanitas a dit que c'était l'avant-dernier, au prochain je devrais me souvenir de tout.
Axel resta immobile au milieu de la pièce à le regarder sans rien dire, et Roxas se sentait de plus en plus mal-à-l'aise. Il chercha à détendre un peu l'atmosphère.
— Montre pas ta joie, surtout, plaisanta-t-il. Tu sais, t'aurais été impressionné, c'était pas un petit Sans-cœur. Mais je me suis bien débrouillé, je pense que le prochain sera…
— Roxas.
Il s'arrêta net, coupé dans son élan.
— Quoi ?
— Arrête… Arrête de faire comme si de rien n'était, d'accord ? C'est pénible.
Roxas le fixa sans comprendre.
— Mais je vais bien, répondit-il. Enfin, je suis toujours en rogne contre Riku, mais j'ai décidé de me débrouiller sans lui à partir de maintenant. Même sans son aide, on pourra trouver un moyen de partir d'ici tous les deux une fois que j'aurai battu le dernier Sans-cœur, et…
— Tu te rends vraiment pas compte, en fait, hein ?
Axel poussa un long soupir agacé, et Roxas commença à se sentir nerveux.
— T'es en colère après moi ? demanda-t-il.
Le silence d'Axel ne fit que confirmer ses doutes.
— C'est parce que j'ai combattu le Sans-cœur sans toi ? Je sais que j'avais dit que je repasserais, mais j'ai croisé Vanitas qui m'a dit où il était, et il fallait que j'y aille vite. Et puis au final tout s'est bien passé, alors…
— Bien passé ?
Axel se mit soudainement à rire et Roxas se figea net. Ça n'avait rien d'un rire joyeux ; en fait, Roxas comprit enfin ce qu'il lisait dans l'expression de son ami et qu'il n'avait pas reconnu. C'était une expression qu'il n'avait pas l'habitude de voir sur le visage d'Axel. De la colère pure.
— On a passé toute la nuit à te chercher partout, on savait même pas où tu étais allé ! Il y avait des Sans-cœur partout, encore plus que d'habitude. Et quand Riku t'a finalement ramené… Honnêtement, Roxas, j'ai cru qu'il ramenait ton cadavre. Tu respirais à peine, ton corps était rongé par le poison, ton… ton cœur s'est pratiquement arrêté de battre, Roxas ! Si Riku avait pas eu des connaissances sur le poison pour te soigner, j'aurais rien pu faire, t'y serais resté !
Roxas mit quelques instants à digérer l'information. D'accord, peut-être avait-il légèrement sous-estimé la gravité de la situation. Mais cela ne pouvait tout de même pas être si grave que ça ; après tout, il ne se sentait pas si mal, et il n'avait dormi que deux jours d'après Axel. Son ami devait probablement exagérer un peu.
— Désolé de t'avoir inquiété, dit-il pour calmer le jeu. Je reconnais que j'aurais dû te prévenir avant d'y aller, mais…
— Pas la peine de t'excuser si tu ne le penses pas, l'interrompit Axel. C'est toujours pareil, tu réfléchis pas avant d'agir et tu n'essaies même pas de te mettre à notre place !
— « Notre » ? Oh, alors tu te ranges du côté de Riku, maintenant ? T'as déjà oublié qu'il nous avait menti ?
— Il avait ses raisons ! Si tu avais essayé d'en parler avec lui, au lieu de partir dans ton coin, peut-être que tu l'aurais…
— J'hallucine, t'es vraiment de son côté en fait ! s'exclama Roxas. J'en ai rien à faire qu'il ait ses raisons, je refuse de pardonner à quelqu'un qui se fait passer pour notre ami tout ce temps alors qu'il nous cache des choses ! C'est juste un égoïste qui se sert de nous pour atteindre son but, il en a rien à faire qu'on…
— Ce n'est pas Riku le plus égoïste ici.
Roxas en resta bouche bée. Il fixa Axel, attendant de voir si son ami allait revenir sur ses paroles, dire qu'il avait parlé sans réfléchir ou autre chose, mais Axel soutint son regard fermement.
— OK, dit simplement Roxas.
Il n'y avait rien d'autre qu'il puisse dire. Il n'avait pas envie de poursuivre le débat inutilement ; Axel était clairement dans son tort, mais s'il voulait se ranger contre lui, alors il n'allait pas essayer de l'en empêcher. Tout ce temps, Roxas avait cru qu'au moins Axel le comprenait, mais il commençait à se rendre compte qu'il n'en était rien. Personne ne pouvait le comprendre. Personne ne savait ce qu'il ressentait.
Tant pis.
— Je peux me reposer, maintenant ?
— Tu vas pas encore partir sans rien dire ? demanda Axel.
Cette question ne fit qu'énerver Roxas encore plus. Encore et toujours, il était traité comme un enfant.
— Je suis trop fatigué pour me battre, de toute façon !
— … D'accord.
Axel lui tourna le dos et quitta finalement la chambre, refermant doucement la porte derrière lui. Roxas se rallongea dans le lit, dos tourné à la porte, et il attendit que sa frustration parte d'elle-même. C'était vrai qu'il était encore trop faible pour se lever pour l'instant, mais il lui fallait juste prendre son mal en patience. Ce serait la dernière fois qu'il compterait sur Riku ou Axel. Dès qu'il irait mieux, il quitterait cette maison débile et partirait affronter le dernier Sans-cœur, pour enfin en finir avec tout ça.
...
Cette fois, Roxas fit beaucoup de rêves. Il passa deux jours au lit, ne se levant que pour aller aux toilettes ou se laver et consacrant tout son temps à se reposer pour récupérer au plus vite. Axel se débrouillait visiblement pour toujours passer quand il était endormi, car les assiettes contenant ses repas apparaissaient puis disparaissaient pendant qu'il dormait. Il ne faisait pas attention au temps, aussi il ne savait jamais à son réveil s'il avait dormi cinq minutes ou plusieurs heures, mais à chaque fois qu'il fermait les yeux il était plongé dans un nouveau rêve.
Il rêva de ses amis, de la guerre, de la Cité du Crépuscule, des champs de bataille… chaque rêve n'était qu'une suite d'évènements désordonnés et flous, et il commençait à perdre le fil, ne distinguant plus les souvenirs réels des simples songes. Tout s'embrouillait et se mélangeait ; parfois il se voyait s'entraîner avec Hayner en tenant sa Keyblade, d'autres, il affrontait à l'épée les Sans-cœur d'Illusiopolis. Un instant il portait son manteau noir à la Cité du Crépuscule, et celui d'après, il était redevenu enfant et discutait avec Axel sur le toit d'un immeuble. Il était trop fatigué pour réfléchir à ce qui avait du sens ou non, aussi il se contentait d'assister à tous ces rêves en spectateur, uniquement convaincu de ce que son cœur ressentait. Ses sentiments, il n'y avait qu'à ça qu'il devait se fier. Il aurait tout le temps de faire le tri une fois ses amis sauvés.
Lorsqu'il se sentit mieux reposé, il finit par se lever et quitta son lit. Il retira tous ses bandages usés, prit une longue douche chaude qui détendit tous les muscles de son corps, et prit tout son temps pour s'habiller avant de sortir vers le salon. Axel et Riku l'y attendaient, assis aux deux extrémités du canapé en silence, et Roxas s'assit sur une chaise face à eux sans rien dire. Ils passèrent un long moment ainsi, attendant de voir qui prendrait la parole en premier, jusqu'à ce que Roxas se dévoue.
— Je pars chercher le dernier Sans-cœur, dit-il calmement. Je me sens mieux maintenant, autant en finir au plus vite.
— Tu t'es souvenu d'autre chose ?
Cela étonna Roxas que ce soit Riku qui prenne la parole, il s'était attendu à ce qu'il refuse de lui parler. Roxas était tenté de ne pas répondre, mais il prit sur lui. Tout serait bientôt terminé, ce n'était pas le moment d'être borné.
— Juste des bribes, j'ai du mal à remettre de l'ordre dans ce dont je me souviens pour l'instant. Je pense que tout deviendra clair une fois que j'aurai récupéré les derniers morceaux.
— C'est bizarre, dit Axel. D'habitude, tu te remémorais quelque chose à peine le combat terminé.
— Peut-être que c'est parce qu'on approche de la fin, dit Roxas en haussant les épaules. De toute manière il n'y a qu'une façon de le découvrir.
— Je sais pas… J'ai l'impression que quelque chose ne tourne pas rond.
Roxas le fixa, attendant qu'il poursuive.
— À chaque fois que tu bats un Sans-cœur, il se passe un truc en ville. D'abord la lune en forme de cœur et la météo qui change à Illusiopolis, puis les Sans-cœur… et depuis la dernière fois, ils sont de plus en plus nombreux ! On a essayé de sortir pendant que tu te reposais, mais c'est devenu impossible de mettre le pied dehors sans se faire attaquer. Même avec les manteaux !
— Peut-être que tout reviendra à la normale quand on aura battu le dernier.
— Et si c'était pas le cas ? insista Axel. Je commence à me dire que c'était pas une si bonne idée de se fier à Vanitas.
— On a déjà parlé de tout ça, non ? répliqua Roxas. Je lui fais pas confiance non plus, mais pour l'instant, tout ce que je sais, c'est que battre les Sans-cœur m'aide à me souvenir qui je suis, alors je suis bien obligé de continuer ! Et même si ça déglingue ce monde, qu'est-ce qu'on en a à faire ? On pourra toujours partir une fois qu'on aura fait tout ce qu'on a à faire ici, pas vrai ?
Il regarda Riku en disant ça, le défiant du regard de le contredire. Il avait l'avantage sur ce coup-là : Riku avait besoin de son aide pour retrouver Sora.
— C'est plus compliqué que ça, répondit Riku.
— Évidemment, le nargua Roxas. Pas comme si je m'attendais à une réponse franche de ta part, à force. Et si tu répondais simplement, pour changer ? Ou alors il y a encore des choses que tu nous caches ?
— Je n'essaie pas de vous cacher des choses par plaisir, répliqua Riku. Il y a plus d'enjeux que tu ne le penses, d'autres vies que la mienne qui seraient mises en danger si la mauvaise information tombait dans la mauvaise oreille.
— Donc ce que tu dis, c'est que tu nous fais pas confiance.
— Ce n'est pas à moi de décider à qui faire confiance.
— Laisse tomber, le coupa Roxas. Je combattrai le Sans-cœur, avec ou sans vous, et je trouverai un moyen de partir d'ici, même si je dois le faire seul !
— Dis pas ça, intervint Axel. Tu sais qu'on veut t'aider !
— Vraiment ? Parce que je commence à en douter !
Axel s'apprêtait à répliquer, mais étonnement, Riku l'en empêcha.
— Laisse-le, dit-il calmement. Il n'y a rien qu'on puisse dire qui le fera changer d'avis. Pas vrai ?
Il se tourna vers Roxas en disant ça, et celui-ci hocha fermement la tête.
— Mais, Riku…
— Ça ira. Peut-être que les choses se passeront vraiment comme Roxas l'a dit, alors autant l'aider à vaincre le dernier Sans-cœur. C'est toujours mieux que le laisser aller l'affronter seul.
Roxas ne s'était pas attendu à ce que Riku prenne sa défense, mais il n'allait certainement pas faire le difficile. Axel finit par soupirer, et Roxas se leva de sa chaise sans plus attendre.
— Tu as une idée d'où il pourrait être ? lui demanda Riku.
— Non… mais je pense qu'il est proche. Peut-être même à Illusiopolis. Je… peux le sentir, je crois.
Riku hocha la tête et il partir chercher son manteau noir accroché à l'entrée, les deux autres lui emboîtant le pas.
— Alors allons-y.
...
Axel n'avait pas menti en disant que les Sans-cœur se faisaient plus nombreux. Quelques secondes à peine après qu'ils étaient sortis, des Ombres commencèrent à sortir du sol, illuminant les rues d'Illusiopolis de dizaines de points jaunes lumineux.
— Allons plus loin, entonna Riku en rabaissant sa capuche sur sa tête.
Les deux autres l'imitèrent et ils partirent à la course, ignorant les Ombres qui continuaient d'apparaître autour d'eux et qui s'étaient mis à les suivre, titubant maladroitement sur leurs pattes difformes. Ils étaient plus rapides qu'elles, et les plus courageuses ne les suivaient que sur quelques mètres avant de finir par abandonner. Mais toujours d'autres continuaient de se matérialiser à leur place, à un rythme inquiétant.
Ils s'arrêtèrent finalement une fois assez éloignés de l'appartement, au centre d'une grande place. C'était un endroit assez dégagé pour combattre sans être gênés par les immeubles, et il y avait assez d'espace pour qu'un Sans-cœur géant puisse apparaître, mais l'inconvénient était qu'ils se mettaient également à la merci des Sans-cœur qui pouvaient facilement les encercler. Mais c'était un risque que Roxas était prêt à prendre.
Rapidement, la place fut envahie d'Ombres qui grouillaient de tous les côté, apparaissant en telle quantité qu'elles se retrouvaient collées les unes aux autres, et continuant pourtant de sortir du sol quitte à devoir soulever celles déjà présentes à leur place. Roxas chercha un quelconque signe d'un Sans-cœur plus grand, ou au moins différent, mais il n'y avait rien d'autre que des Ombres, qui se mirent même à sortir des murs des immeubles autour, de manière que très vite on ne distingue plus qu'une immense marée noire tout autour d'eux.
— Quelque chose se passe, les avertit Axel.
Ils suivirent la direction qu'il pointait, et effectivement, un phénomène plus qu'étrange était en train de se produire en face. Les Ombres commençaient à grimper les unes sur les autres à une vitesse affolante, ignorant totalement celles qui ne parvenaient pas à s'agripper et tombaient lamentablement au sol avant de se relever et retenter l'ascension aussitôt. Très vite, le tas de Sans-cœur s'éleva sur plusieurs mètres jusqu'à former une véritable colonne d'Ombres qui tanguait sur elle-même, comme animée d'une volonté propre.
— Qu'est-ce que c'est que ce truc ?! s'écria Axel.
— Je sais pas, mais je sens quelque chose, dit Roxas en matérialisant sa Keyblade.
— Tu veux dire que c'est ça, le Sans-cœur géant ? Comment c'est possible, c'est même pas un seul Sans-cœur !
— J'en sais rien, je le sens, c'est tout !
— De toute façon, c'est trop tard pour essayer de s'enfuir, dit Riku. Préparez-vous, il attaque !
Et effectivement, à peine Riku eut-il fini sa phrase que la marée ténébreuse s'abattit sur les trois combattants, qui l'esquivèrent comme ils purent. Même en évitant la frappe principale, Roxas se retrouva griffé de toutes parts par des Ombres tombées de la colonne, tandis que celles toujours au sol tentaient de s'agripper à ses jambes. Il eut le réflexe de former une bourrasque de vent autour de lui pour les projeter en arrière, mais déjà la tour formée par les Ombres se jetait sur lui à nouveau.
— Comment on est censés se battre contre ça ? entendit-il Axel hurler.
Il ne voyait même plus les deux autres tant les Ombres qui l'attaquaient étaient nombreuses. Il en frappa avec sa Keyblade, en projeta d'autres au loin avec une nouvelle bourrasque, tenta de s'attaquer à la colonne directement… mais quoi qu'il fasse, le nombre d'Ombres ne semblait pas diminuer et leurs attaques se faisaient de plus en plus violentes.
Soudain, une colonne de feu surgit à côté de lui, éradiquant tous les Sans-cœur sur son passage et créant ainsi un chemin jusqu'à Axel, que Roxas s'empressa de suivre. Mais il eut tout juste le temps de rejoindre son ami que de nouvelles Ombres avaient pris la place des premières, et ils durent se mettre dos à dos pour défendre les arrières de l'autre des attaques incessantes des créatures aux yeux jaunes.
— On tiendra pas longtemps comme ça ! cria Axel.
— Il doit y avoir un moyen ! Continue de les attaquer !
Roxas leva la tête à temps pour voir la colonne de Sans-cœur s'abattre sur eux, les forçant à sauter chacun dans une direction opposée, ce qui l'éloigna d'Axel à nouveau. Il ne savait pas où était passé Riku mais n'avait pas vraiment le loisir de le chercher, occupé à se défendre des Ombres qui l'attaquaient. Il avait beau y réfléchir, il ne voyait pas de solution pour en venir à bout. Son dos se glaça lorsqu'il remarqua avec horreur que deux autres colonnes de Sans-cœur s'étaient formées derrière la première, toutes aussi hautes et menaçantes.
Roxas fonça droit devant lui avec sa Keyblade pour éliminer plusieurs Ombres au sol, lui laissant quelques secondes de répit pour réfléchir à un plan. La seule chose qu'il n'avait pas encore essayé était d'utiliser la puissance ténébreuse qu'il avait acquis grâce à Vanitas. Il se concentra, tentant de se remémorer la sensation particulière de sentir les Ténèbres envelopper tout son corps. Il libéra toute la puissance accumulée d'un coup, créant une tornade obscure autour de lui, et un sourire lui parcourut le visage en réalisant que son attaque avait éliminé toutes les Ombres à un mètre autour de lui. Il pouvait y arriver !
Il concentra à nouveau son énergie, prêt à répéter son attaque avec encore plus d'intensité cette fois. Un cri à sa droite attira soudain son attention et, se tournant vers l'origine du bruit, il aperçut Riku en train d'essayer d'avancer vers lui en repoussant les Sans-cœur qui l'attaquaient.
— Arrête ! cria-t-il à nouveau.
Roxas l'ignora. Il ne savait pas ce qui inquiétait Riku, mais il ne pouvait pas se permettre d'hésiter. Il continua de rassembler son énergie sans se laisser distraire par Riku qui continuait d'avancer vers lui, et alors qu'il s'apprêtait à libérer son attaque, une ombre s'abattit sur son champ de vision.
Roxas eut à peine le temps de comprendre ce qui se passait. Lorsqu'il se rendit compte, il était déjà trop tard pour qu'il puisse faire quoi que ce soit. À ces pieds, trois cercles noirs commençaient à se former et ce fut comme si le temps ralentissait.
Il comprit alors. Les trois tours de Sans-cœur s'étaient engouffrées dans le sol et allaient ressurgir, toutes en même temps, juste sous ses pieds. Il était complètement piégé. Son cerveau, sans doute à cause de l'adrénaline, s'était mis à fonctionner à fond et lui permettait d'analyser toute la situation au ralenti, mais son corps, bien sûr, n'avait pas le temps de suivre. Il ne pouvait qu'observer, impuissant et tétanisé d'horreur, les centaines d'Ombres qui surgissaient en dessous de lui et qui l'avaleraient d'ici quelques secondes. Peut-être avait-il même déjà été englouti à l'heure qu'il était, son cerveau mettant juste trop de temps à le comprendre.
Puis soudain, le temps s'accéléra brusquement à nouveau et Roxas tomba au sol, le choc le sortant immédiatement de sa torpeur. Il n'eut alors qu'une ou deux secondes pour voir Riku, à la place qu'il occupait juste avant. Il venait de le pousser pour prendre sa place.
Roxas ouvrit la bouche pour crier mais c'était déjà trop tard : les trois colonnes de Sans-cœur avalèrent Riku, filant à toute allure dans trois directions différentes. Lorsqu'enfin elles finirent leur course, il ne restait aucune trace du jeune homme.
Deux bras empoignèrent Roxas soudainement et il se sentit soulevé en l'air, encore sous le choc de ce à quoi il venait d'assister pour répercuter ou comprendre ce qu'Axel lui criait en l'entraînant loin de la marée démoniaque. Il se laissa entraîner et, reprenant peu à peu ses esprits, comprit qu'il devait courir. Alors il courut. De toutes ses forces, il courut aussi rapidement que ses jambes pouvaient le porter, fuyant le plus loin possible de l'infinité d'Ombres sans réfléchir à où il allait. Il ne pouvait plus penser à rien, seulement préoccupé par l'idée de survivre, et son cerveau ne se ralluma que plusieurs longues minutes plus tard, une fois en sécurité à l'intérieur d'un bâtiment.
Axel était à côté de lui, agenouillé au sol et haletant. Lui-même était complètement essoufflé, et il réalisa juste à temps sa fatigue pour se rattraper avant que ses jambes de le lâchent totalement. Il s'assit à même le sol et essaya de reprendre son souffle, repassant dans sa tête ce qu'il venait d'arriver. Lui et Axel avaient couru jusqu'à être hors de portée des Sans-cœur puis s'étaient réfugiés à l'intérieur d'un immeuble, dont Axel avait scellé la porte d'entrée avec une magie que Roxas ne connaissait pas.
Ce n'est qu'une fois calmé que l'absence de Riku le frappa, et ce fut comme s'il avait reçu un coup d'enclume en plein abdomen. Il se sentit nauséeux en se remémorant comment Riku avait été englouti par les masses de Sans-cœur sortant du sol et un frisson de terreur le parcourut en repensant qu'il aurait subi le même sort si Riku n'avait pas pris sa place. Il ne comprenait pas comment ça avait pu arriver. Les Sans-cœur avaient-ils réagi à sa présence ? Comment ?
Il se remémora alors soudain comment Riku avait tenté de lui crier d'arrêter et il pensa alors comprendre. En faisant appel aux Ténèbres, il avait dû attirer l'attention des Sans-cœur sur lui. Riku avait dû le sentir également, et avait deviné ce qui arriverait, ce pourquoi il avait voulu l'avertir. Mais Roxas ne l'avait pas écouté.
Axel avait raison. Roxas était égoïste. Il n'avait pensé qu'à lui, et par sa faute Riku était… Il était…
Il se sentit soudain étouffer et il s'empressa de se remettre sur pieds, courant vers l'escalier visible du palier de l'immeuble. Il grimpa les marches sans réfléchir, ne comptant pas combien d'étages il montait mais chaque pas lui semblant interminable, jusqu'à ce que finalement il se retrouve sur le toit. Une fois à l'air libre, il put enfin respirer correctement à nouveau et il resta debout, laissant l'air froid d'Illusiopolis calmer la douleur dans sa cage thoracique. Ce n'est qu'une fois sa respiration calmée qu'il remarqua quelque chose d'étrange à côté de lui. Une sorte de distorsion dans l'air, qui laissait apparaître ce qui ressemblait vaguement à une silhouette. En d'autres circonstances Roxas se serait mis sur ses gardes, mais il était encore bouleversé, aussi il se contenta d'observer, immobile, tandis que la forme devenait de plus en plus nette.
Alors, seulement, il lui sembla entendre une voix.
— Ro… xas ?
Il cligna des yeux, essayant de comprendre ce qui se passait ou qui appelait son nom, quand finalement la silhouette devint distincte. Elle était opaque, comme s'il ne s'agissait que d'une illusion ou d'un hologramme, mais il pouvait en distinguer les traits désormais. C'était une jeune fille aux cheveux blonds, et elle essayait de lui parler.
— C'est toi, Roxas ? redemanda-t-elle.
Sa voix était distante, comme un écho, mais cette fois Roxas était certain qu'elle avait prononcé son nom.
— Qui es-tu ? demanda-t-il.
La jeune fille sembla soulagée. Elle lui adressa un sourire timide.
— Enfin, j'arrive à te parler. Ravie de te connaître, Roxas. Je m'appelle Naminé.
A suivre...
/!\ IMPORTANT : Bonjours à tous mes lecteurs de FF ! Merci à tous pour votre soutien, notamment aux anonymes à qui je ne peux pas répondre ! Vos commentaires me motivent vraiment à continuer cette histoire, vous êtes vraiment extra ! J'ai cependant une mauvaise nouvelle : j'ai décidé de ne plus poster de nouveau chapitre sur FF. La mise en page des chapitres demande du temps et le résultat ne me plait pas du tout, et pour beaucoup d'autres raisons c'est une plateforme que je supporte de moins en moins... Par conséquent, la suite de cette fic ne sera postée que sur AO3 dorénavant. C'est même possible que je supprime la fic de FF après un moment. L'HISTOIRE CONTINUERA SUR AO3, je n'ai pas l'intention d'abandonner cette fic. Si vous pouviez aller la lire là-bas, ce serait vraiment génial !...
Je m'excuse pour ceux qui attendaient la suite ici, mais j'espère vous revoir sur l'autre site :) Je ne peux pas mettre le lien ici, mais vous trouverez la fic en tapant "Plus dure sera la chute" ou "lizardystopia" (mon pseudo là-bas) sur le site Archive Of Our Own.
