Chapitre 17
Il serait inutile de décrire le retour de toute la troupe en Angleterre, le voyage ayant été le même qu'à l'aller. Tout le monde reprit lentement le chemin des amphis, et Drago retrouva son entreprise. La troupe était ressortie plus soudée de ce petit week-end, ils se retrouvaient encore plus souvent tous ensemble, si c'était possible.
Drago était néanmoins moins présent. Il avait dû rattraper ses deux jours d'absence au travail, et redoubler d'efforts pour finir ses projets à temps. Il avait dû organiser deux évènements en même temps en un week-end : un mariage et un anniversaire. Il avait donc mangé, dormi et vécu uniquement pour le boulot depuis son retour d'Amérique.
Une semaine après leur retour, Drago sortit néanmoins vers 18h de son boulot et se rendit directement au Manoir Malefoy.
Plus personne n'y habitait à présent que sa mère vivait en France. Et son père, où qu'il soit, n'avait pas intérêt à y remettre les pieds.
Drago arriva en avance et vit qu'elle était déjà devant les grilles. Il la rejoignit et actionna l'ouverture.
« Tu es en avance, Drago. Lança Astoria Greengrass. ».
- Je ne suis jamais en retard, tu devrais le savoir depuis tout ce temps.
Astoria sourit et ne répondit rien, ils entrèrent dans le manoir et s'installèrent dans le petit salon.
- Tu m'installes dans le petit salon…constata Astoria. C'est mauvais signe.
Le petit salon était d'ordinaire réservé aux étrangers à la maison.
- Il y a bien longtemps que tu n'es plus une invitée dans cette maison, Astoria. Je n'ai juste pas fait faire de feu dans toutes les pièces.
Astoria émit un bruit désapprobateur.
Elle s'assit dans un des fauteuils et croisa les bras et les jambes.
- Alors, pourquoi m'as-tu fait venir en pleine semaine dans un manoir glacial ? Demanda-t-elle.
Drago était resté debout près de la cheminée. Il la regarda de loin. Elle portait une longue jupe noire et des bottes noires elles aussi. Elle ramena ses longs cheveux blonds en arrière d'un geste de la tête. Drago avait toujours trouvé Astoria très belle. Elle avait cette beauté froide des personnes qui apprennent très jeunes à mettre de la distance avec ceux qu'elles croisent. Elle était belle, certes, mais elle n'était pas jolie. Elle n'avait rien de pétillant dans le regard ou dans l'attitude, rien qui présagerait un grain de folie indispensable dans la vie de tous les jours.
« Je pense que tu as une idée de ce que je veux. » Finit par lâcher Drago.
- Je me suis toujours doutée que le choix de mes parents n'était pas fiable. Lança Astoria en se raidissant encore plus. Elle avait un regard mauvais et les lèvres pincées. Elle n'était définitivement pas jolie.
- Ne me fais pas croire que tu aurais accepté ce choix. Rétorqua Drago, toujours près de la cheminée.
- Contrairement à toi, Drago, je n'ai jamais eu l'esprit de contradiction. J'ai toujours su où était ma place dans cette société et comment m'y comporter. Je ne t'aurais jamais fait faux bond, lâcha-t-elle en baissant la tête.
- Je ne te fais pas faux bond. Répondit Drago.
Astoria releva la tête et Drago vit deux petites larmes perler au coin de ses yeux. Il flancha un court instant, puis reprit :
- C'est une chance que je te donne.
- Une chance ? Releva Astoria, un air amer se dessinant sur son visage.
- Oui. Une chance de faire ce que tu souhaites au moins concernant ce pan-là de ta vie. Rétorqua Drago en se retournant vers le feu.
Astoria regarda ce jeune homme avec qui elle avait grandi. Personne n'aurait pu penser, dans leur entourage, qu'il prendrait un tel tournant. Elle ne pouvait pas s'empêcher d'envier sa capacité à tenir tête à ce qui ne lui convenait pas. Elle se leva. Elle n'avait plus rien à faire ici.
- Tu ne m'en voudras pas si je ne te remercie pas. Lança-t-elle.
Drago se tourna vers elle et vit que les larmes avaient disparu. Il vit en face de lui un visage fermé, presque dédaigneux. Il sut qu'il avait fait le bon choix.
Astoria se détourna de lui et se dirigea vers la sortie. Sans un mot, une histoire de près de 15 ans se terminait comme ça, sans un regard en arrière. Drago reconnut bien là les traits de cette noblesse sorcière qu'il ne supportait plus. Son père avait voulu lui faire épouser sa pâle copie. Même pas un cri, même pas une larme. Aucune passion. Rien. Le néant. Aujourd'hui, il avait définitivement tourné le dos à ce monde aseptisé et guindé qu'il ne supportait plus.
