Chapitre 17

Sara sourit aux excuses d'Oliver et le rassura. Elle s'était inquiétée pour lui elle aussi comme ses amis, et elle avait voulu être là pour lui en apprenant qu'il partait pour résoudre ce qui semblait le rendre triste. Elle l'aimait beaucoup et elle voulait être là pour lui comme il pouvait être là pour elle mais il ne semblait pas aller mieux. Elle s'installa face à lui et ouvrit un des livres concernant Blue Diamond empilés sur la table.

- Ces tresses sont jolies, en découvrant une des spécialités de la petite ville sur les images. C'est comme celle que tu portes au poignet, c'est une tresse aussi non ?

- Ça ?, demanda Oliver étonné en levant la main. C'était il y a longtemps. Quelqu'un me l'a donné. Je le porte parfois comme talisman. Qui c'était ?, se demanda-t-il alors que son regard restait fixé sur ce lien tressé enroulé autour de son poignet.

- Tu devrais aller prendre une douche pour te détendre, en posant sur lui un regard amical.

- Oui… enfin non, en se penchant en avant, s'accoudant sur la table. Il glissa le bout de ses doigts sur le cordon pour sentir les fils entrelacés. Une personne qui faisait des tresses m'a dit qu'elles représentent le cours du temps. Elles se mêlent, se nouent et se renouent. C'est ça le fil du temps. Peut-être là-bas, murmura-t-il pour lui-même alors qu'un souvenir flou se dessinait dans sa mémoire.

Il se redressa, fouilla parmi tous les documents étalés sur la table et trouva ce qu'il cherchait. Il déplia une carte qu'il déposa par-dessus tous les articles et les livres.

Sara regarda Oliver en silence alors que son regard cherchait avec attention. Ses épaules tombèrent légèrement en le voyant agir si étrangement. Oliver semblait perdre l'esprit.

Le jeune homme resta debout toute la nuit et finit par s'endormir sur la table par-dessus tous les documents qu'il avait épluchés avec attention et appréhension. Lui aussi n'était pas loin de penser qu'il perdait l'esprit.

Oliver…, murmura une voix.

Il fronça les sourcils dans son sommeil.

Oliver…, répéta-t-elle avec crainte.

Il gémit faiblement mais ne bougea pas.

Tu ne te souviens pas de moi… ?, gémit la voix.

Il ouvrit les yeux, se redressa et posa le regard sur son bracelet. Il avait besoin de réponse, il devait comprendre, il ne pouvait pas abandonner maintenant.

Sara se réveilla en entendant un bruit léger. Elle se redressa mais ne vit rien elle se leva alors de son lit et se rendit compte qu'Oliver n'était plus installé à la table de la chambre. Elle s'approcha et découvrit un mot griffonné.

« Je dois aller quelque part. Retournez à New York sans moi. Oliver »

Oliver partit retrouver le propriétaire du petit restaurant très tôt dans la matinée encore froide et il lui décrivit l'endroit où il voulait aller. L'homme le regarda sérieusement et hocha la tête. Ce jeune homme lui avait donné une impression étrange la veille alors qu'il apprenait que le village qu'il recherchait avait été détruit voilà trois ans de ça. Il semblait animé par un espoir fragile qui lui paraissait presque dément de trouver quelque chose même après ce qu'il avait vu. L'homme le conduisit jusqu'au départ du sentier dont il lui parla, lui offrit un repas et posa sa main sur son épaule avant qu'il ne sorte de la voiture.

- Tu es certain de vouloir faire ça ?, lui demanda-t-il sérieusement. On annonce du mauvais temps et il ne vaut mieux pas se retrouver dans ces endroits sauvages à ces moments-là.

Oliver le rassura, il ferait attention et ferait demi-tour si c'était trop dangereux. Il savait qu'il prenait des risques, il allait s'enfoncer dans un endroit reculé, seul, mais il ne pouvait pas faire autrement. Il sentait qu'il devait y aller. C'était la dernière chance qu'il avait d'avoir des réponses même si la raison pour laquelle il devait s'y rendre restait floue.

Oliver descendit de voiture en remerciant encore une fois le patron du petit restaurant et leva la tête. Son regard embrassa les pics des montagnes environnantes. Le ciel était rempli de nuages menaçants et il fit un premier pas pour gravir le chemin alors que la voiture s'éloignait. Au bout de quelques minutes seulement une pluie drue tomba. Il se mit à courir et par chance trouva une grotte creusée dans un rocher qui lui servie d'abri. Il y resta un moment en étudiant les différents sentiers qui se dessinaient sur la carte qu'il avait emportée et son regard tomba une nouvelle fois sur son bracelet.

Les fils s'assemblent, prennent forme, se mêlent, se nouent puis se démêlent et se renouent c'est ça le fil du temps, entendit-il résonner dans sa mémoire.

Oliver reprit son chemin sous une pluie moins forte, il avança aussi vite qu'il le pouvait, la pente devint plus raide, il en atteignit le sommet péniblement alors qu'il glissait sur le sol détrempé. Il se retrouva sur une crête et le paysage se découvrit en contrebas. Devant lui, encaissé dans une sorte de cratère, s'étendait un paysage verdoyant et au centre de cette clairière un arbre seul se dressait.

- C'est là, murmura-t-il alors que cette vue résonnait avec ses souvenirs qui s'affermirent un peu plus. Ses mots donnèrent naissance à une légère brume dans l'air froid qui se dissipa rapidement. C'est vraiment là !, sans arriver à croire qu'il avait enfin trouvé un lieu qui était exactement le même que celui qu'il avait vu. Ce n'était pas un rêve, alors que son cœur se réveillait et que son espoir renaissait avec plus de force.

Il observait ce paysage qu'il avait déjà vu sous le soleil et qui cette fois était nimbé d'une brume. Le corps tremblant, il fit un premier pas pour descendre sur l'autre versant de la crête et s'approcher de cet arbre. La brume était plus intense au-dessus de l'herbe et il avança lentement en faisant attention où il mettait les pieds. Il s'arrêta devant une mare formée par la pluie et qui entourait l'arbre.

- A partir d'ici c'est l'au-delà, murmura-t-il.

Oliver éclaira sa lampe torche, avança avec appréhension et mit un pied dans l'eau puis l'autre. Il se retrouva rapidement avec de l'eau jusqu'aux genoux et il continua d'avancer. Il frissonna, il était trempé à cause de la pluie incessante et l'eau froide qui le traversa le gela jusqu'aux os. Il continua d'avancer tout de même et arriva enfin de l'autre côté. Il monta la pente légère et sortit de l'eau pour se retrouver sous les grandes branches de l'arbre immense. Il fit encore quelques pas et s'approcha de son tronc fort presque avec respect et appréhension.

Il aperçut le cordon rouge tressé qu'il avait attaché autour d'une branche haute. Il revit le visage de Donna rayonnant sous le soleil de cette belle journée.

- Felicity… viendrait de trois ans avant que la comète ne tombe ?, en regardant les fils s'échappant du cordon détrempé qui pendait. Nos fils du temps étaient décalés.

Il frissonna encore une fois en regardant le cordon qu'il avait attaché et ces quelques fils qui se détachaient peu à peu. C'était une part d'elle, pensa-t-il.

- Felicity…, dans un murmure, je vais remonter dans le temps…, en tendant la main pour toucher le cordon, pour avoir une seconde chance.

Il l'attrapa, referma ses doigts dessus et tira. Le nœud résista légèrement alors il tira un peu plus fort et il se défit cette fois presque sans difficulté. Il voulut faire un pas pour reculer mais il se sentit partir en arrière. Il fut incapable de retrouver son équilibre et tomba.

- La comète, murmura-t-il en voyant briller les reflets de sa lampe torche sur les feuilles à travers les branches de l'arbre avant que sa tête ne heurte le sol.

Son esprit se brouilla en voyant le cordon danser dans les airs. Et il vit la comète, le noyau se briser en deux, ces lueurs dans le ciel sombre. Il prit de la distance au-dessus du monde comme si son esprit s'élevait, il vit cette vague qui naquit sous l'effet de la collision. Tout s'effaça avant qu'une cellule ne commence à se diviser. L'amas grossit peu à peu, il entendit des pleurs et il aperçut un nourrisson agitant les bras et les jambes. Une jeune femme blonde à côté le regardait avec de grands yeux bleus attendrit et heureux.

« Felicity… c'est ton nom », dit-elle en regardant son enfant.

Une paire de ciseaux coupa le cordon et Oliver se sentit tomber une nouvelle fois en arrière le cordon rouge autour duquel il resserra les doigts se déroulant alors qu'il voyait un homme et une femme poser pour une photo, leur fille entre eux qui leur tenait la main. Tous avaient un sourire heureux et ils semblaient épanouis dans ce monde.

« Vous êtes mes trésors… », alors que Donna prenait dans ses bras son mari et sa fille.

Les scènes se succédaient mais elles n'étaient plus aussi heureuses. Des disputes, des cris, des pleurs. Le père de Felicity qui claquait la porte. Il leur avait tourné le dos, s'était éloigné et les avait laissé se débrouiller seules. Donna qui affichait un sourire pour rassurer sa fille. Elle qui cumulait deux emplois, qui faisait tout ce qu'elle pouvait. Mais il y avait aussi ces jours plus difficiles où Felicity ne comprenait pas et lui désobéissait. A nouveau des cris et des larmes, une colère et une tristesse immense.

Oliver continuait de tomber alors que le cordon qu'il tenait à la main se déroulait sans fin. Il avait la sensation d'étouffer, de ne plus pouvoir respirer, cette sensation de vide l'entraînait toujours plus loin et l'emportait.

Puis le temps et sa chute semblèrent se ralentir, il vit la page d'un cahier se tourner et ces phrases.

« Qui es-tu ? »

« Et toi alors ? », la voix de Felicity flottant dans le cosmos.

Il la vit écrire sur sa main, puis il l'aperçut écrire sur son visage, les sourcils froncés.

« Reste modeste ! Tu n'as même pas de petite-amie ! »

Les scènes s'enchaînaient et Felicity était maintenant en train de se coiffer devant son miroir.

« Je les envie en ce moment. Ils sont ensemble. » et ces larmes qui coulaient sur ses joues.

Cette Felicity fut remplacée par une autre qui marchait dans le parc avec Barry et le jeune homme avait l'air tendu.

« Je vais à New York »

« Non attends », en voulant la retenir.

Il entraperçut ensuite ses cheveux blonds coupés, tomber autour de ses épaules.

« Elle sera au maximum de sa clarté ? », alors qu'elle se préparait devant son miroir pour se rendre à la fête.

- Felicity ne reste pas là ! Quitte la ville avant que la comète ne tombe, cria Oliver à travers le temps.

Mais Felicity ne l'entendait pas. Elle continuait de marcher avec ses amis et elle pointa le ciel et la comète avec un sourire.

- Felicity ! vas-t-en !, lui cria-t-il encore une fois plus fort alors qu'elle levait les yeux pour voir le ciel briller.

Un premier rocher tomba à travers la nuit et un mur de terre fut projeté à des kilomètres de hauteur sous la force de l'impact.

- Felicity !, hurla Oliver de toutes ses forces, alors que les météorites tombaient maintenant en nombre. Felicity !, alors que ses cordes vocales étaient sur le point de se briser.

Oliver vit le regard de la jeune fille s'agrandir face à cette menace soudaine, les étoiles tombantes se réfléchissant dans ses yeux. Et puis plus rien.


je vois que vous avez plein d'hypothèses sur Felicity et son lien avec Oliver et le mystère s'épaissit.

Merci pour votre lecture, je vous embrasse.