Coucou,
Voici enfin le chapitre 17 ! J'espère qu'il vous plaira !
Bonne lecture !
Chapitre 17 – Saviors are coming
LOLA
Le jour s'était enfin levé. Caressant mon visage de ses rayons dorés un tantinet faiblards, le soleil se frayait un chemin au travers de la cime des arbres, projetant des ombres éparses sur le sol de feuilles mortes. Bien que couvertes de rosée, ces dernières craquaient sous chacun de nos pas, résonnant bruyamment dans cette forêt orpheline de ses anciens habitants. Depuis la famille hérissons, nous n'avions croisé aucun animal. A croire qu'ils avaient déserté ces lieux devenus désormais le territoire d'un tout autre type de faune. Une faune odorante. Putride. Malgré tout, l'atmosphère était paisible. Presque, hors du temps. Les rôdeurs avaient fini par se lasser de jouer à cache-cache avec nous, et finalement, après une nuit passée à crapahuter dans les bois, accueillir la clarté matinale avait quelque chose de réconfortant. Aussi bizarre que cela semblait être, les morts-vivants et leurs grognements affamés étaient beaucoup moins menaçants dans la journée. Surtout lorsqu'on ne possédait qu'un simple bâton comme moyen de défense. Ouais...dans ma quête précipitée pour suivre Jesus, j'en avais oublié l'essentiel...une arme. Une erreur de débutant qui en disait pourtant long sur notre état d'esprit. C'était un fait. Les cadavres ambulants étaient devenus le cadet de nos soucis. Eux qui nous avait tant terrorisé lors de leur apparition, faisaient désormais partie du décor. Etrange, certes. Mais c'était la réalité. La capacité d'adaptation de l'homme avait une nouvelle fois fait ses preuves.
Toujours aussi silencieux, Jesus et moi-même finîmes par retrouver la route. J'avais même réussi l'exploit de rester muette depuis notre dernière pause café. Ce qui était un miracle en soit. Comme quoi, tout était possible...surtout lorsqu'on se baladait avec un ninja de l'apocalypse. Appréciant la douceur du soleil sur ma peau blafarde, je ne pus m'empêcher de sourire en constatant que nous étions presque arrivés. Toutefois, extérieurement, je donnais l'impression d'être parfaitement calme. Intérieurement, c'était une autre histoire. Après des semaines passées loin de mes proches, le moment était enfin venu de les retrouver. Et force était de constater que l'impatience me consumait un peu plus à mesure que nous approchions de notre destination.
- Comment tu te sens ? s'enquit Jesus après quelques secondes. Ta blessure, ça va ?
- Impeccable ! Heureusement que je n'ai pas écouté Carson, répliquai-je avec un sourire. Et je crois que je n'ai jamais autant apprécié le goudron !
- Rien ne vaut un sol plat, s'esclaffa-t-il.
- Et une enceinte faite de tôle, m'écrirai-je avant de me mettre à courir en direction du portail qui venait d'apparaître au détour d'un virage.
Casquette vissée sur le crâne, fusil d'assaut sur l'épaule, Rosita réprima difficilement un bâillement, preuve qu'elle avait été de garde toute la nuit. Cependant, en me voyant, elle se figea. Les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, la scène aurait pu être comique si elle ne s'était pas mise à crier comme une hystérique tout en ouvrant précipitamment le portail avant de se jeter en larmes dans mes bras. Baragouinant tout un tas de choses en espagnol, la latino attrapa plusieurs fois mon visage entre ses mains, le palpant pour s'assurer que j'étais bien réelle avant de me serrer à nouveau contre elle.
Attirés par le vacarme, Barry et Carol accoururent depuis la réserve, armes au poing, prêts à en découdre.
- Qu'est-ce-qui...Lola ?! s'exclama Carol en lâchant son glock sur le bitume. Lola ! Lola !
A son tour, elle me tritura dans tous les sens, sous le regard hagard du poète humoriste qui, telle une demoiselle en détresse, s'effondra, inerte.
- Ok ok...on se calme, m'exclamai-je en me dégageant de l'emprise de mes amis.
Avec sa bonté naturelle, Jesus aida Barry à reprendre ses esprits tandis que j'essayais de comprendre ce qui se passait. Amusée par ses retrouvailles particulièrement...brutales et larmoyantes, je jetai des regards aux alentours, cherchant des yeux mon chasseur.
- Où est Daryl ? finis-je par demander.
- Morte ? répétai-je pour la troisième fois pendant que Carol nous apportait une assiette de cookies tout juste sortis du four.
Après avoir fait les présentations avec Jesus, la cinquantenaire avait insisté pour nous inviter à prendre le petit déjeuner. Attablée dans notre maison en compagnie de Tara, Michonne, Rosita, Barry et Jesus, je croquais dans un biscuit, manquant de me casser une dent sur un morceau de gland. Quelque peu échaudée, je le reposais discrètement sur la table avant d'avaler une gorgée de café histoire de faire descendre l'immonde pâtisserie...en vain.
- Morte, acquiesça Rosita. Cet hijo de puta nous a raconté que tu t'étais fait mordre.
- C'était atroce, confirma Tara. On était tous effondrés.
- Quoi ? Mordre ? Ce connard m'a tiré dessus, m'écriai-je éberluée.
Installée à mes côtés, Michonne me tapota la main, un geste désespéré pour tenter de calmer ma soudaine montée de colère. Les nerfs en pelote, je contemplai mes amis avant de replonger dans mon shoot de caféine. Putain de bordel de merde. Cet espèce d'enfoiré ne perdait rien pour attendre.
- Je ne sais même pas pourquoi je suis étonnée, soupirai-je finalement. Et donc...Daryl...
- S'est mis en tête de le tuer, acquiesça Michonne avec une moue désolée. D'ailleurs il est où ? Le connaissant je pensais qu'il serait là à te traiter de tous les noms pour avoir disparu pendant près d'un mois.
Rosita se tortillait nerveusement les doigts à mes côtés, puis incapable de se retenir plus longtemps, elle débita d'une traite :
- Il est parti cette nuit avec Nick, Sasha et Eugene pour buter Monroe.
Un silence de plomb s'installa brusquement. Ok. Donc...il n'était pas là. Fais chier. Une boule douloureuse se forma dans ma gorge à la pensée que nos retrouvailles devraient encore attendre. Les larmes me montèrent aux yeux mais une fois encore je réussi à faire front. Il était hors de question que je me mette à pleurer maintenant...c'était inconcevable...je n'avais pas le droit de m'effondrer. Pas maintenant. Pas après avoir crapahuter toute la nuit dans une forêt terrifiante avec un compagnon pour qui le mutisme était la meilleure des qualités.
- L'adorable Daryl n'a jamais pu se résigner à la mort oh combien prématurée de sa dulcinée. Tout comme moi, l'idée de devoir vivre sans notre adorable Lola a été une douleur insoutenable. L'archer n'est plus que l'ombre de lui-même, déclara tristement le poète humoriste avant d'avaler un cookie.
- Il dit vrai, confirma Carol en attrapant une bouteille de lait dans le frigo. Il s'est complètement refermé sur lui. A part Nick, personne n'a pu réellement l'approcher depuis...cet incident.
Incident ? Un terme plutôt joli compte tenu du contexte.
- Un incident qui a failli me coûter la vie, maugréai-je. Si Jesus n'était pas passé dans le coin, je serai vraiment morte à l'heure qu'il est.
- Comme toujours tu te sous-estimes, me sermonna tendrement Michonne avant de me serrer contre elle pour la dixième fois.
- Disons que...j'en étais au stade où je parlais à des fantômes quand il m'a trouvé...alors même si j'étais restée en vie, j'ai quelques doutes quant à l'état mental dans lequel vous m'auriez retrouvée, plaisantai-je avec une pointe d'amertume.
La porte d'entrée s'ouvrit brusquement, m'arrachant un sursaut au passage. Le shérif fit alors une entrée fracassante en compagnie d'Abraham. Ne remarquant pas immédiatement ma présence, Rick se mit à faire les cents pas, les mains sur les hanches, l'air renfrogné, comme toujours lorsqu'il réfléchissait ou qu'il était en colère. Ses santiags usées claquaient bruyamment sur le parquet, résonnant dans la cuisine devenue soudain calme. Ahuri, la bouche grande ouverte, l'ancien militaire quant à lui, ne me lâchait pas des yeux, clignant des paupières nerveusement. Lui qui avait d'habitude la langue bien pendue s'était subitement retrouvé muet, ce que ne manqua pas de lui faire remarquer Rosita.
- Daryl, Nick, et Sasha ont disparu, annonça Rick d'un ton amer en s'immobilisant finalement.
- Tu as oublié Eugene, Shérif, ajoutai-je.
- Oh salut Lola, je ne t'avais pas...
Incapable de me regarder plus d'une demie seconde, il se remit à faire les cents pas durant quelques secondes, puis s'approcha, avant de me tenir à bout de bras, s'assurant à son tour que j'étais bien réelle. Les yeux embués, il recula quelques secondes pour me détailler avant de se fendre d'un sourire chaleureux lorsqu'il m'attira contre lui.
- Lola, murmura-t-il, la voix teintée d'une profonde émotion. Je n'arrive pas à y croire...tu...
- Surprise ! lançai-je maladroitement, les yeux soudain remplis de larmes.
- Bordel de chiotte de merde ! Mais d'où tu sors toi ? s'exclama enfin Abraham avec une accolade virile qui se voulait affectueuse.
- Il parle ! s'écria Rosita avec un sourire sarcastique.
- C'est une longue histoire.
DARYL
Le jour s'est levé. Le soleil est haut dans l'ciel. Pas suffisamment pour nous réchauffer. Mais au moins, on y voit clair. C'est déjà ça. Aucun signe de Monroe jusqu'à présent. Mais j'suis pas inquiet. Ce fils de pute pourra pas se cacher bien longtemps. J'ai les jointures qui m'démangent en pensant à c'que j'vais lui faire. L'impatience me ronge. La colère aussi. J'ai l'impression d'être vide à l'intérieur. Sec. Mais cette rage qui me consume, elle me permet d'avancer. J'ai plus que ça pour tenir le coup. Et quand elle explosera...ce s'ra pas joli à voir.
Après des plombes passées à rouler, j'décide qu'il est temps de faire une pause. Un coup d'oeil aux alentours et j'repère une vieille station service. Parfait. Si j'fume pas une clope rapidement, j'vais péter un plomb avant l'heure. Mais j'réserve ça à cet enfoiré d'Aiden. Intérieurement, je jubile. J'sais que c'est mal. J'sais aussi que Lola voudrais que j'agisse autrement. Ca n'a plus d'importance maintenant qu'elle est plus là pour me sermonner. Bordel. Faut vraiment que j'arrête de penser à elle. Ca m'ramollit le cerveau. J'ralentis, et j'coupe le contact. Nick en profite pour descendre. Rapidement, Sasha et l'scientifique nous rejoignent. L'afro américaine a l'air à bout de nerfs. L'autre abruti a dû sérieusement lui prendre la tête.
- Si j'en crois mon sens aigu de l'observation, le dénommé Aiden Monroe n'a pas l'air de se trouver dans les parages, déclare Eugene d'un ton plat.
- Envie d'pisser, j'marmonne histoire de le faire taire.
Bordel de merde. J'comprends toujours pas ce qu'il fout là. Sasha et le bellâtre pénètrent dans le bâtiment désaffecté. J'sais pas ce qu'ils espèrent trouver à part des cadavres en décomposition. Les lieux sont déserts. Comme à peu près tout ce qui nous entoure. Ouais. En fait, tout ça me manque. L'odeur de la pourriture. Les ordures qui jonchent le bitume défoncé. Les vitrines poussiéreuses...ça change des rues aseptisées d'Alexandria. Ici, y a pas de brunch. Pas de soirée de gala. Pas de jobs ridicules. Non. La vraie vie est là. J'soupire. Vivement que j'me casse de là-bas pour retrouver ma liberté. J'chope mon paquet de cigarettes dans ma poche arrière. Et l'autre me quitte pas des yeux.
- Un problème ? j'grogne.
Il s'dandine d'un pied sur l'autre, l'air coincé. Comme toujours il donne l'impression d'être sur le point de chier dans son froc. J'inspire une bouffée de nicotine sans le lâcher du regard. Il toussote nerveusement quand j'recrache la fumée.
- Un problème ? j'répète un peu plus menaçant.
Il se racle la gorge, bombe le torse, ouvre la bouche et la referme aussi sec. C'est bien ce que j'me disais. Ce trou du cul se fait dessus. Rien de bien étonnant. S'il est encore de c'monde c'est uniquement parce qu'Abraham et Rosita ont surveillé ses arrières. Quand j'pense que mes potes ont gobé son histoire de sauveur de l'humanité...tu parles d'une blague.
- J'imagine que quelqu'un comme toi doit se demander pour quelle raison le trouillard que je suis s'est invité à la fête du siècle ?
Il m'fait quoi là ? Il essaye de faire de la conversation ? Comme si ce qu'il avait à dire pouvait m'intéresser.
- Quelqu'un comme moi ?
- Un homme d'action, sans foi ni loi, qui ignore la peur et reste maître de son destin.
Il me débite ça comme si ma vie était un putain de blockbuster. Et ça n'arrange pas l'état de mes nerfs. Faudrait pas qu'il me pousse trop.
- Si j'étais maître de mon destin tu crois vraiment que j'aurais laissé Lola crever comme une merde ?
- Certes...mais ce dernier point n'est en aucun cas de ton fait. Pour être totalement transparent avec toi, sache que je ressens de la culpabilité quant au destin tragique de Lola. Je suis un pleutre. Je le sais. Elle était gentille avec moi, même s'il était difficile pour mon esprit supérieur de saisir toutes les subtilités de son langage parfois alambiqué. Tout ça pour dire que votre serviteur a décidé de venir aujourd'hui pour vous prêter main forte dans l'entreprise que Sasha, Nick et toi avez...entrepris.
Il m'balance tout ça d'une traite. Sans reprendre sa respiration. J'suis pas sûr d'avoir tout compris. Et j'ai pas l'souvenir que ma gonzesse ait été gentille avec lui...mais Casse-Noisette était comme ça. C'était un putain de Bisounours. Toujours là pour remonter le moral des troupes. Prête à donner sa confiance à n'importe qui. Prête à aimer un type aussi paumé que moi. Jamais de jugement. Jamais de méchanceté. Bordel de merde...j'ai mal à en crever. J'veux plus ressentir tout ça. C'que j'veux là tout de suite, c'est éclater sa gueule de ce scientifique à deux balles histoire de me défouler. Mais j'le ferai pas. Même si j'peux pas l'encadrer...c'est pas lui qui l'a butée. C'est pas à cause de lui si elle s'est fait...faut qu'je chasse cette image de mon esprit. Sinon j'sens que j'vais plus répondre de rien.
- Ouais bah...t'as intérêt à porter tes couilles le moment v'nu.
C'est tout c'que j'trouve à lui répondre. J'porte ma clope à mes lèvres. Sans le quitter des yeux. Il s'dandine toujours autant. Et finalement, j'réalise qu'on a jamais eu une conversation aussi longue. C'est pt'être un lâche. Un incapable. Mais en attendant, il est là. Pas comme Dolorès. Elle a complètement disparu depuis que Lola est...c'est à se demander si elle tenait vraiment à sa gamine.
- On a de la compagnie ! lance Sasha en sortant en trombe de la station service.
Je m'attends à voir débarquer des rôdeurs, mais au lieu de ça, des coups de feu retentissent. Bordel de merde. Ça a au moins le mérite de m'ramener à la réalité.
- Combien ils sont ? je crie à l'attention de Nick.
- Pas eu le temps de compter ! il réplique en se planquant derrière une bagnole.
Sasha se met à couvert derrière le pick-up. Elle recharge son fusil d'assaut. Prête à tirer. Cette bonne femme est une putain de bonne tireuse. Finalement, c'est pas plus mal qu'elle se soit incrustée aujourd'hui.
- Planque-toi, j'ordonne au scientifique.
Pour une fois il obéit. Les mains sur les oreilles pour couvrir le bruit des tirs, il s'accroupit derrière ma bécane. Ok. C'est l'moment de se défouler un peu. J'arme mon arbalète. J'me concentre pendant que ma clope continue de se consumer.
- Allons allons ! Et si on discutait au lieu de s'entretuer ? lance l'un deux depuis l'intérieur.
- Vous voulez quoi ? j'crie.
- Vos armes et vos vivres. Et si vous nous donnez la femme, y a peut-être une chance pour que Negan vous laisse tranquille. Pendant un moment du moins, il ajoute en ricanant.
Negan. Negan. Encore ce foutu Negan. Bordel de merde, rien que ce nom me colle la gerbe. Les secondes passent. Lentement. Et pendant ce temps, mon sang ne fait que bouillonner dans mes veines. Il est en quête de vengeance. De violence. Et celle-ci ne se fait pas attendre plus longtemps.
J'tire quand le premier type sort du vieux bâtiment. En plein dans la tête. L'hémoglobine gicle tandis qu'il s'effondre comme une merde sur le bitume glacé. Un shoot comme je les aime. J'dois admettre que j'suis plutôt fier de moi. Et d'mon frangin. J'sais que de là où il est , ce vieux connard doit jubiler. J'recharge. Et j'attends. Encore. J'observe. En silence.
- C'est pas très poli ça ! braille un autre assaillant. Negan va pas être content !
- On s'en branle de votre Negan à la con ! Il a qu'à s'montrer s'il a suffisamment de couilles pour ça !
- Toi, t'es soit totalement abruti, soit...non, en fait t'es juste totalement abruti !
- Et si vous sortiez de là ! s'exclame Sasha. On pourrait régler ça proprement et rentrer chez nous !
J'les entends qui ricanent. Si j'en crois mon jugement, j'dirai qu'ils sont encore quatre ou cinq là dedans. Fais chier. Ras l'bol d'attendre ! On va pas y passer la journée. J'redresse mon arbalète devant moi. Et je m'élance.
- Daryl ! Mais qu'est-ce-que tu fous ! s'écrie l'afro américaine hors d'elle. Tu vas t'faire tuer !
D'un regard, j'lui ordonne de se taire. J'me rapproche du bâtiment. En silence. Comme toujours. Mon arme et moi, on n'forme plus qu'un. Comme toujours. J'me colle au mur. Lentement. Très lentement, j'avance. Sans respirer. Un rapide coup d'œil à l'intérieur m'en indique quatre. Et deux otages. Un mec blond et une bonne femme. Ils sont ligotés près de l'entrée. Plutôt malin si on veut qu'ils se fassent descendre en premier. Le couple me regarde, les yeux écarquillés. Ils implorent mon aide. J'le vois bien. Un signe de tête. Une respiration. C'est parti. J'me précipite dans la station service. Dans quelques secondes, le sang éclaboussera les rayons renversés. Ce sera peut-être le mien. Ou peut-être pas.
LOLA
Affalée dans le canapé, un mug de café fumant entre mes mains gelées, je ne quittai pas Rick des yeux tandis qu'il me racontait les événements de ces dernières semaines. Mon enterrement, l'attaque de la horde qui avait ravagé Alexandria et causé les morts de Jesse, Sam, Ron et Deanna, paix à leurs âmes, la perte de l'œil de Carl...la disparition d'Aiden. Mon cerveau enregistrait les informations au fur et à mesure, ahuri qu'il ait pu se passer autant de choses en si peu de temps...enfin, quoi de plus normal ? Après tout c'était l'apocalypse. Le calme et la sérénité n'étaient pas vraiment de la partie depuis que les premiers rôdeurs avaient fait leur apparition.
- Il y a autre chose qu'il faut que tu saches, ajouta-t-il pendant que je posais ma tasse sur la table basse en acajou. C'est à propos de ta mère.
Alors que les visites s'étaient succédé durant toute la matinée, ma génitrice n'avait pas daigné pointer le bout de son nez. Ce n'était pas vraiment une surprise. Malgré une vague amélioration de nos rapports lorsque nous avions débarqué à Alexandria, l'entente cordiale n'était pas franchement de mise. Cependant, j'étais vivante. Bien vivante même. Et quelque part, le peu d'intérêt qu'elle portait à cette nouvelle pourtant monumentale, en toute modestie bien entendu, me nouait la gorge.
- Elle a disparu en même temps qu'Aiden, lâcha finalement le shérif.
La bouche entrouverte, j'accueillis la nouvelle avec scepticisme. Etait-elle de mèche avec le fils Monroe ?
- Tu crois que...
- Je ne sais pas, m'interrompit-il, conscient de la question que j'allais lui poser.
- Bon, soupirai-je après quelques secondes, fais moi penser à ne plus disparaître aussi longtemps.
- Tu n'as pas intérêt. Alexandria est trop calme sans toi dans les parages.
Un sourire chaleureux se dessina sur son visage fatigué. Sa position de leader ne me faisait guère envie. Porter l'avenir de notre communauté sur ses épaules était un fardeau que le shérif avait endossé volontiers mais, quelque chose me disait qu'il était las de cette responsabilité et de tout ce qu'elle impliquait. Aussi, je culpabilisai un tantinet de devoir lui en rajouter une couche.
- Tu sais, ce type, Jesus, celui qui m'a aidé et qui a des cheveux à faire pâlir Raiponce...
- Raiponce, répéta-t-il, un sourcil relevé en signe d'incrédulité.
- Ouais, la princesse qui...bref, on s'en fout. Il voudrait s'entretenir avec toi au sujet d'une autre communauté.
- Et ?
- Et...il aurait besoin d'un coup de main ? ajoutai-je d'une petite voix.
Rick soupira avant de se lever. Les mains sur les hanches, il réfléchit quelques instants, dans un silence tout à fait insoutenable. Nerveuse, je commençai à me ronger les ongles, attendant calmement qu'il me réponde.
- D'accord, finit-il par dire. Tu peux aller le chercher ?
J'acquiesçai d'un signe de tête, me levai en silence et sortis sous le porche de la maison 101 où je retrouvai mon sauveur en pleine discussion avec Barry. Bordel de merde. Mon poète humoriste m'avait tellement manqué. Incapable de retenir mes larmes plus longtemps, je les laissai s'écouler sur mon visage marqué par la fatigue tandis qu'un sourire ému s'étirait sur mes lèvres gercées. Je les observai quelques secondes pendant qu'ils riaient, insouciants, presque heureux. L'apocalypse avait au moins ça de beau. Les relations humaines s'étaient grandement améliorées. Enfin, à condition d'oublier ce cinglé de Gouverneur...Et l'ombre menaçante de Negan qui planait au dessus de nos têtes. Réprimant un soupir, je passai une main dans mes cheveux emmêlés, enviant une nouvelle fois la chevelure soyeuse de Jesus.
- Adorable Lola ! lança alors le catcheur en se levant paresseusement. Je croyais que tu t'entretenais avec notre adorable shérif.
- C'était le cas, souris-je tandis qu'il passait l'un de ses énormes bras autour de mes épaules. Il voudrait te parler, ajoutai-je à l'attention de Jesus.
DARYL
Les coups de feu retentissent par dizaines. Ils résonnent dans l'désert apocalyptique qu'est devenu le monde. Une balle frôle ma joue. J'porte ma main à la plaie. Elle est chaude. Suintante de sang. Parfait. Ca a le mérite de m'énerver un peu plus.
- Planquez-vous ! j'geule à l'attention du couple.
Ils s'font pas prier. Et finalement, j'me laisse consumer par la rage. J'attrape mon couteau de chasse prêt à me lancer dans la mêlée. Quatre. Quatre putains de corps à meurtrir. A faire souffrir.
J'plante un premier assaillant en plein dans la gorge. L'hémoglobine gicle. C'est un putain de geyser. Le mec me regarde, complètement hagard avant de s'effondrer comme une merde sur le sol déjà recouvert du liquide sombre. Une douleur lancinante me vrille l'abdomen. Une balle ? Une entaille. Quelle importance. J'perds enfin le contrôle. J'maîtrise plus rien. J'suis plus qu'un pantin, esclave de la haine qui me ronge les tripes depuis trop longtemps. Mon couteau de chasse lacère tout ce qui s'trouve à sa portée. Il tranche. Eviscère. Sans cérémonie. Sans remord. Assoiffé de sang. Tout comme moi. Le souffle court, j'me délecte de la souffrance de mes adversaires. Les coups de feu se sont tus depuis longtemps. A part le bruit de la chair qui s'ouvre sous mes assauts, je n'entends plus rien. Pas de cris. Ni de hurlements. Mes amis et le couple m'observent, horrifiés, pendant que je m'applique à massacrer ce qu'il reste des cadavres de nos assaillants. J'sens pas la main de Nick sur mon épaule. J'entends pas Sasha qui m'appelle. J'vois pas Eugene qui reste là, immobile, impuissant face à l'horreur humaine. Tout ce que j'vois, c'est elle et son sourire. Tout ce que j'entends, c'est ses éclats de rire. Tout ce que j'sens, c'est ses mains qui caressent mon visage. Et j'finis par m'effondrer dans un tas d'entrailles. A bout de souffle. A bout de forces. Incapable de ressentir la douleur de mon ventre qui pisse le sang. Incapable d'apprécier le fait d'être en vie.
Les minutes passent. Le silence a repris ses droits. Mes compagnons sont subitement devenus muets. Mon déferlement de rage a instauré sa loi. Maintenant ils savent à qui ils ont à faire. Au Dixon qui n'a plus rien à perdre. Sasha s'agenouille près de moi. Des larmes coulent sur son visage. Mais elle ne dit rien. Elle se contente de m'serrer contre elle. Et j'me laisse faire. Sans savoir pourquoi.
- Tu es blessé. On devrait rentrer, elle finit par dire en reniflant.
Je l'observe. Sans rien dire. Peut-être qu'elle a raison. Peut-être que cette vendetta est stupide. J'me relève. Lentement. Nick et Eugene s'approchent à leur tour. Le bellâtre recharge son 9mm. Sans un mot. Sans un bruit à part le cliquetis de son arme qu'il manipule avec aisance. Je m'étais pas trompé sur lui. Sous ses airs fragiles, il a de la ressource.
Le blond et sa bonne femme nous rejoignent. Elle est plutôt quelconque. J'la connais pas mais elle me gonfle déjà. J'dévisage son mec. Ses cheveux blonds filasses encadrent son visage émacié. C'est l'visage de quelqu'un qui a vieilli avant l'heure. Il me tend une main d'une maigreur à faire pâlir un rôdeur.
- Je m'appelle Dwight. Et voilà ma femme, Sherry.
- Qu'est-ce-que vous foutiez avec ces types ? j'demande sans lui serrer la main qu'il tient toujours tendue.
Ils soupirent. L'un comme l'autre. Et le maigrichon se lance dans des explications que j'écoute à moitié. Des explications qui me rappellent vaguement l'histoire de Nick. Negan a voulu épouser la sœur de la meuf. Ils se sont sauvés. Ils ont été pris en chasse. Elle s'est fait mordre. Fin de l'histoire. Décidément ce type a un don pour faire mourir les gonzesses.
- Qu'est-ce-que vous allez faire maintenant ? s'enquit le bellâtre.
- On aurait besoin d'une bécane pour foutre le camp d'ici, déclare Dwight.
Mais bien sûr. Et puis quoi encore ? J'leur ai sauvé la peau. C'est déjà pas mal. Les regards se tournent vers moi. Attendant probablement que je prenne une décision. Bordel de merde. Mon bide me fait un mal de chien. J'ai pas la tête à réfléchir. Et puis merde. J'ai un truc à faire. Un type à aller buter. C'est hors de question que je leur laisse ma bécane. J'fais signe à mes potes de me rejoindre un peu plus loin, histoire qu'on décide quoi faire.
- On fait quoi ? demande Sasha visiblement inquiète. On leur propose de venir à Alexandria ?
- J'les sens pas ces deux là. Leur histoire est triste à pleurer, ok mais...
- Je pense que c'est une ruse, m'interrompt Nick.
- Une ruse ? répète l'afro américaine.
Le bellâtre reste muet quelques secondes. Ce qu'il dit me paraît plausible. Si on en croit le peu qu'on sait sur cette ordure de Negan, ce serait pas improbable qu'il nous fasse espionner. D'un autre côté, Alexandria est éloignée. Comment est-ce-qu'il pourrait connaître son existence...Non. Impossible. Je chasse cette putain d'idée de mon cerveau.
- Daryl ?
Sasha a l'air vraiment inquiète. Je chope une clope. Sans lâcher le couple des yeux. Ils sont là, immobiles. Ils nous observent aussi. Y a vraiment un truc louche. J'ressasse encore et encore cette foutue idée. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle germe dans mon cerveau. Ca paraît dingue. Et pourtant. Plus j'y pense...
- Daryl ? elle répète. A quoi tu penses ?
J'inspire la fumée, savoure cette saleté de nicotine et m'tourne vers mes potes.
- J'crois que...Monroe...a rejoint ces types, j'marmonne.
Ils m'regardent tous les trois en silence.
- Qu'est-ce-qui te fait dire ça ? demande Sasha.
- L'intuition.
Le moteur de ma bécane rugit. Bordel de merde ! Il a fallu que je quitte ces deux connards des yeux une secondes pour qu'ils se barrent avec. J'arme mon arbalète, et me met à leur courir après pendant qu'ils s'éloignent.
- Merci enfoiré ! lance Dwight en accélérant dans un nuage de fumée.
- Je crois que ton intuition était la bonne concernant ces deux individus, déclare platement Eugene.
Le voyage du retour s'passe en silence. Un silence qui me fait ruminer. Encore. Et encore. On s'est fait avoir. Comme des bleus. Dwight et sa bonne femme se sont barrés. Avec ma bécane. Putain de bordel de merde. Si je retrouve ces deux enfoirés, je les bute.
Mon ventre continue de pisser le sang. Il a commencé à inonder le siège arrière du pick-up. La plaie est dégueu. Une belle entaille. Profonde si j'en crois l'écoulement continu. Mais j'ressens toujours pas la moindre douleur. C'est déjà ça. Toute façon, j'suis tellement enragé, qu'il peut se passer n'importe quoi maintenant. On a pas trouvé Monroe. On s'est fait balader par Bonnie et Clyde. Et ce putain de Negan joue avec nos nerfs. J'sais pas comment j'vais annoncer tout ça à Rick. Il va m'trouver cinglé. C'est certain. Mes potes le pensent déjà. Mais cette intuition, j'la ressens jusqu'au fin fond de mes entrailles. Monroe est avec ces types. J'le sais. C'est une évidence. Ces mecs à la station service...on aurait dit qu'ils nous attendaient. Que tout était bien ficelé. Sauf que je les ai massacré. J'ai l'impression qu'on nous observe. Qu'on nous teste.
- Ta théorie se tient, finit par dire Sasha. Mais comment est-ce-qu'ils savaient qu'on s'arrêterait là-bas ? Tu crois qu'ils nous ont suivis ?
- J'en sais rien, j'marmonne.
J'reporte mon attention sur le paysage. Le soleil a déjà amorcé sa descente. Les jours raccourcissent de plus en plus. Monroe...Monroe...S'il a réellement rejoint Negan...Alexandria a du souci à se faire.
- Et toi Nick ? T'en pense quoi ? reprend l'afro américaine.
- Je pense que ce n'est plus qu'une question de temps avant que Negan ne débarque à Alexandria.
Sasha soupire. Concentrée sur la route, elle réfléchit. Eugene reste muet. J'me demande ce qui se passe dans sa tête. Ca m'intéresse pas vraiment. Mais ça m'occupe l'esprit. Ca me permet de penser à autre chose. D'oublier pour une seconde que j'ai pas trouvé l'enfoiré qui a laissé ma gonzesse pour morte. La rage prend de nouveau le contrôle de mon corps. Mes muscles se raidissent en pensant au calvaire qu'elle a enduré.
Le pick-up ralentit. Le portail se dresse devant nous. Le père Gabriel s'empresse de nous ouvrir. Il nous fait un petit signe amical. Aucun de nous y répond. On est rongé par l'inquiétude. Elle commence à me tordre les entrailles. Les Sauveurs. Negan. Monroe...putain, pourquoi j'ai pas tué ce fils de pute quand j'en ai eu l'occasion ? Fais chier !
J'ouvre ma portière. Elle grince quand j'la referme. J'sais pas par quoi commencer. L'infirmerie ou Rick ? Autant crever l'abcès tout de suite. J'prends la direction de la maison 101. Mon abdomen devient douloureux. Il saigne toujours. Je marche quelques minutes qui me paraissent interminables. Pas étonnant avec la quantité de sang que j'ai perdu. Il goutte sur le bitume à chacun de mes pas. Mais je m'en cogne. J'règlerai ça plus tard. J'lève les yeux vers la baraque. Barry est en pleine discussion avec une bonne femme. De dos, elle me fait penser à...Je m'immobilise quand elle éclate de rire. Ce rire. Son putain de rire. Merde. Je suis en train d'halluciner. Tout ça à cause de cette foutue plaie qui ne veut pas arrêter de saigner.
- Archer ! s'écrie Barry en me voyant planté au milieu de la route.
La fille s'retourne. Et mon cœur s'arrête quand elle se précipite sur moi. Mes jambes refusent de me porter plus longtemps. Je m'effondre sur le sol. J'me rends même pas compte que je me suis mis à chialer. La fille se jette à genoux. Me tombe dans les bras. Fond en larmes. J'reste là. Les bras ballants. Incapable de réaliser qu'elle est là. Elle est là.
Putain elle est là.
A suivre...
