Bonjour et bienvenue sur le chapitre 17 !

Et voilà le second chapitre de Noël ! J'ai beaucoup aimé écrire ce dernier et j'espère qu'il vous plaira.

On se voit à la fin du chapitre pour qu'on discute un peu de ce qui se passe ici.


XVII – Collaboration

Les derniers rayons de soleil de la journée se reflétaient sur l'enseigne de la boulangerie Kowalski, que le propriétaire était en train de fermer. Après avoir brièvement salué ses deux seuls employés, il ajusta son berret et reprit sa valise, qu'il venait de poser sur le sol pavé. Si sa boulangerie encore neuve et florissante avait fait de lui un homme bien plus épanoui que celui qu'il était lorsqu'il travaillait encore dans cette industrie de conserves, un détail non-négligeable perturbait son quotidien depuis des semaines.

Jacob n'avait pas la moindre idée de ce qu'il était devenu de la femme qu'il chérissait. Queenie avait décidé de revenir, ravivant les plus beaux souvenirs dont il ait un jour pu se rappeler. Une femme exceptionnelle tombée de nulle part sur un homme comme lui. Elle avait maintes fois essayé de le convaincre qu'il ne s'agissait pas d'un coup de chance. Mais il n'arrivait définitivement pas à se faire à l'idée.

Elle était rentrée dans sa vie pour y semer un chaos particulièrement agréable, bouleversant à tout jamais sa vision du monde.

Avant de disparaître de nouveau. Presque trois mois que Jacob n'avait pas reçu la moindre nouvelle de sa part. Craignant pour la vie de cette dernière, il avait essayé de trouver Tina allant même jusqu'à rentrer par presque-effraction dans le MACUSA, qui se trouvait à l'intérieur du Woolworth Building. Il lui avait suffi de se faufiler dans un groupe d'hommes qu'il avait deviné être des sorciers et le tour était joué.

Il ne s'attendit pas à croiser Newt et celui qu'il avait compris être le directeur de l'endroit. Il n'avait pas cherché à comprendre le pourquoi du comment, suffisamment perspicace pour s'être aperçu que quelque-chose clochait. Mais il n'avait définitivement pas pu dire la vérité à Newt lorsqu'il l'avait vu. Il l'avait instantanément regretté, n'ayant pas pensé sur le moment que l'anglais aurait pu détenir des informations sur Queenie et aurait au moins pu le rassurer sur la santé de cette dernière si dans l'incapacité de divulguer quoi que ce soit d'autre.

C'était probablement le prix à payer, après avoir menti au magizoologue, qui le considérait comme un ami. Il était pourtant sûr que Newt l'aurait compris, s'il s'était contenté d'être franc avec lui. La panique, l'angoisse de ne plus revoir celle qu'il aimait au moindre faux pas. Il en avait conclu que ses émotions avaient parlé à sa place à cet instant et il le regrettait amèrement.

« Jacob… » Une voix cristalline s'éleva, derrière lui.

Et lorsque l'américain fit volte-face, presque abasourdi par celle qu'il venait d'entendre, il crut rêver. Ce n'était pas possible. Queenie était devant lui, vêtue d'un long manteau noir ressemblant presque à une cape et d'une capuche sombre qui couvrait ses boucles dorées.

« Queenie ? » Le sourire de cette dernière était désolé, presque triste. Le temps d'un instant, il refusa d'y croire. C'était peut-être un piège, une autre personne qui avait pris son apparence. « Non ce n'est pas possible, ce n'est… »

« Non Jacob ! » Elle s'approcha de lui et posa ses mains sur ses épaules. « C'est bien moi, ce n'est pas imposteur, je… » Elle chercha ses mots pour convaincre le non-maj' mais ces derniers moururent dans sa gorge.

Quand Jacob comprit enfin que si elle avait pu lui répondre aussi c'est vite, c'est parce qu'elle avait lu dans ses pensées, ses doutes s'envolèrent. Il n'essaya pas de régler ce malentendu et se contenta d'entourer celle qu'il aimait de ses bras.

« Tu m'as tellement manqué. » Avait-il dit, le nez enfoui dans le manteau de la blonde.

Queenie fut surprise par le geste soudain de Jacob puis lui rendit presque instantanément son étreinte. Après tout ce qu'elle avait traversé, se retrouver dans les bras du non-maj' lui faisait un bien fou. Sa cavale semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Elle fuyait Tina, mais aussi les hommes de Grindelwald. Si ce dernier n'avait montré aucune opposition à laisser cette dernière s'enfuir aux côtés du directeur et de sa sœur, c'était pour ne pas éveiller les soupçons en espérant que la blonde tienne sa langue.

Parce que Queenie en savait beaucoup, beaucoup trop. À Nurmengard, elle n'avait pas spécialement eu besoin de prendre part aux réunions importantes que le mage noir tenait pour entendre les pensées fuser de l'esprit de Vinda Rosier ou Elliott McVaugh. Si Grindelwald était particulièrement résistant aux pouvoirs de cette dernière – elle le suspectait être très probablement occlumens – ce n'était pas le cas de ses deux bras droits. McVaugh pensait particulièrement fort et était encore plus détestable dans le fil de ses pensées qu'il ne l'était en vrai. L'idée avait particulièrement surpris la blonde.

Les esprits des deux personnes en qui le mage noir avait le plus confiance avaient été particulièrement bavards. Assez pour que Queenie se retrouve en possession du cœur des stratégies que Grindelwald avait élaboré. L'identité de Credence Barebone, le jeune orphelin sur lequel il avait jeté son dévolu alors encore en possession du visage de Graves et surtout, l'existence d'un artefact magique dont la puissance était… Indescriptible tant ce dernier était puissant. Ce dernier se nommait sobrement la Pierre Parlante et si Queenie n'avait pas eu l'occasion d'avoir énormément de détails à son sujet, elle savait une chose : Le détenteur de cette dernière pouvait obtenir l'obéissance de ceux qu'il désirait, par le simple biais de la parole.

Et Grindelwald savait exactement où trouver cette dernière. Son emplacement était l'une des choses que la blonde ignorait.

Le mage noir n'était pas stupide pour autant. Il savait pertinemment que Queenie détenait des informations qu'il ne lui avait pas divulgué et avait, par conséquent, lancé une chasse à son égard aussitôt que cette dernière s'était échappée.

Sa cavale n'avait pas été de tout repos. Et trouver un peu de paix dans les bras de Jacob avait au moins eu le mérite de lui mettre du baume au cœur.

« Où étais-tu ? Je me suis inquiété, je t'ai cherché partout… Je… »

Elle posa un doigt innocent sur les lèvres de l'américain.

« Tout va bien maintenant. Je suis de retour. Je te promets que je ne partirais plus sans te prévenir. » Elle baissa les yeux, le regard fixé sur le bout de ses pieds.

Queenie ne pouvait pas lui avouer la vérité. Si jamais Jacob apprenait qu'elle s'était rangée du côté du plus grand mage noir de son époque avant de se raviser… Peut-être prendrait-il peur, peut-être même qu'il l'abandonnerait. Et elle ne voulait pas le perdre. Pas une deuxième fois. Même si cela impliquait de ne pas être entièrement honnête avec lui. Et la blonde s'en voulut terriblement pour ça. Mais rien ne marchait jamais comme elle le voulait, alors elle était toujours obligée de mettre toutes les chances de son côté pour que les choses aillent un peu dans son sens.

Ça ne faisait s'évaporer en rien le sentiment de culpabilité qui la hantait chaque fois qu'elle arrangeait certaines situations à son avantage… Mais c'était un moyen de souffrir un peu moins des conséquences d'une vie qui ne lui laissait que bien peu de répit.

Le regard qu'elle adressa à celui qu'elle aimait fut lourd de sens. Il y avait une lueur de tristesse au fin fond de ses yeux et si elle essaya vainement de cacher cette dernière, Jacob n'eut aucun mal à déceler ses interdits.

« Mais tu n'as pas l'intention de rester, c'est ça ? » Il arborait un sourire déçu, presque désolé. Il aurait aimé qu'elle reste avec lui. Qu'elle ne parte plus jamais. Mais visiblement, elle semblait être entraînée dans quelque-chose qui le dépassait.

Il ne voulait pas nécessairement connaître la vérité. Et Queenie le comprit, lorsqu'elle entendit ses pensées.

« Merci. » Avait-elle chuchoté, dans un sanglot. « Merci de me comprendre. » Elle ne pouvait pas rester. C'était le mettre en danger lui, c'était compromettre ses plans.

Si les hommes de Grindelwald tombaient sur eux, ils prendraient le non-maj' comme monnaie d'échange et n'hésiteraient pas une seule seconde à faire du chantage à la blonde. Chantage auquel elle céderait et elle le savait. C'était un risque qu'elle se devait d'écarter.

Et Credence méritait de connaître la vérité. Queenie devait au moins ça à sa sœur. Elle savait à quel point ce dernier comptait pour Tina et mettre fin aux tourments de ce dernier remonterait peut-être l'estime que la brune avait pour elle.

Ses motivations n'étaient pas parfaites. Queenie le savait. Mais elle voulait sincèrement se racheter et faire le bien autour d'elle. Alors elle ne se défilerait pas. Elle irait au bout de ses plans et braverait les dangers qu'elle rencontrerait.

Mais à cet instant, elle se promit de profiter cette soirée qu'elle s'offrait aux côtés de Jacob. Elle n'avait jamais mis les pieds chez ce dernier et l'endroit était inconnu des hommes de Grindelwald, qu'elle évitait depuis des semaines. Ils discutèrent une bonne partie de la nuit et Queenie oublia, le temps d'une soirée, qu'elle risquerait sa vie dès le lendemain.


Queenie n'avait jamais voyagé.

Elle aurait aimé, mais ses parents étaient trop pauvres pour cela. Lorsqu'ils moururent de la Dragoncelle, Tina et elle eurent tout juste de quoi subvenir à leurs besoins. Ilvermorny leur avait offert un toit, de quoi se nourrir et une grande partie du matériel scolaire dont elles avaient besoin. Tina avait fini par entrer dans la vie active, débuter sa carrière d'auror et Queenie avait suivi le coche, sans jamais vraiment profiter de sa jeunesse. Si Jacob lui donnait l'impression d'enfin vivre ces années de bonheur, il manquait tout de même un peu de piment à sa vie, qu'elle s'était promis d'ajouter une fois que tout ceci serait enfin fini.

C'était donc la première fois qu'elle foulait le sol des quais de New York. Elle fut impressionnée par le nombre d'embarcations et de bateaux, mais ne perdit pas son objectif de vue. McVaugh avait dévoilé qu'il retrouverait Credence à bord du « 1899 », et Queenie avait déduit qu'il s'agissait d'un bateau lorsqu'il avait mentionné les quais de New York.

Mais l'endroit était véritablement bondé. Il y avait beaucoup de moldus, entourés à leur insu de fanatiques de Grindelwald. La blonde avait vaguement réussi à en identifier quelques-uns, dont les visages lui étaient familiers. Cependant, il n'y avait pas la moindre trace de Credence, ni de McVaugh.

Pour éviter d'être repérée, Queenie avait décidé de marcher sous les arcades. Si l'un des sbires de Grindelwald se présentait, elle pourrait aisément se cacher derrière les immenses colonnes de pierre pour transplaner et échapper à ces derniers.

Au bout d'une bonne dizaine de minutes à la recherche du navire en question, elle finit par entendre une voix familière dans sa tête : Vinda Rosier. Quelques secondes plus tard, elle reconnut le bruit des petites talonnettes de cette dernière. Aussitôt, elle se plaqua contre l'une de colonnes de pierre qui se trouvait sous les arcades.

Elle s'apprêta à transplaner quelques mètres plus loin mais une main attrapa son avant-bras et la réalité se tordit pour revenir à la normale une seconde plus tard.

Sans chercher à comprendre, elle sortit sa baguette, prête à affronter Rosier – et bien qu'elle soit pleinement conscience du fait qu'elle n'avait aucune chance face à cette dernière.

« Queenie ! » Hurla la femme qui se tenait devant elle, dont elle n'avait toujours pas regardé le visage. « Queenie c'est moi ! » L'inconnue ne le resta pas une seconde de plus. Cette voix, elle l'aurait reconnue entre milles. Et ce n'était pas bon signe.

« Tina ?! » Elle sembla perdue, sa baguette toujours pointée vers sa sœur. « Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que… »

« Je te cherche depuis des semaines ! » L'aînée semblait partagée entre la colère, la confusion et l'amertume. « Tu avais disparu, et quand j'ai compris que Grindelwald était après toi, j'ai cru que je ne te reverrais jamais ! »

La blonde releva le menton, dédaigneuse.

« Eh bien, je suis là maintenant. Et je vais bien. » Elle serra les dents. « Tu peux… Tu peux repartir maintenant. » Et ses propres mots lui brisèrent le cœur. Elle voulait se racheter, mais elle n'arrivait définitivement pas à avancer après ce que lui avait dit sa sœur, le jour où elle s'était enfuie.

« Queenie, je… »

« Tu m'as demandé de ne jamais revenir ! » Elle ravala un sanglot. « Alors c'est ce que j'ai fait ! J'ai fait ce que tu m'as demandé. »

Tina retint ses propres pleurs. Ce n'était pas le moment.

« Je suis désolée Queenie. » Sa voix était infiniment plus calme, plus grave. « Je n'aurais jamais dû te dire une telle chose. » Sans préavis, elle enserra la blonde dans ses bras. Elle s'attendit à être rejetée, mais sa sœur ne le vit pas de cet œil.

Queenie répondit à son étreinte. Ses bras entourèrent son aînée et ne la lâchèrent plus. Elle s'était pourtant déjà fait une raison : Tina ne voudrait plus d'elle après une telle trahison. Pourtant, rien ne se passait comme elle aurait pu l'imaginer. Et se faire à l'idée que cette dernière ne lui en voulait pas et n'avait pas fait une croix sur elle à cause de cette histoire… La blonde fut soulagée. Plus soulagée que jamais.

C'était à la fois inattendu et… Pas si surprenant. Queenie ne sut pas vraiment ce qui l'avait amenée à penser que Tina ne la pardonnerait pas, ne comprendrait jamais. Malgré sa sévérité et sa droiture, sa sœur était probablement l'une des personnes les plus gentilles, les plus compréhensives que le monde ait connu. Mais son regard… Son regard lui avait paru si vrai, le jour où elle l'avait rejeté.

Queenie ne lui avait même pas laissé le temps de respirer. Elle avait sauté aux conclusions hâtives sans émettre l'hypothèse que Tina avait été submergée par le flot d'informations à cet instant. Apprendre que sa sœur et son mentor, celui qui lui avait tout enseigné au MACUSA s'étaient rangés du côté de Grindelwald… Plus elle y pensait, plus elle se faisait la réflexion que tout ceci avait dû être particulièrement dur pour l'auror.

« Tu… Tu veux dire que tu me cherchais pour t'excuser, pendant tout ce temps ? » Articula doucement la plus jeune, relâchant peu à peu son étreinte.

Tina se dégagea doucement et lui fit face, un sourire sincère aux lèvres.

« Je croyais que tu étais en danger. Je voulais te protéger mais… » Son sourire s'arma d'un zeste de malice. « Je vois que tu es particulièrement compétente en matière de fuite. »

Queenie lui rendit son sourire dans un éclat de rire. Ces dernières semaines avaient été particulièrement intensives pour elle, mais elle pouvait être fière d'elle. Elle avait esquivé les sbires du mage noir avec brio et avait trompé la vigilance de sa sœur de nombreuses fois.

« Comment m'as-tu trouvée ? » Demanda-t-elle, s'efforçant d'ignorer les pensées de sa sœur.

« J'avais placé plusieurs sorts de détection près de chez Jacob. » Avoua-t-elle. Queenie fit la moue mais se ravisa, surprise que sa sœur ne se fâche pas concernant sa relation. Ce fut en interceptant le fil de ses pensées – après tout, sa curiosité était plus forte qu'elle – qu'elle vit une certaine réticence de la part de cette dernière, mais pas de réelle opposition.

Queenie savait que c'était dangereux. À la fois pour elle et pour celui qu'elle aimait. Mais le jeu en valait terriblement la chandelle, et elle serait définitivement prête à prendre tous les risques pour Jacob.

« Je vois. » Murmura-t-elle en guise de réponse.

« Rentrons. » Suggéra alors Tina, une main tendue vers sa plus jeune sœur. « Cet endroit grouille de fanatiques et je ne sais pas encore pourquoi, mais Elliott McVaugh est là. Nous ne devrions pas rester. »

C'était là que les choses allaient se compliquer. Entretenir une relation intime avec un non-maj' était une chose, courir après l'un des objectifs du plus grand mage noir de son temps en était une autre. Et Tina serait définitivement contre.

« Je… Je ne peux pas partir. » Tina écarquilla les yeux.

« Tu es retournée auprès de Grindelwald ?! » Pensa-t-elle, si fort que Queenie put l'entendre.

« Non ! Non, non, non ! » La blonde secoua subitement les mains devant elle, essayant de se défendre comme elle le pouvait. « J'ai appris beaucoup de choses là-bas. Et… Je dois absolument faire quelque-chose. Je ne peux pas encore t'expliquer car… » Sa voix se fit soudainement bien plus basse. « Tu te mettrais en colère. » À cet instant, Queenie se sentit comme une enfant.

Tina l'interrogea du regard avant de briser le petit silence qui venait de s'installer entre elles.

« Queenie. » Elle croisa les bras. « Dis-moi la vérité. Je t'ai rarement vue aussi déterminée. »

La concernée sembla jouer avec le bout de ses manches, comme pour faire passer le stress qui venait surgir.

« Promets-moi que tu ne te mettras pas en travers de mon chemin si je te dis la vérité. » Elle croisa le regard réticent de son aînée. Elle fut soudainement beaucoup plus sérieuse qu'à son habitude et Tina ne manqua pas de le remarquer. « Promets-le-moi. »

Après quelques secondes, la brune hocha doucement la tête, loin d'imaginer ce qui allait suivre.

« Je te le promets. »

Une grande inspiration plus tard, la blonde reprit.

« Credence est à bord d'un bateau en direction de la France. Le 1899. C'est pour cette raison que McVaugh est là. Et il n'est pas seul. Il y a Vinda Rosier avec lui, et probablement d'autres hommes. »

« Credence est en vie ?! » S'enquit la plus âgée, les sourcils haussés.

Queenie hocha lentement la tête et fit signe à sa sœur de parler plus bas.

« Il l'est... » Elle ne mentionna cependant pas la véritable identité de l'orphelin. « Et il faut absolument que nous le trouvions avant que McVaugh ne l'emmène en Europe. »

Tina lui rendit un regard circonspect, pas vraiment sûre de suivre Queenie dans son discours. Il manquait beaucoup de morceaux à cette histoire que sa sœur tentait de lui raconter mais…

Queenie manquait surtout de temps. Elle ne pouvait pas tout expliquer à Tina, ni encaisser les reproches et les mises en garde de cette dernière. Elle attrapa les mains de son aînée et serra ces dernières dans les siennes.

« Teenie. Teenie, il faut que tu me fasses confiance, je t'en supplie. Je sais que c'est difficile après… Après ce que j'ai fait. » Elle baissa doucement la tête. « Mais ce que je fais… Je le fais pour me racheter. Alors s'il te plaît… »

La brune n'était pas convaincue. Elle ferma hermétiquement ses paupières et lâcha un long soupir. Si accepter la requête de sa sœur lui garantissait que cette dernière arrête de lui mentir et de la fuir alors…

« C'est d'accord. »

La blonde frappa dans ses mains, submergée par la joie. Tina était celle qui avait une vraie carrière et son caractère l'avait prédestinée à être celle qui prendrait les décisions. C'était sa façon d'être, ce qui la caractérisait et Queenie n'avait jamais vraiment eu de problème avec cela. Plus suiveuse que meneuse, elle appréciait particulièrement le fait que son aînée ait le sens des responsabilités, parfaitement consciente qu'elle serait incapable de la remplacer sur ce point-là.

Mais pour une fois, c'était un plaisir de pouvoir être entendue. D'avoir son mot à dire. Habituellement, Tina était un peu plus catégorique et Queenie ne sut pas exactement à quoi ce revirement était dû. Le fait qu'elle retrouve enfin sa sœur après des mois de cavale devait probablement jouer et la blonde eut un peu honte d'être heureuse à cet instant.

Peut-être était-elle en train de profiter des faiblesses de sa sœur, mais la fin justifiait les moyens. Credence avait une chance d'être sauvé et elles auraient un rôle à jouer. Et le temps venait à manquer.

« Credence est à bord d'un bateau portant le nom de 1899. McVaugh est supposé l'attendre près de la rampe d'embarcation. »

« Tu veux dire, ce 1899-là ? » Coupa alors Tina, désignant du menton quelque-chose qui se trouvait visiblement derrière sa sœur.

Queenie se retourna, intriguée. Et lorsque ses yeux se posèrent sur son Saint Graal, un sourire confiant se dessina sur son visage et elle fit volte-face vers la brune, avant de hocher la tête. La situation avait beau être incroyablement dramatique, elle se sentait plus assurée et heureuse que jamais. Elle allait enfin pouvoir montrer à sa sœur que cette dernière avait raison de lui faire confiance, qu'elle était capable de se racheter.

La blonde ne perdit pas un instant, d'un coup de baguette, sa capuche recouvrit à nouveau sa chevelure dorée et une ombre superficielle s'ajouta sur son visage – un charme crée par ses soins, pensa Tina. Quelques secondes plus tard, une cape vêtit également les épaules de l'aînée et camoufla l'identité de cette dernière. La brune ne broncha pas, consciente que son visage d'auror devait être parfaitement bien imprimé dans les mémoires de tous les sbires de Grindelwald, d'autant plus qu'elle était étroitement liée à Queenie, Newt et Percival Graves. Le mage noir avait probablement redoublé de vigilance concernant cette dernière, plus que pour n'importe quel auror lambda du MACUSA.

L'endroit grouillait d'individus suspects, et lorsqu'elle traversèrent le quai pour se rendre jusqu'à la rampe d'embarquement, personne ne s'intéressa à l'accoutrement particulier des deux sœurs. Cet endroit semblait infesté par les marchés noirs et autres réseaux illégaux, alors deux sorcières couvertes cherchant à rester discrètes… C'était probablement quelque-chose qui semblait normal par ici.

« Teenie ! Regarde ! » Chuchota la plus jeune, tapotant doucement l'épaule de sa sœur.

Lorsque la concernée leva doucement la tête, elle aperçut une silhouette familière, et lorsque sa vue se précisa suffisamment après avoir plissé les yeux pour distinguer le visage de cette personne, son cœur rata un battement. Jusqu'ici, elle n'avait pas douté une seule seconde des propos de sa sœur. Mais la réalité avait tout de même réussit à la frapper.

Credence était en vie. Credence était suffisamment puissant, pour que l'effectif total des aurors du MACUSA n'ait pas suffit à le défaire. Credence avait survécu là où personne ne l'avait jamais fait avant.

Elle s'avança vers ce dernier, comme attirée, comme obligée de courir vers lui mais une poigne légère retint son bras.

« On ne peut pas prendre la rampe, ce serait trop risqué. » Murmura Queenie, et Tina reprit ses esprits, avant de se tourner vers cette dernière.

Elle analysa les environs, cherchant désespérément un endroit discret et lorsqu'elle vit une sorte d'alcôve entre deux navires, elle attrapa la main de sa sœur et s'y engouffra. La blonde ne protesta pas et se laissa emporter. À peine l'ombre les avait-elle dévorées que l'aînée transplana et quelques secondes plus tard, elles naquirent de la poussière qui trainait sur le pont du bateau. Aussitôt leurs pieds avaient-ils foulé le sol du 1899, que Tina les avaient entraînée derrière un amas de caisses, à l'abris des regards.

« Il était avec McVaugh. » Queenie frotta son menton, la mine pensive. « Il l'a probablement conduit à sa cabine. »

Tina hocha doucement la tête. Credence était chargé lorsqu'elle avait aperçut ce dernier au bout de la rampe d'embarcation. Si le bras-droit de Grindelwald avait l'intention de lui faire visiter le navire, il le ferait probablement après l'avoir laissé s'installer dans sa cabine.

Sans plus attendre, l'auror jeta un œil à l'avant de l'amoncèlement de caisses qui les cachait et vérifia que la voie était libre. Personne ne semblait s'intéresser au pont à cet instant. La plupart des charges semblaient se diriger vers la cale et l'endroit était déjà labyrinthique tant il était encombré. Elle fit signe à Queenie de la suivre et la blonde s'exécuta sans broncher. Elles firent le tour inverse du bateau, cherchant une entrée au couloir des cabines côté mer – là où McVaugh ne serait pas en somme. Tina se rua alors bien vite sur la première porte qui se présenta à elle et y entraîna la blonde, refermant très soigneusement derrière elle. Elle ne devait pas laisser la moindre trace.

La moquette présente sur le sol rassura Tina. En général, les couloirs réservés aux appartements des passagers étaient toujours recouverts de moquette. Queenie se sentit soulagée lorsqu'elle entendit les pensées de sa sœur.

« Je vais avoir besoin de toi, Queenie. » Souffla-t-elle vers la concernée. « Si Credence est dans l'une de ses pièces, il doit forcément être en train… De penser à quelque-chose. »

À l'instant où elle finit sa phrase, elle entendit un bruit sourd venir de l'extérieur, comme celui d'une trompette. Un bruit familier qu'elle reconnut immédiatement, et la blonde n'eut pas besoin de lire dans ses pensées cette fois-ci pour comprendre qu'il s'agissait de la corne qui sonnait le départ du bateau.

Leur temps était compté désormais.

« Nous devons nous dépêcher ! » Répondit alors la plus jeune, dont le propos sous-jacent signifiait qu'elle acceptait bien évidemment d'essayer de retrouver Credence grâce aux pensées de ce dernier.

Tina savait à quel point il était difficile pour Queenie d'intercepter autant de flux en même temps et plus particulièrement que c'était une chose que sa sœur faisait lorsqu'elle se sentait triste, stressée voire étouffée. Cette sensation ne lui rappelait guère de bons souvenirs, mais c'était le seul moyen qu'elles auraient pour ne pas avoir à ouvrir chaque porte une par une et se faire repérer.

Alors qu'elle commença à s'avancer doucement dans le couloir principal, son pied frappa contre une planche qui traînait sur le sol. Probablement un bout de mur qui s'était effondré – le bateau était particulièrement délabré. Le bruit alerta l'un des hommes qui se trouvait au bout du couloir et ce dernier se retourna, intrigué par la planche qui venait de bouger toute seule.

Dans un réflexe inespéré, Queenie avait tiré son aînée en arrière avant que l'homme n'ait le temps de la voir. Elle avait pris soin de placer une main sur la bouche de la brune, pour éviter à cette dernière de crier de surprise. Et alors que les pas s'approchaient, elle fit tournoyer sa baguette et une planche fixée au mur du couloir principal se décrocha à son tour dans un craquement similaire à celui qu'avait causé Tina.

Le sorcier continua alors de s'avancer et ce fut lorsqu'il atteint leur position que Queenie, d'un geste vif de sa baguette, fit tomber sur planche sur la nuque de ce dernier avant qu'il n'ait le temps de les voir. Assommé pendant sa garde par une planche de bois. Ce serait probablement une histoire qu'il n'ébruiterait pas au risque d'être moqué par ses collègues, s'était dit Queenie.

Tina relâcha enfin son souffle, qu'elle retenait depuis que les pas de l'inconnu avaient commencé à se faire entendre dans le couloir. Lorsque Queenie en eut fini avec ce dernier, elle l'enjamba et la brune l'imita. Lorsque cette dernière vit la plus jeune faire preuve d'une concentration toute particulièrement, elle s'empêcha de la remercier pour son geste.

Queenie avait raison. Si elles voulaient sauver Credence, elles n'avaient pas une seconde à perdre. Le bateau avait déjà commencé à s'éloigner des côtes et il ne s'agissait plus que d'une question de minutes avant qu'elles ne puissent plus transplaner sur la terre ferme et se retrouvent coincées ici pour de bon, mettant toutes deux en danger leurs vies entre les griffes des sbires du mage noir.

« Ici. » Murmura alors Queenie avant de poser doucement sa main sur la porte. « Il est ici mais… »

Tina approcha sa main de la poignée, et Queenie l'empêcha d'aller au bout de son idée. L'aînée lui rendit un regard circonspect.

« Il n'est… » La blonde écarquilla ses yeux lorsqu'elle entendit la voix d'un braconnier qui lui était particulièrement familière. McVaugh était dans la pièce. « Pas seul ! »

La poignée de la porte s'abaissa la seconde qui suivit et la blonde attrapa l'avant-bras de sa sœur avant de transplaner dans la cabine d'en face. Tant pis pour le risque qu'elles prenaient, elles ne pouvaient définitivement pas laisser McVaugh tomber sur elles.

« Tu es folle ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » Reprit Tina, essoufflée par les nombreuses transplanations qu'elles avaient effectué plus tôt.

« McVaugh était là ! Il s'apprêtait à sortir… Je… » Son regard affolé n'osa pas croiser celui de sa sœur, de peur d'y voir de nouvelles réprimandes et tomba par hasard sur quelque-chose de bien plus grave que le reste.

Une jeune femme aux traits asiatiques et aux cheveux ébènes se tenait là, le regard presque aussi paniqué que celui des deux sœurs à cet instant.

Tina se rendit également compte de sa présence bien assez vite et sortit sa baguette avant de pointer cette dernière vers l'inconnue.

« Non, non ! Attendez ! » L'étrangère secoua ses mains devant elle. « Je peux vous aider… Je… » Elle marqua une pause, déglutissant. « Je vous ai vues, par la fenêtre de ma cabine et je… Je peux vous aider à le sauver… »

Tina descendit peu à peu sa baguette mais ne baissa pas sa garde pour autant. Elle n'était pas encore convaincue par les paroles de l'inconnue.

« Qui es-tu ? » Railla l'auror à l'attention de cette dernière.

« Je… Je m'appelle Nagini. » Elle soupira. « J'ai connu Credence après… Ce qu'il s'est passé… Dans le métro. Skender était supposé m'amener à Paris pour continuer la tournée de son freak show, et j'ai réussi à le convaincre d'amener Credence avec nous. Il a très vite accepté, et un homme a contacté Credence quelques jours plus tard. Celui qui sortait de sa cabine à l'instant. Je ne sais pas ce qu'il lui veut, mais j'ai un mauvais pressentiment. »

Queenie s'approcha naturellement de Nagini et posa deux mains sur ses épaules.

« Elle ne ment pas. » Murmura-t-elle. « Qui est Skender ? »

« Il dirige l'un des cirques les plus connus au monde. Il m'a capturée en Indonésie et je dépends de lui désormais. Je voulais m'enfuir avec Credence, mais il semble impossible à convaincre depuis que cet Elliott McVaugh lui a promis de l'aider à retrouver sa véritable identité. »

Le sourire de la blonde se tordit.

« Il n'aura pas besoin de suivre ce monstre pour découvrir la vérité. »

Tina arqua un sourcil et entrouvrit ses lèvres, mais Nagini reprit avant qu'elle ne puisse poser la moindre question.

« Nous sommes trop éloignées de la côte pour pouvoir transplaner désormais. Mais j'ai une autre solution. » Queenie lui adressa un regard attentif et Tina balaya ses pensées pour écouter la jeune femme. « Nous pouvons détourner le bateau. »

La brune haussa les sourcils.

« C'est de la folie, nous… »

« On pourrait faire ça ! » La plus jeune se tourna vers sa sœur. « Le commandant de bord a sa propre cabine. Si nous arrivons à le corrompre, lui et son second… Alors nous pourrions débarquer en Angleterre. »

L'aînée jaugea un instant l'idée, persuadée que tout ceci était bien trop risqué. Mais il s'agissait de leur dernière option.

« Nagini. » Queenie se tourna vers la concernée. « Merci. Je te promets que nous ne te laisserons pas ici. »

Un sourire maladroit se dessina sur ses lèvres et la blonde sentit la tristesse émaner de l'esprit de cette dernière. Elle avait tant souffert, et retrouvait enfin un peu d'espoir pour sortir de sa captivité aujourd'hui. Tina hocha la tête aux propos de sa sœur et adressa un sourire réconfortant à la jeune Maledictus.

« Comment comptes-tu corrompre le commandant de bord et son second ? » S'enquit alors la brune.

« Tu sais de quoi je suis capable, Teenie. »


« Qu'est-ce que… »

« Stupéfix ! »

Alors que Tina insonorisait la pièce et verrouillait cette dernière, floutant la moindre fenêtre pour éviter qu'elles ne se fassent repérer, Queenie s'était précipitée sur les deux hommes.

Elles avaient été capables de le sentir aussitôt avaient-elles mis les pieds dans cette pièce. Ils étaient tous deux moldus et semblaient contraints de faire voguer ce bateau – tout en ayant conscience que des sorciers se trouvaient sur ce bateau.

« Ne… Ne tirez pas ! » Balbutia celui que la blonde devina être le second, qui ne sembla pas savoir comment appeler une potentielle attaque magique.

Des liens sortirent alors de la baguette de la plus jeune et vinrent empêcher le commandant et son second de bouger. Queenie rompit le Stupéfix lancé plus tôt et croisa les bras.

« Nous ne vous voulons aucun mal. » Elle jaugea les expressions qu'arboraient les deux marins et intercepta le flux de pensées de ces derniers.

Le second avait une fille, qu'il n'avait pas revu depuis des années. McVaugh semblait lui promettre de revoir cette dernière à chaque nouvelle mission qu'il lui confiait mais ne tenait jamais sa promesse. Et le commandant lui-même n'avait rien à perdre, si ce n'était le fait qu'il considérait le second comme son propre fils.

Queenie prit un long instant pour réfléchir.

« Nous avons besoin de nous rendre en Angleterre» Elle s'agenouilla près des deux hommes, que la peur paralysait à cet instant. « Victor… » Son regard s'adoucit et rencontra celui du second. « Je sais à quel point vous voulez revoir votre fille. Nous pouvons vous aider à vous échapper mais… Il faut que vous emmeniez ce bateau sur les côtes anglaises. »

Le commandant de bord adressa un regard à son second. Lui aussi voulait s'en sortir, mais il se fichait des conséquences. Alors il laissa le dénommé Victor décider.

« Vous… Vous nous aiderez ? » Et Queenie hocha la tête, sans la moindre hésitation. Elle desserra les liens d'un coup de baguette et les deux hommes se relevèrent. Il n'y avait aucune forme d'hostilité dans leur regard. Seule la peur subsistait. Et la blonde comprit bien assez vite que ce n'était pas d'elle qu'ils avaient peur à cet instant.

« Il faudra que vous vous cachiez. Ici. » Il s'avança vers la seule porte du poste de commandement. « Ce sont nos cabines. Vous pouvez prendre la mienne. Je dormirais ici, sur l'un des sièges. »

Queenie croisa le regard de sa sœur. Le temps était désormais maître de leur destin, et si elles savaient que McVaugh ne verrait pas une seule seconde que le bateau ne se dirigeait pas dans la bonne direction, elles n'avaient pas la moindre idée de l'issue que prendrait cette mission désespérée.


Et voilà pour le chapitre 17. J'espère qu'il vous aura plu !

À savoir que la Pierre Parlante est un artefact de mon invention. Elle n'existe pas dans l'univers JKR, mais j'ai essayé de lui donner vie à travers ma fiction. Pour l'instant vous devez vous poser pas mal de question dessus, mais les réponses arrivent très vite, ne vous en faites pas.

N'hésitez pas à me donner votre avis, et pas d'inquiétude, nos deux amours reviennent Samedi prochain. J'espère que malgré la non-présence de Newt et Graves, ces deux chapitres explicatifs vous auront plu !