.
.
.
A la porte de la bâtisse, mon père me prit le bras. Je soufflais fort pour laisser s'échapper mes appréhensions. Nous remontâmes l'allée doucement, le cœur battant je fixais mon futur époux. Il était posté tout droit aux côtés du prêtre. Une fois arrivée à son côté, il prit ma main et ne la lâcha plus. A travers cette main tendue, il me transmit sa joie. A la fin de la cérémonie, je m'appelais Adélaïde Malfoy et ce jusqu'à ma mort. Drago avait planté son regard dans le mien et ne m'avait pas quitté des yeux jusqu'à la fin. Désormais nous étions liés jusqu'à la mort. Nous nous rendirent main dans la main dans la salle de la réception du château où la fête commença par notre valse. Tout le monde semblait ravi et discutait gaiement, certains se mirent même à danser. Il y avait peu d'invités, seuls les amis et la famille proche avaient fait le déplacement. Tout le monde semblait ravi. Plusieurs heures plus tard, nous nous rendîmes dans le jardin pour admirer le feu d'artifice lancé en notre honneur.
Drago me tenait dans ses bras tendrement. Il me murmura doucement :
- « Je t'aime de tout mon cœur, de tout mon corps et de toute mon âme. Tu es ce que j'ai de plus précieux. Je donnerai ma vie pour toi. Je suis heureux que tu ais accepté de passer le reste de ta vie à mes côtés. »
C'était la plus belle déclaration que l'on m'ait faite. Je me sentis si heureuse que pour la première fois de ma vie, je m'abandonnais totalement au présent. J'avais la sensation que rien ne pouvait m'atteindre, que j'étais éternelle. Il me rendit me sourire et me laissais l'embrasser. Je tentais de lui transmettre dans ce baiser, tout l'amour que je ressentais pour lui.
Puis, le temps était venu que nous quittions la fête pour passer la nuit ensemble. Drago me mena à un chemin d'escalier en terre qui s'enfonçait dans le sous-bois. Il était bordé de lanternes dans lesquelles une douce flamme brillait. Le chemin semblait mener jusqu'au centre de la forêt, il m'aida à porter la robe qui frottait sur les racines ressortant de terre sur le chemin. Puis je le vis : c'était une petite cabane éclairée de nombreuses bougies, avec de larges ouvertures où les rideaux s'agitaient avec la douce brise du soir. Par transparence, j'aperçu le lac dans l'eau duquel se reflétaient les lueurs de la nuit derrière l'abri. Le paysage était si beau que je sentis des larmes dégringoler le long de mes joues. Drago me mena jusqu'au petit balcon qui donnait sur le lac, il me laissa contempler le déco idyllique tandis qu'il servait deux verres de champagnes. Nous trinquâmes « au reste de notre vie » tout en contemplant le spectacle magique des lumières se reflétant sur le lac. La lune était haute et pleine dans le ciel, nous surplombant de toute sa majesté.
Une fois repus de ce panorama féérique, nous entrâmes dans la cabane qui ne contenait qu'un lit. Du lit, nous avions deux ouvertures immenses sur les arbres et le lac environnant qui nous donnèrent l'impression de dormir au contact de la merveille que nous présentait la nature. Enlacés dans la couche, une grande paix s'était installée dans nos cœurs. C'est alors que je découvris que je vivais le moment le plus heureux de toute ma vie. Je me sentis transportée par cette splendeur, par l'amour pour mon mari, pour la terre, pour la vie elle-même. Mon cœur me parut lourd dans ma poitrine tandis que ma joie me transperçait. Nous nous serions l'un contre l'autre, prêts à ne faire qu'un. Je savais que désormais je n'avais plus rien qui ne m'appartint en propre. Ma vie était sa vie. Mon corps était son corps. Tout fut unité.
Le chant des oiseaux m'éveilla avec plaisir. Je sentais le bras de Drago sur moi et sa chaleur à ma gauche. Il dormait sur le ventre et moi sur le dos. Mes yeux se dirigèrent vers l'extérieur où je vis des feuilles agitées passer du vert au doré. En me relevant, je pus observer les rayons ambrés du soleil se poser sur la surface lisse du lac. Au même moment, un pic-vert agitait ses ailes au-dessus de l'étendue bleue traversant l'espace à toute vitesse. Je mis une ample robe blanche pour sortir sur la terrasse de la cabane du bord du lac. Là, installée confortablement dans un fauteuil d'osier, je contemplais la nature se déployer sous mes yeux. Les écureuils sautant dans le bois des noisetiers, les petits oiseaux furetant autour des saules pleureurs et au loin, des chênes allongeant leurs branches. Longtemps je me laissais aller à la tranquillité de l'immobilisme. Toute volonté semblait m'avoir abandonnée, je me contentais de regarder la nature s'épanouir juste sous mes yeux. Puis j'entendis mon mari se lever et me rejoindre. Il sortit d'un coffre de quoi se restaurer pour le petit-déjeuner. Après avoir mangé, il dit : « Maintenant il est temps que nous partions en lune de miel, tu ne crois pas ? ».
Plus tard, nous nous retrouvions dans un bateau, en direction du continent américain. Le temps était frai une fois sur terre. Le printemps déployait ses charmes, feuilles vertes, fleurs, soleil doux. Tout était réuni pour vivre un vrai rêve. Nous étions au Canada, visitant Montréal, puis Toronto, pour enfin aller voir les jardins botaniques royaux. Au bout de quatre mois, nous nous étions dégotés un chalet bucolique donnant sur un lac. Le cadre était grandiose, la vie fut douce. Quand l'heure du départ sonna, quatre mois plus tard, je ne pus m'empêcher de passer dans chaque pièce, observant une dernière fois le cadre dans lequel s'était épanouit encore plus mon amour pour mon mari. « Au revoir chambre. Au revoir salon. Au revoir cheminée. Au revoir terrasse. Au revoir lac. Au revoir route. Au revoir Canada. »
De retour à Londres, le choc me coupa le souffle. Les derniers mois avaient étés les plus heureux de ma vie. Et voilà que je retrouvais la ville animée, l'hôpital et tout ce que j'avais abandonné depuis ce qui me semblait une éternité. Je me sentais différente. Je n'étais plus la même, j'avais l'impression d'avoir profondément changé. Jamais de ma vie je n'avais été aussi calme, aussi tranquille. Rien ne me semblait grave et l'angoisse qui avait marqué mes derniers moments en Angleterre s'était muté en paix. Drago et moi avions passé presque une année en totale adéquation. Nous étions si bien ensemble. Londres marqua la fin de cette merveilleuse lune de miel. De façon plutôt brutale nous recommencèrent à travailler et bien que désormais nous habitions ensemble dans son appartement, nous passions plus que de rares moments ensemble. Le bouleversement fut radical.
Il me paraissait que nous ne nous appartenions plus. Malgré tout l'amour que nous nous portions mutuellement, nous ne pouvions plus agir comme si nous étions seuls au monde.
.
.
.
