Une nuée de coccinelles apparurent, tournèrent au-dessus de sa tête avant de disparaître en laissant tomber un objet carré rouge à poids noirs et plutôt lourd d'où pendait un fil électrique orné du même motif que l'héroïne réceptionna entre ses mains.
-« Un spot lumineux ? » murmura Chat Noir en s'approchant.
-« Portatif ! » clama Ladybug avec un petit rire peu assuré en montrant la poignée qui faisait le tour du spot.
-« Qu'est-ce que tu vas faire de ça ? » demanda le héros en croisant les bras.
La jeune fille fronça les sourcils en regardant tout autour d'elle. Il fallait qu'elle trouve comment se servir de ça pour vaincre Polyphème, et elle devait faire vite, son compte à rebours venait de commencer.
Son regard se posait frénétiquement sur les éléments de la rue : les voitures, les lampadaires, les pots de fleurs sur les garde-corps des balcons, mais rien ne lui donnait une idée jusqu'à ce qu'elle observe le prochain pont, devant elle, qui enjambait la Seine à presque 200 mètres de là, le pont du Carrousel. Sur sa droite, Polyphème progressait en direction de ce pont tout en continuant à faire de grands gestes autour de lui.
La jeune fille regarda une nouvelle fois le spot dans ses mains avant qu'un grand sourire ne fende son visage.
-« Je crois bien que j'ai une idée, souffla-t-elle en se tournant vers Chat Noir. Je vais avoir besoin de toi pour mettre mon plan en œuvre ! »
-« Euh d'accord, quelle est ton idée exactement ? » osa demander le héros en haussant un sourire.
-« Viens ! » cria-t-elle en se retournant pour se mettre à courir sur la rive opposée à celle où progressait Polyphème, passant le câble du spot par-dessus sa tête.
Sans essayer de la retenir, le jeune homme s'élança derrière elle.
Ladybug se propulsa sur le toit des immeubles face à elle pour continuer sa route jusqu'au prochain pont, évitant du même coup la circulation embouteillée et les passants dans la rue en contrebas, peu encline à perdre du temps à cause de cela.
-« Nous allons devoir être plus malins que lui, cria Ladybug à son coéquipier avec un regard en arrière pour s'assurer qu'il la suivait toujours. Nous devons absolument neutraliser Polyphème, c'est notre objectif principal. Quand il ne sera plus là pour protéger Odyssée, il sera facile de récupérer le livre. »
-« Je suis d'accord, affirma le jeune homme avec un hochement de tête. Tu as une idée pour te servir de ton Lucky Charm ? »
-« Oui mais je vais avoir besoin d'un peu de temps pour brancher la prise. Toi, pendant ce temps, tu attires Polyphème sur le pont du Carrousel, le plus au centre du tablier, sans te faire attraper si possible. Et pour le reste, tu me fais confiance ! »
-« Attends, mais tu- » commença le héros, manifestement peu satisfait de ces explications.
-« Nous n'avons pas le temps Chat Noir, supplia Ladybug en se tournant de nouveau vers lui après un saut, montrant une de ses boucles d'oreilles qui venait d'émettre son premier « bip » strident. Je n'ai plus beaucoup de temps avant de me détransformer ! Fais ce que je te dis s'il te plait. »
Devant l'air désespéré de sa coéquipière, le jeune homme se résigna à poser plus de question.
Après un dernier regard, les deux jeunes gens se séparèrent, Ladybug se dirigeant vers la rue juste devant le pont tandis que Chat Noir se ruait vers Polyphème qui allait bientôt l'atteindre de l'autre côté de la rive.
Se jetant sur les pavés, le jeune homme redescendit du toit pour courir droit devant lui avec pour seul objectif de traverser le tablier le plus vite possible.
Il voyait Polyphème se rapprocher de plus en plus de l'entrée du pont et il serait bientôt trop tard pour le rattraper. Serrant les dents et les poings, le jeune homme accéléra encore sa course, faisant presque supplier ses poumons tant sa respiration était rapide.
Enfin, le jeune homme arriva au bout du pont alors que Polyphème avait atteint ce point lui aussi.
-« Hey ! cria le héros sans réfléchir. Coco bel œil, viens voir par-là ! »
Une fois de plus, le jeune homme se surpris lui-même d'avoir prononcé ces mots de manière presque naturelle. Pour la première fois, il pouvait lui dire tout ce qui lui passait par la tête sans avoir besoin de de sélectionner ses paroles.
Et c'était une sensation agréable.
Alerté par attaque verbale de Chat Noir, le cyclope se tourna vers lui en grognant.
« Revoilà Chat Noir ! somma le Papillon dans les oreilles d'Odyssée, toujours perché dans la paume de son géant. Fais le nécessaire pour lui prendre son miraculous ! »
L'akumatisé se contenta de serrer les poings en regardant le héros d'un air assassin.
-« Attrape-le Polyphème ! hurla-t-il en montrant le héros à son cyclope. Attrape-le, réduis-le à néant que je puisse récupérer son bijou ! »
-« On ne t'a jamais appris que c'était mal de montrer du doigt ? » railla le héros tout en reculant doucement sur le pont.
Avec un nouveau grognement, Polyphème s'y engagea à son tour tandis qu'un petit sourire prenait place sur les lèvres de Chat Noir.
Il avait rempli sa part de la mission. Jetant un regard discret en arrière, le jeune homme attendait le retour de sa coéquipière. Il savait qu'il devait absolument continuer à faire avancer Polyphème sur le pont et ne surtout pas le laisser retourner en arrière.
Pour le reste, il s'en remettait à Ladybug.
Voyant son partenaire s'écarter d'elle, Ladybug descendit à son tour des toits pour se poser dans une, rue juste en face du pont où était en train de courir Chat Noir.
Elle le détailla quelques instants, inquiète de le laisser partir seul au front, son prodigieux envol de début de combat lui revenant bien trop clairement en tête.
Secouant la tête pour chasser cette pensée, la jeune fille retira le câble du spot de son épaule tout en regardant autour d'elle.
Il fallait qu'elle trouve une prise de courant afin de le faire fonctionner, sans quoi son plan tomberait à l'eau. Et un second « bip » strident se fit entendre depuis ses boucles d'oreilles. Le temps pressait.
La jeune fille continua a balayer du regard tous les commerces qui se dressaient autour d'elle. Tout est fermé, personne en vue.
Elle mordit sa lèvre inférieure d'un air paniqué. Allait-elle devoir briser une vitrine pour entrer par effraction ? Elle hésita un instant mais le sol qui tremblait dû au fait que Polyphème se rapprochait d'elle mis aussitôt fin à son combat intérieur.
Elle s'approcha d'une boutique d'impression en faisant tournoyer son yoyo à côté d'elle, bien déterminée à faire sauter la vitrine.
Mais alors qu'elle se tenait juste devant le magasin, elle vit à travers la grande vitrine plusieurs personnes se relever au fond du commerce.
Un air affolé était peint sur leur visage, sûrement renforcé par le fait de voir s'approcher l'héroïne de la ville avec un air aussi sérieux, presque meurtrier dans les yeux.
Ladybug en pris aussitôt conscience en écarquillant les yeux.
Elle tourna une nouvelle fois le regard vers Chat Noir qui reculait sur le pont. Vite. Avec un air plus doux, elle frappa à la vitrine avec un petit sourire afin d'attirer l'attention des civils.
Après quelques secondes d'hésitation, un homme, que l'héroïne identifia comme le propriétaire de la boutique, s'approcha pour déverrouiller la porte, les mains tremblantes.
-« L-Ladybug ? bredouilla l'homme en scanna la jeune fille des yeux. Que faites-vous ici ? »
-« Pardon de vous avoir fait peur, j'ai besoin de vous. » répondit l'héroïne avec un ton indulgent.
-« D-De nous ? »
Une grande secousse se fit ressentir et fit crier les autres occupants de la boutique. Polyphème venait de donner un énorme coup de pied sur les pavés du pont pour sûrement tenter d'aplatir Chat Noir sous son pied.
-« Oui, je voudrais que vous me branchiez ça s'il vous plait. » reprit Ladybug en tentant de garder son calme, confiant la prise du câble du spot au commerçant.
-« Oh, bien sûr, tout ce que vous voulez. » répondit l'homme en regardant la prise avec des yeux ronds.
-« Merci. Ne vous en faites pas, tout sera bientôt terminé. Restez cachés. »
Sans perdre plus de temps, Ladybug laissa tomber le câble électrique sur le sol avant de se mettre à courir dans la rue en direction du pont tandis que les occupants de la boutique la regardaient s'éloigner.
La jeune fille traversa le tablier du pont jusqu'en son centre avant de poser le spot au sol.
Vite.
Chat Noir et Polyphème n'était à présent plus qu'à une vingtaine de pas devant elle et les pas du cyclope avait failli la faire chuter plusieurs fois tant ils secouaient le sol. Un petit regard échangé silencieusement avec son partenaire informa ce dernier qu'elle était de retour.
Mais le héros n'était pas le seul à avoir remarqué la réapparition de Ladybug.
-« Qu'est-ce qu'elle fabrique ? tonna Odyssée en serrant son livre contre son torse de sa main gauche, sourcils froncés. Polyphème, écrasez-les ! Récupère les miraculous ! »
Ladybug, sans prêter attention aux menaces de l'akumatisé, orienta la lampe vers le géant avant de se retourner vers la rue qu'elle avait quitté quelques secondes plus tôt.
Le commerçant lui faisait de grands signes, confirmant qu'il avait rempli sa mission. L'héroïne hocha la tête avant de se tourner de nouveau face à ses ennemis.
Chat Noir était maintenant près d'elle, ses yeux rivés sur le cyclope qui continuait de s'approcher d'un pas lent.
-« Tiens-toi prêt Chat Noir, nous allons avoir besoin de ton cataclysme. »
-« Je suis prêt. » affirma le jeune homme avec un hochement de tête tout en arquant ses jambes.
Polyphème continuait sa dangereuse progression vers eux. Odyssée quant à lui ne semblait pas avoir l'intention d'invoquer d'autres monstres, trop occupé à surveillé l'avancement de son cyclope. Parfait.
La jeune fille prit une profonde inspiration.
Trois.
Le géant avança encore d'un pas, laissant un immense cratère dans le pavé de la route. L'akumatisé ne semblait pas se méfier de ses deux adversaires, obnubilé l'envie de les voir écrasés sur le pavé.
Deux.
Une partie de la rambarde en pierre du pont s'écroula à la gauche des héros s'écroula, emportant avec elle un morceau du tablier ainsi qu'une voiture abandonnée ici par un civil, qui plongea droit dans la Seine.
Un.
Polyphème, maintenant à portée de coup et sous les ordres de son maître, leva son poing, son œil rivé sur les héros juste devant lui. Un sourire malsain se dessina sur le visage d'Odyssée qui voyait déjà la victoire se dessiner devant ses yeux. Un frisson parcouru le dos de Ladybug quand elle vit le poing du cyclope redescendre vers eux. Ce n'était plus le moment de douter.
-« MAINTENANT ! » hurla-t-elle tout en allumant le spot, dirigé vers le visage de Polyphème.
Surpris et surtout aveuglé par cette soudaine lumière, le cyclope n'eut pas d'autre choix que de stopper son coup, reculant tout en se protégeant de la lumière grâce à sa main libre.
-« Chat Noir, poursuivit Ladybug en se tournant vers son coéquipier. Le pont ! »
Elle n'eut pas à le répéter une deuxième fois. Sans perdre un instant, le héros se mit à courir en direction du géant alors qu'une montée d'adrénaline faisait fonctionner ses jambes plus rapidement et plus puissamment.
En une fraction de seconde, le jeune homme fut aux pieds du géant. Sans ralentir, le jeune homme leva sa main droite vers le ciel.
« Cataclysme ! »
À peine eut-il prononcé ses mots que Chat Noir se laissa déraper sur le sol, son costume encore humide de sa chute dans la Seine favorisant sa glissade.
Il laissa traîner sa main sur la surface du pont aussi longtemps que possible tant qu'il était proche de Polyphème.
Quand il fut assez loin, à quelques pas dans le dos du géant, le jeune homme se releva souplement, juste à temps pour voir les pavés se disloquer en poussière.
Sans avoir le temps de réagir, le cyclope senti le sol s'effondrer sous ses pieds, lui arrachant un cri ainsi qu'à Odyssée qui se raccrocha aux doigts de son géant pour ne pas tomber de sa paume.
Le cyclope tomba lourdement.
Mais la fissure béante au milieu du pont n'était pas assez grande et le dos de Polyphème, qui chutait en arrière, tapa sur le tablier alors que ses pieds étaient déjà sous la structure.
Le choc fut si violent qu'Odyssée fut éjecté en arrière, catapulté vers Chat Noir.
Le jeune homme, voyant le vilain faire une courbe au-dessus de lui, couru pour le réceptionner dans ses bras. Au-delà du fait qu'il ne souhaitait pas voir Maxence être blessé par cette chute qui lui aurait sûrement valu un coccyx fracturé ou pire, il savait qu'il ne devait laisser à l'akumatisé aucun temps mort.
Une seule seconde d'inattention pouvait lui permettre d'invoquer d'autres monstres et il en était parfaitement hors de question.
Attrapant le garçon au vol, il le plaqua aussitôt au sol et lui arracha son livre des mains sans semonce alors que Polyphème continuait de donner des coups sur le tablier du pont pour tenter de se dégager.
Chat Noir sentait la structure trembler d'une manière effrayante mais cela ne le déconcentra pas de sa mission.
Alors qu'il se redressait, Odyssée laissa échapper un cri de frustration en tentant de lui sauter dessus.
Mais le héros fut plus rapide et esquiva aisément son attaque. Se retournant rapidement, dans l'idée de lancer le livre à sa partenaire, le jeune homme resta figé devant lui.
Sûrement sensible au fait que son maître ne tenait plus son livre, Polyphème venait enfin lui aussi de disparaître dans une nuée de pages de livres qui s'envolèrent autour d'eux.
Mais il fut aussitôt ramené à la réalité par Odyssée qui lui sauta sur le dos, tentant par tous les moyens de récupérer son précieux ouvrage.
Les deux jeunes hommes chutèrent de nouveau au sol, Chat Noir déséquilibré par cette attaque surprise.
Voyant son partenaire en difficulté, Ladybug prit soudain conscience qu'elle devait passer de l'autre côté du pont pour aider son partenaire.
Ladybug recula de quelques pas avant de se mettre à courir en direction du trou qui le séparait de son coéquipier, là où était coincé Polyphème quelques instants plus tôt.
Elle devait sauter par-dessus, à défaut de n'avoir aucune prise pour accrocher son yoyo qui aurait pu lui permettre une avancée plus facile. L'héroïne sentait son sang battre sous ses tempes, affolée par le « bip » de son miraculous mais également par la peur de faillir à sa mission.
Elle prit le plus d'élan possible, se propulsant à la bordure du trou en criant pour se donner du courage. La jeune fille serra les dents, persuadée de ne pas y arriver.
Elle arriva pourtant de l'autre côté sans difficulté, et sauta la brèche d'au moins 5 mètres en se réceptionnant souplement de l'autre côté.
Surprise de cette performance, la jeune fille jeta un regard en arrière, les yeux écarquillés. Jamais de sa vie la jeune fille se serait cru capable d'un tel saut.
Un grognement rageur de la part d'Odyssée la ramena à sa mission première. À son tour, elle s'avança vers l'akumatisé, déterminée à ne pas le laisser s'enfuir.
Donnant un coup de coude dans la clavicule du vilain, Chat Noir réussit à donner le livre qu'il avait protégé sous son corps à sa coéquipière.
Odyssée tenta alors de se relever pour se jeter sur elle mais le héros le retint par la cape qui tombait dans son dos, le plaquant au sol pour l'empêcher de bouger.
Profitant de cet instant de répit, Ladybug recula, ouvrit le livre en son centre pour le déchirer sans État d'âme.
Voyant l'akuma sortir de la couverture, elle lâcha l'ouvrage et décrocha son yoyo de sa hanche.
-« Assez de dégât comme ça petit akuma, clama-t-elle en ouvrant son arme avant de la faire tournoyer à côté d'elle. Je te libère du mal ! »
Ladybug lança le yoyo vers le petit papillon qui fut tout de suite happé dans l'arme avant d'en ressortir presque immédiatement, retrouvant son éclat d'un blanc pur.
-« Bye-bye petit papillon… » souffla l'héroïne en le regardant s'éloigner.
Elle adressa un sourire à Chat Noir qui maintenait toujours Odyssée.
Le jeune homme, après quelques secondes de flottement, perdit son costume d'akumatisé, libéré de la masse sombre qui recouvrait son corps.
« Non ! cria le Papillon en serrant les poings. La victoire semblait pourtant proche !
Ladybug ! Chat Noir !
Un jour je mettrais la main sur vos miraculous et vous ne serez alors plus que de l'histoire ancienne ! »
Chat Noir se releva pour permettre à Maxence de se redresser, le jeune homme regardant autour de lui en se tenant la tête.
-« Q-Que s'est-il passé ? » demanda-t-il en regardant autour de lui avec des yeux ronds.
-« Tout va bien, ne t'inquiètes pas. » rassura l'héroïne en s'approchant d celui avec un regard indulgent.
Mais elle n'eut pas le temps d'ajouter autre chose.
À peine avait-elle fait un pas en avant qu'elle sentit le sol trembler sous elle. Les deux héros se regardèrent d'un air effaré.
Une large fissure partant de l'ancrage du pont, sur le bord de la rive, se dessina sous leur pied. La pierre ne pouvait plus supporter le poids du tablier à elle seule et commençait à céder. Dans quelques secondes, cette partie du pont n'existerait plus.
Réagissant en une fraction de seconde, Chat Noir attrapa Maxence par le poignet.
-« Ladybug, on ne peut pas rester ici ! » cria-t-il à sa partenaire qui avait toujours les yeux rivés sur la fissure qui s'élargissait de secondes en secondes.
La jeune fille sursauta en regardant son partenaire avant de hocher la tête. Imitant le geste de son partenaire, elle attrapa l'autre main de Maxence, le jeune homme se retrouvant entre les deux héros.
Ces derniers reculèrent de quelques pas, obligeant le lycéen à faire de même.
-« A-Attendez, bégaya-t-il en regardant à tour de rôle Chat Noir puis Ladybug. Q-Qu'est-ce que vous voulez faire ?! »
-« On va sauter la faille. » expliqua sobrement Chat Noir en fronçant les sourcils, les yeux rivés sur le trou béant laissé par son Cataclysme qui les séparait de l'autre côté du pont.
-« Quoi ?! »
-« Accroche toi. » somma Ladybug avec un air tout aussi sérieux.
Se concertant par un rapide regard, les deux héros se mirent à courir au même rythme, forçant Maxence à suivre leur cadence malgré son évidente réticence.
Arrivés au bord de la faille, les deux jeunes gens soulevèrent le petit métis en sautant le plus loin possible, sentant le sol se dérober sous leurs pieds.
Maxence laissa échapper un cri en se sentant décoller malgré lui.
-« Vous êtes fous ! » hurla-t-il en voyant passer la Seine juste en-dessous de lui.
Mais étonnement, tout comme Ladybug l'avait quelques instants auparavant, le trio sauta la brèche sans souci, atterrissant en sécurité de l'autre côté.
Les deux héros eurent juste le temps de reposer Maxence pour se retourner en même temps, assistant avec un œil désolé à la destruction du pont qui s'effondra dans l'eau en un bruit assourdissant.
Ils soupirèrent tout de même de soulagement, rassurés d'avoir enfin rempli leur mission.
Mais un quatrième « bip » venant du miraculous de Ladybug les firent tous les deux sursauter.
-« Je pense qu'il est temps de réparer tout ça. » assura Chat Noir avec un sourire, ramassant le spot lumineux qui n'avait pas bougé depuis que Ladybug l'avait utilisé.
-« Oui, merci, répondit l'héroïne en récupérant son Lucky Charm. J'espère qu'il n'y a pas trop de blessés. » soupira-t-elle en baissant le regard.
-« Tout va rentrer dans l'ordre avec ton pouvoir. » garantit son coéquipier avec un hochement de tête.
Ladybug se contenta de hocher la tête.
Elle regarda un instant autour d'elle avant d'inspirer à pleins poumons.
« Miraculous Ladybug ! »
La jeune fille lança le spot au-dessus d'elle en prononçant ces mots. Le spot disparu aussitôt en une myriade de coccinelles qui se dispersèrent partout autour d'elle.
Ladybug les regarda accomplir leur travail avec un léger sourire, admirant les réparations éclairs de ses petites compagnes avec toujours autant d'admiration et de fascination.
En une fraction de seconde, le pont fut réparé, les dégâts dans les rues disparurent et toutes les blessures furent soignées.
Maxence retrouva également son livre qui fut déposé dans ses mains, réparé, tel qu'il était avant son akumatisation.
Les deux héros soupirèrent de contentement en échangeant un regard. Ladybug détailla un instant son coéquipier avec un sourire avant de lever son poing vers lui.
-« Bien joué partenaire. » murmura-t-elle avec un sourire plus large encore.
Sans hésiter, Chat Noir vint cogner son poing contre celui de sa partenaire avec un hochement de tête. Mais il n'eut rien le temps d'ajouter qu'un bruit sourd s'éleva soudain des rues.
C'était un bruit lointain et pourtant tout près à la fois. Le rythme cardiaque du jeune homme s'emballa d'un seul coup. N'était-ce donc pas fini ?!
Le héros regarda frénétiquement autour de lui tandis que le bruit se faisait de plus en plus précis, se rapprochant de leur position.
Et soudain, le jeune homme reconnu ce son. Un son qu'il n'avait que très rarement entendu dans sa vie, voire peut-être jamais.
Ce bruit sourd, ces cris qui s'élevaient des rues, étaient ceux des parisiens et de leurs applaudissements, leurs acclamations de joie et de remerciement envers leurs héros qui venaient de les sauver après un combat qu'ils savaient rude.
Chat Noir vit les citoyens se rapprocher d'eux, sortir des bâtiments et de leurs cachettes de fortune, leurs mains frappant les unes contre les autres, des rires et des ovations s'élevant de toute part.
Le jeune homme senti une vague irrationnelle de panique s'emparer de lui alors qu'il voyait la foule se faire de plus en plus grande. Il regarda Ladybug qui rit aux éclats en surprenant le regard effrayé de son partenaire.
D'un mouvement de menton, elle indiqua le toit le plus proche d'eux.
-« On te laisse, murmura l'héroïne à Maxence avec un léger hochement de tête. Prends soin de toi. »
L'adolescent hocha la tête avant que Ladybug ne se propulse vers le toit par un habile lancer de yoyo. Chat Noir la suivit sans attendre après un regard à Maxence, peu envieux de s'attarder au milieu de cette cohue.
Une fois sur le toit, Ladybug regarda un instant la foule qui s'étalait dans l'avenue et sur le pont. Elle sentit son cœur s'enfler d'un profond sentiment de joie et de satisfaction.
Mais le dernier « bip » de son miraculous la rappela rapidement à l'ordre.
-« Je dois y aller, souffla-t-elle à son coéquipier. Je te laisse gérer tout ça, rit-elle avec un clin d'œil. À bientôt Chat Noir. »
-« Hey, att- » bredouilla ce dernier.
Mais les mots étaient inutiles, Ladybug était déjà loin. Au fond de lui le jeune homme savait qu'elle devait partir pour se détransformer à l'abris des regards, loin de cette foule qui avait un regard bien trop insistant à son goût.
Chat Noir regarda sa coéquipière s'éloigner jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans le lointain, entre deux immeubles. Un léger sourire prit place sur ses lèvres qui disparut aussitôt quand des journalistes en contrebas lui demandèrent de leur accorder une interview.
Si le garçon se sentait un peu plus à l'aise dans son rôle de héros, il était certaines choses qu'il ne pouvait supporter, son costume enfilé ou non. Et parler à des journalistes en faisant partie.
Dans sa vie civile, il avait déjà eu l'occasion d'en croiser quelques-uns venus pour son père, parfois même sa propre maison. Et bien que le journalisme fût une profession comme une autre, il ne pouvait tolérer les agissements de ces gens, leur envie perpétuelle de tout savoir de la vie des autres.
Le garçon serra les poings en reculant d'un pas. Un « bip » provenant de sa bague lui donna une excellente excuse pour s'éclipser rapidement d'ici.
Avec un léger salut sans conviction à la foule, le jeune homme se mit à courir sur les tuiles du toit, bien décidé à échapper aux citoyens qu'il entendait se déplacer dans la rue, sans doute déterminés à le suivre.
Chat Noir secoua négativement la tête en signe de désapprobation avant de changer brusquement de direction afin de semer efficacement ses poursuivants.
Filant sur les toits, se retournant parfois pour vérifier qu'elle n'était pas suivie, Ladybug courait sans s'arrêter.
Elle était loin du lycée et elle était bientôt à court de temps. Les « bips » frénétiques provenant de ses boucles d'oreilles lui indiquait qu'il ne lui restait plus que quelques instants avant de se détransformer.
La jeune fille, cheveux au vent, courait le plus vite possible, ignorant son souffle court. Elle devait se rapprocher le plus possible de son lycée, afin de ne pas éveiller les soupçons.
Mais très vite, elle due arrêter sa course sur les toitures. Se retrouver coincer là serait sans doute plus compliquer à expliquer qu'un retard en cours.
Se penchant au sur le bord d'une gouttière afin de vérifier que la voie était bien libre, Ladybug se laissa glisser le long du mur grâce à son yoyo jusqu'à toucher le sol.
À peine son pied avait-il touché terre que la jeune fille perdait son costume dans une nuée d'étincelles roses et blanches.
La jeune fille prit appui sur la surface râpeuse de la cloison pour reprendre son souffle alors que Tikki venait virevolter devant ses yeux.
-« Est-ce que tout va bien ? demanda la petite créature à sa porteuse. Tu as vraiment fait du bon travail, tu peux être fière de toi ! »
-« Merci Tikki, remercia la jeune fille avec un faible sourire, le souffle court. La partie était serrée cette fois, j'ai cru que j'allais manquer de temps. »
-« Heureusement ça n'a pas été le cas, rassura Tikki en se posant dans la paume de Bridgette. Vous avez réussi haut la main ! »
-« Héhé, il faut bien que l'on fasse nos preuves ! rit l'adolescente avec un clin d'œil. Mais ce n'est pas encore terminé. Il faut retourner au lycée maintenant, et nous avons encore de la route à faire ! »
-« Alors dépêchons-nous avant d'attirer les soupçons ! » approuva la kwami avant de se réfugier dans la sacoche de sa porteuse, là où l'attendait un cookie.
Bridgette referma soigneusement le petit sac avant de regarder discrètement un œil dans la rue attenante à la ruelle où elle se trouvait.
Même si elle ne portait plus son costume, elle se devait de rester discrète, ne pas attirer l'attention. Mais quand elle constata que la rue était tout aussi déserte que la ruelle, Bridgette put reprendre sa course.
Elle rejoignit la grande rue la plus proche, poursuivant sa progression entre les passants qui se faisaient encore nombreux dans le coin.
Chat Noir progressait lui aussi vers le lycée. Le jeune homme était conscient que sa disparition n'était sûrement pas passée inaperçue et Jehan, Andréa et Bridgette devaient sûrement s'être déjà lancés à sa recherche.
Il devait donc rejoindre l'établissement discrètement, sans se faire repérer par qui que ce soit, afin de réapparaître de la manière la plus naturelle possible. Mais la tâche n'allait pas être facile car les lycéens affluaient de partout.
Le héros se posa sur un toit voisin à celui du lycée, observant ses camarades d'un point de vue où il ne pouvait pas être remarqué.
Il resta un instant immobile mais le signal de son miraculous se faisait de plus en plus insistant et le temps n'allait pas tarder à manquer.
Le jeune homme se déplaça lentement sur le toit afin de ne pas attirer l'attention, scannant avec attention la salle de classe qui se tenait juste devant lui.
Elle était vide et une des fenêtres coulissantes était entrouverte. Il ne lui suffirait que de quelques secondes pour sauter du toit, rejoindre le seuil de l'ouverture et passer dans le bâtiment sans se faire voir.
Chat Noir hocha la tête. Il n'avait pas vraiment le choix. Le jeune homme se pencha pour s'assurer que personne n'occupait la ruelle en contrebas et après un dernier regard devant lui pour s'assurer que la pièce n'était toujours pas occupée, il sauta de sa position.
Le saut fut discret et le héros se posa souplement sur le bord de la fenêtre, tout comme l'aurait fait un véritable félin, ce que le jeune homme ne peut s'empêcher de remarquer avec une certaine fierté.
Il fit coulisser rapidement la fenêtre, se glissa dans la salle de classe et demanda aussitôt sa détransformation.
À peine sa demande formulée, Félix perdit son costume et récupéra Plagg dans le creux de ses mains.
-« Ouah ! clama le kwami en croisant les pattes. C'était tendu aujourd'hui, n'est-ce pas ? »
-« C'est le moins que l'on puisse dire, répondit son porteur en posant la petite créature sur son épaule de manière machinale. Nous n'avions jamais affronté un ennemi aussi coriace que celui-là. »
-« Et malheureusement, je pense que ce ne sera pas la dernière fois. » expliqua Plagg en hochant la tête.
-« Sympa de me remonter le moral, asséna Félix en refermant discrètement la fenêtre par laquelle il était passé. Il va falloir que je me montre prudent à l'avenir pour les retours de mission au lycée, reprit-il en levant les yeux vers la poignée qu'il tenait toujours. Bientôt, je ne pourrais plus passer par les fenêtres. »
-« Tu comptes grossir à ce point ? » railla son kwami avec un petit rire.
-« Mais non idiot. En période hivernale, personne ne laisse de fenêtre ouverte. Il faudra que je trouve un autre moyen de revenir sans me faire voir. »
-« Bah, il reste les ruelles aux alentours. Bon ! J'ai faim ! » clama Plagg en quittant son perchoir pour venir virevolter devant les yeux de son porteur.
-« J'ai ce qu'il faut pour toi dans mon sac. Mais il faut retourner à la salle d'étude d'abord, pour récupérer mes affaires. »
-« Pauvre de moi ! gémit le kwami, les oreilles tombantes. Attendre, toujours attendre pour manger ! Tu veux ma peau ? »
-« Sois satisfait que j'aie accepté de me promener avec une boite de camembert dans mes affaires de classe ! Je peux t'assurer que ce n'est pas une situation confortable pour moi. Alors maintenant arrête de te plaindre ou je peux t'assurer que tu n'auras rien ! » répliqua Félix avec un air sévère à Plagg qui croisait les pattes.
Le jeune homme ouvrit le pan de sa veste pour permettre au kwami de se cacher.
Il s'approcha de la porte, scanna le couloir à travers la petite fenêtre qui donnait sur l'extérieur et se glissa hors de la salle le plus discrètement possible.
Satisfait, Félix reprit sa marche vers la salle d'étude, regardant autour de lui afin de ne pas se faire surprendre par Jehan, Andréa, Bridgette ou qui que ce soit d'autre qui l'aurait reconnu.
Mais quand il fut suffisamment loin, le jeune homme s'autorisa à lâcher un soupir de soulagement, rassuré de ne s'être fait voir de personne.
Il atteignit la salle d'étude et en ouvrit la porte sans se poser aucune question. Mais quand il fut dans l'encadrement de l'entrée, il s'arrêta un instant en surprenant Andréa qui était au centre de la pièce.
-« Oh Félix ! clama-t-elle avec un sourire. Quel soulagement ! Tout va bien ? »
-« Hem… Oui, oui je vais bien, répondit le jeune homme en s'avançant vers elle. Et toi ? »
-« Je vais bien, je suis revenue chercher mon téléphone portable, confia-t-elle en baissant les yeux. On s'est tous retrouvés séparés quand on a dû fuir le lycée et depuis je n'avais plus aucune nouvelle de vous. J'avais l'attention de vous appeler. Je suis contente de t'avoir retrouvé. »
Félix se contenta de hocher la tête tandis qu'Andréa portait son téléphone à son oreille. Un petit silence se fit avant que de longues vibrations ne se mettent à émettre depuis un sac à dos posé au sol.
Andréa soupira en coupant son appel.
-« C'est ce que je craignais, Jehan n'a pas pris son téléphone non plus. Je vais essayer avec Bridgette. »
Andréa composa le numéro de son amie avant de se tourner vers la fenêtre. Félix en profita pour s'approcher de la table où il s'était installé avec les autres. Il s'agenouilla au-dessus de sa sacoche et récupéra un morceau de fromage qu'il avait préalablement découpé pour le tendre à Plagg en ouvrant discrètement le pan de sa veste.
Il devait apaiser le ventre du kwami avant que ce dernier ne lui attire des ennuis. Se relevant tout aussi discrètement, il referma son sac en tournant les yeux vers Andréa qui revenait vers lui.
-« Ça sonne, mais elle ne répond pas. Je suis inquiète. » murmura la jeune fille en se mordant la lèvre inférieure.
-« Il y a foule dehors, ils sont peut-être pris dedans, hasarda Félix. Ils vont revenir. »
Andréa s'assit en soupirant, posant son regard sur la fenêtre qui laissait passer les rayons du soleil tout en calant son menton sur la paume de sa main.
Félix la regarda faire avant de tirer à son tour discrètement une chaise, croisant ses bras sur sa poitrine.
Le silence entre les deux jeunes gens se faisait pesant et le jeune homme ne pouvait s'empêcher de tapoter sur son bras avec son index, signe évident de son inconfort.
Un brouhaha lointain se faisait entendre. Les élèves étaient en train de revenir dans les locaux après s'être assurés que tout était bien terminé.
Félix regarda sa montre avant de croiser de nouveaux ses bras. Andréa le vit faire et lui adressa un petit sourire.
Le jeune homme, embarrassé, se pressa de détourner le regard.
-« Où étais-tu pendant l'attaque ? » demanda-t-elle soudainement, son menton toujours calé sur sa paume.
