17 décembre
Mots utilisés : Extinction de voix - Repas gras - Courses de Noël
Fandom : Robin des Bois, prince des voleurs UA léger
Robin et Gilles - Gilles et Pierre - Robin et Pierre
Famille - Amitié
Il était à peine midi et ça faisait déjà la huitième fois, au moins, que l'un de ses hommes venait le voir pour lui apporter des onguents qui soulageraient ses "problèmes". Robin n'avait aucune idée de quels problèmes il pouvait bien s'agir, mais les hors-la-loi semblaient tous soit gênés, soit retenir un énorme rire quand ils venaient à lui pour cette raison. Dans tous les cas, il n'avait pas de problèmes, à part l'extinction de voix subite dont il était victime depuis trois jours. Il ne pouvait presque plus parler, mais ça ne l'empêchait pas de continuer à coordonner la vie du camp. Et il y en avait bien besoin, parce que ses hommes semblaient agir de façon complètement incompréhensible depuis trois jours. Entre ceux qui avaient teint ses vêtements en rose pour lui "faire plaisir", ceux qui avaient entreposé une partie de leurs réserves de fruits -et l'odeur douceâtre qui allait avec- dans sa chambre et ceux qui avaient décidé de laver tout ses draps le même jour, le laissant sans couverture par une nuit froide et venteuse... Le pire, c'est qu'ils avaient tous l'air vraiment confus d'apprendre qu'il n'avait jamais donné de tels ordres. Ça dépassait l'entendement !
Quand la huitième personne vint à lui ce jour-là, Robin frôlait la crise d'impatience. Heureusement pour le malheureux qu'il ne pouvait plus crier et même difficilement parler, sinon ses oreilles en auraient sifflé.
"Je suis désolé que vous ayez rassemblé tout ça pour rien, mais Robin n'a pas de problèmes... de ce genre, expliqua patiemment Pierre au paysan. Il est simplement enroué. Qu'est-ce qui vous a fait penser qu'il avait besoin de ce... remède ?
-Mais enfin... je croyais que... tout semblait indiquer que... et puis avec ce qu'on m'a dit...
-On ? releva Pierre, interpelé par cette autre personne évoquée pour la première fois depuis le début du défilé de hors-la-loi.
-Eh bien, oui... Gilles m'a dit que c'était Robin qui me l'avait explicitement demandé !
-Gilles ?"
À ces mots, Robin se redressa, rouge de contrariété, et fouilla les bois alentour du regard.
"... illes ! tenta-t-il de croasser, la voix cassée et enrouée. Je sais que... tu es là !"
Un grand éclat de rire clairement moqueur lui répondit. Étonné, Pierre se tourna dans la même direction que lui et distingua une forme rouge et beige dans les bois. Le jeune homme continua de rire à gorge déployée et quitta les buissons d'un pas léger et presque insolent.
"Que se passe-t-il, grand frère ? ricana-t-il, ses yeux verts brillants de malice. Savoir que tout le monde est au courant de tes "petits problèmes" te laisse sans voix ?
-Gilles ! Tu n'as..."
Heureusement pour les oreilles de tout le monde, sa voix s'éteignit sur cette insulte. Gilles se mit à rire une nouvelle fois, et son aîné entreprit de lui jeter à la figure tout ce qu'il pouvait trouver sur le sol. Des bouts de bois, des poignées de mousse, des glands... Le huitième paysan s'éclipsa prudemment et Gilles déguerpit à sa suite, hilare. Fatigué par sa gorge et par la fatigue, Robin passa une main sur son front, qui commençait à devenir chaud. Il se demanda s'il n'avait pas de la fièvre... Avec douceur, Pierre l'invita à se rassoir sur le tronc d'arbre d'où ils venaient de se lever, et il alla lui chercher à boire et de quoi se rafraîchir le front.
"Allons, calme-toi, Robin, lui conseilla-t-il en maintenant le chiffon mouillé sur ses tempes et sa nuque. Ce n'est qu'une farce.
-Il dépasse les... bornes, marmonna l'archer en fermant brièvement les yeux sous le coup d'une douleur soudaine. Je ne sais pas ce qui lui..."
Sa voix s'enroula et il toussa. Pierre le fit boire de nouveau. Il était peu familier avec le jeune frère de son ami, mais le voleur lui avait toujours paru d'un naturel farceur et malicieux -en tout cas, depuis qu'il n'avait plus à détester Robin. Cependant, c'était vrai qu'il multipliait les plaisanteries douteuses, depuis quelques jours. Et à chaque fois, il les accompagnait d'un regard presque provocateur, mais qui était curieusement à destination de Pierre, pas de Robin. Lentement, le jeune comte Dubois commença à voir où était le vrai problème...
"Tu as fait bien pire avec Marianne, si tu te souviens bien, objecta-t-il gentiment."
Brûler les cheveux de la petite fille était bien pire que de faire reteindre ses chemises en rose. Son ami haussa les épaules, embarrassé.
Plus tard dans l'après-midi, pendant que Robin se reposait, Pierre fit sceller son cheval et décida de se rendre à la foire voisine pour acheter du miel à son ami. Azeem le lui avait chaudement recommandé, mais il avait été très occupé avec les malades qui se multipliaient dans le campement. Alors qu'il faisait pivoter son cheval vers la sortie de la forêt, une voix l'interrompit :
"Attends."
Pris au dépourvu, Pierre se retourna. Il eut la surprise de trouver Gilles derrière lui, un air à la fois provocant et hésitant sur le visage.
"Oui ? répondit gentiment le jeune comte. Tu as besoin de quelque chose ?
-Non, rétorqua le voleur, mais il se ravisa : En fait... Je t'ai entendu dire que tu te rendais à la foire du village voisin.
-C'est exact, mais...
-Emmène-moi avec toi.
-Je te demande pardon ?
-Emmène-moi avec toi."
Gilles paraissait très sérieux. Visiblement, cette alternative ne lui plaisait pas, mais il resta fermement campé devant lui. Il avait besoin d'aller à ce marché, même si la perspective de le lui demander lui coûtait. Pierre était curieux d'en savoir plus, mais il soupçonnait que Gilles ne lui répondrait pas. Alors, il lança simplement :
"Viens, grimpe."
L'air soulagé, le jeune voleur agrippa sa main tendue et se hissa derrière lui sur la scelle. Il avait visiblement toujours peur des chevaux, mais il garda une contenance et s'accrocha au manteau de l'ami de son frère. Pierre éperonna son cheval et l'animal trottina à travers le sous-bois, puis bondit dans la plaine et se mit à galoper à travers champs. Gilles poussa un petit couinement de frayeur et ses ongles s'enfoncèrent dans les côtes de Pierre.
Après de longues minutes d'une chevauché silencieuse, battue par les vents et l'odeur de la campagne, les deux hommes arrivèrent enfin en vue de la foire. Sitôt le cheval immobilisé, Gilles en descendit, les jambes tremblantes et, sans penser à remercier Pierre, il disparut dans la foule. Le jeune comte haussa les épaules. Il avait renoncé depuis longtemps à comprendre le frère de son ami.
Il s'aventura entre les stands pour chercher du miel, et, tant qu'à faire, jeter un coup oeil aux marchandises. Il y en avait de toutes sortes, des vêtements, de la nourriture, des objets, des jouets, même quelques livres et des gravures. À plusieurs reprises, il croisa Gilles entre les étals. De toute évidence, le jeune homme avait voulu venir ici dans le but de faire ses courses de Noël. Pierre aussi acheta un ou deux cadeaux pour Robin, et cinq pour Marianne. Enfin, ne trouvant malheureusement pas le miel qu'il était venu chercher, il se décida à quitter la foire quand le jour commença à tomber.
Il trouva Gilles à l'endroit même où ils étaient arrivés, en train de l'attendre et tenant dans ses bras un sac apparemment chargé d'objets.
"Dis-moi, j'espère que tu n'as pas volé tout ça ? s'assura le jeune comte, mi-riant, mi-s'inquiétant, en désignant son bagage.
-Ça ne te regarde pas, damoiseau, répliqua le jeune homme en serrant le sac contre sa poitrine.
-Gilles, je sais que tu as toujours dû voler pour vivre, mais ces gens sont démunis eux aussi !
-Ah ! C'est bien le genre d'un grand seigneur, de faire la morale !"
Pierre soupira, secoua la tête et remonta à cheval. Il ne pouvait pas s'en empêcher, mais il plaignait les gens qui, guère très riches, se faisaient eux aussi détrousser par les groupes de voleurs. Gilles grimpa derrière lui et marmonna dans le vent qui soulevait leurs cheveux :
"Si ça peut te rassurer, je n'ai rien volé de ce qui se trouve dans ce sac... à part le miel dont Robin a besoin.
-Du miel ? Tu as trouvé du miel ? Où ça ? Aucun marchand n'en avait en réserve !
-Il y a des ruches, dans le coin. Il faut juste savoir comment les approcher."
Pierre se retourna et remarqua deux minuscules tâches rougeâtres dans le cou du jeune voleur, qui tentait de les dissimuler avec son écharpe.
"Gilles, t'es-tu..., commença-t-il.
-Nous ferions mieux de rentrer, damoiseau. La nuit va bientôt tomber et je n'ai pas travaillé si dur pour que les cadeaux de Robin soient gâtés par le froid et l'humidité.
-Travaillé ?"
Pierre le dévisagea puis acquiesça et éperonna son cheval. Les deux cavaliers filèrent jusqu'au camp dans la lumière éblouissante du crépuscule.
Au milieu du repère des hors-la-loi, un immense feu brûlait, où on commençait déjà à faire rôtir de la nourriture en quantité. Tous ces mets semblaient dignes d'un banquet. En fait, c'était Marianne qui les avait fait apporter aux rebelles, souhaitant qu'ils passent, pour une fois, une belle soirée de Noël. Pierre et Gilles rejoignirent Robin, qui jeta un regard noir à son frère.
"Robin, je pense que Gilles a quelque chose pour toi, lança le jeune comte en pressant l'épaule de son ami. Quelque chose que même moi je n'ai pas été capable de trouver, et qui devrait soulager ta gorge.
-Quoi ? Une nouvelle farce ? grommela Robin en laissant échapper une quinte de toux.
-Non, du miel. Il l'a volé dans une ruche pour toi."
Étonné par la tournure des évènements, Gilles acquiesça maladroitement et se laissa tomber à côté de Robin. Il fouilla dans son sac et en sortit un gobelet en bois, fermé par un morceau de tissu et maintenu en place par une ficelle. À l'intérieur, le miel débordait presque, jaune brillant dans la lumière des torches. À ce moment-là, l'écharpe de Gilles glissa, révélant les piqûres d'abeille dans son cou. Robin lâcha aussitôt tout ce qu'il avait à la main pour en poser une de l'autre côté du cou de son frère.
"Ça va, décréta le jeune homme en essayant de le faire lâcher. Ce n'est pas la première fois que je me fais piquer.
-Tu n'aurais pas dû, articula Robin avec effort, puis il attira son frère dans ses bras et passa une main dans ses cheveux. Merci.
-Heu... y'a pas de quoi."
Surpris, le jeune homme enlaça son aîné à son tour, posa sa tête contre ses cheveux et jeta un rapide coup d'oeil à Pierre. Celui-ci sourit, toujours attendri par ce genre de spectacle, et lança gentiment :
"Gilles, tu n'as aucune raison d'être jaloux de ma relation avec Robin, tu sais. Je crois qu'il y a suffisamment de place dans son coeur pour nous deux."
Le jeune homme tressaillit et rougit, autant de honte que de l'humiliation d'avoir été découvert. Stupéfait, Robin se recula et, gardant ses mains sur son épaule et son bras, il s'exclama :
"C'était donc ça le problème ? Tu es jaloux de Pierre ?
-Ce n'est pas ce que j'ai dit ! tenta de se défendre son frère en y mettant toute la hargne dont il était capable. C'est juste que...
-Oh, Gilles. Mais c'est parfaitement ridicule ! Tu es mon petit frère. Et je t'aime de toute mon âme. Tu le sais, n'est-ce pas ?"
Gilles rougit et baissa les yeux, honteux de sa puérilité. Spontanément, Robin se pencha et lui posa un baiser sur le front, avant de l'étreindre à nouveau. Sans un mot, son frère l'enlaça encore et Pierre, heureux d'avoir pu mettre un point à tout ça, partit près du feu pour aller leur chercher de quoi manger. La nourriture était d'une telle abondance, c'était pratiquement le premier vrai repas gras que Gilles dégustait de toute sa vie. Et c'était délicieux, mais ce qui l'était encore plus, c'était de le partager devant un grand feu de bois, en compagnie de gens qui comptaient pour lui... et de ne plus s'en faire pour l'amour de Robin à son égard. Pierre, à gauche de son ami, le vit sourire pendant que l'archer lui dégageait le front des cheveux blonds qui lui tombaient devant les yeux. À la faveur de ce geste, Gilles releva la tête et croisa le regard de Pierre. Et cette fois, il lui dit : "Merci".
