Bonjour!
J'ai eu un mal de chien avec une section de ce chapitre que j'ai écrit et réécrit, massacrée et recousue, pour finalement comprendre que le problème était qu'elle était ***nulle à chier***. J'ai donc tout effacé et recommencé de la page blanche. D'où le retard.
(Je suis certaine que vous allez deviner de quelle section il s'agit.)
À savoir si je suis complètement satisfaite est une autre histoire, mais bon, si je ne publie pas maintenant je n'avancerai jamais! Conclusion, je n'y touche plus!
Le plus pénible est qu'il ne s'agit que d'un chapitre de "transition", si je peux m'exprimer ainsi… Disons que nous entrons dans la dernière ligne droite de cette histoire ("ligne droite", quelle bonne blague… Comme si je pouvais écrire un scénario simple et direct…..) XD
Sur ce, bonne lecture! :)
Charlie
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CHAPITRE 17
Noctis se demanda sérieusement s'il était possible d'être victime d'un arrêt cardiaque à vingt ans.
Il avait été réveillé en sursaut par Prompto qui le poussait brusquement et la lumière aveuglante de son revolver qui inondait l'habitacle. Pendant une seconde, il fut confus et paniqué, et, alors qu'il cherchait frénétiquement autour de lui la source du danger, le rire gras de Gladio éclata à son oreille. Celui-ci avait ouvert la portière arrière et sa tête était glissée dans l'ouverture.
– Bordel, j'aurais dû prendre une photo!, fit le colosse sans arrêter de rire bruyamment.
– Merde, Gladio, ça va pas la tête?!, s'exclama Prompto. J'ai failli te descendre!
– Ça valait le coup juste pour voir vos gueules, fit-il. J'arrive pas à croire que vous faites la sieste dans un moment pareil.
– Ouais, bah c'est pas toi qui a failli crever au fond d'une cuve…, marmonna Noctis en se frottant un oeil.
Il aurait dû être gêné de s'être endormi dans les bras de son camarade, mais étrangement, il en avait rien à foutre. Et puis, Gladio ne prit même pas la peine de se moquer de leur position étrange. Il recula et Noctis se glissa hors de la camionnette, après avoir remis ses bottes avec difficulté dans l'étroit habitacle, et il grimaça lorsque le changement de température le fit trembler des pieds à la tête. Il remarqua qu'Ignis était debout, appuyé contre la portière avant. Les deux hommes avaient visiblement hérité de nouvelles blessures ici et là, mais elles semblaient assez superficielles et le jeune roi fut rassuré de les voir en relativement bonne santé.
– Vous allez bien?, demanda-t-il tout de même pour s'en assurer.
– On va toujours bien quand on a eu la joie de défoncer la gueule de quelques soldats ennemis, répondit Gladio en frappant son protégé dans le dos.
Toute animosité entre eux était bel et bien effacée, semblait-il. Noctis en fut soulagé.
– Nous avions dit trois heures, fit Ignis d'un ton de reproche.
– Ouais? Et alors?, fit le jeune roi.
– Ça en fait cinq. Vous devriez déjà être loin d'ici.
– Bah vous n'aviez qu'à arriver plus vite.
Ignis se pinça l'arrête du nez et Noctis ne put s'empêcher de sourire. Si son conseiller avait assez d'énergie pour lui faire la morale, c'est qu'il allait mieux. Et puis, il était tellement heureux de les retrouver qu'il était prêt à accepter n'importe quelle remontrance.
Ils dégagèrent la voiture de sa neige et décidèrent d'un commun accord que Prompto serait celui qui prendrait le volant, étant donné qu'il était en meilleure forme que les trois autres hommes.
Décision qu'ils regrettèrent immédiatement, alors que le blond fonça directement dans un buisson au bout d'à peine trois mètres.
– Prom, bordel!, échappa Gladio en s'agrippant au tableau de bord devant lui.
– Ça va, ça va, répondit-il, je suis en contrôle!
Noctis pensa que le tireur n'était en contrôle de rien du tout, alors que celui-ci rejoignait la route difficilement en percutant absolument tous les obstacles qu'il était possible de percuter sur leur chemin.
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Finalement, ils durent payer un surplus à l'entreprise de location afin de compenser pour les nouvelles égratignures causées par la conduite de Prompto. Pour se rattraper, le blond fut envoyé en mission afin de faire des achats; il revint au bout d'une heure avec des vêtements de rechange, des manteaux chauds, des bonnets et des écharpes, mais surtout un gigantesque saucisson sec, une baguette de pain de seigle, un fromage à pâte dure, des courgettes et des poires en quantité industrielle. Ils dévorèrent le tout comme des affamés – en fait, c'était précisément ce qu'ils étaient – et Prompto fut finalement considéré comme pardonné.
Ils achètent des billets de train sans tarder et eurent la chance d'obtenir des cabines avec des couchettes. Noctis était si épuisé qu'il n'eut même pas le temps d'angoisser sur les risques que les hommes d'Ardyn annoncent leur disparition aux autorités niflhes, car il s'endormit dès qu'il s'étendit sur le lit étroit, bercé par le ronronnement régulier des rails et le mouvement apaisant du train, et il ne se réveilla que quand le contrôleur annonça leur arrivée à destination.
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Peut-être était-ce parce qu'il avait déjà réussi l'exploit de traverser la frontière une première fois, ou encore parce que la sécurité pour sortir du pays était moindre que celle pour y entrer, ou peut-être même parce qu'il n'avait plus une quantité phénoménale de bombes dans les poches, mais le jeune roi ne se sentit pas aussi terrifié que la dernière fois qu'il avait eu affaire avec les douanes niflhes. Gladio et Ignis rencontrèrent le douanier en premier, alors que Noctis et Prompto attendaient en ligne derrière eux, et l'homme devait les avoir reconnus, car il commenta en voyant leurs visages tuméfiés qu'ils devraient «vraiment entreprendre une thérapie de couple». Noctis se retint difficilement de rire et Prompto le dévisagea d'un air perplexe.
Lorsqu'ils passèrent la frontière et furent officiellement hors du territoire du Niflheim, Noctis se permit un sourire sous son écharpe. Leur fuite du pays s'était déroulée si rondement que ça en frisait le ridicule. Ils montèrent dans le train suivant et atteignirent leur destination en soirée, sans aucun accro.
Ils furent surpris de retrouver la Regalia au toit fermé dans le stationnement de la gare, Biggs endormi derrière le volant, la tête renversée sur le dossier du siège et la bouche grande ouverte. Il avait un filet de salive qui lui coulait sur le menton.
Gladio cogna sur la fenêtre et l'ingénieur sursauta violemment. Il les regarda de yeux ronds pendant une seconde, puis son visage se fendit d'un sourire alors qu'il ouvrait la portière et sortit du véhicule.
– Vous êtes de retour!, s'exclama-t-il joyeusement. Et Prompto vous a retrouvé! Génial!
Il était si heureux qu'il sautillait presque sur place.
– Et alors?, demanda-t-il. Ça a fonctionné? Le cellulose?
– Tout est installé, confirma Noctis. En théorie, à sept heures demain matin, tout va sauter.
En supposant que les Niflhes ne découvrent pas le pot aux roses avant. Mais étant donné que les quatre Lucisiens avaient réussi à quitter le pays sans être embêtés, Noctis était convaincu que les autorités impériales n'étaient même pas au courant de leur brève présence sur leur territoire – et encore moins qu'il y avait présentement des bombes pratiquement invisibles collées sur les parois de leur précieux dôme.
– Vous avez eu des problèmes?, demanda alors l'ingénieur, tirant Noctis de ses réflexions. Vous êtes vraiment amochés!
Les quatre hommes s'échangèrent un regard.
– Oui, confirma Ignis. Nous avons bien eu quelques problèmes et ils ne sont pas terminés, malheureusement.
Ignis lui expliqua rapidement la situation, notamment concernant les projets d'Ardyn, et le visage de Biggs se transforma rapidement en perdant toute couleur.
– Putain, ce n'est pas possible…, murmura-t-il, horrifié.
– Nous partons pour Insomnia tout de suite, fit Noctis d'un ton catégorique.
Biggs se pinça les lèvres.
– Je voulais vous emmener à Lestallum, c'est pour ça que je vous attendais ici… Les rebelles sont armés et prêts à se battre dans toutes les villes, mais nous nous attendons à des combats plus virulents là-bas… Aranea est déjà sur place, elle aurait apprécié du renfort...
– Elle devra faire sans nous, expliqua Ignis d'un ton défaitiste. Nous ne pouvons laisser Ardyn mettre la main sur l'anneau.
– Je comprends.
Il remit les clés de la Regalia au conseiller.
– Je ferai le message aux autres que les bombes sont placées. À sept heures demain matin...
– À sept heures, reprit Noctis d'un ton grave, l'empire va regretter s'en être pris à nous.
Biggs hocha la tête, un air déterminé dans les yeux, et tendit la main. Le jeune roi la serra sans hésitation.
– Bonne chance, votre altesse.
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Noctis était heureux de retrouver la chaleur de sa région, le vent s'entremêlant dans ses cheveux alors qu'ils roulaient, le toit abaissé, sur une route confortable de campagne. L'atmosphère entre les quatre hommes était plus ou moins revenue à la normale et Noctis en était extrêmement soulagé. La tension des derniers jours avait été complètement insupportable et, même s'il savait que leurs querelles n'étaient peut-être pas à cent pourcent réglées, il sentait que l'animosité entre eux était disparue en grande partie.
Il y avait quelque chose de particulier d'être de retour dans la Regalia, avec ses amis réunis, et d'enfin revenir à la maison. Spécialement après avoir dû quitter sa ville natale aussi brutalement, même s'il savait très bien qu'Insomnia ne ressemblerait plus à ce qu'il avait connu.
Évidemment, il aurait préféré que son retour ait lieu dans des conditions très différentes… Il se demanda où était Ardyn et s'il était loin devant eux ou non. Il ignorait qu'est-ce qui l'attendait à Insomnia. Est-ce que le chancelier avait voyagé seul ou serait-il entouré de ses soldats? Et si oui, combien?
Il s'enfonça dans son siège et appuya la tête contre le dossier, Gladio ronflant bruyamment à ses côtés. Ignis avait repris sa place derrière le volant, refusant catégoriquement l'offre de Prompto de conduire pour lui permettre de se reposer, argumentant que la Regalia ne survivrait pas à sa technique de pilotage.
Il arrivait qu'ils croisaient quelques daemons ici et là sur le bord de la route. Noctis soupira en constant qu'ils semblaient plus nombreux que jamais.
Il espéra à tout prix mettre la main sur l'anneau avant Ardyn.
Ignis devait penser même chose, car il accéléra légèrement.
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Frôler la mort devait être particulièrement épuisant, car Noctis s'endormit de nouveau. Ce fut Gladio qui le réveilla brusquement d'une forte claque sur la poitrine.
– Putainnnnn!, râla Noctis.
– Debout, votre altesse! On est presque arrivés!
Le jeune roi se frotta le torse, ouvrant les yeux avec difficulté. Ils roulaient toujours, mais le paysage avait changé, indiquant qu'ils étaient près de leur destination. Apparaissant au loin, Noctis reconnut dans l'obscurité le mur délimitant Insomnia, celui-là même qu'il avait pu observer tous les jours de son enfance. La ville derrière celui-ci semblait complètement éteinte, immobile et silencieuse, comme un vestige figé dans le passé, et Noctis sentit son coeur se serrer.
Il aperçut des silhouettes étranges aux formes rectangulaires à la base du mur et il se demanda de quoi il s'agissait. Puis, à mesure qu'ils s'approchèrent, les ombres devinrent plus faciles à distinguer et Noctis reconnut enfin ce qu'il avait sous les yeux. Sa gorge se coinça alors qu'Ignis arrêtait le véhicule.
Personne ne dit quoi que ce soit. Noctis fut le premier à sortir de la voiture, l'esprit paralysé par l'horreur.
Des tentes de fortune. Il y en avait un nombre incalculable, construites avec des matériaux variés. Des bâches de plastiques, des morceaux de bois, des pièces de tôle, des draps… La majorité de ces abris étaient instables, fabriqués à la va-vite.
Et à l'intérieur… Noctis savait ce qu'il y trouverait. Ses citoyens. Son propre peuple, orphelin de leur ville, abandonné à lui-même et chassé de leurs foyers par la guerre. Des familles, forcées de dormir sans presque rien pour les protéger des intempéries, les enfants trouvant le sommeil à même le sol. Des gens qui avaient vécu toute leur vie confortablement, honnêtement, et qui devaient soudainement survivre sans eau courante ni électricité.
Noctis avança à travers le camp, médusé, marchant entre les tentes.
Il avait pris pour acquis que ses citoyens avaient quitté la cité. Qu'ils s'étaient éparpillés dans d'autres villes où ils avaient trouvé refuge. Qu'ils avaient rejoint un semblant de confort malgré la situation dramatique.
Peut-être que pour une partie d'entre eux, le déplacement avait été impossible. Ou, indécis sur la direction à prendre, ils s'étaient arrêtés sur place et n'étaient plus partis. Quoi qu'il en était, Noctis sentit une culpabilité horrible s'insinuer dans sa gorge en voyant l'état dans lequel il avait laissé son peuple.
Pour la millième fois depuis la chute d'Insomnia, il se répéta qu'il était un mauvais roi.
Noctis sentit une main sur son épaule et tourna la tête vers Ignis, qui lui fit un regard compatissant. Ses deux autres compagnons, derrière lui, communiquèrent d'un hochement de tête le même appui silencieux. Personne ne parla.
Ils reprirent leur marche entre les tentes de pas lents, comme s'ils étaient au centre d'un lieu sacré dans lequel il ne fallait pas déranger les âmes qui y vivaient. À cette heure de la nuit, le camp était désert et Noctis devina que les gens dormaient. Ils finirent cependant par trouver quelques hommes qui étaient assis devant un feu de camp, parlant à voix basse.
Ils portaient tous les quatre l'uniforme des Glaives et la nervosité entailla les tripes de Noctis, alors qu'il ne put s'empêcher de se demander quelle opinion avait-il de leur roi.
Allaient-ils l'accuser de les avoir abandonnés? D'avoir fui la ville le jour de son déclin, de n'avoir pas donné signe de vie? De ne pas s'être battu à leurs côtés?
Il était terrifié de leur jugement.
Mais il ne pouvait évidemment pas rester caché dans l'ombre éternellement et, après avoir pris une grande inspiration, il s'approcha d'eux.
Immédiatement, les soldats se levèrent d'un coup, leurs armes pointées vers lui, et Noctis s'arrêta en levant les mains.
– Qui est là?!, demanda l'un des Glaives d'une voix forte.
– Des Lucisiens, répondit Noctis.
Il eut trois secondes de silence et Noctis approcha prudemment de quelques pas, les mains toujours en évidence, pour que la lumière du feu puisse mieux l'éclairer.
L'expression des soldats se modifia instantanément quand ils le reconnurent.
– Votre altesse?!, s'exclama l'un d'entre eux d'une voix stupéfaite.
Ils abaissèrent leurs armes et s'inclinèrent précipitamment vers l'avant, le poing sur le coeur comme le voulait la tradition. Noctis se retint de grimacer : il avait toujours eu en horreur ce type de protocole – particulièrement maintenant qu'il considérait ne pas le mériter – mais il n'osa pas le souligner.
Quand les soldats se relevèrent, il constata avec surprise que les visages des quatre hommes étaient placardés d'énormes sourires béants.
– Votre majesté, fit l'un d'entre eux, nous sommes si heureux de vous savoir vivant!
Ils s'approchèrent de lui et Noctis tendit le bras pour leur offrir une poignée de main. Le premier soldat sembla surpris par le geste – il y avait quelque part dans ce stupide protocole une mention alléguant qu'on ne touchait pas un roi à la légère – mais l'homme se reprit rapidement et serra la main avec entrain. Ses camarades en firent tout autant, Noctis s'assurant que chacun d'entre eux eurent droit à un salut en bonne et due forme.
– Je suis désolé de n'avoir pu venir plus tôt…, s'excusa Noctis.
Il avait beaucoup plus de raisons de s'excuser que pour un simple retard, mais le jeune roi n'osa pas le mentionner.
– Cor sera ravi de vous revoir, votre majesté!, fit l'un des soldats.
– Il est vivant?, demanda Noctis, surpris.
Il fut rassuré d'apprendre que Cor était toujours en vie. Il s'agissait du commandant de l'armée lucisienne et l'un des soldats les plus talentueux du pays. Il était aussi un vieil ami de son père.
– Noct, Cor est littéralement immortel, lui rappela Gladio, derrière lui.
Les hommes rirent.
– Si vous le désirez, je peux vous mener à lui, fit l'un des soldats.
Le jeune roi hocha de la tête : Cor pourrait certainement lui faire un rapport sur la situation actuelle derrière les murs. Le Glaive se retourna et, suivi des quatre nouveaux arrivants, se dirigea vers ce que Noctis imaginait être la tente du commandant. Il s'agissait d'un chapiteau militaire de grande taille pouvant contenir facilement une trentaine de personnes.
Il s'attendait à rencontrer Cor seul, mais lorsqu'il traversa la porte, il fut surpris de se retrouver devant une vingtaine de Glaives. Le commandant était au centre du groupe, penché au-dessus d'une table sur laquelle était étendue une carte géographique, ses soldats écoutant ses instructions attentivement sous la lueur d'une lanterne à batteries.
La mi-quarantaine avait laissé au commandant quelques rides au coin des yeux et au front, mais celles-ci semblaient plus profondes entre ses sourcils froncés par la concentration. Il possédait une mâchoire aux lignes tranchantes qui lui donnait un air dur et sérieux, qu'il soulignait avec une ligne de poils drus. Il avait l'air fatigué, mais ce n'était rien en comparaison avec ses soldats : leurs yeux étaient éteints et leurs cernes étaient lourds sous les ombres de la lumière crue. Le visage des hommes étaient encadrés par des barbes mal rasées et ceux des femmes par des cheveux sales. Leurs uniformes étaient pour la plupart abîmés, comme s'ils avaient passé le dernier mois à se battre jour et nuit.
Ce qui était probablement ce qu'ils avaient fait, pensa Noctis. Bon sang, et leur roi, où était-il passé, tout ce temps?
– Messieurs, déclara d'une voix forte le Glaive qui les avait emmenés à la tente, devinez qui est de retour au bercail!
Les têtes se retournèrent vers eux. Pendant un moment, il y eut un silence ébahi et Noctis retint son souffle. Mais après quelques secondes de stupéfaction, des hurlements de joie retentirent. Les poings se levèrent en signe de victoire, des mains claquèrent entre elles et Noctis se retrouva soudainement entouré d'un énorme groupe de personnes.
Il fut pris de court par leur euphorie. Il s'attendait à de la colère et des reproches, mais il reçut plutôt des claques généreuses dans le dos et des poignées de mains vives qui venaient de tous les côtés.
Après un moment, ce fut Cor qui, d'une voix forte, ramena ses hommes à la raison :
– Soldats! Calmez-vous! Il s'agit du roi du Lucis, bon sang!
Les militaires reculèrent, permettant à leur roi de respirer un peu. Le commandant s'approcha de lui et, d'un mouvement solennel, le poing sur le cœur, se courba pour le saluer.
– Rebienvenue à Insomnia, votre altesse.
Ses soldats firent le même geste commun et, cette fois-ci, Noctis ne put s'empêcher de tiquer.
– Ne vous accroupissez pas, fit-il. C'est à moi de vous saluer pour vous remercier d'avoir protégé mes citoyens durant mon absence.
Il se courba et ramena son poing sur sa poitrine à son tour. Il devait énormément à ces hommes et ces femmes. Ils étaient restés sur place, visiblement dans des conditions difficiles, pour défendre leur patrie jusqu'au bout. Il aurait tellement été facile pour eux de fuir, de trouver un endroit plus confortable et plus sécuritaire que cet horrible camp, et de tout simplement prétendre que le sort des Lucisiens ne les concernaient plus.
En fait, ils avaient fait le boulot du roi pendant que ce dernier était disparu.
Quand Noctis se releva, les visages devant lui étaient toujours souriants et le jeune homme se demanda comment pouvaient-ils ne pas lui en vouloir.
Heureusement, les protocoles furent brefs et officiellement abandonnés quand les quatre nouveaux arrivants furent invités à s'asseoir sur des tabourets et qu'on leur servit des sardines dans de l'huile et du pain, qu'ils dévorèrent sans modestie, affamés par la longue route. Bien vite, les autres soldats s'assirent à leurs côtés, certains sur des caisses et d'autres directement au sol, et l'atmosphère devint plus légère.
– Avez-vous besoin de soins?, demanda alors le commandant. Sans vouloir vous offenser, vous avez des gueules épouvantables… Particulièrement vous, votre altesse.
Un rire traversa les soldats et Noctis ne put s'empêcher de sourire à son tour. Il avait oublié qu'il avait toujours le visage tuméfié : il avait passé tant de temps blessé que c'était comme s'il ne remarquait plus la douleur.
– Je ne dirais pas non à un cocktail d'aspirine, personnellement, fit Gladio en enfournant un gigantesque morceau de pain dans sa bouche.
– Nous avons des potions, fit l'un des Glaives en se dirigeant vers le fond de la tente.
La gueule que firent les quatre camarades devait valoir un million, car les soldats éclatèrent de rire.
– Vous êtes sérieux?!, demanda Noctis, incrédule.
Putain, ça devait être la meilleure nouvelle de la soirée.
Le soldat revint avec des potions et Gladio renifla sa bouteille comme s'il s'agissait d'un bon cigare, sous l'hilarité générale. Noctis se dépêcha de craquer la sienne, fantasmant déjà sur son effet. Une onde lumineuse l'enroba tout entier, puis toute douleur s'évapora et il fut enfin en mesure d'ouvrir l'oeil gauche. La sensation était absolument merveilleuse.
– Alors, demanda Cor d'un de ses rares sourires en coin, les coudes appuyés sur les genoux. Qui est le con qui vous a défoncé la gueule?
– Un con qui est beaucoup plus massacré que moi à l'heure qu'il est, gracieuseté de Prom, répondit Noctis d'un sourire.
Il regarda le blond et celui-ci eut un sourire timide, mais il ne leva pas les yeux de sa nourriture.
– Alors, c'est vrai?, fit l'un des Glaives. Il y a toutes sortes de rumeurs qui racontent que vous avez continué de vous battre contre l'empire!
– On dit que le roi du Lucis a démoli à lui seul toute une division de magiteks!, s'exclama un autre soldat.
Noctis repensa à la fameuse nuit où ils avaient été réveillés par la caravane qui se renversait et des tonnes de magiteks qui n'arrêtaient plus de débarquer. Alors, ils avaient entendu parler de ça?
– Pas à moi seul, spécifia-t-il cependant. Nous étions tous les quatre.
Des « whoaaa » admiratifs se firent tout de même entendre. Quatre hommes contre toute une division de machines devait probablement rester impressionnant.
– C'est vrai que vous avez infiltré une base militaire niflhe?, demanda un autre homme.
Noctis grimaça. Putain, comment pouvaient-ils être au courant de tous ces détails?
– Oui… Mais… Disons que ce n'était pas notre meilleur coup..., fit-il avec modestie.
Gêné, il baissa le regard sur la mixture de poisson qui emplissait toujours sa conserve. En fait, ça avait été l'idée la plus minable qu'il avait eu de sa vie, mais il n'avait pas envie d'entrer dans les détails.
– Ces foutus cons!, déclara un soldat en riant. Ils ont dû être furieux de découvrir que le type qu'ils recherchaient comme des fous dans tout l'Eos était en fait au beau milieu de l'une de leur base!
– Ils ne trouveraient même pas leur propre nez au centre de leur visage ces espèces d'imbéciles!, fit une femme en riant.
Une autre femme commença à raconter une anecdote sur comment elle avait fait tourner en rond un soldat impérial en se cachant dans son dos, comme dans ces dessins animés où les personnages étaient complètement niais, mais Noctis n'écoutait plus vraiment. Il profita du fait que l'attention du groupe n'était plus sur lui pour se tourner vers le commandant et lui parler à voix basse.
– Cor, où est le corps de mon père?
Les épaules de son interlocuteur tombèrent légèrement et celui-ci soupira bruyamment.
– Nous l'avons enterré derrière le palais, sous le grand tilleul, expliqua-t-il d'une voix sobre. Nous voulions qu'il reste à Insomnia, avec nous. Mais ensuite, nous avons dû abandonner la ville : les troupes de l'empire étaient de plus en plus nombreuses et il fallait évacuer ce qu'il restait des civils avant qu'ils ne se fassent tuer.
– L'anneau des Lucii… Était-il toujours à son doigt?
– Oui.
Noctis avait déjà deviné. Aucun Lucisien n'oserait toucher à cet anneau, encore moins si ça nécessitait de dépouiller leur roi.
Il eut quelques secondes de silence, puis la voix grave de Cor se leva de nouveau :
– Je suis vraiment désolé, votre altesse. Que la tombe du roi soit sous la main de l'empire.
Noctis nia de la tête.
– Je comprends. Vous avez choisi un bon endroit.
Il allait de soit que le lieu de repos de son père se devait être à Insomnia et il ne pouvait pas concevoir la chose autrement. D'un autre côté, il était certain qu'Ardyn était arrivé à la même conclusion et qu'il chercherait probablement le lieu précis où il avait été enterré pour lui voler le bijou.
Il avait déjà envisagé cette situation depuis longtemps, mais ça n'empêcha pas une colère noire de monter en lui alors qu'il imagina le chancelier profaner la tombe de son père.
– Cor, fit soudainement la voix d'Ignis, tirant Noctis de ses pensées, nous avons besoin d'un contre rendu rapide. Nous poursuivons présentement Ardyn et nous croyons qu'il y a de fortes chances qu'il soit à Insomnia ou du moins qu'il y arrive bientôt.
– Il est déjà arrivé, fit Cor d'une voix grave. Nous l'avons vu traverser la porte sud plus tôt, avec une trentaine d'hommes.
– Des soldats à l'uniforme rouge?
– Oui.
– Merde, murmura Noctis.
Il se doutait bien qu'Ardyn avait une longueur d'avance sur lui, mais il avait quand même entretenu une parcelle d'espoir que, pour une raison quelconque, le chancelier aurait pris du retard.
À cette heure, il avait peut-être même déjà mis la main sur l'anneau.
– De l'autre côté du mur, quelle est la situation?, demanda le jeune roi.
– Mauvaise, soupira Cor. La ville est envahie par des daemons. Impossible d'y entrer.
– Et autre que les daemons?
– Depuis qu'il fait nuit sans arrêt, l'empire a retiré la majorité de ses hommes. Ils étaient probablement devenus inutiles, étant donné que les daemons peuvent maintenant y rester en permanence... Mais nous avons évalué qu'il restait encore une centaine de soldats et près de quatre cents magiteks.
Saloperie. Cinq cents au total. Alors qu'eux, ils étaient quatre.
Quatre.
Noctis se mordit la lèvre inférieure. Comment bordel allaient-ils entrer à Insomnia sans se faire repérer par une armée entière? Puis, combattre Ardyn et ses hommes toujours sans éveiller l'attention de ces cinq cents foutus impériaux?
Cor interrompit soudainement ses pensées.
– Votre altesse. Sans vouloir vous offenser, vous ne devriez pas être ici. L'empire vous recherche activement et il priorise Insomnia. Il doit se douter que tôt ou tard, vous comptiez revenir au bercail.
Le jeune roi nia de la tête.
– Non, je ne partirai pas. Je dois absolument entrer à Insomnia. Ardyn recherche l'anneau de mon père, il ne faut pas qu'il le trouve. Je dois l'arrêter.
Cor le regarda d'un oeil perçant. Autour de lui, ses hommes se mirent à murmurer et Noctis prit conscience qu'ils écoutaient la conversation.
– Votre altesse, répondit finalement le commandant d'une voix grave. Insomnia est condamnée. Les daemons polluent les rues de la ville.
– Pas pour longtemps. À sept heures demain matin, le soleil se lèvera.
Cette fois-ci, les murmures autour d'eux grimpèrent d'un cran. Les soldats s'échangèrent des regards interloqués et Cor dévisageait Noctis comme s'il ne le croyait pas.
– Comment c'est possible?!, demanda l'un d'entre eux. Je croyais que l'empire possédait le cristal? À moins que ce ne soit qu'une rumeur?
– Ce n'est pas qu'une rumeur, confirma Ignis. Le cristal est bien à Gralea. L'empire a construit un dôme tout autour, pour empêcher le jour de se lever.
– Mais…
– Il y a deux jours, votre roi s'est infiltré jusqu'à Gralea sous le nez de l'empire, continua-t-il, un sourire en coin se formant peu à peu sur ses lèvres.
– …Il a posé des bombes partout sous leur dôme de merde, continua Gladio, et pas un seul putain de Niflhe s'est rendu compte de sa présence. Les bombes sauteront demain matin à sept heures précises et l'empire ne s'y attendra absolument pas.
Son sourire était étiré d'une oreille à l'autre quand il ajouta :
– Adieu, les daemons! Les impériaux vont chier dans leurs pantalons!
Noctis voulut s'interposer pour spécifier qu'il n'avait pas fait ça tout seul et que ses amis avaient été là pour l'aider, mais il n'eut pas le temps de dire le moindre mot. D'un coup, ce fut comme si la réalisation avait frappé tous les soldats au même moment et ils se levèrent d'un bond en hurlant tous à la fois, euphoriques. Des "Vive le roi!", des "Insomnia à nous!" et des "Fuck les Nifs!" s'entremêlèrent aux claquements de mains et aux sifflements stridents.
Cor souriait aussi. Il posa une main sur l'épaule de Noctis et se pencha vers lui pour lui parler à l'oreille.
– Ils avaient besoin de leur roi. Je suis heureux que vous soyez de retour, votre altesse.
Avant même que Noctis ne puisse répondre, le commandant se retourna vers ses hommes pour joindre leurs festivités improvisées.
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Noctis remonta sa couverture sur son visage. Dans la grande tente, maintenant vide de soldats, l'air était devenu légèrement frisquet et son nez avait commencé à refroidir. Il était étendu sur un lit de camp étroit à la toile peu confortable, tentant de gagner un peu de repos avant le grand moment.
Il aurait dû se sentir bien après avoir bu cette potion qui avait enfin enterré toutes ses courbatures, mais il avait l'impression que sa poitrine était restée compressée, comme si son diaphragme refusait de se dilater en entier.
Il était nerveux. Dès que les Glaives avaient appris les plans du roi – s'infiltrer à Insomnia, retrouver l'anneau et combattre Ardyn – ils avaient immédiatement décidés de le soutenir dans sa démarche, tout en profitant de l'effet de surprise pour reprendre la ville aux mains des Niflhes.
Mais reprendre la ville impliquait une attaque de face, alors que Noctis et ses camarades avaient plutôt imaginé reprendre l'anneau grâce à une infiltration tout en subtilité. Ils avaient discuté et débattu du sujet avec le commandant et ses hommes, puis, alors que personne ne s'entendait, Cor avait déclaré d'une voix forte :
– C'est au roi du Lucis de prendre la décision finale. Votre altesse, avait-il ajouté en se retournant vers le concerné, attaquons nous l'empire, oui ou non?
Un lourd silence avait suivi et tous les yeux s'étaient retournés vers Noctis, qui avait déglutit avec difficulté.
Il avait hésité pendant un bon moment, la mâchoire serrée et les traits tendus, sachant que sa réponse changerait la tournure de la guerre et le sort de ses citoyens.
Un oui mettrait en danger la vie de ses amis et de ses Glaives. Un non signifierait abandonner la seule chance qu'ils avaient de reprendre Insomnia.
Son père aurait certainement opté pour la prudence. Il aurait préféré abandonner la ville pour s'assurer que ses hommes restent en sécurité.
Mais il s'agissait d'une sécurité à court terme. Tôt ou tard, si rien n'était fait pour reprendre les villes que l'empire occupait, celui-ci s'étendrait sur les camps précaires comme celui où ils étaient présentement. S'ils regardaient les Niflhes s'établir définitivement à Insomnia, plus jamais ses citoyens ne pourraient revenir à la maison. Leur seule et unique chance de reprendre la ville était à sept heures piles le lendemain matin.
Son père aurait opté pour la prudence, mais le roi Noctis n'était pas le roi Regis.
– Reprenons Insomnia, avait-il alors déclaré d'une voix forte. Cette ville est la nôtre. Elle nous appartient.
Et un gigantesque rugissement d'euphorie s'était levé parmi les soldats, assez puissant pour faire exploser le toit de la tente. Noctis avait eu du mal à regarder ses amis, mais quand il avait fini par se retourner vers eux, il n'eut pas le regard déçu qu'il s'attendait. C'était plutôt de la résignation.
– Les gars…, avait-il commencé, cherchant une façon de s'excuser pour la décision qu'il venait de prendre.
– Noct, l'avait interrompu aussitôt Ignis en levant la main pour le faire taire, nous comprenons la situation. Nous obéirons aux ordres du roi. Ne t'en fais pas.
Noctis s'était pincé les lèvres, ne sachant plus trop quoi répondre. Puis, il n'avait pas pu étaler la conversation, car Cor avait immédiatement demandé son attention afin d'établir une stratégie militaire au plus vite, le temps étant compté jusqu'au lendemain matin.
Le jeune roi soupira bruyamment à ce souvenir. Il était couché sur son côté droit, face à un Prompto paisiblement endormi dont le lit était collé au sien. Sous la lumière tamisée de la veilleuse, les cils de celui-ci avaient l'air plus longs que d'habitude, ses joues étaient colorées et ses traits étaient détendus. La potion qu'il avait avalée plus tôt avait fait disparaître les cernes violettes sous ses yeux, révélant un grain de rousseur plus foncé sous son oeil droit. Ses sourcils n'étaient plus séparés par ce pli perpétuel causé par la tension qui avait tant marqué son visage ses derniers jours et ses lèvres étaient légèrement entrouvertes, souples et invitantes.
Sur sa gorge aux lignes découpées, un grain de beauté que Noctis n'avait jamais remarqué auparavant marquait sa peau, différent des centaines de taches de rousseur qui recouvraient sa chair. Un grain unique, fin et parfaitement rond. Le jeune roi ressentit une envie irrésistible de poser ses lèvres dessus, se demandant s'il sentira les pulsations du blond sous celles-ci. Il se mordit l'intérieur de la bouche.
Noctis pensa que Prompto était beau. Son camarade avait l'air tellement bien, ainsi. Reposé. En paix. Il songea avec un pincement au cœur que ce serait de courte durée.
Dans quelques heures à peine, ils allaient livrer le combat de leur vie. Il aurait préféré que Prompto ne participe pas à l'opération et qu'il reste en sécurité loin des lignes ennemies, mais il savait très bien que c'était impensable. Si Noctis avait appris une leçon, c'était bien qu'il ne fallait pas intervenir pour empêcher le tireur de livrer bataille. Et que de toute façon, rien n'empêcherait Prompto de faire qu'à sa tête.
Mais, tout de même, il s'inquiétait énormément pour lui.
Il s'inquiétait en fait pour tous ses camarades et ses soldats, mais pour Prompto, c'était différent. Les quelques jours qu'il avait vécus sans lui avaient été les pires de sa vie. Il avait ressenti un vide insupportable, comme un abîme sans fond qui l'avait laissé amputé d'une partie de lui-même et il ne pouvait concevoir le perdre de nouveau.
Et il n'était pas con. Cette dernière bataille, c'était du suicide. Il était impossible que tous survivent.
Mais il était de leur devoir, en tant que roi, en tant que gardes royaux et que Glaives, de tenter le tout pour le tout. La marche vers l'arrière était inconcevable. L'idée de regarder le monde tomber dans un univers de daemons, de nuit éternelle et de combats constants en restant les bras croisés était inimaginable, même si leurs actions seraient désespérées et perdues d'avance.
Il soupira bruyamment une nouvelle fois. Pour la millième fois, en fait.
Il vit les sourcils de Prompto froncer brièvement et ses cils trembler, et Noctis retint son souffle, croyant l'avoir réveillé. Il prit conscience qu'il n'avait pas arrêté de remuer sous sa couverture, impatient et nerveux, et que ses soupirs s'étaient accumulés à répétition, probablement trop bruyants pour cette heure de la nuit.
Il retint un nouveau soupir – décidément c'était un réflexe quasi incontrôlable – et il se tendit, tentant de rester le plus immobile possible, inquiet de troubler le sommeil son camarade. Il devint subitement trop conscient de tout son corps, trop figé pour être confortable, les mouvements de ses poumons trop contrôlés pour être naturels et il pensa que le sommeil ne pouvait pas être plus éloigné de lui. Il songea pendant une seconde qu'il était peut-être mieux de se lever et de quitter la tente pour arrêter cette pénible torture.
Mais un bruit l'arrêta avant même qu'il n'ait entrepris le moindre mouvement; le son d'un corps endormi qui bougeait. Devant lui, Prompto échappa un couinement et s'étira légèrement, visiblement toujours enfoncé profondément dans ses rêves. Puis, son bras se glissa sous les couvertures vers Noctis, suivi de son corps qui pencha lui aussi vers lui, et, soudainement, le blond était si proche que le coeur du jeune roi s'arrêta. Il sentit le bras de celui-ci se déposer mollement sur lui, au niveau de sa taille, son corps pas complètement collé sur lui, mais assez proche pour en percevoir sa chaleur.
Le coeur de Noctis sortit de son immobilité pour battre soudainement à mille coups par seconde.
La tête de Prompto était sous son nez et il pouvait sentir le bout de ses mèches dorées caresser son visage. Ils étaient doux, putain ce n'était pas possible à quel point ils étaient doux, et Noctis ressentit instantanément un désir ardent de se pencher vers l'avant et d'enfoncer son nez dans la chevelure blonde pour inspirer profondément.
Il crevait d'envie de poser un baiser sur sa tête. D'enrouler son bras autour de son camarade. De l'attirer contre lui.
Évidemment, il ne bougea pas d'un seul millimètre. Dans son esprit, ses pensées n'étaient plus claires et elles s'entremêlaient dans un rythme effréné. Un moment, il pensa qu'il devait absolument rester immobile pour éviter de réveiller son camarade; la seconde suivante, il songea au contraire qu'il devait le repousser, car il était évident que Prompto n'était pas conscient de ses mouvements. D'un autre côté, il était stupide de perturber le peu de repos que le blond avait droit à la veille d'un jour si important. Mais, à l'opposé, si ce dernier restait dans cette position, il finirait certainement par être courbaturé par les barres de métal joignant leurs deux lits sur lesquelles il s'était retrouvé en se déplaçant dans son sommeil.
Il passa un temps indéfini à peser chaque option, son hésitation l'amenant à une certaine panique, mais, avant même qu'il ne prenne de décision, Prompto bougea de nouveau. Il roula vers lui, fuyant peut-être les tuyaux inconfortables, pour étendre le haut de son torse sur celui de son roi, dont le mouvement le poussa en douceur sur le dos. Sa joue tachetée s'appuya sur sa poitrine, ses cheveux blonds caressèrent sa clavicule…
Et Noctis ne réfléchit plus. Son cerveau se trouva écrasé par une force qui le paralysait soudainement, incapable de la moindre pensée rationnelle, son coeur battant si fort contre l'oreille de son camarade qu'il était certain qu'il allait le réveiller.
Oh merde, oh merde. Putain, Prompto sentait si foutrement bon que c'en était impossible. Le poids sur son torse était envoûtant, parfaitement confortable, le bras déposé contre son épaule dans une accolade endormie semblait si naturellement à sa place et la chaleur sur sa poitrine – à moins qu'elle ne soit dans sa poitrine? – était absolument enivrante.
Noctis songea que le tireur devait être profondément endormi pour ne pas remarquer son étrange position.
Peut-être rêvait-il de Cindy.
Le jeune roi sentit une pierre tomber dans le fond de ses tripes. Il ferait n'importe quoi pour pouvoir goûter à la bouche de Prompto de la même façon qu'il devinait que la jeune femme en avait eu la chance quelques semaines plus tôt. Il repensa aux photos qu'il avait vu, à l'expression sur le visage de la mécanicienne, à la sueur qui brillait sur sa peau, à l'image du ventre parsemé d'une fine ligne de poils blonds à peine perceptible dans le flou du focus... Avec le poids du tireur écrasant délicieusement sa poitrine, il fut aisé de s'imaginer à la place de la jeune femme sous le corps brûlant de Prompto, ses mains caressant sa peau, ses doigts glissant sous la bande élastique de son caleçon...
Et tout à coup, il eut affreusement chaud.
Sa poitrine manqua d'exploser tant qu'elle subissait de pression et sa respiration devint soudainement saccadée, la sueur dans sa nuque picotant désagrément et la tension dans son bas-ventre grimpant abruptement. Il se mordit les lèvres, horrifié par ses pensées et paniqué à l'idée que Prompto puisse se réveiller à tout moment pour s'apercevoir que son pantalon devenait trop serré à vue d'œil.
Putain, il n'avait décidément aucun contrôle sur lui-même. C'en était pitoyable.
Il comprit qu'il devait repousser Prompto immédiatement : qu'il devait reprendre sur lui-même et chasser ces pensées déplacées qui n'avaient pas de place dans leur amitié. Qu'il devait s'éloigner du blond le plus possible.
Mais... Mais il ne bougea pas.
Il ne voulait pas. Il voulait rester collé sur le tireur, partager ce moment avec lui parce qu'il n'avait rien d'autre. Il n'avait qu'une saloperie d'amour interdit et un désir inatteignable qu'il ne satisferait jamais.
Alors, cette courte illusion avec laquelle les dieux semblaient vouloir le torturer, il décida de la garder. De s'imaginer que Prompto était étendu sur lui en pleine connaissance de cause et non parce qu'il avait bougé maladroitement dans son sommeil.
Il resta donc immobile pendant une longue période, le coeur refusant de ralentir. Il pouvait sentir le blond respirer contre sa poitrine, son souffle glissant sur sa gorge, sa cage thoracique se soulevant d'un rythme régulier contre ses propres côtes. Il pouvait sentir la chaleur émanant de son bras déposé sur son épaule, traversant son t-shirt comme une légère vibration musicale.
Peu à peu, les images indécentes le quittèrent pour être remplacées par d'autres plus douces, plus confortables et ses muscles devinrent moins tendus. Des images qui montraient Prompto s'étendre contre lui tous les soirs après un bonne nuit murmuré, dans un grand lit familier. Des bras s'enroulant autour de son torse dans un geste habitué et quotidien. Un sourire semi endormi au réveil et une tête échevelée par des draps. Un baiser tendre sur des lèvres aux coins relevés.
Et Noctis découvrit que les pensées qui enflammaient son bas-ventre de façon éhontée quelques minutes tôt étaient d'une torture bien moindre que celles qui le tourmentaient à présent. Il sentit sa gorge se coincer et il serra les dents malgré lui.
Tous ces moments qu'il espérait vivre à tout prix, n'y aurait jamais droit.
Il soupira, et, d'un geste hésitant, il posa la main sur l'épaule de Prompto.
Puis, il poussa doucement.
Il poussa jusqu'à ce que Prompto n'ait plus le choix de bouger et qu'il soit forcé de rouler vers son propre lit, le corps lourd par le sommeil. Il poussa jusqu'à ce que le bras qui l'avait jusque-là enroulé dans une étreinte endormie se déplace pour ne laisser qu'un spectre de sa chaleur, vide et glacial.
Il poussa jusqu'à ce que Prompto soit de retour à sa place, loin de lui, toujours inconscient dans un sommeil intouché. Jusqu'à ce que la distance entre eux se fasse sentir dans tous les os de Noctis jusqu'au fond de son âme. Jusqu'à ce que le jeune roi se retrouve de nouveau seul, un frisson gelé parcourant sa peau et figeant son coeur dans sa gorge.
Puis, il se retourna, dos à Prompto, remonta les genoux contre son torse et se retint de pleurer.
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Je me répète sans arrêt, mais merci de suivre cette aventure! Vos reviews me touchent tellement et m'encouragent quand l'écriture est difficile! MERCI MERCI MERCI!
Charlie xx
