Chapitre 15
Le CPE réclama un peu de silence, qu'il ne parvint à récupérer qu'une fois que les deux parents ait interdit à leur progéniture de fréquenter ce Michael qui avait de toute évidence, une très mauvaise influence.
- Pour faire clair, on a donc Michael qui insulte Grant et sa famille, Grant l'attaque, et Jonah et Danny rejoignent la bagarre, j'ai tout bon ?
- Il a aussi insulté Jack, jugea bon de rajouter Grant avec candeur.
- Et dans ce cas pourquoi n'est-il pas là ? se moqua le père de Michael.
- Jack est retourné en cours comme, ayant été cherché des adultes pour régler le problème, il n'a pas été blessé.
Le CPE les regarda calmement avant de reprendre.
- Maintenant, les sanctions.
Le silence s'abattit sur la pièce.
- Votre conduite a été inqualifiable jeunes gens. L'homme avait à présent un regard sévère. Michael tout d'abord. J'ai beaucoup d'élèves qui se plaignent de toi. Et bizarrement dès qu'on te convoque ils disent qu'en fait ce n'était pas si grave. Et nous ne sommes qu'en octobre. Ne le prenez pas mal monsieur, dit-il s'adressant à présent au père, mais je pense qu'un exemple est nécessaire. Donc Michael, comme tu n'es qu'en première année, tu ne peux pas te permettre de louper les cours. Tu ne seras donc pas renvoyé provisoirement mais punis pour une semaine. Tu seras seul à une table en classe, tu n'auras pas de récréation et tu mangeras seul, sous …
- Mais demain c'est Halloween ! s'écria le petit garçon.
- Et tu mangeras seul, sous la supervision d'un adulte, reprit le CPE en articulant bien. Tu es en probation jusqu'à la fin de l'année. Ça veut dire que si tu te conduis mal tu passeras en conseil de discipline et tu pourras être renvoyé de l'école. Et je veux que tu ailles voir le psychologue scolaire dès lundi prochain.
- Quoi ?! s'exclama le père outré. Mon fils n'a pas besoin d'un psychologue ! c'est ce maudit gamin qui lui fait faire n'importe quoi ! il ment, ça se voit ! et il a menacé les autres pour qu'ils soient d'accord avec lui ! éructa-t-il.
Alors qu'il se tournait vers Grant pour le pointer de son énorme doigt, Coulson se leva pour faire barrière entre l'homme et Grant.
- Je vous défends de parler de lui sur ce ton, claqua la voix de l'agent.
A vrai dire Coulson commençait à être réellement fatigué de cette situation et avait perdu son gentil sourire pour un masque froid et dur.
- Je vous défends de parler sur ce ton, le singea son vis-à-vis d'une voix aigrelette, j'en parle comme je veux de votre sale morveux.
Coulson décida que réciter l'alphabet à l'envers lui éviterait peut-être d'exécuter l'homme et de traumatiser Grant au passage. Il commença donc à égrener les lettres avec ferveur. « Z…Y…X… ». En y repensant c'était quand même cocasse comme situation. Les gens ne parieraient probablement pas un rond sur lui dans un combat contre cet homme et pourtant … Amusé par cette idée, il ne put s'empêcher de sourire légèrement.
Son adversaire se figea, sa diatribe suivante en suspens. Quelque chose s'était passé. Il ne savait pas quoi, mais quelque chose n'était pas normal. Il était en train de se moquer de cet homme, presque de l'humilier devant son fils, … et lui, il souriait. Comme s'il venait d'entendre une bonne blague.
Profitant de cette interruption, le CPE ramena l'attention sur lui.
- Ensuite, Jonah, Danny et Grant, j'espère que c'était un accident aujourd'hui. Un accident unique bien évidemment.
Les trois enfants déglutirent.
- Si, par le plus grand des hasards, vous veniez à vous retrouver de nouveau dans ce bureau pour un problème de violence, il les regarda fixement, un par un pour bien faire passer le message… je crains fort que vous ne subissiez le même sort que votre camarade.
Les enfants n'avait peut-être pas compris tout ce que l'homme venait de dire, mais une chose était sûre : ils avaient eu beaucoup de chance aujourd'hui et ils n'en auraient pas autant la prochaine fois. Fébrilement, les trois hochèrent la tête.
- Très bien, il n'y a pas eu de dégâts physiques durables donc maintenant faites la paix.
Les enfants se levèrent et s'excusèrent avec plus ou moins de bonne volonté.
- Eh bien il semblerait, que le problème soit réglé. L'après-midi étant bien entamée, vous ne reprendrez les cours que demain. Des questions ?
Les adultes à l'exception du père de Michael firent signe que non.
- Oui, moi j'ai une question, gronda l'homme.
- Très bien. Dans ce cas, on va laisser les autres sortir. Je suis à vous dans un instant.
Sur ce, sans se soucier de l'homme qui tentait clairement de l'intimider, les deux mains sur son bureau, muscles en avant, le CPE se leva pour raccompagner tout le monde à la porte, encourager les trois enfants à mieux se comporter à l'avenir et aussi à ne pas oublier leur déguisement pour le lendemain, récoltant ainsi quelques sourires timides.
La porte fermée, la mère s'approcha de Coulson.
- Je suis désolé pour l'attitude de mon fils. Cela ne se reproduira pas.
- Merci. Je pense qu'ils se sont tous un peu laissé aller. Mais maintenant c'est du passé, la rassura Coulson.
Les trois adultes se saluèrent après que l'homme se soit également excusé et se séparèrent.
Coulson regarda sa montre. Presque 14h.
- Tu as toutes tes affaires Grant ? demanda-t-il en se tournant vers lui.
Grant le regarda, apeuré mais hocha la tête.
Coulson s'accroupit devant lui.
- Hey Grant, Grant regarde-moi.
Il attendit de rencontrer le regard du petit brun pour continuer.
- Je ne suis pas en colère. Et encore moins contre toi.
Il fit une pause pour laisser à l'enfant tremblotant le temps de se calmer.
- Alors oui, bien sûr, je suis un peu déçu. On t'a déjà dit avec May…linda que la violence ne résolvait rien. Non ?
Le petit garçon hocha tristement la tête alors que Coulson le prenait dans ses bras pour le porter.
- Mais je comprends pourquoi tu as réagi comme ça. Cependant, à l'avenir, je préférerais que tu fasses comme ton ami. Lorsque tu as un problème va chercher un adulte. Comme ça, toi, tu n'auras pas de problème. D'accord ?
Il cessa un instant de se tordre les doigts pour hocher la tête.
- Très bien ! dans ce cas en route. Je dois passer déposer un dossier à l'université.
- C'est là où tu travailles ? demanda Grant timidement.
- Oui, lui sourit Coulson.
D'un pas vif il se dirigea jusqu'à la voiture, déposa Grant au sol pour qu'il puisse monter dans la voiture, s'installa et démarra le moteur.
Le trajet jusqu'à l'université fut très calme. On n'entendait que le bruit du moteur et du fond de musique qui résonnait faiblement dans l'habitacle.
Au bout d'une petite demi-heure, ils arrivèrent sur le campus, à quelques centaines de mètres du lac Michigan.
- C'est le lac où on a mangé ? demanda Grant en le voyant de loin
- Oui. C'est le lac Michigan, répondit Coulson en récupérant sa veste, son dossier et en fermant la voiture.
- Il est grand.
- Oui.
- Grand comment ?
- Eh bien… il fait presque 60 000 km carrés de superficie. C'est … presque 8 terrains de football (américain). Il est bordé par 4 états différents : le Wisconsin, l'Illinois, le Michigan et l'Indiana. Et c'est un des plus grands lacs d'eau douce de la planète.
- Whoa ! s'extasia Grant en le regardant les yeux admiratifs.
Coulson sourit avant de se diriger vers le bâtiment principal. Grant se réveilla de sa transe et courut pour le rattraper avant de glisser timidement sa main dans la sienne. Le cœur de Coulson en loupa un battement et un bref instant, il se figea avant de repartir comme si de rien n'était.
En quelques minutes ils étaient arrivés.
- Tu crois que j'irais quand je serais grand ?
- Aller où ?
- Ici.
- Tu veux dire à l'université ?
Grant hocha la tête en le regardant.
- Oui. Répondit Coulson après quelques secondes de silence. Ici ou dans une autre université, une académie …
Il lui sourit, définitivement très amusé par sa blague et ils entrèrent.
Dans le hall, les quelques élèves qu'ils croisèrent saluèrent l'adulte et surtout l'enfant un peu désorienté par cette forme d'attention qu'il recevait de parfaits inconnus. Ils arrivèrent devant un comptoir où une femme replète, stéréotype même de la secrétaire, les salua et les invita à s'installer en salle d'attente. Au moins pour Grant étant donné que la porte s'ouvrit sur un homme rasé de près.
- Ah, monsieur Smith ! dit-il l'air avenant, vous venez pour les documents que je vous avais demandé j'imagine. Oh, vous avez amené votre fils.
Il sortit de son bureau un instant, contournant Coulson dont il venait de serrer la main et serra légèrement celle de Grant.
- Enchanté de faire votre connaissance jeune homme. J'espère qu'un jour vous nous rejoindrez.
Plus bas, il reprit en lançant un regard de connivence au petit garçon.
- Même si ce n'est pas dans la matière de votre père.
Puis il tapota sur la tête de Grant et invita Coulson, qui souffla un « sois sage » au garçon, à rentrer dans son bureau.
Grant commença par regarder autour de lui. La pièce était d'une effrayante banalité, une moquette gris clair au sol, des sièges comme dans toutes les salles d'attente, une table basse, une boite de mouchoir et une petite pile de revues qui n'avaient pas l'air très intéressantes avec plein d'écritures toutes petites.
Au bout d'une trentaine de secondes, Grant avait visuellement fait le tour de la salle et décida de faire le tour en physique.
Les quelques tableaux qui ornaient les murs étaient des photos d'hommes barbus et un dessin un peu bizarre et pas vraiment joli à son humble avis.
Il testa donc les sièges qui, sans surprise étaient tous pareils, tant sur l'apparence que sur le degré de confort, avant de décréter que le plus intéressant de la pièce restaient ces malheureuses revues. Il s'agenouilla donc devant la table basse et s'y appuya. Il était certain que Mr Smith ne voudrait pas qu'il touche à tout. Il se contenta donc d'essayer de lire le titre. Il en était à la deuxième syllabe du quatrième mot, soit jusque-là « The New York Re… », lorsque la secrétaire entra pour voir ce qu'il faisait.
- Alors mon petit, tout va bien.
Incertain de la conduite à tenir, il se releva et s'épousseta les genoux avant d'acquiescer.
- Oui madame.
- Rho, appelle moi Romy, fit-elle en gloussant. (Vraiment un bon gros stéréotype) Sinon j'ai l'impression d'être vieille.
Grant se dit que de toute façon elle était vieille donc bon…
- Tu veux des bonbons mon canard ? demanda-t-elle.
Elle rajouta, l'air conspirateur.
- J'en ai toute une boîte cachée dans mon bureau.
Grant eut d'abord envie de lui répondre « oui » sur le champ. Elle lui proposait quand même des bonbons. Mais en même temps, Mr Smith lui avait demandé d'être sage. Est-ce que ça entrait en contradiction avec la proposition de la dame ? Il ne voulait vraiment pas que Mr Smith soit fâché. Déjà qu'il avait été méchant à l'école, il ne voulait pas l'être encore, alors il devait obéir.
Comme il se tortillait sur place face à cet intense dilemme, Romy résolue le problème.
- Tu ne veux pas quitter la salle ? Ton papa t'as dit de rester ici ? ne t'inquiète pas mon bouchon, je vais les chercher dit-elle en se levant avant de partir au petit trot.
Grant resta debout, interdit.
En moins de deux, Romy était de retour avec une corbeille de bonbon.
- Vas-y mon lapin, sers-toi tant que tu veux.
Grant hésita et regarda vers la porte d'où Mr Smith pouvait sortir à tout moment.
- Ne t'inquiète pas, sourit-elle en faisant un clin d'œil. On ne lui dira pas. Ce sera notre secret.
Puis elle lui remit la corbeille de bonbons sous les yeux. Incapable de résister plus longtemps, Grant en pris un, puis sous les encouragements quelques autres.
Romy sourit et repartit à son bureau. Silencieusement Grant mangea ses bonbons un à uns, sans vraiment y faire attention tant il craignait que Mr Smith ne le surprenne.
Au bout de cinq bonnes autres minutes, il sortit de la pièce, salua l'homme et invita Grant à lui prendre la main avec un sourire. Ils quittèrent la salle, saluèrent Romy qui fit discrètement un clin d'œil à l'enfant et quittèrent le bâtiment. Grant bien que souvent peu loquace, ou du moins jusque-là, était particulièrement silencieux.
- Tout va bien Grant ? demanda Coulson soucieux après un coup d'oeil à l'enfant qui fixait désespérément le sol en marchant aussi loin possible de lui que leurs deux bras reliés le lui permettait.
Grant baissa le regard mais quand Coulson mit son doigt sous son menton en s'agenouillant à hauteur pour relever son visage, il éclata en sanglot sous le poids de sa culpabilité.
- Je suis désolé …je suis désolé…je voulais pas…mais…bonbons…désolé
Fut tout ce que Coulson put comprendre au milieu des larmes. Décidément Grant était très émotif. Qui aurait pu s'en douter en le connaissant adulte ?
Alors il le prit dans ses bras et le porta jusqu'à la voiture. Il s'installa sur le siège conducteur, l'enfant sur ses genoux et jeta un coup d'œil à l'heure. Ils avaient le temps.
Pendant qu'il attendait que Grant se calme en lui frottant le dos, Coulson appuya sa tête contre le dossier. Ce n'est pas exactement comme ça qu'il envisageait la journée. Ni la paternité d'ailleurs. Cela n'avait été qu'un rêve un peu flou, un peu fou … Dans la vie il fallait faire des choix. Lui s'était marié à son travail, et il y avait enterré l'idée d'avoir un enfant.
Et pourtant, la détresse de l'enfant le frappait chaque fois de plein fouet, au plus profond de son cœur et de ses tripes. Chaque sanglot était un appel au secours et il ne pouvait qu'y répondre et essayer de le consoler du mieux qu'il pouvait. L'instinct peut-être. Si on pouvait tout à fait parodier la désormais célèbre phrase en « on ne naît pas père, on le devient », il paraissait évident que les pleurs d'un enfant, quelle que soit l'espèce, faisait écho en chaque adulte, et résonnait comme un appel à l'aide auquel on ne pouvait se soustraire. C'était leur arme suprême, leur défense ultime.
Après une dizaine de minutes, les larmes se tarirent et les sanglots cessèrent. Coulson tourna son siège face à l'arrière de la voiture et aida Grant à s'asseoir et s'attacher dans son siège auto. Il lui ébouriffa légèrement ses cheveux puis prit la route pour l'Houdini Preschool.
