Décisions
Mycroft
«- Je vous fais une promesse ici et maintenant. Je ferai de votre vie un enfer. Vous me supplierez d'y mettre fin. Vous essayerez vous-même de tout arrêter. Mais je veillerai à chaque instant que vous restiez en vie. Et je vous ferai regretter d'être né Monsieur Watson. Me suis-je bien fait comprendre?»
C'était la première fois que John Watson convoquait Mycroft. Il avait bien fait les choses en vrai: l'entrepôt de leur première rencontre. Mais, bien qu'il sache que Mastre avait eu un impact sur son petit frère, au-delà de sa compréhension, il ne parvenait pas à déterminer les raisons de l'appel de Watson . Ils ne s'entendaient pas vraiment et l'aîné savait pertinemment qu'il serait le dernier appelé pour sauver son frère. Mais le docteur voulait le voir et avait semblé à bout au téléphone. De plus, il avait reçu un appel inquiétant de la logeuse de son frère. Il avait hésité à passer le voir d'abord mais John étant plus honnête sur certaines situations, il s'était dit que ce serait plus judicieux de le rencontrer avant et il n'avait pas tord.
Il entra dans l'entrepôt légèrement inquiet mais son visage se parant de cette expression sévère et froide qui assurait sa supériorité.
Il le vit se tenant extrêmement droit, dos à lui. Un détail revêtant une importance toute particulière attira son regard. L'ex-militaire ne pouvait trouver appui que sur une seule jambe, comme si son syndrome post-traumatique le reprenait soudainement. Mycroft Holmes prit conscience que la situation était certainement plus grave qu'il ne l'avait imaginé au premier abord. Cela touchait à son petit frère et il eut un léger tressaillement quand il vit le visage dévasté de John qui s'était retourné.
«- Docteur Watson. Que me vaut cette convocation?
-Ne m'appelez plus Docteur, Mycroft, après ce que je vais vous dire, vous comprendrez que je ne mérite plus ce titre.»
La voix de Watson était froide et tranchante mais laissait filtrer une souffrance immense. Mycroft repéra en se déplaçant face à John, qui s'était replacé dos à lui en parlant, l'arme posé sur la petite table à côté d'eux.
«- Que s'est-il passé? Qu'avez-vous fait?»
Alors John raconta. En détails. Alors Mycroft eut une pulsion. Tuer. Détruire. Anéantir. Et, pour la première fois de sa vie entière, il fit acte de violence. Arma son poing et l'abattit sur la joue de l'homme. Il aurait voulu faire plus mais rien n'aurait suffit. Il attrapa alors le pistolet et le braqua sur John, qui ne bougea pas un seul instant.
Il restèrent ainsi à se fixer sans un seul mouvement, un seul bruit. Le pourrait-il? Pour Sherlock. Celui-ci le voudrait-il? Il l'avait protégé après tout.
«-Non… Non. Non. Non.-Mycroft Holmes se retrouva soudainement incapable de savoir quoi faire.
-Allez-y Mycroft! Faites-le! Finissez en!»
John hurlait presque. Collant de lui-même sa poitrine contre le canon.
«-Vous voulez mourir. »
Ce n'était pas une question et l'étincelle de soulagement qui passa dans les yeux de John lui donna envie de hurler à son tour. Il baissa son arme et la réaction de John ne se fit pas attendre. Il attrapa le bout de l'arme à feu et la pointa sur lui.
«-Faites-le Mycroft! Je ne mérite que ça! Faites le!
-Non. Non, ce serait trop facile. Vous cherchez à vous suicider tout en étant incapable de le faire vous-même, forgé par un instinct de survie extrêmement puissant. Vous espériez que je le fasse, dernier acte égoïste de votre part mais non. Sherlock ne le veut pas, il l'aurait fait lui-même. Ou aurait pu agir en tout cas. Il ne le veut pas et je ne me mettrai pas dans une situation où Sherlock me haïsse à cause de vous. Non je ne peux vous tuer, John Watson, mais je vais faire mieux. Je vais vous faire une promesse»
Il reposa le pistolet et se rapprocha d'un pas, dominant de toute sa taille l'ancien médecin. Sa voix vibra d'une colère plus lourde que jamais mais qu'il arrivait à maîtriser de justesse.
«- Je vous fait une promesse ici et maintenant. Je ferai de votre vie un enfer. Vous me supplierez d'y mettre fin. Vous essayerez vous-même de tout arrêter. Mais je veillerai à chaque instant que vous restiez en vie. Et je vous ferai regretter d'être né Monsieur Watson. Me suis-je bien fait comprendre?»
John ne bougea pas plus, la tête basse. Il eut de nouveau envie de le frapper mais se retint de peu.
Il n'avait probablement jamais éprouvé autant de haine pour quelqu'un. De la peur, oui, une fois, du dégoût, certainement, beaucoup de gens lui faisaient cet effet là. Mais la haine était un sentiment qu'il maîtrisait peu mais qu'il s'assurerait de garder en tête afin de détruire John Watson le reste de sa vie.
Sherlock
Il a suffit qu'il passe la porte pour que Sherlock comprenne. Ce dernier venait à peine de se lever pour faire le peu de choses dont il était encore capable lorsque Mycroft passa la porte.
Il pu voir l'éclat de rage qui agitait son frère et eut instantanément peur pour la vie de John.
Mycroft émit un soupir et prit la parole avant que Sherlock ne le fasse.
«-Je ne le tuerai pas Sherlock. Mais je lui ai promis qu'il ne pourra plus jamais être libre de sa vie. Je lui ai promis que chaque jour où il se lèvera sera pire que celui d'avant. Il regrettera ce qu'il a fait.»
Sherlock sentit son sang ne faire qu'un tour. La mort aurait mieux valu qu'un Mycroft vengeur. Il ne comprenait toujours pas vraiment mais le besoin de protéger John était bien trop présent en lui. Il agita sa tête en signe de négation. Ses mains se mirent à trembler. Tout, n'importe quoi sauf faire du mal à John, lui irait.
«-Tu ne toucheras pas un cheveu de sa tête. Tu ne t'approcheras de lui ni de prêt ni de loin. Tu le laisseras car j'ai dit.
-Il voulait mourir, Sherlock, il le voulait vraiment et il est hors de question que cela n'arrive ou que je le laisse impuni.
-NON!»
La véhémence de ce cri fit reculer Mycroft. Sherlock agita de nouveau sa tête. Il réalisait à peine ce que son frère aîné était en train de dire. John en était à ce point? Il ne pouvait rien y faire. Ne pas le plaindre, ne pas avoir envie de le réconforter. Ne plus rien ressentir.
Il se redressa soudainement, semblant pour la première fois depuis longtemps, redevenir lui-même.
«-Saches que si tu tentes quoique ce soit ce sera ta vie qui deviendra un enfer. Et tu sais que j'ai les capacités pour ça.
-Désolé, petit frère, cette fois-ci je ne peux rien te promettre.
-Sors! Maintenant!»
Sherlock ne laissa pas à Mycroft le temps de lui répondre, il se dirigea sans un regard dans sa chambre.
Il entendit rapidement la porte se fermer alors qu'il avait le nez dans son armoire. Le temps n'était plus à l'apitoiement, il était au combat. Pour John. Mais aussi pour lui-même.
Il s'habilla pour la première fois depuis longtemps, choisissant avec soin une chemise rouge bordeaux et l'une de ses vestes qui auraient du s'ajuster parfaitement mais qui firent plutôt ressortir sa perte de poids récente.
Il s'observa dans le miroir, lui qui n'avait jamais été prompt à ça. Le visage émacié, les yeux gonflés et cernés. L'image devant lui le conforta légèrement. Il ne fallait plus qu'il se laisse dépérir.
Demain aurait lieu le grand final contre Mastre. Il devait se préparer pour la première fois de sa vie afin de ne pas dévier et de choisir ses mots avec soin, sans jamais risquer d'insulter qui que ce soit.
Son monde n'était définitivement plus le même, il le savait. Mais il se fit la promesse de redevenir lui-même une fois que tout serait finit. Il se battrait quoiqu'il advienne.
Il entendit une voix lointaine, sombre et rauque. Tu ne l'oubliera pas. Pas ça. Jamais.
Sherlock serra ses poings plusieurs fois de suite, passant par plusieurs stades émotionnels contradictoires. Colère, désespoir, colère, combativité, désespoir.
Il eut presque envie de se laisser aller de nouveau. Presque.
Il se redressa, se rendit sur son canapé, s'allongea et se mit au travail.
John
Même mourir. Même ça, il le faisait mal. Le pire était qu'il ne pouvait s'empêcher d'être rassuré. Mycroft avait sans doute raison: il ne voulait pas mourir. En tout cas l'instinct de survie, qu'il avait sans doute acquis à la guerre, le maintiendrait en vie encore un moment.
À y réfléchir, sachant ce qui l'attendait cet après-midi, John se dit qu'être vivant pouvait avoir encore un intérêt. Mort, il ne pourrait plus témoigner et en finir avec lui. Il fallait que le sursis auquel il avait le droit serve. Et ce serait en mettant l'Homme derrière les barreaux.
Ensuite… Ensuite il verrait. Ensuite il y aurait des choix à faire. Des actions à entreprendre. Un avenir, ou non, à mettre en place. Mais, ça, ce serait après. Seul Caleb Mastre comptait à cet instant. Mettre ça loin. Très loin derrière lui.
Général .
Non-coupable.
Il avait osé.
Le détective consultant jeta un œil aux jurés. Tous semblaient dégoutés de l'Homme et rien n'indiquait, qu'ils étaient sous sa coupe. Il n'aurait rien pu faire de toute façon ce n'était pas comme Moriarty, il n'avait pas tout un groupe pouvant menacer ces gens. Il était seul. Totalement.
Il se jouait simplement d'eux. Une dernière tentative de les faire souffrir. Plaider non-coupable pour les amener dans leur derniers retranchements, les amener à faire des erreurs.
Mais il n'y aurait pas d'erreur. Pas cette fois.
Bien sûr lorsqu'il l'avait vu, son cœur s'était serré, John renvoyant la même image que lui-même. Leurs regards avaient finit par se croiser et il put voir que John était dans le même état psychologique que lui.
Ils ne savaient que faire, alors il restèrent longuement à se regarder. Le début du procès seulement interrompit leurs questionnements muets.
Ils avaient à faire, rien ne les détournerait.
Prenant certainement exemple sur Jim, Mastre n'avait préparé aucune défense. Le procès ne fut donc qu'une succession de témoignage en faveur de l'accusation, qui, par ailleurs rassemblait toutes les familles de victimes, représentées par un même bureau d'avocats, un puissant.
Les heures passèrent, longues et épuisantes jusqu'au moment où le jury quitta la salle pour délibérer.
Pendant ce temps, Sherlock se retrouva à moins de dix mètres de John, dans le couloir où tous patientaient. Lestrade resta à ses côtés, alternant entre regards noirs envers l'ancien médecin et de compassion envers son ami.
John ne pouvait ignorer les regards de ses anciens amis. Sherlock avec incompréhension et Greg avec des envies de meurtre très probablement.
Sherlock n'avait qu'une envie, aller le voir afin de lui parler. De comprendre. De détester. Mais le temps qu'il passa à réfléchir suffit à laisser aux jurés le temps de revenir.
La tension était palpable dans le silence lourd. Sherlock sentit ses mains trembler le temps que le verdict ne tombe. John quant à lui, sentait son estomac tenter de rendre un déjeuner qu'il n'avait jamais prit. Toute personne, dans la salle, retint son souffle. Jusqu'au verdict.
Coupable.
Coupable d'enlèvement. De séquestration. Tortures. Meurtre. Tout ce qui était possible en somme.
Le procès était fini. Tout était terminé. Et bien à ce niveau là.
Sherlock et John se lancèrent un dernier regard en quittant le tribunal. Une décision fut prise de chaque côté.
Tout était terminé cette partie de leur vie était derrière eux, ils devaient passer à la suite.
Holmes et Watson se détournèrent l'un de l'autre une ultime fois.
