2 décembre 1992

Cormac Mcglaggen a très vite eu une réputation de dragueur, d'imbécile et de gobelin mal rasé. Néanmoins, il s'en foutait, il se pavanait dans les couloirs avec sa cravate de Gryffondor, un sourire charmeur aux lèvres et son oeil droit toujours prêt à donner un clin d'oeil des plus ravageurs. Il pouvait être parfois la tête de turc de certains élèves, dont les jumeaux Weasley, mais leurs moqueries ne le touchaient pas, il était bien trop fier pour s'abaisser à ce genre d'immaturité. Du haut de ses treize ans, il faisait déjà plusieurs têtes de plus que ses camarades, et se vantait, à qui voulait l'entendre, de son oncle Tiberius, qui avait une place importante au sein du ministère de la Magie.

Cet élève de troisième année pouvait avoir la réputation aussi de sans-coeur, mais était étrangement populaire. La moitié des filles l'appréciait un peu trop selon certains, tandis que la moitié des garçons le détestait, voulant l'asperger d'eau froide pour le remettre à sa place.

Lorsqu'il se dirigea vers son prochain cours, il entendit une dispute entre deux soeurs. Deux soeurs qui avaient déjà bien fait parler d'elles depuis le début de l'année, deux soeurs que Cormac ne pouvait apprécier lorsque celles-ci prenaient toute l'attention que les autres élèves devaient lui porter. Il décida néanmoins d'écouter, pour avoir plusieurs ragots à raconter par la suite.

- Tu n'es qu'une idiote qui se croit tout permis ! Cria la plus grande des deux filles.
- Si maman savait comme tu me parlais ... gémit la deuxième fille, plus petite.
- Oh, arrête de courir écrire une lettre à maman pour te plaindre, ou bien encore aller voir Fred et George. Tu as douze ans, Lucy ! Continua de s'énerver Aliénor.
- Justement, j'ai douze ans ! Parfois, j'ai l'impression de ne pas avoir une grande soeur, mais une petite soeur. Non, rectification, parfois, j'ai l'impression de ne pas avoir de soeur !
- Arrête, c'est toi qui t'es éloignée l'an dernier, se calma l'ainée des Beckett, ayant compris que cette dispute, qui avait un motif ridicule, prenait des ampleurs inimaginables.
- Tu me laissais tout le temps seule, Aliénor ! Et cet été, depuis ton retour de chez grand-mère, tu es encore plus distante. Alors, excuse-moi de te détester.
- De me détester ? Je suis ta soeur quand même, tu ne peux pas dire cela ... Cette fois-ci, Aliénor prit un ton beaucoup plus calme, laissant transparaitre sa peine et sa déception.
- Non, tu n'es qu'une connaissance, quelqu'un que j'ai connu, mais qui n'existe plus !
- Ne sois pas ridicule, allez, viens, rentrons prendre un chocolat chaud, je sais que tu adores cela.
- Non, tu me laisses seule, en panique, ou tu m'ignores. Et tu penses que je vais venir avec toi ?
- Je ne le fais pas exprès ... Je suis désolée.
- Et tes promesses ?
- Tu sais bien que je suis nulle pour les tenir ...
- Alors tu comprendras que je suis nulle pour sauver une relation qui est finie depuis déjà bien des mois.

Dans un soupir de tristesse, Aliénor partit. Aucune des deux ne l'avouera, même aujourd'hui, mais en ce jour, elle perdit plus qu'une soeur, elle perdit une partie d'elle même. Toutes deux têtues, elles ne se sont pas adressé la parole pendant des jours après cet événement, toutes deux souffraient, mais toutes deux avaient décidé de souffrir en silence. Quant à Cormac, il se surprit pendant ces jours-ci à regarder Lucy, la voyant pleurer à l'intérieur d'elle même, et à ressentir de la peine pour cette élève qui ne ressentait qu'auparavant de l'indifférence pour elle. Pour en savoir plus, il parla à deux de ses amies : Lavande et Padma, qui étaient dans la même classe qu'elle. Cependant, il n'eut comme information que des " je ne sais pas ", "elles se disputent souvent, de toute façon ", " parents moldus " , " soeurs qui se détestent, surement dû à de la jalousie". Les autres jours, Lavande n'apprécia pas que Cormac parle trop de Lucy, et évita fortement le sujet pour se concentrer sur un sujet beaucoup plus intéressant pour elle : elle-même.

15 décembre 1992

Tout en se dirigeant vers la tour Ouest de Poudlard, il rencontra la fille qui occupait toutes ses pensées depuis déjà plusieurs jours : Lucy Beckett. Elle était assise dans les marches montant jusqu'à la volière. Il fut d'abord étonné, mais il avait vite compris que Lucy Beckett n'était pas une simple fille ordinaire, non, c'était une fille un peu folle qui, malgré un temps glacial et une mini-tempête de neige, aimait s'asseoir dehors sur une poudreuse qui montait jusqu'en bas de son dos.

- Tu vas attraper froid. Pas de réponse, ni un seul regard. Tu vas attraper froid, répéta Cormac.

Lucy ne daigna même pas le regarder ni lui répondre. Elle l'avait entendu, mais elle préférait rester dans un monde n'appartenant qu'à elle, ses pensées. Mais Cormac n'était pas réellement le genre de garçon à accepter l'indifférence, et d'être ainsi ignoré. Il prit Lucy par la taille et l'emmena à l'intérieur de la volière pour l'asseoir sur un tas de paille. " Ce n'est pas grand-chose, mais au moins, elle n'est plus assise dans la neige ", pensa-t-il. Quant à Lucy, elle s'est laissée porter, de toute façon, tous ses membres étant gelés, elle n'aurait eu aucune force de bouger.

- Je m'appelle Cormac McLaggen. Aucune réponse. Je suis en troisième année, tu es Lucy Beckett, c'est ça ?Toujours aucune réponse ni un seul regard. Mais merde, putain, il faut que je dise quoi pour qu'enfin tu m'adresses la parole ? commença à s'énerver Cormac, qui n'eut toujours aucune réponse. Tu n'es pas la seule à avoir des soucis de famille -Lucy roula des yeux- à être triste, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut arrêter de vivre ! Emmerde ta soeur, emmerde le monde, et amuse-toi ! Cette fois, la jeune Beckett haussa les épaules. Souffrir dans son coin, c'est vraiment ridicule. Tu me connais pas, je te connais pas. Je n'ai pas à te faire une quelconque leçon de morale ou autre - hochement de la tête de Lucy - mais merde, il est temps de te bouger ! Réagis un peu. On dirait que tu ne ressens aucune émotion, tu es morte ou quoi ?

À cette dernière parole, Cormac n'eut pas de réponse, mais au moins, elle le regarda en rigolant. Il ne sut pourquoi, mais il rigola à son tour, et c'est dans un fou rire qu'il alla s'asseoir près d'elle, tout en l'entourant de son écharpe pour la réchauffer. Plusieurs minutes plus tard, Lucy prit enfin la parole.

- Je ne suis pas morte, seules mes émotions le sont.

Cormac se retourna, surpris d'entendre enfin le son de sa voix, et malgré tout, lui sourit pour l'encourager à continuer.

- C'est plus compliqué que tu ne le penses, que tout le monde le pense, entre ma soeur et moi.
- Alors, raconte-moi.
- Un autre jour.
- Pourquoi ?
- Mes émotions sont mortes, sourit-elle.
- Alors, fais-moi part de tes émotions.
- Non.
- Tu peux avoir confiance en moi.
- Non.
- Pourquoi ?
- Je ne peux avoir confiance en personne, continua Lucy sur un ton monotone tout en regardant dans le vide.
- Un jour, tu auras besoin de te confier, et ce jour-là, je serai là.
- Mes émotions sont mortes, et elles doivent le rester. Dire ce qu'on ressent, c'est être faible.
- Alors nous serons faibles ensemble.

Sans rien dire, Cormac partit, laissant Lucy dans son monde. Si vous lui demandez de raconter cet événement, il sera flou pour la jeune Beckett, ne voulant accorder une chance à Cormac ainsi qu'à son monologue. Mais elle avait retenu plusieurs choses, et elle devait avouer qu'il avait raison sur certains points. La dernière phrase hanta l'esprit de Lucy, et elle dut attendre deux jours avant de comprendre les pensées de Cormac.

18 décembre 1992

Le feu crépitait dans la salle commune des Gryffondor, lorsqu'une énième dispute éclata entre Lucy et Aliénor. Résultat : la tension était encore grande entre les deux soeurs Beckett, se foudroyant du regard. Lucy s'apprêtait à monter dans son dortoir lorsqu'elle reçut une lettre lui disant de venir dans le dortoir numéro 324, correspondant à un dortoir de troisième année. Elle demanda d'abord à Fred et George s'ils savaient qui dormait dans ce dortoir, et après une réponse de leur part elle se dirigea vers le dortoir appartenant donc à trois garçons, dont Cormac McLaggen. " Pourquoi cela ne me surprend pas ? " pensa Lucy. Celle-ci ne savait pas pourquoi elle était en chemin vers ce dortoir en question : était-elle prête à faire confiance à quelqu'un ? À être ami avec quelqu'un ? Elle n'en savait rien. Pourtant, ce qu'elle savait, c'est que la solitude se faisait de plus en plus présente, et elle sentait que son coeur souffrait chaque jour un peu de plus de cela. Voir les autres rire, s'amuser, faire des farces, alors qu'elle déprimait chaque jour à Poudlard. Mais seule une personne le remarqua, et elle se dirigea vers lui en ce moment même.

De son côté, Cormac lui-même ne savait pas pourquoi il réagissait ainsi envers cette pauvre petite fille seule. Peut-être parce qu'il savait qu'elle était différente, tout comme lui. Peut-être parce qu'il savait que tout le monde parlait derrière elle, tout comme lui, et peut-être parce qu'elle avait un caractère de merde, tout comme lui.

Il entendit deux coups secs sur sa porte, et laissa entrer Lucy. Un grand sourire s'afficha sur son visage, et il tendit à Lucy un paquet. D'abord surprise, elle ne le prit pas, mais au bout de quelques secondes d'affrontement contre son for intérieur, elle décida de le prendre et de l'ouvrir. À l'intérieur, elle vit un collier en argent avec une bague comme pendentif. Au milieu de la bague se trouvait une petite perle n'ayant aucune couleur. Cependant, lorsqu'elle toucha la bague, celle-ci devint verte.

- C'est une bague d'émotion. J'en ai également une autour de mon cou.

Cormac enleva le collier qu'il portait et montra à Lucy sa bague, qui était également verte lorsque Cormac la toucha.

- Je ne comprends pas, commença Lucy.
- Cela veut dire que tu es heureuse.
- Je suis intriguée, plutôt.
- Montrer ses émotions ne fait pas de toi une mauvaise personne, ou une personne naïve. Avoir des émotions fait de toi quelqu'un d'humain. Le vert est la couleur du bonheur, le bleu couleur de l'amour, le rose couleur de la tristesse, le rouge couleur de la colère, le marron couleur d'anxiété, le noir couleur de la peur et ..
- Ok, coupa Lucy, j'ai compris. Mais pourquoi ce cadeau, pourquoi je voudrais te partager mes émotions ? On ne se connait même pas.
- Tu es têtue, antipathique, tu évites ce qu'on appelle les " hommes ", tu es aussi sarcastique que drôle. En soi tu es mon moi au féminin.

Lucy rigola et regarda Cormac de plus près, elle ne le connaissait peu sauf selon certaines rumeurs mauvaises à son sujet. Mais ses rumeurs ne l'avaient jamais réellement dérangée, car le plus souvent, elle était d'accord avec les gestes ou paroles de Cormac. Elle sourit de plus belle, tout en regardant sa bague. " Quel cadeau ridicule " pensa-t-elle.

- Cette bague t'aidera à savoir ce que tu ressens, mais en la mettant autour de ton cou, tu seras la seule à savoir. Tout comme moi en les mettant autour du mien. Ainsi, si tu veux savoir mes émotions, il suffira de regarder mon cou, de même pour moi., et si cette bague peut te permettre d'avoir confiance en moi, te prouver que le monde n'est pas aussi noir que tu le penses lorsqu'on prend la peine de vivre chaque moment. Je suis prêt à exposer mes émotions à une inconnue, et toi ?
- Alors nous serons faibles ensemble.

C'est dans un sourire et une peur qu'une amitié commença. L'un voulant aider une fille lui ressemblant, qui est rejetée. L'une, apprenant à vivre d'autres émotions qu'est la tristesse envers ce personnage que tout le monde déteste. Cette bague permit à Lucy de renforcer son masque, de ne laisser rien paraitre. Rien ? Non, pas à Cormac. Depuis ce jour, seul Cormac a la clef et le savoir des pensées et des émotions de Lucy Beckett. Il est le seul en qui Lucy donna sa confiance.

Les rumeurs disent qu'encore aujourd'hui, on peut apercevoir ses bagues autour de leurs cou ...

Ahah j'avoue j'ai " une bague émotion " façon moldu à ma main d'ou l'idée x). Mais voila je voulais montrer par ce cadeau ridicule, que Lucy ne contrôle pas ses émotions, et qu'elle en a une peur bleue. Seul Cormac arrivera via ce cadeau à faire rire Lucy qui ne riait plus depuis pas mal de temps, et lui seul connait les émotions de celle-ci.