Bonjour et bienvenue sur le chapitre 18 !

Comme promis, je vous rends Newt et Graves. J'espère que l'attente n'aura pas été trop longue pour vous !

Je vous laisse avec le chapitre et on se voit à la fin. Bonne lecture !


XVIII – La Pierre Parlante

« Ce n'est pas une bonne idée. »

« Et pourquoi donc ? Vous semblez former la paire avec Scamander et je sais qu'il est particulièrement proche de Dumbledore. » La ligne des lèvres de Fawley se courba doucement, et Graves se fit la réflexion que ces sourires-là étaient toujours suivis d'une mauvaise idée – particulièrement lorsque c'était le ministre de la magie anglais qui les portait. « Quoi qu'il en soit, Newt Scamander n'ira pas seul. Theseus a l'intention de l'accompagner pour rendre visite à leur ancien professeur et essayer de récupérer un semblant d'informations au sujet de cet artefact. »

L'américain fit de son mieux pour garder un air aussi neutre que possible. Il savait parfaitement que Scamander aurait besoin de temps avant de pouvoir lui adresser de nouveau la parole, et c'était précisément pour cette raison qu'il évitait tout confrontation avec ce dernier. Mais les seuls regards que Graves avait osé lui lancer s'étaient soldés d'une profonde tristesse couplée à de la culpabilité. Pour lui, tout du moins. L'anglais semblait quant à lui… Austère, peut-être moins souriant qu'à son habitude. Il ne répondait pas au moindre regard que lui lançait l'ancien directeur et se contentait d'ignorer ce dernier lorsqu'ils se croisaient.

Graves savait raisonnablement que Scamander ne reviendrait pas vers lui aussi facilement. Et pourtant, il l'avait égoïstement désiré. Chaque fois que ces pensées-là traversaient son esprit, il sentait un soupçon de lâcheté dans son cœur.

Qu'ils ne s'adressent plus la parole. C'était peut-être mieux ainsi. Il aurait aimé avoir tort, mais il avait si peur d'avoir raison qu'il n'arrivait définitivement pas à s'avouer qu'il était en train de tout foutre en l'air.

Il ne pouvait définitivement pas nier que sa collaboration avec l'anglais lui manquait, mais c'était ce qu'il avait voulu. Garder ses distances avec lui. Et cela n'était pas aussi simple qu'il aurait pu l'imaginer. La vie lui rappelait constamment qu'il avait rejeté Scamander et le destin tendait à les réunir en toutes circonstances. Le destin, ou son inconscient. Pour une raison obscure, il avait décidé d'accepter la proposition du ministre de la magie.

Fawley lui avait laissé un choix bordé de sous-entendus. Lui et Graves savaient parfaitement que l'aide qu'il procurait au ministère anglais n'était que temporaire et servirait uniquement à redorer son propre blason dans l'espoir des réintégrer les forces américaines.

Et l'ancien directeur ne s'inquiétait pas pour ça. Picquery commençait déjà à montrer des signes de faiblesse. Leurs entrevues avaient d'abord été particulièrement caustiques, où les deux figures américaines livraient un éternel combat appuyé par d'innombrables répliques cinglantes et autre sarcasmes amers.

Parce qu'il y avait une chose que Graves savait désormais. Picquery l'avait jeté aux loups à l'instant même où elle avait eu besoin de trouver un coupable. Et lorsqu'elle avait pris conscience de ses erreurs et du fait que la presse l'avait encore et toujours dans le collimateur, elle avait refusé de faire un pas en arrière et s'était enfoncée. Admettre ses torts, tel était le prix de la vie de Percival Graves.

Lui en voulait-il ?

Pas tant que ça. L'ancien directeur n'était pas particulièrement rancunier.

Mais il savait désormais sur quel pied danser avec la présidente. Il n'y était techniquement même plus employé, mais il avait le soutien inconditionnel du MACUSA. Et si publiquement, il jouait la carte du désintéressement, il savourait secrètement et honteusement cette victoire.

Ses années de dur labeur, son travail irréprochable. Tout ceci avait fini par payer d'une façon plus qu'inattendue.

Au fil des entretiens qu'il avait eu avec la présidente depuis sa libération, il se sentait gagner du terrain. Et cette nouvelle victoire, il la devait à Miraphorumus et ses articles parfaitement bien dosés – pensait-il avec beaucoup de cynisme.

« PERCIVAL GRAVES, SUCCESSEUR DE SÉRAPHINA PICQUERY, MAIS À QUEL PRIX ? »

C'était un coup de maître, une façon brillante d'évincer la présidente qui se trouvait pourtant encore au pouvoir. Graves n'aurait pas détesté le poste que possédait Picquery. Mais il savait pertinemment qu'il n'échangerait pour rien au monde celui de directeur contre ce dernier. Il aimait bien trop le terrain pour s'enfermer dans la paperasse politique comme l'avait fait Picquery.

Leur synergie était bonne. Ni lui, ni elle n'auraient pu le nier.

Et il fallait que sa carrière soit menacée pour qu'elle s'en rende compte et prenne infiniment peur. Car si Percival Graves osait se présenter aux prochaines élections, elle savait mieux que quiconque qu'elle perdrait la bataille.

Était-ce à contre-cœur qu'elle essayait de reconquérir son ancien bras-droit, pour en faire son allié ? Peut-être.

Graves n'avait pas l'intention de se plaindre. Probablement caserait-il une pique ou un reproche bien salé au détour d'une discussion avec cette dernière. Mais Graves ne se plaindrait pas. Ce n'était pas son genre. Il continuerait à faire son travail. Si Picquery devenait problématique, il se consolerait en se disant qu'elle ne pourrait au maximum cumuler que deux mandats et que par conséquent, il ne serait question que de quelques années. Rien d'insurmontable en soi.

Ce qu'il voulait, c'était sa place. Pour retrouver ses repères, pour enfin s'éloigner de ce maudit Scamander qui ne cessait de hanter ses pensées, que tout lui rappelait.

Alors il avait accepté, avec beaucoup de réserve, la requête de Fawley. Sa mission était simple : Épauler Scamander et retrouver l'Artefact que Grindelwald recherchait. Comme l'avait spécifié le ministre, lui et Graves ne seraient pas seuls et l'américain se rassura en se disant que la présence de Theseus refroidiraient probablement l'ambiance et empêcherait le magizoologue de se sentir mal.


« Que faites-vous ici ? » Avait demandé Theseus, le regard plus noir que jamais.

Mercy Lewis, ce qu'il s'était trompé.

Il ignorait si Scamander avait parlé ou non à son frère de ce qu'il s'était passé. L'idée lui avait d'abord semblé étrange, étant donné la relation qu'il entretenait avec ce dernier. Theseus faisait constamment preuve d'aigreur à l'égard de Graves – et ce fut précisément pour cette raison que l'ancien directeur n'avait pas saisi la raison qui avait poussé ce dernier à voter pour sa réhabilitation –, et probablement cette animosité était-elle due au fait que l'américain arbore l'image d'un traître.

« Je suis désolé que vous ayez à l'apprendre de ma bouche, mais Fawley requiert ma présence ici. » Rester cordial et correct. En matière de relations diplomatiques et professionnelles, Graves faisait preuve d'un sang-froid et d'un tact sans faille.

Officiellement, il n'avait rien à se reprocher. La justice l'avait déclaré non coupable, quoi que Theseus Scamander en pense.

« Je vois. » L'auror serra les dents et s'approcha de l'américain, la tête haute et le regard suffisant. « Si le ministre vous a demandé de vous joindre à nous, il vous a probablement expliqué que j'aurai la charge de l'équipe. »

Implicitement, Theseus venait de lui faire comprendre que Graves n'aurait pas son mot à dire et devrait exécuter les ordres de l'auror en chef.

L'américain resta neutre. Si le ton de l'anglais se voulait particulièrement intimidant, il n'y avait tout simplement pas été sensible. Faire preuve de respect envers sa hiérarchie n'était pas une chose que Graves trouvait inconcevable. Il se savait en territoire anglais, et connaissait sa place. Tant qu'il ne viendrait pas à bout de cette mission, il ne retrouverait pas ses fonctions au MACUSA et par conséquent, aurait à se plier devant Scamander aîné.

« Cela va de soi. » Lui avait-il répondu avant de faire un pas de côté et d'avancer vers l'intérieur de la pièce.

Et un autre Scamander, bien plus problématique, entra dans son champ de vision à cet instant. Celui qu'il s'évertuait à éviter depuis plusieurs jours. Arrivé à son niveau, et son regard parut plus désolé que jamais, plus qu'il ne voulait le montrer, plus qu'il ne le contrôlait.

« Sir Graves. » Avait murmuré le magizoologue, hochant la tête pour le saluer. Comme à son habitude, Newt fixait un point perdu quelque-part dans la pièce. Mais il ne semblait pas blessé par la présence de l'américain.

Et cette idée fut particulièrement désagréable pour Graves. Une multitude de questions se frayèrent un chemin dans l'esprit déjà désordonné de l'ancien directeur. Scamander lui avait toujours apparut comme quelqu'un de sensible et honteusement, de fragile. Peut-être était-ce lié au fait qu'il avait échappé de justesse à la mort entre ses propres mains. Mais tel était le sentiment que lui inspirait l'anglais.

Il n'avait pas vraiment eu l'occasion de doser les réactions de ce dernier, alors il s'était attendu à le voir morose, empli de négativité et de tristesse et c'était précisément pour cette raison que l'américain se sentait infiniment coupable ces derniers jours.

Alors pourquoi, lorsqu'il avait eu l'impression que Scamander n'était pas aussi affecté que ce qu'il imaginé, avait-il ressenti un pincement au cœur ?

« Scamander. » Sa voix était moins assurée que celle du magizoologue, et Theseus ne tarda pas à le remarquer.

« Avez-vous l'intention de m'expliquer ce qu'il se passe ? » Graves ne se retourna pas immédiatement, conscient que son visage trahirait que quelque-chose était arrivé. À la place, il envoya un regard lourd de sens à Scamander qui l'ignora de nouveau. « Je ne pars pas avec une équipe dans laquelle il y a des tensions. »

Newt prit le relai. Avec brio. Il envoya un regard lourd de sens au directeur, le premier depuis qu'ils s'étaient quittés – sur une note particulièrement amère.

« Il n'y a rien. » Et son ton fut si plat et calme, son sourire si vrai… Que Theseus se laissa emporter par sa naïveté et décida de le croire.

L'anglais vit l'incompréhension naître sur le visage de Graves.

À cet instant, il n'y avait qu'une seule chose qui l'importait et c'était d'enfin mettre la main sur l'artefact que convoitait Grindelwald. Sa relation houleuse avec l'américain pouvait bien attendre la fin de leur mission, il avait autre chose à faire et à penser pour le moment.

Enfin ça, c'était ce qu'il avait vainement tenté de se faire croire. Évidemment que la présence inattendue de Graves l'affectait, et bien plus qu'il ne l'admettait. Avoir été repoussé de la sorte avait éveillé en lui des émotions qu'il n'avait pas eu le temps d'appréhender. Il connaissait la tristesse, la confusion mais un vide particulièrement désagréable était né dans son estomac. Il avait passé les derniers jours à se surmener pour s'éviter de penser et émotionnellement, c'était un peu comme si son cœur avait décidé de se plonger dans un sommeil sempiternel et absolument pas réparateur.

Tout d'abord, il avait dû régler ses comptes avec le ministère. La libération de Percival Graves avait eu des retombées sur sa propre liberté – exactement comme il l'avait prédit – et son frère avait dû remuer Ciel et Terre pour qu'il ne se retrouve pas envoyé à Azkaban. Et pour la première fois de sa vie, Torquil Travers – à la tête du département de la justice magique anglais – avait également pris sa défense. Plutôt que de se retrouver amputé d'un aussi bon magizoologue que l'était Newt Scamander, il avait proposé de surveiller ses agissements de plus près et de restreindre les voyages de ce dernier. Puisque la société magique était en période de crise, Scamander ne serait autorisé à voyager que si on l'y autorisait, mais une fois que tout ceci serait résolu, il serait condamné au sol anglais jusqu'à nouvel ordre.

Theseus lui avait sauvé les miches. Et pas qu'un peu. Sa relation fraternelle semblait enfin avancer, après des années d'amertume mutuelle.

Pour autant, il n'avait pas touché un moindre mot de ce qu'il s'était passé avec Graves à son frère. L'auror n'appréciait déjà pas franchement l'américain – à la fois parce qu'il ne lui faisait pas tout à fait confiance vis-à-vis de ses agissements avec Grindelwald, et aussi parce qu'il détestait Rajel Haddad. Et Theseus pensait fermement que si l'auror en chef américain était aussi exécrable, c'est qu'il tenait de sa hiérarchie directe.

Alors s'il avait eu le malheur d'expliquer à son grand-frère que cet homme, qu'il déplorait, avait fait l'affront de le rejeter ? Theseus aurait trouvé un moyen d'évincer Graves du ministère et par la même occasion, gâcher ses chances de se racheter.

« Bien. » Fit alors l'aîné, qui tira le plus jeune de ses pensées en posant une main sur son épaule. « Sommes-nous au complet ? »

« Excusez-moi pour mon retard. » Newt fit volte-face, ayant parfaitement reconnu la voix de Travers.

Il ne rigolait pas, quand il disait surveiller ses agissements de très près. Le magizoologue ne commenta pas sa venue et se contenta de le saluer d'un hochement de tête. Et Travers ne sembla pas apprécier le mutisme de Newt.

« Vous savez pourquoi je suis là. » Il s'approcha, sa baguette à la main. « Vous connaissez les limites qui vous sont imposées, Scamander. Dépassez-les et je n'hésiterai pas à… » Et le bout de sa baguette vint dangereusement effleurer le menton du concerné.

À cet instant précis, un charme de protection força le directeur de la justice britannique à reculer. Travers regarda de haut en bas le bouclier brillant qui le séparait désormais de Scamander. Il chercha le responsable avant de tomber sur le regard noir de Percival Graves, sa baguette à la main, orientée sur ce dernier.

Lorsque l'américain vit que Travers l'avait remarqué, il baissa alors sa baguette et croisa les bras.

« D'aussi loin que je me souvienne, le poste de directeur ne vous autorise pas à intimider vos employés. Et encore moins à les menacer. »

Il pouvait sentir le goût amer sur la langue de Travers. Et il se délecta particulièrement du regard foudroyant qu'il lui avait arraché.

« Restez à votre place, Sir Graves. » Avait simplement rétorqué le directeur britannique, dont la rage n'avait pas fait perdre la raison.

Un accrochage avec Percival Graves, qu'il ne s'agisse que d'une joute verbale ou d'un véritable duel, ne lui profiterait jamais. Si l'ancien directeur du MACUSA savait garder son calme et rester professionnel en toutes circonstances, ça ne l'empêchait pas de posséder une langue de serpent à la répartie très affutée et d'être l'un des sorciers les plus puissants de son temps.

Newt était pétrifié. Par le geste menaçant de Travers à son égard, par celui qui était particulièrement inattendu de Graves et par la façon dont le directeur britannique s'était tassé lorsque l'américain l'avait avisé de garder son calme face à lui.

Theseus n'avait pas réagi. Il avait beau être à la tête du bureau des aurors, Torquil Travers restait plus haut placé que lui et ses ordres primaient sur son bon vouloir. Ce fut probablement pour cette raison que pour une fois, Graves lui rendit pas un regard suffisant et désabusé.

« Nous devrions y aller. » Affirma alors l'auror, assez clairement pour apaiser les tensions et passer à autre chose.

Ses mots réveillèrent Newt de sa paralysie, qui secoua vivement la tête et se dirigea vers le reste du groupe, gardant autant de distance que possible avec Travers.

Il fut soulagé lorsqu'il vit ce dernier transplaner au bras de Theseus. Avant de se rendre compte qu'il se retrouvait désormais seul avec l'américain. Il avait beau essayer, il ne pouvait s'empêcher de penser à son geste.

Lorsque Graves lui tendit son bras, sans broncher – ce que Newt apprécia tout particulièrement –, il murmura un « Merci. » presque inaudible et saisit ce dernier l'instant qui suivit, pour ne pas avoir à l'entendre, ni à le voir sourire, ni rien d'autre. S'adresser à lui en public était étrangement bien plus simple que lorsqu'ils se retrouvaient seuls.

La réalité se distordit aussitôt, ne laissant – comme il l'avait prédit – pas le temps à Graves de répondre quoi que ce soit au murmure de Scamander.

Ses pieds foulèrent à nouveau le sol de ce pont, qu'il connaissait beaucoup trop bien. Et la vue de l'immense château de Poudlard le rassura. Si l'endroit n'était pas nécessairement rempli que de bons souvenirs pour Newt et lui avait fait connaître la fin prématurée de ses études, il restait un lieu relativement paisible qui avait permis au magizoologue d'embrasser sa passion.

Il ne fallut pas bien longtemps avant que ce qu'il suspecta être l'un des professeurs de l'école, qu'il n'avait encore jamais vu, ne vienne les chercher pour les conduire jusqu'à Albus Dumbledore. Cela faisait quelques années qu'il n'avait pas eu l'occasion de rencontrer son ancien professeur. Néanmoins, ils communiquaient toujours par lettres. Cette correspondance avait été fortement affectée par les derniers évènements et pour des raisons évidentes, ils n'avaient donc pas eu l'opportunité de discuter à nouveau depuis quelques mois.

« Le professeur Dumbledore aimerait voir Newt Scamander seul, dans un premier temps. » Avait expliqué celui qui les avait conduits jusqu'à l'intérieur de l'école. « Après quoi, il sera ravi de s'entretenir avec vous. »

« Il en est hors de question. » Rétorqua Travers, indigné par la demande.

Theseus soupira et s'avança à son niveau.

« Sauf votre respect. » Son ton était calme, mais néanmoins sérieux. « Le ministre m'a chargé de la direction de cette mission. Les récents évènements tendent à évoquer que si Dumbledore est réellement en possession de cet artefact, il a refusé d'échanger ce dernier contre la vie de mon frère. » Il croisa alors les bras, voyant que ses mots faisaient réfléchir le directeur britannique. « Il n'est peut-être question que d'une simple discussion personnelle et d'excuses, rien de plus. »

Travers prit une grande inspiration.

« Soit. » Railla-t-il, irrité. Theseus était le petit favori de Fawley et il savait que si ce dernier apprenait que lui, directeur de la justice, n'avait pas respecté les ordres du ministre… Les retombées seraient désagréables.

Theseus désigna la porte du bureau de Dumbledore d'un signe de la tête à son frère et Newt s'empressa de rentrer dans ce dernier, sans broncher.

Il n'avait pas la moindre idée de ce que son ancien professeur lui voulait à cet instant et se retrouver seul avec ce dernier – qu'il savait particulièrement manipulateur et excellent lorsqu'il s'agissait d'obtenir ce qu'il voulait – ne le rassura pas plus que ça.

« Newt. » Fit une voix qu'il reconnut instantanément. Il était face à l'une des nombreuses fenêtres de son bureau, le regard perdu quelque part dans le paysage qui s'offrait à lui.

« Professeur Dumbledore. » L'anglais posa sa valise et s'avança vers celui qu'il venait de saluer. Il n'osa pas immédiatement poser la question qui pesait sur son cœur depuis qu'il avait foulé le sol de la pièce, et il n'eut pas besoin de s'inquiéter davantage.

« Je te dois des excuses. »

L'anglais écarquilla les yeux. Connaissant le naturel particulièrement calculateur de son ancien professeur, il fut étrangement surpris que son frère ait eu raison à son sujet. Dumbledore ne cherchait donc qu'à s'excuser ?

« Mais je ne regrette pas mon acte pour autant. » Newt fronça les sourcils, perplexe mais n'osant pas l'interrompre. « Tu n'imagines pas une seule seconde ce qu'il aurait été capable de faire une fois l'objet en sa possession. »

Et avec le recul, l'anglais se fit la réflexion qu'il ne lui en voulait pas le moins du monde. Parce qu'il comprit immédiatement ce que son ancien professeur essayait de lui dire à cet instant. Si Newt avait eu connaissance des effets de cet artefact sur la société magique plus tôt, qu'il avait pu prédire le nombre de victimes innocentes que ferait ce dernier… Alors il aurait volontiers donné sa vie pour l'empêcher.

Cependant, il ne savait toujours pas quels étaient lesdits effets. Mais le regard que venait de lui lancer Dumbledore ne lui disait rien qui vaille.

Ce fut à l'instant où il s'apprêta à donner plus de détails au plus jeune que la porte du bureau s'ouvrit dans un fracas tout particulier qui ne manqua pas de faire sursauter Newt.

Et quand une seconde plus tard, Travers lui fit face, son visage s'imbiba d'une panique certaine, n'ayant pas la moindre idée de ce qu'il avait bien pu faire de mal.

« Qu'est-ce qu'il vous a dit ? » Railla-t-il, assez proche pour mettre le magizoologue mal à l'aise, mais visiblement pas suffisamment pour que Graves intervienne comme il l'avait fait plus tôt.

« Je-… » Il balbutia quelque peu avant que son regard ne tombe inconsciemment sur le directeur, dont la main était déjà posée sur sa baguette, prêt à réagir si jamais la situation dégénérait.

À cet instant, alors que ce n'était le moment ni le lieu, quelque-chose devint limpide. Clair. C'était une évidence et Newt s'en voulut infiniment de ne pas avoir compris plus tôt. Ces pensées le détachèrent de la réalité et le temps sembla se ralentir.

Percival Graves le protégeait. Il le surprotégeait même. L'américain ne l'avouerait probablement jamais mais ces derniers évènements avaient fait renaître une peur toute particulière chez lui : Celle de perdre quelqu'un qu'on appréciait.

Warren. Il avait osé s'attacher émotionnellement à cette dernière – et Newt ne savait pas exactement si cet attachement avait été purement platonique ou non – et on lui avait enlevée. Elle avait été tuée de sang-froid et il n'avait rien pu faire. Le terme d'impuissance n'avait jamais autant eu de sens que le jour où il avait appris sa mort.

Et le directeur refusait de voir cela se produire à nouveau. Mais que refusait-il exactement ? De s'attacher à Newt ou de voir Grindelwald enlever ce dernier dans le seul et unique but de le voir souffrir à nouveau ?

Il n'en savait rien. Mais il était déterminé à le découvrir. « Nous nous reverrons plus tard » furent les derniers mots que l'américain lui avait adressés, et il n'avait toujours pas honoré sa promesse.

Quand les choses se seraient enfin calmées, Newt aurait une discussion avec lui. Même si cette dernière impliquait de tout reprendre de zéro avec le directeur. Certaines choses méritaient d'être mises au clair, comme par exemple, le fait que l'anglais n'avait pas besoin d'être protégé ni d'être surveillé – et il fut quelque peu pessimiste concernant le fait de réussir à convaincre l'américain, puisqu'il échouait à le faire comprendre à son frère depuis sa tendre enfance.

Newt était loin d'être aussi fort que l'étaient Theseus et Graves, mais il avait plus d'un tour dans son sac et savait que son sens de l'observation et sa ruse l'avaient maintes fois tiré de situations particulièrement délicates.

Il fut bien vite tiré du cours de ses pensées lorsqu'une voix grave et menaçante s'abattit de nouveau sur lui alors que son regard était inexplicablement verrouillé à celui de Graves. Newt avait pour habitude de se tourner vers un point fixe souvent proche du sol pour se rassurer. Mais cette fois-ci, c'était un peu comme s'il avait décidé de le fixer lui, comme s'il s'agissait de la seule personne capable de le rassurer à cet instant.

Et l'idée lui fit l'effet d'une claque.

Alors il se réveilla.

« Il s'est simplement excusé. » Répondit-il et son ton était presque inaudible. Il n'avait pas réussi à écouter correctement le reste des paroles de Travers alors il s'en était tenu à sa question initiale.

Sa réponse ne sembla pas convaincante le moins du monde, mais le regard de Theseus couplé à cette dernière eut le mérite de calmer les ardeurs qui animaient le directeur britannique.

« Je confirme. » Fit alors le professeur, sur un ton assuré avec un sourire tout particulier aux lèvres. Celui qui avait pour habitude d'énerver Travers et ne manqua pas d'attirer l'attention de ce dernier, changeant immédiatement de sujet.

« Alors, Sir Dumbledore. » Travers sembla triturer le bout de sa baguette alors qu'il avançait vers celui qui venait de l'agacer. « Dites-nous, qu'est-ce que vous avez encore trouvé à cacher au ministère de la magie pour vous attirer les foudres de Grindelwald ? »

Newt et Albus s'échangèrent un regard lourd de sens, que seuls Theseus et Graves captèrent. Travers lui, sembla trop occupé par la réponse qu'il attendait du professeur.

Le directeur britannique n'avait que peu de qualités. Mais s'il y avait une chose que tout le monde savait de cet homme détestable, méprisant à souhait, exécrable… C'était la fâcheuse tendance qu'il avait à absolument tout savoir avant tout le monde. Il avait probablement la liste de contact la plus longue qui ait jamais existé au ministère de la magie et avait l'oreille absolument partout.

Mais il n'avait visiblement jamais entendu parlé de l'artefact que convoitait le mage noir et plus encore : Il ignorait que Dumbledore et Grindelwald étaient autrefois amis – et peut-être plus qu'Albus ne le laissait croire.

Newt se fit la réflexion qu'il était peut-être même le seul dans cette pièce à être au courant. Et l'idée le terrifia. Il devenait terriblement maladroit lorsqu'il était question de mensonges.

« J'aimerais pouvoir vous répondre, Torquil. » Le directeur britannique perdit son sourire. « Mais mon esprit est scellé. »

Travers pouffa de rire.

« Vous vous foutez de ma gueule, c'est ça ? »

« J'ai bien peur que non. » Le visage du professeur parut désolé, et le magizoologue se fit la réflexion qu'il ne s'agissait pas de son expression habituelle. Comme si… Dumbledore était vraiment, terriblement, désolé. « Je suis incapable de vous dire quoi que ce soit à propos de l'artefact que vous recherchez. Grindelwald a scellé mon esprit et toutes les réponses avec, déclarant que si lui ne pourrait pas y accéder, alors personne ne le pourrait. Moi-même inclus. »

« Conneries. » Reprit Travers, coupant presque Albus.

« S'il dit vrai, nous devrions pouvoir le vérifier en traçant la signature magique de Grindelwald. » Theseus frotta l'arrière de sa nuque. « Nous avons besoin d'un médicomage. »

« Une minute. » Graves l'interrompit dans son raisonnement et avança vers Dumbledore, se tournant alors vers Travers et l'auror Scamander. « Je peux faire ça moi-même. »

Newt haussa un sourcil, et Theseus l'imita.

« Où avez-vous appris à manipuler de tels charmes ? »

« Je sais le faire. C'est tout. » Devant le ton froid et grave de l'américain, Scamander aîné n'insista pas. Et Travers avait bien trop peur de Graves pour oser poser la moindre question à ce dernier.

Sans plus attendre, il interrogea le consentement du professeur Dumbledore du regard et quand ce dernier hocha la tête pour le donner le feu vert, il positionna le bout de sa baguette contre sa tempe.

Et il n'eut pas besoin d'y passer beaucoup de temps.

« Il ne ment pas. » Graves sembla perplexe et pensif. « Je n'ai jamais vu un tel sortilège avant. D'une telle… Puissance. » Il croisa les bras et s'en remit à Theseus, qui dirigeait l'opération, dont il attendait le verdict et les directions.

Et l'auror sembla particulièrement perdu. Ils avaient la clé de tous leurs problèmes sous la main, et elle s'était révélée parfaitement inutilisable.

« Fouillons l'endroit. » Les traits du professeur Dumbledore se tendirent lorsqu'il entendit l'ordre donné par Theseus, et ce dernier lui rendit un regard désolé. « Nous n'avons pas le choix. »

Newt eut besoin d'un moment d'adaptation. Il resta bien une trentaine de secondes planté au milieu de la pièce, aux côtés d'Albus, bien trop gêné de s'adonner à une activité comme celle de fouiller dans les biens personnels de son ancien professeur. Jusqu'à ce que son frère ne lui donne un léger coup de coude en passant à côté de lui, et l'anglais se fit la réflexion qu'il n'avait plus vraiment le choix. Il s'approcha alors du bureau de son ancien professeur et lui adressa un regard discret, comme pour lui demander la permission. Lorsqu'il hocha la tête, Newt tira un par un les tiroirs du meuble.

Il y trouva beaucoup de classeurs, qu'il posa chaque fois soigneusement sur le plat du bureau afin de les inspecter un par un. La plupart étaient remplis de cours, de notes, de bulletins, d'anciennes lettres. Rien qui ne pourrait intéresser Travers en soi.

Jusqu'à ce qu'il ne mette la main sur un classeur bien différent. Plus léger, bien plus léger que les autres. Beaucoup, beaucoup trop léger pour la taille et la contenance qu'il semblait avoir. Newt fronça les sourcils et sortit discrètement sa baguette pour appliquer un Revelio informulé sur le classeur en question.

Il tenta de masquer sa surprise lorsque les couvertures du classeur brûlèrent doucement pour laisser place à un carnet bien plus petit et probablement très vieux s'il en croyait la qualité et la couleur des pages. Il tourna la première de couverture. L'encre avait bavé. Les premiers mots n'eurent aucun sens.

Il continua néanmoins sa lecture, et son intérêt s'intensifia lorsqu'il tomba sur un croquis d'un cristal vert en forme de sphère. Il chercha son descriptif, et lorsqu'il trouva enfin ce dernier, il fut particulièrement soulagé de voir que chaque paragraphe demeurait lisible.

« D'Emeraude, la Pierre Parlante ornait autrefois le sceptre de Jacques IV (dit Seumas VI Stiùbhairt en Gaélique Écossais), Roi d'Angleterre ayant régné de mille-cinq-cent-soixante-sept à mille-six-cent-vingt-cinq.

Avant de détenir le pouvoir de l'obéissance absolue, la Pierre Parlante n'était qu'un cristal sans grande importance. Jacques IV joua un grand rôle dans la chasse aux sorcières, si bien qu'on le soupçonne d'avoir été tué par l'une d'entre elles. Aujourd'hui, les livres d'histoire relate un assassinat de la Conspiration des Poudres. Un attentat prémédité par un culte sorcier. »

Newt bailla. L'histoire des Rois moldus ne l'avait jamais vraiment intéressé. Il continua néanmoins à lire, sautant au second paragraphe.

« La Pierre Parlante conserve en son sein l'âme de la sorcière Moira Malvina et sa puissance. Pendant l'une des nombreuses chasses aux sorcières perpétuée par Jacques IV, Moira aurait essayé de faire entendre la voix de ses sœurs, et dans une tentative désespérée, remarquant que le Roi ne céderait jamais à ses doléances, elle lança à son encontre le sort interdit dit d'Imperium. Le Roi aurait alors brandit son sceptre devant lui pour se protéger du sort de la sorcière qui lui faisait face, et l'Emeraude ronde qui ornait ce dernier aurait alors encaissé le sort et retourné ce dernier à Moira avec une puissance décuplée, menant cette dernière à la mort lorsque Jacques IV hurla « Tuez-la ! » et qu'elle se serait suicidée, suivant alors l'ordre du Roi. La Pierre Parlante se serait alors nourrie de l'âme et de la puissance de Moira Malvina, tout en conservant les propriétés du sortilège d'Imperium. »

L'anglais écarquilla les yeux. Il était probablement en train de lire un livre écrit par un vieux conteur moldu, mais un mauvais pressentiment s'empara de lui.

« Ainsi, la Pierre Parlante promet obéissance à celui la possédant, garantissant que n'importe qui capable d'entendre et de comprendre ses mots devienne docile au détenteur si ce dernier le désire. »

Ce n'était pas bon. Ce n'était clairement pas bon. Il lança un regard à son ancien professeur, qui ne le remarqua pas.

Évidemment qu'il aurait accepté d'échanger sa vie contre le fait que Grindelwald ne s'empare jamais de cette pierre. Sa vie n'avait aucune valeur à côté des dégâts qui pourraient être causés par cet artefact.

Il ne restait plus qu'à retrouver où Albus Dumbledore avait caché cette dernière. Il continua sa lecture, espérant tomber sur des notes du professeur lui-même.

« Jacques IV, découvrant son nouveau pouvoir, n'hésita pas une seule seconde à utiliser la sorcellerie qui lui était désormais conférée. Heureusement pour notre monde, il fut assassiné quelques semaines plus tard et la Pierre Parlante fut oubliée. »

Newt ferma hermétiquement les yeux. La Pierre Parlante ornait donc le haut d'un sceptre d'or. Puisqu'elle était représentée que sous la forme d'une sphère, il se fit la réflexion qu'elle devait probablement avoir été enlevée de ce dernier.

Ce qui signifiait qu'elle pouvait être couplée à un autre objet.

Il eut une idée. Une idée folle, une idée dont il eut particulièrement honte. Une idée qui ne plairait pas à Travers ni à son frère si jamais ils apprenaient la vérité. Alors il décida de la jouer fine.

Il referma soigneusement le livre et le plaça dans le tiroir le plus bas possible, sous une pile de classeurs qu'il rangea également. Sans vraiment prêter attention à son ancien professeur, il s'approcha de lui et s'agenouilla face au meuble le plus proche, comme pour en fouiller l'intérieur.

« Professeur Dumbledore. » Murmura-t-il. Il n'eut pas besoin de s'expliquer sur les raisons de sa discrétion pour que le professeur le suive dans son idée.

C'était ce qu'il aimait particulièrement chez lui. Albus Dumbledore lui faisait véritablement confiance et n'avait pas besoin qu'il s'éternise à travers de longues explications pour le comprendre.

« J'ai besoin de votre baguette. » Il tourna doucement la tête pour vérifier que personne ne les regardait. « Discrètement. »

Il hocha la tête, non sans lancer un regard perplexe au magizoologue en haussant un sourcil, et déposa ladite baguette sur le meuble que fouillait Scamander.

Tout aussi discrètement, l'anglais attrapa cette dernière qu'il rentra dans le meuble pour ne pas la rendre visible. Il fourra également les mains à l'intérieur et lorsqu'il fut sûr qu'on ne verrait rien de l'extérieur, il tenta habilement de dévisser le manche de la baguette du bout de cette dernière.

Et lorsqu'il sentit le bois céder et tourner dans sa paume, le rythme des battements de son cœur s'affola. Il sépara doucement les deux parties de la baguette et se rendit compte avec horreur que le manche était creux. Il détestait avoir raison.

Il détesta encore plus ça lorsqu'il pencha le manche et qu'un cristal rond de la taille d'une bille roula dans sa main. La Pierre Parlante était dans la baguette de Dumbledore depuis que ce dernier avait mis la main dessus. Il ne savait pas quoi faire de cette information. Mais à cet instant, il était bien trop paniqué par la découverte qu'il venait de faire pour avoir le moindre contrôle de ses réflexions. Il fit rouler le cristal dans sa manche et revissa doucement la baguette avant de se relever et de la rendre à son possesseur, qui n'avait pas compris grand-chose des manipulations de l'anglais.

« Je l'ai trouvé. » Fit alors Newt, d'une voix juste assez audible pour que tous se retournent et s'avancent vers lui.

Theseus inspecta l'artefact dans la paume de son frère, déconcerté. Il s'attendait probablement à quelque-chose de différent.

« Nous allons le… » Commença-t-il, en tendant la main vers son frère pour récupérer le cristal, mais à cet instant précis, la porte s'ouvrit dans un fracas qui fit sursauter l'équipe entière.

« Scamander ! Travers ! » L'homme était essoufflé, et si Newt ne le reconnut pas le moins du monde, il devina qu'il s'agissait probablement d'un auror anglais. « Elliott McVaugh et Vinda Rosier viennent de débarquer au port de Glasgow ! Ils ont probablement deux otages. »

« Ont-ils étaient identifiés ? »

« Elles… » Corrigea alors l'inconnu. « Il s'agit de Tina Goldstein, l'auror américaine, et sa sœur Queenie. »


Et voilà pour le chapitre 18.

J'espère qu'il vous aura plu ! Je vous donne pas mal de détails sur la Pierre Parlante et ses origines. Graves et Newt essayent de cohabiter après leur petit accrochage et y arrivent malgré tout (ça en dit long sur la nature de leur entente ahah).

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! On se voit Samedi prochain pour le chapitre 19 qui sera beaucoup plus long !