Mot du jour : Ripailler


- YAAAAAHOUUUUUUUUU !

Le hurlement de joie retentit sur toute la plage, la ville la plus proche et probablement la moitié de l'océan. Certains aimaient Noël sous la neige, d'autres le préféraient au soleil. Sans grande surprise, Australie faisait partie de la deuxième catégorie, et il était actuellement en train de fêter l'approche de sa fête préférée en surfant comme un fou.

Pas très loin de lui, un cri similaire lui répondit. Un jeune homme brun et avec un bronzage bien plus marqué que le sien l'accompagnait sur les vagues, avec au moins autant de talent. Les yeux verts d'Ace croisèrent pendant une seconde les yeux marrons de son invité, et il lui fit un sourire radieux avant que son attention se reporte sur les vagues.

Les deux nations profitèrent de l'océan jusqu'à ce que l'action conjointe du soleil couchant et du grondement de leur estomac leur indique qu'il était temps de faire une pause. Ils sortirent de l'eau ensemble, en riant et en ébouriffant leurs cheveux trempés.

Quelques instants plus tard, ils déballaient le pique-nique qu'ils avaient apporté en prévision et ripaillaient comme seuls les sportifs après l'effort peuvent le faire.

- Tu surfes vachement mieux que ce que j'imaginais ! lança Ace.

Avec un grand sourire dans lequel pointait de la fierté et une once de malice, Miguel répondit.

- Certains des plus beaux spots de surf du monde se trouvent chez moi. Tu devrais venir y jeter un coup d'oeil à l'occasion.

Le représentant du Mexique avait été un peu trop menacé sur sa proximité avec Alfred par un certain russe pendant les derniers mois. Lorsque l'occasion s'était présentée d'aller passer Noël à l'autre bout du monde, il l'avait saisie sans hésiter.

En revanche, il n'avait pas prévu que son hôte serait aussi bon surfeur. Et sportif en général. Et aventureux. Et sacrément sexy. Et malheureusement ami avec un koala psychopathe possessif qui compliquait sérieusement toute tentative de flirt.

- For real !? Trop cool !

Ace était très content d'avoir enfin quelqu'un qui n'était pas trop effrayé par son territoire pour venir lui rendre visite. Et son koala l'aimait bien aussi, ce qui était une bonne indication. La preuve, il ne l'avait encore ni mordu ni griffé alors qu'il était là depuis plus de trois jours !

- Par contre prévois la dose de crème solaire, reprit Miguel avec un sourire moqueur. J'en reviens pas que tu rougisses autant vu le pays que tu représentes...

- Arthur dit que c'est la preuve que j'ai bien du sang Kirkland dans les veines, répliqua l'australien dans un éclat de rire.

Mexique rit également. La pâleur et l'incapacité à bronzer de la famille britannique était connue et reconnue par toutes les nations du monde. Seuls Alfred et Ace avaient réussi à surmonter ce maléfice et acquérir un bronzage à peu près convenable.

Les deux surfeurs se turent pour observer le soleil s'enfoncer lentement dans l'océan, parant le ciel et les nuages des couleurs chatoyantes du crépuscule. Avec la plage pour eux tout seuls (l'avantage d'être avec une nation qui sait où aller pour être tranquille), leurs planches de surf enfoncées dans le sable et le panier de pique-nique entre eux, l'ambiance avait des allures de rendez-vous romantique.

Jusqu'à ce qu'Ace se tourne vers Miguel, un sourire séducteur aux lèvres, et lui fasse un clin d'oeil aguicheur.

- Ça m'a l'air d'être le moment parfait pour un golden gaytime, tu ne crois pas ?

Le mexicain sentit sa mâchoire pendre soudainement et son visage devenir écarlate. Au bout de cinq secondes, il parvint à aligner plus de deux mots cohérents sans bafouiller.

- Ace, t'es super sexy et je serais pas contre aller plus loin avec toi, mais t-tu crois pas que c'est un peu rapide ?

À sa grande surprise, l'australien explosa de rire. Puis fouilla dans la partie isotherme du panier, et en sortit une boîte de glaces à la vanille enrobées de chocolat et d'éclats de biscuits. Sur l'emballage était écrit "Golden Gaytime" ainsi que la devise de la gourmandise : "It's hard to have a Gaytime on your own !". La teinte pivoine de Miguel était toujours présente, mais venait désormais de l'embarrassment. Il ne remarqua donc qu'Ace se rapprochait de lui que lorsque le visage de ce dernier se trouva à quelques centimètres du sien.

- Désolé pour la blague, fit-il en ayant l'air tout sauf désolé. J'avais envie de savoir si tu étais intéressé aussi.

- Tu... c'est fourbe de faire un coup pare...

Le reste de la phrase fut étouffé lorsque l'australien plaqua ses lèvres sur celles de son invité. Passé le moment de surprise, Miguel répondit avec délice.

-oOo-

À New York, Alfred et Ivan étaient tranquillement en train de regarder un film lorsque le téléphone de l'américain vibra. De grands yeux bleus suppliants et un soupir attendri plus tard, le russe attrapa le portable (hors de portée du plus jeune).

- Tu as un message d'Australie.

- Ah ? Il dit quoi ?

- Il te remercie pour tes conseils sur l'utilisation du Gaytime.

À la fin de la phrase, la température sembla chuter de plusieurs degrés dans la pièce et l'américain déglutit avant de regarder son petit-ami.

- Vanya, je te jure que c'est pas ce que tu crois.