Ron ne comprit pas tout ce qui se passa ensuite. Il se souvenait avoir été assommé par le Vampire qui le tenait, mais d'être resté conscient. Il s'était alors trouvé dans une sorte de brouillard épais, son cerveau enregistrant une flopée d'informations mais n'en analysant que quelques-unes.
Il se rappelait avoir été traîné sur le sol de la forêt, soutenu par le Vampire qui l'avait maintenu. Il avait traversé les bois si rapidement que les arbres s'étaient succédés comme un mur flou. Il avait ralenti et avait alors été jeté au sol sans cérémonie. Il était tellement dans les vapes qu'il n'avait même pas eu une grimace de douleur. Il avait distingué, loin au-dessus de lui, les silhouettes d'immenses tours obscures, parsemées de quelques fenêtres éclairées.
Puis, il s'était senti levé du sol et un instant plus tard, il se trouvait sur les épaules d'une silhouette massive. Il avait été transporté dans l'immense demeure et se souvint d'avoir parcouru de longs couloirs interminables. Les Vampires ne l'avaient pas fouillé, mais il était trop pâteux pour en être surpris.
Tout ce qu'il souhaitait à ce moment précis, c'était de se trouver au fond de son lit avec Hermione blottie contre sa poitrine. Un sourire béat se dessina sur ses lèvres à cette pensée.
Soudain, le jeune chef d'équipe se sentit, plus qu'il ne se vit, asseoir de force sur une chaise. Son esprit était encore embrumé et il crut entendre son nom. Mais il était trop faible, trop fatigué, pour répondre. Il voulait rester dans cette torpeur, ce semblant de sommeil. Il ouvrit soudain les yeux, comme s'il avait été réveillé brusquement. Il mit quelque secondes à recouvrer ses esprits, réalisant qu'il se trouvait dans un bureau de style victorien et que l'une des créatures dissimulait quelque chose dans sa poche.
Il compta six ennemis, en plus de celui assis en face de lui. Il entrevit également ses deux coéquipiers, totalement inconscients. Trois Vampires pour les garder, trois autres pour les surveiller et un dernier pour les questionner. Ils n'étaient pas en position de force, mais rien n'était perdu.
Enfin, presque rien, ajouta-t-il pour lui-même lorsqu'il vit l'un des monstres sanguinaires déposer les trois baguettes sur le bureau en face d'eux.
La situation n'était pas désespérée, pas encore. Aucune ne l'était totalement, Ron le savait parfaitement depuis la Bataille de Poudlard.
« Ronald Weasley ! entonna le Vampire assis à son bureau. C'est un plaisir de vous rencontrer.
— J'aurais bien aimé avoir ce plaisir, mais vous ne m'en voudrez pas si je suis quelque peu incommodé pour le moment, taquina le jeune sorcier.
— Le même humour que votre partenaire…
— Vous parlez de Harry ? s'enquit Ron, soudain excité. Il est ici ? Vous l'avez ? Il est vivant ? Il va bien ?
— Veuillez-vous calmer, Ronald Weasley, somma la créature. Merci.
« Oui, Harry Potter est ici. Et oui, il était vivant la dernière fois que je me suis renseigné. Son état de santé est, cependant, une toute autre question. Mais nous ne sommes pas là pour parler de Harry Potter. Nous sommes là pour parler de vous et de votre message.
« J'ai cru comprendre que vous disposiez de quelque chose qui m'appartient. Je voudrais bien que vous me le rendiez.
— Qui êtes-vous ? interrogea Ron. Qui me dit que vous n'êtes pas des usurpateurs ?
— Je pense que nous vous avons déjà prouvé qui nous étions. Qui suis-je ? Je suis Walter Kontschak, Roi des Vampires.
— Les Vampires ont donc bien un Roi… Logique, dans ce cas, que vous ayez un sceptre.
— Où est-il ? questionna Kontschak sur un ton incisif.
— On se calme, temporisa Ron. Tout d'abord, je voudrais que vous nous remerciiez de vous avoir retrouvé ce fichu sceptre à l'autre bout du monde. Des Moldus en sont morts, ainsi que d'excellents Aurors.
« Ensuite, le Ministère est prêt à vous le rendre, moyennant un échange.
— Typique de votre peuple : penser au coût de vos actions et marchander tout ce que vous possédez, déplora le Roi des Vampires. Sachez, Ronald Weasley, que le sceptre a trop de valeur pour faire l'objet d'un troc.
— Dans ce cas, vous m'en voyez navré. Vous n'aurez jamais ce Sceptre. »
Un long silence s'abattit sur le bureau, glaçant l'atmosphère qui se voulait chaleureuse et accueillante. Kontschak se leva, contourna son bureau, s'approcha de Ron, posa ses mains sur les accoudoirs du fauteuil, se pencha sur l'Auror et plongea son regard ambre dans l'azur des yeux du jeune sorcier. Celui-ci sentit la puanteur qui émanait de ce corps, cette odeur de sang et de chair en décomposition, caractéristique des carnivores.
« Ronald Weasley, je préfère rétablir tout de suite les domaines de notre conversation », annonça la créature magique d'une voix doucereuse. « J'ai bien peur que vous ne compreniez pas les enjeux. Vous devez savoir que je n'hésiterai à vous dépecer sur place, ici-même, si vous avez avalé le Sceptre.
« Je n'hésiterai pas à tuer vos coéquipiers sous vos yeux et de la façon la plus horrible qui soit, pour parvenir à mes fins. Si vous résistez toujours, j'irai chercher personnellement votre femme qui œuvre pour le bien de nos communautés. Je n'hésiterai pas à rendre visite à chaque membre de votre famille et à les dévorer dans leur sommeil.
« Nous sommes-nous bien compris ? s'enquit Kontschak.
— Vous ne pouviez être plus clair, Walter ! certifia Ron. Cependant, vous n'obtiendrez pas le sceptre par la force. Car il suffit que vous fassiez un seul mouvement et je détruirai votre précieux artefact dans la seconde.
— Et comment comptez-vous procéder sans baguette ? s'interrogea le Vampire.
— Il paraît que les Moldus ont des moyens très efficaces de destruction, laissa entendre le sorcier. Mon supérieur attend mon rapport dans une quinzaine de minutes. Si je ne le fais pas, il fait réduire ce château en un tas de cendres et toute la région sera vitrifiée sur plusieurs mètres et deviendra stérile pour les siècles à venir. Il paraît que vous craignez le soleil. On en fera lever un spécialement pour vous dans l'heure.
— Vous êtes un malin, Ronald Weasley, concéda Kontschak sans bouger. Vous prenez un risque immense en me mentant, mais vous le faites tout de même. Vous pensez réellement me faire croire que votre Ministère serait prêt à sacrifier les deux plus grands héros de son Histoire ? De réduire en cendres celui qui a vaincu le plus grand Mage Noir de tous les temps ?
« Soyez réaliste, Ronald Weasley, invita son hôte. Jamais votre Ministère ne vous sacrifiera car les conséquences politiques seraient bien plus lourdes que les bénéfices. Je réitère ma demande : donnez-moi le sceptre et tout sera rentré dans l'ordre.
— Le Ministère ne me sacrifiera peut-être pas, confessa Ron, mais vous pensez sincèrement qu'après tout ce que j'ai traversé, je n'ai pas réfléchi à un plan de secours ? Vous croyez que je suis venu sans atout ? »
Le jeune chef d'équipe fixa le regard de son adversaire, le mettant au défi. Bien sûr, il n'avait prévu aucun plan de secours, il était persuadé que les Vampires leur rendraient Harry une fois le sceptre remis. Mais Ron était prêt à tout pour sortir son ami de ce guêpier, et si le sacrifice s'avérait la seule option, alors il n'hésiterait pas.
Après tout, sa baguette n'était qu'à trois mètres et il pouvait l'atteindre en moins de deux secondes. Il fallait juste trouver le moyen de détourner l'attention des sept créatures magiques suffisamment longtemps.
Kontschak ne bougea toujours pas, mais lança à l'intention de ses sbires :
« Allez me le chercher. Cela ne vaut pas la peine de sacrifier une âme pleine de vie, ajouta-t-il en se relevant. Vous êtes culotté, Ronald Weasley. Vous pensez vraiment réussir à duper sept Vampires à vous tout seul, prendre votre baguette et vous sacrifier ? C'est honorable de votre part, mais totalement stupide. Je vais vous rendre Harry Potter en échange du sceptre… Oser penser nous duper », se moqua-t-il pour lui-même en retournant à son bureau.
Un Vampire sortit. Quelques minutes passèrent dans un silence de plomb. Ron fixait le Roi qui feuilletait la paperasse devant lui, comme si son prisonnier avait été aussi intéressant qu'un insecte. Soudain la porte s'ouvrit et le jeune sorcier entendit un corps traîner sur le sol. On allongea devant lui le corps de Harry.
Celui-ci était dans un état plus que pitoyable : les joues creuses et balafrées, le teint cireux, les cheveux gras, une barbe foisonnante, et sa robe tâchée de sang un peu partout. Tout semblait indiquer qu'il avait été maltraité et même probablement torturé.
Heureusement, sa poitrine se soulevait et s'abaissait lentement à un rythme régulier, preuve qu'il était toujours vivant. Ron eut un léger sourire. Kontschak posa ses parchemins, retira ses lunettes et croisa ses mains. Il fixa le jeune chef d'équipe d'un regard flamboyant et avide.
« Maintenant que vous avez eu ce que vous vouliez, donnez-moi ce que vous êtes venu me rendre. Le sceptre, je vous prie. »
Ron regarda le corps de son ami. Il y était presque. La mission touchait au but. Cependant, un début de doute commença à s'emparer de lui. Ospicus n'avait spécifié aucune instruction concernant le sceptre une fois Harry récupéré. Le Directeur du Bureau des Aurors avait dit que le Ministre de la Magie en personne était d'accord pour la mission, mais rien concernant s'il devait laisser le sceptre aux mains des Vampires ou bien le ramener au Ministère.
Lui-même aurait tendance à le laisser, non seulement parce qu'il s'en moquait personnellement, mais aussi parce qu'il savait que c'est ce qu'Hermione aurait fait. D'un autre côté, le Département des Mystères pouvait vouloir continuer à l'étudier et Gwenvael l'utiliser comme moyen de pression. Le jeune Auror opta pour donner le sceptre et aviser ensuite ce qu'il conviendrait de faire maire.
Lentement, il leva sa main droite et prit le sceptre à l'intérieur de sa cape. Il le ressortit et fut alors surpris de le voir revenir à sa taille normale. À peine l'artefact avait-il émergé qu'un Vampire le lui arracha des mains et alla l'apporter à son Roi. Celui-ci observa longuement l'objet, cherchant probablement à s'assurer qu'il s'agissait du vrai.
Dans ses mains, le sceptre semblait briller d'une étrange lueur, le rubis semblait battre comme s'il s'agissait d'un cœur. Ron remarqua également que la tension se détendit autour de lui, que les créatures magiques paraissaient moins excitées, plus sereines… Plus maîtresses d'elles-mêmes. Satisfait, Kontschak reposa le sceptre et regarda les deux sorciers captifs pendant quelques secondes.
« Vous pouvez les emmener, ordonna-t-il sans faire le moindre geste. Enfermez-les dans des cachots séparés, sauf les deux héros. Je veux que notre invité assiste à la mort de son ami.
— Hein ? Quoi ? Nous ? Attendez ! s'insurgea Ron. Vous aviez dit que…
— J'avais dit que je vous donnais Harry Potter en échange du sceptre, rappela le Roi des Vampires. Pas que vous pourriez partir avec lui. Vous serez dans la même cellule, j'ai tenu parole en vous rendant Harry Potter. Il est avec vous. Mais vous, vous restez avec nous. »
Kontschak retourna à ses occupations, tandis qu'un Vampire levait Ron de son fauteuil. Celui-ci se débattit, essaya de s'échapper, mais en vain.
« Vous n'êtes qu'un sale hypocrite ! vociféra-t-il. Vous allez voir ! Vous ne pouvez pas me garder ! Je vais sortir de cette prison ! Je viendrai moi-même vous botter les fesses !
— Faites-le taire », pria le Vampire d'un ton calme sans lever la tête.
Ron continua à se débattre, mais reçut un coup violent à l'arrière du crâne. Cette fois-ci, il sombra profondément et la dernière vision qu'il eut fut celle du corps de Harry qu'on hissa sur les épaules d'une autre créature.
Harry se sentait faible, lessivé, épuisé.
Il ne savait pas depuis combien de temps il se trouvait aux mains de ses tortionnaires, ni quand il avait bougé pour la dernière fois et encore moins été nourri. Il sentait les Vampires le déplacer à plusieurs reprises, sans en connaître les raisons. Mais il ne cherchait même pas à les savoir.
Tout ce qu'il lui importait, c'était de tenter de reprendre des forces, d'essayer de pallier à cette paralysie physique et mentale qu'il subissait. Il se savait nourri – il serait mort sinon – mais l'état dans lequel il se trouvait lui indiquait clairement que ce n'était pas un repas concocté par Mrs Weasley. Il était tellement épuisé que son cerveau était incapable d'analyser son environnement.
Il entendait parfois une sorte de brouhaha autour de lui, mais il ne cherchait pas à en décortiquer le sens, à y repérer des mots-clés. Son corps avait mal partout, mais son cerveau refusait de faire la différence entre la simple courbature due à la sous-nutrition et la fracture de ses bras. Les créatures magiques l'avaient soigné, puis torturé, et à nouveau soigné, si bien que le jeune sorcier n'était même plus sûr d'être encore vivant. Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, ni s'il allait encore rester longtemps.
Ce dont il était sûr, c'était qu'il ne pensait qu'à une seule chose : Ginny et son enfant à naître. Tout son cerveau était concentré en cet unique espoir, celui de les revoir bientôt. Quelle était la valeur de ce bientôt, ça il l'ignorait totalement et ne cherchait pas à le savoir.
Il savait juste qu'il arriverait.
Ron n'émergea que le lendemain. Chaque centimètre de son corps était endolori et ce fut avec d'infimes précautions qu'il s'adossa contre le mur. Il se frotta les paupières avec ses mains, puis se secoua la tête pour dissiper le brouillard devant ses yeux. Lorsqu'il fut opérationnel, il observa attentivement la cellule où il se trouvait.
Une petite fenêtre, trois murs, un grillage et un plafond. La cellule était non meublée et la seule chose, autre que lui, présente dans cette pièce était une masse informe négligemment posée dans un coin. Il reconnut les cheveux de Harry. Il voulut le rejoindre, voir si son ami allait bien, mais son corps refusa de bouger. Il décocha même une grimace de souffrance.
La douleur était encore bien présente, ainsi que l'engourdissement. Trop présente, même.
Le jeune sorcier essaya de calmer sa respiration, de reposer son esprit. Il ne devait être sous aucun stress – enfin, le moins possible – s'il voulait pouvoir analyser correctement la situation. Il reprit une respiration normale, la douleur s'atténua.
Bien.
Les barreaux… Ils étaient visiblement en métal, probablement en fer, car il y avait des traces de rouille. Ce n'était donc pas du travail de Gobelins, ce qui impliquait que la magie n'était pas nécessaire pour les rompre. Le sol était en pierre, impossible de creuser sans magie, donc.
Ron regarda tout autour de lui, s'assurant qu'aucun objet ne traînait. Une cruche, sans doute remplie d'eau, était posée dans un des coins. Il pourrait toujours essayer de transformer l'eau en acide s'il trouvait une baguette. Il tenta de faire un inventaire de ce qu'il avait apporté. Sa baguette lui avait été confisquée la veille. Il avait pris un petit couteau, mais si ses geôliers l'avaient fouillé, la lame n'était sûrement plus là. L'absence du contact froid à son mollet lui valida cette hypothèse. Il réalisa alors qu'il ne sentait plus sa montre non plus. Il n'avait donc aucune arme et aucun repère temporel. Seulement une carte de la région et sans doute son argent. Il pouvait tenter de transplaner, mais sans baguette, le pari était risqué. Et il était fort probable que les Vampires eussent pris des mesures contre ce moyen de locomotion.
Soudain, quelque chose s'illumina dans son esprit: le dossier du sceptre ! Ron était parti avec le dossier d'Ospicus. Or, il se souvenait parfaitement que les parchemins de celui-ci étaient maintenus entre eux à l'aide d'un Trombomagique. Ceux-ci étaient en métal – tout comme leurs homologues Moldus, les trombones. Métal travaillé par les gobelins, ce qui leur conférait une certaine robustesse. Et il se souvenait des cours que George lui avait donnés pour ouvrir les portes sans magie.
Il fit abstraction de la douleur et plongea sa main à l'intérieur de sa cape. Il laissa échapper un soupir de soulagement lorsqu'il sentit le contact sec du parchemin. Le dossier était toujours là. Il avait maintenant un moyen de sortir, mais il lui faudrait du temps pour mettre son plan en application.
Ron prit une profonde inspiration et décida de se lever. Il réussit cet exploit en restant appuyé sur le mur et se détermina à avancer, lentement mais sûrement, vers le couloir. Il distinguait la lumière du jour dans les cellules jouxtant la sienne, mais aucun rayon n'allait plus loin que les limites des cellules. Le couloir restait dans le noir total.
Cela signifiait que les Vampires devaient faire des rondes régulières, avantagé par leur vision. Il ne restait plus qu'à connaître leur rythme. Aucune des extrémités du couloir n'était visible. Quelle était donc sa taille ?
Ron se mit alors à observer les autres cellules, à la recherche de ses coéquipiers. Il ne les vit pas.
« Stimpson ! Summerby ! »
Aucune réponse. Deux possibilités : soit ils n'étaient pas ici, soit ils étaient encore inconscients. Il décida de retenter son appel à intervalles réguliers. Lentement, Ron se détourna de la grille et se dirigea vers Harry. Il se laissa tomber à côté du corps de ce dernier et commença à l'inspecter. Son ami se trouvait dans des habits qui n'étaient pas les siens lorsqu'il avait été enlevé. Il ne s'agissait pas des robes données à Ste-Mangouste et les accoutrements ne correspondaient à aucun uniforme que Ron connaissait, impliquant qu'ils provenaient de quelqu'un d'autre. Sans doute une robe prise à un autre prisonnier. Du sang maculait le vêtement à plusieurs endroits, notamment au niveau des bras.
Le jeune chef d'équipe releva légèrement une des manches et constata que les bras de son ami étaient recouverts de sang séché. Il n'était pas très doué en médecine, mais il jugea que les deux membres avaient été fracturés plusieurs fois, avant d'être soignés : des cicatrices étaient visibles à certains endroits.
Il repositionna la tête de Harry et remarqua qu'elle avait reçu de nombreux coups. Il décida de le mettre dans une position moins inconfortable. Celui-ci ne broncha pas et seule sa respiration régulière indiquait qu'il n'était pas mort.
Il était à présent plus qu'évident que Harry avait été torturé. Mais visiblement, les Vampires avaient pris soin de le soigner.
Un bruit dans le couloir.
Ron se leva, esquissant une nouvelle grimace, et se précipita vers la place où il s'était réveillé, faisant semblant de dormir. Il essaya de se concentrer sur ses autres sens pour percevoir son environnement. Des pas réguliers… Il n'y avait qu'une personne. Ça ne devait pas être Kontschak, car le bruit de sa longue étoffe en vison qui traînait habituellement sur le sol était absent. Pas de bruit métallique non plus, le Vampire ne venait donc ni armé, ni avec un éventuel repas. Les pas s'arrêtèrent alors qu'il avait semblé à Ron qu'ils étaient encore loin.
Sans doute une autre cellule.
Un soupir de lassitude, puis un coup donné aux barreaux. Une personne qui sursauta. Pas de doute, la créature se trouvait devant un autre cachot.
« Réveille-toi, femme ! ordonna-t-il. Nous avons plusieurs questions à te poser.
— Allez-vous faire mettre par un troll des montagnes ! vitupéra la voix de Stimpson.
— Tu seras moins arrogante quand nous en aurons fini avec toi, promit le Vampire. Et sache, pour ta culture misérable, qu'un troll des montagnes ne tiendrait pas le coup face à nous. Ignare ! »
On ouvrit une grille à l'aide d'une clé. Ron entendit sa coéquipière se lever et tenter de fuir, mais un bruit sourd coupa son élan presque instantanément. Il entendit l'air chassé des poumons. Le geôlier avait dû l'attraper par la taille. On ferma la grille et les pas s'éloignèrent, sous les hurlements stridents de la jeune Auror. Le jeune chef d'équipe rouvrit les yeux.
Il avait donc vu juste : les Vampires torturaient leurs prisonniers. Mais, là où il avait eu tort, c'était qu'ils soignaient leurs proies, pour les torturer plus longtemps. Cela prouvait leurs avancées en matière de médecine, mais également leur incroyable cruauté : le sort qui leur était réservé était bien pire que la mort elle-même.
Ron regarda en direction de Harry, toujours aussi immobile, toujours bloqué dans la même position. On aurait cru qu'il était déconnecté de son environnement.
« Eh ! Weasley !
— Summerby ? s'enquit Ron, n'étant pas sûr de reconnaître la voix cassée.
— Et qui veux-tu que ce soit ? Merlin ?
— Excuse-moi. Je suis un peu désorienté en ce moment.
— Ça se comprend, concéda son coéquipier. Ces créatures sont des malades. Il y a un type quasiment mort dans la cellule en face de la mienne. Il n'est pas en très bon état. Il a dû être…
— Torturé, termina Ron. Oui, il y a Harry dans ma cellule et il est dans le même état.
— Potter est avec toi ? Cela simplifie notre mission, observa-t-il. Nous n'avons plus qu'à retrouver Patricia et on rentre à Londres.
— Tu dis qu'il y a un autre sorcier ? Tu sais de qui il s'agit ?
— Désolé, non. Pour tout te dire, je ne suis même pas sûr qu'il soit sorcier, confia Summerby.
— Il faudra vérifier avant. As-tu un plan pour sortir ? interrogea le jeune rouquin.
— Je propose de récupérer Patricia et de foncer vers une des cheminées, exposa de but en blanc l'Auror. On devrait bien trouver de la Poudre de Cheminette. Il faut juste découvrir un moyen de sortir d'ici.
— Ça, je m'en occupe. Je pense avoir ce qu'il nous fallait.
— Parfait ! On sort quand ?
— Laisse-moi réfléchir cinq minutes, requit Ron. Je dois voir les différentes options que nous avons. »
Summerby ne répondit pas, mais le jeune sorcier l'entendit se lever dans sa cellule et commencer à faire les cent pas. Bien. L'autre Auror était en état de marche et lui-même le serait dans quelques minutes. Cela signifiait qu'ils étaient deux sorciers aptes à en aider un autre et à se battre. Il y avait au moins deux autres personnes à secourir, probablement trois.
Harry était incapable de se déplacer sans assistance, tout comme la personne en face de Summerby, selon toute vraisemblance. Dans quel état sera Stimpson ? Elle avait été capable de tenter de s'enfuir dès son réveil, elle était donc en bonne forme physique. Mais les Vampires devaient être en train de la torturer. Plus ils attendaient et plus cet état serait dégradé. Il fallait donc agir vite.
Ron se leva lentement et se dirigea vers la grille de sa cellule. Il étudia minutieusement la serrure. Cela semblait être une cellule normale, mais était-elle protégée par magie ? Le Vampire avait utilisé une clé, mais cela n'empêchait qu'elle soit protégée, à l'image de celles à Gringotts. Cependant, une voix dans son esprit lui murmura qu'elle ne le serait pas. Les Vampires étaient des créatures trop fières en leurs capacités pour vouloir utiliser la magie comme moyen de détention. Pour eux, aucun prisonnier ne parviendrait à leur échapper bien longtemps en cas d'évasion. Si les grilles n'étaient pas protégées, son Trombomagique devrait donc suffire. Combien de temps lui faudrait-il ?
George avait insisté sur le fait que le temps dépendait de la serrure. Le jeune sorcier l'observa attentivement et jugea qu'il devait s'agir d'une serrure à garnitures ou à gorges. Dans le premier cas, l'opération serait facile, dans le second, beaucoup moins. Il sortit son Trombomagique et commença à forcer le loquet. Il fit tourner le fil de fer jusqu'à obtenir une certaine résistance.
Un sourire se dessina sur son visage : il s'agissait d'une simple serrure à garniture, le modèle le plus simple qui puisse exister. Ron ressortit son bout de fer, le tordit un peu et recommença l'expérience. Il réitéra cela plusieurs fois de suite, donnant à son Trombomagique une forme étrange mais ressemblant à l'esquisse des garnitures de la serrure.
L'écho d'un bruit se répandit alors dans le couloir. Ron s'éloigna immédiatement de la serrure, dissimula son passe-partout dans une de ses poches et tenta de paraître le plus naturel possible. Un Vampire passa lentement devant sa cellule, y jetant à peine un coup d'œil, avant de continuer sa route tout aussi lentement. Le jeune sorcier se rapprocha de la grille, essayant de suivre la créature. Mais celle-ci avait déjà disparu de son champ de vision. Ses pas se firent plus faibles et s'évanouirent bientôt.
Ron retourna devant les barreaux et reprit son travail. Il fit tourner son fil de fer et entendit le loquet qui bascula. La grille s'ouvrit dans un horrible grincement. Il resta interdit quelques secondes, terrifié à l'idée que ses cerbères entendent le bruit. Il ne se passa cependant rien et Ron sortit avec précaution dans le couloir. Il comprit pourquoi il n'en voyait pas les extrémités : celui-ci formait un arc de cercle et se trouvait visiblement dans une tour, étant probablement creuse au centre puisque que les deux côtés offraient de la lumière.
« Summerby ! Tu es où ?
— Toujours dans la même cellule ! rétorqua l'Auror. Dépêche-toi, le Vampire pourrait rappliquer à tout moment. »
Ron suivit le son de la voix, en partant sur sa droite. Il passa devant trois autres cellules avant d'arriver à celle de Summerby. Il regarda la serrure. Elle était de la même constitution, ce qui simplifiait grandement les choses. Les garnitures étaient-elles les mêmes, ça c'était une autre histoire.
Le jeune chef d'équipe sortit son Trombomagique et entreprit d'ouvrir la porte. Malheureusement, le loquet ne se débloqua pas. Les garnitures étaient différentes. Pestant contre la malchance, il recommença le travail fastidieux, ses doigts tremblant sous l'effet de l'adrénaline qui se déchargeait en lui.
Soudain, il stoppa son mouvement. Les bruits de pas se rapprochaient. Il échangea un regard avec Summerby qui lui fit un bref signe de la tête. Ron récupéra son outil et retourna au pas de course vers sa cellule.
N'osant pas refermer la grille, de peur de prévenir le garde, il prit le risque de la laisser ouverte. Il réfléchit rapidement à un nouveau plan, alors que les pas se rapprochaient de plus en plus. Il s'allongea dans l'un des coins de la cellule et fit semblant de dormir alors que les pas s'arrêtaient nets. De toute évidence, le garde venait de remarquer la porte ouverte.
Les foulées reprirent, plus lentement puis s'arrêtèrent de nouveau à l'entrée de la cellule. La grille grinça légèrement, mais le maton ne la referma pas. Ron sentit le Vampire entrer dans le cachot, son odeur de sang le suivant partout. Il entendait la respiration saccadée de la créature, ainsi que ses longs murmures, comme s'il se parlait à lui-même. Il donna un coup de pied à Harry, sans ménagement, et il en fit de même avec Ron.
Sans doute pour vérifier que nous sommes bien les originaux.
Le jeune sorcier se réveilla et se jeta sur lui. Son adversaire se laissa faire, quelques instants, probablement surpris par la manœuvre. Mais il reprit rapidement ses esprits et tenta de se débarrasser du rouquin. Celui-ci essayait d'amener son adversaire à la lumière, mais il fut projeté à travers la cellule avec une force divine.
Il sentit son dos s'écraser contre la roche dure et crut un instant qu'il s'était brisé la colonne vertébrale. Tout l'air de ses poumons fut soudainement expulsé et il tomba à terre, essayant vainement de reprendre son souffle. Le Vampire s'approcha de lui, l'attrapa par sa robe et le fit voler à travers la cellule. Cette fois-ci, Ron arriva sur la grille et les barreaux lui tailladèrent le dos.
Il n'arrivait pas à reprendre son souffle. Alors que la créature s'approchait de lui, il se mit à quatre pattes et se rua sur son adversaire. Celui-ci l'évita sans problème et le fit basculer par derrière lui. Cependant, le jeune chef d'équipe attrapa fermement la robe de son opposant qui fut entraîné malgré lui. Les deux combattants allèrent s'écraser sur le mur face à la grille.
Le Vampire rebondit et atterrit en pleine lumière. Il hurla de douleur tandis que tout son corps s'enflammait sous la lumière solaire. Quelques instants plus tard, il ne restait plus qu'un tas de tissu informe et un trousseau de clés. Ron le prit et se précipita, aussi vite que le lui permettaient ses blessures, vers la cellule de Summerby. Il chercha fébrilement la clé et ouvrit la grille.
Tandis que l'Auror essayait de réveiller Harry, le chef d'équipe observa l'autre prisonnier. Son visage lui était vaguement familier, mais il ne savait pas pourquoi. C'était comme voir un ami perdu de vue depuis des années. Il chercha de nouveau le trousseau de clés, ouvrit la porte et s'approcha du prisonnier.
Il reconnut alors le visage de Higgs, l'Attrapeur de l'Angleterre qui était porté disparu depuis plus d'une semaine. Il était méconnaissable, son état étant encore plus critique que celui de Harry. Ron le souleva et sortit de la cellule. Summerby l'attendait déjà, avec Harry sur les épaules. Il vit Higgs et s'approcha pour aider son chef d'équipe.
« Nous devons retrouver nos baguettes en priorité, fit-il remarquer.
— Elles doivent être dans le bureau de Kontschak », supputa Ron.
