Chapitre 17 : Chemins séparés, destinées croisées
Point de vue : Link :
Je ne m'étais pas attendu à ça. Un prince...
Moi qui essaye de suivre les infos et de lire des livres historiques, je n'en ai jamais entendu parler. Est-ce un pays trop éloigné pour obtenir des informations sur le sujet ?
Peut-être- peut-être que je devrais lui dire ce qu'il s'est passé pour Shadow et moi ? Après tout, il a accepté de partager son fardeau, il est normal que je partage le mien. Mais cette fois, ma voix fait encore des siennes et refuse de sortir. Il faut vraiment que je comprenne à quel moment elle se décide à m'être utile…
« Kishin-
- Appelle-moi simplement Ki, c'est plus facile à signer
- Ok ! Donc… Je voulais te parler de mon propre passé.
- Link, tu n'es pas obligée, vraiment. Je t'ai dit le mien parce que je l'ai jugé utile. Mais il n'y a aucune honte à avoir si tu ne te sens pas prête à parler du tien. »
Il a pris un ton bourru, mais il est aisé de voir qu'il s'inquiète pour moi. C'est vraiment trop mignon (note de l'autrice : on est bien d'accord là-dessus !).
« Ne t'en fais pas, je suis prête. De toute façon, je n'en peux plus de garder ça secret.
Après lui avoir tout raconté, je pose mes mains sur mes genoux, attendant de voir ce qu'il en pense.
Je peux le voir trembler de rage de là où je suis. Il sert le pommeau de son épée, comme s'il voulait pourfendre mes souvenirs.
« Link, je… »
Il s'arrête dans sa phrase pour reprendre son souffle et se calmer. Ses dents grincent sous la pression qu'il exerce.
« Je suis désolé, Link. Si j'avais su…
- Tu n'y peux rien, Ki. Tu n'étais même pas là et ce n'est pas comme si tu étais la raison pour laquelle s'est arrivé. »
Il s'esclaffe moqueusement, mais ne dit rien de plus. Je m'approche de lui, un peu gauchement à cause de mon mal de crâne qui n'est toujours pas parti, et le sers dans mes bras.
Et je pleure. Depuis quelques temps, j'ai l'impression que c'est tout ce que je peux faire. Mais j'ai vécu trop de chose pour être bien, et le barrage a enfin cédé.
Point de vue : Shadow
Ça fait presque cinq heures que je joue avec Colin et Luda, la fille de Reynald. Et je décrète que je leur ai laissé assez de temps pour discuter ! Je m'ennuie moi !
Du coup, je suis devant la tente, prêt à y entrer quand Oni en sort.
« Ah, Shadow. Tu es justement la personne que je voulais voir.
- Moi ? Qu'est-c'j'ai fait ?
- Rien, je souhaitais juste te parler avant mon départ. »
Quoi, il repart déjà ?!
« Mais pourquoi ? T'es pas bien avec nous ? »
Et c'est là que je me dis que ça a peut-être un rapport avec Link.
« C'est parc'que t'as rej'té Link, c'est ça ?
- Absolument pas, ta sœur et moi sommes ensemble maintenant. Mais nous avons d'un commun accord décidé que nous ne pouvons actuellement pas continuer le chemin ensemble. »
Okay. Quelqu'un m'explique ? Je suis perdu, là. Je fixe Oni, lui demandant sans lui demander : 'C'est quoi, ce bordel ?'
Il semble comprendre et prend à nouveau la parole :
« Là où je dois aller est bien trop dangereux pour vous deux. Vous n'avez ni l'expérience, ni le mental. Et bien que je voudrais vous accompagner là où vous allez, je ne peux pas, j'ai un devoir à accomplir. En revanche, nous avons décidé que quand toute cette histoire sera finie, je vous rejoindrai sur l'île de l'Aurore. »
Ah, d'accord. Je vois le délire.
« Bah, j'sais pas quoi t'dire, j'pensais qu'tu resterai plus longtemps… Bah, en tout cas, bonne chance pour toi ! »
Et sur ces, nous nous disons au revoir et il repart.
Point de vue : Link :
Durant le reste de la journée, je me suis fait appelée par Loïc pour savoir où était parti Kishin. Je lui ai dit qu'il était un chasseur de prime et qu'il avait obtenu des informations sur sa cible. Après ça, elle m'a laissé tranquille.
Je suis dans la tente, et je berce Shadow pour qu'il s'endorme, ce qui est plus compliqué que d'habitude parce que je lui ai révélé que j'ai réussi à parler. Il était tellement excité qu'il s'est mis à sauter de partout ! Il est certes déçu parce qu'il n'était pas là et un peu jaloux de Kishin, mais à part ça, tout va bien.
Voilà, c'est bon ! Il dort à poings fermés.
Je m'installe confortablement dans mon propre lit, et le sommeil me gagne instantanément.
Yyy
« Link. »
Sans même ouvrir les yeux, je sais que je ne suis plus dans mon lit. L'herbe sous moi chatouille mes pieds nus.
« Link ! »
J'ouvre paresseusement un œil pour savoir qui me parle. En voyant la personne, je me relève immédiatement et m'agenouille face à elle. Je ne l'ai jamais vu de toute ma vie, mais je sais sans le moindre doute qui elle est.
Farore, déesse du courage.
Elle se met à rire légèrement, le son semblable au vent chatouillant les feuilles. Restant assise, elle me sourit gracieusement et tapote la place à ses côtés. Sans me le faire demander deux fois, je m'installe maladroitement, gênée. Cette dame dégage une telle puissance, si douce et apaisante, j'en suis impressionnée. Une misérable petite fourmi face à un élégant renard, voilà ce que je suis.
« Dis-moi, ma chère, je vois que tu es amoureuse de Kishin. Que penses-tu de lui ?
-Je- Quoi- c'est-à-dire que-Enfin vous voyez- J'étais-Je suis- »
Son doux rire me stoppe dans mes explications bordéliques.
« Ne t'en fais pas, je te taquine juste un peu. Je ne suis pas venue ici pour lui. Je suis venue pour toi. »
Pour moi ?
« Tu vois, mes sœurs ont… Décidé que je n'étais pas apte à me gérer toute seule, et ont fait le choix de me faire surveillée. Ce qu'elles ne savent pas, c'est qu'elles ont échoué... En partie. »
Je ne comprends rien de ce qu'elle me raconte. J'ai vaguement l'impression que c'est important et en rapport avec moi. Mais pour l'instant, la déesse du courage ressemble plus à une ado se plaignant sur sa famille qu'à l'une des fondatrices du monde.
« Un soir, alors que les gardes ne faisaient pas suffisamment attention, je me suis échappée jusqu'au monde des mortels. Et j'y ai rencontré une femme sublime. Nous avons passé des années ensemble. Mes sœurs n'ont pas remarqué mon absence, car des années pour les mortels ne sont qu'un battement de cil pour nous, et les gardes n'ont pas osé avouer leur erreur. »
D'accord, pour le moment, j'arrive à suivre, mais je ne comprends toujours pas en quoi ça me concerne.
« Patience, Link. Et tout te sera révélé en temps et en heure. »
Est-ce qu'elle est capable de lire dans mes pensées ? En voyant son sourire, je me rappelle que c'est un rêve et qu'elle est dans mes pensées. Est-ce que j'ai le droit de mourir de honte ? Je viens de me couvrir de ridicule devant une déesse.
« Tu te doutes bien qu'en tant que déesse, mes pouvoirs sont immenses. Plus encore, car je suis celle qui a insufflé la vie aux premiers mortels. J'ai aimé cette femme, et je lui ai permis d'avoir un enfant avec moi. »
Je crois que je vois où elle veut en venir. Shadow et moi sommes la descendance de cette femme sans nom.
« Exact ! Malheureusement, quelqu'un cherche à s'emparer du pouvoir que vous détenez. Cette personne s'appelle Majora, et elle a envoyé ses sbires à tes trousses. »
C'est pas vrai ?! Comme si nous n'avions pas suffisamment de soucis comme ça !
« Que me conseillez-vous de faire, dame Farore ?
- Kill them with kindness. »
Je reste un petit moment, silencieuse. Les paroles qu'a prononcé la déesse me paraissent incompréhensibles bien que familiers. Où ai-je pu les avoir déjà entendus ?
Cette langue… Le skull kid au masque- celui de mon rêve- je crois qu'il avait parlé la même langue !
« Oh, excuse-moi. J'avais oublié que tu ne peux pas savoir ce que je dis. Je disais tue-les avec gentillesse.
-… Euh, je… Je-je suis désolé, vénérable déesse Farore mais bien que les mots soient ceux de ma langue, leur signification me paraissent étrangers.
- Je ne peux pas te donner toutes les réponses, ma chère. Le destin n'est pas assez clément. Sache juste qu'une rencontre avec eux est inévitable. C'est à toi qu'incombe de faire le bon choix. »
Elle fait un geste de la main, et le paysage dans lequel nous sommes s'effrite.
« Une dernière chose ; ton destin est encore plus étroitement lié à celui de Kishin que tu ne l'imagine. »
Yyy
Je me réveille, aussi fraîche que possible, le rêve encore bien présent dans ma tête. Je préfère le noter avant de l'oublier. Même s'il était bizarre et invraisemblable (je veux dire, la déesse Farore ? Vraiment ? Et en plus je serai sa petite-fille ?) je crois qu'il est important.
Je pars à la rivière pour me laver. Je réveillerai mon frère en rentrant, nous prendrons notre petit déjeuner et ensuite, nous demanderons à Loïc pour un bateau.
