Hello !

Merci pour toutes vos réactions sur le chapitre précédent. Vous êtes une majorité de team Paul… Mais lequel choisira Bella ?

Bonne lecture !

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Disclaimer : tout est à SM.

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RaR

YsalonnaSwan : Hello ! Merci pour ta review. Paul, une évidence ? Nous verrons ça… Merci encore, et bonne semaine !

Ninidezil : Hey ! Merci pour ta review. Bienvenue dans la team Paul, alors ! Je suis heureuse que ça te plaise, la suite est ci-dessous. Bonne semaine !

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Chapitre 17

Kim tira une dernière fois le lacet du corsage puis en fit un nœud élégant. Elle arrangea la chevelure noire de corbeau, lissa la jupe et me fit signe d'avancer le miroir. Je m'exécutai.

— C'est bon, annonça-t-elle.

Emily ouvrit les yeux. Elle détailla avec soin la tenue qu'elle avait cousue. Le sourire qui naquit sur ses lèvres montra qu'elle n'en était pas déçue. Et il y avait de quoi : le tissu blanc, avec sa coupe mulet, sa dentelle et ses perles, tranchait superbement avec le noir de ses cheveux et son teint rouille.

— Tu es magnifique ! assurai-je lorsqu'elle se tourna vers nous en quête d'un avis.

Kim approuva avec ferveur et la future mariée en frétilla de joie.

— Merci, les filles.

— Tu arrives à lever les bras ? demanda Kim. Tu es à l'aise quand tu marches ?

Emily leva ses mains au-dessus de son crâne. Les bretelles brodées ne protestèrent pas. Elle déambula ensuite dans son salon avec nonchalance. Les multiples jupons de tulles superposés s'égayèrent, donnant l'impression qu'une brise soufflait. Emily était splendide.

— Tu as déjà choisi ta coiffure, tes chaussures, tout ça ?

Elle secoua la tête.

— Je voulais vous en parler. La semaine prochaine, je vais avec Jen et Leah acheter leurs tenues de demoiselles d'honneur, ainsi que les derniers détails de ma tenue, comme les chaussures. Je me demandais si vous vouliez venir avec moi, histoire de me conseiller et de trouver vos propres robes.

Kim accepta avec plaisir. Quant à moi, je me souvins de la dernière fois que mon regard avait croisé celui de Leah, furibond. Elle avait quitté la pièce en catastrophe, sûrement pour se transformer seule.

— Cela ne… hum… Ma présence ne dérangera pas Leah ?

— Je crois que les garçons lui ont fait la morale. Elle n'a rien dit, lors de la soirée légendes, non ?

Ma tête roula sur le côté, opinant quoique encore sceptique.

— Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? demandai-je.

— Il n'y aura aucun problème, Bella. J'ai envie que tu sois là. Nous sommes amies, n'est-ce pas ?

— Oui.

— Alors, c'est réglé ! conclut-elle.

Je répondis à son sourire, si radieux qu'il devenait contagieux. Sans un mot, je l'observai attraper les mains de Kim pour l'entraîner dans une danse improvisée.

Resterait-on amies, si je comprenais que je voulais finir ma vie avec Edward ? Pourrais-je encore venir à la Push et entrer sans frapper, en me sentant chez moi ? Me répéterait-elle encore, sans cesse, que je fais partie de sa famille ?

Je me mordis la lèvre, puis réalisai. Kim et Emily étaient-elles seulement au courant ? Pas de doute, leurs petits-amis respectifs l'étaient, surtout que Paul avait dû passer de longues périodes sous sa forme de loup, depuis le retour d'Edward, tant pour contenir ses émotions – ou ne pas les contenir du tout, selon le point de vue – que pour monter la garde.

Car les loups, prudents, refusaient de baisser leur garde en présence de vampires, même lorsque ledit vampire avait conclu une trêve avec la meute des décennies plus tôt. Ils parcouraient la forêt de long en large et du matin au soir, passant et repassant autour des frontières, protégeant les habitants de la Push de toute menace. Les habitants de Forks étaient également surveillés, dans une moindre mesure.

Bien sûr, les deux indiennes, dont la cadence de la danse avait accéléré, avaient connaissance du retour d'Edward. Je savais que les absences de leurs imprégnés dues à la reprise des patrouilles leur pesaient. Connaissaient-elles la cause de ce retour ? Je ne le pensais pas et nul doute que si elles l'apprenaient, elles cesseraient aussitôt de me répéter que je n'avais pas à me sentir coupable. Elles seraient parfaitement dans leurs droits.

Car tout était de ma faute. De ma faute parce que je ne parvenais pas à comprendre ce que je désirais. De ma faute parce que cela entraînait la présence constante d'Edward dans les environs. De ma faute parce que je profitais de la gentillesse des indiens tout en faisant souffrir Paul.

Deux mains saisirent les miennes : Emily attrapa la droite, Kim la gauche.

— Au lieu de te faire des nœuds au cerveau, viens ! m'encouragea Kim.

— Je ne sais pas danser ! protestai-je.

Elles haussèrent les épaules, comme pour dire que ce n'était pas grave, et, tirant, courant, sautant et se trémoussant, me forcèrent à me joindre à elles. A partir de là, nous tombâmes beaucoup. Heureusement, la robe de mariée ne souffrit pas et mes soucis finirent par s'envoler. Je ris et piaillai avec elles. Lorsque la porte s'ouvrit sur Sam, Jared et Jacob, je hurlai en chœur avec les deux autres tout en tâchant de dissimuler Emily et sa robe à grands renforts de gesticulations et de barrière corporelle. Sam s'empressa de ressortir et nous aidâmes la future mariée à se délacer. Elle cacha sa robe dans un recoin de son armoire et, enfin, Sam fut autorisé à venir l'embrasser. Jared fit de même avec Kim. Quant à moi, je souris aux trois hommes et annonçai que je devais filer.

— Emily, tu m'appelles si tu as besoin de mon aide. Je suis libre toutes les vacances, je compte bien utiliser ce temps pour t'aider pour le mariage.

Elle me remercia d'un regard lumineux et je rentrai chez moi.

Demain commençait une nouvelle semaine. Ouf ! J'en avais terriblement besoin.

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— Une liste de cadeaux ?

— Oui. Pour que les invités sachent quoi offrir. Il était prévu que je la fasse avec Sam, mais vu qu'il passe l'après-midi dehors et que je ne peux plus repousser ça, je me suis dit que tu pourrais m'aider. Kim sera là aussi, et Jen passera, si elle a le temps.

Elle retint un soupir, ce que je devinai même à l'autre bout du fil. Alors qu'elle aurait souhaité préparer son mariage avec sa sœur, sa presque sœur et son fiancé, la première divorçait, la deuxième la fuyait purement et simplement, et le troisième passait sa vie sous sa forme de loup. Je n'eus pas le cœur à refuser, alors même qu'un simple regard à ma fenêtre m'enlevait toute envie de sortir.

— Je dois venir à quelle heure ?

— Merci, Bella. Tu peux venir tout de suite. Jared amène Kim pour quatorze heures.

Je jetai un coup d'œil à mon réveil. Treize heures cinquante-quatre.

— D'accord.

— Parfait. Et si tu as des catalogues, ou d'autres trucs dans ce genre, n'hésite pas à les prendre. Tout ce qui touche aux annonces m'intéresse.

Une idée lumineuse me traversa alors l'esprit.

— Est-ce qu'une connexion Internet t'intéresserait, par exemple ?

— Euh… oui, pourquoi pas, tu en as une ?

— J'ai un ordi, très lent, mais qui fonctionne. Si ça ne vous dérange pas de venir ici, on peut s'en servir.

Elle accepta avec enthousiasme et, avant de m'effondrer sur mon lit avec bonheur, j'allumai mon PC. Il avait besoin d'un bon quart d'heure pour se mettre en route, de toute manière.

— Entrez, entrez ! les encourageai-je vingt-cinq minutes plus tard.

Elles m'obéirent précipitamment, ayant visiblement hâtes de se réchauffer.

— Salut, Bella !

— Salut, Jared !

Il tourna les talons sans un mot de plus et je fermai la porte.

— Il reviendra vous chercher ?

— Non. C'est Sam.

— Vous n'avez pas le permis, au fait ?

Emily secoua la tête.

— Si, répondit Kim. Mais pas de voiture. Parfois, Jared me prête la sienne, mais c'est assez rare, parce qu'il la partage avec sa famille. Quand j'y pense, je me dis que lorsqu'on vivra ensemble, on risque de ne plus pouvoir quitter la Push.

— C'est vrai que tu la quittes si souvent, rigolai-je. Ne plus parcourir le monde te manquera sûrement.

— Certainement. Mais je ne perds pas espoir.

— Félicitations. Il faut toujours garder le moral.

— Et une voiture.

Elle éclata de rire.

— Vous voulez quelque chose, avant qu'on monte ? Je n'ai pas de chocolats, mais des biscuits et du thé. Ou de l'eau ?

— Thé, ce sera parfait, merci.

Je lançai la bouilloire et, bientôt, nous gagnâmes ma chambre, Emily portant la théière, Kim les biscuits, et moi les verres. Mon ordinateur était allumé. Je me laissai tomber à même le sol, seul endroit où nous pourrions tenir toutes les trois confortablement.

— Par quoi on commence ?

— Les catalogues ? proposa Emily. Comme ça, on pourra déjà se faire une idée, et ensuite l'affiner grâce à cette merveille qu'est Internet ?

Nous approuvâmes et elles sortirent de leur sac des nuées de catalogues divers.

— On va devoir parcourir tout ça ?

— Et encore, je ne suis pas sûre que ce soit assez. Il faut de tout, au niveau prix comme utilité, et en assez grand nombre.

— C'est quoi, pour toi, « assez grand nombre » ?

— Au moins un par invité susceptible de t'offrir quelque chose. Après tout, il ne faudrait pas qu'ils achètent tous la même chose.

— Si tu leur fournis la même liste…

— Mais non, justement. Je prévois de faire une demi-douzaine de listes.

Je haussai les sourcils.

— Pas bête.

— Que veux-tu, j'y réfléchis depuis des jours. Allez, au boulot.

Nous attrapâmes toutes un catalogue. Le mien portait sur les vêtements.

— Qu'est-ce qu'il te faut ?

— Des trucs utiles.

— D'accord… Et tu fais quelle taille ?

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— Qu'est-ce que tu dirais de ça ?

Emily jeta un coup d'œil à l'image que lui montrait Kim et explosa de rire. J'étirai ma colonne vertébrale pour découvrir à mon tour ce qu'elles regardaient. Il s'agissait d'un enrouleur de spaghettis automatique.

— Ah, c'est indispensable !

Notre fou rire calmé, nous décidâmes de partir à la recherche de l'objet le plus farfelu, le plus inutile, sur lequel nous pouvions tomber. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'entre le tapis constitué de tongs, pour éviter de laisser traîner ses chaussures partout, les fourchettes-doigts et le parachute à bouchon de champagne, le choix était large.

Au final, ce fut le pèse-personne à clou qui remporta la palme : il découragerait même un mannequin.

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— Je n'en peux plus.

Lâchant son magasine, rempli d'affaires pour bébés, Emily roula sur le dos.

— Cela fait des mois que Sam me parle de notre mariage. Et moi, je repoussais au lendemain. Je me disais que j'aurais bien le temps… plus tard. Mais qu'est-ce qui m'a pris ?

— Je ne sais pas… la paresse, peut-être ? la taquina Kim.

— Très gentil. Non, mais je pensais vraiment qu'un mariage se préparait en quelques semaines. Et voilà que je passe ma journée au téléphone ou le nez plongé dans des catalogues vendant des ventilateurs miniatures destinés à refroidir mes pâtes.

Je ricanai.

— Ah, tu vois ? C'est ridicule !

— Mais non.

— Mais si. Sans vous, je ne pense pas que j'y serais parvenue.

— Ton mariage sera parfait, Emily.

— Peut-être. En attendant, je me farcis deux appels téléphoniques par jour. Et quand je dis deux, c'est un minimum. Et c'est surtout sans compter les visites au fleuriste, les envois de tel achat, les essayages de bagues… et les visites de Maggie.

— Maggie… la vieille Maggie ? demanda Kim.

Emily acquiesça. Tandis que je tentais de me remémorer qui était la vieille Maggie, Kim s'étouffait de rire sur mon tapis. Emily la frappa.

— Ne te moque pas !

— Qui est Maggie ?

— La doyenne du village.

— Ah oui, tu m'as déjà parlé d'elle ! Pourquoi te rend-elle visite ?

— Parce que j'ai besoin d'elle pour l'organisation de la soirée. Elle seule connait sur le bout des doigts chacune des traditions quileutes.

Je jetai un coup d'œil à Kim.

— Et qu'est-ce que ça a de… si drôle ?

— Elle se fiche de moi parce que… Maggie est particulière. Assez particulière, en fait, pour te donner envie de fuir, ou de te suicider, au choix.

— Ah.

Nous contemplâmes encore un moment Kim, qui riait toujours à gorge déployée, avant de l'imiter.

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Du coin de l'œil, j'aperçus Emily qui se redressait soudainement, faisant tomber au passage le magazine qui se trouvait sur sa poitrine.

— Quelqu'un a toqué, non ?

— Euh… Sais pas… Je n'ai rien entendu.

— Je te jure que si. Tu as entendu, Kim ?

La réponse de Kim, un grognement de bête sauvage, fut étouffée par le catalogue qu'elle avait posé sur sa figure.

Je tendis l'oreille et soudain…

Toc ! Toc ! Toc !

— Je le savais ! s'exclama Emily avec une expression triomphante.

Nous jetâmes un même regard vers mon réveil. Seize heures vingt-huit.

— Sam vient vous chercher vers dix-huit heures, non ?

— C'est ça. Peut-être que c'est Jen ?

Elle sauta sur ses pieds. Je lui tendis mes mains en geignant et elle m'aida avec un sourire attendri. Laissant là Kim, qui s'était définitivement endormie, nous dévalâmes les escaliers. C'était bien Jen, seule, épuisée, mais souriante. Emily lui sauta au cou, elle me sourit par-dessus l'épaule de sa sœur.

— Enchantée de te revoir, Bella.

— C'est réciproque. Où est Genevieve ?

— Avec son père.

Je n'osai lui demander ce qu'elle avait dit à ce dernier, concernant Claire. Etait-il lui aussi dans le secret, à présent ? Elle dressa un index.

— Elle te demande régulièrement. Il faudra que tu viennes à la maison, une fois, ou qu'on se retrouve quand je rends visite à Claire.

Elle grimaça, et je ne pus que la comprendre. Quelle mère apprécierait de « rendre visite » à son enfant de deux ans ?

— Ce sera avec plaisir. Mais je suis impolie : entre, entre ! Tu veux quelque chose ? Nous avons du thé, en haut, mais je crois qu'il est froid. Si tu veux, je peux en refaire…

— Non, non, ne te dérange surtout pas pour moi ! Un verre d'eau m'ira parfaitement.

— Tu es sûre ? Parce que je peux…

— Je suis sûre !

Elle me suivit dans la cuisine.

— Tu vis ici avec ton père, du coup ?

— Oui.

— Il n'est pas ici ?

— Il travaille.

— Le dimanche ?

— Charlie travaille du lundi matin au dimanche soir, jours fériés et vacances compris. Ou alors, il va à la pêche.

— Oh.

— Tu l'as dit. C'est par ici.

Nous rejoignîmes Kim, qui ne parut même pas remarquer l'arrivée de Jen.

— En voici une qui fait la sieste !

— Oui. Nous…

Emily me lança un regard entendu.

— Je crois que nous nous sommes un peu éloignées de notre tâche première. Mais nous avons déjà rempli trois listes !

— Presque. Je ne suis pas sûre que les pantoufles lampes-torches soient très indiquées pour un cadeau de mariage. Ou même un cadeau tout court.

Jen éclata de rire en m'entendant.

— D'accord. Tu me confortes dans mon choix de vous apporter de l'aide. Qu'est-ce que vous avez déjà parcouru ?

Emily désigna un tas de catalogues déchirés, dans un coin.

— Ça.

Sa sœur esquissa une risette amusée. Elles avaient le même sourire, les mêmes expressions… Enfin, si l'on exceptait les trois longues cicatrices blanchâtres qui figeaient les traits d'Emily, d'un côté.

Un frisson me parcourut. A force de côtoyer la jeune femme, de l'entendre rire, de discuter avec elle, je ne voyais plus ses cicatrices. Ce réveil me fit d'autant plus mal. Qu'est-ce qu'elle devait être belle, auparavant !

— Allez, en avant !

Elle s'installa avec grâce, et plus de détermination que nous.

Elle avait raison. Du sang frais, voilà ce qu'il nous fallait.

Tandis que nous lisions, encore, des idées cadeaux, Emily se tourna vers moi, tout sourire.

— Bella ? Mardi, je prépare le menu pour le mariage. Tu accepterais de venir m'aider ? J'ai entendu dire que ceux qui goûtaient à ta nourriture ne pouvaient plus s'en passer.

— Je ne pense pas que ma nourriture soit bonne à ce point… mais je viens volontiers. Quelle heure te convient ?

— Quinze heures, ça t'irait ?

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Sauf qu'il y avait quelqu'un, à quinze heures. Emily n'était pas seule. Elle faisait face à une indienne chenue, couverte de rides. Je lui aurais donné au moins cent cinquante ans. Je reculai en balbutiant des excuses – Emily m'arrêta.

— Bella, viens ! Maggie voudrait te rencontrer.

C'était donc elle, Maggie. Je l'observai avec attention. Ses cheveux blancs étaient rassemblés en un chignon, son dos droit collait le dossier de sa chaise et ses bras fins tenaient ouvert un petit cahier à la couverture brune, usée. Elle me sourit, un sourire édenté, mais son regard restait sévère.

— Maggie, voici Bella… l'amie de Paul.

Je sentis mon cœur s'affoler. Ce n'était plus vraiment le cas. Qu'étions-nous, à présent ? Je n'en savais rien.

La main parcheminée de la doyenne se tendit dans ma direction.

— Enchantée, Bella.

— Moi de même, madame.

Elle rit, et son rire résonna frais, sauvage, jeune, à mes oreilles.

— Tu peux m'appeler Maggie. Tu fais partie de la famille, de ce que j'ai compris.

— Oui, je crois…

— Bien, marmonna-t-elle sans me lâcher, ni la main, ni du regard.

Elle me scrutait, comme cherchant quelque chose de bien précis en moi. Je m'empourprai, gênée. Sa poigne s'affirma autour de ma main.

— Et si nous en revenions à la cérémonie ? demanda Emily, volant à mon secours.

Une seconde encore, Maggie me dévisagea, puis, enfin, me relâcha. Je frottai discrètement mon poignet en prenant place à côté d'Emily.

— Où en étions-nous ? reprit Maggie.

— Les danses.

La doyenne acquiesça et, pendant un bon quart d'heure, j'eus droit au résumé détaillé des diverses danses nécessaires au respect des traditions quileutes. Au moins, nous pouvions être sûrs que la soirée serait animée : si les indiens étaient motivés, ils pourraient danser jusqu'à l'aube.

Enfin, Maggie ferma son cahier et Emily posa sa plume.

— Je reviendrai demain.

— Avec plaisir. A la même heure ?

— Oui. Au revoir, Bella. N'oublie pas : ce que tu caches nous sauvera.

Je tressaillis, sans comprendre ce qu'elle voulait dire.

Sans un mot de plus, elle tourna les talons et quitta la maison. Emily attendit d'être certaine qu'elle ne reviendrait pas avant de parler.

— Ne l'écoute pas, Bella. Ce qu'elle dit à rarement du sens.

J'opinai, encore mal à l'aise, cependant.

— Bon. Repas de mariage. Tu as une idée de ce que tu veux faire ? J'ai pris des livres de cuisine, et mon classeur de recettes.

— Je pensais à un buffet, vu que nous enchaînerons par une soirée feu de camp. Au fait, avant que je n'oublie une fois de plus : Jacob me harcèle pour que je te prévienne qu'il souhaiterait renouveler la balade à motos de la dernière fois.

— Oh. Je l'appellerai en rentrant. C'est gentil d'avoir passé le message. Un buffet, donc… Il faudrait des légumes de saison…

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Quelle ne fut pas ma surprise lorsque, épuisée mais l'esprit en paix – Emily avait réussi à en chasser l'étrange doyenne de la Push – je trouvai, en arrivant chez moi, ma place prise. Et pas par n'importe quelle voiture, non ! La vieille Toyota de… ma mère.

Ma mère qui apparut sur le seuil, un sourire candide aux lèvres. Je me garai comme je pus et descendis de la voiture avec des mouvements robotiques.

— Maman, mais qu'est-ce que tu…

Je ne parvins pas à terminer ma question : déjà, elle m'étouffait entre ses bras, me couvrait le visage de baisers et répétait mon prénom avec son fameux ton inquiet.

— Bella, Bella, Bella ! Comment vas-tu ? Charlie nous a prévenus du retour d'Edward. Et…

— Attends… c'est pour ça que tu es là ? demandai-je en parvenant à fuir son étreinte.

— Non, bien sûr que non. Je t'avais prévenue, non ? Phil et moi partons pour Venise. Nous avons décidé de venir te voir, puisque nous n'avons pas pu assister à la remise de diplôme. J'ai appris que tu avais reçu d'excellentes notes, d'ailleurs.

— Tu es arrivée quand ? demandai-je.

Elle semblait mieux se rappeler de mes notes que moi.

— En début d'après-midi. Où étais-tu, d'ailleurs ? Tu n'as pas prévenu Charlie, me réprimanda-t-elle.

— Parce que je passe mes journées au même endroit depuis des mois : la Push.

— La quoi ?

— La réserve indienne, à vingt minutes d'ici.

— Tu as beaucoup d'amis là-bas ?

— Oui.

À une époque, j'étais même censée y vivre, dans quelques années. Avant que le retour d'Edward – que Charlie s'était empressé de lui rapporter, ô joie ! – ne bouleverse mes plans.

— D'ailleurs, je dois absolument appeler Jacob.

— Ton meilleur ami, c'est ça ?

— Oui. On a prévu d'aller… se balader. Cela fait un bout de temps qu'on ne l'a plus fait.

— Cette semaine ? Tu veux m'abandonner ?

— Bien sûr que non, maman, soupirai-je. Mais je ne vais pas déprogrammer ce que j'avais prévu, ce serait impoli, tu ne trouves pas ?

Elle en convint, à moitié convaincue. J'en fus soulagée. Jamais je ne pourrais le lui dire, bien sûr, mais c'était tout de même un moyen de l'éviter, elle, ses questions et ses observations remarquablement justes. Trop de secrets, trop de dangers nous séparaient à présent pour que je puisse passer des journées entières en sa compagnie.

Je la raccompagnai à l'intérieur, en profitai pour saluer Phil et m'enquérir de son fémur.

— J'ai encore besoin de repos, mais sinon, parfaitement réparé ! m'assura-t-il.

— Je suis heureuse de le savoir. Où est papa ?

— Au travail. Tu le connais…

Je hochai la tête. J'étais moins gênée par le comportement de mon père qu'elle.

— Vous avez faim ? J'ai des biscuits.

Ils acceptèrent et je farfouillai dans les armoires de la cuisine à la recherche de la boite métallique que j'avais remplie quelques jours plus tôt. Il me fallut cinq minutes pour comprendre que Kim, Emily et Jen les avaient tous dévoré jusqu'au dernier.

— Euh… en fait… des amies les ont finis. Mais j'ai… de la salade.

Ils acceptèrent avec autant d'enthousiasme qu'avant. Je leur en fus reconnaissante.

Ainsi commença la visite de ma mère, intuitive et enfantine, qui devait durer une semaine pleine.

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— Elle dort à l'hôtel, alors je me suis dit que ça irait… mais elle a sonné à la porte à l'instant où j'ouvrais les yeux, ce matin. A croire qu'elle possède un radar pour savoir quand je me réveille.

— C'est plutôt positif, non ?

— Ça le serait si je ne devais pas lui cacher tant de choses, et si ma vie sentimentale avait quelque chose de normal.

Je me mordis la lèvre. Je ne tenais pas à discuter amour avec Jacob.

Trop tard.

— Comment tu vis le retour de la sangsue ?

Je plissai les yeux, une lueur venimeuse dans le regard. Il se reprit aussitôt, une mine semi-navrée, semi-dégoûtée sur le visage.

— Comment tu vis le retour d'Edward ?

Je secouai la tête.

— Je ne t'en parlerai pas. Oublie.

— Pourquoi ? Je suis ton meilleur ami, non ?

— Sans aucun doute. Sauf que tu entretiens un lien psychique avec Paul, qui est l'un des deux garçons que j'aime.

— Donc, tu aimes toujours la… Edward ?

Je haussai les épaules, dépitée.

— Je l'aimais. Tellement fort que je ne suis pas sûre de pouvoir un jour ne plus l'aimer.

Il acquiesça. Il faisait manifestement des efforts pour ne pas me juger. J'appréciai.

— Et Paul ? Tu l'aimes toujours, Paul ?

— Bien sûr ! Je le lui aurais déjà annoncé, dans le cas contraire !

— Tu es certaine ?

— Mais enfin ! Pourquoi je ne serais pas honnête avec Paul ?

— Pour avoir… une option de rechange.

Je me figeai. Puis le fusillai du regard.

— Tu insinues que je le garderais près de moi pour que, dans le cas où Edward me rejette encore, je ne sois pas seule ?

Il détourna le regard.

— Mais… mais tu es un grand malade ! Je ne suis pas une pétasse !

Comme il ne disait toujours rien, je m'éloignai à grands pas, décidée à rentrer chez moi au plus vite. Mieux valait Renée que Jacob, dans ces circonstances.

Il me retint par le poignet.

— Bella…

Je me retournai à contre-cœur lorsque je compris que je ne parviendrais pas à récupérer ma main de ma propre volonté.

— Quoi ? demandai-je vivement. Tu vas me demander si j'embrasse Edward en cachette ? Si j'ai pour objectif de les mettre les deux dans mon lit ?

— Non ! Je… suis désolé. Tu me connais : mes mots dépassent souvent ma pensée…

Je lui adressai un regard assassin. Malheureusement, je ne parvenais jamais à être longtemps en colère contre lui. Je soupirai profondément et, comme s'il avait senti qu'il avait gagné, il me relâcha.

— Donc tu… euh… tu les aimes tous les deux ?

— Je ne te répondrai pas.

— Mais pourquoi ?

— Parce que, primo, tu iras tout dire à Paul, que tu le veuilles ou non ; deuzio, je sais sur qui se porterait ton choix ; et tertio, je suis trop perdue dans mes sentiments pour le moment pour assurer quoi que ce soit.

— Tu n'as aucune préférence ?

— Je ne sais pas, répétai-je d'une voix malheureuse.

C'était vrai. J'étais complètement perdue. Lorsque je pensais à Edward, il me semblait que c'était l'amour de ma vie. Lorsque je pensais à Paul, j'avais l'impression de pouvoir filer à la Push pour lui déclarer mon amour éternel.

J'étais déboussolée, incapable de faire le bon choix, pour le moment. Si tant est qu'il y ait un bon choix.

— Tu penses… que ça va durer longtemps ? me demanda encore Jacob.

— Je ne sais pas.

J'attendais l'étincelle. Mais combien de temps mettrait-elle à apparaître, cette étincelle ? Mon cœur parviendrait-il à trancher un jour ?

— Pourquoi cela retombe-t-il toujours sur moi ?

— Quoi donc ? Les amants multiples ?

Je ricanai. Puis me frottai le visage. Pour rire d'une telle assertion, mon moral se trouvait plus bas encore que je le pensais.

— La malchance, corrigeai-je.

— Oh. Tu es sûre qu'on peut parler de malchance dans un cas comme celui-ci ?

— As-tu déjà été courtisé en même temps par les deux femmes que tu aimes ?

Il secoua la tête.

— Tu ne peux donc pas comprendre ce que c'est.

— C'est pire que lorsque Paul s'est imprégné ?

Je hochai la tête.

— Bien, bien pire.

— Pour quelle raison ?

— Je n'aimais pas Paul. Je voulais être avec toi, quoi qu'il arrive. Et puis, quand j'ai commencé à ressentir quelque chose pour Paul, réellement, tu t'étais déjà écarté. Pour moi, il n'y avait pas de choix à faire. Ou plus.

— Je comprends.

Il attendit une seconde, puis ajouta :

— De toute manière, nous deux, ça n'aurait pas marché.

Je le dévisageai de bas en haut.

— Tu sais quoi ? Je commence à être de ton avis, confiai-je. Je suis plus détendue, maintenant que nous sommes amis.

— Meilleurs amis.

— Oui.

— Je ressens la même chose. Tout est rentré dans l'ordre.

— De notre côté.

Il s'esclaffa, moqueur, en acquiesçant. Quant à moi, je jetai un coup d'œil aux nuages colorés par le coucher de soleil, au-dessus de nos têtes. Je soupirai.

— Je crois qu'il va me falloir rentrer.

— Renée ?

J'opinai.

— Je suis sûr que ça se passera bien. De toute manière, jamais elle ne pourra deviner exactement le secret qui vous lie, tous les trois.

— Détrompe-toi. Elle serait prête à croire aux sirènes, si je lui assurais qu'elles existaient de façon convaincante.

— Sauf que tu n'arriveras jamais à mentir correctement.

— Merci, Jacob, c'est exactement, ce dont j'avais besoin.

Il rit, puis son expression se durcit. Je suivis son regard et fus surprise de découvrir Maggie, qui nous regardait, appuyée contre une paroi de la maison Black. Elle nous attendait, il n'y avait pas de doute possible.

— Tu avais quelque chose à lui dire ? demandai-je.

Il secoua la tête.

— Toi ? Emily m'a dit qu'elle vous aidait, pour le mariage.

— Je ne me suis trouvée qu'une fois en sa compagnie, et je peux te dire que je l'ai évitée comme la peste depuis. Elle est trop étrange.

Je me tus. Nous arrivions à sa hauteur, et je ne souhaitais pas qu'elle m'entende. Un instant, j'hésitai à la dépasser comme si je n'avais pas compris qu'elle voulait nous parler. J'étais trop polie pour cela, toutefois.

— Bonjour, Maggie.

— Maggie.

— Ah, Bella, Jacob, je vous attendais.

Elle ouvrit les bras, comme si elle s'apprêtait à nous étreindre. Elle attrapa mon poignet, et le serra avec une force peu commune. Je retins des frissons. Elle planta alors son regard dans le mien et je me figeai instantanément.

— Prépare-toi, me dit-elle seulement.

Elle me lâcha, puis se tourna vers Jacob et plissa les yeux.

— On ne peut renier son sang, Jacob Black. Prends tes responsabilités. Tu n'es plus un enfant.

Un silence. Jacob et moi la dévisageâmes avec incrédulité. Elle se remit en marche sur un dernier regard sévère. Juste avant de disparaître au coin de la maison, elle grommela deux mots que je ne compris pas. En revanche, Jacob se tendit.

Dès qu'elle eut disparu, il me saisit le bras pour me guider vers la camionnette.

— Jacob, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'elle a dit ? Jake !

Il me relâcha et m'ouvrit la portière. Comme je refusais de monter sans qu'il me réponde, il lâcha simplement :

— Elle est sénile. Elle n'arrête jamais de parler toute seule. Elle ne se rend même pas compte que je l'entends.

— Mais qu'a-t-elle dit ? insistai-je.

— Des idioties sur la meute…

— Elle est au courant ?!

— Non. Mais nous traînons sans cesse ensemble, tu sais ? Les autres habitants de la Push nous connaissent. Ils savent qu'on forme une belle bande d'amis. C'est de ce groupe qu'elle parlait.

Il ne semblait pas convaincu par ses dires, mais je me résolus à ne rien ajouter.

— Je te recontacte au plus vite, d'accord ?

— Arrange-toi pour parler à Paul, plutôt.

— Je ne veux pas.

— Et moi, je te conseille très fortement. Ce qu'il souhaite te dire risque de t'aider.

Je hochai la tête, mais me gardai bien de promettre. Je n'avais aucune envie de voir Paul en ce moment.

Enfin, si. Mais non.

Je claquai la portière.

.

À l'instant où je sortis de la voiture, Renée me sauta dessus, folle d'inquiétude. Je la comprenais : lorsque je vivais avec elle, jamais je ne m'étais absentée une journée entière. Même pour quelques heures, je l'avertissais. En comparaison, j'étais devenue une vraie rebelle. Il fallait dire qu'on ne pouvait pas vraiment qualifier Charlie de « père inquiet ».

— Où étais-tu ?

— A la Push. Je te l'ai dit ce matin, tu te souviens ? Avant de partir. Je devais voir Jacob.

Elle ouvrait la bouche pour une nouvelle question lorsqu'une autre voiture entra dans l'allée. Celle de Charlie. Il en sortit en bougonnant.

— Un problème, papa ?

— Il s'inquiète sûrement de savoir où tu as passé la journée.

Mon père la contredit aussitôt, sans même en avoir conscience, en déclarant :

— Un problème avec la pêche.

— Tu es allé pêcher, aujourd'hui ? s'étonna Renée.

Il secoua la tête.

— Des plaintes. Des tas de plaintes des pêcheurs. Cela fait plusieurs jours, mais cela empire.

— Qu'est-ce qu'il se passe avec les pêcheurs ?

— Un nouveau poisson dans l'océan. Il est petit, de ce qu'on m'a rapporté. Et très rapide. Il massacre les autres.

— Comment est-ce possible ? Comment est-il arrivé là ?

— Aucune idée. Un particulier l'aura sûrement jeté dans une baie. Il suffit qu'il n'ait pas de prédateurs et hop ! il se multiplie, volant leur nourriture aux autres.

Il grommela encore contre « ces imbéciles qui lâchaient leur bestiole en pleine nature ».

— Qu'y a-t-il au dîner ?

— Je ne sais pas encore. Je file voir.

— Tu es allée à la Push ?

Et Renée manqua s'étrangler face à sa nonchalance. J'opinai.

— Comment va Jake ? Et Billy ?

— Ils se portent à merveille. Les autres aussi. Nous avons mangé chez Sam et Emily.

— Bien, bien, approuva-t-il distraitement en se dirigeant vers le salon.

Je l'entendis saluer Phil, qui s'y trouvait déjà. Je pris moi-même la direction de la cuisine, suivie de ma mère.

— Bella, ça va ? demanda-t-elle sitôt qu'elle fut sûre que Charlie ne pouvait plus l'entendre.

— Bien sûr, maman, pourquoi ça n'irait pas ?

— Tu… tu ne te sens pas trop seule, ici ?

— Non, au contraire. J'ai presque trop de trucs à faire, de gens à voir…

— Et ton père ? Il…

— On s'entend à merveille. Et toi, maman ? Comment ça va, avec Phil ?

Son visage s'éclaira, ce qui me rassura. Visiblement, elle était toujours aussi amoureuse de son deuxième époux. Elle se lança dans une longue tirade sur leur vie en Floride, louant Phil. Elle souhaitait manifestement me convaincre de repartir avec elle. Si je ne repoussai pas ses discrètes tentatives de corruption, je ne risquais pas d'accepter de sitôt. Elle ne parviendrait jamais à comprendre qu'on puisse s'habituer à Forks au point d'y faire sa vie, heureux. Elle n'avait pas réussi, elle.

Sauf que je n'étais pas comme elle, ce que je réalisais chaque jour un peu plus.

Que mon cœur se décide pour Edward ou Paul, je ne m'imaginais pas déménager. Encore moins pour le chaud soleil de Floride.

Le souper fut moins gêné que je ne le craignis. Charlie, entre deux pensées moroses, me demanda comment se passait l'organisation du mariage. Renée avala de travers – elle devait croire qu'il parlait de mon mariage – et j'attendis qu'elle eût repris son souffle pour expliquer qu'Emily m'invitait la semaine prochaine pour l'achat des robes de ses demoiselles d'honneur.

— Elle t'a demandé d'en faire partie ?

— Non. C'est le rôle de Leah et Jen. Mais elle veut des conseils. Et j'en profiterai pour acheter ma tenue.

Il acquiesça.

— Vous irez à Port Angeles ?

— Peut-être que nous pousserons jusqu'à Seattle.

Nouveau hochement du menton. Il pointa le contenu de son assiette de sa fourchette et commenta :

— C'est délicieux.

Phil et Renée approuvèrent.

— Merci.

Le couple partit lorsque je commençai la vaisselle. Ma mère m'assura qu'elle serait là au plus tôt, le lendemain. Sans Phil. Il avait des appels à passer.

Une seconde, je voulus lui demander combien de temps ils resteraient. Je me retins. Je ne souhaitais pas la blesser.

.

— Aaah !

La silhouette qui me souriait, penchée vers moi, se redressa. Je me catapultai à l'autre bout du lit, puis la reconnus. Renée. Ma mère.

— Maman… tu m'as fait peur.

Judicieuse remarque : ma réaction s'était faite si discrète que, sans moi, elle n'aurait sans doute pas réalisé…

Elle rit.

— Désolée, chérie. Tu dormais encore quand je suis arrivée. Cela fait si longtemps que je ne t'ai plus vue dormir… Je n'ai pas pu résister.

— T'inquiètes, je ne t'en veux pas… marmonnai-je, une main sur le cœur. Il est quelle heure ?

— Bientôt huit heures.

Moi qui aurais voulu faire une grasse matinée, c'était raté…

— Je me disais… On pourrait aller…

Je ne sus jamais où elle voulait m'emmener car, à cet instant, je tournai la tête pour découvrir Paul, accroché à l'arbre faisant face à ma fenêtre, qui me dévisageait d'un air inquiet. Je criai.

Ma mère se retourna d'un bond en direction de la fenêtre. Heureusement, Paul avait disparu et elle se tourna vers moi en me regardant comme si j'étais folle.

— Bella chérie, qu'est-ce qu'il y a ?

— Un oiseau, coassai-je en me précipitant vers mon armoire.

— Un oiseau ? répéta-t-elle, perdue. Mais, chérie… Un oiseau ne te ferait jamais de mal. La fenêtre est fermée !

— Je sais. Il m'a juste surprise et… il était très gros.

J'ôtai en quatrième vitesse mon pyjama, enfilai sous-vêtements, chemise et jeans et me précipitai dans le couloir.

— Bella, où vas-tu ?

— Je dois… Paul m'attend ! J'avais oublié qu'on avait rendez-vous.

— Paul ? Qui est Paul ?

Je ne lui avais jamais parlé de Paul ? Oups.

— C'est un ami, de la Push.

— Tu vas encore aller à la Push ?

— Cela fait des semaines que j'y passe tout mon temps libre, lui fis-je remarquer.

— Que… Mais… Bella ! Je voudrais qu'on aille…

Trop tard : j'avais déjà claqué la porte de la maison. Je me précipitai vers la Chevrolet et démarrai à l'instant où le battant se rouvrait sur Renée.

— A ce soir, maman ! hurlai-je en agitant la main.

Je n'entendis pas ce qu'elle me répondit : sa voix était couverte par les bruits du moteur de la camionnette. Je rejoignis la route et m'éloignai. Je ne gagnai pas la réserve, m'arrêtant sur le bas-côté à la minute où Forks disparaissait de mon champ de vision. Je coupai le moteur et on ouvrit ma portière. Je descendis, souris timidement à Paul. Il m'imita et nous restâmes là, à nous dévisager, souriant bêtement, un mètre de vide entre nous.

Je ne savais plus comment me comporter avec lui. En le voyant, je n'avais qu'une envie : lui sauter au cou et l'embrasser jusqu'à l'asphyxie. Sauf que je ne pouvais pas. Je n'avais pas encore fixé mon choix et je ne souhaitais pas devenir une de ces filles qui jouent avec les mecs. Ce n'était pas mon genre.

Quant à Paul, il ne semblait pas mieux savoir quoi faire, ou que dire. Il ne me forcerait jamais, je le savais. Mais je devinais aussi que sa nature, son statut d'imprégné le poussait à me désirer.

— Salut, lâchai-je lorsque je ne supportai plus le silence.

Son sourire s'élargit, soulagé.

— Salut. Comment va ?

— Et toi ? éludai-je. Que faisais-tu à ma fenêtre ?

— Je t'ai entendue crier. J'ai cru que…

Il ne termina pas.

— Ma mère s'est incrustée dans ma chambre. C'est gentil, d'avoir volé à mon secours.

Il haussa ses larges épaules, nues, comme toujours. Il ne portait qu'un short, par commodité.

— C'est mon rôle.

Je me râclai la gorge, nerveuse. Si je sortais avec Edward, comment réagirait-il ? Je ne pensais pas que le vampire accepterait qu'un loup-garou imprégné de moi me suive du matin au soir pour « me protéger ».

— On marche un peu ?

Il approuva ma proposition et nous commençâmes nos déambulations. Mes battements de cœur s'accélérèrent lorsque je réalisai que je m'étais déjà arrêtée à cet endroit, le jour où, sur le dos de Paul, j'avais découvert un nouveau visage de cette vieille et commune forêt de Forks.

— Tu ne m'as toujours pas dit comment tu allais, reprit-il.

— Toi non plus, rétorquai-je.

Il n'ajouta rien, laissant la question en plan, à nouveau. Je pouffai. Il m'imita et, bientôt, nous partîmes dans un fou rire commun qui dura plusieurs minutes. Finalement, je me redressai, les côtes douloureuses, les yeux humides, encore secouée, parfois, d'un hoquet de rire.

Cette complicité qui nous liait, ce bien-être qui rendait notre relation plus légère, plus facile, tout cela m'avait manqué. L'espace d'un instant, je sus à nouveau ce que signifiait traîner avec Paul, construire ma vie à ses côtés. Ce serait un voyage détendu et merveilleux.

— C'était ta mère, dans ta chambre ? reprit-il, ramenant du sérieux à notre dialogue.

— Oui. Elle a profité d'un voyage à Venise avec Phil pour me rendre une petite visite. Et tenter de me ramener du côté ensoleillé du pays.

Je roulai des yeux, puis les posai sur Paul. Il semblait triste.

— Comment ça se passe, avec la tienne ?

Je n'avais pas osé aborder le sujet avec Jacob, ou Emily. Pour autant, je savais très bien comme tout pouvait basculer en deux petites semaines. En deux petites secondes, même, en fait.

Je compris qu'il était en effet arrivé quelque chose lorsque je le vis se tendre. Instinctivement, je me rapprochai de lui.

— Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Il posa son regard sur l'arbre le plus proche et shoota dans un caillou.

— Rien.

— Ce n'est pas bien de mentir, chuchotai-je en posant une main hésitante sur son biceps.

Il ne se dégagea pas. J'en fus soulagée. Je me rapprochai un peu plus.

— S'il te plait, dis-moi. Je peux t'aider ?

— Non.

Il y eut un long silence. Je ne voulais pas le forcer, et lui ne semblait pas prêt à déballer ce qu'il avait sur le cœur.

— Ma mère aussi, veut me ramener chez elle, dit-il enfin.

— Comment ça ?

— Elle veut que je la suive à Tacoma.

— Quand ?

— Dès qu'elle partira. Elle commence à en avoir marre, de squatter le canapé du salon.

— Et toi… c'est ce que tu veux ?

Comme je m'y attendais, il secoua fébrilement la tête.

— Qu'est-ce que j'irais faire à Tacoma ? Je ne connais ni son mari, ni ses amis, ni même sa famille. Je ne me souviens presque pas de ma vie là-bas. Je serais séparé de mon père, de la meute… de toi.

Je pressai légèrement son bras.

— Tu lui as dit ?

— « J'ai remarqué que ton père est très occupé. Il te faut une atmosphère familiale aimante et stable. Tu pourras apprendre à nous connaître, à connaître ta sœur. Je suis sûre que tu te feras plein d'amis. Tu es un garçon si sociable. Et puis, tu pourras te concentrer sur tes études, comme ça. Aucune distraction. »

— Des distractions ?

Il me regarda.

— Oh ! Je suis une distraction ?

— Oui. Elle craint que je ne pense qu'à toi et que nous finissions comme elle.

— Elle ferait la paire avec ma mère. Elle aussi, elle déteste les mariages précipités.

— La mienne, c'est pire. Ce n'est pas les mariages qu'elle déteste, c'est les relations amoureuses entre adolescents, tout court. Elle est persuadée que je finirai comme elle : dix-sept ans, pas de formation et un bébé sur les bras.

Je rougis. Moi, mère à dix-huit ans ? Femme de Paul ?

Ce n'était pourtant pas le moment d'y songer. Paul affichait un air sombre qui m'attristait.

— Si tu ne veux pas partir, elle ne peut pas t'y obliger, de toute façon.

Il haussa les épaules.

— Aucune idée. Je ne suis pas encore majeur, après tout. Elle veut demander ma garde. Je ne suis pas sûr que mon père… il pense peut-être que ce serait mieux ainsi.

— Je suis sûr que non. Tu verras.

Il hocha la tête, ne la releva pas, toutefois. Je me rapprochai pour attraper son menton entre mon pouce et mon index. Lorsqu'enfin, il croisa mon regard, j'affirmai, avec plus d'assurance que j'en ressentais :

— Je suis sûre que tu pourras rester ici, Paul. Certaine. Tu as confiance en moi ?

Il acquiesça.

— Alors détends toi un maximum. Tu ne partiras pas.

Il inspira profondément et ses bras, imperceptiblement détendus, se refermèrent autour de moi. Je me raidis. S'il le sentit, il ne me lâcha pas. Je finis par enlacer sa taille à mon tour. Cette étreinte me paressait trop naturelle, trop juste, pour que je cherche à m'en dégager. Je ne ressentais ni crainte, ni culpabilité. Soudain, j'étais bien.

Nous bougeâmes sans que je m'en rendis compte et, tout à coup, je me retrouvai nez à nez avec Paul. Ses yeux gris me contemplaient avec émerveillement, ses traits s'étaient relâchés. Ses lèvres douces, chaudes, se tendaient doucement vers moi. J'entrouvris machinalement les miennes.

Nos nez se frôlèrent – je baissai la tête. Un instant, nous restâmes parfaitement immobiles. J'étais écarlate, lui peinait à retrouver un souffle normal. Il me relâcha et nous reculâmes chacun de quelques pas. Un nouveau mètre de distance s'était établi entre nous. Lorsque je croisai son regard, je le découvris aussi humide que le mien. Je me mordis la lèvre.

— Désolée.

Il secoua la tête.

— Ce n'est pas à toi d'être désolée. C'est moi qui ai mal agi.

— Bien sûr que non !

— Si. Je…

Il s'interrompit, hésitant, se lécha les lèvres.

— Je suis venu ce matin parce que je voulais te parler. Je… Nous ne nous sommes pas vus depuis le retour du… d'Edward.

J'opinai faiblement en piquant un fard. Je ne parvenais pas à soutenir son regard.

— Je comprends que… tu aies de la peine à… à choisir. En fait, je m'étonne même que tu ne sois pas déjà avec… lui.

Cette assertion me fit relever mes yeux écarquillés.

— Pourquoi ?

— Je sais que… l'imprégnation n'est pas, pour toi, une vraie… Tu considères Edward comme l'amour de ta vie…

— Je le considérais comme l'amour de ma vie. Au passé. Je ne nie pas que… j'ai l'impression d'avoir encore des sentiments pour lui. Mais… j'en ai aussi pour toi. L'imprégnation n'est pas qu'une stupide légende quileute. Pour moi, en tout cas, ce n'est plus le cas. Je… je me sens si bien, avec toi. Et… je pense sincèrement qu'il n'y a pas que l'imprégnation qui cause ce bien-être. Je…

Je me tus.

J'aurais tant voulu pouvoir le prononcer, ce « je t'aime ». Je n'en étais pas capable. Pas alors que tout était confus en moi. Pas alors que je risquais de lui tourner le dos.

Je ne savais que faire.

— Je… Je voulais te dire que… je t'attendrai, bégaya-t-il. Je t'aime, inconditionnellement. Cela ne changera jamais. Si tu souhaites sortir avec la… avec Edward, je ne t'en voudrai pas. Je ne le jalouserai pas. Comme je te l'ai dit… la première fois que nous en avons parlé, seul ton bonheur m'importe. Si tu souhaites que je devienne un ami, je le ferai. Si tu souhaites que je devienne un frère, je le ferai. Si tu souhaites que je m'éloigne, je le ferai. Si tu souhaites que je reste ton petit-ami, je le ferai. Parce que je t'aime.

Je hochai la tête tout en me mordant la lèvre pour retenir mes larmes.

— Merci, balbutiai-je.

Il ouvrit les bras en souriant et je me jetai à son cou. Cette étreinte-là me parut tout aussi juste que la précédente, si ce n'est que, cette fois, aucun sentiment amoureux ne filtrait. Il m'aimait, de toutes les manières possibles, et je l'aimais également, sans savoir exactement de quelle façon. Mais je l'aimais.

.

Mes larmes séchées, son sourire retrouva sa place sur son beau visage. Nous reprîmes notre marche en papotant. Nous évitâmes les sujets douloureux. Tacitement, nous nous étions mis d'accord sur le fait de rester de bonne humeur ce jour-là. Nous nous retrouvâmes bientôt à parler des pêcheurs mécontents. Ce qui était désagréable pour les amateurs de poisson de Forks se révélait être une véritable catastrophe à la Push, puisque l'essentiel de leur alimentation reposait sur les produits marins.

— Habituellement, vu qu'il est pêcheur, mon oncle se charge de nous approvisionner en poisson. Mais cette semaine, il n'a pas pu. Nous avons dû en acheter à l'épicerie du coin. Sauf que la mère d'Embry est inquiète : si cela continue comme ça, on ne lui en vendra plus assez pour nourrir le village. Billy pense s'y remettre. Mon père aussi hésite à prendre des vacances pour pêcher.

Je hochai la tête, les yeux arrondis.

— Charlie en parle beaucoup. Il reçoit pleins de plaintes, qui disent que c'est la faute d'un nouveau poisson. Un poisson d'aquarium.

Paul secoua la tête.

— C'est un poisson, oui. Il est minuscule, extrêmement rapide, avec des écailles multicolores. Mais je peux t'assurer qu'il n'a rien d'un poisson domestique. Il se multiplie vite. Pourtant, il ne semble ni s'accoupler, ni se nourrir. Et il est indestructible.

Il se pencha vers moi pour continuer d'une voix basse.

— Nous pensons que c'est un poisson surnaturel. Sam cherche un moyen de s'en débarrasser.

— Un poisson surnaturel ? Ça existe ?

— Il faut croire. Mais les anciens n'en ont jamais entendu parler. Il semble que les loups ne les ont jamais affrontés. Nous ne savons pas encore comment faire, du coup.

— Le sang est la clé.

Nous sursautâmes. Je frissonnai en découvrant Maggie, derrière nous. Elle se tenait droite et souriait. Elle me fit penser à un monstre de films d'horreur. Instinctivement, je me rapprochai de Paul, qui passa un bras autour de ma taille, protecteur.

— Maggie ? demanda-t-il ensuite. Comment allez-vous ?

— Quand rien ne va, personne ne va, Paul Lahote. Dis à Jacob Black de prendre ses responsabilités. Il n'est plus un enfant.

Ces phrases me parurent familières. Je compris qu'elle avait utilisé ces termes pour s'adresser à Jacob, la dernière fois que nous avions traîné ensemble. Je tressaillis derechef.

— Je lui passerai le message, marmonna Paul, le visage soudain fermé.

Il me vint à l'esprit que ce n'était peut-être pas la première fois qu'elle s'exprimait ainsi.

Le sourire de Maggie s'élargit pour devenir plus hideux encore. Elle se tourna vers moi, et je reculai d'un petit pas.

— Prépare-toi.

Sur ces derniers mots, elle tourna les talons. Paul n'attendit pas qu'elle ait disparu pour m'entraîner à toute vitesse dans la direction opposée.

— Tu vas prévenir la meute ?

— Cela n'urge pas. Elle n'arrête pas de nous seriner ces phrases ridicules.

— Qu'est-ce qu'elle veut obtenir ?

— On n'en sait rien, mais elle est de plus en plus insistante. Elle harcèle Jacob. La pauvre Emily a droit à des mises en garde à chaque rencontre.

— Oh. Je n'en savais rien.

— Elle ne l'a dit qu'à Sam.

Je hochai la tête, compréhensive. Sam ne pouvait rien cacher à ses frères.

— Tu penses qu'elle sait, pour vous ?

— Non. Elle n'a pas de lien de parenté avec les anciens. Seuls les descendants directs de loups-garous connaissent la vérité. Et encore, pas tous.

J'opinai à nouveau, peu convaincue cependant. Si elle ne savait rien, pourquoi agissait-elle ainsi ?

Il me fallut une nuit entière pour comprendre ce que je souhaitais tenter. Quasiment une journée pleine me fut nécessaire pour convaincre Paul. Finalement, il obtint l'accord de Sam, poussé par une Emily au bord de l'épuisement.

— Cela ne coûte rien d'essayer ! avait-elle argué. Au pire, elle ne sait rien. Au mieux, elle nous explique la situation, vous pouvez la régler et elle arrêtera de nous ennuyer sans cesse avec ses phrases effrayantes.

Sam s'était rendu à ses arguments. Comme personne ne souhaitait rendre visite à la doyenne du village, qui passait pour plus folle encore qu'auparavant, je me portai volontaire. Paul se sentit obligé de m'accompagner, sans que je comprenne pourquoi. Peut-être craignait-il qu'elle me séquestre ou me découpe en rondelles…

Il était cinq heures vingt lorsque, contenant les tremblements de ma main, je frappai à la porte, orange et délavée, de la vieille Maggie. J'attendis de longues secondes. Personne ne répondit. Je toquai encore. Pas de réponse. Paul me tira doucement par le bras.

— Viens. Elle n'est pas là.

« Tant mieux » pensa-t-il, si fort que je l'entendis.

Sauf que j'étais obstinée. Je ne le suivis pas et m'apprêtai à me manifester une fois de plus. J'avais la main levée lorsque le battant s'ouvrit, sur Maggie.

— Oh ! sourit-elle, déclenchant mes frissons. Je me demandais quand l'un de vous se présenterait enfin à ma porte. Entrez, entrez.

Elle s'effaça pour nous laisser passer. Paul se plaça devant moi. Ses bras étaient agités de tremblements incontrôlables.

La maison ressemblait à toutes les autres : un salon ouvert donnant sur la cuisine, un couloir laissant apercevoir une chambre et une salle-de-bain. Il régnait un ordre parfait : aucun survêtement abandonné sur une armoire, dans l'entrée ; aucune assiette sale n'attendait dans l'évier, aucun magazine ne s'étalait sur la table basse. Sauf que les rideaux pourpres étaient tirés, laissant une pénombre rougeâtre éclairer les pièces. Des bougies répandaient une odeur âcre d'encens. Des plantes poussaient à profusion, qui dans un grand pot derrière le canapé, qui à même le mur.

Paul vint enlacer ma taille, apaisant quelque peu mes inquiétudes. Maggie nous invita à nous asseoir. Nous n'en fîmes rien, car j'étais trop effrayée pour avancer, et Paul trop prudent. La doyenne ne s'en offusqua pas.

— Du thé ?

Nous déclinâmes l'offre aussitôt.

— Il y a des biscuits, juste là.

J'y jetai un coup d'œil. La fenêtre proche leur donnait une couleur sanglante peu appétissante. Paul repoussa sans gêne l'assiette. Maggie s'installa à côté de nous.

— Est-ce Sam qui t'envoie ? demanda-t-elle à Paul.

— Pourquoi m'aurait-il envoyé ? rétorqua-t-il.

— Parce que je suis la seule à pouvoir répondre à vos questions.

Paul roula des yeux, pas convaincu pour un sou. J'intervins.

— C'est moi qui ai voulu venir.

Elle se tourna vers moi et son regard me détailla longuement. Je frémis. L'étreinte de Paul se raffermit.

— Cela ne me surprend pas. Tu es étonnante, Isabella Swan, et assez obstinée pour convaincre les loups-garous d'accepter l'aide d'une vieille folle comme moi.

Je ne sais pas à quoi je m'attendais. En tout cas, pas à ça.

Mon cerveau surchauffa instantanément et grilla. Celui de Paul aussi, certainement, puisque nous restâmes aussi figés que deux statues un long moment, le même air abruti sur le visage.

— Vous… Vous savez pour… les loups-garous ? murmurai-je enfin, ébahie.

Maggie s'esclaffa bruyamment.

— Ma chère enfant, je suis la doyenne des Quileutes. Bien sûr que je connais les talents des descendants des Premiers Chefs.

— Et vous savez… ce que nous devons affronter ?

— Et si vous vous asseyiez confortablement ? Je crois que nous allons en avoir pour un moment.

Je ne bougeai pas. Paul, en revanche, me tira par la manche et me guida jusqu'au siège le plus proche, sur lequel je me laissai tomber lourdement.

— Chaque être à son prédateur, et sa proie. Le loup-garou n'échappe pas à cette règle. Notre monde est bien ordonné !

Sur sa dernière phrase, elle se permit même de ricaner doucement.

— Sais-tu quelle est ta proie, loup-garou ?

— Le vampire, répondit Paul aussi sec.

Il arborait un air renfrogné. S'il ne lui faisait certainement pas confiance, il paraissait avoir accepté l'idée que Maggie se trouve dans le secret.

La vieille dame hocha la tête.

— Et sais-tu quel est ton prédateur, loup-garou ?

— Le vampire, dit-il à nouveau.

— Foutaises ! s'écria la doyenne.

Nous sursautâmes.

— Ce n'est pas le vampire ? m'étonnai-je.

— Enfin, que vous racontent les anciens, de nos jours ? Tu ne peux être à la fois chasseur et chassé. Sinon, personne ne tuerait plus personne.

Elle se tut, nous laissant le temps d'apprécier la justesse de ses paroles.

— Nul n'est plus indestructible qu'un loup-garou… à part celui qui l'a engendré. Pour être plus exact, celui qui a engendré la vie, en l'insufflant contre son gré à quatre espèces. Les hommes, les Sang-froid, les esprits guerriers, les…

— Dragons… terminai-je dans un souffle.

Je ne me souvenais que trop bien des dires de Billy, quelques semaines plus tôt.

— Mais les anciens ont dit que… que l'être avait disparu.

— Il l'a fait. Il était devenu si puissant, si avide que, pour éviter la destruction de leur monde, et même de l'univers tout entier, les éléments même qui le constituaient se sont rebellés. Ils l'ont rejeté. Ils l'ont détruit. De ces restes ont jailli les quatre espèces.

— Donc il est mort ?

— L'Etre ne peut pas mourir. Il peut être détruit… il peut disparaître. Momentanément.

— S'il ne cesse de revenir, pourquoi n'en parle-t-on dans aucune légende ? intervint Paul, visiblement sceptique.

— Ça, il faut le demander aux anciens. Eux seuls content les histoires.

— Comment vainc-t-on l'Etre ? m'enquis-je.

— L'alliance de quatre sangs purs. Plus la diversité est élevée, plus le poison est puissant.

— Du sang des quatre espèces ? Les vampires, ça ne devrait pas être trop compliqué…

Tout en disant ça, je réalisai que Paul et moi avions accepté son histoire avec une étrange spontanéité. Mais après tout, chaque légende dont on m'avait parlé jusque-là s'était révélée vraie… pourquoi celle-ci ne s'avérerait pas à son tour ?

Inconscient de ma réflexion silencieuse, Paul poursuivait.

— Pas plus que les loups-garous…

Maggie eut un claquement de langue désapprobateur. Nous nous tournâmes vers elle.

— J'ai dit : du sang pur.

— Et alors ?

— Alors, dis-moi qui dirige la tribu, en ce moment ?

Paul haussa un sourcil. Il n'en avait visiblement aucune idée.

— C'est Sam, lâchai-je.

Il me jeta un regard étonné. Je haussai les épaules.

— Jacob me l'a expliqué quand on parlait de son statut de Bêta.

— D'accord. Donc, l'Alpha est… le chef de la tribu ?

Maggie approuva.

— Dans ce cas, où est le problème ?

— C'est Jacob qui devrait être l'Alpha, répondis-je encore.

Paul me dévisagea avec plus de stupéfaction encore. Maggie esquissa une moue approbatrice.

— Notre sang n'est pas pur si ce n'est pas Jacob qui dirige la meute ? C'est du grand n'importe quoi !

— Je te dis ce qui est, Paul Lahote. A toi d'en faire bon usage.

— Et les autres espèces ?

— Les vampires n'ont pas de chef. Ce sont des êtres solitaires.

Je songeai à la famille royale qu'avait un jour évoquée Edward. Les Volturi. Je rejetai aussitôt cette idée. Il était hors de question de faire venir des vampires aux prunelles écarlates plusieurs fois centenaires à Forks si Maggie ne l'estimait pas nécessaire.

— Les humains non plus, n'est-ce pas ?

Elle approuva.

— Cependant, il sera plus facile de récupérer le sang de ceux qui sont dans le secret. Or, ils sont rares.

— Les imprégnées comptent ?

— Oui.

— Et les dragons ? Où sont-ils ?

Elle sourit, comme si j'avais sorti une blague.

— Les dragons sont cachés non loin.

— Où ? insista Paul.

— Je n'en ai aucune idée.

— Comment savoir qu'ils sont dans les parages, dans ce cas ?

— Parce que l'Etre ne se réveille que lorsque les quatre espèces se regroupent.

Je hochai la tête. Elle se leva.

— Où allez-vous ?

— Je suis fatiguée, je vais me coucher. Je vous souhaite bonne chance.

— Mais… que… attendez… Quoi ? Et… Comment le battre ? Où est l'Etre ?

— Il viendra à la meute. Préparez-vous. Le sang est la clé.

Sur ces dernières paroles, elle ferma la porte de sa chambre. Je restai figée, à demi-levée, sans en croire mes yeux. A côté de moi, Paul affichait un air sombre et pensif.

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Et voilà ! Qu'en pensez-vous ? Toujours team Paul, ou plus team Edward ? Que vous inspire Maggie ?

Concernant les cadeaux de mariage farfelus, je me suis inspirée d'objets existant, trouvés sur Internet. C'est fou les idées que certains peuvent avoir !

Par ailleurs, une question qui n'a rien à voir : quelle est votre plus grande peur ?

Merci à tous d'avoir lu. Je vous souhaite de passer une bonne semaine – pour ma part, celle-ci est la dernière où je vais à l'école et ensuite… VACANCES ! – et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine – peut-être un peu plus tôt que prévu…

C.