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Les parents de Drago étaient à Londres, nous leur rendîmes visite dès le premier week-end de notre retour. Lorsque je vis la mine déconfite de Narcissa et le visage aux traits tirés et à l'apparence épuisée de Lucius, je compris que quelque chose s'était mal passé durant notre absence. Mon beau-père annonça de but en blanc qu'il serait bientôt jugé et qu'il risquait d'être envoyé à la prison d'Askaban. Apparemment la famille était tombée en déchéance, ils risquaient de perdre tout ce qu'ils possédaient. Le moment semblait grave et je fus surprise quand Lucius lança au beau milieu du dîner la phrase :

- « Si je dois être envoyé à Askaban, j'aurais au moins souhaité voir mon petit-fils avant… »

Je restai sans rien dire, au comble de la surprise. Cela ne lui ressemblait pas d'exprimer un quelconque ressenti. Il n'avait encore jamais parlé de ce souhait devant moi, même lors du mariage il m'avait à peine adressé la parole. C'était un homme dont le cœur semblait glacé depuis bien longtemps, toujours réservé, toujours austère. Et voilà qu'il disait qu'il voulait avoir un petit-fils avant d'aller en prison. Sa famille importait donc pour lui malgré ses silences et sa froideur. Est-ce qu' un cœur battait malgré tout sous son masque de rigidité ? Drago semblait encore plus surpris que moi, jamais son père ne l'avait complimenté, jamais il ne lui avait adressé autre chose que des reproches muets, et voilà qu'il annonçait au beau milieu du repas qu'il aurait aimé nous voir parents. C'était comme si pour la première fois, il exprimait son amour pour son fils. Cette simple phrase suffit à nous informer de la gravité de sa situation actuelle. Drago prit un moment après le repas pour parler seul à seul avec son père pendant que je restai avec Narcissa dans le salon. A son tour elle exprima son désir d'être grand-mère sans plus de détour. Je lui assurais vouloir des enfants, dans un moment. Nous venions à peine de rentrer de voyage de noce, avoir un bébé dans ces conditions me paraissait prématuré.

Le soir même après être rentrés chez nous, Drago me demanda que nous essayions d'avoir un enfant. J'acceptais, prise de cours. Il évoqua une multitude d'arguments selon lesquels le moment était idéal pour mener ce projet. J'étais déstabilisée de voir comment ses parents avaient pu influencer son point de vue aussi subitement. Les semaines passèrent, puis un mois et rien ne changea, nous suivions un train de vie rythmé toujours également. Chacun travaillant. Au bout de deux mois, malgré nos tentatives je n'étais toujours pas enceinte et le procès de son père était près de commencer. Cette situation pesait à Drago qui attendait chaque mois de savoir si oui ou non, j'étais enfin enceinte. Il semblait croire qu'avoir un bébé était le seul moyen de sauver son père. Derrière ce désir se cachait aussi son désir d'être enfin reconnu, d'avoir enfin contenté son père et obtenu les éloges qu'il avait attendu toute sa vie. Mais le procès commença et mon ventre refusait encore d'abriter la vie. En vérité je m'en réjouissais, je n'étais pas si pressée d'avoir un enfant alors que la guerre venait de terminer et que les temps étaient à la recherche des adversaires encore libres. Le fait de voir son père sur le rang des accusés fut un grand choc pour mon mari. Pour la première fois, des disputes éclatèrent entre nous, nous étions tendus. J'essayais de parler avec lui pour qu'il exprime ce qu'il ressentait et que notre couple soit plus heureux, mais il se murait dans le silence. Il semblait se tenir responsable de la situation de son père et reporter sa colère sur moi. La grossesse qui n'arrivait pas était l'objet de fréquentes disputes. Le procès dura trois longs mois durant lesquels nous nous éloignâmes l'un de l'autre, au point où Drago découcha. Je passais la nuit en proie à des angoisses, me demandant où diable il avait pu aller. Cela se reproduisit plusieurs fois. Puis le jugement fut prononcé : Lucius Malfoy passerait le reste de sa vie en compagnie de la tante de Drago, en prison à Askaban. Narcissa fondit en larme, je la pris dans mes bras dans une tentative de consolation tandis que mon mari serrait les poings, hors de lui. Nous sortîmes de la salle d'audience, Narcissa n'eut même pas le temps de dire adieu à son mari qu'il avait déjà été emmené. Drago prit sa mère dans ses bras et affirma : « J'ai échoué, je suis désolé. ». Après cela, sans me lancer un seul regard, il nous laissa seule.

Ce fut la dernière fois que je le vis. Quelque chose s'était immiscé entre nous et nous avait séparés. Je passais les premiers jours dans l'attente de son retour. La nuit, je me réveillais en sursaut et sanglotais dans le lit vide et froid. Je me dis d'abord qu'il reviendrait, j'avais confiance. Mais une semaine passa et à la tristesse succéda la colère. J'étais hors de moi : comment avait-il pu m'abandonner ? Après tout ce que nous avions vécu ensemble comment osait-il se défiler ainsi. J'eus besoin de parler à quelqu'un, alors je me rendis chez ma cousine. Fleur m'ouvrit la porte avec surprise. Elle me demanda ce que je faisais là, je lui répondis que j'avais besoin de parler. Elle me laissa entrer et me rendre dans le salon où son fils jouait tranquillement dans un coin dédié à ses jeux. Elle préparait un thé, pendant que je restai sur le canapé, le regard perdu vers la fenêtre. Dehors, la pluie tombait en fines goutes. Mes pensées me menaient encore vers mon époux. Où était-il ? Pensait-il à moi ? Lorsque ma cousine revint dans le salon avec un plateau sur lequel étaient posées deux tasses, une théière et un jus de fruit pour son fils.

- « Je suis heureuse de te voir ! Depuis le mariage, presque trois années se sont écoulées. » Commence Fleur.

Je souris au souvenir de ce moment heureux, mais au bout de quelques secondes, une douleur me tord le ventre. J'explique comment depuis notre retour, la situation a changé. Lucius a été condamné, sa femme a dû vendre le manoir et vit dans un petit appartement du centre de Londres, seul bien matériel que le couple a pu conserver. Quant à Drago, depuis que la sentence est tombée, il a tout simplement disparu. Aucune trace de lui ne demeurait dans notre appartement, il ne restait que son bureau fermé à clef. En fouillant dans l'appartement, j'avais trouvé une boite contenant des photos de moi et Ron ainsi que des lettres de sa main qui m'étaient adressées. Apparemment il avait essayé de me contacter, et mon mari avait intercepté ses lettres et les avaient cachés loin de ma vue. Est-il possible que mon mari m'ait quitté par jalousie ? Je cherchais sa trace dans les placards de l'appartement mais tout ce qui restait était le t-shirt aux couleurs des serpentards qu'il m'avait donné comme pyjama dans le cottage de Pansy. Il ne restait rien d'autre. Face aux placards vides, je me sentis vide et seule à mon tour. Comment avait-il pu m'abandonner ainsi alors que sa situation n'avait jamais été difficile. Je regrettais de ne pas être à ses côtés. Fleur écouta mon récit sans me juger et tenta de me consoler de ma tristesse. Trois longues semaines de solitude plus tard, je rencontrais Ron par hasard dans la rue.

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