Clairière de Wigtown- Écosse -

Juillet 1993

- Concentre-toi !
- Je ne fais que ça !

Un combat des plus ardents se déroulait dans une des clairières de la ville de Wigtown. Un combat entre un professeur et son élève, entre Remus et Lucy. Ce dernier avait acquis une patience depuis sa très jeune enfance. Mais là, il devait s'avouer vaincu par le caractère de la dernière des Beckett. Malgré ses treize ans, elle avait un caractère de loup, selon les dires de Remus. Insupportable, têtue, impatiente, lunatique, sensible, impulsive, colérique. N'arrivant pas à gérer encore toutes ses émotions dues à son jeune âge, les cours que lui donnait Remus n'étaient que peu fructueux. Il avait promis à Albus de continuer d'aider Lucy à maitriser ses transformations, mais celle-ci n'était pas motivée.

- Il fait beau, chaud, j'en ai assez de travailler, se plaignait-elle.
- Tu t'es transformé devant ta soeur, car elle t'avait pris une de tes affaires. Alors, au boulot, jeune fille.
- C'est arrivé qu'une seule fois, bouda Lucy.

Malgré tous les défauts de la miss Beckett, Remus appréciait énormément Lucy. Ainsi, il ne put s'empêcher de rire à sa dernière phrase. Il avait tendance à oublier qu'elle n'avait que treize ans, et que son pouvoir n'était pas aussi grand que son dernier élève : Harry Potter.

- Tu t'es entrainée avec ta soeur comme je te l'ai demandé ?
- Non, dit-elle, tout en hochant les épaules.
- Pourquoi ? Tu te mets souvent en colère quand ce sujet arrive, cela t'aidera à contrôler ...
- Arrêtez, coupa Lucy. Ma soeur n'existe plus pour moi.
- Vous étiez proches avant, non ?
- Oui...
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Sa relation avec sa soeur était un sujet sensible pour la jeune fille. Même à Cormac, elle en parlait peu. « À quoi bon », se disait-elle. Lucy savait que c'était tout autant de la faute de sa soeur que de la sienne si leur relation s'était dégradée. Chacune avait ses tors dans cette histoire. Lucy en voulait à sa soeur pour ses promesses non tenues. Mais aussi, pour l'avoir laissée seule pendant qu'elle était à Poudlard, profitant de chaque instant, laissant Lucy sombrer dans les ténèbres de la solitude de plus en plus pesante.

Lucy se souvenait très bien du départ de sa soeur pour Poudlard, attendant chaque jour une lettre qui n'arriva jamais. Chaque soir, en rentrant des cours, elle se mettait à la fenêtre de sa chambre et attendait une lettre. Les deux premières semaines, elle en reçut presque dix. Les deux autres semaines plus tard, plus que cinq. Et au fur et à mesure des jours, le nombre de lettres diminua, ainsi que le sourire de Lucy. Deux mois et demi passèrent et Lucy ne reçut plus de lettres de sa soeur. Elle n'avait des nouvelles d'Aliénor que grâce à ses parents qui eux en recevaient. Bien sûr, dans l'esprit d'Aliénor, elle ne faisait rien de mal, ne pensant pas dans quel état était sa soeur lors de son absence. Comment aurait-elle pu deviner ? Lucy avait appris à mettre une carapace autour d'elle, avait appris ce que « solitude » voulait dire ainsi qu'« abandon » d'une personne qu'elle aimait. Ainsi, elle s'était tue. Sans jamais rien dire à personne. Aliénor fut donc plus qu'étonnée de voir lors de son retour de Poudlard une soeur distante avec elle. Ce fut la première brisure entre les soeurs. Lucy n'avait jamais pardonné ni oublié. Essayant de temps en temps de renouer le contact, ce fut généralement un échec dû à une peur. Une peur que tout recommence, une peur d'être à nouveau abandonnée. Chose qui se reproduisit à chaque départ d'Aliénor, un nouveau couteau dans le coeur de la petite fille.

Quant à Aliénor, elle était plus que ravie de ses cours à Poudlard, et elle n'avait pas conscience de la gravité de sa distance. Si elle écrivait de moins en moins, ce n'était pas dû à une méchanceté quelconque ou une vengeance. Mais par simple oubli. Trop préoccupée par ses cours, les farces qu'elle faisait avec ses meilleurs amis, les devoirs. Sa vie moldue n'était que trop loin pour penser à la recontacter que plus souvent.

Une soeur aimant la magie. Une soeur détestant la magie.

Lucy en voulait également à la magie tout entière. Nombreuses furent les fois où elle s'était dit qu'elle aimerait être normale, comme ses parents. Mais non, le destin avait voulu que sa soeur et elle soient sorcières. Au lieu de les rapprocher, ce fut le contraire. Lucy devait être l'une des rares élèves à préférer le monde moldu à celui des sorciers, à avoir hâte de quitter Poudlard pour retrouver sa chambre, son monde, son antre à elle.

De plus, elle ne l'avouera jamais, mais lorsqu'elle n'était qu'en première année, elle avait déjà presque franchi les limites entre la magie blanche et la magie noire. En effet, sa haine était si grande pour la magie qu'un soir, elle s'introduisit dans la réserve pour aller chercher des livres de magie noire. Bien sûr, de son jeune âge, elle n'avait pas encore pris conscience de ses actes. Mais la petite fille ne voulait qu'une seule chose : retrouver sa soeur, et pour cela, elle ne voyait qu'une seule solution, celle de priver de pouvoir sa soeur et elle. Elle pensait que cela suffirait pour pouvoir rentrer chez elle en compagnie d'Aliénor. Une bonne heure plus tard, elle trouva le livre qu'elle cherchait, mais son expérience ainsi que son pouvoir étant trop faibles, elle abandonna son projet. La potion demandait beaucoup de choses qui lui étaient inconnues, mais surtout, elle demandait un coeur humain. Lucy s'était toujours demandé pourquoi Poudlard avait ce genre de livre dans la réserve. Pour elle, cela incitait beaucoup trop les élèves à exercer la magie noire. Néanmoins, au fond d'elle, elle était contente de voir un autre aspect de la magie. Un aspect qui correspondait à son état d'esprit si noir.

- Lucy, tu as une capacité, un pouvoir que j'ignore. Même qu'Albus ignore. Il faut t'entrainer pour te transformer que quand tu le souhaites.
- C'est un comble, c'est un loup-garou qui me dit cela, murmura-t-elle.
- Tu n'es pas réellement un animagus, tu n'es pas non plus un loup-garou, continua-t-il.
- Traitez-moi de monstre, tant que vous y êtes !
- Lucy, j'ai des amis qui sont des animagus. Enfin, c'est une longue histoire. Pour cela, il a fallu beaucoup de pratique, beaucoup de maitrise et des sorts compliqués. Je ne connais personne qui soit animagus depuis sa naissance, car c'est un apprentissage complexe.
- Peut-être qu'une personne dans ma famille l'était, cela s'appelle les gènes, professeur.
- Cela n'est pas aussi simple que ça, Lucy.
- Je suis une personne normale !

Une des faiblesses de la jeune Lucy Beckett était sa « non-normalité ». Dû à cela, ses parents n'apprirent pour sa condition que depuis un mois. Albus Dumbledore avait insisté pour qu'ils l'apprennent, vu que Remus allait venir lui donner des cours particuliers. Lucy ne voulait parler à personne de sa condition. En effet, au fond d'elle, elle niait tout cela. Avouer qu'elle pouvait se transformer en loup, c'était comme crier haut et fort qu'elle était différente, qu'elle était une sorcière. Bien sûr, à son retour de Poudlard, elle eut le droit à des cris, des hurlements, des punitions de ses parents pour avoir caché ce lourd secret. Mais ce qui pouvait rassurer cette dernière, c'est que sa soeur eut le droit à la même scène, étant au courant du secret de sa soeur, depuis presque trois ans. Mais le pire, c'est quand ils apprirent que Luinil, la mère de Nixie Beckett, était au courant depuis bien des années auparavant. Luinil avait tout de suite remarqué une différence chez Lucy au moment ou elle était venue au monde : une petite tache se trouvant sur son poignet représentant une demi-lune. Le pourquoi du comment ? La grand-mère avait préféré se taire, en disant simplement qu'elle l'avait lu dans un livre. Ainsi, les deux premières semaines de juillet furent compliquées pour la famille Beckett au niveau de la confiance, mais petit à petit, chacun oublia, voulant passer à autre chose.

Lucy et Remus s'affrontèrent à nouveau du regard, lorsqu'Aliénor, âgée de quinze ans arriva vers eux.

- Bonjour, Remus ! Quel plaisir de vous revoir, je suis encore choquée de votre démission, vous allez nous manquer..
- Bonjour Aliénor, lui sourit-il.
- Les parents m'envoient pour vous inviter à diner ce soir, quand vous aurez mis une laisse à ma soeur, bien entendu.

Un grognement sortit de la bouche de Lucy, qui fut réprimandée par un regard noir de son professeur. Remus accepta volontiers.

- Reprenons, se tourna Remus vers Lucy une fois qu'Aliénor fut partie.
- Je n'en ai plus envie ...
- Aliénor est quelqu'un d'intelligent, mais elle est parfois maladroite dans ses propos. Oublie ce qu'elle a dit. Sers-toi au contraire de ce que tu ressens pour te transformer. Respire, inspire. Plonge en toi, en ce que tu ressens et trouves le moyen de te transformer et d'utiliser une autre émotion pour t'empêcher de le faire.

Le diner chez les Beckett se passa tranquillement. À chaque fois que Remus venait aider Lucy, ses parents n'avaient qu'une envie : avoir des réponses au changement de leurs filles. Était-ce normal ? Pourquoi elle et pas Aliénor ? Était-ce dangereux ? Malheureusement, Remus n'avait aucune réponse, mais leur jura d'en découvrir un peu plus là-dessus.

Seule Aliénor ne cherchait pas à avoir des réponses à ce mystère. En effet, il y a deux ans de cela, lors d'un séjour chez sa grand-mère, elle découvrit une vérité qui la rongea petit à petit. Une vérité qu'elle n'avait pas osé avouer, et encore aujourd'hui. Elle avait découvert dans une armoire des lettres entre sa grand-mère et son grand-père maternel. Ce dernier était supposé être mort lorsqu'elle n'avait que deux ans. Ainsi, ce fut par un cri étouffé qu'Aliénor paniqua. Mais ce qui lui fit encore plus peur, ce fut le mot « sinistros » employé pour parler de la condition de Lucy. La jeune Aliénor perdit toute envie d'aider sa soeur dans sa maitrise de sa transformation; elle ne savait que très peu de choses sur le sinistros, mais généralement, cela n'était pas de très bon augure. L'ainée des Beckett apprit également que son grand-père est un loup-garou, ou fut un loup-garou ? Elle ne savait pas s'il était encore en vie aujourd'hui, elle pensait que oui, mais elle n'avait aucune preuve. La condition de son grand-père permit à la jeune fille de faire le lien avec les changements en loup de sa soeur. Toutefois, malgré son courage de Gryffondor, Aliénor avait peur de toutes ces vérités, toutes ces questions du pourquoi et du comment, alors se taire fut pour elle la meilleure solution.

À la fin du repas, Aliénor et Remus firent la vaisselle, tandis que les parents Beckett rangèrent la table. C'est en voulant aider sa soeur et son professeur à nettoyer les assiettes que Lucy surprit une conversation qui la bouleversa.

- Avec ma soeur, c'est compliqué professeur, commença Aliénor.
- Je le sais bien, mais ton aide lui ferait du bien. Ce n'est pas prudent qu'elle n'arrive pas à gérer ses transformations.
- Avant, comment elle faisait ? Dit-elle en roulant des yeux.
- Les tourments d'une jeune enfant de cinq ans ou de huit ans ne sont plus les mêmes à treize ans. Surtout pas à l'adolescence. Les émotions prennent le contrôle de ton être, et tu as une immaturité qui t'empêche de gérer cela. Les émotions sont la faiblesse de ta soeur concernant ses transformations.
- Croyez-moi, ma soeur ne ressent rien. C'est un monstre, autant dans ses transformations que dans ses sentiments. Ce n'est plus mon problème. Elle ne devrait même pas se transformer, on devrait lui enlever ce pouvoir. C'est trop dangereux pour une personne comme elle.

« C'est un monstre », « c'est un monstre ». Lucy se répéta sans cesse cette phrase dans sa tête, et ce fut avec horreur qu'elle quitta la maison familiale en courant.
C'est ainsi que Lucy décida d'utiliser la souffrance pour se transformer, ainsi que la colère accompagnée d'une grande solitude pour rester humaine. C'est alors qu'en cette soirée, elle se transforma en hurlant de souffrance. Un cri qui sera au fur et à mesure des années de plus en plus rare, mais lorsque celui-ci atteint le ciel, il n'en est plus que douleur. À partir de ce jour, Lucy, ayant construit une carapace, en construit une encore plus grande et impénétrable. Si Aliénor pensait qu'elle ne ressentait rien, alors elle allait se comporter ainsi.

Néanmoins, si Lucy était restée jusqu'au bout à écouter la discussion, elle aurait appris une chose : la peur de sa soeur.

- Tu ne penses pas cela, continua Remus.
- Bien sûr que non, soupira Aliénor. D'accord, parfois je suis jalouse, j'aimerais avoir ce pouvoir. Mais j'ai peur pour elle. Lucy est lunatique, susceptible, et sensible au fond d'elle .. Ce pouvoir va la détruire.
- Tu as l'air sûr de toi ? S'étonna Remus.
- Croyez-moi, ce pouvoir va mettre sa vie en danger. C'est ma soeur, et quoiqu'il arrive, je l'aime. Malgré nos disputes. Je ne veux que la protéger. J'ai eu divination lors de ma troisième année, et Trelawney a prononcé le mot " sinistros " pour parler de moi ou de Lucy. C'est évident que c'est Lucy !
- Elle l'a employé aussi cette année pour ... Un ami, et les malheurs prédits le concernant ne sont pas arrivés. Ne t'inquiète pas pour ta soeur. J'ai beau respecter Sybille, elle n'est pas très douée concernant les prémonitions.
- Elle a prédit la mort du lapin de Lavande, cela s'est réalisé ..

Remus rigola, ce qui surprit fortement Aliénor. Peu de temps après, il reprit son sérieux.

- Lucy a la protection de Rogue et la mienne. Ta soeur ne risque rien. Elle a même celle de Dumbledore qui la surveille de près.
- Vous avez sans doute raison ...

Remus sourit, fier d'avoir réussi à convaincre Aliénor, du moins pour ce soir. Il fut cependant étonné de la réaction d'Aliénor, se demandant au fond de lui ce qu'elle savait réellement ...
Le soir même, lorsqu'il fut rentré, il entama ses recherches concernant les animagus et les loups-garous.