Il fallut une semaine complète à Faith pour totalement s'intégrer, et une semaine de plus pour qu'ils lui fassent confiance, et la croit totalement inoffensive. Il était donc temps qu'elle passe à l'action. Elle arriva le matin comme à son habitude à 10h55, se changea puis commença lentement son service. Le premier client à arriver attira son attention, indéniablement. Son âme était pure, mais pas comme celle de Snake ! Il n'y avait pas cette innocence et naïveté qui rappelait celle s'un enfant. Non, elle était sage, réfléchie et mature, sans une tâche de noirceur. Était-il réellement possible de posséder une telle âme ? Le propre de l'homme était pourtant de trahir, mentir, envier et désirer... Comment un homme avec une âme si pure avait-il pu survivre dans cette société ? C'était une question qui l'intriguait beaucoup...

Tu pourrais dévorer cette âme... Il est rare d'en croisait une aussi appétissante, proposa alors une voix dans sa tête.

Mais elle secoua vivement la tête. Non ! Sa première âme serait celle d'une personne cruelle, avait-elle décidé. Ainsi, en se transformant en monstre, elle débarrasserait le monde d'un autre monstre. Elle en avait décidé ainsi durant les deux derniers mois, réalisant qu'elle ne pouvait échapper à son destin sans mourir, et qu'elle n'était pas encore prête à quitter ce monde.

Elle se secoua enfin, allant prendre sa commande.

- Bonjour Monsieur, avez-vous choisi ?

- Que me conseillez-vous ? Demanda-t-il avec un sourire charmeur.

Inconsciemment, elle rougit avant de se reprendre.

- Les spaghettis au pesto de notre chef sont assez réputées, et en viande, je vous recommande vivement notre steak de cerf.

- Eh bien je vous fais confiance ravissante demoiselle, et je vais prendre des spaghettis au pesto avec un steak de cerf saignant, s'il vous plait. Et pour le vin, apportez-moi l'une des meilleures bouteilles, je vous prie.

Elle récupéra la carte du menu et partit envoyer la commande en cuisine avant de ramener la bouteille de vin qu'il voulait. Elle l'ouvrit, puis le servit poliment avant de poser la bouteille dans un bac à glaçons. Elle allait ensuite repartir quand il l'interpella.

- Pardonnez mon impolitesse, mais pourrais-je connaitre votre prénom ?

- N'est-il pas de courtoisie que de se présenter avant de demander le nom de quelqu'un ?

- Vous avez raison, je manque à tous mes devoirs. Je me présente, Léopold pour vous servir, s'exécuta-t-il en lui faisant un baisemain.

- Enchantée, je m'appelle Marie, répondit-elle à nouveau en rougissant.

Elle était assez intriguée par son propre comportement. Pourquoi rougissait-elle ainsi, et pourquoi flirtait-elle avec cet homme qu'elle ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam ! C'était étonnant. Elle ne s'était jamais sentie aussi à l'aise avec un homme auparavant. Et en même temps, elle avait l'impression qu'il manquait quelque chose.

- Vous travaillez ici depuis longtemps ? Continua à la questionner Léopold.

- Non, ça ne fait que deux semaines...

- C'est pour ça que je ne vous avais jamais croisée avant ! Vous verrez, je viens ici assez souvent ! Affirma-t-il avec un clin d'œil

Elle ne savait pas trop que répondre à cette répartie. Visiblement, lui aussi la draguait... Un coin de son esprit pensa alors, qu'heureusement pour elle, Sebastian n'était pas là. Entre son comportement et celui de l'homme en face d'elle, il aurait certainement exigé des explications, et l'aurait à nouveau poussée dans ses retranchements, jusqu'à qu'elle avoue qu'elle le préférait lui à cet inconnu qui la draguait.

Elle secoua la tête. Il n'était pas temps de penser à cela, mais plutôt à son enquête. Il avait dit venir souvent, elle aurait donc pu le soupçonner d'avoir des affaires illégales avec le restaurant, mais son âme ne correspondait pas au profil. Elle se posa alors une question essentielle : était-il possible d'avoir une âme pure, sans pour autant être totalement pure ? Une seule personne pouvait répondre à coup sûr à cette question, toutefois, elle n'avait pas particulièrement envie de le voir. Elle se doutait qu'après deux semaines sans le voir, elle aurait du mal à taire ses émotions en sa présence. Elle préféra donc tout d'abord tenter sa chance auprès d'un allier qui aurait peut-être la réponse.

C'est ainsi, qu'à 23h, une fois son service achevé et une fois rentrée rapidement pour prévenir Aghni, elle se rendit à pied chez Undertaker. Elle n'avait pas encore eu l'occasion de retourner lui parler, et c'était là, la chance qu'elle attendait. Elle toqua à la porte un peu timide, et attendit patiemment, les bras croisés pour se réchauffer. Elle aurait dû prendre une veste, se maudissait-elle.

La porte devant elle s'ouvrit bientôt sur le croque-mort aux cheveux gris, qui sembla surpris de la voir.

- Jeune maîtresse, que faîte-vous dehors à une heure si tardive, et si peu couverte ? Vous allez attraper froid ! Entrez vite !

Il lui permit ensuite d'entrée et lui donna une couverture avant de préparer du thé pour la réchauffer. Il se posa ensuite en face d'elle, pour discuter, lui laissant le plaisir de commencer.

- J'ai une question à te poser, et j'aimerai bien te parler un peu, n'ayant pas eu l'occasion de le faire plus tôt.

- Je vous écoute, jeune maîtresse.

- Premièrement, saurais-tu s'il est possible pour un humain d'avoir une âme pure tout en ayant commis des actions illégales ?

- Tout dépend de la gravité des actions. Si elles sont insignifiantes, ou de moindre importance et commises durant l'enfance, alors je pense que l'âme ne doit pas être tâchée. Mais, je ne suis pas sûr et je ne peux te répondre mieux, n'ayant jamais vue d'âme de toute ma vie.

- Je comprends... Ce n'est pas grave, je lui demanderai, ajouta-t-elle tout bas, pour elle-même.

- Tu voulais me demander autres choses ?

- Plusieurs choses en fait... Saurais-tu s'il existe des portraits de mes parents ?

- Je crains qu'il n'ait été tous brûler, avec le château.

- Le château ?

- Manoir ! Je voulais dire manoir !

- Undertaker, me cacherais-tu quelque chose ? Et ne tente pas de me mentir, souviens-toi que ton âme est bien visible à mes yeux.

- Je ne veux pas vous mentir, je pense simplement qu'il est encore un peu tôt pour cela !

- Je pense au contraire que c'est le bon moment ! Dans moins d'un an, je serais un démon adulte, c'est une certitude, et dans un mois je serais mariée ! Je pense que je suis donc en mesure d'écouter ce que tu as à me dire !

- Même si cela devait mettre votre vie en danger.

- J'ai l'impression que ces derniers mois, la mort est une bonne amie... Il y a encore trois semaines, je me faisais tirer dans le poumon droit lors d'une enquête. J'ai frôlé la mort...

- Mais dans ce cas vos adversaires n'étaient qu'humains ! Savoir ce que je sais vous expose à des adversaires bien plus puissant.

- Je n'ai pas peur, Undertaker ! Je veux juste connaitre mon passé !

- Si vous insistez... Vous vous souvenez que je vous ai dit que vos parents étaient des nobles du royaume démoniaque ?

- Oui...

- Ce n'était pas tout à fait exact. Vos parents étaient les monarques démoniaques. Ils dirigeaient les autres démons et faisaient respecter l'ordre au royaume démoniaque et en-dehors. Ils étaient puissants et respectés, mais comme tous monarques, ils étaient aussi jalousés. L'ange-déchu qui les a trahis et l'attaque des anges n'étaient qu'un complot orchestré par un être plus sombre encore, un duc qui rêvait depuis longtemps de prendre leur place. Je suis désolé de vous l'avoir caché, c'était simplement pour vous protéger.

- Je comprends, Undertaker... Merci de m'avoir enfin tout dit.

- Comptez-vous vous venger ?

- Une partie de moi souhaite faire disparaître l'être ignoble qui s'en est pris à mes proches, mais l'autre partie, plus raisonnable, pense aux conséquences qui en résulteraient. Si je venais à le tuer, je devrais probablement prendre sa place sur le trône, or, je ne suis pas encore assez expérimentée, et je n'ai pas assez vécu pour assumer une telle responsabilité. Je serais une cible facile et un mauvais monarque, ce qui n'est pas souhaitable. Il vaut donc mieux que pour l'instant, je gagne de l'expérience en vivant ma vie avant de faire un choix aussi capital.

- Ce sont là des paroles très sages, jeune maîtresse. Sachez que je serais toujours là pour vous soutenir, peu importe votre choix

- Merci, très cher précepteur. Pouvez-vous me parler un peu plus de mes parents maintenant ?

- Avec joie.

Et pendant deux longues heures, ils discutèrent des parents de Faith, de la vie au château, et de son court séjour au château en tant que bébé. Apparemment, elle avait un succès fou auprès des domestiques qui la trouvaient tous trop mignonne et adorable.

Leur conversation ne s'acheva que très tard dans la nuit, et Undertaker, insista donc pour la raccompagner, voulant s'assurer de sa sécurité. Elle arriva vers deux heures du matin à son logement temporaire, et ses yeux se fermaient progressivement tous seuls.

- Allez vous reposer, jeune maîtresse. Et prenez soin de vous.

- Toi aussi Undertaker, prends soin de toi, et n'hésite pas à me contacter !

- C'est valable pour vous aussi, n'hésitez pas à me rendre visite, j'en serai toujours ravi !

Il la prit ensuite dans ses bras, lui caressant les cheveux comme à une enfant, puis il lui embrassa le front avant de la laisser. Elle le regarda s'éloigner en souriant, puis rejoignit sa chambre, épuisée. Elle s'effondra sur son lit, n'ayant même pas le courage de se changer, désirant simplement dormir, quand une voix surgit derrière elle.

- Puis-je savoir ce que vous faisiez seule avec Undertaker.

- Sebastian...

Elle se redressa, s'asseyant sur son lit, et regardant l'homme qui une fois de plus s'était introduit dans sa chambre. Il la fixait, attendant toujours une réponse.

- J'avais des questions à lui poser.

- Quelles questions ?

- Quelque chose en rapport avec mon enquête, et autre chose en rapport avec ce qu'il m'a dit la dernière fois.

Les yeux du démon se plissèrent alors et il s'approcha d'elle, lentement. La première idée qui vint à l'esprit de Faith quand elle le vit faire, ce fut : un prédateur en chasse. Oui, c'était exactement ça. Il agissait actuellement comme un prédateur en chasse, et elle était la proie...

- Et que vous a-t-il dit la dernière fois ?

- C'est entre Undertaker et moi.

- Vous croyez vraiment que vous pouvez me cacher cela ?

Elle ne répondit pas, tentant de s'éloigner un maximum de lui, sans bouger de sa place, ne voulant pas lancer la chasse. Son visage se rapprocha, ne se trouvant bientôt plus qu'à quelques centimètres d'elle.

- Comptez-vous me répondre, ou dois-je vous y contraindre ? Demanda-t-il, la voix lourde, et ses yeux devenant rouges.

- Ok, ok, je vais tout te dire, mais éloigne toi un peu ! S'exclama-t-elle, finalement, en détournant la tête, le visage rouge.

Il s'éloigna un peu pour lui laisser de l'espace, et tira la chaise qui se trouvait devant la coiffeuse, afin de s'asseoir en face d'elle. Il la fixa ensuite, attendant qu'elle parle. N'ayant pas le cran de lui faire face, elle commença ses explications, sans le regarder.

- Il y a deux mois, Undertaker m'a appris qu'il connaissait mes parents. Mes parents étaient des nobles du royaume démoniaque, et il travaillait pour eux en tant que domestique. Après ma naissance, ils avaient fait de lui, mon précepteur. Mes parents avaient apparemment l'habitude de recueillir les êtres surnaturels dans le besoin, et ils avaient en autres pris un ange déchu comme domestique. Malheureusement, cet ange déchu, pris dans une machination plus grande et avec l'aide d'anges, les a trahis, attaquant leur logement dans le monde des humains, y mettant le feu, rendant plus difficile leur fuite. Pour me protéger, ils sont restés en arrière, permettant à Undertaker avec moi pour me mettre en sécurité. Voilà tout ce qu'il m'a dit à ce moment-là...

- Mais vous en savez plus maintenant, insista le démon.

Elle releva enfin le regard, l'affrontant tant bien que mal pour lui répondre.

- Oui... Quand il m'a donné leur nom la première fois, je n'ai pas réagi, parce que je ne connais pas ce monde, mais en te le donnant, je suppose que tu comprendras... Mon véritable nom de famille est Constantin.

Pour la première fois de sa vie, la lady vit le visage de Sebastian se déformer de surprise. Ses yeux devinrent ronds, sa bouche s'ouvrit et il se figea un instant.

- Mais c'est...

- Le nom des précédents monarques démoniaques, compléta-t-elle.

Le vieux démon n'y croyait pas. La mort des monarques lors d'une attaque d'anges avait été une véritable tragédie, et celui qui avait pris leur place n'avait jamais pu les remplacer. Il n'avait pas leur prestance, ni leur instinct, et il était tout sauf juste. Il était critiqué par de nombreux démons, et n'avait que peu de soutien auprès des nobles. Toutefois, la nature des démons faisait, qu'aucun n'avait tenté de le détrôner, bien trop occupé à gérer leurs affaires ou à chasser des âmes. De plus, le roi n'avait pas un trop grand pouvoir, son incompétence n'avait donc pas une grande influence sur leur vie.

- Je suppose que c'est une des choses dont vous avez parler ce soir, mais pas la question que vous vouliez lui poser. Alors, quelle est-elle ?

A nouveau, ses mains tremblèrent, et elle dut les occuper pour qu'il ne le remarque pas.

- Je voulais savoir s'il était possible pour quelqu'un de posséder une âme pure tout en aillant commis des actions illégales. Mais il n'a pas pu me répondre.

- Je peux vous le dire, moi, c'est impossible. Maintenant, je dois vous demander : pourquoi avoir posé la question à un dieu de la mort, quand vous auriez pu la poser à un autre démon, moi ?

Son regard se fit à nouveau fuyant, et elle se mit à bégayer. Sachant qu'il avait trouvé là une faille, il se leva à nouveau et s'approcha d'elle lentement, appréciant le léger rougissement qui était réapparut sur ses joues.

- Je... Je ne voulais pas te voir !

- Et puis je savoir pourquoi ? Continua-t-il à la questionner en s'approchant toujours plus près d'elle, la tête au niveau de sa nuque.

- Je... Je ne sais pas !

- Menteuse, souffla-t-il, la faisant frissonner.

- Je... Je...

- Je vous écoute, my lady, s'entêta-t-il, déposant un léger baisant dans son cou, la faisant lâcher un petit couinement.

- Je... Je pense... que... je commence à avoir des... sentiments pour toi ! Lâcha-t-elle, le visage d'une belle couleur cramoisie.

Un sourire se dessina sur le visage du démon. Il avait eu ce qu'il voulait. Il s'éloigna donc un tout petit peu, pour revenir à son visage, et avancer vers ses lèvres attendant son approbation. Il l'embrassa ensuite, appréciant le fait qu'elle lui réponde enfin.

L'instant d'après, il disparut de la pièce, non sans lancer un : « Je reviendrai, ma bien aimée ».