Bonjour bonjour !
Voilà un nouveau chapitre pour bien commencer la nouvelle année, MOUAHAHAHAHAHAH !
Accrochez vos ceintures, car on démarre sur les chapeaux de roue et bonne lecture !
Disclaimer : Tout appartient à Oda, sauf les OCs.
À faible cœur, corruption facile
Le cœur d'Émeraude battait à tout rompre dans sa poitrine, alors que sa main était serrée sur le manche de la dague à sa hanche. Devant elle, Laufey aidait Jørgen à se redresser, déséquilibré par la chute d'un mur. Sous leurs pieds, la neige si blanche du début de journée avait été noircie par les passages et rougie par le sang. Elle savait que si elle tournait le regard quelques mètres vers sa gauche, elle verrait un cadavre sans tête qui lui donnerait des haut-le cœurs. Mais elle ne pouvait pas se permettre d'être malade, pas maintenant.
Son amie prenait aussi sur elle, mais la jeune femme la voyait bien trembler de tous ses membres, ses pupilles dilatés par la peur. Depuis le début de l'attaque de Verschlingers sur la cité, elle luttait contre sa terreur panique, mais s'ils tombaient sur l'un des monstres anthropophages, l'ancienne noble craignait que sa façade ne s'effondre et qu'elle reste paralysée sur place.
De toute façon, elle le saurait bien trop vite.
— Si ce mur s'est effondré… commenta Jørgen sans terminer sa phrase.
Elle hocha la tête, alors que la blonde resserrait ses doigts sur son arme, un fusil de chasse semi-automatique. Il était plutôt rare que les Chasseurs emploient une telle arme, difficile à entretenir et à utiliser avec le froid ambiant. Mais Grim avait considéré qu'il s'agissait de la meilleure arme possible pour elle, grâce à son excellente vision, son calme en presque toute circonstance et le soin presque maniaque qu'elle apportait à l'entretient des armes qu'ils utilisaient à l'entraînement.
— On devrait tenter de retrouver Grim, souffla Laufey. Et...
Émeraude esquissa une grimace lorsque l'inquiétude fit briller les orbes bleues. Elle devait s'inquiéter pour son petit frère. Elle comprenait les sentiment, elle le partageait pour les jumeaux. Heureusement que Law savait parfaitement se débrouiller et que Bepo était en mer, encore, ou elle aurait le ventre encore plus noué par l'angoisse de n'avoir aucune nouvelle de ses proches et aucun moyen de les contacter. Si seulement ils n'avaient pas perdu de vue Grim en sortant de la Guilde… Certains adultes utilisaient des Escargophones pour relayer l'avancement et l'emplacement des trois serpents qui arpentaient la ville en semant mort, chaos et destruction.
Un cri horrible déchira l'air, retentissant pendant d'interminables secondes, avant de s'éteindre brutalement. Laufey lâcha un hoquet de terreur et s'effondra dans la neige, les doigts serrés sur la crosse de son arme et les yeux perlées de larmes.
— Je… Je peux pas, je peux pas, on va tous mourir ! lâcha-t-elle.
La si fière adolescente était réduite à une masse sanglotante et ce constat attrista la détentrice du Fruit du Coyote. Elle partagea un long regard avec le roux, qui haussa les épaules, ignorant comment calmer la blonde. Ils ne pouvaient pas la laisser en arrière, mais la tirer derrière eux serait une erreur tactique à ne pas commettre. Puis Jørgen leva soudain un doigt, le visage lumineux, comme s'il venait de trouver une solution.
— Tu préfères que les Verschlingers tombent sur Arzack ?
L'étrangère esquissa une grimace sous la violence des propos. Elle n'aurait peut-être pas eu le cran de dire les choses aussi cash. Elle partageait les inquiétudes de Laufey, au contraire de Jørgen qui était fils unique de deux Chasseurs. Ils étaient moins sans défense que le nouvel apprenti de Law.
Mais au moins, cela remit d'aplomb la jeune Chasseuse. Elle écarquilla les yeux, avant d'effacer d'un geste rageur ses larmes du revers de son bras. Elle se releva difficilement et en tremblant, mais une lueur nouvelle éclairait son regard et rassurait ses camarades. Elle ne les lâcherait pas.
— On doit retrouver un Chasseur, décida Émeraude en consultant du regard ses deux complices. Il pourra nous expliquer la marche à suivre.
Ils acquiescèrent et cette fois, quand de nouveaux cris, plus proches, déchirèrent l'air, la blonde ne s'effondra pas, même si elle tremblait. Le garçon de la bande posa sa main libre sur son épaule, tenant son harpon prêt à être utilisé de l'autre. L'ancienne noble ferma les yeux, se concentrant sur ses sens exacerbés pour tenter de contourner le serpent géant qui rôdait dans les environs. L'odeur du sang lui montait à la gorge, emplissant sa bouche, accompagné de l'odeur fétide des cadavres, celle âcre de la peur, puis celle plus animale, presque humide, qu'elle reliait aux animaux anthropophages. La ville n'était pas un seul instant silencieux, il y avait les pleurs, les cris, les glissements de corps dans la neige...
Les glissements ?
Elle ouvrit immédiatement les yeux après avoir repéré d'où venait le bruit, avant de prendre par le bras ses deux camarades et de courir dans la direction opposé, peu disposée à affronter un Verschlinger. Un seul lui avait suffit et elle ne tenait pas à sacrifier un de ses amis pour rester en vie, cette fois.
Elle entendait encore les hurlements de Sacha et ses supplications dans ses cauchemars alors même qu'elle ne l'appréciait pas. Elle refusait qu'il soit remplacé par Laufey ou Jørgen, elle ne le permettrait pas !
Pourtant, le glissement se rapprochait de plus en plus et quand un sifflement puissant manqua de lui transpercer les tympans, elle comprit qu'ils ne pourraient pas lui échapper. Elle ferma brièvement les yeux, réfléchissant à toute vitesse, avant de jeter un regard à ses deux camarades.
Elle refusait de les voir mourir.
Émeraude les poussa alors dans une ruelle adjacente en leur criant de trouver Grim ou Law, avant de se retourner et de se transformer à moitié alors que le monstre n'était qu'à quelques mètres. Ses avant-bras et ses jambes devinrent celles d'un coyote, tandis que deux oreilles poilus transperçaient sa chevelure verte. Elle espérait que les habitants avaient évacués vers le port comme il était recommandé en cas d'attaque, ou son mentor risquait de lui tordre le coup pour utiliser ses pouvoirs ainsi à la vue de tous.
Le serpent faisait bien la taille d'un bâtiment, mais cela ne réduisait en rien sa vitesse de déplacement. Son corps était recouvert d'écailles blanches scintillantes et son dos de plaques dorsales osseuses de la même couleur, maculées de sang séché et de restes humains. Il lui semblait même voir une main coincée entre deux plaques.
Elle retint un haut-le-cœur tout en se ramassant sur elle-même tandis que le serpent ouvrait sa gueule, sa langue fourchue pendante et ses crocs acérés prêts à la transpercer. Son haleine fétide la percuta, provoquant un frisson d'horreur dans son échine alors que tous ses instincts lui hurlaient de courir. Elle fronça le nez alors que le serpent se redressait pour fondre sur elle.
Elle sauta sur le côté juste avant que les crocs ne s'enfoncent dans sa chair. Elle grimaça quand elle roula sur le sol dans la neige souillée, avant de se relever d'un bond tandis que l'animal refermait sa gueule dans le vide. Son sang battait à ses tempes et tout son corps était tendu par la peur et l'excitation. Le corps reptilien glissa sur les pavés devant elle, masquant les pâles rayons du soleil, et elle s'aperçut que les écailles du ventre semblaient moins dures que les autres.
Ses bras tremblaient alors qu'elle cherchait une solution avant que le serpent ne fasse demi-tour. Le seul avantage qu'elle pouvait retirer de sa taille, c'était qu'il avait du mal à se déplacer dans les rues. Et même pour eux, démolir des murs étaient compliqués et leur occasionnaient des blessures.
Un sifflement dans l'air lui fit tourner la tête et ses yeux s'écarquillèrent en voyant la queue du monstre s'abattre dans sa direction. Mais un coup de feu retentit et la balle toucha le membre. Le reptile cessa son geste et ramena sa queue derrière lui dans un sifflement de colère. Émeraude lâcha un soupir de soulagement avant de regarder dans la direction d'où venait le coup de feu.
Au milieu de la rue, face au Verschlinger, se tenait bravement Laufey. Elle arma à nouveau son fusil, l'installant à nouveau contre son épaule, tandis que le monstre changeait de cible et s'élançait sur elle. Sans réfléchir, l'ancienne noble sortit ses griffes et sauta sur le dos de la bête au passage, les plantant entre les interstices des écailles pour s'accrocher. Les bords acérés éraflaient ses coussinets, mais elle serra les dents pour ignorer la douleur et rester agrippée alors que le reptile commençait à se contorsionner pour la faire dégager.
Deux nouveaux coups de feu et la bête siffla à nouveau, avant de se redresser de toute sa hauteur pour fondre sur la blonde. Celle-ci prit la fuite de justesse dans une rue perpendiculaire plus petite et le serpent heurta le mur d'une maison en voulant l'attraper. Émeraude se retrouva alors violemment compressé contre les briques en terre cuite et tout l'air contenu dans ses poumons s'échappa brutalement, avant que sa tête ne heurte la surface. Sonnée, elle ne tint pas plus longtemps et s'écroula au sol.
Sa tête lui tournait alors qu'elle cherchait de l'air, ses poumons la brûlaient alors que ses mains redevenues normales tentaient de prendre appui sur le sol glissant. Elle devait se relever rapidement, avant d'être une proie de choix pour la bête. Elle réussit finalement à se redresser en chancelant, avant de voir arriver à sa grande horreur la queue vers elle.
Elle se la prit de plein fouet et fut projetée dans les airs pendant quelques secondes à la fois trop longues et trop courtes, avant qu'elle n'atterrisse violemment sur le sol. Elle réussit protéger sa tête en amortissant le choc avec son bras. Ce dernier craqua sous elle et elle hurla lorsque la douleur parvint à son cerveau, des larmes coulant sans qu'elle ne puisse les retenir. Elle se retourna, dos contre les pavés, sa main gauche venant tâter son bras amoché pour tenter de déterminer les dégâts.
Du sang tâchait ses doigts quand elle le retira et elle était incapable de bouger le bras. Elle songea que Law la tuerait pour s'être mise dans un tel état, avant de reprendre conscience d'où elle se trouvait quand une ombre la recouvrit. Elle fut soudain comme paralysée, alors que le Verschlinger se dressait une nouvelle fois.
Elle était incapable de bouger, terrorifiée, alors que la mort fondait sur elle.
Elle ferma les yeux, priant pour que son aîné lui pardonne d'avoir échoué à se protéger, d'être faible, quand elle entendit soudain un bruit de course, puis une épée qu'on dégainait de son fourreau. Et des tirs. Elle souleva ses paupières, pour tomber sur le visage de Jørgen, visiblement inquiet.
— Espèce de.. de… Tu as de la chance que j'ai trouvé Grim rapidement !
Le ton était lourd de reproches, mais le roux ne perdit pas plus de temps et glissa son bras sous celui valide de l'adolescente pour la relever. Elle aperçut alors son instructeur magnant une épée épaisse à deux mains, maintenant en respect le reptile tueur. Sans doute attendait-il qu'elle soit à l'abri pour battre en retraite, le temps de trouver une stratégie pour l'abattre.
Une balle siffla au-dessus de leurs têtes et elle leva son visage pour entrapercevoir la silhouette de Laufey sur l'un des toits. Jørgen lui souffla d'aller plus vite et elle lui adressa un sourire crispé et douloureux, avant qu'un hurlement de douleur ne les fige sur place. Émeraude lança un regard derrière elle et son sang gela dans ses veines.
Une flaque carmine s'étendait aux pieds de Grim et son bras droit disparaissait dans la gueule du serpent.
Son coeur tomba au fond de son estomac alors qu'elle se figeait de stupeur, la bouche ouverte et les yeux écarquillés. Non. Non. Ça ne pouvait pas être possible, pas leur mentor ! Sans s'en rendre compte, ses yeux virèrent au doré alors qu'elle abandonnait le soutien de son ami. Ça ne pouvait pas être possible ! Elle ne le permettrait pas !
L'odeur du sang lui montait à la tête et son bras lui brûlait alors que ses crocs pointaient. Le Verschlinger arracha alors le membre de son mentor et elle hurla. De rage, de colère, de peur. Son hurlement n'avait pas contre plus rien d'humain et elle se transforma en coyote avant de sauter sur la tête du reptile, toutes griffes dehors, dominée par un unique instinct.
Personne ne touchait à sa meute. Et dans sa tête, seule restait la pensée de tuer.
Les griffes de sa patte avant gauche trouvèrent les interstices des écailles et, pour se maintenir puisque son autre patte était hors service, ses crocs se plantèrent à travers, coupant l'intérieur de sa gueule comme des dizaines de rasoirs. Un sang âcre, au goût de cendres et de terre, agressa ses muqueuses et son premier réflexe fut un haut-le-cœur, vite oublié quand le serpent s'écroula au sol dans un bruit sourd et un gémissement, soulevant de la poussière.
Son esprit s'éclaircit et elle relâcha sa prise pour retomber maladroitement au sol, reprenant forme humaine. Que venait-il de se passer ?
L'odeur de l'acier, de Law et d'Hadrian lui apporta rapidement sa réponse alors que son bras droit la brûlait et que son corps tremblait violemment, son adrénaline retombant. Le goût du sang se fit plus présent dans sa bouche, alors qu'elle observait le Verschlinger qui leur avait donné tant de mal reposait dans la poussière, tranché en plusieurs morceaux en quelques secondes à peine. Law avait dû récupérer le nodachi que Simen avait gardé rangé dans une malle depuis leur arrivée sur l'île, plus de six ans auparavant.
Un hoquet la secoua alors qu'elle tombait à genoux et elle essuya ses lèvres sanglantes, avant de sentir son aîné arriver vers elle. Elle voulut secouer la tête, lui dire de s'occuper d'abord de Grim, mais elle n'avait même plus la force de parler. D'ailleurs, où était son mentor ? Était-il même encore... ? Non, elle ne voulait pas penser à ça pour l'instant, elle ne le supporterait pas.
Elle releva les yeux pour tomber dans le regard gris angoissé du médecin. Elle aurait aimé lui demander pardon d'être aussi faible, de ne pas être à sa hauteur, mais rien n'arrivait à sortir de sa bouche sinon du sang. Des larmes perlèrent à ses yeux et il les essuya d'un rapide geste du pouce, l'examinant d'un regard qui devenait de plus en plus sombre de seconde en seconde.
— Law, si elle a avalé du sang de Verschlinger, fais-lui recracher, tout de suite ! ordonna la voix tonnante d'Hadrian.
Il s'accroupit à sa hauteur, avant de la prendre doucement dans ses bras, comme s'il n'avait pas entendu l'ordre. Il posa sa main dans ses cheveux sales et emmêlés, poissés de sang, avant qu'une bulle bleue ne se forme dans sa paume. Le goût infecte du sang du reptile disparut bientôt de la bouche et de la gorge de la plus jeune tandis qu'il retirait le liquide étranger. Puis, il posa son front contre le sien, lâchant un soupir de soulagement.
— Dieu merci, tu es en vie, chuchota-t-il, presque imperceptiblement.
Ses doigts se resserrèrent dans la tignasse verte, avant qu'il n'enroule ses bras autour d'elle pour la relever avec autorité. Émeraude cherchait toujours du regard son mentor et s'aperçut que le plus vieux Chasseur présent l'avait soulevé. Un morceau de chemise qui rougissait à vu d'œil entourait ce qui restait du bras de Grim et un sentiment de culpabilité lui serra le ventre alors que les larmes recommençaient à couler sur ses joues.
Grim s'était interposé entre elle et la mort.
Comme son père l'avait fait.
Elle cacha son visage dans l'épaule du médecin qui la soutenait, tout son corps tremblant alors qu'il la faisait doucement avancer. Si seulement elle avait réussi à faire fuir ou à tuer le Verschlinger avant l'arrivée de son mentor. Il ne serait pas… Il n'aurait pas perdu son bras, il ne serait pas à deux doigts de la mort pour sa vie à elle !
C'était de sa faute, encore. Elle était trop faible.
— Je… Law, lâche-moi... Sauve… sauve Grim, s'il te plaît… chuchota-t-elle d'une voix rauque qu'elle ne reconnut pas comme la sienne.
— Non.
La réponse claqua, violente et sèche, et les larmes de l'adolescente tout juste majeure coulèrent de plus belle. Pourquoi refusait-il de le sauver ? Il en était capable, c'était un génie de la médecine, il devait sauver Grim !
Il la sentit pleurer sur son épaule et il s'arrêta un instant, passant un doigt sous son menton pour l'obliger à relever la tête. Il essuya à nouveau ses pleurs malgré la futilité du geste, son regard acier affrontant quelques secondes celui émeraude. L'adolescente se mordit la lèvre, le suppliant silencieusement de la lâcher et d'aller soigner son mentor. Mais le visage froid resta inflexible, avant qu'il ne se penche pour lui chuchoter :
— C'est toujours toi que je sauverais d'abord.
Elle écarquilla les yeux, avant qu'il ne la lâche un bref instant. Elle vacilla, peinant à rester debout, avant qu'il ne lui donne un grand coup à l'arrière de son crâne pour l'assommer.
Elle tomba dans les méandres reposants de l'inconscience, en sécurité dans les bras de Law.
En contrebas, la rue bruissait comme une fourmilière. Les habitants s'attelaient à la reconstruction après l'attaque dévastatrice des Verschlinger et la vie reprenait son cours petit à petit. La tête posée contre le verre froid de la fenêtre, Émeraude songeait qu'elle aurait aimé ne jamais connaître d'attaques de cette ampleur. Il arrivait un ou deux fois par an qu'un des reptiles s'en prenne à la ville basse, mais il était vite maîtrisé. Laufey lui avait dit que c'était assez rare qu'il y ait plus de quelques victimes. C'était déjà des morts de trop, mais le bilan était aujourd'hui bien plus lourd.
Elle tressaillit quand les gonds de la porte de sa chambre grincèrent et elle se retourna, pour voir apparaître dans l'embrasure les jumeaux, qui avaient les larmes aux yeux. Elle eut un sourire rassuré en les voyant vivants et bien entier et écarta son bras valide, juste à temps pour accueillir les deux Minks qui s'étaient jetés sur elle.
Elle grimaça au choc, même si les calmants empêchaient la douleur de se manifester, avant d'entourer le dos de ses deux amis, respirant leur odeur animal pour ancrer leur présence.
— Law nous a prévenu dès que tu pouvais nous voir, geignit Théo. On… On a cru que tu te réveillerais plus jamais !
L'humeur déjà sombre de l'adolescente ne s'améliora pas à la mention de son ainé. Ses lèvres se serrèrent et elle détourna le regard pour que les jumeaux ne voient pas la lueur de colère qui y brillait. Elle lui en voulait de l'avoir fait passer avant Grim qui avait besoin de soins bien plus qu'elle.
Les médecins n'avaient même pas voulu l'informer de son état lorsqu'elle s'était réveillée, une heure plus tôt, des aiguilles plantées dans son bras gauche et le droit bandé et maintenu par une attelle. Elle était restée sous sédatifs pendant trois jours avant qu'ils n'estiment son état assez sûr pour la laisser reprendre conscience naturellement.
— Em… Il y a un problème avec Law ? demanda doucement Théa, comme si elle avait senti sa rancoeur.
En fait, tout bien considéré, elle la sentait sûrement et n'avait pas le tact de laisser tomber. L'adolescente soupira, avant d'ébouriffer les cheveux oranges entre les deux oreilles poilues de la renarde.
— Pas grand-chose. Je suis fâchée, mais ça passera après une bonne discussion et deux polochons dans la figure, plaisanta-t-elle d'une petite voix étranglée, même si le cœur n'y était pas.
Elle se mordit la lèvre en tremblant d'inquiétude et de colère. Théo soupira et l'enlaça un peu plus fort, murmurant une chanson calme à son oreille pour l'apaiser, alors que sa jumelle lui souriait doucement, venant gratter son crâne entre l'emplacement de ses deux oreilles sous sa forme de coyote pour la détendre. L'effet n'était pas exactement le même que lorsqu'elle était transformée, mais cela l'apaisa assez pour qu'elle cesse de trembler. Elle enfouit son nez dans le pelage fourni du jeune Mink, resserrant ses bras sur lui. Elle avait l'impression qu'elle s'effondrerait sans son soutien.
La porte grinça une nouvelle fois et elle releva la tête pour apercevoir Law. Son premier réflexe fut de gronder en montrant ses dents humaines, avant de s'apercevoir que la taille de ses cernes avaient doublés, qu'il semblait prêt à s'effondrer à tout moment et surtout, il puait l'angoisse. Jamais elle ne l'avait vu dans un tel état. La dernière fois qu'elle avait été aussi gravement blessé, c'était pendant son examen, il y avait presque huit ans maintenant. Et elle ne se souvenait pas qu'il ait été aussi...
Il avait l'air presque fragile et cela fit retomber tout la colère qu'elle avait à son égard. Et elle fut bien trop vite remplacée par la culbabilité et la sensation d'être faible et bonne à rien. Émeraude serait toujours un boulet pour son aîné. Il avait tué le reptile anthropophage avec tellement de facilité ! Elle lui avait à peine fait une égratignure, elle.
Un goût amer se répandit dans sa bouche et elle relâcha Théo, avant de tourner ses yeux vers la fenêtre pour ne pas croiser ceux du médecin. Il devait être déçu. Des larmes perlèrent au bord de ses cils, alors que Théa adressait un long regard avec le nouveau venu. Elle enlaça son amie une dernière fois avant de prendre par la peau du coup son frère et de sortir en refermant la porte derrière eux, laissant Law et Émeraudes seuls.
— Ne... Ne me refais plus jamais une peur pareille.
La voix grave avait tremblé au début avant de s'affermir. Sans même se retourner, la détentrice du Fruit du Coyote savait que son aîné avait pris l'air le plus impassible qu'elle lui connaissait pour cacher à quel point il était chamboulé. Elle mordit sa lèvre inférieure, tandis que les pas du jeune homme claquaient contre le carrelage. Il l'enlaça par derrière, serrant ses bras autour d'elle comme si elle était la chose la plus précieuse au monde.
— Tu sais que je ne peux pas te faire une telle promesse, lâcha-t-elle d'une voix étranglée.
Sa main gauche se serra contre son pantalon alors que son autre bras pendait dans le vide, maintenu droit par deux barres métalliques enserrées dans ses bandages. Elle inspira profondément, avant de vouloir défaire l'étreinte de son aîné. Elle était trop faible pour pouvoir promettre une telle chose. Peut-être même devrait-elle lui faire rompre leur promesse. Comment pouvait-elle l'aider se venger de Doflamingo alors qu'il était bien plus puissant qu'elle ne le serait jamais ?
Ses doigts valides enserrèrent un avant-bras du médecin pour le tirer et ainsi l'obliger à la lâcher, mais il ne bougea pas d'un pouce, comme si sa force était dérisoire par rapport à la sienne. Émeraude en fut frustrée et des larmes perlèrent sur ses joues. Elle ne voulait pas être faible !
— Em.
La voix de Law sonna à ses oreilles comme un gong et elle se figea, avant qu'il ne lève une main en soufflant d'agacement. Il essuya les pleurs du pouce, avant de lui asséner un léger coup de poing sur le crâne.
— Idiote. Tu vas aggraver tes blessures comme ça.
— Je n'ai pas besoin de ton avis ! lâcha-t-elle sèchement en tentant à nouveau de se défaire de son étreinte.
Elle gigota et un trait de douleur traversa son bras droit quand elle tenta de le bouger. Un gémissement passa ses lèvres, alors qu'elle sentit l'impuissance s'insinuer en elle. Elle était sans défense, comme face au Verschlinger. Elle avait l'impression que sa respiration s'accélérait alors que des étoiles colorées dansaient devant ses yeux et qu'elle se sentait sombrer dans des abysses profondes.
Des sifflements fantômes retentirent à ses oreilles et elle tenta de plaquer ses mains dessus alors que le goût horrible du sang reptilien emplissait sa bouche. Elle sentit l'odeur de la mort qui remplissait ses muqueuses. Les bras autour d'elle la comprimaient, s'enroulant comme les anneaux d'un serpent et son souffle devint erratique, ses poumons la brûlant tant et plus.
— Lâche-moi ! Lâche-moi ! hurla-t-elle d'une voix paniquée.
Elle tomba soudain au sol, libérée de toute entrave, et elle se recroquevilla sur elle-même, enfouissant sa tête dans ses genoux pour tenter de ne plus rien entendre d'autre que les battements de son coeur et sa respiration. Les cris d'horreur semblaient résonner entre les parois de sa boîte crânienne, avant qu'une autre voix ne parvienne à l'atteindre.
— …raude. Em ! Calme-toi ! Je suis là, tu sais bien que je laisserai rien t'arriver. Inspire, lentement. Tu es à l'hôpital, tu te souviens ? À l'abri.
Elle releva doucement son visage en tremblant pour apercevoir Law accroupi quelques pas devant elle. Il n'avait pas empiété sur son espace personnel pour ne pas l'effrayer, mais elle pouvait lire dans ses yeux qu'il s'inquiétait et qu'il se retenait de l'approcher. Et surtout, qu'il était blessé par son rejet.
Pendant quelques secondes, elle avait eu peur et il le prenait mal, pensant sans doute qu'il était la seule cause de sa soudaine crise de panique.
Elle lui adressa un petit sourire crispé, avant de tendre la main pour attraper sa manche et le tirer vers elle. Elle passa ses bras autour de son cou pour montrer qu'il ne l'effrayait pas, inspirant doucement l'odeur de médicaments qui émanait de lui. C'était rassurant, bien loin de l'odeur métallisée du sang. Elle ferma un instant les yeux, avant de s'écarter pour le fixer. Elle entrouvrit les lèvres, avant de les clore aussitôt, ne sachant comment expliquer ce qu'il lui avait pris. Comment lui dire qu'elle avait eu l'impression de se retrouver face à un Verschlinger sans qu'il ne se vexe ?
— Ne… Ne m'enlace pas trop longtemps, s'il te plaît. C'est… C'est pas toi, j'ai juste l'impression de...
Elle baissa les yeux, incapable de soutenir son regard plus longtemps alors qu'elle songeait aux mots qu'elle voulait prononcer. Mais elle refusait que son aîné la voit comme quelqu'un de faible. Elle refusait... Elle refusait qu'il la voit comme elle était réellement. Elle ne voulait pas qu'il l'abandonne. Il avait peut-être promis de ne pas le faire, de rester avec elle, mais les promesses étaient faciles à briser. Cela n'engendrait au pire que des remords chez celui qui se parjurait.
— Ça fait remonter les souvenirs de mon affrontement. J'ai encore le goût de leur sang de ma bouche...
Elle sentit son ventre se nouer alors que l'arôme infâme semblait flotter sur ses muqueuses. Elle sentit une main douce se poser sur sa tête et passer dans ses cheveux emmêlés, essayant de défaire les noeuds les plus gros du bout des doigts. Elle grimaça avant de reculer, arborant une moue boudeuse alors que ses poils se hérissaient. Sous sa forme de coyote, elle lui aurait sans doute même grogné dessus.
C'était plus fort qu'elle ! Dès qu'elle n'était pas à la maison, elle détestait que ses proches lui caressent les cheveux. Elle avait bien failli mordre la main de Law la première fois qu'il s'y était essayé. Tant qu'elle ne se sentait pas en totale sécurité, rien à faire, cela lui plaisait encore moins que d'habitude.
— Au moins, tu restes toujours toi, sourit Law. Chiot.
— Je suis un coyote ! Un co-yo-te, s'emporta-t-elle en insistant sur chaque syllabe.
Aussi innocent qu'était le surnom que lui donnait le médecin pour l'énerver, il lui mit un coup au cœur. Un chiot était inoffensif par nature. Était-ce ainsi qu'il la voyait ? Incapable de faire du mal à quelque chose ? Un sourire factice sur les lèvres, elle se retenait de hurler. Elle avait l'impression qu'il l'infantilisait et après son amère défaite, cela lui donnait l'impression que même lui la savait faible. Et c'était une de ses pires craintes.
— Comment va Grim ? demanda-t-elle pour changer de sujet.
— On n'a pas réussi à sauver son bras, mais il devrait s'en sortir. Il est encore sous sédatifs pour stabiliser son état, mais il devrait se réveiller dans quelques jours, l'informa-t-il.
Elle sentit sa culpabilité revenir en force, nouant sa gorge et son estomac, et elle préféra s'asseoir sur son lit, ramenant ses genoux contre sa poitrine. Elle vit Law s'approcher, sans doute pour lui mentir afin de la réconforter, avant que la porte ne s'ouvre et qu'un médecin n'apparaisse dans l'embrasure.
— Law, on a besoin de vous.
Elle fit un sourire crispée à son ami quand celui-ci lui adressa un dernier regard, prêt à abandonner son travail pour veiller sur elle. Elle secoua la tête avant de désigner la porte, et il lui sourit doucement avant de sortir. Lorsqu'il referma le battant derrière lui, les larmes se précipitèrent aux coins de ses yeux et elle ne chercha pas à les retenir. Elle saisit son oreiller et enfonça sa tête dedans pour étouffer ses pleurs et sa culpabilité.
Grim était désormais infirme par sa faute. Elle était toujours aussi faible qu'à ses douze ans. Encore une fois, sa vie avait dépendu du sacrifice de quelqu'un d'autre. Elle n'arriverait plus à regarder son mentor en face, pas après la faiblesse dont elle avait fait preuve. Peut-être avait-il eu raison de lui dire qu'elle n'était pas faite pour ça. Elle n'était qu'une ancienne noble, une petite fille pourrie gâtée et choyée. Elle ne pourrait jamais se battre pour sa survie.
Le monde d'Émeraude s'écroulait dans l'oreiller qu'elle tenait sans que personne ne puisse l'entendre.
Le bureau du chef de la Guilde était oppressant.
Émeraude avait l'impression que les murs bordeaux se resserraient sur elle comme une gueule d'animal et l'atmosphère rendue lourde par une bougie parfumée à la violette saturait ses sens, ce qui la rendait anxieuse. Sa tête lui tournait et elle s'obligeait à respirer par la bouche pour tenter d'apaiser l'agression olfactive qu'elle subissait.
Une main se posa dans son dos et, à sa finesse, elle en déduisit qu'il s'agissait de celle de Laufey. Jørgen rapprocha sa chaise d'elle et glissa sa main dans la sienne en soutient. Une fois encore, ils avaient frôlé la mort ensemble. Une fois encore, ils se soutenaient dans cette épreuve. Dès qu'ils étaient sortis de l'hôpital, une semaine après l'attaque, ils avaient décidé de dormir ensemble suite à de violents cauchemars qui les laissaient terrifiés, pantelant et en sueur au réveil. Au moins, ils pouvaient en parler entre eux sans se juger et ils se comprenaient parfois sans dire un mot.
Leurs cernes et leurs regards hantés reflétaient leur état mental et il était difficile de se confier à quelqu'un qui n'avait pas été sur place. À leur place surtout. Grim était une figure importante dans leur vie, paternelle même pour les deux filles, il leur avait donné leur chance, les éduquaient, les protégeaient. Le voir se mettre entre eux et le Verschlinger était bien pire que d'entendre de nouveau Sacha hurler dans leurs cauchemars.
La porte s'ouvrit et une nouvelle odeur s'ajouta à celle de la bougie. L'orange, l'amande amère, le sang. La détentrice du Fruit du Coyote geignit alors qu'un haut-le cœur retournait son estomac. Les effluves métalliques étaient trop agressives et chargées de souvenirs pour qu'elle se sente bien.
— Je suppose que vous êtes au courant que je suis votre nouvel instructeur, clama une voix joyeuse.
Le trio se retourna et Émeraude détesta quasi-instantanément le Chasseur en face d'eux. Si elle se souvenait bien, il était aussi l'instructeur de Cadfaël et Enat, deux apprentis de leur âge. Ses cheveux noirs coupés courts encadraient un visage carré, dont la mâchoire était souligné par une barbe de trois jours piquetée de gris. Il était plus grand qu'eux, bien que ses camarades commençaient à dépasser le mètre soixante-dix.
Elle ne voulait pas d'un autre instructeur que Grim. Elle ne pouvait pas dévoiler ses compétences au fils du chef de la Guilde, ce serait trop dangereux, et son mentor serait en mauvaise position pour n'avoir rien dit à ce sujet.
— Comment ne le pourrait-on pas, Chasseur Janus, répliqua-t-elle sèchement.
Un grognement bas et sourd manqua de s'échapper de sa gorge et elle se mordit la lèvre pour éviter de laisser filtrer ne serait-ce qu'un seul son animal. Elle devrait faire désormais bien plus attention et finir sa formation sans faire de vagues. Elle savait déjà qu'elle ne pourrait pas accompagner Law, qu'elle était trop faible pour ça, mais au moins, elle sortirait de sa formation la tête haute. Elle n'avait encore rien annoncé à son aîné qui tenterait sans doute de la convaincre du contraire, mais elle avait bien vu qu'elle ne serait qu'un poids mort pour lui.
— Que de hargne, ça fait plaisir à voir… Je vous veux demain dans la salle d'entraînement, à la première lueur du jour, ajouta l'adulte avec un micro-sourire au coin des lèvres. Vous pouvez disposez.
Émeraude fut la première à se lever et à se diriger vers la porte, quand le Chasseur lui barra la route du bras, son sourire s'agrandissant. Un frisson parcourut son échine et elle retint à nouveau un grognement.
— Sauf toi, Émeraude. J'ai quelques questions à te poser.
Elle se figea imperceptiblement alors que son ventre se nouait soudain sous l'angoisse. Grim avait-il parlé de ses facultés à son collègue ? Était-il vraiment digne de confiance ou risquait-elle gros ? Ses lèvres se serrèrent et elle acquiesça, reculant pour retourner s'asseoir, alors que ses amis n'avaient pas bougé.
— Allez vous reposer, je ne tarderais pas à vous rejoindre, souffla-t-elle pour calmer l'appréhension qui se lisaient au fond de leurs yeux.
— Dix minutes, souffla Jørgen à son oreille avant de se lever.
Laufey le suivit en silence, échangeant un dernier regard avec l'adolescente avant que Janus ne referme la porte derrière eux. Ses amis lui laissaient dix minutes avant de venir voir ce qu'il se passait. Nul doute que le comportement du Chasseur ne devait pas être des plus habituels. Elle avait beau vivre ici depuis plusieurs années maintenant, beaucoup de choses lui échappaient encore.
Elle croisa les bras sur sa poitrine, s'affalant sur la chaise tout en relevant le menton, légèrement dédaigneuse. Elle savait se montrer aussi infecte que Law et elle ne s'en priverait pas. Il n'était pas Grim, il n'était pas Simen, elle n'avait aucun respect pour lui.
— Que puis-je pour vous ? demanda-t-elle.
L'homme fit le tour du bureau, venant appuyer ses avant-bras sur le dossier du fauteuil pour planter ses yeux jaunes dans ceux de la plus jeune. Son sourire presque carnassier ne le quittait pas et, pour un peu, elle en aurait pris peur. Mais elle n'était pas lâche et elle soutint son regard sans sourciller.
— Tu as une très belle forme animale, Émeraude...
Toute couleur disparut du visage de la jeune fille qui se saisit d'un poignard à sa taille par réflexe, prête à faire taire le Chasseur. Personne ne devait savoir ! Mais l'homme sauta par dessus le bureau et attrapa son poignet, venant tordre le bras dans le dos de sa désormais apprentie.
— Ce n'est pas très sympa pour quelqu'un qui t'a vu combattre pendant l'attaque et qui n'a pourtant rien dit...
Les crocs de l'ancienne noble pointèrent et elle grogna, ses yeux virant au jaune ambré proche de la couleur des yeux de son vis-à-vis. La douleur était supportable, mais la peur s'insinuait dans ses veines et faisait bouillir son sang. Il se saisit de son arme et l'en priva, la relâchant ensuite sans la quitter des yeux.
— Je ne tiens pas à révéler ton secret, donc ne m'y pousse pas. Ce serait dommageable autant pour toi que pour tes amis et Grim, annonça-t-il d'un air joyeux.
Mais son sourire ne montait pas jusqu'à ses yeux dénués de traces de pitié et elle baissa la tête, serrant les poing pour retenir le mélange de rage et d'effroi qui dansait dans son cœur. Elle releva les yeux avec un grognement, bien déterminée à ne pas mettre en danger ses proches.
— Qu'est-ce que vous voulez ? cracha-t-elle avec hargne.
— Rien, seulement te mettre au courant de mon savoir, annonça-t-il en jouant avec son arme.
Puis il glissa sa main à l'intérieur de sa veste, en ressortant une fiole contenant un liquide sombre, qui semblait absorber la lumière. Il la posa sur le bureau et la poussa vers elle, amenant à son nez des effluves métalliques. La fiole contenait du sang, réalisa-t-elle avant de devenir soupçonneuse.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle.
Le sourire de l'homme s'adoucit, comme s'il voulait la mettre en confiance, mais elle ne se d&tendit pas, son regard faisant des aller-retour entre la fiole et son poignard entre les mains abîmées du Chasseur.
— Si tu bois ceci… Tu ne seras plus faible.
Janus s'approcha de son siège, passant derrière elle et se penchant pour lui chuchoter à l'oreille :
— Tu pourras abattre un Verschlinger sans problèmes. Tu pourras protéger tes proches.
Il se redressa, lui rendant son arme avant de faire mine de reprendre la fiole.
— Mais si cela ne t'intéresse pas...
— Attendez, le retint-elle en l'attrapant par sa manche.
Il recula sa main, se tournant en silence vers elle. Émeraude sentait qu'il y avait quelque chose qu'il ne lui disait pas, son instinct lui hurlait de ne pas lui faire confiance. Mais... Il lui offrait sur un plateau le moyen de devenir forte, de pouvoir accompagner Law plus tard, de se venger. Pouvait-elle même refuser ? Peut-être qu'il tenait de la manipuler et qu'il voulait qu'elle boive le contenu de cette fiole, de gré ou de force. Il savait pour son Fruit. N'essayerait-il pas de la menacer ensuite d'utiliser cette information contre elle ?
— J'accepte, souffla-t-elle finalement.
Il lui sourit, avant de lui tendre la fiole. L'adolescente rangea son arme et s'en saisit. Le contenant était presque chaud dans sa main, comme s'il était vivant et cela la mit mal à l'aise. Elle déglutit en relevant les yeux pour s'apercevoir que Janus la fixait.
— Ceci restera entre nous, déclara-t-il, ou tu le regretteras. Bois, maintenant.
Et elle sut qu'elle ne pourrait pas repartir avant d'avoir bu le foutu liquide entre ses doigts. Elle inspira profondément, avant de retenir sa respiration pour ouvrir le flacon. Elle ne voulait sentir l'odeur qui s'en échappait. Elle risquait de ne pas la supporter. Sa main trembla, avant qu'elle ne porte le goulot à ses lèvres pour vider le contenu dans sa bouche.
Elle eut l'impression brève que son âme se dissociait de son corps, avant que la douleur ne traversât son corps comme une flèche, embrasant son sang sur son passage. Son corps se tendit et elle voulut hurler, mais une main calleuse se posa sur ses lèvres alors qu'elle avait l'impression que chaque parcelle de son corps était poignardée. Sa main libre accrocha la veste du Chasseur alors que des larmes coulaient de ses yeux écarquillés, convulsant presque.
Elle se ramassa sur elle-même dans son siège alors que la douleur se concentrait dans un point dans son dos, avant de disparaître définitivement. Le goût dans sa bouche était infâme et elle n'arrivait pas à mettre un nom sur l'arôme qui serrait sa gorge.
Janus la relâcha, un sourire satisfait sur son visage, avant de récupérer la fiole et de se diriger vers la porte.
— Rappelle-toi : cela reste entre nous, lança-t-il.
Le claquement du battant retentit comme un couperet, alors qu'Émeraude se laissait tomber sur le parquet froid pour reprendre son souffle, se recroquevillant en chien de fusil.
Elle avait la sensation d'avoir pactisé avec le diable en personne.
caresse un chat comme un bon vieux méchant de James Bond, un cocktail à la main
Si vous saviez depuis combien de temps je rêvais d'écrire ce chapitre... Je me suis éclaté devant mon ordi et maintenant, je pense qu'il est temps de me réfugier dans un bunker secret... X)
Sur ce, bonne année et mes meilleurs voeux pour 2020 !
A peluche !
