Chapitre 21 : Incident disciplinaire

Note de l'autrice :

Avertissement : discussion sans désapprobation de l'utilisation d'une insulte canon ('sang-de-bourbe')


Severus apprit l'incident grâce à l'arrivée au pas de course à son bureau de Lucian Bole, encore en tenue de Quidditch. Severus n'attendit pas que le garçon lui dise qu'on avait besoin de lui ; il se leva aussitôt et se dirigea d'un pas vif vers la porte. "Avec vous, M. Bole," ordonna-t-il. "Vous pourrez m'expliquer en chemin."

"Ron Weasley a jeté un sort à Malefoy, monsieur," haleta Bole, essayant de reprendre haleine. "Ils sont à l'Infirmerie, avec la moitié des deux équipes de Quidditch."

Severus fronça les sourcils. "Tant de gens ont tiré leur baguette ?" Il n'imaginait pas qu'un seul élève de seconde année ait réussi à envoyer une dizaine de personnes à l'infirmerie.

"Non, monsieur," dit Bole. "Juste Weasley. Mais tout le monde est furax – désolé, en colère. Les jumeaux Weasley sont allés chercher McGonagall."

Severus devina le sous-entendu – Bole était venu le chercher pour égaliser les forces en présence. "Comment va M. Malefoy ?" demanda-t-il.

Bole fit la grimace. "Il vomit des limaces, monsieur."

"… Je vois." C'était loin d'être la conséquence le plus étrange d'un élève perdant son calme. Entre le manque de connaissances, l'exécution bâclée, et le manque de retenue des adolescents, Madame Pomfresh devait traiter les résultats de sorts et de potions les plus inattendus hors du quatrième étage de Sainte-Mangouste. "Et pourquoi M. Weasley a-t-il attaqué M. Malefoy ?"

Bole grimaça à nouveau. "… Granger a impliqué que Malefoy a payé l'école pour être pris dans l'équipe, et Malefoy lui a dit de se taire parce que… parce qu'elle est une sang-de-bourbe, monsieur."

"Ah."


Quand Severus arriva à l'Infirmerie, il constata que la main experte de Madame Pomfresh avait déjà congédié la majorité des spectateurs. Seuls les capitaines des deux équipes et les belligérants eux-mêmes étaient encore là, même si le professeur McGonagall s'était jointe à eux.

"Vous pouvez y aller, M. Bole," dit Severus. "Professeur McGonagall, je suppose que vous avez été informée de la situation ?"

On entendit quelqu'un vomir derrière un rideau, et M. Dubois tressaillit.

"En effet, oui," dit Minerva. "Je pense que vingt points en moins et une retenue pour chacun d'eux devrait être juste."

Severus haussa un sourcil. "C'est M. Malefoy qui a reçu le sort," fit-il remarquer d'une voix calme.

"M. Malefoy est également celui qui a utilisé une injure déplorable," insista Minerva. "La réponse de M. Weasley était inacceptable, mais compréhensible au vu des circonstances."

Severus réfléchit un instant, puis inclina la tête. "Vingt points en moins chacun pour Serpentard et Gryffondor," déclara-t-il. "Compte tenu de sa situation actuelle," - il y eut un autre bruit de vomissement – "Je n'infligerai pas à M. Malefoy de retenue supplémentaire, mais je réglerai la question avec lui."

Minerva plissa les lèvres, mais hocha la tête. "Très bien. M. Weasley, venez avec moi."


Quinze minutes plus tard, Madame Pomfresh pensait avoir réussi à mettre fin au sort, et ils attendaient de voir si Malefoy allait encore cracher quelque chose. Le garçon était encore plus pâle que d'habitude, ses cheveux tachés d'une sueur froide, et il avait l'air absolument misérable.

"Mon père va entendre parler de ça," marmonna-t-il, les mains crispées autour de la cuvette d'argent sur ses genoux (Pompom en avait fait disparaître le contenu après le dernier accès de nausées, donc au moins elle était propre).

"Tout à fait," dit calmement Severus. "Poudlard informe toujours les parents quand un élève est blessé." Il s'interrompit. "Cependant, je vais aussi informer vos deux parents de ce que vous avez dit pour provoquer M. Weasley."

Drago le regarda les yeux ronds. "Mais – mais Père le dit tout le temps !"

"Ah bon ?" insista Severus. "Je ne l'ai jamais entendu le dire devant la presse, le Magenmagot ou le Ministre."

Le garçon fronça les sourcils, et Severus continua.

"Vous savez que j'ai interdit ce mot dans la salle commune de Serpentard – et ce pour une certaine raison." Plusieurs raisons, en fait, mais les raisons personnelles ne comptaient pas. "M. Weasley et vous-même avez perdu le même nombre de points aujourd'hui car la majorité de l'école considérerait sa réaction comme 'juste'." Il leva la main pour couper court aux objections de Drago. "Je ne dis pas que sa réaction était oui ou non juste – je vous dis comment cela va être perçu. Pour beaucoup, c'est vous qui êtes responsable de l'escalade du conflit, et M. Weasley a fait preuve de chevalerie en tirant sa baguette. Est-ce cela que vous souhaitiez obtenir ?"

"… non," dit Drago d'un ton maussade.

"En tant qu'insulte, 'sang-de-bourbe' est une preuve de paresse et d'un manque de conscience politique," lui dit Severus. "Cela vous crée plus d'ennemis que d'alliés, et donne à votre cible la position privilégiée de victime. De plus, si la seule chose que vous trouvez à insulter chez quelqu'un est leur ascendance, vous allez avoir du mal à convaincre qui que ce soit. Est-ce que vous comprenez ?"

"Oui, monsieur," murmura Drago.

Severus hocha la tête. "Vous n'avez pas de retenue, mais vous allez avoir un devoir à faire à cause de cet incident," dit-il. "Deux pages, M. Malefoy, à propos des désavantages de 'sang-de-bourbe' en tant qu'insulte, et une liste des différentes autres méthodes qui vous auraient permis de parvenir à vos fins sur le terrain cet après-midi. Vous pourrez me les rendre à mon bureau mercredi prochain, et nous discuterons de ce que vous avez écrit."

Avec un peu d'espoir, cet exercice serait suffisant pour décourager Malefoy de réitérer l'incident.


À suivre…