Bonjour et bienvenue sur le chapitre 19 !

Comme prévu, il sera plus long que les autres et j'espère sincèrement qu'il vous plaira car j'ai beaucoup aimé l'écrire.

On se voit à la fin, bonne lecture.


XIX – Sacrifice

L'annonce soudaine avait semé la panique dans les rangs. En voyant le visage horrifié de Graves et Newt, le reste de l'équipe avait également cédé à la peur. Le ministère de la magie britannique était peut-être considéré comme le plus performant dans le monde en termes de sécurité et de fonctionnement, mais il y avait une chose pour lequel ce dernier était pitoyable.

C'était celle d'appréhender Grindelwald. Fawley avait passé la majeure partie de son mandat à sous-estimer cet ennemi, convaincu que s'il n'avait jamais frappé en Angleterre c'était à cause de la puissance magique que couvait le pays. Il était bien loin de s'imaginer que c'était à cause d'Albus Dumbledore et de sa relation passée avec ce dernier que le mage noir n'osait pas s'aventurer – tout du moins publiquement – sur le sol anglais.

Le professeur Dumbledore avait alors demandé à se joindre à l'équipe. Et ni Theseus, ni Travers ne furent enchantés à l'entente de cette idée, qui fut très vite refusée. Après avoir caché un artefact convoité par Grindelwald au ministère – ce que Travers semblait considérer comme de la haute trahison –, il fut évident qu'il serait évincé des affaires privées officielles jusqu'à nouvel ordre et Albus n'avait pas insisté.

Newt avait été surpris par la docilité dont son ancien professeur avait fait preuve. La magie de Grindelwald était puissante et avait très probablement affaibli le sorcier. Le temps d'une seconde, le magizoologue s'était imaginé qu'elle aurait été sa réaction si le mage noir avait décidé d'appliquer un sort similaire sur son esprit lorsqu'il avait refusé de parler de ses méthodes pour dompter les dragons.

Des années de travail, de passion, d'amour, réduites à néant. Il en serait sûrement devenu fou, aurait peut-être même arrêté de lutter pour sauver les miettes de sa propre vie lorsqu'il était encore dans les geôles de McVaugh.

Mais il n'avait pas vraiment eu le temps d'y penser davantage – et ce n'était pas plus mal – puisqu'ils n'avaient pas perdu une seule seconde lorsqu'ils furent enfin prêts et avaient transplané vers le port de Glasgow.

Ce fut au bout de quelques minutes de marche, à fouiller le port à la recherche d'un bateau en particulier qui porterait d'éventuelles signatures de magie noire que Tina arriva en courant vers eux, essoufflée, le visage bouffi par les pleurs et les yeux rouges.

La première chose qu'elle fit fut de se jeter dans les bras de Newt. Une étreinte à laquelle l'anglais répondit sans même hésiter une seule seconde. S'il tentait de rester aussi silencieux et neutre que possible – car la présence de Travers l'écrasait tout particulièrement – il ne pouvait nier ne pas s'être inquiétée pour l'auror américaine.

« Que s'est-il passé ? » Demanda alors Graves, qui avait implicitement repris le commandement de l'équipe dès que tous avaient appris que Tina et Queenie Goldstein étaient impliquées. « Où est votre sœur, Goldstein ? »

Tina lui adressa un regard épuisé, et le directeur comprit qu'elle sortait d'une lutte acharnée.

« Ils l'ont prise ! » Elle se dégagea des bras du magizoologue et se tint droite, à nouveau. Son expression bascula du désespoir à une confiance sans faille. « J'ai réussi à m'échapper, mais elle n'a pas pu transplaner avec moi. Ils sont toujours près du bateau, parce qu'ils ne peuvent pas s'enfuir sans avoir fait descendre Credence. »

« Credence est en vie ?! » Fit Newt, déconcerté. Graves ne l'interrompit pas, attendant la réponse de Tina à la question que venait de poser l'anglais. Il n'avait jamais eu l'occasion de rencontrer ce dernier, mais n'avait cessé d'entendre parler de lui lorsqu'il fut enfin de retour au MACUSA. Il le croyait également mort.

Tout le monde le croyait mort.

« Oui, je-… » Elle se retourna et soupira. « Je n'ai pas le temps de vous expliquer les détails. Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais Grindelwald connait sa véritable identité et c'est comme ça que McVaugh a réussi à le convaincre de le suivre. » Elle fit une pause, cherchant ses mots. « D'une façon ou d'une autre, Queenie sait également qui il est. Je n'ai pas plus d'informations là-dessus, mais vous devez me faire confiance. »

Graves et Newt s'échangèrent un regard lourd de sens. À cet instant, il n'y avait plus de mission qui tenait. L'anglais se devait de secourir Credence, quoi qu'il lui en coute. L'américain avait une dette envers Queenie, et il était grand temps de se racheter.

Newt interrogea tout de même Theseus du regard, qui sembla peu convaincu mais prêt à le suivre, et il lui adressa un sourire particulièrement reconnaissant. Personne ne s'occupa de la potentielle réaction que Travers pourrait bien avoir à cet instant.

« Où est ce bateau ? » S'enquit alors le directeur, et Tina lui répondit son plus beau sourire.

Même si elle savait que Graves et Newt se rangeraient de son côté, elle était incroyablement soulagée et heureuse de l'entendre dire.

« Suivez-moi. » Sans plus attendre, l'auror américaine tourna les talons et l'équipe suivit sans broncher.

Bien qu'il ne s'en serait jamais plaint, Newt s'étonna du silence particulièrement étrange du directeur anglais. Travers avait une fâcheuse tendance à se mêler de tout et n'importe quoi, plus particulièrement lorsque ce tout et n'importe quoi ne le regardait pas le moins du monde. Il s'était fait la réflexion que c'était probablement dû au caractère particulièrement imposant de Graves. Dès l'instant où les sœurs Goldstein avait été impliquées, il avait pris les rênes et Theseus l'avait naturellement laissé faire. Parce qu'il était bien plus expérimenté que lui, mais surtout parce qu'il s'agissait de ses aurors – même si ce n'était officiellement plus le cas. La réticence que l'auror anglais exprimait vis-à-vis du directeur américain semblait se tasser au fil du temps, probablement remplacée par une forme de respect, s'il en croyait le comportement récent de son frère.

Ce n'était pas plus mal.

Newt s'entendait bien avec Percival Graves. Leur synergie était particulièrement bonne et, même si l'américain ne voulait pas l'admettre, il y avait quelque-chose de plus. Quelque-chose qui faisait que tout le reste fonctionnait plutôt bien.

Alors il appréciait que Theseus fasse l'effort de ne pas le détester. C'était un excellent début.

« C'est… » Avait commencé Tina, en montrant du doigt un navire dont la coque était recouverte d'une peinture rouge et du chiffre 1899.

Mais avant qu'elle n'ait le temps de finir sa phrase, une fulguration qui aveugla presque l'équipe entière tant elle était lumineuse se dirigea à une vitesse folle sur eux. Sans que personne n'ait le temps de bouger, cette dernière atteint sa cible et tous se tournèrent les uns vers les autres pour savoir qui avait été touché.

Travers. L'éclair qu'il venait de se prendre dans l'épaule l'avait propulsé à quelques mètres, amochant les vêtements qu'il portait et ladite épaule.

Theseus et Newt transplanèrent près de lui, avant de hoqueter de surprise en chœur.

Le haut de son corps entier semblait touché par l'attaque qui avait émané de la rampe d'embarcation. De multiples lacérations faisaient le tour d'un point central calciné, où la chair avait pris une horrible couleur charbon. Le reste de son torse et de ses bras semblaient râpés, comme brûlés au troisième degré.

Si le directeur anglais n'avait pas encore totalement perdu conscience, ça n'allait pas tarder et surtout : Les assaillants semblaient se rapprocher s'ils en croyaient les cris environnants.

« Emmenez-le en lieu sûr ! Nous nous occupons d'eux. » Fit Graves, avant d'adresser un regard à Newt. « Faites vite. »

Newt bloqua quelques secondes. Il n'avait pas envie de laisser Tina et le directeur seuls face à la meute de Grindelwald, mais ne pouvait pas laisser son frère s'occuper seul de Travers non plus, si jamais ce dernier tombait sur d'autres renforts du mage noir. Il n'hésita pas longtemps et décida de faire confiance à l'américain. Sans plus attendre, Theseus et lui attrapèrent tous deux un bras du directeur anglais qu'ils passèrent par-dessus leurs épaules et s'éclipsèrent.

Graves serra les dents.

Il s'en était douté à la seconde où il avait vu la puissance de l'éclair qui avait traversé le quai. McVaugh et Rosier n'étaient pas encore partis.

Et ils étaient livrés à eux-mêmes contre une cinquantaine de sorciers allant de l'imbécile influençable dont personne ne connaissait le nom à l'implacable et puissante Vinda Rosier. Mais ils n'avaient pas le choix. Il adressa un regard confiant à son auror, et Tina lui rendit la même assurance.

Un premier assaillant transplana sur sa droite et tenta vainement de le désarmer mais Graves fut plus rapide et, d'un violent Relashio, fit pleuvoir des étincelles brûlantes de sa baguette pour repousser ce dernier. La seconde d'après, il avait transplané mais son absence ne fut que temporaire.

Cette fois-ci, trois d'entre eux s'y essayèrent. Les attaques en groupe n'étaient pas celles que Graves redoutait le plus. Son Petrificus Totalus toucha les trois cibles en même temps et Goldstein propulsa ces derniers dans l'eau. McVaugh et Rosier n'étaient pas stupides. Ils envoyaient leurs sbires un par un, dans le seul et unique but de gagner du temps.

Lorsqu'ils évincèrent enfin la majeure partie des assaillants, avançant doucement à travers la pluie de sortilèges que Graves contrait avec une magie informulée qui faisait jaillirent de petits charmes de protection de sa baguette, ils s'engouffrèrent dans le bateau.

Tina prit les devants, cherchant désespérément la chambre de Credence. Lorsqu'elle atteint enfin l'emplacement dont elle ne se souvenait que vaguement, la porte était ouverte et la pièce vidée. Ni Credence, ni le balluchon qu'il transportait avec lui n'étaient là.

À l'instant où elle mit un pied hors de la cabine, elle sentit un poids s'affaisser sur ses épaules, suivi d'un cri de douleur rauque. Ce fut lorsqu'elle vit le directeur tomber à côté d'elle, le visage tordu par la souffrance, qu'elle comprit.

Tina tourna instinctivement la tête de l'autre côté.

Rosier était là, droite, la baguette fumante et toujours pointée vers eux. L'auror n'eut que quelques secondes pour murmurer un sortilège de Protego suffisamment puissant pour encaisser la prochaine attaque que lancerait la sorcière sur eux. L'instant suivant, elle décida d'avoir confiance en sa magie et s'agenouilla près de Graves pour saisir son bras et transplaner à l'extérieur lorsqu'elle fut sûre que ce dernier n'avait pas perdu connaissance.

Lorsque leurs pieds foulèrent le sol du quai, l'américain se releva avec difficulté, encore sonné. L'endroit ne grouillait plus de sbires et il en profita pour appliquer un peu de médicomagie à sa blessure. Cette dernière arrêta le saignement et lui rendit l'esprit plus clair.

Ce fut à ce moment que Newt et Theseus entrèrent dans son champ de vision, mais ils ne furent pas les seuls à troubler ce dernier.

McVaugh était plus loin. Credence et Queenie étaient avec lui. Lorsque le braconnier se rendit compte qu'il avait été remarqué, il transplana.

« Goldstein ! Vous et Theseus Scamander, occupez-vous de retenir Rosier ici. » Fit-il à l'attention des deux aurors, qui n'avaient pas encore été amochés et seraient donc plus habilités à se mesurer à la puissance de Rosier. « Nous n'en avons pas pour longtemps. »

Theseus et Tina s'exécutèrent sans broncher, et Newt n'eut pas besoin que Graves soit plus explicite. Il laissa le directeur tracer la signature magique de McVaugh et lorsqu'il eut enfin terminé, attrapa son avant-bras pour transplaner avec lui.

Ils arrivèrent dans un théâtre, sombre au possible. Trois silhouettes se tenaient sur la scène de ce dernier.

« Tu vas regretter ta trahison, Goldstein. »

« Ne la tuez pas ! » Hurla une voix que Newt reconnut immédiatement comme celle de Credence.

Plus ils s'avancèrent, et plus ils furent capables de distinguer avec exactitude ce qu'il se passait. Credence semblait libre de ses mouvements. Queenie quant à elle était attachée et rendue muette à l'aide d'un Silencio, si l'on en croyait l'absence de bouche au milieu de son visage.

McVaugh finit enfin par se retourner et adressa son plus beau sourire aux deux sorciers.

« Ne vous approchez pas davantage. »

Dans la plus grande discrétion, Newt fit doucement sortir Pickett de sa manche. Ce dernier se dirigea en courant, passant entre les sièges de la salle, vers Queenie pour tailler les cordes qui liaient ses poignets. L'instant d'après, il pointa sa baguette vers McVaugh et s'attendit à ce que Graves fasse de même.

À la place, le directeur cibla Credence.

« Je pourrais le tuer. » Railla l'américain. « Je pourrais le tuer maintenant, et vous ne pourriez rien y faire. »

Newt lui adressa un regard noir, lourd de sens. Ce dernier s'intensifia lorsqu'il vit la peau de Credence virer au gris, et prendre une forme plus poussiéreuse. McVaugh, qui entendit la transformation derrière lui, posa sa main sur l'épaule du plus jeune.

« Ne fais rien de stupide Credence. » Lui intima-t-il avant de se tourner de nouveau vers les deux sorciers, descendant des hauteurs de la scène pour avancer vers eux. « Vous pouvez dégager d'ici, et expliquer à vos équipiers que nous nous sommes enfuis. Ou vous pouvez mourir. »

Sans prendre le temps de l'écouter entièrement ni de lui répondre, Graves changea la direction de sa baguette et un éclair beaucoup plus puissant que celui qui avait frappé Travers plus tôt sortit de sa baguette dans la direction du braconnier, qui transplana instantanément pour éviter ce dernier.

Son regard s'assombrit. Il s'avança à nouveau vers ses deux assaillants et pointa sa baguette vers Graves, dont le charme de protection ne fut pas assez puissant, et qui fut propulsé à quelques mètres. Il plissa les yeux et serra les dents lorsque son dos frappa contre le mur. Il se releva, mais McVaugh le cibla à nouveau et l'empêcha d'avancer davantage, comme si un vent lui venait de face et était bien trop fort pour lui permettre de bouger. Et alors que le braconnier maintenait sa baguette pointée vers le directeur pour que le sortilège ne soit pas rompu, il vit Scamander lancer de multiples Finite Incantatem en vain, avant de changer de stratégie pour passer à l'offensive. Ce fut lorsque McVaugh reçut un jet de flamme en pleine figure qu'il attira son attention sur le magizoologue. Et toujours sans relâcher la pression contre Graves, il tendit sa main vers l'anglais et ce dernier se souleva doucement du sol.

Graves céda à la panique à cet instant.

Il avait sous-estimé McVaugh. Il se rendait doucement compte que le braconnier couvait la même puissance que Vinda Rosier.

Et il avait emmené Scamander avec lui, l'avait emporté dans sa tombe. Il s'y refusait. Il n'abandonnerait certainement pas.

« Finite Incantatem ! » Hurla-t-il, et sa puissance fut telle qu'elle avait réfléchi la bourrasque du sortilège de McVaugh à ce dernier, qui fut bien obligé de relâcher sa prise invisible sur Scamander lorsqu'il fut propulsé en arrière.

Graves transplana vers le magizoologue pour s'assurer que ce dernier allait bien, et lorsqu'il en eut le cœur net, il transplana de nouveau, plus proche de McVaugh. Une pluie d'éclairs tous plus violents les uns que les autres se déchaîna alors hors de sa baguette pour cribler le braconnier.

Newt profita de cet instant pour transplaner vers Queenie et Credence. Ce fut à cet instant que McVaugh pointa sa baguette vers le directeur et lança une fulguration aussi puissante que celle qui avait heurté Travers sur Graves.

L'américain avait heureusement prévu le coup en enchantant son propre corps d'un nombre incalculable de sortilèges de protection.

Néanmoins, l'éclair réveilla une forte douleur en lui, parsemant ses vêtements de trous brûlés et entaillant également la peau de ce dernier à divers endroits. Le moment de répit qu'il laissa involontairement à McVaugh ne fut pas laissé au hasard et le braconnier transplana aussitôt entre Newt et Queenie.

Graves crut halluciner, si bien qu'il commença à douter de sa propre puissance. McVaugh ne semblait pas affecté le moins du monde par les attaques en chaîne qu'il avait subi quelques secondes plus tôt. Et le bras-droit de Grindelwald profita de cet instant d'inattention pour frapper à nouveau le directeur d'une puissante attaque qui l'envoya valser plus loin, déchirant le haut de ses vêtements et entaillant suffisamment sa peau pour l'empêcher de se lever de nouveau.

Ce fut le moment où Scamander céda à son tour à la panique.

Le directeur était à terre, et il se savait parfaitement incapable de résister à McVaugh comme avait pu le faire l'américain.

Ce fut également le moment qu'avait choisi Queenie pour se montrer exceptionnelle.

Un éclair frappa le dos du braconnier et propulsa ce dernier sur le bord de la scène.

« Incarcerem ! » Des liens coururent de la baguette de Newt vers McVaugh, mais ce dernier intercepta ces derniers avec un sortilège inconnu et tira l'anglais sur lui, faisant tomber le magizoologue en avant.

Sans perdre une seule seconde, le braconnier transplana derrière la blonde, passa un bras sous sa gorge et bloqua la pointe de sa baguette sur sa tempe.

« Non ! » Hurla Newt. Et McVaugh pouffa de rire.

« Grindelwald veut la voir morte. » Son sourire vicieux traduisait à quel point il prenait du plaisir à continuer inlassablement à faire espérer l'anglais pour rien. « Alors à moins que tu ne puisses me donner la… »

« Ceci ? » Newt claqua ses doigts et le cristal d'émeraude apparut entre ses doigts fins.

McVaugh écarquilla les yeux et l'anglais vit tout son corps trembler.

« Où as-tu obtenu cette chose ? » Demanda-t-il, et lorsque Newt vit sa baguette changer de direction pour commencer à se diriger vers lui, il n'attendit pas davantage.

Ce qu'il était en train de faire bravait le moindre de ses principes. Mais il n'avait pas le choix.

« Laissez-la partir. » La Pierre s'illumina doucement et McVaugh fut contraint d'obéir, relâchant Queenie de sa prise.

La blonde s'éloigna du braconnier, essoufflée et paniquée par la situation. Habituellement si soignée, si resplendissante… Queenie avait l'air misérable à cet instant. Ses cheveux étaient ébouriffés, ses vêtements déchirés et de nombreuses marques noires couvraient sa peau pourtant si blanchâtre. Pour autant, Newt ne la trouva pas moins belle que d'ordinaire. Il fut, au contraire, impressionné par sa ténacité. Elle luttait, comme jamais il ne l'avait vue lutter avant.

« Et maintenant… » Murmura-t-il, pensant pouvoir enfin en finir avec McVaugh.

Mais avant qu'il ne puisse terminer sa phrase, il sentit une violente douleur dans son dos le propulser en avant. Lorsqu'il balaya du regard la pièce et qu'il ne vit Credence nulle part, il comprit avec horreur ce qu'il venait de se passer. Sa baguette lui avait échappée et le plus jeune s'en était saisi. McVaugh échappa alors à son commandement et lança un Silencio au magizoologue, qui ne réussit pas à s'en défaire sans sa baguette.

« Donne-moi le cristal. Ou tu les verras tous mourir et j'en finirais avec toi. »

Les premières secondes, Newt les passa le regard noir, planté dans celui de McVaugh. Et lorsqu'il vit un flux noir s'injecter dans la tempe de Queenie, il secoua ses mains. Le braconnier s'arrêta.

« Je n'ai pas tout mon temps. »

Tête baissée, le regard verrouillé au sol, le temps sembla s'arrêter pour l'anglais.

Le Silencio l'empêchait de formuler le moindre ordre et rendait ainsi la Pierre Parlante inutilisable. S'il refusait de lui tendre cette dernière, McVaugh se contenterait de tuer Queenie, d'achever Graves et ne l'épargnerait certainement pas.

Il était parfaitement conscient que le choix qu'il ferait n'importerait pas. Tout était de sa faute. Il n'aurait jamais dû garder ce cristal avec lui au moment où l'auror avait débarqué pour leur annoncer la mauvaise nouvelle. Il n'aurait jamais dû s'en servir contre McVaugh. Il n'aurait jamais dû lui montrer qu'il l'avait en sa possession.

À cause de lui, peut-être même perdraient-ils la guerre qu'ils menaient contre Grindelwald, lorsque le mage noir déchaînerait ses dragons contrôlés par la Pierre sur le monde entier.

Il avait fait une erreur. Une terrible, terrible erreur.

La dernière chose qu'il pouvait faire à présent, était de ne pas faire payer ceux qu'il aimait. Alors il tendit sa main vers le braconnier et fit flotter le cristal jusqu'à ce dernier.

Arborant un sourire dérangeant et bordé de vices, McVaugh s'était saisi de l'artefact et n'avait pas perdu une seule seconde. Aussitôt le cristal en sa possession, il avait transplané près de Credence, prenant l'avant-bras de ce dernier pour disparaître à nouveau, ne laissant derrière lui qu'une fumée grise qui ne tarda pas à s'évaporer.

Une violente nausée s'empara de lui et il n'arriva même pas à s'effondrer. Son esprit était vide, un néant désagréable s'installa dans le creux de sa poitrine. Tout était si douloureux et si difficile à supporter qu'il pouvait sentir son cœur se déchirer sous sa poitrine.

Machinalement, l'anglais alla récupérer sa baguette et mit fin aux Silencio qui avaient été lancés sur Queenie et lui. La culpabilité pouvait bien le ronger jusqu'à l'os, il n'en oubliait pas qu'il se trouvait en territoire hostile et qu'il avait fait ce sacrifice pour sauver la vie de Queenie et Graves. Alors sans plus attendre, il descendit de l'estrade et s'agenouilla aux côtés du directeur qui demeurait inconscient pour effectuer quelques sorts de médicomagie, accompagné de la blonde.

Ni lui, ni elle, ne furent capables d'articuler un moindre mot. Queenie aurait aimé le remercier, le réconforter, mais rien n'arrivait à passer la barrière de ses lèvres à cet instant. Parfaitement consciente des proportions que prendrait le geste que l'anglais venait de faire, elle était tout aussi tétanisée que ce dernier par la peur.

Désormais, il ne s'agissait plus que d'une question de temps avant que Grindelwald n'embrasse une puissance sans limite. Aucun d'entre eux n'était ni prêt, ni préparé à ce qui ne tarderait plus à arriver.

Graves fut bien assez vite tiré des ténèbres dans lesquels McVaugh l'avait plongé plus tôt.

Le directeur ouvrit doucement les yeux, encore sonné et secoué par le choc qu'il avait pris. Son premier réflexe fut de poser sa main sur l'endroit où le sortilège l'avait touché plus tôt. Ses doigts ne rencontrèrent plus de tissu, mais la chair encore brûlante et battante, ainsi que le relief d'une cicatrice encore récente. Avant que son regard ne balaye l'espace autour de lui, pour finir par comprendre qu'il avait été soigné.

La rencontre avec les iris vertes du magizoologue fut plus agréable qu'il n'aurait bien voulu l'admettre. Scamander possédait une véritable aura qui semblait à la fois soulager et intensifier le moindre de ses problèmes en lui procurant une sensation de légèreté toute particulière. Ce sentiment n'était jamais le bienvenu puisqu'il lui faisait baisser sa garde et devenait l'une des raisons pour lesquelles il ne voudrait jamais s'investir dans la moindre relation avec l'anglais.

Parce qu'il le rendait bien trop heureux. Si heureux qu'il en devenait horriblement faible.

Lorsqu'il fut enfin capable de lire correctement les émotions qui submergeait le visage de Scamander, son esprit se vida de toutes pensées distrayantes. Quelque-chose s'était passé. Newt Scamander était dans un état misérable, et il n'avait pas été capable d'empêcher ça.

« Qu'est-ce qu'il s'est passé ? » S'enquit-il bien rapidement, se redressant en position assise pour pouvoir faire face à l'anglais, qui était toujours à genoux près de lui.

« Vous avez pris un sortilège de feu intérieur qui vous a frappé de plein fouet… » Lui répondit alors Queenie, les sourcils froncés. Graves s'apprêta à protester, mais se ravisa en comprenant que la blonde connaissait parfaitement le sens de sa question puisqu'elle avait probablement intercepté le cours de ses pensées.

Ce qui signifiait qu'elle avait volontairement répondu à côté de la plaque. Peu importe ce qu'il était arrivé, c'était grave et visiblement, le directeur devrait se retenir d'insister.

Mais il n'en eut pas besoin.

« J'ai donné la Pierre à McVaugh en échange de nos vies. » Sa réponse fut presque inaudible, le ton de sa voix fut si froid et si neutre qu'il laissa l'américain sans voix.

Il adressa un regard discret lourd de sens à Queenie et n'y trouva pas une once d'apaisement. Il n'avait pas la moindre idée du comportement qu'il devait adopter face à l'anglais. Lui qui était pourtant si préparé aux situations délicates, aux mots rassurants et habitué à faire preuve de tact, était définitivement incapable de trouver ses mots lorsqu'il s'agissait de Scamander.

Il tenta sa chance. Désespérément.

« Il n'y avait pas de bon choix à faire, Scamander. Ce n'était même pas un véritable choix. » Son regard se verrouilla à celui de l'anglais, qui ne le fuyait pas à cet instant. « Nos vies comptent, surtout si nous voulons trouver une solution. »

Quelque-chose brilla dans les yeux de Scamander. La seconde d'après, Graves sentit les bras de ce dernier l'entourer dans une étreinte soudaine, au moins aussi désespérée que l'était sa tentative de le débarrasser de la culpabilité qui l'enchaînait. La chaleur qu'il ressentit à cet instant le mena à penser qu'il avait réussi. C'était une maigre victoire comparée à la défaite qu'ils venaient d'essuyer, mais ce n'était pas négligeable.

Non. Ça n'était pas négligeable. Pas si on en croyait le rythme de son cœur, qui s'était affolé à la seconde où son esprit avait saisi que Scamander l'enlaçait. Platoniquement ou non.

Il n'avait pas essayé d'y penser. Il s'était contenté de répondre à son étreinte. Queenie arborait un sourire aussi triste que chaleureux et avait fini par joindre ses bras à ceux de Graves pour entourer Newt avec lui.

À cet instant, le magizoologue avait mis tout ce qu'il pouvait ressentir de côté, pour laisser place à une pensée qui le rassura, le soulagea jusqu'à lui permettre d'enfin se sentir plus léger après ces mois de stress constant.

Il n'était pas seul. Quoi qu'il arrive, il n'était pas seul.


Transplaner en plein milieu du quai à l'endroit où ils avaient laissé Tina et Theseus pour retenir Rosier ne s'avéra pas être la meilleure idée que Graves ait eu ce jour-là.

Le directeur connaissait l'immense pouvoir que détenait la sorcière, une puissance qui trouvait sa source dans le sang qui coulait dans ses veines. La famille Rosier était réputée pour sa puissance et son influence européenne. Alors lorsqu'il avait eu vent d'une collaboration entre la plus jeune fille de la branche familiale principale et du plus grand mage noir de son époque, il ne lui avait pas fallu bien longtemps avant de faire le lien.

Et il avait négligé ce détail lors de son retour à l'intérieur du port. Avec le recul, il était pourtant évident que Theseus et Tina réunis ne pourraient jamais s'opposer à Rosier.

Lorsqu'un violent torrent de flamme vint s'abattre sur leur position, Theseus eut la présence d'esprit salvatrice de lancer un sortilège de protection au-dessus de leurs têtes, suffisamment puissant pour encaisser une attaque – et une seule.

Graves n'avait plus vraiment la notion du temps depuis qu'il avait été inconscient, incapable de savoir combien de temps avait-il passé au sol. Il ignorait donc à quel point le combat qui opposait le second bras-droit de Grindelwald aux deux aurors s'était révélé long. Mais il eut un indice en voyant le visage de Tina, rougit par l'effort et l'état de Scamander aîné, qui était à bout de souffle et visiblement bientôt à court de puissance.

À titre comparatif Vinda semblait, quant à elle, en pleine forme. L'américain ne saisissait pas vraiment la raison de sa présence ici, puisque McVaugh venait de s'enfuir avec le bien le plus précieux qu'il puisse rapporter au mage noir.

Deux options s'offraient à lui : Vinda était en train de les empêcher de lui courir après et de tracer sa signature magique, ou visait simplement à se débarrasser d'eux. Les deux solutions étaient plausibles. Mais la seconde paraissait bien plus effrayante que la première.

Lui-même avait été affaibli plus tôt lorsque McVaugh l'avait surpris avec une puissance qu'il ne lui connaissait pas, lorsqu'il avait fait l'erreur de sous-estimer son ennemi.

Mais il ne répèterait pas cette dernière. Rosier devrait l'épuiser, venir à bout de la moindre goutte de magie qu'il avait en lui pour arriver à ses fins.

Il lança un regard à Theseus, qui maintenait un sortilège d'entrave contre la sorcière pour l'empêcher de se défendre.

« Vos ordres, Scamander. » Lui adressa-t-il, et l'auror fut presque déstabilisé par la confiance qui lui fut soudainement accordée.

Son jugement était décontenancé, perturbé. Alors il décida d'abandonner sa place de stratège et de la confier à l'auror en chef anglais. À cet instant, Graves n'était plus le directeur de la sécurité magique, il était une puissance frappe prête à exploser pour défendre ses rangs.

Theseus, quant à lui, se reprit bien assez vite, intensifiant le sort qu'il maintenait contre Rosier, qui peinait à contre-attaquer dans cette position.

« Tina et Queenie, attaquez son flanc droit. Graves, sur le flanc gauche. Rosier est droitière, elle n'aura pas le choix et devra pour faire face pour contrer correctement votre puissance. » Sans même broncher une seule seconde, tous s'exécutèrent. « Newt, avec moi. Nous allons croiser nos flux et l'empêcher de bouger davantage. À la moindre ouverture, lance un Incarcerem immédiatement pendant que je la ralentis. »

« Vous n'êtes rien. »

À la seconde où Newt sortit sa baguette pour joindre le sortilège de son frère, Rosier fit tournoyer sa baguette devant elle pour lancer un puissant sort de réflexion. Chaque sortilège fut renvoyé, propulsant Graves en arrière et manquant de peu de brûler les sœurs Goldstein qui avaient choisi d'attaquer la sorcière par un enchaînement coordonné de jets de flammes.

Theseus et Newt furent également rejetés vers l'arrière, ralentis par le sortilège qu'ils maintenaient contre Rosier. Leurs membres parurent incroyablement lourds à cet instant, empêchant Theseus de se relever correctement et Newt se simplement se décoller du sol. La puissance des sortilèges qu'ils lançaient semblait n'affecter que peu la sorcière qui leur faisait face, là où eux se retrouvaient entravés par leur propre magie.

C'était irréel.

Newt n'eut pas le temps de réfléchir au moindre indice qui expliquerait une telle puissance, puisque Rosier pointa sa baguette vers lui, et à l'instant où son poignet s'inclina, il sentit son corps attiré à une vitesse folle vers cette dernière.

« Et vous, il faut que vous mourriez. C'est ce qu'il veut. »

Graves écarquilla les yeux. Son sang ne fit qu'un tour.

« Scamander ! »

Sans réellement craindre le moindre risque de désartibulation, il transplana alors qu'il était encore sonné pour se retrouver à quelques centimètres de l'anglais, et alors qu'il toucha son épaule pour le repousser et l'éloigner de Rosier, il vit la réalité se distordre.

Rosier venait de transplaner avec eux, dans ce qu'il semblait être une partie plus éloignée du port. Et les quelques secondes dont ils eurent besoin pour se remettre de leurs esprits, cette dernière les utilisa pour créer un dôme protecteur qui les entourait.

Pour une raison qu'il ignorait, la sorcière essayait de les isoler.

« Vous voulez mourir ensemble ? » Elle esquissa un sourire étrangement doux et attendrissant. « Qu'il en soit ainsi. »

L'instant qui suivit, Rosier saisit sa baguette de ses deux mains et cibla Scamander, dont le premier réflexe fut de s'écarter autant que possible du directeur. Lorsqu'une lueur mauve s'éclaira au bout de la baguette, l'anglais lança un sort de protection – qu'il savait déjà insuffisant – et décida de fermer les yeux en attendant son sort. Le sortilège, quel qu'il soit, sembla le suivre lorsqu'il voulut s'échapper.

Alors il ne lutterait pas, il ne mettrait pas le directeur en danger en confiant sa vie à ses sorts de protection. Tout ce qu'il essaya de faire, fut de courir – yeux clos – aussi loin de l'américain que possible.

Il comprit avec horreur que Graves n'était pas de cet avis lorsqu'il sentit un poids s'affaler devant lui.

Non, Graves n'essaya pas de protéger Newt avec de puissants charmes de protection. Il s'opposa au sort de Rosier avec son propre corps en tant que bouclier. Et l'instant qui suivit, tout ce que l'anglais fut capable de distinguer fut le sourire mauvais qui trônait sur le visage de la sorcière avec que cette dernière ne disparaisse dans une tornade de fumée, et le corps inerte de l'américain qui s'écrasa devant lui.

La panique fourmilla dans ses jambes, remonta le long de son corps et le pétrifia. Ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait vu contre McVaugh. Il y avait beaucoup plus de sang, aucun son de douleur qui daignait s'échapper de la gorge de Graves.

Newt s'effondra devant le directeur, les yeux écarquillés, le front trempé par la sueur et le corps raidi par la peur. Ses mains tremblantes cherchèrent un moyen d'accéder à la blessure causée par Rosier. L'adrénaline coulait à flot dans ses veines à cet instant et Newt voyait rouge. Il passa ses deux bras sous le corps inanimé de l'américain pour tourner ce dernier sur le dos. Le sortilège l'avait frappé en plein milieu du buste, à une dizaine de centimètres de son cou.

L'anglais déchira les vêtements qui couvraient encore le haut du corps de l'américain pour trouver un meilleur accès et tenta difficilement d'ignorer le sang de Graves qui couvrait ses mains et ses avant-bras à cet instant. Il attrapa sa baguette qui était tombée à côté de ses genoux et commença à lancer les sorts de suture les plus puissants qu'il connaissait.

Mais rien ne fonctionnait.

« Ça ne marche pas. » Murmura-t-il à lui-même, cherchant une solution, une réponse, quelque-chose à quoi s'accrocher.

Il ne devait pas flancher, il ne devait pas basculer.

Mais il perdit espoir à l'instant où, lorsqu'il essaya de nouveau de lancer son plus puissant sort de médicomagie, il entendit l'américain gémir de douleur. Il lui fallut deux autres essais pour finalement comprendre avec horreur que la médicomagie ne fonctionnait pas. Pire, elle empirait la situation. Il essaya d'essuyer le sang avec l'une de ses manches et ce fut lorsque la plaie fut à peine plus visible qu'il s'en rendit réellement compte.

Elle s'était agrandie. Et c'était de sa faute.

Tu n'es pas seul.

« Theseus ! Tina ! » Hurla-t-il, à pleins poumons, à plusieurs reprises. « Je- J'ai besoin d'aide, je-… »

Et tandis qu'il criait sans s'arrêter, attendant désespérément une réponse des deux aurors qui n'étaient toujours pas dans son champ de vision, il enleva son propre manteau pour le serrer autour du buste de Graves et essayer de faire un garrot. L'endroit était large et la plaie si profonde qu'il douta du succès de sa technique.

Le sang ne s'arrêta pas de couler. Il devait trouver une autre solution. Maintenant, ou ce serait fini pour le directeur.

Sans réfléchir, et sans hésiter, il céda à ce qu'il pensa être de la folie. Le risque était incroyablement élevé. Et son idée ne fonctionnerait probablement pas. Il serait seulement celui qui aurait officiellement achevé le directeur du MACUSA.

Il n'avait pas le temps de s'inquiéter. À cet instant plus que jamais, il devait se tenir à l'adage qui le caractérisait le mieux.

S'inquiéter, c'est souffrir deux fois.

Alors Newt lança un sort offensif sur la plaie du directeur. Un éclair jaillit du bout de sa baguette et cibla la chair ouverte de l'américain. Si la médicomagie produisait l'effet inverse à la guérison, l'attaque avait peut-être une chance d'être salvatrice.

Et Graves, dans un réflexe primaire et inconscient, laissa s'échapper un râle de douleur intense.

Aussitôt, l'anglais s'interrompit, paniqué à l'idée d'avoir empiré le cas de l'américain. Mais lorsqu'il essuya à nouveau le sang d'un revers de bras, il constata, effaré, que la plaie avait rétréci. Et il ne perdit pas une seule seconde de plus avant de pointer à nouveau sa baguette vers la blessure et de recommencer, s'acharnant sur le corps encore inerte de l'américain.

Ses sortilèges avaient beau réellement soigner le directeur, ce dernier semblait tout de même ressentir la douleur et ce fut probablement pour cette raison qu'une violente nausée prit de court le magizoologue qui s'évertuait à ne pas s'évanouir alors qu'il déployait toute la puissance dont il pouvait faire preuve tout en supportant les râles et gémissements qu'émettait l'américain, dont le corps semblait reprendre peu à peu du vivant au fur et à mesure semblant intensifier le ressenti de la souffrance qu'il lui faisait subir.

« Je- Je suis tellement désolé, je suis tellement désolé, je n'ai pas le choix, je-… » Hurlait-il, alors que la fulguration constante s'intensifiait.

La lumière avait beau l'aveugler, il verrouilla son regard sur la blessure du directeur vérifiant méticuleusement qu'il ne le blessait pas plus que nécessaire. Et lorsque la peau fut entièrement refermée, il s'arrêta pour s'effondrer en arrière, les paumes de ses mains brûlées par la chaleur fumante de sa baguette. Newt n'avait pas l'habitude de lancer des sorts aussi longs et intenses. Son corps venait se prendre un sacré coup et il était probablement au bord de l'épuisement.

Mais il se redressa une dernière fois, pour doucement secouer les épaules du directeur et essayer de le ramener. Le dôme isolant était toujours en place et il avait de forts doutes concernant le fait d'arriver à en venir à bout seul. Il ne plaçait pas non plus de grands espoirs en l'américain qui venait de subir une attaque presque létale, mais leurs forces unies seraient toujours meilleures.

De manière totalement inattendue, Graves ouvrit un œil, puis un deuxième. Un sourire éclaira le visage de l'anglais, qui se retint fermement d'étreindre de nouveau l'américain.

Quelque-chose clochait. Dans ses gestes, dans la façon qu'il avait de le regarder, dans le fait qu'il venait se relever et de tituber, encore sonné et trop faible pour essayer de se tenir debout. Scamander l'imita et tenta de l'aider à rasseoir.

« Non, non, non, ne vous levez pas, vous n'êtes pas encore… » Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'ils s'arrêtèrent sur la main de l'américain, qui tenait sa baguette pointée vers lui. « Qu'est-ce que… »

Une violente onde de choc émana de la baguette de Graves à cet instant, propulsant Newt à plusieurs mètres de lui.

« Sir Graves, qu'est-ce que vous… »

Et alors qu'il peinait à se relever, le directeur avançait en boitant dans sa direction. Dans ses yeux, il vit la même lueur que celle qu'il y avait croisé lorsque Grindelwald avait usurpé son identité. La peur saisit son estomac, le cloua sur place.

De nouveaux éclairs jaillirent du bout de sa baguette et le forcèrent à rester étalé contre le bois froid et humide du sol. Faisant trembler ses membres de douleur jusqu'à qu'il sente son sang bouillir dans ses veines. L'incompréhension inondait le cours de ses pensées alors qu'il était submergé par la souffrance et l'incapacité de se défendre, face à la puissance d'un homme qui même lorsqu'il avait été affaibli jusqu'à frôler la mort, déployait suffisamment de force pour empêcher la moindre riposte de sa part.

Quelque-chose n'allait pas. C'était évident que ce n'était pas normal, mais Newt n'arriva pas à se concentrer sur la moindre pensée cohérente pour comprendre ce qui régissait les actes violents du directeur à cet instant.

Et ce fut le moment que Theseus et Tina choisirent pour réapparaître. Suffisamment de temps pour tracer la signature magique de Rosier, s'était-il dit.

« Newt ! » Hurla une voix que l'anglais reconnut comme celle de son frère.

Le dôme protecteur était translucide et les deux aurors avaient une vision parfaite de la scène qui se présentait à eux. Celle d'un Percival Graves déchaîné, entraînant le magizoologue vers une mort certaine dans une souffrance qui se lisait aisément sur le visage de ce dernier. Quand Theseus cria le prénom de son frère, le directeur s'interrompit pour jeter un regard vide vers ce dernier et Newt profita de cette fenêtre pour transplaner à quelques mètres de lui. Mais l'américain ne tarda pas à le remarquer et pointa à nouveau sa baguette vers Scamander qui transplana entre chaque sort, avec le peu d'énergie qu'il lui restait.

« Graves ! Arrêtez-vous immédiatement, je n'hésiterais pas à utiliser l'un des trois interdits s'il le faut. Posez votre baguette ! »

Comprenant que le directeur ne l'écouta pas, Theseus pointa sa baguette vers ce dernier et lança un Imperium que le dôme arrêta sans s'égratigner le moindre du monde.

Newt peinait à fuir, mais son frère avait terriblement besoin d'informations pour appréhender la situation.

« Graves, cessez ! Pourquoi l'attaquez-vous ? Que voulez-vous ? » Hurla-t-il à nouveau, entamant une forme de négociations.

« Il ne parle pas… » Fit alors Newt, entre deux réapparitions. « Il a pris un sort presque mortel, et la médicomagie ne fonctionnait pas, elle le blessait ! J'ai été obligé de l'attaquer pour le guérir et… »

« Le sortilège Miroir. » Fit alors Tina. « Rosier lui a lancé un sortilège Miroir, c'est une forme de malédiction qui inverse ce qu'est un sorcier. Fondamentalement. Ce qu'il reçoit, ce qu'il pense… »

« Ce qui veut dire que mêmes ses sentiments… » Murmura alors Theseus.

« Graves n'essaye pas de le tuer ! Enfin… Pas volontairement ! Étant donné qu'il l'apprécie habituellement, il essaye de le tuer à cause de la malédiction ! » Reprit Tina, paniquée.

« Qu'est-ce que je dois faire exactement ? » Demanda Newt qui peinait à suivre, à bout de souffle luttant contre la douleur des sorts qui le touchaient et qui jonglait entre sortilèges de protection et transplanation.

« Je sais comment mettre fin à cette dernière, mais il faut trouver un moyen de détruire ce dôme et de l'intercepter. »

« C'est un charme de protection. » Identifia Theseus. « Seuls ceux protégés par le sortilège en question peuvent y mettre fin ! Newt, essaye de briser le dôme ! »

Sentant ses jambes trembler sous l'épuisement, il s'éloigna autant que possible de Graves pour planter sa baguette dans le dôme et lancer un Finite Incantatem informulé. Le dôme se brisa en mille morceaux qui disparurent à l'instant où ils touchèrent le sol, mais Newt sentit la foudre s'abattre sur son dos à ce même instant.

Profitant que l'attention de l'américain ne soit pas sur lui, Theseus lança un Incarcerem, et les liens emprisonnèrent la baguette de Graves en même temps que ses poignets.

« Goldstein ! »

L'auror hocha la tête et sans perdre une seconde, elle transplana pour se retrouver dans le dos de l'américain. Elle posa le bout de baguette dans la nuque de ce dernier et une lumière verdâtre sortit du bout de sa baguette.

« Restitue le reflet. Rétablis la vérité. » Murmura-t-elle à sa baguette.

Et à cet instant, le corps de Graves sembla se distordre et ce fut seulement à ce moment que Newt se rendit compte que l'image de ce dernier était inversée depuis le début. Il s'agissait d'un véritable reflet, et l'anglais n'avait pas eu le temps de le comprendre. Même s'il était habitué à voir la poche du veston que portait Graves à droite, la panique l'avait empêché d'intercepter ce détail à l'instant où il avait déchiré ses vêtements pour essayer de sauver sa vie.

L'instant où la magie se répandit dans son corps passé, l'américain tomba à nouveau au sol, complètement inerte.

« Il aura besoin de repos. La médicomagie aidera, mais il se souviendra de tout ce qu'il a vécu sous le joug de la malédiction. » Tina adressa un regard particulièrement triste à l'anglais. « Ce ne sera pas facile, il faudra être patient. »

Newt se fit la réflexion que sa patience n'était certainement pas ce que Graves avait le plus mis à l'épreuve dans sa vie. Alors il s'accommoderait. À cet instant, il était simplement heureux que tous s'en soient sortis sains et saufs.


Et voilà pour le chapitre 19 !

J'espère qu'il vous a plu ! Je suis désolée de mettre le bazar entre Newt et Graves une fois de plus mais disons que je ne peux pas m'en empêcher... héhé...

N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! À Samedi prochain.