Attentes.
Du noir. Rien que du noir.
Et des bruits. Des voix, des bips, des pas précipités.
Pourquoi il y avait des bruits? Il ne devrait pas y avoir de bruits là où il était. Il n'y avait rien, juste rien là bas.
Il avait besoin de ce rien. Il voulait ce rien. Il se laissa glisser jusqu'à ce que les bruits disparaissent.
John
Assit sur une des chaises inconfortables d'une salle d'attente de l'hôpital, John se morfondait.
Mycroft avait, comme prévu, essayé de le faire partir, plusieurs heures auparavant. Il avait usé de menaces, aucune contre lui évidemment mais contre Mary ou Harry, espérant faire fuir l'homme qu'il haïssait certainement le plus. Mais rien n'y avait fait et dans un endroit si public Mycroft, avec un air inhabituel de lassitude teintée de tristesse, n'avait pas essayé de faire plus qu'empêcher toute information de transiter vers John.
Depuis, il se morfondait, ne sachant pas quel était l'état de Sherlock. Il espérait se glisser dans sa chambre lorsque personne ne ferait attention. L'ancien militaire avait donc repéré dans quelle salle il était, ainsi que les mouvements du personnel.
Il avait légèrement paniqué quand, après un long moment de calme, des bips stridents et des voix inquiètes s'étaient faits entendre, provenant justement de la pièce où se trouvait le génie. Mais tout était revenu à la normale rapidement.
Il attendit après ça un moment avant de se lancer. Il se dirigea discrètement vers la porte qu'il poussa avec un regard en arrière.
Il le vit plus pâle que jamais. Presque mort déjà et il sut. Il sut que quoique qu'ils fassent, ils seraient liés. Ils avaient vécu trop de choses, prit trop de risque ensemble. Ensemble. Toujours.
Il prit dans ses mains l'une de celle de Sherlock, elle était gelée.
'-Qu'ai-je fait, que nous ai-je fait. Pardon. Pardon.'
Il ne savait pas si il pouvait l'entendre. L'ancien médecin ne connaissait pas les détails sur l'état de son ancien ami. Alors dans le doute et ne sachant quoi faire d'autre, il parla. Il ne sut pas vraiment combien de temps, mais il eut l'impression d'avoir monologué pendant des heures. Évoquant leur rencontre, certaines de leurs enquêtes les plus marquantes, l'appartement, la chute et enfin son retour entre joie et douleur. Il parla de ses sentiments, de ce qu'il aurait aimé pour eux, de cet avenir qu'il avait détruit. Et il s'excusa, plus d'une centaines de fois, sachant que ça ne servait à rien, qu'il ne mériterait pas le pardon.
Tout le long, il avait gardé sa main dans celle de Sherlock espérant constamment un geste de sa part, ne serait-ce qu'un spasme léger. Mais aucun changement ne s'opéra.
Il se leva finalement, n'ayant plus aucune idée de ce qu'il devait faire à présent. Il voulait, bien sûr rester tant que Sherlock n'était pas de retour car il se savait incapable de partir loin de lui pour l'instant. Mais son temps de présence dans la pièce était compté. Il posa la lettre qu'il avait écrite sur la table à côté du lit, se disant que même si Sherlock n'avait pas pu l'entendre dans son sommeil, il pourrait quand même savoir ce qu'il se passait.
Egoïste.
Plongé dans ses réflexions, il n'entendit pas la porte s'ouvrir derrière lui. Et sursauta quand une voix, chargée de colère surgit :
"-Tu devrais avoir honte d'oser te pointer ici ! Je me fous de ce que Sherlock pense de toi actuellement, si tu avais une once de culpabilité et d'humanité en toi tu n'aurais jamais franchit ces portes.- Gregory Lestrade contenait avec grand mal sa rage.- Si tu avais une once d'humanité ce serait toi à sa place !"
John eut un mouvement de recul face à la virulence de ces propos qui faisaient si mal de par leur justesse. Il ne répondit rien, incapable de savoir quoi dire. Il baissa la tête ne pouvant pas faire face à l'homme devant lui.
"Pars !"
Il ne se fit pas prier, admettant qu'il n'y avait aucune légitimité à sa présence. Son regard passa une dernière fois sur le visage de Sherlock.
Il espéra en sortant de la pièce qu'au moins Greg ne remarquerait pas la lettre et surtout ne la jetterai pas.
Sherlock
Le noir. Si reposant, si profond. Le noir si apaisant. La fin, enfin. Le calme, enfin.
Alors pourquoi pouvait-il encore penser. Pourquoi son cerveau fonctionnait-il encore ? Certes au ralentit, certes la tempête qui l'agitait constamment depuis son plus jeune âge s'était apaisée mais son esprit était toujours là. À moins que ce ne fut ça la mort finalement. Un ersatz de conscience floue. Il savait qui il était, où il était mais ne parvenait pas à accéder à d'autres informations. À part un mot, un nom plutôt.
John.
Il semblait que c'était là l'ancrage le plus fort qu'il avait avec la réalité. Un ancrage puissant. Un sentiment puissant mélange d'angoisse et d'envie. Il ne comprenait pas d'où cela venait.
Soudain sa tête lui fit mal. Ne rien comprendre lui fit mal sans qu'il ne sache pourquoi. Ne pas savoir lui fit mal aussi. Il manquait quelque chose dans son fonctionnement. Quelque chose d'intrinsèque à lui. La douleur se fit de plus en plus forte. D'autres douleurs s'ajoutèrent à la première, un peu partout dans son corps. Ses muscles semblaient contractés sans interruption.
Se réveillait-il ? Il n'en était pas question ! Replonger, se rendormir, ne plus rien ressentir, jamais.
Et alors qu'il tentait d'arrêter son esprit une fois pour toute, de sombrer pour de bon, une voix s'éleva des ténèbres. Il la reconnut bien qu'il ne put comprendre ce qu'elle disait. Elle était douce d'une certaine façon et calmait le brasier qui s'était emparé de lui.
John.
La voix continua longtemps sans qu'il ne puisse identifier des mots cohérents ou quoique se soit d'autre. Il n'avait plus mal nul part et la seule sensation physique qu'il lui restait était cette chaleur apaisante sur sa main. Il essaya, tout le long, de faire un geste, n'importe quoi pour indiquer à cet homme qu'il était bien vivant mais il ne sentit aucune réaction venant de ses membres.
Alors il patienta, dans cet état intermédiaire qu'il ne contrôlait plus, n'ayant toujours pas toutes les réponses sur ses questionnements précédent. Que lui manquait-il à l'instant ? Pourquoi se sentait-il incomplet dans sa tête.
Une nouvelle question agita son esprit : Pourquoi dés qu'il avait entendu la voix de John il avait commencé à se réveiller? Alors qu'il avaitla sensation de devoir s'éloigner de cette personne?
Greg
Assit au chevet de Sherlock, il se surprit à prier. Ce n'était pas de vraies prières, il ne savait même pas à qui il les adressait. Plus que tout, au fond de lui il ne savait pas vraiment pour quoi il priait. En effet, au bout du compte, Sherlock avait choisi de mourir. Qui était-il pour l'en empêcher, après ce qu'il avait vécu?
Il lui reste tant de choses à faire. Son génie ne peut mourir ainsi, c'est injuste! Sherlock Holmes ne peut mourir ainsi!
Se sachant seul, il n'hésitait pas à laisser couler des larmes que, quelques mois auparavant il n'aurait pas cru pouvoir verser. Il s'était attaché au détective qui était devenu un proche pour lui et ne pouvait supporter son état.
Il sentit soudainement une main sur lui et vit Mycroft Holmes, le visage défait, qui venait d'entrer. Celui-ci serra un instant son épaule, restant silencieux en regardant son frère cadet entre la vie et la mort.
Bien que lui montrant un visage plus expressif que jamais, Greg comprit que seule sa présence empêchait l'homme de pleurer à son tour. Alors il se releva et l'accompagna à la sortie pour fumer une cigarette, dans un silence empli de doute et d'attente.
Sherlock
Ce fut le silence soudain qui le fit paniquer plus encore. John n'était plus là. Il avait entendu une autre voix juste avant puis plus rien.
Son rythme cardiaque s'accéléra soudain tandis que sa mémoire lui revenait par vagues douloureuses. Il se souvint de ce qui lui manquait: pendant plusieurs heures son cerveau s'était enfin éteint, plus de palais mental, plus de déduction. Tout lui revient d'un coup et il se sentit entier, de nouveau lui-même. Puis un souvenir apparut, l'image claire d'une aiguille dans son bras, le garrot serrant son bras et la sensation de froid. Il se rappela de ce qui l'avait mené là. Il eut mal. La pire douleur de toute sa vie.
Et soudainement, il ouvrit les yeux, aveuglé par la lumière du soleil et assourdit par les bips constants des machines d'hôpital.
Il avait échoué. Ils l'avaient sauvé.
