Chapitre 19
Oliver partit voir le père de Felicity à la mairie. Il avait compris que c'était un homme qui ne faisait pas toujours les bons choix et qui avait tendance à flirter avec les limites de la légalité mais il était persuadé qu'il écouterait sa fille et l'aiderait.
Il chercha son bureau, se présenta à sa secrétaire et demanda à voir son père rapidement. La jeune femme la regarda un peu perplexe avant de prendre son téléphone en main et de passer un coup de fil. Oliver s'éloigna du bureau et déambula en attendant d'avoir le feu vert. La secrétaire raccrocha, il se tourna vers elle et elle lui fit signe d'entrer. Oliver respira un bon coup et poussa la porte pour pénétrer dans un bureau sobre qui donnait une impression de prestance. Il sentait son cœur battre avec force et se demanda comment se conduisait Felicity avec son père.
Il remarqua que l'homme releva à peine les yeux des documents qu'il était en train de signer pour regarder sa fille.
- Entre, lui ordonna-t-il en reprenant ses signatures.
Oliver fit un nouveau pas pour se rapprocher mais s'arrêta à une certaine distance de respect. Il se racla la gorge et se lança dans son explication. Il n'avait pas de temps à perdre mais Noah Smoak l'interrompit avant qu'il n'ait eu le temps de terminer.
- Qu'est-ce que tu racontes ?, demanda-t-il d'une voix sèche.
- Il faut évacuer la ville ce soir donc…, pour en venir à ce qu'il devait faire.
- Tais-toi !, cria Noah en frappant du poing sur le bureau.
Oliver se tut et se tendit en écarquillant les yeux sous la violence de son ton. Le père de Felicity soupira et se pinça l'arête du nez. Sa fille était en train de perdre la tête, elle parlait de la comète que toute la ville s'apprêtait à voir ce soir.
- La comète qui se brise et tombe sur la ville, en contenant difficilement son exaspération. Cinq cents personnes qui meurent, en regardant la ville par la fenêtre de son bureau. Quelles foutaises ! Si tu es sérieuse tu es malade !, d'un ton dédaigneux.
Oliver fut surpris par ce ton et sursauta à cette agression.
- Ce symptôme de mythomanie vient du côté de ta mère, ajouta-t-il d'un ton plus bas pour lui. J'appelle une voiture. Tu vas aller consulter un médecin, sans regarder sa fille. Je ne t'écouterai qu'après ça, en cherchant le contact dans son portable.
Oliver sentit une colère prendre possession de lui et s'approcha d'un pas rapide et raide. Il posa une main sur le bureau de son père en frappant dessus.
- Tu dois m'écouter !, lui cria-t-il au visage en empoignant sa cravate.
Noah se dressa de son fauteuil sous l'effet de la prise et resta figé face à sa fille en clignant des yeux. Oliver ouvrit de grands yeux en se rendant compte de son geste. Il avait été submergé par la colère en se rendant compte que le père de Felicity ne la croyait pas, mais surtout par son ton si condescendant à son égard et à celui de Donna. En quelques phrases il avait traîné Felicity et sa mère plus bas que terre.
Il avait la gorge serrée et ressentait une peine immense pour elle, il relâcha sa prise doucement en desserrant ses doigts sur la cravate du père de Felicity et Noah se recula en regardant sa fille choqué.
- Felicity… non. Tu… Qui es-tu ?, demanda-t-il finalement en fronçant les sourcils.
Oliver reprit la direction de chez Felicity la tête basse et en traînant des pieds. Il ne savait plus quoi faire. Le père de Felicity n'avait rien voulu entendre et il n'était pas certain que le plan qu'il avait élaboré avec Ray puisse se dérouler correctement. Il leva la tête en entendant un petit garçon dans la rue crier après ses amis.
- On se verra à la fête ce soir !
Le second petit garçon et la petite fille lui firent signe de la main et continuèrent leur chemin jusqu'à croiser celui d'Oliver qui venait en sens inverse. Il les regarda avancer vers lui, ils étaient si jeune, ils avaient toute la vie devant eux et pourtant ce soir ils allaient mourir. Il attrapa le petit garçon par les épaules et se baissa légèrement en avant pour se mettre à sa hauteur.
- N'y allez pas, d'une voix agitée. Fuyez la ville ! Prévenez vos amis, en resserrant ses doigts sur ses épaules.
- Ça va pas la tête ?, se défendit le petit garçon en se dégageant de la prise d'Oliver.
- Viens on y va, dit la petite fille d'une voix inquiète en attrapant la main de son camarade.
Oliver le relâcha d'une main tremblante, se redressa et les regarda partir le cœur lourd. Il entendit Barry crier en arrivant en courant derrière lui mais il gardait le regard sur ses enfants sans savoir quoi faire.
- Qu'est-ce qui te prend ?, demanda Barry en posant une main sur son épaule.
Il ne bougea pas, il était persuadé que s'il avait été Felicity il aurait pu les convaincre… mais pas lui.
- Ils doivent quitter la ville avant la tombée de la nuit. S'ils restent, ils sont morts !, en se tournant vers Barry le regard agité et en l'attrapant par les épaules pour le secouer.
- Felicity calme-toi ! Ecoute, il y a quelques jours tu es partie à New York. Et depuis tu es encore plus bizarre !
- New York ?, demanda Oliver en se calmant d'un coup.
- Hé, vous êtes là, entendirent-ils crier. Ray arriva en vélo et mit un pied à terre en s'arrêtant à leur niveau. Comment s'est passé la discussion avec ton père ?, demanda-t-il à Oliver.
Ce dernier s'était figé à la révélation de Barry et il ne répondit pas à Ray.
- Hé qu'est-ce qu'elle a ?, demanda-t-il à Barry et ce dernier secoua la tête ne sachant pas ce qui arrivait à leur amie.
Oliver avait levé la tête et son regard se perdit sur le sommet de la montagne qu'il avait gravi déjà deux fois.
Tu es là ?, se demanda-t-il en sentant un frisson remonter le long de son dos.
- Il y a quelque chose là-bas ? demanda Ray à Barry à voix basse alors que leur amie restait figée.
- Prête-moi ton vélo, demanda soudainement Oliver en repoussant Ray.
- Hé attends Felicity !, cria celui-ci mais Oliver ne ralentit pas. Et notre plan ?, s'écria-t-il.
- Prépare-le comme prévu. Je compte sur toi, hurla Oliver à son tour en s'éloignant.
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Felicity se réveilla et se redressa lentement en position assise en se demandant ce qu'elle faisait dehors. Elle prit conscience lentement qu'elle était dans le corps d'Oliver, fronça les sourcils en regardant autour d'elle et elle releva la tête pour voir les branches de l'arbre qui l'abritait.
- Je suis redevenue Oliver, en passant une main dans ses cheveux courts.
Elle se leva lentement, leva la tête pour regarder au loin et porta une main à ses yeux pour se protéger du soleil éclatant. Elle reconnut l'endroit où elle était et se demanda pourquoi Oliver, lui, était ici dans cette clairière.
Elle s'éloigna de l'arbre, traversa le champ en prenant en sens inverse le chemin qu'Oliver avait suivi pour arriver jusque-là. Elle remonta la pente, grimpa lentement et se retrouva sur la crête par-delà laquelle se trouvait Blue Diamond.
Ses lèvres s'entrouvrirent et ses yeux s'écarquillèrent. Elle vacilla, sa respiration se coupa et elle porta une main à sa bouche.
La ville avait… disparu. Devant ses yeux s'étendait un lac plus grand que celui qu'elle connaissait et sur la rive duquel Blue Diamond avait été construite. Elle revit dans son esprit la comète qui fonçait vers le sol et son cœur se serra à lui faire mal.
- A ce moment-là…, d'une voix tremblotante, je suis morte. Elle sentit ses jambes flancher, son cœur se briser et elle s'écroula à genou sur le sol. Le regard figé sur ce paysage.
Oliver faisait appel à toutes ses forces pour pédaler le plus vite possible. Il grimpa le chemin en ralentissant à cause de la pente et des souvenirs affluèrent à sa mémoire.
Oliver ! Tu ne te souviens pas de moi ?
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Felicity sur le chemin du lycée avait averti Barry qu'elle allait à New York. Et il l'avait attrapée par le bras pour qu'elle lui fasse face.
- Maintenant ? Pourquoi ?, avait demandé son ami.
- Un rendez-vous !, sans lui donner plus de détails mais il ne l'avait pas laissée tranquille.
- Tu as un petit ami à New York ?
- Ce n'est pas le mien, en repoussant la main de son ami, et je rentre ce soir. Il n'y a pas de soucis à se faire.
Felicity avait pris un car, un avion puis le train pour rejoindre New York en se demandant si le fait qu'elle arrive sans prévenir pourrait déranger Oliver ou le surprendre. Il n'apprécierait peut-être pas, avait-elle pensé en sentant une tension s'installer en elle mais elle n'avait pas fait demi-tour.
Elle avait débarqué enfin dans la ville et avait tenté d'appeler Oliver sur son portable.
« Le numéro que vous appelez est hors zone… »
Aucune chance de se voir, avait-elle pensé. Mais si c'était possible qu'est-ce qu'elle ferait ? Seraient-ils gênés en se retrouvant face à face ?, s'était elle demandée en marchant dans les rues de cette ville immense. Oliver serait-il mal à l'aise ? Ou bien éprouverait-il un peu de joie à la voir ?, et elle était montée dans un bus en pensant toujours à leur rencontre.
« Le numéro que vous appelez est hors zone », alors que Felicity avait tenté encore une fois de joindre Oliver sur son portable en faisant une pause un instant sur un pont qui traversait une artère fréquentée. Une brise légère s'était levée en faisant onduler ses cheveux longs qui s'étaient échappés de sa coiffure.
Aucune chance de se rencontrer, avait-elle pensé encore une fois tristement.
Mais il lui était resté au moins une certitude. S'ils se rencontraient, elle saurait de suite que c'était lui qui était en elle et que c'était elle qui était en lui.
A la fin de l'après-midi, elle s'était dirigée vers une station de métro. Celui-ci était arrivé alors qu'elle arrivait à peine sur le quai et elle était montée rapidement dedans. Le wagon était bondé et elle s'était glissée entre les passagers qui avaient le nez baissé sur leur portable ou leur livre et qui s'étaient à peine décalés pour la laisser passer.
Elle s'était arrêtée et avait relevé la tête le souffle court d'avoir cru rater son métro. Et elle s'était figée. Oliver était là. Devant elle. La tête baissée sur les pages de son livre.
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Oliver qui peinait de plus en plus à monter la côte, glissa sur la terre et s'effondra sur le sol. Il tendit la main rapidement mais le vélo de Ray tomba du chemin escarpé dans le ravin. Il se releva rapidement en ignorant la douleur dans ses muscles.
A ce moment-là, il y a trois ans, avant que je te connaisse…, pensa-t-il.
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- Oliver…, d'une petite voix. Oliver… Oliver?, avait demandé la jeune fille. Le garçon face à Felicity dans la rame de métro bondée avait relevé la tête surpris pour la regarder. Je… je suis…, mais elle avait bien vu à son regard qu'il y avait quelque chose d'étrange. Tu ne te souviens pas de moi ?, avait-elle demandé d'une voix émue.
- Je crois que tu te trompes. On ne se connait pas. Qu'est-ce que tu veux ?, en posant sur elle un regard suspicieux.
- Désolée…, en faisant un pas en arrière.
C'était pourtant lui, elle n'avait pas compris et Oliver l'avait regardée comme si elle était étrange.
Le train s'était arrêté à la station suivante et Felicity s'était éloignée dans le mouvement des voyageurs.
- Hé !, avait-elle entendu appeler. Quel est ton nom ?, lui avait demandé Oliver alors qu'elle approchait de la porte.
- Felicity, lui avait-elle répondu emportée par le flot des passagers. Mon nom est Felicity, en détachant ses cheveux. Le cordon qui les retenait avait dansé dans l'air et Oliver l'avait attrapé.
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Oliver courait sur le chemin qui gravissait la montagne. Il y retournait encore une fois en pensant :
A ce moment-là, il y a trois ans tu es venu me voir !
Oliver a compris qu'il avait déjà rencontré Felicity mais ce n'était pas encore le bon moment...
Merci pour votre lecture, à demain.
