Salut salut !

Ouais. Huhum. Hum.

Bonne lecture !


Cliché n° 18 : Le marché de Noël (et chocolat chaud)

« Ils vont bientôt rentrer, je pense, marmonna Zexion. Y a pas beaucoup de luminosité dans l'atelier et il commence à faire sombre. »

L'elfe se sentait soulagé de ce constat. Il en avait un peu assez de se montrer agressif avec Demyx. C'était super épuisant. Et pourtant, que pouvait-il faire d'autre, hein ? Peut-être que comme ça, il finirait par comprendre son refus et les choses pourraient redevenir comme avant entre eux. Simples et évidentes. Il était têtu, mais même lui devait avoir des limites dans la stupidité. Et puis, les elfes ne pouvaient pas faire de mal aux gens intentionnellement. Par contre, par accident ou par bêtise, ça...

« Ah ouais, fit Demyx. Faudrait commencer à préparer les chocolats chauds.

-Ne touche à rien, j'y vais. »

Sa maladresse en cuisine était époustouflante. Comment pouvait-on être aussi doué pour concevoir des jouets d'une minutie ahurissante, tout en étant si mauvais avec les aliments ? Le manque de concentration, peut-être. Mh.

Zexion se dirigea vers la cuisine, maudissant l'autre en entendant ses bruits de pas derrière les siens.

« Mais j'me disais, on fait quoi du coup, pour rapprocher les deux loustiques ? On touche plus à rien, maintenant ?

-J'y ai réfléchi, soupira Zexion de mauvaise grâce. L'inconnue dans cette équation, c'est Isa. On ne le connaît pas et il n'est pas bavard. Il faut qu'on sache ce qu'il pense, par exemple en essayant de se rapprocher de lui. Mais c'est délicat parce qu'il ne faut pas qu'on l'accapare trop, sous peine de saborder sa relation naissante avec Lea.

-Ouais c'est compliqué, commenta légèrement Demyx en se perchant sur le plan de travail. J'suis content de pas m'en occuper dis donc ! »

Zexion se tourna vers lui avec des yeux ronds.

« Comment ça ? Il faut que ce soit l'un de nous deux, vu que Xion et Ven sont à l'usine.

-Ouais, ben ce sera toi ! » s'exclama gaiement Demyx.

Eeeet Zexion n'en revenait pas. Il se sentit ouvrir la bouche, sans savoir encore quels sons en sortiraient.

« Non mais je rêve, là ? On est sensé être chargés tous les quatre de cette mission ! En équipe ! Il est hors de question que je fasses tout le boulot, tu as une idée d'à quel point c'est éprouvant ? J'y connais rien, moi, en romance, j'ai l'impression que la moindre petite erreur pourrait tout faire foirer ! »

En guise de réaction, Demyx lui adressa une petite moue suppliante.

« Bah oui mais c'est toi l'elfe intelligent dans l'histoire. Nous, on a peur de faire une bêtise.

-Je peux comprendre. Mais si le patron nous a embarqué tous ensemble dans cette affaire, c'est pas pour rien, à mon avis...

-Mouais, mais devenir pote avec Isa ? Il va m'envoyer bouler, nan ? Il a plutôt le même caractère ultra coincé que toi.

-Je vais faire comme si je le prenais bien. Mais justement, comment pourrait-on devenir amis, lui et moi, si aucun de nous deux ne sait faire la conversation ?

-Ah ouais, bon point. Écoute, on a qu'à essayer tous les deux ?

-Moui... »

Il craignait tout de même que Demyx ne vende la mèche par inadvertance. En même temps... Si le Père Noël lui faisait confiance pour cette mission, alors ça devrait aller. Non ?

Trop de paramètres à prendre en compte. Trop d'événements imprévisibles à gérer. Il ne savait même pas pourquoi il stressait. Ça se passait bien, jusqu'ici, non ? Mieux que ce qu'il espérait au départ.

« Oh, j'ai une idée ! s'exclama Demyx alors que Zexion découpait les petits carrés de chocolat à côté du lait en train de chauffer. Il faut qu'on remette en place quelque chose. »

Clac. L'elfe serra un peu fort la tablette.

« Je t'écoute...

-On y avait renoncé faute de temps et... de cohérence, j'crois ? Même si moi j'aimais bien. Soi-disant c'est plutôt une tradition du Nouvel An, et puis c'est passé de mode ou j'sais pas quoi.

-Oui je me souviens, j'étais à la réunion aussi, mais il est hors de question de...

-On va accrocher des branches de gui !

-Non !

-Allez, on voit ça dans au moins quinze films, et à chaque fois c'est un succès ! La coutume veut que les gens qui se tiennent sous la branche de gui doivent s'embrasser ! Et là les personnages principaux se rendent compte de leurs sentiments l'un pour l'autre et sont très confus et très contents et il se passe des trucs et après ils sont amoureux ! À cent pour cent ça marche. C'est prouvé scientifiquement. »

Zexion jeta juste un peu trop violemment les carrés de chocolat dans le lait et failli s'éclabousser.

« Portée de merle, Demyx, tu te fiches du monde, là ? »

Mais Demyx ne comprit pas vraiment l'injonction à se taire, ou ne voulut pas comprendre.

« Bah quoi ? C'est bien grâce à ça que je suis fou de toi depuis l'an dernier. »

Il avait fallu qu'il le dise, hein ?

Les elfes ne faisaient jamais de mal aux gens volontairement, et Zexion devait trouvait un moyen de contourner cette règle inscrite magiquement au plus profond de ses cellules. Techniquement, cela lui ferait plus de mal de le laisser espérer pour rien, non ? Alors il pouvait le recaler une bonne fois pour toute.

Non ?

Non. Les mots ne voulaient pas faire vibrer ses cordes vocales. Il savait bien ce qu'il voulait dire. Ah bah c'est bien la preuve que ça ne marche pas toujours. Parce que c'est pas réciproque.

Pourquoi est-ce qu'il n'y arrivait pas ?

« Zexion, le chocolat déborde.

-Purin, jura l'elfe en baissant le feu. C'est ta faute, ça.

-Quoi, je te perturbe tant que ça ?

-Arr- Tu n'as pas le droit de plaisanter !

-Ça vaaaa, je nettoierais. Hé, j'veux bien que ça te prenne du temps de trier les infos dans ton cerveau compliqué, mais un an, ça fait long, quand même, tu trouves pas ? Quoique pas tant que ça, vu que ça fait deux siècles qu'on se connaît et au moins cent ans que je te tourne autour ? C'est quoi déjà le mot ? Rela... Relativité ! C'est relativitant !

-Relatif, soupira Zexion. Je pensais que t'avais lâché l'affaire...

-Jamais, affirma Demyx avec un naturel désarmant. Pourquoi je ferais ça ? »

Un coup d'oeil à la fenêtre. Deux silhouettes revenaient vers la maison. Bon, il devait lui faire comprendre rapidement. En traversant la pièce pour aller chercher des tasses – et masquer sa nervosité – Zexion asséna :

« Tu sais, ça ne se passe pas toujours comme dans les films.

-Bah ouais, je sais. Dans les films les intrigues se passent en deux jours, mais souvent c'est plus long dans la vraie vie.

-Et parfois, dans la vraie vie, les sentiments des gens ne sont pas réciproques.

-Bah je sais, qu'est-ce que tu crois ?

-Hein ? »

Comment ça, il savait ? Qu'est-ce qu'il connaissait de la vie des humains, lui, à part les téléfilms de Noël ? Et dans ce cas, pourquoi ne lâchait-il pas l'affaire ? Pourtant Demyx croisa les bras, sûr de lui.

« T'étais pas le seul à devoir supporter Lea chaque fois qu'il se prenait un râteau au lycée, je te rappelle. »

Ah merde. Zexion se sentait idiot.

« Écoute, poursuivit Demyx en lui prenant les tasses des mains avant qu'elles ne tombent, j'sais pas ce que t'essaie de me dire, mais j'pense pas que ça s'applique à nous. J'pense que tu réfléchis trop, aussi. Mais ok, j'vais arrêter d'en parler si tu veux. Juste, c'est bête. Tu vas pas me faire croire que t'y repenses jamais.

-Dem'... »

L'autre elfe, exaspérant comme toujours dans ce genre de situations sérieuses, se mit à fredonner. Il sonnait un peu faux et la chanson rendait bizarrement sans les instruments, mais ça ne semblait pas le déranger.

« Last Christmas, I gave you my heart... »

Oh non, il n'osait pas, quand même ? Alors c'était pour ça, la chanson de hier ? Mais non, depuis quand Demyx était intelligent ?

« But the very next day, you gave it away... »

Et il aurait sans doute continué sans le bruit de la porte qui s'ouvrait dans la pièce d'à côté.


Au fond de l'atelier, il y avait quelques vieilles planches de bois liées ensemble. Au début, Isa n'y prêta pas attention mais, le jour déclinant, et sa concentration avec, il s'aperçut que cela ressemblait à des murs très fins, peut-être pour une cabane. L'un d'entre eux comportait même un trou rectangulaire comme pour y assembler une porte.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il lorsqu'ils s'arrêtèrent pour la journée.

-Oh, ça, au fond ? Les vestiges de notre marché de Noël.

-Il y a une histoire derrière ça ?

-Wow, ça t'intéresse ? Dis donc, où est passée ta misanthropie ? Aaaah nan, je plaisante, me regarde pas comme ça. Viens, j'vais fermer l'atelier. »

Ils sortirent donc dans le froid pendant que Lea expliquait.

« C'est une tradition de Noël, après tout, les marchés. J'ai toujours bien aimé ça. Mais ici... Les elfes sont trop peu nombreux, et puis peu de touristes passent dans le coin, c'est pas très rentable. Ça coûte beaucoup de temps et d'énergie pour pas grand-chose... J'suis un peu déçu. Je faisais de jolies boules à neige, avant. On avait aussi des décorations pour les sapins et de jolis objets comme ça. Bref. Pas le temps. Pas l'argent.

-Ça a l'air chouette.

-Pfff, tu dis ça par diplomatie. T'aimes pas Noël.

-Hum, peut-être. Je ne sais pas. »

Il avait surtout apprécié l'enthousiasme de Lea, à vrai dire.

« Ouais hein, j'te préfère honnête. Mais bref. Ça fait des années que je dis à mon daron de créer de nouveaux elfes, un genre d'équipe C, tu vois ? Déjà, avec la croissance de la population mondiale, c'est plus trop gérable de faire autant de jouets. Et même si les elfes sont conçus pour résister à la pression, ça m'fait de la peine des fois, de les voir courir dans tous les sens.

-Bienvenue dans le capitalisme, ironisa Isa.

-Ouais. J'aime pas ça. Personne devrait avoir à subir ça. Même si on est une famille et qu'on s'amuse malgré tout.

-Pourquoi ton père ne veut pas créer d'autres elfes ?

-Oh, m'en parle pas ! soupira théâtralement Lea. La tradition. Ils ont toujours été huit, pourquoi ça changerait, après ce sera plus gérable, bla, bla, bla. Il prétexte aussi que les elfes n'ont pas le temps de former des petits nouveaux, avec tout le travail. Pourtant, c'est un retour sur investissement ! Ça prendra du temps au début et après ça ira nettement mieux ! Le seul point avec lequel je suis assez d'accord, c'est que ça ferait beaucoup de bouches à nourrir. On ne fait pas ce qu'on fait pour gagner de l'argent, mais du coup, bah...

-Je vois. »

Isa se mit à réfléchir. Cela ne lui prit pas très longtemps.

« C'est risqué, mais si vous aviez plus de main d'oeuvre, vous pourriez refaire le marché de Noël et... miser sur votre image de marque ? Faire du village une sorte d'attraction touristique en période de fêtes. Bâtir un vrai hôtel. Vous auriez davantage de moyens pour nourrir davantage d'elfes.

-Bienvenue dans le capitalisme, hein ? plaisanta l'autre.

-Y a de bons côtés, parfois, se justifia Isa.

-Faudrait quelqu'un qui s'y connaisse en commerce et tout ça, pour gérer le truc. J'suis pas forcément très bon en maths, et les elfes ont jamais été à l'école.

-Hum. »

Il n'avait pas l'air de sous-entendre quoi que ce fut avec cette remarque, juste de réfléchir à voix haute. À vrai dire, il devait avoir oublier qu'Isa était commercial. Mais sur le papier, ce serait possible ? Il sentit les rouages de l'ambition, un peu rouillés, se remettre doucement en marche. Non mais non, en fait. Il n'allait pas rester vivre ici. Surtout pas sur un coup de tête, et puis quoi encore ? Il se pourrait que cette entreprise ne soit pas viable. Même si ça lui permettrait de gérer lui-même la compta tout seul... presque d'être son propre patron.

« Oh, ça sent le chocolat ! s'exclama Lea en poussant la porte du bâtiment principal.

-Je ne vois pas la différence avec d'habitude.

-Ah, touché. Salut les gars ! fit-il en voyant Zexion et Demyx sortir de la cuisine. Les autres sont pas encore rentrés ?

-Ils ont dû oublier d'arrêter de travailler. »

Oublier d'arrêter de travailler ! Ça se pouvait vraiment, ça ? Quelle bande de désaxés. Qui ferait des heures sup' pour le fun ? De ce que Lea avait dépeint au fil des conversations, même lui trouvait ça raide comme conditions de travail. Est-ce qu'ils pouvaient porter plainte aux Prud'hommes, au moins ? Ou est-ce qu'ils ne possédaient aucun contrat de travail ? Un peu comme des... esclaves. Ah, de plus en plus glauque cette affaire.

Ok, très bien. Il fallait qu'il se barre d'ici, c'était clair. Après le réveillon. S'il trouvait des bus qui passaient le 25 décembre. Et s'ils avait toujours un job parce que sinon, bof... Non, mais si. C'était la chaleur du salon et l'odeur de chocolat chaud qui lui embrouillait l'esprit. Avec ou sans job, il rentrerait.

Il y eut quelques papotages pendant qu'ils prenaient place dans le salon et que les elfes – les « elfes » – amenaient le chocolat qu'ils avaient préparé. Isa se fit discret. C'était simple, maintenant qu'il s'entendait mieux avec Lea : il n'avait qu'à le suivre et à l'imiter. Si Lea s'asseyait, alors il s'asseyait également. Et, oh, non. Il s'aperçut qu'il faisait tout le temps ça dès lors qu'il y avait plus de trois personnes dans la pièce : prendre un référentiel et s'y calquer discrètement. Il n'était pas sûr qu'un homme adulte soit encore censé faire ça.

« Hé, dis, Lea, t'en penses quoi si finalement on remet les feuilles de gui en décoration ? C'est un peu tard maintenant mais ça s'fait nan ? demandait Demyx.

-Oh bah ouais, pour Nouvel An. On est plutôt axés Noël nous donc bof, mais c'est vrai que ça vous amusait ces tru- Oh. Tu sais quoi ? C'est une super idée ! »

Mais y avait vraiment des gens qui accrochaient du gui aux linteaux de porte en décembre, bordel ? Isa croyait que ça n'existait que dans les vieux films. Un peu comme une fausse tradition inventée par des scénaristes et qui n'aurait jamais vraiment pris. Mais qu'en savait-il, après tout ? Chez ses parents, il n'y avait même pas de sapin, sauf les années où ils recevaient de la famille éloignée, pour faire bonne figure.

« On le fera demain ! C'est chouette, super esprit d'initiative. »

Isa fronça les sourcils. Ce n'était pas ses affaires, mais l'autre elfe – celui qui était intelligent d'après Lea, qui ne paraissait pas se rendre compte du problème à répartir ses amis entre « idiots » et « malins » – sembla se renfrogner un peu sur son morceau de canapé. Mh. Il se souvenait que Lea avait blablaté longtemps sur deux elfes qui se tournaient autour. Bah, il s'en fichait un peu, mais ne devrait-il pas se réjouir ? Si Isa se souvenait bien, le principe des feuilles de gui, c'était d'embrasser les gens qu'on croisait en-dessous, non ? Prétexte tout trouvé pour un rapprochement. Lui ne s'en faisait pas : il se débrouillait toujours pour se trouver le plus loin possible des gens.

La soirée se déroula... on ne pouvait pas dire « paisiblement » étant donné les énergumènes. Xion et Ventus ne tardèrent pas à les rejoindre et ils jouèrent à des jeux de société en écoutant une atroce playlist de chansons de fêtes. Isa ne parla pas beaucoup malgré les tentatives de Lea et de Demyx pour l'inclure – jamais été un grand bavard, même lorsqu'il se sentait à l'aise quelque part. Personne ne parut lui tenir rigueur de sa réserve. Il trouvait ça plutôt agréable, de ne pas se sentir jugé.

Et, même, il pourrait presque s'habituer à ça. À une vraie famille.


Ahah. Ah. Déso. Faut bien un peu de drama de temps en temps ?

À demain !