Bonjour !

J'imagine en avoir perdu pas mal en chemin, et je ne vous blâme pas !

Mais vous avez été deux à vous manifester, et ça me suffit pour vouloir clore cette histoire. Passons donc au chapitre suivant, un peu court, et n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !

Joyeuses fêtes, et à bientôt :)


La lune se découpait avec précision dans le ciel nocturne, toisant les deux adolescents qui parcouraient inlassablement les bois, se moquant de leur quête inutile. C'était probablement le meilleur moment de la journée de Bellamy. Ces sorties nocturnes avec Clarke étaient sa bouffée d'oxygène. C'était le seul moment où il parvenait à ressentir autre chose que de l'inquiétude pour sa sœur. Malheureusement, c'est précisément le sujet que choisit d'aborder la blonde à ce moment.

- Dis-moi, tu ne trouves pas qu'Octavia et Raven sont...ailleurs, en ce moment ?

- Ailleurs ?

Il contourna une épaisse racine sur le sol, et jeta un coup d'oeil en biais à sa compagne de marche.

- Si par « ailleurs » tu entends moralement détruites, c'est fort possible, ironisa-t-il avec un rire jaune. Pour O', du moins. Je ne sais pas comment..si elle va s'en remettre.

Ils progressèrent entre les arbres en silence, méditant sur ces paroles. De plus en plus, Clarke réalisait qu'elle était passée complètement à côté de la détresse de ses deux meilleures amies. Très égoïstement, elle s'était laissée doucement plonger dans sa propre solitude. Et elle n'en était pas fière. Restait à savoir comment arranger les choses. Mais visiblement, Bellamy n'allait pas être d'une grande aide.

- Le problème, c'est qu'elle devient agressive, expliqua-Bellamy. Je ne sais pas si vivre à Arkadia lui fait du bien. Peut-être qu'un peu de solitude…

- Il est hors de question qu'on l'envoie se ballader toute seule ! s'insurgea-Clarke.

- Il n'a jamais été question de la laisser seule. Mais je réfléchis de plus en plus à l'accompagner.

- Mais où iriez-vous ?

Bellamy haussa les épaules, songeur. Il s'arrêta, au détour d'un chemin, et s'appuya contre un gros frêne noueux. Il leva le nez vers la lune et les étoiles qui étaient les témoins silencieux de leur conversation.

- Tout ça, c'est que des réflexions en l'air, conclut-le jeune homme. Je ne peux pas partir maintenant.

Clarke lui adressa un regard empreint d'étonnement. Rien ne le rattachait ici. O' était sa seule famille. Bellamy lui adressa un sourire étrange, qu'elle ne parvint pas à cerner, et haussa les épaules.

- Allez viens, on rentre.

Sans plus insister, Clarke rebroussa chemin suivant la grande silhouette devant elle, plongée dans ses pensées.

La foule était dense, compacte, et fébrile. Tout Arkadia s'était rassemblé sur la grande place, la plupart debout, d'autres assis aux longues tables, d'autres encore assis à même le sol poussiéreux. Les gamins se pourchassaient entre les adultes, les cris et les rires fusaient. Ce tableau de vie et de paix aurait dû réchauffer le coeur de Clarke, assise à l'une des tables, mais elle n'était pas d'humeur à la fête. Elle manipulait le Rubik's Cube que lui avait construit Raven, tout en surveillant distraitement ses deux amies du coin de l'oeil.

Assise juste à côté d'elle, Raven sondait la foule d'un œil perçant, le front barré de plis. Elle semblait tendue ou dans l'attente de quelque chose. Quant à Octavia, elle dormait quelques tables plus loin, la tête dans les bras, probablement en pleine gueule de bois.

- Mais qui lui fournit de l'alcool ?

La question de Clarke tira Raven de ses rêveries. Elle posa à son tour le regard sur Octavia et haussa les épaules.

- Tu sais, c'est pas ce qui manque ici. Une équipe entière du Labo est d'ailleurs chargée de la production d'alcool.

- Tu ne crois pas qu'il serait plus sage de...lui interdire, ou de la sevrer ou.. ?

- Moi, je ne lui interdis rien alors qu'elle est dans cet état là, grommela-la mécanicienne, de mauvaise humeur. Et tu ne devrais pas non plus, elle serait capable de t'égorger. Tiens, ça commence.

En effet, des clameurs venaient de parcourir la foule, comme un grand frisson. Sur une petite scène en bois, construite à cet effet, la Chancelière venait de faire son apparition.

Le Conseil d'Arkadia avait décidé d'un commun accord qu'il était temps plus que jamais d'unifier son peuple. Et pour ça il fallait avoir une forte présence à la Chancellerie. Résultat : plus de prises de parole publiques, plus de déclarations officielles, et plus de respect envers leur gouvernement.

C'est donc en ce doux après-midi baigné par les rayons du soleil qu'Abby se tenait debout sur l'estrade, les bras croisés dans le dos. Une expression de sérennité et de force tranquile auréolait son visage, et Clarke ne put s'empêcher, en regardant sa mère, de penser que cette femme était née pour ce poste.

- Tout ça pour un mariage, grommela-Raven.

- Chut, les gens ne sont pas encore au courant ! s'exclama-Clarke, faisant taire son amie. Mais quelle rabat-joie…Tu mérites pas ta place de demoiselle d'honneur, toi.

Raven lui répondit par une grimaçe sans joie, alors qu'Abby annonçait droit au but ses fiançailles. Clarke avait eu droit à un avant goût de ce petit discours, la veille au soir ; et si elle se réjouissait pour sa mère, certains de ses mots l'avaient mise mal à l'aise.

La veille au soir -

C'était rare, que sa mère vienne la voir directement chez elle. Assise sur le lit de sa fille, Abby regardait l'endroit, le nez froncé.

- Clarke, pourquoi tu persistes à vivre ici ? Je t'ai dit qu'on avait des chambres plus grandes et plus spa…

- Spacieuses, je sais maman. Mais crois-moi, je n'ai besoin de rien de plus que ce qu'il y a ici.

Clarke, assise directement sur son petit bureau – dissimulant derrière elle, par la même occasion, les nombreux dessins de Lexa qui l'avaient occupée ces derniers jours – attendait que sa mère aborde enfin le sujet qui l'avait ammenée ici ce soir.

- Je voulais que tu le saches avant les autres, avant l'annonce de demain, expliqua-la Chancelière, en se tordant les mains. Mon but n'est pas de te bouleverser davantage, mais il faut bien que tu l'apprennes un jour ou l'autre, et le conseil a estimé qu'il était temps de rendre cela public de toute façon…

Clarke dévisagea sa mère, mi-amusée, mi-agacée qu'elle tourne autour du pot comme une adolescente timide. Puis, elle se rappela que la seule raison pour laquelle elle agissait comme ça, c'était pour la protéger. Elle voulait l'épargner, ne sachant trop comment elle réagirait à cette annonce. Alors, Clarke eut pitié d'elle et décida d'abréger ses souffrances.

- Toi et Marcus, c'est ça ?

Un sourire à la fois surpris et heureux se dessina sur les lèvres d'Abby. Elle hocha la tête, doucement.

- Je le sais déjà, si c'est ce qui te tracasse, sourit-Clarke. Du moins, j'avais de sérieux doutes.

- Le mariage est prévu pour la fin de semaine.

Le visage de Clarke changea d'expression instantanément. Mariage ? Qui avait parlé de mariage ? Abby elle, restait très calme.

- Vous allez carrément vous marier ? s'exclama-la plus jeune, en se mordant la lèvre, ne sachant trop comment réagir. C'est pas un petit peu...précipité ? Et puis, un mariage nécessite des mois et des mois de préparation !

- Nous voulons un mariage simple. Une semaine, c'est amplement suffisant pour ce que nous désirons.

Clarke retournait l'information dans sa tête, tentant de digérer la chose. Elle savait qu'ils étaient dans une relation plus ou moins intense, ça, leurs regards ne le cachait pas. Mais le mariage...Son esprit ne cessait d'aller et venir entre l'image de Marcus, et celle de son défunt père. Elle sentit son coeur se recroqueviller dans sa poitrine. La douleur pouvait ressurgir à des moments innatendus.

- J'imagine que c'est une bonne chose, alors, laissa-t-elle tomber du bout des lèvres.

Abby hocha la tête, consciente de la lutte intérieure dans l'esprit de sa fille. Bien évidemment, elle aussi pensait en ce moment à son défunt mari. Mais la terre ne s'arrête de tourner pour personne, et il était temps pour elle de passer à autre chose.

- Accepterais-tu deux missions ? lança-Abby pour changer de sujet. Être ma demoiselle d'honneur avec Raven, et participer au comité d'organisation de la cérémonie.

Un large sourire se dessina sur le visage de Clarke, qui hocha la tête avec enthousiasme. Si pour une fois, les préparatifs consistaient à planifier une fête, et pas une guerre, ça ferait du bien à tout le monde, elle la première.

- Parfait, alors !

Abby se leva, et vint embrasser sa fille sur la joue, avant de se diriger vers la porte. La main sur la poignée, elle se retourna vers Clarke, avec un sourire complice.

- Je t'ai prévu une petite surprise, pendant la cérémonie. Je pense que tu apprécieras.

Clarke ouvrit de grands yeux. Elle aurait voulu bombarder sa mère de questions, mais Abby s'éclipsait déjà, refermant la porte derrière elle.

La nouvelle du mariage imminent avait dynamisé la population d'Arkadia. Pendant une semaine, l'effervescence fut au rendez-vous. Le Labo de la Reconstruction, piloté par Raven pour l'occasion, planchait exclusivement sur les besoins de la cérémonie : vins, vêtements, décorations. La mécanicienne n'y allait pas de main morte, malgré les instructions très claires d'Abby qui voulait aller au plus simple.

Le principal problème, c'était la nourriture. Décider d'inviter tout Arkadia à ce mariage allait nécessiter de plus grosses quantités de viande, notamment. C'est ainsi que Bellamy, pour occuper Octavia, monta avec elle et quelques volontaires des groupes de chasse, et ramenèrent de quoi nourrir toutes les bouches.

Quant à Clarke, elle désesperait d'avoir des nouvelles de sa terrienne. Elle préparait activement le remariage de sa mère, et avec plaisir même. Elle était heureuse que sa mère le soit. Mais Lexa occupait son esprit en permanence, le manque l'accompagnant dans les moindres gestes de sa vie quotidienne. Et même quand elle avait un peu de répit par rapport à Lexa, c'était le visage de son père qui se formait dans ses pensées. Il aurait approuvé ce remariage, et pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de vouloir qu'il revienne, qu'il ne soit jamais mort. Maintenant plus que jamais, elle avait besoin de lui.

La veille du mariage, les préparatifs s'intensifiaient de plus en plus. Clarke était occupée à déplacer les tables sur la grande place, pour ménager assez d'espace, lorsqu'elle aperçut Raven, perchée sur le toit d'une des petites maisons de tôle, aussi à l'aise que si elle avait les deux pieds sur terre. La mécanicienne s'occupait des branchements pour les guirlandes lumineuses qu'elle avait réussi à confectionner. S'octroyant une pause, Clarke vida sa gourde remplie d'eau en quelques gorgées, puis alla se poster au pied du perchoir de Raven.

- ça se passe bien ? s'enquit-elle, en la regardant batailler avec des fils de cuivre.

- J'ai l'impression que rien ne sera prêt à temps, mais ça se passe bien.

Dos à Clarke, la jeune femme continuait de s'escrimer avec ses fils de cuivre. Etonnament, elle n'accorda pas un seul regard à son amie.

- Raven.

Toujours rien. La mécanicienne semblait bien trop à sa tâche pour ne serait-ce que lui jeter un coup d'oeil. Ça sentait mauvais. Têtue et butée, Clarke monta à l'échelle. Si Raven ne coopérait pas, elle allait lui forcer la main. Elle progressa à quatres pattes sur la tôle, pas du tout à l'aise, le vide l'attirant comme un aimant.

- Raven. Retourne toi.

Le ton était beaucoup plus dur, presque un ordre. Raven glissa sa pince coupante dans sa poche avant, et s'essuya les mains dans un vieux chiffon. Finalement, à contrecoeur, elle pivota avec aisance sur la tôle pour faire face à Clarke qui laissa échapper un hoquet de stupeur.

- Voilà, tu as tout vu, tu peux me laisser faire mon boulot maintenant ?

Agressive, Raven serrait les poings pour empêcher ses mains de trembler. Elle ne supportait pas le regard de pitié que posait son amie sur elle. Clarke elle, ne pouvait détacher ses yeux de l'hématome impressionnant qui marbrait la joue et l'oeil de la mécano. La pomette était gonflée, l'oeil bouffi peinait à s'ouvrir, le tout réhaussé de nuances de violet du sang qui s'était accumulé sous sa peau.

- Tu vas me donner un nom, tout de suite.

La voix de Clarke avait claqué, sèche et frémissante de rage. Raven la regarda, tout aussi dure, avant de s'adoucir.

- Je me suis fait ça toute seule, c'est un accident. Laisse tomber, vraiment.

Clarke serrait les lèvres, tellement en colère qu'elle était contente d'être seule avec Raven sur ce toit.

- Dis moi que tu es allée à l'infirmerie.

La culpabilité de Raven lui servit de réponse, et cette réponse ne lui plaisait pas. La blonde effleura l'hématome de son amie, lui tirant une plainte sourde.

- Tu vas t'y trainer tout de suite, Reyes, je ne plaisante pas, s'exclama-t-elle, hors d'elle. Le décollement de la rétine ça te parle ? La commotion aussi ?

- Je n'irais pas. Si tu insistes, j'ai une pince coupante dans la poche, et je n'hésiterais pas à m'en servir.

Raven se retourna avec aisance, et poursuivit son ouvrage sans plus s'intéresser à Clarke. La blonde resta un moment perchée sur le toit, choquée et en colère.

- Tu ne me laisses pas le choix. Je vais tirer ça au clair, je te préviens.