.

.

.

A la fin de ce récit, pendant lequel Ron ne m'a pas interrompu, je sens une grande détente traverser mon corps. « Tu es donc mariée à l'un de mes pires ennemis. » Remarque-t-il. Je reste silencieuse. Au bout d'un moment, il souffle un grand coup et continue « Et il t'a abandonnée. »
- « Oui. »

Je m'attendais à ce qu'il me raconte son histoire, mais il n'en fit rien. Il se contenta de regarder sa montre et de s'éclipser pour retrouver sa famille. Mais avant, il me demanda de le rejoindre au même endroit dans deux jours. Deux jours plus tard nous nous retrouvâmes à nouveaux enlacés, à nouveaux nus côte à côte.

C'est ainsi que commença notre relation adultère. Il trompait sa femme, et moi, mon mari parti depuis un mois. Chaque fois, je m'attendais à ce qu'il me raconte son histoire, mais il ne le fit pas. Nous nous contentions de nous retrouver deux à trois fois par semaine. Nous ne parlions pas beaucoup non plus. En réalité nous nous contentions de combler le temps perdu en caresses, en baisers et en sexe. Le temps passait, nous nous rassasions l'un de l'autre. Nous faisions attention de ne pas nous retrouver toujours au même endroit, de ne pas être remarqués par les passants. Je dois avouer que cela avait un goût d'interdit qui me plût. J'aimais nos escapades cachées, les grandes lunettes de soleil et les chapeaux que je mettais pour ne pas être reconnue. J'aimais savoir qu'il m'attendait seul dans la chambre d'hôtel à deux heures de Londres, sans savoir si je viendrais ou non. Pourtant une partie de moi-même était déchirée et hurlait de douleur à chaque rencontre. Tout en m'abandonnant dans ses bras, en embrassant ses lèvres, une voix me criait intérieurement : « Tu te trompes, pauvre folle ! ». Vivre cette relation passée au présent était anachronique. D'autant que nous ne parlions que très peu. Un jour cependant, il me dit : « Je dois rentrer tôt aujourd'hui, mes fils sont malades et ma femme est épuisée. Elle accouche dans trois mois… ». Je le regardais parler tout en ayant l'impression que mon esprit s'était détaché de mon corps. J'oubliais, j'avais envie d'oublier. Je voulais nier l'existence du monde et que nous restions dans le lit l'un contre l'autre.

La deuxième semaine de notre relation adultère fut plein de luxure. Il s'offrit même le loisir de m'offrir une robe hors de prix et de m'emmener en week-end. Nous allâmes dans le Canterbury, et logeâmes dans un hôtel qui faisait face à la plage. Nous déambulions dans les rues comme des idiots que nous étions, le sourire aux lèvres quand j'aperçu dans la vitrine du bar d'un hôtel une grande silhouette fichée de cheveux blonds, appuyée contre un tabouret. Mon cœur s'arrêta de battre, je lâchais le bras de Ron et invoquait une excuse pour que nous nous asseyons juste devant la fenêtre dans le salon de thé à notre gauche. De ma place, j'avais un angle de vue sur le bar de l'hôtel. Pour le moment je ne pouvais apercevoir que cet homme de dos, mais le simple fait de voir se balancer ses cheveux avaient créé un nœud dans mon estomac. Nous commandâmes du thé, malgré la surprise que Ron avait eue de me voir bifurquer si brusquement dans cet établissement il ne fit aucune remarque et en profita pour s'absenter aux toilettes. Lorsque la porte fut fermée derrière lui, je sentis mes jambes se mouvoir et me porter jusqu'à l'entrée de l'établissement de l'autre côté de la rue. Je me dirigeais au bar, l'homme était encore là, accoudé au comptoir comme si de rien était. J'avançais vers lui pour m'installer à quelques mètres, mon cœur battant à tout rompre dans ma poitrine. Alors je m'assis sur le tabouret sans rien dire et demandais au serveur un whisky que je bus d'un trait. En tournant la tête vers le grand blond, je m'aperçus qu'il parlait à une femme. J'avais l'impression que mon cœur allait s'échapper de ma poitrine, je l'entendais frapper contre mes tempes alors que l'homme se tournait lentement vers moi. La femme, grande et blonde comme lui, se dirigea vers l'ascenseur à l'opposé de la pièce. Le visage fin et anguleux contemplait un verre de whisky, l'air absent. Il ne m'avait pas vu. J'étais à trois mètres de lui et il ne m'avait même pas remarquée. Le serveur me fit le plaisir de me servir un second whisky que je bus cul sec, avant de me diriger vers l'homme aux yeux bleus-gris.

.

.

.