CHAPITRE 21
Disclaimer : tous les personnages évoqués et présents (sauf le vieil homme) appartiennent à Masami Kurumada.
Note : merci pour vos reviews adorables, ça fait vraiment chaud au cœur :3 C'est très encourageant pour moi ! J'espère que la suite vous plaira aussi malgré la fin qui approche et mon incapacité totale à être claire et synthétique ! XD
Note 2 : comme je suis un boulet, je n'ai toujours pas trouvé comment empêcher le site de virer aléatoirement une partie de ma ponctuation quand j'y pose le texte... Du coup, parfois des points manquent, ce genre de trucs. C'est pénible mais je ne sais pas comment remédier à ça (j'essaie de copier-coller le texte au lieu de dl le doc mais ça me fait des lignes de codes d'erreur illisibles, je comprends rien XD) J'espère que ça ne rendra pas la lecture trop pénible... Désolée d'avance et bonne lecture.
Sanctuaire, Palais du Grand Pope :
Ils avaient voté.
Une idée de Milo. Puis ils s'étaient emballés : un bref rappel sur la première démocratie du monde, un vote à bulletin secret, ... résultat : presque une fête. Un peu désespérée, la fête. Shaka avait raison : ils avaient peur et composaient avec.
Entré depuis moins de cinq minutes Saga écoutait, pour la énième fois, le silence résonner entre les colonnes glacées du palais. Il n'entendait pas davantage le bruit de ses pas sur les tapis rouges jusqu'au trône millénaire. Une fois devant lui et sans oser s'asseoir, le Chevalier des Gémeaux observa longuement la robe du Pope qui y était posée, pliée soigneusement comme si on avait hâte de la lui revoir porter. Les mots gênés de Shura lui revinrent à l'esprit :
« C'est peut-être une chance. »
Une chance pour lui de se racheter ou bien une chance pour eux de se venger ? Si Saga n'avait aucune envie de se rasseoir sur ce siège maudit, l'idée que ça puisse être une punition était à deux doigts de l'apaiser.
« Tout ira bien. »
Saga aurait sursauté s'il n'avait pas reconnu cette voix. La tension retomba aussitôt quand il trouva, en se retournant, l'être le plus véritablement connu d'entre tous.
Ce dernier s'avança pour se planter devant lui, un air victorieux sur le visage.
« Kanon ? Depuis quand es-tu là ?
- Pour toujours. »
Maison de la Vierge, le lendemain matin :
« Ces terres sont sacrées. A notre cœur et pour bien des raisons, elles le sont aussi en lui. Ce qui fait de chacun d'entre nous un Temple. »
Les mots de la Vierge imposaient un tel silence qu'il était impossible de dire s'ils touchaient au but ou s'ils étaient rejetés en bloc. Il faut dire que son interlocuteur était naturellement illisible. Shaka sembla s'excuser :
« Je ne prétends pas comprendre...
- Toi et moi abordons le problème différemment. Répondit calmement le Verseau. Pour autant, le mystère mérite autant notre intérêt que n'importe quelle autre chose au monde. »
Shaka sembla réfléchir à ces mots, puis hocha lentement la tête. Camus poursuivit :
« Ce n'est pas un angle de vue par lequel j'ai pris l'habitude d'observer le monde, mais en l'occurrence je me demande s'il ne manque pas à ma compréhension des choses. »
- Nous avons eu tort de ne jamais prendre le temps de parler jusque-là. »
Il y eut un silence, puis Camus acquiesça à son tour. La Vierge reprit :
« Mon instinct me dit que... »
De nouveau, il hésita. Camus regardait, sans intention visible mais avec la plus grande attention, l'homme malingre à l'âme immense. L'odeur de la résine brûlée fumante gênait à peine l'homme des grands espaces : dans une autre vie, le toit avait été ouvert par la force des choses.
« ... Que dans cette guerre-là, et quoique le champ de bataille soit différent, Athéna a décidé de sauver tout le monde une bonne fois pour toutes, et peut-être depuis plus longtemps qu'on ne le pense. »
Le Verseau songea puis énonça lentement, avec une sorte de prudence respectueuse :
« Penses-tu qu'elle ait pris part à cette résurrection elle-même, d'une manière ou d'une autre ?
- Je ne sais pas. »
Cette dernière phrase sembla attirer plus encore l'attention du Verseau, que le Chevalier de la Vierge interrogea en retour :
« As-tu une idée à ce sujet ?
- ... A vrai dire, commença Camus comme s'il y réfléchissait encore, la seule chose qui me semble absolument claire depuis notre retour est que personne n'a l'air de comprendre, et que c'est la chose la plus naturelle et la plus humaine du monde. »
Un mince sourire passa sur le visage du Chevalier de la Vierge.
« L'humanité est un mystère comme un autre, tu vois.
- Tu n'es pas ignorant sur le sujet, Shaka.
- Je l'ai longtemps été. »
Le Verseau prit quelques secondes avant de répondre le plus simplement du monde :
« Le plus important étant ce que nous voulons être. »
Réfectoire du Sanctuaire, au même moment :
« Bon... Ce soir c'est toi le spécialiste. Mais vas-y doucement, on sait pas trop si... »
Astérion hocha la tête et se plaça devant Deathmask, concentré mais surpris par l'apparence délabrée du Chevalier d'Or : ses cernes affreuses et son amaigrissement visible lui firent pitié. Comment un type de son rang avait-il pu finir dans cet état ? Hésitant une seconde sans trop savoir pourquoi, il finit par appeler son regard et à la surprise générale, il y parvint presque aussitôt. Personne n'y parvenait, hormis Aphrodite. A leur connaissance, du moins.
Au début, rien ne se passa. Astérion fixa le Cancer dans les yeux, longuement, pendant peut-être une longue minute mais en vain. Alors le Chevalier des Chiens de Chasse ferma les paupières, prit deux ou trois inspirations et se concentra de nouveau.
« Un problème ? Demanda Milo, inquiet.
- ... Vous pourriez vous éloigner un peu ?
- Qu'est-ce qui se passe ? Redemanda le Scorpion.
- L'air est comme en temps d'orage... Marmonna le Chevalier d'Argent.
- Explique-toi.
- C'est... Reprit le Chevalier des Chiens de Chasse sans terminer.
- Euh... ouais ? »
Les autres avaient fait un pas en arrière mais n'étaient pas plus avancés.
Aiolia regarda Marine du coin de l'œil, comme si elle avait pu l'aider. Mais son visage censuré le gênait décidément beaucoup. Kiki quant à lui restait perché sur l'une des nombreuses tables vides, les jambes battant dans le vide et l'air bien trop sérieux.
« Bon... Reste calme. On n'est pas là pour te surveiller mais pour vous protéger tous les deux. » Crut bon de préciser Milo.
Le Chevalier d'Argent eut une moue dubitative. Peut-être parce que debout derrière le Cancer, tout près de lui en somme, Aphrodite le fixait dangereusement, les deux mains plaquées sur les épaules abattues de l'Italien.
« Aphrodite ? ... Respire... » Osa le Scorpion qui ne s'était pas vraiment reculé, lui.
Puis Milo voulut chercher le regard de Camus, pour trouver une réponse. Alors il se souvint qu'il n'était pas venu, leva les yeux au ciel et enfin croisa le regard de Shura, qui n'était pas vraiment plus rassurant que celui d'Aphrodite. Juste mieux contenu.
Puis deux bonnes minutes passèrent, interminables et au bout desquelles le Chevalier d'Argent peinait toujours à lire : pour la énième fois il perdait et rappelait le regard du Cancer pour y plonger le sien, força à peine sur son cosmos et tout à coup... il lui sembla comprendre.
« Oh... Il... »
Sans pouvoir terminer sa phrase, Astérion s'écroula brutalement. Aphrodite serra les épaules de Deathmask. Très fort. Et même quand il vit le Chevalier d'Argent se débattre au sol en se tenant le crâne, il se contenta de laisser couler un regard vaguement inquiet dans sa direction sans bouger, les doigts plantés dans les épaules du Cancer. Milo s'accroupit près du Chevalier d'Argent et, après quelques baffes, crut le voir reprendre ses esprits.
« Une attaque mentale ? Demanda un Aldébaran préoccupé.
- Depuis quand il fait ça, lui ? S'exclama Milo qui perdait son calme.
- On va devoir appeler Mû... Soupira Aiolia.
- On devrait éviter, vraiment. Fit Aldébaran. Shaka, plutôt. »
Shura surveillait Aphrodite du coin de l'œil, sans prendre part à l'échange.
« Shaka est en réunion avec Camus. Puis il voudra jamais. Jeta le Scorpion avant de marmonner tout en regardant Astérion. Bordel, il a vraiment pas l'air bien...
- Ne crois pas le contraire. Assura le Lion déjà prêt à partir chercher le Chevalier de la Vierge. Et calme-toi, Milo...
- C'est toi qui dis ça ? Rétorqua le Huitième Gardien, soudain sur la défensive.
- Je crois qu'il est trop tard... »
A la dernière phrase du Taureau, plusieurs têtes se levèrent.
« Kiki n'est plus là.
- ... Et merde. Depuis quand ?
- Qui l'a vu partir ? »
Pendant quelques secondes, on n'entendit plus qu'Astérion qui reprenait son souffle.
« Ça va mieux ? Demanda Aiolia au Chevalier d'Argent.
- ... le papillon...
- Hein ? »
Mais ce qui devait arriver arriva : la porte du réfectoire s'ouvrit sur Mû, accompagné d'un Kiki plutôt fier de lui. Le Bélier, en outre, avait l'air plutôt agacé et pressé d'arriver. Il les regarda tous d'abord, sembla chercher quelqu'un dans la pièce. Il vit en premier Marine, adossée près de l'entrée, statuaire. Puis Deathmask, assis sur une chaise, les coudes sur les genoux et le regard planté dans une direction si précise qu'on aurait pu croire qu'il y voyait quelque chose. Derrière lui, debout, Aphrodite, dont on ne savait pas s'il lui tenait les épaules ou s'il s'appuyait sur lui.
Ils avaient l'air si seuls.
Et à seulement un ou deux mètres de là, l'attroupement autour d'Astérion qui se bouchait les oreilles comme pour les protéger d'un son insupportable. Pendant qu'on le portait vers une chaise, Mû soupira silencieusement et ferma les yeux un instant, l'air déjà aux limites de sa patience, que personne ne pouvait vraiment se vanter d'avoir vu.
« ... Je suppose que ton disciple t'a expliqué ce dont il s'agissait ? Demanda Shura tout en passant volontairement dans le champ de vision du Cancer, qui ne réagissait pas.
- Il m'a plutôt bien expliqué, oui... »
Grand sourire de l'apprenti, qui tira la langue à Shura.
Le Capricorne ne répondit rien, ni les autres d'ailleurs. Mû s'était dirigé vers Astérion, passant devant tous les autres puis s'accroupit devant lui, claquant doucement des doigts devant son visage pour capter son attention. Cela prit quelques longues secondes au Chevalier des Chiens de Chasse pour se concentrer. Le Bélier eut une légère grimace.
« Astérion ? Fit-il en élevant un peu la voix pour être sûr d'être entendu. Tu vas aller dormir. Tu ne lis pas, tu ne parles pas, tu penses le moins possible et tu ne regardes personne dans les yeux. Compris ? »
Son interlocuteur hocha la tête après un temps de réflexion un peu long.
« Très bien. Nous verrons comment tu es à ton réveil. Kiki ? Accompagne-le. Marine aussi, par sécurité. S'il vous plaît. »
Le Bélier se redressa pour suivre du regard l'apprenti et Astérion qui sortaient. Marine les suivit sans discuter, non sans avoir jeté un œil au Capricorne et au Cancer. Une fois la porte refermée, Mû se retourna vers les autres, l'air agacé :
« Je n'ai pas tellement envie de vous faire la leçon...
- Personnellement, j'apprécierais. Histoire de comprendre un peu ce qui vient de se passer.
- Ce ne sera pas la peine, Milo. C'est réglé. » Répondit Mû sur un ton las.
Le Scorpion plissa les yeux. Aiolia allait répondre, mais Mû se retournait déjà vers celui qu'on appelait Masque de Mort. Mais c'était sans compter Aphrodite, qui le contourna aussitôt pour s'interposer. Et ce que le Bélier vit dans les yeux magnifiques des Poissons était pire qu'une mer démontée. Cependant Mû n'eut pas le temps de penser davantage qu'un cri plein de peur les fit tous sursauter :
« Nej! GE DIG I VÄG! »
Shura tourna la tête le premier. Le Bélier, qui n'était actuellement pas spécialement enclin à la diplomatie, fut si surpris de se faire crier dessus par le Chevalier des Poissons qu'il redescendit d'un ton :
« Aphrodite... On ne peut pas le laisser comme ça. »
Mais le Douzième le fixait toujours, la tête vide, les nerfs incendiés et les yeux pleins d'orage. Mû plissa les yeux il comprit que s'il faisait un pas de plus, Aphrodite n'hésiterait pas à... rien du tout : Shura venait d'attraper fermement l'épaule des Poissons pour l'entraîner dehors manu militari, à la surprise générale.
Une fois dehors, le Capricorne dut l'empêcher de retourner à l'intérieur.
« T'allais faire quoi, là ? C'est Mû. »
A l'autorité du ton, Aphrodite répondit par un regard de tempête. Les chevaliers se fixèrent un moment, jusqu'à-ce que le Douzième Gardien cherche à se dégager. Alors le Capricorne osa :
« Aphrodite. Je sais que t'as envie de pleurer. »
Nouveau regard foudroyant des Poissons. Mais au lieu du reproche qu'il pensait trouver dans les yeux de Shura, il vit quelque chose qui l'émut profondément. Une chose qui le ramenait trop durement à ces temps difficiles mais magnifiques... et surtout révolus. Aphrodite laissa échapper un sanglot aride, mais retint tous les autres. Un poing pressé contre sa mâchoire serrée et l'autre bras crispé à hauteur de son diaphragme, il résistait si fort qu'en le voyant, Shura ferma brièvement les yeux et énonça doucement, sur un ton tellement désolé :
« Oyes… claro que sé que eres valiente. »
Alors le Capricorne étendit l'un de ses bras pour entourer, sans brusquerie mais avec force, les épaules raides du Chevalier des Poissons qui ne voulait pas pleurer.
Pendant ce temps, aux abords du Sanctuaire :
Il profita encore un instant du grand air et du grand calme. Tout ici était plus respirable. Le vent passait si bien dans cette ruelle qu'il dégageait presque totalement son visage.
Toutes les lumières étaient éteintes. Il n'avait pas eu besoin qu'on lui donne une adresse, mais il savait qu'il était bien arrivé. Il le sentait. Au fond de lui, un grand calme était sur le point de se produire. Glorieusement. C'était une paix qui appelait le sang. Accroupi sur les bords des tuiles méditerranéennes, les mains agrippées à la pierre rousse, Valentine de la Harpie, de l'Etoile Céleste de la Lamentation, portait dans ses yeux une lueur de sauvagerie ancienne qui serait bientôt apaisée.
Quelque part aux abords du Sanctuaire, dans la soirée :
« Ah, le voilà. »
Le Taureau mit sa main en visière. Une silhouette arrivait, effectivement. Désarmée, évidemment. Alors l'appréhension irraisonnée qu'ils avaient eue, Mû et lui, s'était envolée.
« On s'est monté la tête pour rien.
- Comme souvent, en ce moment, Mû. »
Le Bélier voulut lui envoyer un regard de reproche, mais se ravisa presque aussitôt. Ils s'avancèrent pour rejoindre l'inconnu.
« Tranquillise –toi. On ne s'absente pas longtemps de nos Maisons, va... »
Il faut dire qu'avoir pu faire sortir Mû de sa Maison relevait du miracle et Aldébaran se demandait encore comment il y était parvenu. Mais les minutes passant, le Bélier était de moins en moins tranquille et le Taureau se mit à craindre que son voisin craque.
« Les deux premières Maisons sont vides, Aldébaran. Répéta l'autre pour la énième fois.
- ... On n'en a pas pour longtemps. Répondit le Deuxième patiemment.
- Saga n'est pas en état, Kanon n'est pas Chevalier d'Or, Masque de Mort est...
- Saga est encore capable de se battre, et...
- ... Ça fait quatre Maisons, Aldébaran. »
Le Taureau s'arrêta net et fit face au Bélier en plein milieu du chemin.
« Mû. Respire ou je t'assomme. Il nous attend. On vérifie vraiment qu'il est pas armé parce que ce type est un sournois, ensuite on l'escorte et on rentre. »
Le Premier Gardien le fixait avec un air terriblement obstiné. Mais en la matière, les deux étaient de véritables professionnels. Ce qui laissa le temps à ce drôle d'invité d'arriver à leur niveau.
« Bonjour. Veuillez excuser mon retard. J'ai fait au plus vite.
- Hmm. Bonjour, « Sirène ». Fit le Taureau de mauvaise humeur. On était au courant. Pas de problème. »
Mû semblait, de l'extérieur, parfaitement calme. Mais en regardant son homologue demander au Général marin de vider ses poches et procéder à une fouille sommaire, il se demandait encore comment ils avaient pu en arriver là, son esprit encore trop peu capable d'optimisme. Puis il les vit se serrer la main, un peu à contrecœur, et entendit Aldébaran se mettre à rire pour briser la glace. Admirable.
Vraiment admirable, songeait le Bélier.
Mais la voix du Général le sortit de ses réflexions de plomb :
« Non, je n'ai pas non plus emmené ma flûte... »
Le ton de la Sirène était presque indigné.
« Qui donc, hormis un sombre dégénéré, tenterait une folie pareille ? Je suis venu seul. Chez vous. Vous êtes immensément nombreux... et non moins puissants que moi pour certains. »
Il marqua une pause très rhétorique et reprit sur un ton paisible, presque chantant :
« Nous sommes en temps de paix. Enfin, les ordres viennent de tellement plus haut. Un esprit droit et bien fait n'y verra ni la moindre opportunité, ni le moindre avantage. »
Aldébaran songeait à l'interrompre, cherchait une manière de lui dire que c'était bon, qu'il avait compris, quand :
« Et puis... Que vous le croyiez ou non, respecter cet endroit est la moindre des choses que je puisse faire... Cependant, vous ne comprendriez pas. »
Après quoi le musicien entra dans une rêverie solennelle qui laissa les Chevaliers d'Or à la fois dubitatifs et intrigués. Tout en discutant, ils marchèrent jusqu'à l'antique Bouleuterion en silence, ce monument si peu souvent habité et dont ils voyaient les portes closes pour la première fois.
« C'est ici.
- Merci bien. » Répondit révérencieusement le Général de l'Atlantique Sud, hésitant tout de même à entrer.
Enfin il fit quelques pas, puis se retourna vers eux, l'air définitivement incertain.
« Pardon, est-il normal qu'il n'y ait personne pour garder l'entrée ? Ou dois-je... frapper à la porte ?
- C'est normal. Répondit Mû. Crois-nous. La présence de gardes en ce lieu est parfaitement inutile. Tu comprendras sans doute une fois à l'intérieur. »
Sorrento déglutit. Puis il les remercia poliment et entra. Le temps que les portes se referment, les Chevaliers d'Or eurent le réflexe inexplicable de fermer les yeux.
« Il parle trop... Soupira Mû en tournant les talons. Rentrons.
- Hmm. Il avait peur. Mais il remonte dans mon estime, le gosse de riche.
- Tu n'as jamais su résister aux démonstrations d'intégrité. »
Le Taureau eut un sourire.
« Sérieusement, je pense que c'est l'une des plus belles choses qu'on puisse voir sortir d'un cœur humain. »
Mais Mû ne l'écoutait déjà plus, concentré qu'il était sur sa destination. Le Taureau soupira.
« Tu sais Mû, un jour, on trouvera le moyen d'en rire... »
Le Bélier ne répondit pas.
« Comment va Astérion ? Reprit Aldébaran pour changer de sujet tandis qu'ils marchaient.
- Epuisement mental. Ça va être long à guérir...
- Deathmask l'a pas loupé... Depuis quand il sait faire ça ? »
Mû ne quittait pas des yeux sa destination et accélérait le pas.
« N'importe quel esprit se défend d'instinct contre les intrusions... Plus ou moins efficacement. Et nous parlons de l'esprit d'un Chevalier d'Or. Et nous savons tous où cet esprit a si souvent erré...
- Hmm... Acquiesça Aldébaran en notant la dureté du regard du Bélier.
- Alors... Deathmask sait sûrement faire ça depuis longtemps. Et dans l'état où il se trouve, son esprit se défend plus férocement qu'une bête sauvage jeté à la merci des autres. »
Le Taureau hocha gravement la tête.
« Et... pour lui ? Qu'est-ce qui va se passer ?
- Je ne sais pas. Je n'ai pas pu... »
Aldébaran s'en doutait. Tout à l'heure, il avait passé à peine quelques instants à sonder l'esprit du Cancer. Puis il l'avait renvoyé chez le Capricorne. C'était tout. Mû admit, gêné :
« Son corps est ici, son esprit est partiellement ici ou plutôt... non, il est ici mais... tenta d'expliquer le Bélier, confus et s'en voulant visiblement de l'être.
- Et le tien a besoin d'une pause. Une fois rentrés, tu dors. Je resterai sur le parvis de ta Maison. »
Et à sa grande surprise, Mû ne répondit pas.
Bouleuterion :
« La vérité, et c'est bien là tout le problème... »
La voix, claire et puissante, résonnait avec force dans l'espace sacré comme si sa géométrie avait été taillée pour sa voix.
... C'est que lorsque des âmes sont privées du Lêthê, il n'y a rien d'autre à faire : soit il faut qu'elles se désincarnent de nouveau, soit elles combattent seules pour guérir de... »
Eaque perdit ses mots l'espace d'un instant, comme si la suite de son propos méritait plus d'attention encore :
« ... tous les maux imputables à la mémoire. »
Le temps de croiser les bras derrière son dos et de relever imperceptiblement le menton, il avait déjà imposé un lourd silence.
Même Rhadamanthe l'écoutait avec la plus grande attention et hocha imperceptiblement la tête, l'esprit en ébullition. Minos fronçait les sourcils, songeur, placé entre ses frères éternels. Après une brève pause rhétorique, que les Juges millénaires se laissaient les uns les autres le plus naturellement du monde depuis toujours, L'Etoile Céleste de la Férocité prit la parole :
« Assez tergiversé. Contre qui notre faute a-t-elle été la plus grande ? »
Tous les regards obliquèrent vers la Wyverne : les yeux de l'Anglais étaient limpides et on ne peut plus déterminés à comprendre, si animés par cette soif de vérité dont personne n'eût su dire si elle venait de l'homme, ou du Juge.
« Les dieux sont tels que tu les connais. » Répondit, sibyllin, l'auguste mendiant qui ne les avait pas quittés jusque-là.
L'expression de Saori était, elle aussi, extrêmement claire : déterminée et confiante. Une confiance qui les ébranlait tous, Sorrento le premier : Athéna n'eut qu'à lui envoyer un seul regard pour chasser le sentiment grandissant qu'il avait de ne pas être à sa place. Alors la gorge du Général se serra et toute angoisse se volatilisa sous l'émotion il ferma les yeux au moment où une autre question fusait :
« Et… Plus clairement ? Redemanda Rhadamanthe calmement.
Depuis la fin de votre première vie mortelle, notre père vous a assignés à cette très digne fonction de vous mettre au service d'Hadès pour juger les âmes des défunts. On pourrait donc considérer que vous avez accompli votre première mission, en obéissant à votre dieu. »
Lever de sourcil incrédule de Minos. Clignements d'yeux perturbés d'Eaque. Enfin trois regards durs qui affrontèrent la déesse en face d'eux mais l'immense paix qu'ils trouvèrent dans ses yeux manqua de les désarmer d'un seul coup.
« Mais nous sommes allés contre Sa volonté en annulant leur résurrection, non ? Qu'étions-nous censés faire ? » Demanda Eaque en empêchant Minos de réagir le premier.
Aux derniers mots de son demi-frère, le regard perçant de Rhadamanthe fixa le très solennel vieillard avec intensité. Minos, lui, ferma les yeux presque aussi fort que s'il avait pris un coup.
« En effet… Répondit simplement le pauvre hère. Mais en agissant de cette façon, il s'est produit très naturellement quelque chose que vos jeunes siècles n'avaient pas prévu. J'en suis à peu près certain. »
Les trois regards étaient braqués sur lui, mais aucun n'exprimait la même chose : Minos ne pouvait plus dissimuler son appréhension, Eaque affichait une expression dubitative mais patiente tandis que Rhadamanthe plissait les yeux, décortiquant et analysant strictement tout ce qui passait à portée de la mâchoire de son esprit.
« Non, en fait j'en suisabsolument certain... Car c'est le seul sujet sur lequel vous avez toujours pris soin de ne pas vous consulter. Poursuivit l'humble vieillard. Non pas pour vous dissimuler vous-même, non... Mais pour ne pas impliquer vos frères...
Qu'est-ce que ça veut dire, plus clairement ? Demanda Eaque après avoir jeté un œil rapide à Minos, qu'il sentait s'impatienter.
Sans le vouloir, chacun à votre façon, vous avez manifesté au moins une fois chacun les vertus pour lesquelles votre père vous avait confié cette illustre tâche. »
L'Anglais plissa les yeux et ses deux frères l'interrogèrent du regard. Il semblait réfléchir.
Ce Conseil était interminable... Ils ne savaient même plus quand ils étaient entrés, ni depuis quand ils parlaient, mais ils avaient une idée assez claire de la manière dont il avait évolué vers leur propre jugement : ils l'avaient très vite cherché. Oh, comme ils avaient attendu ce moment ! Ce moment par lequel tout finirait !
De son côté Sorrento, arrivé en plein milieu de la discussion, avait été placé autour de cette table ronde et creuse au centre de laquelle se mouvait debout un étrange personnage, comme s'il y trônait. Le Général du Pilier de l'Atlantique Sud se méfia immédiatement de lui. A sa droite, à peut-être deux mètres siégeaient les Trois Juges, d'abord Eaque, puis Minos et enfin le plus éloigné de lui, Rhadamanthe. En face de lui, ce misérable vieillard donc, qui s'adressait aux uns et aux autres avec l'aisance et le charisme d'un démiurge. Enfin sur sa gauche se trouvait Athéna bien sûr, mais également Shun d'Andromède, dont il ne parvenait pas à s'expliquer la présence.
Au contraire, Shun quant à lui craignait de comprendre à chaque fois que le vieillard le regardait, il se sentait brusquement échapper à lui-même et ça le terrorisait. Cette sensation si désagréable lui en rappelait une autre, ancienne et singulièrement naturelle : on l'appelait. Il ne savait pas l'expliquer, mais il le sentait et il ne le voulait pas.
« Si vous êtes allés contre la volonté de notre illustre père en obéissant à votre dieu... En outre vous avez tous désobéi, au moins une fois chacun, à votre dieu... honorant par là-même la volonté de notre Père. »
Aucun des trois frères n'osa croiser le regard de l'autre : Minos détourna le regard, Eaque semblait plus que dubitatif et Rhadamanthe... continuait de fixer attentivement l'indigent vieil homme, qui poursuivit sur un ton trop bien trop indulgent :
« Alors que dire de Trois Juges qui ont désespérément essayé de ne pas se parjurer ?
- Cesse de te moquer de nous ! Grinça Minos.
- Rune est en France... épargné. »
Le doigt tordu venait de le pointer énergiquement du doigt, lequel désigna ensuite Rhadamanthe et Eaque :
« Valentine est ici... épargné. Et Pharaon t'a ôté la responsabilité de sa propre mort en rentrant tout seul. Il en a eu le temps, tu as retardé ton geste. Tu ne le voulais pas. »
Eaque resta bouche bée, ne sachant plus quoi dire pendant un quelques secondes. Le regard de Rhadamanthe quant à lui fixait toujours le vieillard théâtral. Minos se pinçait l'arête du nez, —tic nerveux qu'il avait transmis à Rune, à moins que ce ne fût l'inverse.
« Sans compter les autres qui s'en sont sortis grâce à ceux-là. C'est de votre fait. Alors je vous le demande de nouveau : que dire de Trois Juges qui se sont évertués à honorer deux serments contraires ?
- Ce n'est pas à nous de répondre à cette question. Trancha froidement Rhadamanthe.
- Ni à Minos, au cas où... Ajouta le Garuda gravement. Pas cette fois. »
Le très digne mendiant se tut un instant, les considérant tous les trois longuement.
« Votre fraternité est un exemple de dignité. »
Athéna, qui s'était tue depuis le début de leur échange, ne semblait pas voir d'un très bon œil la tournure que prenait cette discussion. L'auguste vieillard se retourna d'un coup vers elle, donc vers Shun, qu'il fixa de nouveau.
« Qu'en dis-tu, toi ? » Lui demanda-t-il.
Le Chevalier d'Andromède eut une mine absolument désolée. Il ne savait ni quoi répondre, ni se sentait le droit de le faire. Et ce regard...
« ... Bien sûr que tu ne veux pas me répondre. Lui adressa le majestueux mendiant comme s'il l'avait entendu penser. Bien sûr que tu es épuisé. Mais même si je sais que cela te coûte, je sais aussi que... »
C'était comme si la moindre inflexion de cette voix trop intense pliait son esprit à chaque mot.
« ... Tu m'entends. »
Le ton du vieillard était tout à coup si habité que Shun ne pouvait plus que le fixer, incapable d'en détacher son regard. Pourquoi ce vieil homme lui donnait-il l'impression de lui arracher l'âme à chaque fois qu'il prononçait un mot à son attention ?
« Et je sais que tu es là... l'Invisible. »
Son cœur fit un bond dans sa poitrine.
« Je sais aussi que la haine n'a rien à voir là-dedans. Certains ici l'ont compris aussi. Pas tous encore. La plupart s'en doute. Ils ont besoin de notre indulgence. Par loyauté et du fond du cœur, ils ont compris que c'était bien autre chose. Rassure-toi. Ils ont compris que c'était un sentiment beaucoup plus digne de toi. »
A présent quelque chose craquait lentement au fond de son cœur, que la voix cherchait comme à extraire. Et il ne le voulait pas.
« Ton courroux est tant de fois millénaire... Et toi, qui nous entends, tu attends que nous mettions un terme à cette horreur... Cette horreur qui a grandi chaque fois qu'on aurait dû te consulter, mais qu'on ne l'a pas fait. »
Shun, impuissant, vit avec effroi sa main se crisper sur sa table sans pouvoir la commander. Il ne vit pas le regard incisif d'Eaque. L'illustre misérable poursuivit, rappelant de force le regard du Chevalier Andromède :
« Mais ô toi, Hôte Renommé aux Portes Solidement closes, ne brûles-tu pas de nous le dire toi-même ? »
Shun voulut protester poliment, bafouilla n'importe quoi pourvu de résister à tout prix, se répétant vainement que ce n'était pas censé être possible, rassemblant encore à toute hâte dans son esprit les preuves rationnelles qu'il pensait pouvoir le protéger; mais lorsqu'il voulut chercher le regard d'Athéna il se trouva brusquement incapable d'esquisser le moindre geste. Alors il comprit, effroyablement, le regard que les Juges avaient soudain braqué sur lui.
Cependant, il n'eut pas le temps de s'en inquiéter : aussitôt les sons s'étouffèrent et son cœur s'affola. Il crut perdre connaissance mais revint à lui plusieurs fois, au même endroit et dans la même position, droit dans sa posture et complètement désorienté. Chaque fois plus épuisé. Rapidement il perdit la notion du temps et son sentiment de sécurité vola en éclats mais à chaque fois qu'il émergeait de cet état incompréhensible, il les voyait tous les trois...
... Et leurs regards, qui l'abreuvaient de loyauté.
Réfectoire du Sanctuaire, le même soir :
A présent Camus comprenait pourquoi Shura l'avait mis en garde contre la nervosité des autres Chevaliers. Si tout le monde semblait à peu près calme, il constatait que cela tenait à peu de chose. Pourtant eux, Chevaliers d'Or, avaient pris un soin particulier à ne pas leur révéler ce qui se tramait pour ne pas semer la panique. Malgré ce soin, ils le sentaient inexplicablement.
C'est le même ciel qui porte toutes les étoiles, se disait-il.
Camus jeta un œil par la fenêtre, où les premières constellations apparaissaient dans un ciel orange et vert. Son attention revint presque aussi vite vers les hommes et femmes présents : gardes et chevaliers discutaient de manière animée. Tendue, en vérité. Quelque chose pesait dans l'air, lentement. Surtout au fond, juste dans le coin, à la place habituelle des Spectres bien sûr. Ils n'étaient plus que trois depuis un moment, le moral était sapé depuis longtemps et l'un d'entre eux ne venait presque plus manger. C'était encore le cas ce soir.
L'élan lui vint de marcher vers eux mais la vue tous les autres, dont le cœur était en feu, le dissuada.
Au moins, espérait-il, la cohésion habituelle n'était pas rompue. Quel dommage seulement que les Chevaliers de Bronze s'isolent, que les Chevaliers d'Argent s'isolent, que les femmes s'isolent, que les gardes s'isolent, que les Spectres s'isolent. Et puis, il y avait autre chose...
Quelque chose d'insidieux. Une pression lente et pesante qui leur tombait sur les épaules depuis quelques heures à peine et qui leur ôtait jusqu'à l'appétit. Des coups d'œil fusaient, souvent inquiets, parfois plus noirs.
Ils avaient peur. Quelque chose n'allait pas. Il avait dû en séparer deux, déjà. Pour une broutille. Camus songeait tout en les observant : avec ce qui se tramait au sein même du Sanctuaire, ils auraient peut-être dû penser à...
Le Verseau se surpris soudain à penser au cimetière, mais se reprit aussitôt. Ce n'était pas son genre, de revenir en arrière. Beaucoup plus celui de Milo. Milo qui faisait les mêmes cauchemars chaque nuit, Milo qui peinait tellement à tenir assis dans un coin, Milo qui ne voulait plus se laisser penser seul. Voilà ce dont il allait falloir s'occuper, à présent : être rationnel pour ceux qui ne le pouvaient plus.
Et les sortir de cette horreur.
Alors l'Humaniste du Zodiaque se leva et se mit à circuler entre les tables. Aucun regard ne lui échapperait.
Maison du Capricorne, au milieu de la nuit
Aphrodite se redressa brutalement, les cheveux devant sa figure et l'air complètement hagard. Où était-il ? Combien de temps avait-il dormi ? Son mental fatigué parvint pourtant à rassembler les réponses nécessaires : la Maison du Capricorne. Beaucoup trop longtemps.
Puis le mauvais souvenir de la veille lui revint et il s'étira sommairement avant de commencer à démêler ses cheveux avec ses doigts.
Il faisait encore nuit. En clignant des yeux plusieurs fois, déjà parfaitement réveillé par le bouillonnement abyssal de ses inquiétudes, il se demanda vaguement pourquoi Shura laissait toujours la fenêtre grande ouverte la nuit.
D'ailleurs, si lui était dans sa chambre, où était le Dixième hôte ?
C'est en cherchant dans la pénombre de la pièce spartiate que les yeux des Poissons le trouvèrent.
Mais ce n'était pas Shura.
Assis sur une chaise juste en face de son lit, une silhouette familière se tenait là, le corps avachi par la faiblesse, les yeux ouverts par l'invisible. Rassuré de le voir, Aphrodite plissa les yeux et appela le Cancer par son prénom, deux fois. Le temps d'attirer son attention.
« Idiot, pourquoi tu dors sur une chaise ? »
Deathmask se redressa légèrement sur les accoudoirs. Aphrodite posa les pieds par terre, sentit le tapis de nattes, s'étira brièvement.
« J'ai assez dormi, moi. Prends ma place... Tu vas avoir mal au dos. » Enonça-t-il mollement.
Puis il marcha vers lui et, avec un soupir silencieux, s'assit par terre à côté des jambes du Cancer en appuyant lourdement sa tempe contre ses genoux. Il n'avait jamais vraiment compris pourquoi le silence, dans ce Temple, était supérieur et à y réfléchir, ce calme terrassait agréablement sa volonté.
« Je vais rester avec toi, alors. » Ajouta-t-il en fermant les yeux.
Quand il sentit la main de l'Italien se poser sur sa tête, les doigts emmêlés dans ses cheveux, les larmes lui montèrent irrésistiblement aux yeux et débordèrent. L'eau salée tomba de ses cils sur ses joues, puis coula jusqu'à son menton. La main réconfortante serra son épaule et...
... Il se réveilla dans le lit qu'il pensait avoir quitté un instant plus tôt, la gorge horriblement nouée. Une fois de plus, un rêve venait de lui rendre son réveil odieux.
La fenêtre était toujours ouverte et quand il se leva pour s'y accouder, clignant encore des yeux pour ne pas se mettre à pleurer, il trouva la Lune haute —au même endroit que dans son rêve— et le vent frais. Le vent venait sûrement de la mer. Il ferma les yeux et pensa à elle. Puis fut pris d'un doute. Se retourna et sursauta.
Au fond de la pièce, dans la pénombre, le Chevalier du Cancer le fixait, droit sur sa chaise, de ses yeux qui ne pouvaient pas dormir.
Comme c'était navrant.
« Tu sais que c'est bizarre de regarder les gens dormir comme ça ? » Tenta-t-il pour se redonner contenance.
Alors le Cancer se mit debout et marcha lentement vers lui.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il... y a... ? »
Dans le doute, Aphrodite jeta un œil par-dessus son épaule, en direction de la fenêtre. Mais rien. C'était juste la Lune. Mais quand il se retourna vers Deathmask, ce dernier était déjà juste devant lui et il sursauta de nouveau.
Alors il vit la main de l'Italien s'approcher de son visage et, d'un pouce, essuyer la larme qu'il n'avait pas versée.
Bouleuterion, plusieurs heures plus tard
Il ne sut pas combien de temps s'était écoulé lorsqu'il reprit le contrôle de son corps et de ses pensées mais aussitôt son esprit, comme en réaction à une immense peur, s'agita brusquement. Il aurait probablement cédé à la panique si la main d'Athéna n'était pas revenue sur son épaule.
« Shun... Commença –t-elle doucement. C'est fini. Je suis désolée. »
Mais il ne l'écouta pas vraiment : son attention était rivée sur les Juges. Or les Spectres ne le regardaient plus ou plutôt, évitaient son regard.
Sur sa droite, Shun ne comprit pas non plus pourquoi Sorrento semblait si bouleversé.
Et quelle fatigue. Il ne se souvenait pas avoir été aussi fatigué.
La déesse reprit plus haut :
« Merci à tous. »
Il y avait de la gravité dans la voix de Saori. Le Spectre du Griffon semblait respirer profondément, comme sous le coup d'une grande émotion. Le regard d'Eaque brillait d'une solennité paisible. Rhadamanthe demeurait illisible. Complètement perdu, le Chevalier de Bronze chercha celui du Général marin qui était, actuellement, le seul être véritablement accessible de ce lieu. Le seul mortel. Il avait besoin d'un regard de mortel, de la personne qui lui ressemblait le plus ici. La Sirène lui offrit enfin un sourire bref, l'air secoué encore. Que s'était-il passé ? Pourquoi ne s'en souvenait-il pas ?
Quant à l'indigent vieillard : disparu. Etait-il seulement venu ?
Dortoir des Spectres :
Sylphide ne dormait pas. Quand il vit la porte s'ouvrir, il se redressa aussitôt et vit Valentine la refermer silencieusement derrière lui pour se diriger vers la salle d'eau. Alors une odeur l'interpella immédiatement : celle du sang. Il écarquilla les yeux et attendit que la Harpie ait franchi le seuil de la pièce pour se lever sans réveiller Queen.
Observant le reflet de Valentine dans le miroir au-dessus du lavabo où le Spectre se lavait soigneusement les mains, le Basilic chassa un doute de son esprit.
« Je vois que tu n'es pas blessé... » Demanda-t-il presque, voix basse.
Le regard doré de son confrère lui répondit par le miroir, et ce fut comme s'il y sonnait encore une alarme assourdissante.
« Non.
- C'est qui... ? »
Valentine ne répondit pas tout de suite.
« A toi non plus, elle ne te manquera pas. »
Le Sang de Sylphide se glaça et il plissa les yeux, quand quelque chose frappa prudemment le bras du Basilic. Le poing mal réveillé de Queen.
« Réveillez-moi quand vous faites une réunion secrète dans la salle de bain... Ça a l'air cool mais ces putains de cachetons me fracassent... !
- Dehors. Fit la Harpie en marchant vers la cabine de douche. Tous les deux.
- Ah ouais, carrément. » Gloussa la Mandragore en sortant, tirant le Basilic par l'avant-bras.
Puis, en refermant la porte derrière eux, il reprit un air infiniment plus sérieux :
« Il a fait quoi... ?
- J'en sais rien, Queen...
- ... »
Le Spectre de la Mandragore fixa encore quelques secondes Sylphide, effaré. A travers la porte, on entendit l'eau couler.
« Ça va pas du tout...
- On va lui parler... Après.
- Non, je veux dire... Il se passe quoi... ? Toi, ce que tu m'as dit au réfectoire... Les images... Chuchota-t-il en pointant sa tempe. Et maintenant, Val'... Et... Moi non plus, j'me sens pas bien. On est pas censés se souvenir de tout ça...
- Ecoute... Répondit le Spectre du Basilic devant le désarroi de son frère d'armes... C'est la fatigue, Queen... C'est... du délire. »
A la voix blanche du Basilic, l'autre Spectre secoua la tête.
« T'y crois même pas. On attend Val', on lui parle et on trouver ce foutu Bouleuterion. »
Entre la Maison du Scorpion et celle du Sagittaire, plus tard dans la nuit :
Milo ne dormait pas et pour la énième fois, il entreprit de grimper les marches menant aux Maisons supérieures. Peut-être, se disait-il, qu'il se raisonnerait pendant le trajet. La prochaine Maison était vide, ce qui lui donnerait davantage de temps pour retrouver son sang-froid.
Il eut un rire fatigué. Ça ne marchait jamais et il le savait. Il finirait irrémédiablement au seuil de l'Onzième Maison. Pour le voir vivant. Comme il se trouvait stupide...
C'est à ce stade de ses pensées qu'il manqua d'être bousculé par quelqu'un qui descendait au pas de course. Milo sursauta et se retourna :
« D... Deathmask... ?! »
Mais déjà le Cancer l'avait dépassé de plusieurs mètres et détalait dans la direction de la Maison vide de la Balance. Mais ce qui alluma une alarme dans l'esprit du Scorpion fut cet espèce de maudit insecte lumineux qui voletait après lui, comme s'il le poursuivait.
« Et merde... »
Sans réfléchir, Milo fit demi-tour et lui emboîta le pas.
Ce n'est qu'arrivés au parvis de la Maison de la Vierge qu'il parvint à le rattraper véritablement. Mais le Cancer s'était arrêté net en haut des marches et s'était retourné brusquement vers la créature, visiblement résolu à lui faire face.
« Non, att... ! »
Milo s'interrompit : le papillon s'était arrêté dès que Deathmask lui avait fait face, et commença même à reculer quand l'homme se mit à avancer vers lui. Le visage de l'Italien à présent semblait détendu. Toujours aussi épuisé mais paisible, à présent. Incompréhensible. Soudain la course reprit mais s'inversa : l'insecte surnaturel fuit et finalement s'introduisit dans le Temple de la Vierge, juste sous le toit perforé.
Quand le Cancer s'arrêta là, sous les astres dont rien n'arrêtait plus la lumière, il se retrouva seul, baigné de la douce lueur nocturne et la tête levée vers le trou béant du toit.
« Ma dov'è... ? » Chuchota-t-il.
Milo ouvrit grand les yeux : depuis combien de temps le Cancer n'avait-il pas prononcé le moindre mot ?
« Ce n'est pas bien compliqué... » Répondit une troisième voix.
Shaka arrivait, le pas silencieux, un demi-sourire aux lèvres. Milo lui adressa un regard un peu perdu, mais le mystère était trop grand pour qu'il ose ne serait-ce que poser une question.
S'approchant du Cancer lentement, ses deux pieds nus enfin posés dans la zone lumineuse de sa propre Maison, le Chevalier de la Vierge attrapa prudemment les poignets de l'Italien pour lui faire lâcher sa propre tête.
« L'as-tu enfin trouvée ? » Demanda-t-il doucement.
Deathmask affichait à présent une expression d'égarement total. Le cosmos de la Vierge augmenta et Milo osa enfin s'approcher. La voix du Sixième Gardien se fit entendre de nouveau :
« Je dois te présenter mes excuses. Il me semble que nous ayons notre part dans ta douleur et je te prie de me pardonner. »
Le visage du Cancer, sous cette lumière blafarde, avait l'air plus maladif que jamais.
« Dorénavant je promets de reconnaître ton nom et de l'employer, lui qui est une part de ton âme, elle que tu as retrouvé cette nuit. »
L'un des bras de Deathmask tenta de se dégager de la prise du Chevalier de la Vierge, qui ne le retint pas : le geste était si faible tout à coup, et le regard trahissait un tel épuisement que Shaka finit par le lâcher complètement, bien que l'ayant senti vaciller.
« Il faut qu'il dorme. Fit-il à l'intention de Milo.
- Je le ramène dans la maison du Capricorne. Mais avant... »
Le Cancer continuait de jeter son regard à travers le toit ruiné.
« Hm ?
- J'ai... rien compris.
- Cette nuit est incompréhensible, Milo. As-tu entendu ce silence dehors ?
- Je... n'ai pas fait attention. Avoua le Scorpion en se souvenant de la raison qui l'avait poussé hors de sa Maison.
- C'est le silence de toutes les âmes privées de sommeil.
- Shaka... Tu aides pas beaucoup, là... Soupira Milo en s'approchant du Cancer.
- Quelque chose se passe au Bouleuterion. »
Bouleuterion, en fin de nuit :
« Mes chers cousins... »
Rhadamanthe eut une grimace non dissimulée aux mots employés par la déesse qui s'assit enfin, à côté de son Chevalier. Alors, c'était la fin ? Shun chercha encore le regard de Sorrento. En vain.
« Je crois qu'il est temps d'aller leur parler. Reprit la déesse. Ils n'ont que trop attendu. »
Même le ton de Saori lui semblait différent. Désagréable. Ses propres réactions décalées. Sans bruit, il tenta d'inspirer et d'expirer lentement pour se calmer.
« A moins que vous ayez des questions ? » Continua la voix de Saori, que Shun écoutait de moins en moins.
Eaque observait Andromède avec une attention immense, ses frères et lui demeurant murés dans un silence mystérieux. Athéna interrogea alors Sorrento, qui secoua la tête en tâchant de reprendre contenance. Shun regardait tout le monde : c'était de sa faute, tout ça ?
« Shun ? Regarde-moi, s'il te plaît. Et vous, Juges infernaux, détachez vos regards du sien. Laissez-le partir. Sa présence ici n'a rien de naturel...
- Réaction navrante d'un réceptacle immature ! Cracha aussitôt Minos, à bout de nerfs.
- Minos... Grogna Rhadamanthe.
- Rien de naturel ? Vraiment ? Répéta Eaque, amusé, avant d'argumenter tranquillement. Ainsi donc il existerait un lieu dans le monde où la mort n'aurait pas cours ? Un endroit sur cette Terre où elle serait moins à sa place qu'ailleurs ? »
Le Chevalier d'Andromède suivait l'échange, sans pouvoir détacher ses yeux des Juges. La déesse ne se démonta pas et rétorqua calmement :
« Vous savez comme moi les ravages qu'ont pu causer son anabase dans le cœur des mortels.
- Ravages ? Le terme altération est plus juste. Personne n'a dit que c'était agréable, mais il n'y a rien de plus naturel qu'une âme nue. De quoi forcer certains esprits à l'humilité. » Articula lentement la Wyverne sur un ton qui se voulait conclusif.
Athéna plissa les yeux.
« Vos Spectres aussi demeurent mortels...
- Tous Mystes. Planta Eaque avec une pointe de fierté.
- Que faites-vous des maux imputables à la mémoire, dont vous parliez plus tôt ? Les âmes de vos Spectres sont si vieilles ! S'indigna la déesse.
- Et vous si ignorants au sujet de la mort. Répondit Minos avec dédain.
- Et lui bien trop affaibli pour pouvoir faire autrement : laissez-le partir ! » Rétorqua Athéna avec plus de fermeté.
Eaque perdit aussitôt son sourire. La jeune fille et lui s'affrontèrent du regard longuement, dans un silence glacial.
Note : On approche bientôt de la fin, merci pour votre patience ! N'hésitez pas à me dire si quelque chose vous a déplu ou plu, à débattre, bref, je serais ravie de discuter !
Ha et pardon pour les suédophones ! N'hésitez pas à me corriger...
En principe, il ne devrait plus rester qu'un chapitre... ou deux. xD
