Bonjour ou Bonsoir à tous et toutes !

Voici le 19ème chapitre de la fic, un chapitre un peu à part (du groupe de marcheurs en tout cas), et plus court, mais j'espère qu'il vous plaira. Je remercie Nuala Thranduiliel pour sa gentille review, et j'espère que la présence d'un certain elfe blond te plaira ^^.

Je vous souhaite une très bonne lecture !

Et bien sûr, je vous souhaite de très très bonnes fêtes de fin d'année. Promis en 2020 la fin de l'histoire sera écrite. "Battons-nous pour le meilleur" aura le droit à une fin digne de ce nom l'année prochaine. Il reste sans aucun doute cinq chapitres, ou peut-être un peu plus. Mais trêve de bla-bla je vous laisse lire (et n'oubliez pas de manger aussi ce soir hein ^^).


Chapitre 19

Les fantômes du passé

Le jour se leva sur les terres de l'Est, comme une faible lueur sur l'ombre qui se rapprochait jour après jour. L'atmosphère était glaciale, et les premières neiges étaient tombées durant la nuit.

Thranduil n'avait pas fermé l'œil de la nuit comme bien souvent depuis des mois, depuis que la nouvelle de la défaite de la porte noire lui était parvenue. Ce sombre jour qui avait plongé l'avenir de la Terre du Milieu dans les limbes de l'incertitude la plus totale. Le roi des elfes de la Forêt noire avait regardé les flocons tombés une grande partie de la nuit, son esprit submergé par des souvenirs d'une lointaine vie, une vie qui lui avait donné son royaume et son peuple, mais qui lui avait volé son père Oropher lors de la première guerre de l'anneau.

Quand le jour se leva il se mit à parcourir sa tente tout en regardant les nombreuses cartes des environs qui trônaient sur son bureau. L'ennemi pouvait aisément venir de tous les côtés, et il serait très difficile de résister très longtemps, maintenant que Sauron avait récupéré toute l'entendue de sa puissance.

S'en était désespérant. Car si son armée connaissait déjà le terrain, elle était plus que réduite. A peine mille elfes avaient survécu avec lui, en comptant les elfes non-soldats qui étaient encore en vie, et en état de combattre. Seuls les très jeunes elfes seraient laissés en arrière avec les jeunes enfants des hommes de Dale.

Une dernière bataille.

-Tu réussiras, murmura une voix.

Brusquement Thranduil se retourna vers la voix, mais il n'y avait personne, et la tente était vide et le silence régnait. L'elfe pouvait sentir son cœur battre à toute allure dans sa poitrine. Cette voix. Cette voix douce, et si particulière il ne la connaissait que trop bien. Evranï. Son amour. Celle qui lui avait donné ses deux beaux enfants, Tilaé et Legolas. Cette femme qu'il avait soudainement perdue, lors d'une journée qui l'avait mit à terre.

-Mon amour ? demanda Thranduil le cœur battant.

L'oreille tendue il attendit, attentif au moindre son, mais seul le silence lui répondit.

-Est-ce mon esprit qui me joue des tours ? demanda Thranduil à voix haute.

Pour toute réponse une brise s'engouffra dans la tente du roi avant de mourir aussi vite qu'elle était née. Thranduil soupira, puis il alla s'asseoir à la table de bois sur laquelle étaient disposées de multiples cartes. Il tenta de les regarder à nouveau, mais rien n'y faisait. L'esprit embrumé il posa la carte qu'il tenait dans sa main gauche, et il se prit le visage dans ses mains.

Soudain le roi se leva et sorti de sa tente, retrouvant l'air glacial de cette ville qu'il commençait à connaître. Dehors la neige avait cessée, et recouvrait désormais les alentours. Sans réfléchir il marcha vers la partie animée de la ville, tout près de son campement.

Thranduil arpentait les rues de Dale, bouillonnantes de vie, la peur n'avait pas encore pris le dessus sur la population. Nul n'aurait pu deviner que bien des vies avaient été perdues ici, avalées par une armée venue des tréfonds de la terre.

Soixante ans avaient passé, et si pour les hommes le temps faisait son œuvre et guérissait leurs blessures, pour les elfes c'était toute autre chose. Le temps n'avait aucune emprise sur les souvenirs des belles gens, ils restaient vivaces dans leur esprit car aucuns de ces témoins ne pouvait disparaître vraiment, à moins qu'ils ne partent en Valinor.

Les hommes oublient, les elfes non. Jamais.

La douleur des hommes se dilue avec le temps, les siècles et les millénaires, générations après générations, tandis que les elfes portent en eux le lourd fardeau de leurs maux éternels.

Alors que Thranduil marchait, il aperçut non loin de là, la large plaine escarpée qui menait à Erebor, un des derniers royaumes des nains encore existant. Cette immense plaine désertique, sans aucun arbre, avait été le théâtre d'une terrible bataille comme on en n'avait jamais vu dans la région.

Thranduil pouvait encore voir ses hommes à terre, brisés et maculés de sang.

Si la victoire avait attendu les forces lumineuses à l'issue des combats, elle n'en avait pas moins été acquise sans de lourds sacrifices, et Erebor perdu son roi, Thorin Ecu-de-chêne, ainsi que deux prétendants au trône.

La guerre, quelle qu'elle soit, ne se paye jamais sans douleurs, peu importe son issue. On sait toujours pourquoi on se bat, quelles en sont les causes, quelles valeurs on défend à la sueur de son front, mais on ne sait jamais ce que l'on va devoir sacrifier pour l'obtenir.

Thranduil regardait cette plaine, et il se souvenait de tout.

Son arrivée avec ses hommes, sans que personne ne les remarque avant que Bard ne les vît de ses yeux ; l'entêtement de Thorin à rester enfermer dans sa forteresse montagneuse, la visite inattendue du hobbit Bilbon, avec l'Arkenstone, joyau parmi les joyaux d'Erebor, car elle était la pierre des rois. Entre les mains de Bard elle avait provoqué la colère de Thorin, et sans l'intervention de Gandalf, celui-ci serait passé par-dessus la muraille de pierres qui fermait l'accès à la Cité des Nains. Voyant Thorin ressentir ce qu'il avait lui-même ressenti, Thranduil avait été satisfait. A ce moment ce n'était qu'un juste retour des choses, et désormais le nain connu l'amertume qu'avait pu ressentir l'elfe.

Mais aujourd'hui, les sentiments étaient tous autres.

L'avarice les avaient tous deux conduits à la folie et au méfait de la guerre, dans laquelle ils avaient conduit leurs hommes sans vergogne.

Le roi ferma les yeux et huma profondément l'air de l'hiver qui était bien installé tout autour de lui. Une larme roula le long de sa joue, mais il ne la retint pas. Sentir l'eau contre sa peau froide le soulageait. Seul face à cette plaine vide et désolée, il se sentait presque impuissant face à la menace qui approchait jour après jour.

-De quoi avez-vous peur Thranduil ? déclara une voix derrière lui

D'un seul geste, le roi dégaina son épée tout en se tournant vers l'intrus. Il s'arrêta net quand il vit un être de haute taille, vêtu d'argent et à la chevelure d'or. Celui-ci le regardait sans bouger, nullement inquiet de voir la fine lame du roi des elfes si proche de son cou.

-Qui êtes-vous ? demanda Thranduil sans baisser sa garde.

-Allez-vous me tuer ou me laisser répondre ? interrogea l'être.

Pour seule réponse la lame de métal s'abaissa et Thranduil rangea son arme dans son fourreau.

-Je me nomme Myrddin, se présenta l'être en face de lui, je suis un Istari.

-Un Istari, répéta Thranduil interloqué, seuls les Valar ont le pouvoir de…

-Je suis en Terre du Milieu par leur la volonté, coupa Myrddin avec un léger sourire.

-Pourquoi maintenant ?

-Je l'ignore, admis le mage. Les événements de la porte noire y sont sans aucun doute pour beaucoup.

-C'est donc ce qui leur fallait, souffla Thranduil amère, que l'on soit à genou.

-Les Valar ont leurs raisons.

-Et mes soldats morts, piétinés par des créatures hideuses sortie des enfers ne méritaient pas leur aide ? demanda Thranduil soudain en colère. Nous les vénérons depuis des siècles, des millénaires durant lesquels des générations d'hommes se sont succédées. Nous sommes leurs enfants, et nous les aimons comme des enfants aiment leurs parents, et qu'avons-nous en retour ? L'immortalité amère d'une douleur qui ne finit jamais. Une souffrance qui vous enserre le cœur et ne quitte plus votre esprit fatigué. Des parents qui vous laisse vous débattre; seul.

-Parce qu'ils vous savent capable de mener ce combat, compléta Myrddin calmement. Façonné à leur image, vous êtes invincibles. Et ils le savent.

-Pourquoi êtes-vous là ? demanda Thranduil d'un ton dur en lui faisant face le visage fermé.

-Pour vous dire que l'espoir n'est pas vint, et que votre combat mérite d'être mené. Vous, Thranduil, roi des elfes de la Foret Noire, vous devez tenir. Votre armée sera victorieuse si vous gardez espoir.

-Un espoir bien mince, rétorqua Thranduil, j'ai bien peur qu'une simple vague ne suffise à nous anéantir.

-Aussi petite soit la fêlure, la lumière s'y glissera, déclara Myrddin, ce combat ne sera pas simple, et beaucoup tomberons, peut-être même vous, mais après l'ombre, le soleil brillera avec plus d'éclat.

-Comment le savez-vous ?

Myrddin se contenta de sourire face à la question de l'elfe face à lui.

-Que vous dit votre cœur ? demanda Myrddin

-Je ressens une peur intense, répondit Thranduil, les mains tremblantes, je me revois il y a trois mille ans, sur les plaines désolée et stériles proche du Mordor, mon père adoré mort sur le sol froid. Je me souviens encore des bruits de flèches et du métal qui cogne et frappe, de la poussière et du sang. Et je ne peux m'empêcher de me dire que Legolas et Tilaé vivrons sans aucun doute la même chose.

-Vos enfants portent déjà leurs propres blessures j'en ai peur, déclara Myrddin après un moment de silence. Et l'existence en est faite de nombreuses. Mais c'est leur combat, pas le vôtre.

-Où sont-ils ? se risqua l'elfe

-Bien plus loin à l'ouest, dans les terres des Dunedains proches de Fornost, répondit simplement le mage.

-Alors je vais les protéger, déclara Thranduil, après quelques secondes, en tenant l'Est coûte que coûte.

-Vous serez comme le bouclier l'est pour le soldat : solide et droit malgré les chocs.

Ainsi était le destin du roi des elfes : protéger ses enfants d'une mort certaine. Ou du moins leur donner du temps pour faire reculer l'issue fatale le plus possible. Cela n'enlevait en rien sa peur, mais cela l'apaisait quelque peu. Car protéger ses enfants était son devoir de parent, et sa promesse faite à son amour avant qu'elle ne lui fût arrachée. Tilaé et Legolas étaient tout pour lui. Il aurait pu donner sa propre couronne et mourir si cela leur avait sauver la vie.

-Qu'il en soit ainsi, dit Thranduil, après un long moment de silence.


Alors vos avis sur ce nouveau chapitre ?

Je vous dis à très bientôt pour la suite, et je vous souhaite à nouveau de très bonnes fêtes de fin d'années.

Little-road