Sauver le Survivant
Retraçons Harry Potter : Tome 6 - Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé
Si tu l'oses : 2 vague misère
Défi fou : 174 Lieu – Londres
Petits défis entre amis : Lucius/Harry (couple)
Et si ... Harry Potter avait monté un 3e camp (vol)
POP2 Wolverine : Tenue : Écrire sur un personnage qui ne se soucie pas de sa tenue
Défi des phrases en tous genres : Il la prit dans ses bras et la porta comme un nourrisson (vol)
Les Belles Paroles : Il y a un temps pour être gentil et un temps pour dire que ça suffit
Ship farfelu : Narcissa Malfoy/Rabastan Lestrange
Pick a Card rouge : Seven of Hearts: Écrivez une fanfiction sur la confiance.
Répliques Cultes : "Je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser" Le parrain
Le défi des 200 citations de Contes des Royaumes : « Je fais ce que je veux ! »
Défis expressions, adages, et proverbes sorciers – Rouler quelqu'un dans la poudre de cheminette
Citations loufoques : On naît, on s'agite et on meurt
Le défi des 45 citations Hunger Games – " La vie continue, en dépit de nos pertes.
Flashs de lumières, des rouges, des verts, des mauves, ... Un feu d'artifice ? Non, un combat entre sorciers. Le lieu ? Le ministère de la magie, plus précisément le département des mystères, devant l'arcade aux voiles éthérés. Un combat contre Lucius Malfoy. Puis un flash vert passe juste devant ses yeux pour frapper Sirius Black. L'animagus se fige un instant, un petit rictus sur les lèvres, alors qu'il observe son filleul dans les yeux, yeux gris dans les yeux émeraudes, avant de tomber et disparaître à travers le voile.
Un hurlement de peine, de désespoir ... de rage ! Une poursuite pour tuer l'odieuse créature, la sorcière qui avait osé lui arracher le seul membre de sa famille qui lui restait, le seul encore vivant. Il allait tuer Bellatrix Black. Il traverse les couloirs en courant, faisant fi de la douleur de son corps, prend l'ascenseur et rejoint l'atrium. Il voit la sorcière aux cheveux noirs. Endoloris. Elle tombe en hurlant. Il est prêt à dire la formule, il l'a sur le bout des lèvres. Il n'a qu'à le prononcer. Deux petits mots. Il n'y arrive pas. Il a envie mais il n'en trouve pas le courage. Il ne veut pas devenir un tueur même si cette satanée sorcière mériterait cent fois la mort.
Il entend cette voix, ce sifflement désagréable. Il arrive... Voldemort arrive... Il est là !
Le Survivant se réveille en sursaut et se cogne la tête sur quelque chose en métal. Il gémit de douleur en se tenant le front. Cela eut le mérite de terminer de le réveiller. Rien que son environnement actuel lui certifiait que tout cela n'était qu'un mauvais rêve. Un cauchemar qui s'était réalisé quelques semaines plus tôt. Il était dans une ruelle de Londres, à l'abri du vent et des intempéries, sous un auvent d'une petite maison abandonnée, assez éloignée du centre ville. Cela faisait quelques jours qu'il dormait là, sous sa tente improvisée. Il changeait souvent de quartier, restant sans cesse en mouvement quand il ne faisait pas la manche pour manger. Il avait bien assez d'argent dans son coffre à Gringott's mais rien que l'idée de passer dans la rue sorcière le bloquait, l'empêchait de tenter l'expérience. Il y avait quatre-vingt pourcents de chance qu'un membre de l'Ordre du Phénix l'attende soit au Chaudron Baveur, soit à la Banque elle-même. Il était recherché, il le savait. Maintenant que Voldemort était revenu, tout le monde avait besoin du grand Harry Potter, l'Elu du monde sorcier, leur Sauveur.
Il cracha au sol un peu plus loin à ces pensées et se redressa. Comment en était-il arrivé là ?
Quand Sirius était mort, quelque chose à l'intérieur du gryffondor était mort avec lui. L'envie de se battre. Et les autres, le monde sorcier tout entier attendait de lui qu'il se batte. Alors, il avait échafaudé un plan pour ne pas répondre à leurs attentes. Fuir et disparaître. Il était resté silencieux durant les trois dernières semaines de juin et pour une fois, on l'avait laissé tranquille. Tout le monde avait compris, certains certes moins vite que d'autres, qu'il faisait le deuil d'un être cher et qu'il avait besoin de calme. Même Malfoy et compagnie ne l'avaient pas trop ennuyé.
Une fois sur le train du retour, Harry avait laissé Hedwige à Poudlard où il savait qu'elle serait bien nourrie. Il ne voulait pas risquer que les Dursley lui fasse du mal à elle aussi alors qu'il allait partir. Et au château, elle était bien durant l'année, chassant pour se nourrir. Elle pourrait devenir un hibou de l'école. Il n'avait de nouveau pas ouvert la bouche du voyage en train, inquiétant de plus en plus ses deux meilleurs amis par son mutisme. Mais jamais Ron ou Hermione ne firent ou dirent quelque chose. Ils comprenaient qu'il avait besoin de temps. Sauf qu'ils ne voyaient pas le plan qu'Harry préparait. Et à vrai dire, le pauvre gryffondor se fichait pas mal de ce qu'ils pourraient en penser, de ce que le monde sorcier en penserait. Dorénavant, il y avait deux choses dont il se foutait : la vie des gens et l'avis des gens. Il voulait juste avoir la paix. Et il espérait la trouver bientôt.
Le voyage en voiture avec son oncle avait été calme malgré les œillades noires de ce dernier. Il avait subi sa colère froide à Privet Drive, ainsi que ses coups, sans sourciller ni même émettre le moindre son. Il avait juste attendu que cela se passe avant de pouvoir se retirer dans sa chambre et préparer son départ. Il était resté deux petites semaines chez les Dursley, juste le temps de repérer les membres de l'Ordre. Il avait vite compris quand est-ce qu'il y avait une fenêtre pour lui permettre de fuir. Lors des tours de garde de Mondingus Fletcher. Ce type louche ne pensait qu'à vendre ses objets volés et délaissait souvent son poste, un peu comme l'année précédente avec l'épisode du Détraqueur. Le Survivant en avait profité pour filer à l'anglaise. Et maintenant, il vivait dans les rues de Londres.
Harry prit sa boîte de conserve entamée la veille au soir pour terminer sa salade de fruits avec les doigts avant d'en boire le jus. Il balança ensuite derrière lui la boîte vide et se gratta la tête. Il se coinça les doigts dans ses cheveux plus emmêlés que jamais. Ils avaient sérieusement poussés, lui tombant sur les épaules et cachant en partie ses yeux émeraudes, dissimulant parfaitement sa cicatrice. Et non seulement, ses cheveux étaient plus longs, mais en plus ils étaient très sales. De quoi faire rougir Snape de jalousie, il en était certain.
Il se leva en grognant et se gratta ensuite le dos et les fesses avant de s'étirer. Dormir à même le sol était pas quelque chose d'agréable mais il avait fini par s'y habituer. Son corps se plaignait toutefois chaque matin. Malgré la saison d'automne qui était bien avancée, avec les températures qui allaient avec, il n'avait jamais trop froid, ayant deux bonnes couvertures dans son sac sans fond. Il y rangeait tous ses biens les plus précieux. L'album avec ses photos de familles, le miroir magique que Sirius lui avait offert, le calepin de notes des maraudeurs sur comment devenir un animagus, il y avait aussi toutes ses affaires de cours mais cela faisait un moment qu'il ne les avait pas sorties. Pas plus que son Eclair de Feu, le premier et dernier cadeau de Sirius.
Pour le reste, il y rangeait un ouvre-boîte, quelques conserves et autres denrées, une gourde d'eau qu'il remplissait chaque matin à la fontaine d'eau potable, et l'une ou l'autre canette de bières. Il s'était mis petit à petit à boire. Son corps n'était pas très résistant à l'alcool, trois canettes suffisaient amplement pour le rendre ivre et le clouer au sol.
Harry était vêtu d'un jeans bien trop large pour lui – un vêtement à Dudley – maintenu à sa taille par une ceinture qui lui faisait deux fois le tour et déchiré au niveau de son genou, et un T-shirt pouvant appartenir à un éléphant qui montrait encore plus combien le jeune homme était fin, affamé. Au-dessus, il avait un pull en laine grise avec quelques mailles qui s'effilochaient par ci par là. Le tout était crade. Son visage était très pâle, presque blanc translucide, la peau sur les os. Ses joues étaient un peu couvertes de taches grises ou brunes, terreuses ainsi qu'une petite barbe noire toute aussi sale que ses cheveux et le reste de son corps, dissimulant partiellement son visage. Ses mains étaient sales, de la terre sous les ongles, les rendant noirs. Ses yeux verts d'ordinaire étincelant et pétillant de joie de vivre étaient dorénavant le reflet de sa peine profonde, mort.
Le Survivant, l'Elu du monde sorcier, était devenu méconnaissable, un misérable clochard. Un clochard maigre, aigri, désespéré et seul. Harry Potter n'était plus que l'ombre de lui-même. Mais dans cette vague misère, il arrivait à vivre sans plus trop penser au passé, ou très peu. Dès qu'il commençaient à revivre les événements qui l'avaient mené à devenir un sans-abris caché dans le monde moldu, il allait se chercher quelques bières, quitte à les voler et il s'abandonnait dans la douce ivresse de l'alcool.
Il se dirigea d'un pas lourd, son sac sur l'épaule, vers le centre de Londres pour passer sa journée devant un magasin à faire la manche. C'était pratiquement l'unique occupation qu'il faisait de ses journées. Et quand il ne le faisait pas, il était installé sur un banc, en ville ou dans un parc, à regarder la nature et les oiseaux en mangeant ou en buvant. Il passa sa journée comme il le faisait usuellement, une véritable routine de vie s'étant ancrée en lui. Il vivait littéralement au jour le jour. Finalement, quand ses sombres pensées revinrent, comme souvent, vers le passé, il quitta son poste de mendiant pour aller se chercher quelques bières au magasin, en achetant deux, mais en volant discrètement deux autres supplémentaires, et partit pour le parc royal terminer sa soirée à se saouler et peut-être même dormir à la belle étoile, sous le couvert de quelques arbres et buissons ou sur un banc.
xXxXxXx
Lucius marchait dans le Londres moldu. Il détestait par dessus tout être de ce coté de la barrière magique mais quand le Seigneur des Ténèbres ordonnait quelque chose, pour ne pas se faire doloriser ou pire encore, mieux valait obéir. Surtout que ce n'était que pour récupérer quelques informations, notamment sur leurs armes et leurs systèmes de défense. Entre son aversion pour le monde moldu et le doloris, il préférait de loin son aversion pour les moldus. Il pouvait au moins marcher librement et snober toute cette populace insignifiante sans le moindre problème.
La seule chose qu'il appréciait vraiment chez les moldus, c'était se balader dans leurs parcs. Ils étaient paisibles, surtout le soir. Il marchait calmement dans le parc royal de Londres, sa longue chevelure blond platine volait élégamment au gré du vent. Il faisait très doux pour la saison et les arbres perdaient leurs feuilles qui offraient un petit tapis aux couleurs chaudes. Il pouvait parfois être fasciné par le jeu des feuilles qui s'envolaient dans les bourrasques de vent, tournant et tournoyant comme pour donner un spectacle de ballet haut en couleur.
Il soupira d'aise en s'installant sur un banc en bordure du lac et posant sa canne à pommeau juste à coté de lui. Il serrait son chaud manteau moldu contre lui, le refermant bien et admira un instant le paysage. Il n'était pas pressé de rentrer. Drago était à Poudlard et depuis le retour du Lord Noir, son couple avec Narcissa battait de l'aile. Ils se disputaient de plus en plus souvent sur leur position dans la guerre. Devaient-ils continuer à suivre le Seigneur des Ténèbres ? Devaient-ils rejoindre Dumbledore ? Devaient-ils fuir ? Lucius ne savait plus du tout où il en était.
Et parfois, il se demandait où en était le Survivant qui avait disparu de la circulation quelques mois plus tôt, faisant sombrer le monde sorcier dans la panique la plus totale. Qu'est-ce qu'il pouvait comprendre le jeune garçon de seize ans... Il venait de perdre son parrain qui était un excellent duelliste et il devait avoir très certainement peur. Il devait être effrayé même. Sinon comment expliquer un tel acte de la part d'un Gryffondor ? Il n'était encore qu'un enfant à qui on demandait bien trop depuis qu'il n'avait que onze ans. Il le savait par les rapports de son fils qu'il avait par moment rapporté au Lord Noir.
Et les derniers qu'il avait eu l'année précédent l'avait un peu choqué. D'après Drago, Potter ne serait plus devenu qu'une coquille vide, se déplaçant que par nécessité mais n'ouvrant jamais la bouche pour parler ou répliquer. Son fils s'en était plaint pendant quelques jours qu'il ne réagissait plus jusqu'à ce que Lucius lui dise qu'il avait perdu son parrain au Ministère. Drago n'avait alors plus rien dit, lui-même ne pourrait probablement pas supporter la perte du sien. Severus comptait beaucoup à ses yeux. Il comprenait maintenant le point de vue de Potter et l'avait alors laissé tranquille le temps de son deuil.
Et puis, pendant les vacances d'été, Potter avait disparu.
Ce n'était pas l'oeuvre des mangemorts. En tant que membre du premier cercle, Lucius le saurait. Et le Seigneur des Ténèbres semblait lui aussi perplexe par la disparition du jeune homme. Lui qui pensait qu'il se dresserait devant lui encore plus fort et plus fier, en gryffondor, maintenant qu'il lui avait arraché sa famille, il était un peu déçu. Lucius avait voulu crier à ce moment-là que Potter n'était encore qu'un enfant et que, par ce fait, sujet à des moments de peur et de faiblesse, mais il n'avait pas osé par peur de subir le courroux du mage noir. Alors il était resté silencieux.
Il se demandait maintenant ce qu'il ferait si jamais, par hasard, il trouvait Harry Potter. Que ferait-il ? Le donnerait-il au Seigneur des Ténèbres pour en recevoir les honneurs ensuite, sacrifiant le pauvre garçon qui n'avait jamais rien demandé à la vie si ce n'est probablement avoir la paix ? Ou bien le protégerait-il du Seigneur des Ténèbres ?
Lucius Malfoy était dans un tel état de confusion dans ses choix à venir, comme il ne l'avait jamais été jusqu'alors dans sa vie, qu'il cherchait de plus en plus la solitude dans des lieux inconnus, même des lieux moldus, puisque son Manoir était devenu le quartier général du Lord Noir et par conséquent, bon nombre de mangemorts évadés d'Azkaban et recherchés activement par le Ministère y logeaient. Il ne pouvait presque plus avoir la paix dans son bureau au Manoir qu'il traitait ses affaires de Lord à son travail au Ministère en tant qu'avocat entre deux dossiers, rentrant généralement plus tard le soir pour pouvoir le faire. Ce qui, naturellement, n'arrangeait rien pour son couple avec Narcissa. Elle ne cessait de hurler qu'il la délaissait soi-disant pour une amante. Par trois fois, il avait déjà juré sur sa magie devant de nombreux mangemorts témoins de leurs disputes conjugales – même plus de vie privée dans sa propre maison ! – qu'il n'avait jamais eu de liaison avec aucune femme d'aucune sorte. Jamais. Si ce n'est elle. Il l'avait toujours respectée et n'avait jamais bafouée son honneur en s'abaissant à de telles pratiques. Il était certes un serpentard fourbe et rusé mais il y avait des choses, des limites, qu'il ne voulait pas dépasser. Pas sans une bonne raison en tout cas.
Lucius soupira et se vida l'esprit de toutes ces pensées, élevant ses barrières d'occlumancie. Il avait demandé à Severus de l'entraîner après la chute du Seigneur des Ténèbres, afin qu'il ait de bien meilleures défenses mentales. Plus jamais un sorcier n'entrerait si facilement dans son esprit, il s'en était fait la promesse. Depuis, ses barrières étaient presque aussi solides que celles de Severus. Il en était très content. Il pouvait réfléchir à sa guise, même durant les réunions de mangemorts, sans crainte de se prendre un doloris dans le dos pour avoir une pensée contraire à la vision du Seigneur des Ténèbres.
De plus, la pratique de l'occlumancie lui avait fait découvrir quelque chose qu'il n'avait pas connu depuis très longtemps, la tranquillité d'esprit une fois ses barrières levées. Il rangeait son esprit et le compartimentait. Il pouvait très bien réfléchir plus clairement à certaines choses, comme il pouvait très bien ne plus réfléchir du tout et profiter du calme de ses pensées, relativement en paix. C'était dans des moments pareils qu'il se ressourçait. Et il le faisait de plus en plus ces derniers mois à force d'avoir des incertitudes. Il n'aimait pas avoir des incertitudes, ce n'était jamais bon, que ce soit dans les affaires ou dans la vie courante. Alors il était sur ses gardes, prudent, réfléchissant longuement parfois pour être sûr de ses choix quotidiens avant d'avancer. Et c'était éreintant. Il avait besoin d'une pause. Ce parc semblait être un endroit parfait pour en faire une.
Il inspira profondément l'air imprégné d'humidité et de l'odeur si caractéristiques des feuilles mortes et soupira d'aise, l'esprit vide de toute pensée. Il ne fit qu'observer les branches des arbres ployer légèrement sous le vent, les feuilles s'envoler dans les bourrasques, tantôt légères, tantôt violentes, et les ondes sur le lac. Tout était calme et c'était ce qu'il recherchait en cet instant. Un moment de calme.
Puis, ayant envie de se dégourdir les jambes, il décida de marcher simplement autour du lac comme il le faisait chez lui de temps en temps avant que son Manoir ne soit envahi par tous ces mangemorts sans-abris. Il marcha lentement, à son aise, observant la nature autour de lui. Il était tellement pris dans sa contemplation, l'esprit vide, qu'il ne remarqua pas le clochard qui marchait – tanguait serait plus exact – sur le chemin en sens inverse, jusqu'à ce qu'il le percute. Il s'apprêtait à rouspéter comme tout bon Lord le faisait quand un homme de basse classe, tout particulièrement un clochard, osait s'approcher d'un peu trop prêt quand l'homme s'excusa d'une voix bourrue.
« Pardon, mon bon monsieur, » fit le clochard qui puait la bière et la sueur à plein nez.
Alors que le clochard continuait son chemin, Lucius se figea. Il connaissait cette voix. Cela ne pouvait pas être possible. Cela ne pouvait pas être ...
« Harry Potter ? » fit-il en se retournant.
Le clochard qui avançait en zigzag tout en buvant sa canette de bière se figea, et se retourna lentement pour faire face au Lord. Quand les yeux aciers croisèrent les yeux émeraudes, Lucius Malfoy s'immobilisa totalement, en état de choc. Le jeune homme en face de lui était bien Harry Potter, ou du moins ce qu'il en restait. Un clochard alcoolique. Si le Lord était horrifié par la tenue du Survivant, ce n'était rien comparé à la douleur qu'exprimaient les yeux de ce dernier. Le Serpentard s'était plongé dans un abîme sans fond, empli de douleur, de désespoir et de mort.
Comment Harry Potter pouvait être devenu un clochard ? Qu'est-ce qui l'avait poussé à en devenir un ? La mort de Sirius Black l'aurait-il atteint plus profondément que ce que tout le monde pensait ? Etait-ce pour cela qu'il avait disparu ? Parce qu'il était anéanti ?
Lucius se posait beaucoup de question à la vision de l'Elu du monde sorcier, le fils du noble et fier James Potter et de la belle et intelligente – bien que Née-Moldue – Lily Evans, la graine de deux purs produits de gryffondor, dans cet état. Il lui fallut quelques secondes pour se rendre compte qu'Harry Potter avait lâché brusquement sa bière et était parti en courant. Le bruit de la boite métallisée sur le sol ramena le Lord à la réalité et il fixait le jeune homme s'enfuir, tenant tant bien que mal sur ses jambes à cause de tout l'alcool qu'il avait dans le sang.
Le Serpentard partit à sa poursuite, réfléchissant à peine à ce qu'il ferait ensuite. Déjà le rattraper serait bien. Et bon sang, malgré son ivresse, il courait vite le Survivant.
xXxXxXx
Harry était sur le chemin dans le parc, prêt à se trouver un petit coin sympa pour la soirée dans un espace calme et éloigné des regards. Il n'aimait pas qu'on le fixe d'un peu trop près quand il voulait juste avoir la paix et s'évader. Il était trop occupé à lever le bras pour terminer sa canette de bière, et à s'assurer de bien mettre un pied devant l'autre qu'il avait déjà percuté sur son chemin quelques personnes.
Ce qui était bien quand il était bourré, c'est que l'alcool ne le rendait pas agressif. Tout au contraire, il restait poli et s'excusait car il se sentait en tort d'avoir bousculé les gens. Or que peut-être il ne l'était pas tout à fait ... Harry n'était pas quelqu'un de violent au naturel. Il était normalement doux et attentionné, protecteur. Mais avec les événements des derniers mois, il s'était juste refermé sur lui-même et avait fui. Mais son coté doux et inoffensif était toujours là.
Il chopa un pavé qui était légèrement surélevés et trébucha sur quelques mètres, perdant le contrôle de sa trajectoire. Il percuta quelqu'un. Il ne savait pas qui. Il s'en fichait. C'était juste ... un homme à en juger par sa poigne.
« Pardon, mon bon monsieur, » dit-il simplement sans le regarder.
Il s'écarta vite de lui, conscient que son aspect repoussant devait dégoûter la pauvre personne qu'il avait percutée et s'éloigna de son pas mal assuré. Il porta sa canette à ses lèvres une fois encore. Le liquide mousseux coulait aisément dans sa gorge. Soudain, une voix qu'il ne connaissait que trop bien le fit s'immobiliser dans cette position. Il cessa quelques micro-secondes d'avaler et un filet de bière coula sur sa barbe. Il se retourna lentement, écartant sa boisson de ses lèvres et regardant la personne qu'il venait de percuter. Elle l'avait appelé par son nom.
Harry fut choqué de voir devant lui le Lord au Sang et aux idéaux plus Purs que Pur, Lucius Malfoy, dans un parc du Londres moldu.
'Putain ! Mais qu'est-ce qui fout là, lui ? Il a pas autre chose à foutre ? Genre aller torturer quelques moldus avec ses amis mangemorts !? Ou aller snober les employés du ministère ? Non il faut comme par hasard qu'il soit sur ma route !'
Le Survivant ne réfléchit pas plus loin, son cerveau trop imbibé d'alcool pour pouvoir le faire de toute façon, et il partit en courant pour sa vie, abandonnant sa bière derrière lui. Heureusement qu'il avait son sac bien mis sur son dos, sinon il l'aurait perdu dans la course. Il quitta le parc comme s'il avait le diable lui-même à ses trousses et courut à travers les rues de Londres. Malheureusement pour lui, Malfoy était toujours sur ses talons. Et lui ... Il s'épuisait vite. Il n'avait pas vraiment mangé ce jour-là, il allait le faire en soirée. Il s'arrêta dans sa course, haletant, dans une ruelle sombre de Londres et il sortit sa baguette. Il n'avait pas envie de se battre mais il n'avait pas le choix. Et il avait peur. Il mourrait littéralement de peur quand l'aristocrate apparut de l'autre coté de la rue, légèrement décoiffé par sa course et à peine essoufflé. Harry avait peur car l'homme était nettement plus doué que lui en combat et en certainement bien meilleur état. Sa dernière heure était arrivée.
Il tremblait, sa poigne moite mal assurée autour de sa baguette pointée sur le Lord, le souffle court et plus qu'audible. Il avait quelques points noirs devant ses yeux. Cela ne présageait rien de bon pour lui. Il était mort. Sûr et certain. Mais il n'allait pas mourir sans combattre. Il voulait fuir. Et sa meilleure chance de survivre ici, était bien d'attaquer et espérer surprendre le mangemort. Peu de chance que cela fonctionne mais on ne sait jamais, sur un malentendu, cela pouvait marcher.
Il vit l'aristocrate s'avancer les deux mains en évidence, calme et le visage neutre.
« Du calme, Potter. Je ne te veux aucun mal. »
« Ce n'est pas vraiment l'impression que j'ai eu à notre dernière rencontre ! » siffla Harry en reculant à chaque fois que Malfoy faisait un pas de plus dans sa direction.
« Je ne faisais qu'obéir aux ordres. »
Sa respiration se fit encore plus hachée à mesure que l'adrénaline montait en lui. Il était prêt à lancer le premier sortilège. Il allait s'enfuir. Il avait effectivement une chance. L'homme n'avait pas sorti sa baguette. Il pourrait le toucher et s'enfuir. Il lui suffisait juste de bien viser et prier pour que l'homme n'ait pas le réflexe d'esquiver. Autrement dit ses chances étaient très minces.
Il s'humidifia les lèvres et serra sa prise sur sa baguette.
« Et quels sont les ordres maintenant ? Me ramener à Voldemort ? M'exhiber comme un trophée pour votre gloire personnelle ? Me tuer vous-même et ramener mon cadavre à votre Maître ? »
« Potter ... »
« JE NE ME LAISSERAIS PAS EMMENER SANS COMBATTRE ! Stupefix ! » hurla-t-il avec force.
Le Survivant crut entendre le Serpentard l'appeler par son prénom mais il n'en avait cure. Il lança sortilège sur sortilège en espérant toucher et mettre à terre son ennemi. Il ne voulait pas le tuer. Il savait de toute façon qu'il n'en aurait jamais la volonté. Il n'était pas un tueur. L'altercation avec Bellatrix Lestrange le lui avait prouvé.
L'homme ne faisait qu'esquiver et bloquer ses attaques et ne lui envoyait que l'expelliarmus. Mais Harry ne se laissa pas si facilement désarmer. Le combat – enfin plutôt la parodie de combat – dura une dizaine de minutes, l'aristocrate s'approchant toujours plus de lui, même pas menaçant, juste soucieux et lui intimant d'arrêter pour parler. Mais le Survivant refusa de tomber dans le piège du fourbe Serpentard et continua jusqu'à épuisement total, sa vue devenant de plus en plus floues et obscurcie par des points noirs.
Il sombra alors que Malfoy n'était plus qu'à quelques mètres de lui. Il n'avait plus la force de lancer le moindre sortilège et tomba inconscient.
xXxXxXx
Lucius suivit le Survivant à travers Londres. Il était persuadé d'avoir couru un bon kilomètre et demi. Peut-être deux. Heureusement qu'il s'était jeté un sortilège d'indifférence pour ne pas attirer les regards des moldus. Il ne voulait pas attirer l'attention d'éventuels sorciers qui aimaient vivre du coté moldu non plus. Le plus dur était de suivre Potter alors qu'il traversait les routes avec tous les véhicules moldus extrêmement dangereux. Il finit toutefois par le rattraper dans une ruelle sombre et sale du vieux Londres.
En analysant de loin les gestes d'Harry Potter, ses tics, ses tremblements, l'aristocrate comprit qu'il était apeuré mais qu'il était prêt à mourir au combat.
'Oh moins, il n'a pas totalement perdu de son coté gryffondor... Mais pourquoi est-il dans cet état lamentable ?'
En le voyant ainsi vêtu, en clochard alors qu'il était un homme riche et célèbre dans le monde sorcier, Lucius Malfoy eut pitié du Survivant et prit sa décision. Il n'allait pas le remettre au Seigneur des Ténèbres. Le jeune homme n'avait déjà que trop souffert entre les mains du Mage noir. Il était temps que cela cesse.
Fort de sa décision, il s'avança les mains levées, dans un signe d'apaisement.
« Du calme, Potter, » dit-il d'une voix neutre, avec une touche d'inquiétude qu'il ne se connaissait pas. « Je ne te veux aucun mal. »
« Ce n'est pas vraiment l'impression que j'ai eu à notre dernière rencontre ! » siffla le gryffondor en reculant à chaque pas du Lord.
« Je ne faisais qu'obéir aux ordres, » répondit Lucius en retenant un soupir.
Potter était comme une bête traquée, effrayé et prêt à mordre.
« Et quels sont les ordres maintenant ? » ricana le jeune homme, le regard vert presque dément. « Me ramener à Voldemort ? M'exhiber comme un trophée pour votre gloire personnelle ? Me tuer vous-même et ramener mon cadavre à votre Maître ? »
« Potter ... »
« JE NE ME LAISSERAIS PAS EMMENER SANS COMBATTRE ! Stupefix ! »
« Harry, non ! »
Lucius n'eut d'autre choix que de se déplacer sur le coté d'un pas pour éviter le sort et de sortir sa baguette pour se défendre. Il n'osa pas lancer un seul sort agressif autre que celui de désarmement sur le jeune homme pour montrer qu'il ne voulait pas lui faire de mal. Mais le Gryffondor était déjà un excellent duelliste pour son âge, d'autant plus impressionnant qu'il était ivre mort, ou presque, et exténué par sa course.
Il continua d'avancer pour se rapprocher du jeune homme et lui tendre la main. Il voyait bien que malgré la saleté et la barbe, Harry Potter tirait sur la corde qu'il avait déjà que trop usé ce jour-là avec sa consommation d'alcool. Il pâlissait. Lucius était persuadé qu'il allait perdre connaissance d'un moment à l'autre.
« Harry, je souhaite juste te parler, » tenta-t-il pour calmer le Gryffondor qu'il savait plus enclin à la diplomatie qu'au combat.
Hélas, la peur ainsi que sa réclusion dans les rues de Londres avaient fait que le jeune homme était plus enclin à se battre dorénavant. Pour survivre. Étrangement, Lucius ressentit de la peine pour ce garçon qui n'avait rien demandé à la vie.
Il n'était plus qu'à quelques mètres de lui quand il le vit vaciller, ses yeux verts se fermant d'épuisement. Il parcourut les derniers mètres en une seconde pour le cueillir dans ses bras et tomber à genou sur le sol, faisant fi des déchets qui les entouraient. Seul le gryffondor évanoui comptait à ses yeux.
Ignorant le dégoût que lui inspiraient l'odeur de bière et la tenue du Survivant, il glissa une main pâle sur son visage pour écarter quelques mèches de cheveux et bien le regarder. Il faisait vraiment peur à voir. Il n'était plus fin mais maigre, presque squelettique, d'horribles cernes noires sous les yeux, signe qu'Harry ne dormait pas bien. Cela pouvait très bien être de ses conditions de vie dans les rues de Londres mais l'intuition du serpentard l'amena à penser qu'il y avait autre chose en dessous.
« Que t'est-il arrivé, Harry ? » murmura-t-il.
Il soupira et se redressa. Il l'avait pris dans ses bras et le portait comme un nourrisson. Il réfléchit rapidement où est-ce qu'il pourrait l'emmener pour prendre soin de lui, ne devant pas traîner à cause des aurors qui avaient certainement repéré leur altercation avec leurs dispositifs de détection, surtout qu'Harry avait la Trace sur lui. Il ne pouvait pas faire de magie en dehors de l'école encore. Il amena la baguette du gryffondor à lui et transplana non pas pour son Manoir principal – ce serait mener le garçon à sa perte – mais pour son petit chalet en bordure de mer qu'il s'était approprié peu de temps auparavant pour chercher le calme et la tranquillité quand il voulait rester loin des moldus. Même Narcissa et Drago en ignoraient l'existence.
Il porta immédiatement le jeune homme dans la chambre et lui lança un sortilège le rafraîchir et un autre pour le changer. Il laissa toutes les affaires du gryffondor à proximité pour ne pas qu'il panique et veilla un instant sur son sommeil, réfléchissant à la marche à suivre dorénavant.
C'était bien de l'avoir sorti des rues de Londres mais maintenant ? Il avait pour une fois agi en gryffondor, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Mais Harry avait terriblement besoin d'aide, d'une main pour le guider, le soutenir. Qui aurait cru que lui, Lucius Malfoy, serait cette main tendue ? Lui-même n'y aurait pas cru quelques mois plus tôt.
Il sentit soudain sa marque le brûler. Le Maître appelait. Comme il travaillait encore à cette heure-ci en général, il avait une marge de manoeuvre, certes courte, mais il pouvait gagner un peu de temps. Il plaça des barrières autour de la propriété du chalet pour que le Gryffondor ne s'enfuit pas avant qu'il ait pu au moins lui parler. Il lui laissa également un mot pour qu'il ne panique pas et transplana pour sa demeure principale. Il arriva naturellement en retard à la réunion.
« Pardonnez mon retard, Maître, » fit-il en entrant et s'inclinant bien bas. « Une cliente particulièrement insistante. »
Le mage noir écarta sa remarque d'un geste de la main. L'aristocrate alla s'asseoir à coté de son épouse, juste en face de Severus. Yaxley faisait son rapport sur les mouvements des membres de l'Ordre du Phénix, mouvement que Severus, en tant qu'espion, pouvait confirmer ou infirmer, ou tout simplement ne pas savoir, n'ayant pas été informé parce qu'il assumait ses cours à Poudlard.
Il écouta distraitement, les rapports et compte-rendus et observa les quelques séances de tortures de ceux qui avaient échoués sans broncher. Son esprit, protégé derrière ses barrières mentales, était tourné vers le jeune gryffondor évanoui dans son chalet. Il ne pourrait pas le garder à l'oeil bien longtemps avec toutes ses obligations, tant auprès du Lord Noir mais aussi au Ministère avec son travail et ses sièges. Il lui faudrait quelqu'un de confiance pour veiller sur lui. Mais qui ? Qui pourrait veiller sur Harry Potter en son absence sans le forcer à participer à la guerre qu'il semblait avoir fui volontairement.
Il fut tiré de ses pensées par la voix du Seigneur des Ténèbres.
« Es-tu toujours avec nous, Lucius ? »
« Oui, Mon Seigneur, » répondit l'aristocrate en croisant le regard rougeoyant du mage noir. « Plus ou moins. »
« Plus ou moins ? » fit le Lord noir de sa voix douce et glaciale.
Lucius sentant la punition du doloris venir, décida de parler d'un de ses problèmes qui intéresserait sans aucun doute le Lord puisque cela le touchait directement.
« Eh bien, Mon Seigneur, je fais face à un problème épineux et j'essaie de le régler au plus vite pour qu'il y ait le moins de retombées possibles sur votre cause, » avoua-t-il, un peu mal à l'aise.
« Un problème épineux, dis-tu ? » susurra Voldemort. « De quel ordre ? »
« Financier, Mon Seigneur. Vous n'êtes pas sans savoir que je participe activement à l'effort de guerre et que j'octroie l'hospitalité à la plupart de nos hommes. Cela se paie, Mon Seigneur. Et je suis arrivé à un stade où je dois réfléchir sérieusement et faire attention pour ne pas sombrer sous ... »
« Notre petit Lucius aurait-il un problème parce que sa concubine lui demande trop d'argent ? » interrompit Bellatrix en ricanant, faisant rire l'assemblée.
L'aristocrate serra les poings et fusilla sa belle-soeur.
« Je vais faire taire les rumeurs maintenant, » fit-il, glacial, en sortant sa baguette.
Bellatrix se leva à son tour, baguette sortie, prête à se défendre.
« Comme si j'avais envie de me battre contre toi, traînée, » siffla Lucius. « Je vais te prouver ma fidélité envers ma propre épouse. Je jure sur ma magie que jamais je n'ai eu d'aventure avec aucune femme d'aucune sorte qui aurait pu ternir l'honneur et le prestige de Narcissa Malfoy. » Un filament magique de couleur bleue s'échappa de sa baguette en bois d'orme pour rentrer dans sa poitrine, à l'emplacement de son coeur. « Maintenant, Bellatrix, tu as le choix, soit tu arrêtes tes rumeurs de vieilles mégères, soit tu te trouves un autre logement ! Je ne me laisserai plus insulter dans ma PROPRE MAISON ! Est-ce que je me suis bien fait comprendre ? »
Bellatrix regarda sa soeur, pensant recevoir son soutien.
« Et tu peux regarder Narcissa autant que tu voudras. Elle n'a pas un mot à dire au sein de ma maison. Tu as colporté des accusations mensongères, tu fais circuler de fausses rumeurs sur mon dos, assumes-en les conséquences ! Tout soutien que ta soeur pourrait t'offrir, c'est un logis dans une des propriétés Black dont elle s'occupe. Rien d'autre. »
Lucius se rassit et retint un soupir de frustration. Il était à bout de nerfs et Bellatrix lui sortait de quelque part depuis un moment. Elle se croyait tout permis parce qu'elle était la favorite du Seigneur des Ténèbres, mais s'il tolérait – par crainte – les agissements du Lord Noir dans sa demeure, acceptant le doloris sans émettre une seule plainte, cela n'allait pas être le cas très longtemps des autres mangemorts. Il y a un temps pour être gentil et un temps pour dire que ça suffit.
Un regard en coin vers le Seigneur des Ténèbres fit comprendre à l'aristocrate que le mage noir s'amusait beaucoup de cette situation. Lucius se retint de faire ou dire quelque chose qu'il regretterait amèrement envers cet homme qui ressemblait plus à un serpent à présent.
« Comment oses-tu me parler sur ce ton ? » s'exclama alors la sorcière à moitié cinglée.
« Bella, cela suffit, » susurra Voldemort, l'intimant au silence par sa seule phrase. « Lucius a raison. Les finances ne sont pas à prendre à la légère et comme il vient de prouver que tes allégations étaient fausses, tu te dois de te montrer plus respectueuses envers ton hôte. »
« Oui, Maître, » fit la sorcière en s'inclinant bien bas devant les robes noires du Lord avant de se rasseoir.
Cela ne lui empêcha pas de lancer un regard noir à Lucius. Ce dernier l'ignora. Il avait gagné du temps ainsi qu'une excuse pour son anxiété. Il croisa par la suite le regard noir de son épouse et il pinça les lèvres, cela promettait une énième dispute conjugale au soir que tout le manoir prendrait plaisir à entendre. Qu'est-ce qu'il détestait ce manque de vie privée dans sa propre maison ! Il repoussa cet ennui dans un coin de sa tête, pour se préoccuper du problème épineux, non pas financier, mais bien humain et qui dormait en ce moment même dans son chalet, à cent cinquante kilomètres de sa position actuelle.
xXxXxXx
Harry était bien au chaud, dans l'obscurité salvatrice de l'inconscience. Il ne pensait à rien et ne souffrait plus. Il n'avait plus peur non plus. Il était juste serein. Il ne voulait plus se réveiller, juste rester là et ne plus bouger.
Malheureusement pour lui, chaque moment de paix a sa fin et il dut reprendre peu à peu pied dans le monde réel. Il reprit connaissance dans une chambre simple et pourtant coquette. Le lit était à baldaquin avec des rideaux et des draps aux couleurs claires, beiges et blancs, contrastant avec les meubles en bois de chêne sombre. Il n'y avait pas de photos, juste deux peintures de paysages accrochés sur les murs. Il se leva lentement pour aller observer à travers la fenêtre l'environnement dans lequel il était tombé. Il était dans un petit chalet en bord de mer Merlin seul savait où.
'Comment je suis arrivé ici ?' se demanda-t-il calmement tout en gardant les yeux fixés sur l'horizon. 'Je me souviens ... Je suis allé acheter mes canettes de bière et un sandwich au magasin ... Ensuite ... Je suis allé au parc ... hmmm ... le parc royal, je crois ... non, certain, je suis passé à coté de la statue de Peter Pan ! Et après ... J'ai marché le long du lac en buvant une bière ... Je voulais m'installer en dessous du saule pleureur, c'est un endroit calme... Et j'ai ... percuté ... MALFOY !'
Harry se mit immédiatement sur ses gardes et se mit à la recherche de ses affaires, plus particulièrement sa baguette. Il se sentit vaguement mieux en la prenant entre ses doigts. Il se vêtit rapidement de ses vêtements et sortit de la chambre à pas de loup. Il arriva dans un salon aussi coquet et simple que la chambre. Etait-ce un chalet du Lord ? Il le pensait bien plus enclin à montrer ses richesses, même au sein de ses demeures. Le serpentard semblait tellement fier de lui et de son statut de riche sorcier Sang-Pur.
Il y avait devant la cheminée de pierres brutes un canapé et deux fauteuils en microvelours noir avec des oreillers gris et vert, ce qui était déjà bien plus serpentard aux yeux d'Harry, plus à l'image de Lucius Malfoy. Toujours aucune photo excepté une sur la cheminée où l'on pouvait voir le couple Malfoy avec Drago qui devait avoir douze ou treize ans. Ils étaient tous les trois droits et fiers, un très léger sourire sur leurs lèvres. Là était sa confirmation qu'il était bien dans une demeure du mangemort.
Il y avait une cuisine ouverte sur une salle à manger. La cuisine équipée semblait étrangement fort moldue aux yeux du jeune gryffondor, ce qui ne concordait pas avec la haine de l'homme pour tout ce qui avait attrait au monde moldu. La table de la salle à manger était dans le même bois que les meubles de la chambre, du chêne sombre. Son regard s'arrêta sur l'enveloppe claire qui tranchait clairement sur la surface lisse et vernie. Il y vit son nom inscrit dessus avec une écriture fine et penchée, très soignée, totalement à l'opposé de ses pattes de mouche. Curieux, il s'en empara et retourna dans la chambre où il n'y avait qu'une seule porte, bien plus facilement défendable dans le cas où le Mangemort revenait.
Il ouvrit la lettre et fit courir son regard sur les mots.
Cher Harry,
Tu es ici en sécurité. Je n'ai l'intention ni de te faire du mal, ni de te livrer au Seigneur des Ténèbres. Cela fait un moment que je doute de ma position au sein de cette guerre, me préoccupant plus pour la sécurité de mon fils. Et quand je t'ai vu dans ce parc, j'ai eu un pincement au coeur pour moi qui suis un père. Je suis persuadé que si tes parents étaient encore vivants, ils seraient horrifiés par la vision que j'ai eue de toi et auraient tout fait pour te venir en aide.
Je t'en prie, reste dans ce chalet, ni le Lord Noir, ni ma femme, ni qui que ce soit d'autre ne connait son existence dans le monde sorcier. Il y a de quoi te nourrir dans la cuisine. Sers-toi, ne te gêne pas.
Je souhaiterai te parler Harry. Si tu pouvais ne pas m'attaquer tout de suite à notre prochaine entrevue, ce serait apprécié. Je te ferrais le serment magique pour que tu comprennes vraiment que je ne veux pas te nuire. Cela pourra te garantir un semblant de sécurité en ma présence.
Cordialement,
Lucius.
« Génial, me voilà maintenant le prisonnier de Monsieur Lord Malfoy, » maugréa Harry en rejetant la lettre sur la table. « Bon, tant que je suis là dans une prison dorée, autant aller prendre une bonne douche bien chaude ! Depuis le temps que j'en rêve ! »
Harry reposa ses affaires dans la belle chambre, prenant sa baguette avec lui dans la salle de bain noire et blanche avec la tuyauterie couleur argentée, et avisant la baignoire, décida qu'il se prendrait plutôt un bon bain brûlant.
Il posa sa baguette à portée de main, la porte scellée, ainsi que celle de la chambre avec une alarme en plus, et se fit couler de l'eau. Il se laissa glisser dans la baignoire avec un soupir d'aise en sentant la chaleur sur ses jambes et dans le bas de son dos, chaleur qui remontait délicieusement le long de sa colonne vertébrale à mesure que l'eau montait. Il se frotta lentement les croûtes de saleté qui s'étaient formées sur son corps. Cela n'empêcha pas sa peau de le chatouiller un instant aux endroits qui étaient restés trop longtemps dissimulés. Il ne se préoccupa pas de ses cheveux, les trempant juste quand il se coucha totalement dans la baignoire.
Il resta sous l'eau un long moment, dans le calme et le silence apaisant, entendant vaguement le ressac des vagues plus loin. Au bout de quelques instants, la lettre du Lord ainsi que les événements de la veille lui revinrent en mémoire et il ne put s'empêcher de réfléchir. Que voulait Malfoy ? Que cherchait-il ? Voulait-il devenir un espion pour Dumbledore ? Et si oui, pourquoi lui parler à lui ? Il ne voulait plus avoir affaire à la guerre. Il voulait avoir la paix pour une fois dans sa vie. Ne vivre que pour lui et non plus pour les autres. Il avait déjà trop sacrifié pour les autres ! Devait-il en plus donner sa vie pour qu'ils soient satisfaits ? Il n'en ferait rien ! Qu'ils se battent pour leur vie et qu'ils meurent en essayant ! Ou vivent s'ils ont de la chance !
Il soupira. Tellement de questions, tellement de possibilités, troublant le semblant de paix qu'il avait réussi à trouver dans les rues en sombrant dans l'alcool. Il avait envie d'une bière. Là, maintenant, tout de suite ! Mais son sac était dans la chambre... loin ... et il était si bien dans l'eau chaude... Il avait la flemme. Flemme de se lever la chercher lui-même et flemme de prendre sa baguette pour ouvrir la porte, accionner sa bière et refermer la porte. Il pourrait attendre un peu... Juste encore un peu... D'abord l'eau chaude...
xXxXxXx
Lucius alla s'enfermer dans son bureau en claquant la porte. Il était un peu tard pour sortir. Il venait encore de se disputer avec Narcissa avec pour sujet Bellatrix. Il n'aurait soi-disant pas dû la traiter de la sorte ... Mais qu'elle le respecte ! Non seulement en tant qu'hôte mais également en tant qu'homme ! La sorcière l'accusait d'infidélité alors qu'il n'avait jamais trompé son épouse ! Jamais ! Et pourtant ce n'était pas les occasions qui manquaient !
Tous les jours, il rencontrait de belles jeunes femmes et de beaux jouvenceaux qui lui faisaient de l'oeil et des avances même. Jamais il n'avait cédé. Et pour certains, cela avait été dur de résister. Et comme il était encore dans la fleur de l'âge, des demandes, il en avait à la pelle. Son charme naturel, son charisme en était la cause. Pas que cela ne lui déplaise, mais il n'en avait jamais abusé, sauf peut-être l'une ou l'autre fois pour soutirer des informations mais sans jamais dépasser les limites décentes pour ne pas entacher l'honneur de sa femme. Femme qu'il aimait et respectait ! Et maintenant ... même de cela, il commençait à douter de plus en plus avec les événements récents et leurs disputes conjugales qui se faisaient de plus en plus récurrentes.
Il soupira de dépit en s'asseyant, se vautrant presque, dans son fauteuil derrière son bureau. Il fit venir à lui la bouteille de Whisky PurFeu et un verre avec deux glaçons. Il en but une petite gorgée, savourant la brûlure que lui causait le liquide ambré sur son palais et tout le long de sa gorge à mesure qu'il descendait vers son estomac. Il se massa la tempe d'une main, faisant tournoyer lentement l'alcool dans son verre, songeur. Il avait vraiment besoin de réfléchir. Surtout que le lendemain, il ferait une seconde rencontre avec le gryffondor. Il espérait qu'Harry serait plus enclin à l'écouter cette fois. Il allait lui laisser la nuit et une bonne partie de la journée pour récupérer et prendre connaissance de son environnement avant d'aller au chalet. Il ne pourrait pas s'enfuir de toute façon. Il y avait veillé.
Maintenant, il devait trouver quelqu'un en qui Harry avait confiance et qui pourrait veiller sur lui sans le forcer à retourner au combat. Mais qui pourrait, qui voudrait assumer ce rôle ? Quiconque était allié d'Harry était des membres de l'Ordre du Phénix ou des enfants. Autrement dit des personnes étant à Poudlard ou des personnes qui l'attaqueraient dès qu'il serait à en vue. Et ils ramèneraient d'office le gryffondor sur le champ de bataille. Ce que ce dernier ne voulait probablement pas, sinon pourquoi fuir et disparaître ?
C'était vraiment une situation difficile dans laquelle il s'était embarquée mais il n'allait pas abandonner. Pas cette fois. Il se mit à réfléchir à toutes ses altercations passées avec le gryffondor pour essayer de trouver la solution à son problème. Il y passa une bonne partie de la soirée et de la nuit. Sans trouver. Epuisé, il était parti se coucher dans son lit conjugal où Narcissa dormait déjà. Il se glissa derrière elle et l'embrassa, rituel qu'il faisait depuis des années et que même maintenant que son couple battait de l'aile, il continuait parce qu'au fond de lui, il aimait toujours son épouse. Les temps étaient juste ... difficiles.
Il releva ses boucliers mentaux en se vidant l'esprit et s'endormit rapidement.
Le lendemain, il fut réveillé par les hurlements indignés et le début de bagarre entre deux mangemorts. Six heures quarante-sept du matin. Il avait dormi en tout et pour tout un peu plus de trois heures. Il était dès lors de très mauvaise humeur. Il sortit en robe de chambre et peignoir verts foncés et ordonna en hurlant qu'on baisse le son, sa maison n'était pas non plus le marché aux puces !
« Si vous voulez vous battre, allez le faire dehors ou dans la salle de duels ! Mais laissez les gens dormir, nom d'un hippogriffe ! »
Il retourna dans sa chambre et referma la porte en claquant avant de se masser les tempes. Il commençait vraiment à en avoir marre de cette situation au sein de son manoir, cela faisait plus d'un an que cela durait. Il n'en pouvait plus. Il espérait que le Lord était déjà debout ou sinon, il risquerait de déguster de l'avoir réveillé. C'était déjà arrivé. Deux fois.
Il retint un frisson et, puisqu'il était debout maintenant, il se dirigea vers la salle de bain communiquant à sa chambre pour se prendre une bonne et longue douche bien chaude pour se réveiller et délasser ses muscles raides.
En sortant de la cabine, il lança un tempus informulé d'un geste de la main. Sept heures douze. Il soupira. Il avait faim mais il ne voulait pas rester une minute de plus dans son manoir. Il allait manger un petit déjeuner en ville pour changer. Enfin, c'était un changer qui devenait peu à peu une habitude ces dernières semaines tellement la situation devenait insupportable. Il lui arrivait parfois de déjeuner avec Severus, surtout le week-end, mais sinon, il était seul. Et déjeuner avec Narcissa, alors cela devenait rarissime. Elle était toujours en train de dormir ou déjà en vive discussion avec sa soeur ou une autre sorcière.
Il s'habilla rapidement mais comme toujours avec une élégance malfoyenne, se munit de son porte-document et quitta le Manoir, saluant le Lord Noir qui venait vraisemblablement de se lever également et qui était occupé à punir les insolents sur lesquels il avait hurlé un peu plus tôt.
Une fois à Londres, il inspira profondément. Il commençait à préférer la cohue du Chemin de Traverse au petit matin à sa vie au Manoir. Toute sa vie changeait du tout au tout, ce qui le troublait un peu. Il n'était pas habitué à marcher hors des sentiers battus. Mais il y avait un début à tout. Ce n'était pas comme s'il serait totalement démuni non plus ! Il avait son nom et sa réputation derrière lui, du moins dans le monde sorcier.
Il prit un bon et copieux petit déjeuner dans un petit café qui proposait la combinaison et le mangea tranquillement. Il n'était pas pressé. Il n'avait pas de rendez-vous au bureau. A moins d'avoir de nouveaux clients qui se présentent, il allait avoir le temps de travailler sur ses affaires personnelles dont les finances. Il allait aussi avoir le temps d'aller au chalet. Mais d'abord réfléchir à une potentielle personne en qui le gryffondor pourrait avoir confiance.
Au bout d'une demi-heure à cogiter sur ce problème, il se vida totalement l'esprit pour le reprendre mais sous un autre point de vue. Harry avait été éduqué comme un Né-Moldu et non comme un Sang-Pur ou un Sang-Mêlé. Il devait donc voir le monde magique à travers ses yeux. Voilà qui n'était pas aisé.
Cela lui prit une bonne partie de la journée à nouveau. Il coupait sa réflexion pour travailler sur autre chose avant d'y revenir. Puis, vers treize ou quatorze heures, une réponse vint s'imposer dans son esprit. Il y avait un être qui vénérait Harry Potter depuis longtemps au point qu'il s'était dressé contre lui, contre son Maître.
'Dobby !' s'exclama-t-il mentalement. 'Par les ailes noires des sombrals, Lucius, que tu peux être stupide ! Bien sûr ! Dobby !'
Le souci maintenant, c'est comment le contacter et surtout le convaincre de l'aider ? Il n'avait jamais été des plus corrects avec l'elfe. Ni avec aucun de ses elfes d'ailleurs. Ils avaient beaucoup de ressentiments à son égard. Il soupira. Cela allait être difficile.
'Je vais lui faire une offre qu'il ne pourra pas refuser,' pensa-t-il bien que n'étant pas certain que cela fonctionnerait. 'Enfin, on ne sait jamais, sur un malentendu, cela peut marcher ...'
Il insonorisa son bureau pour ne pas qu'on l'écoute de l'extérieur.
« Dobby, » appela-t-il calmement. Il inspira profondément. « Il faut que je te parle, c'est important. J'ai un service à te demander. Dobby, s'il te plaît, viens ici. C'est pour Harry Potter. »
A la mention du Survivant, l'elfe apparut devant lui, à une distance de quelques mètres, sur ses gardes mais on pouvait voir de l'inquiétude dans les yeux globuleux de la créature.
« Lord Malfoy a appelé Dobby. Lord Malfoy veut parler de Harry Potter à Dobby ? »
Alors que l'elfe parlait de sa petite voix aiguë, la colonne de chapeaux qu'il avait sur la tête vacillait à chacun des mouvements de sa petite tête, menaçant de tomber. Il portait une sorte de cravate verte ornée de fers à cheval sur sa poitrine nue, un short à coloris bleus et blancs avec un écusson – l'habit devait sans doute convenir à un enfant – et des chaussettes dépareillées, une jaune moutarde unie et une autre verte à pois blancs.
« Oui, Dobby. J'aurais un service à te demander. Je sais où se trouve Harry Potter et il va au plus mal. Psychologiquement. Il a besoin d'aide. Je ne peux pas veiller sur lui tout le temps. Si je te demande de ne pas le ramener à l'Ordre du Phénix ou au Ministère de la Magie, accepterais-tu de l'aider ? »
« Lord Malfoy veut-il faire du mal à Harry Potter ? » demanda suspicieusement l'elfe en jaugeant le sorcier du regard.
« Non, » répondit Lucius en sortant sa baguette. « Je veux juste l'aider. Je jure sur ma vie et ma magie de ne pas livrer Harry Potter au Seigneur des Ténèbres. »
Les yeux verts de l'elfe s'écarquillèrent de surprise à l'écoute du serment, inviolable de surcroît, alors que des filaments de magie partaient du bout de la baguette du sorcier pour se diriger vers son coeur, et vers le coeur du Gryffondor.
« Dobby accepte d'aider Lord Malfoy. Pour le bien de Harry Potter. Harry Potter a libéré Dobby. Dobby doit aider Harry Potter. Dobby est l'ami de Harry Potter ! »
« Attends mon prochain appel, Dobby, » dit alors l'aristocrate. « Je vais retourner le voir aujourd'hui. »
« Oui, Lord Malfoy. Dobby sera à l'écoute. »
Et l'elfe disparut aussi vite qu'il était venu. Mais Lucius était déjà plus rassuré. Dobby s'occuperait d'Harry parce qu'il appréciait et voulait aider le sorcier. Et aussi parce qu'il avait une dette envers lui. Mais ce n'était pas important aux yeux de l'elfe apparemment.
Il soupira de soulagement avant de froncer les sourcils.
'Mais c'était quoi cet accoutrement ?!'
Il soupira. Ce n'était pas le moment de tergiverser sur ce genre de détails. Il avait l'aide de l'elfe, c'était déjà cela de gagner. Il continua à travailler sur quelques dossiers avant de ranger toutes ses documents à leur place avant de partir. En sortant dans le Grand Hall du Ministère, il inspira profondément avant de transplaner pour son chalet en bord de mer.
En voyant le spectacle magnifique qui se jouait devant ses yeux – un magnifique coucher de soleil – il resta là un moment à l'observer tout en écoutant le ressac des vagues. C'était apaisant. C'est ce qui l'avait attiré ici. C'est ce qui l'avait poussé à acheter le chalet. Le calme et la quiétude des lieux. Et il était sûr que cela devait aussi avoir un certain impact chez le gryffondor. Personne ne pouvait rester insensible à ce genre de spectacle. A part peut-être le Seigneur des Ténèbres et ceux qui sont aussi fous que lui.
Lucius appela l'elfe au bout d'un instant. Dobby apparut à ses côtés et observa les lieux, repérant immédiatement la signature magique d'Harry Potter à l'intérieur. Mais il resta proche de son ancien maître qui avait un comportement pour le moins étrange en ce jour. Intriguant serait un mot plus exact pour décrire l'état de pensée et de confusion de la créature. Non ... le mot n'était pas encore assez fort ... Il n'y avait pas de mot, ou s'il y en avait un, Dobby ne le connaissait pas !
« Lord Malfoy a bon goût pour trouver les beaux endroits, » commenta-t-il.
« J'avoue ne pas avoir chercher la beauté ici mais bien plutôt la quiétude. Tu verrais le Manoir aujourd'hui, tu ne pourrais pas y rester une journée sans vouloir le fuir. Il y a tellement de bruits... »
« Il est vrai que Lord Malfoy a toujours détesté le bruit, » répondit l'elfe. « Dobby se souvient des sévères punitions pour avoir fait beaucoup de bruits. »
« Il est à l'intérieur. Vas. J'aimerais savoir s'il est dans de meilleures dispositions pour me parler ou s'il souhaiterait une journée supplémentaire pour se faire à son environnement. »
Durant cette conversation, pas une seule fois les yeux aciers n'avaient cessé de fixer l'astre solaire crépusculaire. Sa voix manquait de son ton coupant qui était d'ordinaire le sien, quand il était en public ou au sein même de son manoir maintenant. Il n'était presque plus jamais lui-même parce qu'il devait toujours cacher qui il était. Peut-être que cela était un des points que Narcissa lui reprochait, non ?
Il soupira. Tant que la guerre ne serait pas finie, les Mangemorts resteraient dans son Manoir. Et cela n'était pas prêt de changer.
Il resta là à attendre le retour de Dobby. Commençant à ressentir la morsure du froid de la nuit tombante, mêlée au vent marin, il commença à marcher sur la plage en serrant sa cape autour de lui. Aaaaah ... Qu'il aimait faire cela ! Un plaisir si simple... Un plaisir qu'il avait oublié depuis bien longtemps. Drago devait être encore qu'un petit enfant la dernière fois et maintenant il était presque un homme ... Il avait fallu plus de dix ans à Lucius pour retourner sur une plage et en apprécier le paysage. Cela en était presque affligeant ...
xXxXxXx
Harry s'était rendormi dans le lit dans le courant de l'après-midi après avoir bu ses trois dernières bières. Enfin, la troisième était à moitié entamée et traînait sur la table de nuit. Il fut réveillé en sursaut par le bruit de transplanage. Il avait vu l'homme par la fenêtre mais appréhendait. Il n'allait pas foncer directement vers lui pour se faire avoir comme un gryffondor stupide. Il n'était plus cet enfant insouciant ! Il n'allait plus faire ce genre d'erreurs. Plus jamais !
Il fut intrigué de voir Lucius Malfoy rester ainsi, immobile devant le soleil couchant, ses cheveux blond platine volant au gré du vent. Cela était presque irréel. il n'avait jamais vu l'homme ainsi. Il pouvait voir son visage de profil. Il semblait vouloir chercher la quiétude de l'endroit. Harry devait admettre qu'il avait fait un bon choix en matière d'endroit calme et apaisant. Les lieux semblaient vouloir poser un baume sur son coeur et ses pensées. Certes pas suffisamment pour lui faire oublier sa perte de Sirius et sa volonté de fuir mais ... Hormis la tension d'être dans la propriété d'un mangemort de Voldemort, le gryffondor était bien là. S'il devait un jour acheter un endroit, un petit chez soi, ce serait certainement un endroit semblable. Ou peut-être un lieu aussi calme mais en pleine forêt ou en montagnes. Isolé et calme avec la nature comme seul bruit de fond.
Soudain, un elfe de maison apparut juste à coté du sorcier. Et pas n'importe lequel ! Dobby ! Harry pouvait le reconnaître entre mil. Il n'y avait que Dobby pour s'habiller ainsi maintenant qu'il était un elfe libre. Que faisait-il ici, répondant probablement à l'appel de Lucius Malfoy, son ancien et détesté maître ? Etait-il en train de rêver ?
Tout cela était vraiment irréel ! Le serpentard qui l'appelle par son prénom et lui écrit une lettre disant vouloir l'aider ! Cet endroit magnifique et calme où il était enfermé, en 'sécurité' ! Et maintenant, Dobby qui répond à l'appel de Lucius Malfoy ! C'était du délire ! Il n'y avait pas d'autre possibilité ! Il devait être en train de rêver ! Ou pire, il était mort et était devant une vision idyllique du monde !
Quoique ... il n'aurait pas choisi Malfoy pour compagnie... Ses parents ? Sirius ? Ses amis peut-être ? Mais certainement pas lui !
Puis il vit l'elfe se retourner et se diriger rapidement dans sa direction.
'Voilà qui promet...,' soupira le gryffondor. 'Je vais cuisiner Dobby !'
Il attendit que l'elfe soit rentré et ait refermé la porte pour lui sauter dessus et le ramener rapidement dans la chambre qu'il pouvait bien plus facilement défendre.
« Dobby ! » attaqua-t-il immédiatement. « Qu'est-ce que tu fous avec Malfoy ?! »
« Lord Malfoy a appelé Dobby pour aider Harry Potter, » expliqua l'elfe après avoir serré le sorcier dans ses bras, les yeux humides. Il était trop heureux de le savoir vivant et plus ou moins bien portant. Du moins, physiquement ... « Lord Malfoy a promis à Dobby de ne pas vous emmener chez Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Lord Malfoy a fait un serment inviolable. »
« Inviolable ? »
« Oui ! Dobby trouve le comportement de Lord Malfoy étrange mais Dobby sait que le sorcier n'est pas influencé par quelque magie ou potion que ce soit. Dobby pourrait le sentir ! Dobby est un elfe ! Dobby a confiance en Lord Malfoy pour une fois parce que Lord Malfoy a été étrangement poli et Lord Malfoy semble vraiment inquiet pour Harry Potter ! Lord Malfoy a demandé à Dobby de veiller sur Harry Potter ! »
« Va-t-il me renvoyer chez Dumbledore ? »
« Non. Lord Malfoy a demandé à Dobby de ne pas ramener Harry Potter à l'Ordre du Phénix. »
Le sorcier s'assit sur le lit, assimilant lentement chaque information que l'elfe venait de lui donner. Il déglutit.
« Que veut-il de moi ? »
« Dobby l'ignore, Harry Potter. Mais Lord Malfoy semble bien plus vieux et fatigué que dans les souvenirs que Dobby a de son ancien Maître. Dobby pense que Lord Malfoy est sincère. »
« Les serpentards ne sont jamais sincères, Dobby ! Ils ne savent que mentir et manipuler les gens pour arriver à leurs fins. »
« Mais si Lord Malfoy n'a pas l'intention de remettre Harry Potter à Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ou à l'Ordre du Phénix, qu'est-ce qui pourrait arriver de pire à Harry Potter ? »
« Je ne sais pas ... »
Harry soupira et se leva pour observer le serpentard à travers la fenêtre. Il marchait le long de la plage, emmitouflé dans sa cape. Il resta là à le regarder. Il commençait à être frustré de ne pas le voir venir. Il disait vouloir parler, alors qu'il vienne ! Nom d'une chouette !
Au bout de ce qu'il lui sembla une bonne dizaine de minutes, l'homme s'assit sur un gros rocher lisse et observa simplement la mer. Le gryffondor n'aimait pas attendre sans savoir ce qu'il adviendrait de lui. Il s'empara rapidement de sa veste et, quand il la vit, sa bière entamée. Il n'allait pas la gaspiller non plus ! Il en but les quelques dernières gorgées et jeta ses déchets dans la poubelle avant de sortir. Il se dirigea rapidement vers le mangemort pour avoir enfin les informations qu'il voulait, à savoir qu'est-ce qui se passerait maintenant ... ?
Il s'arrêta devant l'homme et le toisa de toute sa hauteur. Avec son accoutrement de clochard, il n'était pas très impressionnant. Juste ... répugnant. Lucius le fixa de son regard acier, sans jugement. Juste de l'inquiétude était vaguement perceptible dans ses yeux. Il ne se leva pas, voulant laisser au jeune homme un semblant d'assurance. Il se savait grand et il s'imposait naturellement. Autant éviter ... Il ne voulait pas indisposer le gryffondor. Juste l'aider. Il avait l'air moins sale... Il puait toujours la bière par contre.
« Pourquoi ? » demanda le jeune homme, tenant fermement sa baguette en main.
« Pourquoi quoi ? » fit Lucius en croisant le regard émeraude si douloureux, trop douloureux à ses yeux, sans tenir compte de la baguette qu'il tenait.
« Pourquoi ne pas m'avoir tué ? Pourquoi ne pas me remettre à Voldemort ? »
L'aristocrate retint un sifflement de douleur alors que sa marque le brûlait à l'évocation du nom de son Maître.
« Évite de dire son nom, Harry, » dit-il en massant distraitement son bras gauche tout en reportant son regard sur les vagues. « Cela ne pourrait t'apporter que des problèmes. »
« Ma vie n'est que problèmes ! Et je fais ce que je veux ! »
« Et si un jour, tu venais à dire son nom et qu'il apparaissait soudainement devant toi ? Que feras-tu ? »
« Il ne peut pas faire ça ! C'est impossible ! »
« Tu serais surpris de ce qui est possible, Harry, » soupira Lucius. « Durant la première guerre, le nom du Seigneur des Ténèbres était tabou. Le simple fait de le prononcer nous forçait à transplaner pour punir les coupables. C'est de là que vient la crainte des gens à l'idée de l'entendre. Ils ont peur de le voir apparaître devant eux. Je ne serais pas surpris qu'il refasse la même chose. Et s'il le fait, toutes les protections que j'ai placées ici pour te protéger tomberont et nous mourrons tous les deux. »
Il avait dit cela simplement, calmement. Son ton était fatigué, presque blasé. Il en avait marre de la guerre lui aussi. Il voulait juste la paix.
« Je ne t'ai pas tué, » continua-t-il en replongeant son regard dans celui d'Harry. « Parce que cela nous est interdit. Le mangemort qui te tuera subira la colère du Lord et peut-être même l'avada s'il est de particulièrement mauvaise humeur. Il est juste toléré que l'on 'joue' avec toi, tant qu'on ne t'abîme pas trop pour son grand final ... » Lucius soupira. « C'est pour ça qu'on ne t'a rien fait de trop pénible au Ministère, on a tous peur de la punition du Seigneur des Ténèbres. Et je ne te livrerai jamais au Seigneur des Ténèbres. »
« Pourquoi ? » fit Harry, étonné mais restant sur ses gardes.
« Parce que tu as déjà trop payé. Tu n'as que seize ans et tu as perdu plus que n'importe qui dans ce pays. Tu as déjà trop donné de ta personne pour les autres sans jamais penser à toi. Et maintenant ... » L'aristocrate lui montra son apparence. « Regarde-toi, Harry. Tu n'es plus que l'ombre de toi-même. Je me souviens d'un petit garçon de douze ans qui me tenait tête tout en restant poli et qui a même réussi à faire rouler un serpentard dans de la poudre de cheminette. C'était bien joué d'ailleurs le coup de la chaussette dans le journal. Très serpentard. Étonnant que tu n'aies pas été placé dans cette maison... »
« Je ne voulais pas être dans la même maison que le meurtrier de mes parents, » répondit Harry.
« Oh ... Un choixpeau flou ..., » comprit Lucius. « Ils sont rares. Surtout un tel mélange ... Tu as très bien caché ton jeu, Harry. Très peu de gens doivent l'avoir deviné... »
Lucius sortit sa baguette et, toujours sans regarder Harry, il fit le serment de ne pas nuire au gryffondor de quelques manières que ce soit. Et il fit le serment inviolable. Harry en avait les yeux écarquillés. Puis, l'aristocrate se leva et posa une main sur l'épaule du gryffondor.
« Plus jamais je ne te ferai de mal, Harry. Au contraire, je te protégerai. »
« Pourquoi ? »
La voix du jeune homme n'était pas plus forte qu'un murmure.
« Je ne saurais pas vraiment t'expliquer. Cela fait un moment que je me questionne sur mon allégeance au Lord Noir ... Je ne sais pas si je rejoindrais Dumbledore. Je suis contre bon nombre de ses idées ... J'envisage la possibilité de fuir mais avec un nom et un faciès comme le mien et la Marque des Ténèbres, fuir n'est pas chose aisée, tu t'en doutes ... »
« Je sais en effet ce que c'est, » admit Harry. « Qu'est-ce ... Qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ? »
Lucius croisa à nouveau les deux billes émeraudes. Elles n'étaient plus vraiment méfiantes, de par son serment, juste curieux et mal à l'aise.
« Je n'attends rien de toi. Tout le monde attend de toi que tu sauves le monde, que tu sauves leur vie. Mais au final, qu'est-ce qu'ils te demandent depuis toutes ces années ? Que tu sacrifies ta vie pour eux ? Ils attendent cela de toi depuis que tu es bébé. Ils ne voient plus que le Survivant en oubliant l'adolescent qu'il y a derrière. Hier, dans la ruelle, j'ai vu le jeune homme qui se cache derrière le Survivant. Et crois-le ou non, mais cela a touché mon coeur de père. Je n'aimerais pas un tel destin pour Drago. Je suppose que c'est pour cela que je veux t'aider ... »
« Mais vous n'en êtes pas certain, » commenta Harry.
« Je n'ai pratiquement plus aucune certitude depuis quelques temps, Harry ... C'est pour cela que je suis incapable de te répondre avec plus de franchise. Parce que je ne connais pas moi-même la réponse à ta question. Je fais juste ce qui est juste pour une fois. Et si le Seigneur des Ténèbres vient un jour à le découvrir, et bien, je mourrais en faisant ce que je pense être juste. »
Lucius fit quelques pas avant de se retourner.
« Veux-tu marcher un moment sur la plage ou souhaites-tu rentrer te réchauffer ? A moins que tu veuilles que je te laisse seul ? Tu dois sûrement avoir matières à réfléchir. »
« Je ... »
Harry hésita, tortillant sa baguette entre ses doigts.
'Prudence est mère de sûreté, Harry ...,' fit une voix dans la tête du gryffondor.
Il écouta alors sa conscience.
« Je crois en effet que je préférais rester seul et réfléchir. »
« Très bien. Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande à Dobby. Il sait parfaitement comment je fonctionne et il est un très bon elfe quand il n'est pas agité. »
« Son agitation ne me dérange pas. Dobby est mon ami. »
« C'est ce que j'ai cru comprendre oui. Bonne soirée, Harry. »
« Euh ... Bonne soirée à vous aussi ... Lord Malfoy. »
« Si tu veux, tu peux m'appeler Lucius, » fit le blond en s'éloignant calmement.
Il disparut plus loin en transplanant.
Harry soupira et se détendit tout d'un coup. Il ne s'était pas rendu compte qu'il était aussi tendu. Il resta un moment à regarder le ciel qui s'assombrissait de plus en plus et les étoiles s'allumer progressivement. Il observa longuement l'étoile Sirius, songeur, alors que doucement des larmes coulaient le long de ses joues. Il s'assit sur la pierre froide et écouta le ressac bien plus fort et apaisant maintenant qu'il était dehors. Il était bien. Il y resta longuement, ne voyant pas le temps passer, jusqu'à ce que Dobby ne vienne le chercher.
« Est-ce que Harry Potter veut manger quelque chose ? » fit l'elfe de sa petite voix aiguë.
« Appelle-moi Harry, Dobby, s'il te plait, » répondit le sorcier dans un soupir en fixant toujours les étoiles. « Ne dis plus mon nom de famille ... Et oui, je veux bien manger un morceau. »
« Qu'est-ce qui ferait plaisir à Harry Potter ? »
Le Gryffondor soupira.
« Prépare ce que tu veux, je ne suis pas difficile ... »
Dobby repartit de son petit pas rapide pour commencer à préparer un repas pour son ami, Harry Potter.
xXxXxXx
Lucius rentra chez lui. Il eut à peine ouvert la porte de son manoir qu'il regrettait déjà la quiétude de la mer. Ses tympans sensibles vrillaient à cause des hurlements. Encore deux mangemorts qui se bagarraient. Il les regarda avec dédain et dégoût se battre comme des moldus. Il vit à l'étage le Lord Noir accoudé sur la rambarde en train de les observer avec un sourire mauvais. Il s'amusait de les voir ainsi se battre comme des chiffonniers.
Il le salua d'un simple et bref signe de tête et alla s'enfermer dans son bureau. Il demanda un simple repas et insonorisa la pièce pour ne plus entendre tout le vacarme qu'il y avait dans le hall. Il travailla encore un peu avant de boire un nouveau verre de whisky.
Tout s'était relativement bien passé avec le gryffondor. Il s'attendait à devoir encore se défendre. Au moins, il était venu lui parler et non engager un duel. Harry avait certes été agressif au début mais il ne pouvait pas le blâmer pour cela, il était un mangemort après tout et jusqu'alors, il y avait une certaine animosité entre eux. Maintenant, il ne restait plus que le jeune homme accepte son aide et commence à lui faire confiance. Qu'il comprenne que si nécessaire, il pourrait s'appuyer sur lui. Il l'aiderait. Il en avait fait le serment et ne le regrettait pas une seule seconde.
Un léger sourire apparut sur ces lèvres à cette pensée. Pour une fois qu'il faisait un serment qu'il ne regrettait pas. Oui, il avait fait le bon choix. Il aiderait et protégerait Harry Potter, tant du Seigneur des Ténèbres que de lui-même. Car pour le moment, Harry était un danger pour lui-même. S'il ne faisait pas attention, il se perdrait en chemin et pourrait en mourir. Et il était bien l'un des rares hommes sur cette terre à mériter amplement une vie heureuse. Lucius espérait pouvoir lui offrir et lui montrer combien la vie était belle et qu'il n'avait pas à s'auto-détruire comme il l'avait fait ces derniers mois dans le Londres moldu.
Cela prendrait du temps, mais il espérait qu'avec le temps, il réussirait. Il était un serpentard, et un serpentard arrivait toujours à ses fins. Ou presque. Il se battrait pour arriver à ses objectifs nobles et pour une fois désintéressés. Il partit se coucher un peu plus tôt que d'habitude pour récupérer de sa courte nuit et de son réveil en sursaut et il s'endormit rapidement.
Le lendemain, il fut réveillé à une heure bien plus décente et par son réveil-matin. Quel bonheur ! Il embrassa son épouse sur la joue et la laissa dormir encore et partit se doucher. Il descendit déjeuner dans sa cuisine et eut comme compagnie Fenrir Greyback qui était relativement calme quand il n'y avait pas d'adversaires ou de sorciers qui faisaient le coq devant lui. C'était quelque chose que le loup détestait, en particulier quand les sorciers en question avaient 'tout dans la gueule mais rien dans le froc' comme il le disait si bien. L'expression était un peu trop vulgaire de l'avis de Lucius mais elle avait le mérite d'être claire.
Et le loup ne ressentait pas le besoin de parler. Il était une créature magique et un être un peu bestial. Il ne parlait que quand il le jugeait nécessaire. Le reste du temps, il se taisait. Il avait bien un peu ri sur Lucius, en particulier des commérages et rumeurs qu'avait fait circuler Bellatrix, mais depuis que l'aristocrate avait prononcé sous serment sa fidélité la première fois, il le laissait tranquille. Il but tranquillement son thé du matin et se prépara tout doucement à partir. Il avait revêtu sa cape quand il entendit le début du remue-ménage qui était devenu le quotidien au sein de son Manoir. Il s'en alla avec bonheur et soulagement.
xXxXxXx
Harry passa les jours suivants dans le chalet ou sur le plage. Il avait même, pour passer le temps et parce qu'il n'en avait jamais fait de sa vie, fait un château de sable et il l'avait regardé se faire lentement éroder à mesure que les vagues passaient sur lui. Cela avait été une expérience relaxante et il la referait sûrement.
Il buvait toujours ses bières que Dobby allait se procurer et mangeait les petits plats de l'elfe. Il n'avait pas un grand appétit mais il adorait cette cuisine. Il la savourait.
Il ne s'était énervé que trois fois sur l'elfe durant les jours qui suivirent. Dobby voulait qu'il arrête de boire de la bière car cela dégradait sérieusement sa santé vu la quantité qu'il buvait. Harry avait à chaque fois pété un câble et avait essayé de sortir pour tout simplement aller au village le plus proche, quitte à marcher une journée entière, pour se chercher à boire.
Le gryffondor s'en voulait un peu de s'emporter ainsi sur la créature qui s'occupait de lui faire de bons repas et lui apportait un peu de compagnie mais il ne pouvait pas vivre sans sa bière. Une partie de son esprit lui cria qu'il était alcoolique mais il la fit taire rapidement. Il n'en avait que faire. Ce n'était pas comme s'il devait plaire à quelqu'un ou si quelqu'un en avait vraiment à faire... Il n'avait plus personne. Plus de parents. Plus de parrain. Il avait fui ses amis pour ne pas les perdre eux aussi. Et il avait fui la guerre ... La guerre qui lui avait tout pris ... Il ouvrit une nouvelle canette pour noyer son chagrin.
Il finit par s'endormir sur le canapé, des larmes coulant sur son visage. Dobby avait rattrapé de justesse la canette de bière qui oscillait dangereusement et menaçait de répandre son contenu sur le sol. L'elfe avait rapporté l'état du sorcier au Lord Malfoy à chacune de ses visites. Contrairement à ce qu'Harry pensait, il y avait deux êtres qui se souciaient de lui, de sa santé, de sa vie. Dobby et Lucius.
Ce dernier était venu tous les jours ou presque. Juste quelques instants au début, allant parfois jusqu'à une heure avant de repartir. Il ne faisait essentiellement que marcher sur la plage pour venir profiter d'un peu de calme. Il ne voyait pas toujours Harry mais prenant de ses nouvelles. Il ne s'imposait pas. Il ne voulait pas que le gryffondor le rejette et le repousse. Il attendait juste que ce dernier fasse le premier pas.
Dobby veilla sur le sommeil du jeune sorcier jusqu'à l'arrivée du maître des lieux.
« Comment va-t-il ? » murmura Lucius en arrivant derrière l'elfe, sa cape au bras.
« Harry Potter a encore crié sur Dobby aujourd'hui. Dobby n'arrive pas à faire en sorte qu'Harry Potter cesse de boire. Dobby échoue tout le temps ! Méchant Dobby ! »
Lucius attrapa immédiatement le bras de l'elfe qui avait été le sien.
« Ne te punis pas ! » ordonna-t-il dans un murmure, fermement. « Avec le bruit, tu vas réveiller Harry ! Et puis, je ne pense pas qu'il apprécie que tu te punisses... C'est pour cela qu'il t'a libéré non ? »
« Harry Potter n'a jamais dit à Dobby pourquoi il avait donné un vêtement. »
'Encore un être qu'Harry a sauvé sans chercher contrepartie. Il l'a juste fait par bonté d'âme. Un coeur pur... Un véritable diamant ! Et le Seigneur des Ténèbres veut sa mort ...'
Il regarda le gryffondor dormir, écartant une mèche de cheveux de son visage d'un geste doux. Le visage d'Harry bougea légèrement quand il le toucha. Le jeune homme semblait chercher et apprécier le contact durant son sommeil. Lucius releva un sourcil, amusé, et continua de caresser doucement ses cheveux. Ils étaient toujours longs, mais Dobby avait réussi à forcer Harry à aller les laver. Et il n'avait plus qu'une barbe de deux jours au lieu d'un gros bouc désordonné. Il semblait déjà plus humain que animal.
Il réfléchit à ce qu'il pourrait faire pour aider son protégé avec son problème d'alcool. Il ne pouvait clairement pas le forcer à arrêter et le braquer alors qu'ils échangeaient tout juste quelques mots quand ils avaient un semblant de discussion. Il allait devoir se renseigner.
« Il faudrait qu'Harry Potter suive un sevrage, » dit soudain Dobby en apportant une tasse de thé à l'aristocrate.
« Que veux-tu dire ? »
« Harry Potter devrait boire une potion de sevrage jusqu'à ce qu'il soit totalement guéri, » expliqua l'elfe. « Dobby pense que c'est le seul moyen pour que Harry Potter arrête de boire et de se détruire. »
« Cette potion est-elle difficile à se procurer ? » demanda-t-il.
« Il faut un Maître en Potions pour la préparer. C'est une potion assez complexe de ce que Dobby sait car elle n'est jamais deux fois la même. »
Lucius soupira. Il allait devoir demander à Severus ... Mais il ne pouvait pas clairement lui dire les choses. Il savait parfaitement que le sorcier était un traître à la cause mangemort et qu'il espionnait pour Dumbledore. Mais ils étaient meilleurs amis et il respectait les choix de l'homme. Severus lui avait avoué un jour pourquoi autour d'un verre. La mort de la jeune Lily Evans, devenue Potter. C'était sa seule raison. Et depuis, il se battait pour Dumbledore, tapis dans l'ombre.
Mais Lucius hésitait. Si Severus apprenait qu'il détenait Harry, il voudrait sûrement qu'il le rende à Dumbledore et à l'Ordre du Phénix pour mettre fin à la guerre. Hors lors des quelques courtes discussions qu'il avait eues avec le gryffondor, l'aristocrate avait appris qu'Harry ne voulait plus se battre. Il avait deviné juste. La mort de Sirius Black avait brisé le jeune homme. C'était la goutte qui avait fait déborder le chaudron. C'est ce qu'il l'avait poussé à fuir. La perte d'un être cher.
Comme quoi il était si simple de briser quelqu'un ...
Le sommeil d'Harry commença à se faire plus agité alors que des mots incompréhensibles étaient murmurés. Des mots paniqués. Lucius se rapprocha et posa une main douce sur l'épaule du gryffondor.
« Harry, » fit-il en le secouant doucement. « Réveille-toi. Ce n'est qu'un cauchemar. Réveille-toi. »
Le jeune homme se redressa soudainement et heurta la tête du blond. Violemment.
« Ouille ! » s'écria Lucius en se tenant le front.
« Aïe ! » s'exclama Harry dans un grognement. « Lucius ! »
« Tu faisais un cauchemar, Harry. Encore. »
« Je ne fais que cela depuis plus de deux ans ! Je suis habitué maintenant ! Il y en a juste qui sont plus pénibles que d'autres. »
« Et moi, je t'éviterais des peines inutiles si je le peux, » rétorqua l'aristocrate sur une voix un peu mordante sans pour autant être trop agressive.
« Tu m'excuseras si je n'ai pas l'habitude qu'on me couve, » maugréa le brun en se levant. « J'ai plutôt l'habitude à ce qu'on me frappe dans ce genre de cas ! »
Il attrapa sa bière sur la table et la finit d'une traite avant de jeter la canette et de partir pour la salle de bain. Il n'avait pas remarqué le froncement de sourcils du serpentard à ses paroles. Avait-il bien entendu ? Qui frapperait quelqu'un parce qu'il fait un cauchemar ? C'était cruel !
Quand le lion revint, il voulut le questionner plus avant sur ce sujet mais il fut interrompu par une brûlure sur son bras gauche. Il le massa en soupirant. Le Seigneur faisait un rassemblement.
« Je dois y aller, » dit-il simplement.
« Okay, » fit distraitement Harry en regardant le paysage côtier par la fenêtre. « Bonne soirée, enfin... Essaye. »
« J'espère... »
Lucius partit en rangeant ses questions dans un coin de sa tête. Il y reviendrait à un autre moment. Là, il fit apparaître ses robes de mangemort ainsi que son masque avant de transplaner pour son Manoir. Ce soir était une grande réunion. Et vu la tête du Seigneur des Ténèbres, sûrement une célébration.
'Qui est mort encore pour qu'il soit aussi 'joyeux' ?' soupira Lucius intérieurement.
Il apprit plus tard dans la soirée que le Ministère de la Magie était tombé entre les mains du Lord Noir. Les seuls derniers opposants étaient dorénavant les membres de l'Ordre du Phénix.
xXxXxXx
Plusieurs semaines passèrent et la relation entre le gryffondor et le serpentard évolua peu à peu vers une entente relativement cordiale. On ne pouvait pas encore parler d'amitié. Ils jouaient aux échecs de temps à autres, Lucius préférant faire sa paperasse de Lord au chalet plutôt qu'à son bureau au Ministère. Il y restait seulement pour ses rendez-vous. Le reste du temps, il préférait le calme et la quiétude de la mer en compagnie du petit lion qu'il découvrait progressivement.
Harry, contrairement à la croyance populaire, n'avait pas été élevé dans une famille aimante. Au contraire, ses relatifs moldus étaient des monstres de la pire espèce qui faisait passer le Seigneur des Ténèbres pour un ange ! Ou presque ! Jamais le Lord Noir n'avait touché à un enfant parce qu'il faisait de la magie accidentelle. Oh ! Il l'avait bien vu une fois s'énerver mais il n'avait pas touché à l'enfant – à l'exception d'Harry, bien sûr, mais pour une autre raison –, pas même torturé pour la gêne occasionnée. Parce que ce n'était que cela, un accident. La preuve que l'enfant était magique. Dans les familles sorcières, c'était même une raison de célébrer. Plus les accidents arrivaient tôt, plus l'enfant était puissant. Mais si les accidents arrivaient trop souvent, cela démontraient que l'enfant était dans un milieu dangereux pour lui.
On ne touchait pas aux enfants magiques ! Non seulement parce que c'était contre tout bon sens, ils étaient leur avenir ! Mais aussi parce que c'était risquer la vie de l'enfant lui-même. Un enfant battu, s'il avait de la magie en lui, et en particulier parce qu'il était battu à cause de sa magie, pouvait devenir un obscurus. C'était pour cela qu'on ne leur faisait jamais rien. Ou à peine une petite rouste. Les enfants étaient des cadeaux de Magia et ils devaient être chéris.
Après la mort de Lily et James Potter, Harry avait été placé dans le seul endroit au monde où il était supposé être en sécurité et c'était finalement l'envoyer dans un enfer sans nom avec pour risque de le détruire totalement ! A se demander si Dumbledore est au courant de la vie du jeune homme. Apparemment, il l'aurait été mais avait refusé qu'il quitte sa famille. Comme si Harry Potter était du genre à exagérer ses propos... Maintenant que Lucius connaissait le Gryffondor de plus en plus, il savait que c'était impossible. Ce n'était pas la nature profonde d'Harry. Sa nature profonde était en fait un angelot qui se cachait sous une armure de guerrier. Voilà ce qu'Harry était. Un ange.
Si Lucius venait un jour à croiser ces moldus, il en ferait des choses ... Et pas légales ! Quelques doloris se perdraient, cela il en était certain !
Peu à peu l'automne avançait et l'hiver approchait à grands pas, amenant avec lui le froid et les célébrations de fin d'années. Et la tension montait dans le Manoir Malfoy. Lucius en était même venu à se battre contre Rodolphus et Rabastan Lestrange. Severus était venu le repêcher au milieu de la bagarre et l'avait soigné. En ce moment même, il soignait les plaies sur les mains et le visage de l'aristocrate.
« Ce n'est pas dans tes habitudes de perdre ainsi ton sang-froid, Lucius, » commença Severus tout en nettoyant une plaie en dessous de l'oeil qui commençait à noircir. « Qu'est-ce qui t'arrive ? Ces derniers temps, tu as été beaucoup plus à cran. »
« J'ai des ennuis au boulot, c'est tout, » éluda Lucius.
« Toi ? Des ennuis ? Mais ce sont les mangemorts qui contrôlent le ministère, cela devrait vite se régler... Tu te tracasses pour rien. »
« Hmm. »
Severus nota que le blond ne réagissait pas.
« A moins bien sûr que cela n'ait rien à voir avec le travail ... »
« Severus ..., » soupira le Lord. « S'il te plait ... »
« Lucius, nous sommes amis ! Si tu as des problèmes, je t'aide, et tu le sais ! »
« Ce n'est pas vraiment moi qui ai un problème, juste un ami. »
« Et tu te tracasses pour lui. »
« Oui. »
« Quel est son problème ? »
« L'alcool. »
« Ah ! Oui, l'alcool. C'est vrai que c'est destructeur ... Tu n'imagines même pas à quel point ! »
« Au contraire, je commence à m'en faire une idée, » soupira Lucius. « Je n'arrive pas à le faire arrêter. Il devient hystérique quand il n'a pas son verre. »
« Il boit quoi et en quelle quantité ? » demanda Severus, soudain devenu professionnel alors qu'il rangeait le matériel de soin.
« De la bière. Une moldue. Il doit bien être à deux ou trois litres par jour. »
Le Maître des Potions grimaça légèrement.
« Est-il violent ? »
« Seulement verbalement et seulement quand il est dans cet état de ... »
« Manque ? »
« Oui. Le reste du temps, il ne ferait pas de mal à un boursoufflet. »
« Je vois. Tu sais si ton ami est allergique à quelque chose ? »
« Je n'en ai aucune idée. »
« Il faudrait que je le rencontre alors pour pouvoir l'aider. »
« Cela ne va pas être possible, Severus. »
« Pourquoi cela ? »
« Juste ... »
« Lucius, je ne peux pas lui brasser une potion de sevrage sans savoir si ton ami est allergique ou non à un ingrédient ! » s'exclama Severus. « Je vais devoir utiliser des éléments assez réactifs. Cela pourrait s'avérer être dangereux s'il en est allergique et les variantes le sont tout autant ! Il doit prendre la potion qui lui conviendra le mieux ! »
« Je comprends cela, Severus ! Mais je ne peux pas t'amener à lui ! J'ai juré de le protéger ! »
« Tu as jur... Mais Lucius, qui est ton ami ? »
« Severus, oublie ce que je t'ai dit, cela vaudra mieux pour toi, » soupira l'aristocrate en se levant. « Il faut que j'y aille. »
Le Maître des Potions regarda l'horloge.
« A cette heure-ci ? » s'étonna-t-il. « Mais il est neuf heures du soir ! »
« Et alors ? Cette maison est devenu un véritable enfer au point que je n'y trouve plus jamais un moment de calme ! Comme tu as pu le remarquer tout à l'heure, j'en suis arrivé à perdre mon sang-froid ! Je pars dormir ailleurs cette nuit et avant que tu demandes comme ils le font tous depuis des mois, non je n'ai aucune liaison ! »
« Je n'allais pas te demander cela ..., » répondit lentement Severus, blessé que son ami pense une chose pareille de lui. « Je pensais plutôt à Narcissa ... »
« Tu ne connais pas la dernière ? »
« Non mais je sens que tu vas me l'apprendre. »
« Elle me trompe avec Rabastan ! »
« Quoi ? Tu es sûr ? »
« Certain ! Mais pour le moment, j'ai autre chose à faire que hurler au scandale ! Je garde juste cette information précieusement dans un coin de ma tête. Tu peux te douter que pour le moment, mon couple n'est plus vraiment ma priorité. »
« Et quelle est donc ta priorité ? »
« Protéger Drago et mon ami. »
« Qui est ton ami, Lucius ? »
« J'ai dit non, Severus ! Reste en dehors de tout cela ! Cela ne t'apportera que des problèmes. Et pas qu'à toi d'ailleurs ! A lui aussi ! »
L'homme en noir plissa les yeux et bloqua la porte de son bras pour empêcher son ami de partir.
« Dans quel merdier tu t'es fourré, Lucius ? » demanda-t-il, menaçant, en fixant les yeux acier de son regard noir. « Dis-moi qui est ton ami ! »
« Non ! »
« Lucius ..., » menaça le Maître des Potions en sortant sa baguette. « Ne m'oblige pas à venir chercher l'information tout droit dans ton esprit. »
L'aristocrate recula lentement, sortant sa baguette pour se défendre mais il n'avait pas envie de faire du mal à son meilleur ami. Il pouvait toujours tenter une approche et voir si l'homme était ouvert. Si non, il l'oublieterait.
« Tu as fait tes choix pour une raison ! Une seule ! » murmura-t-il dans un souffle alors que leurs visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. « J'ai trouvé ma raison de me battre et de choisir mon camp. »
« Tu rejoins Dumbledore ? » s'étonna Severus en s'écartant.
« Non. Je rejoins le troisième camp. »
« Il n'y a pas de troisième camp. Je le saurais depuis le temps. »
« Pourtant il y en a un. Un camp qui ne veut pas se battre. Un camp qui est prêt à fuir si tel est le prix pour avoir la paix. »
Severus pinça les lèvres face à autant de lâcheté mais ne commenta pas. Ils étaient des serpentards après tout. Ils n'étaient pas réputés pour leur courage. Ils n'étaient pas comme les gryffondor à foncer dans le tas sans réfléchir.
« Fuir ? Lucius, dis-moi qui est ton ami ! »
« Tu le connais ... Et c'est justement pour ça que j'ai peur de te l'avouer. Pas pour moi, mais pour lui. Tu le ramènerais certainement là-bas. »
« Là-bas ? Où ? Lucius, cesse de tourner autour du chaudron et dis-moi qui c'est ! »
Lucius se rapprocha de son ami pour lui murmurer la réponse à l'oreille.
« Tu te bats pour ange depuis longtemps parti. Moi je me bats pour son angelot dorénavant. Il est là le troisième camp. »
Le blond s'écarta pour voir une expression de réflexion intense qui se mua progressivement en choc alors que Severus assimilait ses paroles.
« Quoi ? Ne me dis pas que ... Tu l'as retrouvé ? Où est-il ? »
« En sécurité mais pas sans danger. Tu comprends maintenant pourquoi tu ne peux pas le voir. »
« Mais il doit se battre ! »
« Au nom de quoi ?! » attaqua froidement Lucius, le regard dur.
Severus recula, surpris par le ton. Il baissa sa baguette en bois d'ébène.
« Il a perdu ses parents, il a perdu son enfance, il a déjà dû affronter de nombreux dangers alors qu'il n'était encore qu'un enfant ! Il a vu le Seigneur des Ténèbres renaître et il vient de perdre la dernière personne qui comptait le plus pour lui ! Il n'a plus rien ! Et il devrait encore se battre pour un monde qui ne sait faire que l'aimer un jour pour le détester le lendemain ? Le monde est pourri, Severus ! Et il a décidé de le fuir. Il s'est juste ... perdu en chemin. »
Le Maître des Potions resta silencieux quelques instants à fixer son meilleur ami, réfléchissant le pour et le contre.
« Il a fui ? »
« Oui, et ce n'est pas moi qui vais le lui reprocher ! » siffla Lucius. « Il n'a déjà que trop donné ! Que les autres se démerdent ! »
Severus regarda l'aristocrate, les yeux écarquillés.
« Pour que tu en arrives à prononcer un mot pareil, il faut vraiment que tu ... » Il soupira en se frottant le visage. « Ecoute, Lucius, j'ai promis sur la tombe de sa mère que je le protégerais, de ma vie si nécessaire, s'il est devenu alcoolique, laisse moi l'aider. Je dois le voir. »
« L'emmèneras-tu ? »
« Lucius ... »
« Est-ce que tu l'emmèneras contre son gré pour qu'il reprenne la place que tout le monde veut le voir prendre sans aucune considération de ses désirs ou son opinion ?! Est-ce que tu lui ferais ça ? Il a ma confiance, Severus ! Je ne la briserais pas pour le monde anglais ! Même si cela veut dire me passer de tes compétences en potions et essayer de trouver un autre Maître de disponible. »
« Bon courage, il n'y a aucun autre en Angleterre. Le Seigneur des Ténèbres a tué Slughorn. » L'homme en noir soupira en se pinçant l'arête du nez. « J'accepte de ne pas l'emmener dans un premier temps. De toute façon, ils ne pourraient pas faire grand-chose avec un alcoolique. Merlin mais dans quel guêpier ce satané gosse s'est encore fourré ? » termina-t-il pour lui-même dans un murmure.
Lucius se redressa et arrangea ses robes avant de se préparer à sortir.
« Si tu veux l'aider, rejoins-moi au parc royal de Londres dans une heure. »
« Du coté moldu ? » s'étonna le Maître des Potions.
« Au pied de la statue de Peter Pan, » ajouta le blond avant de marcher vers la porte. « Et Severus. Si jamais tu trahis ce secret, je ne te le pardonnerai jamais. Est-ce que je suis assez clair ? »
« Limpide, Lucius, » répondit Severus qui s'était tendu.
L'homme était surpris de la volonté du Sang-Pur à vouloir protéger et aider Harry Potter quoi qu'il lui en coûte. Mais il était aussi blessé par le manque de confiance qu'il avait fait preuve à son égard. Ils étaient meilleurs amis depuis leurs jeunes années de mangemorts. Ils gardaient très peu de secrets l'un pour l'autre. Et celui-là était un énorme qui pouvait coûter la vie à beaucoup de gens.
Severus quitta le Manoir Malfoy une demi-heure plus tard et transplana pour l'Impasse du Tisseur chercher le matériel de potions nécessaire à la préparation d'une potion de sevrage avant de retransplaner mais pour le lieu de rendez-vous, au pied de la statue de ce personnage de contes moldus. Il était comme à son habitude en avance mais il ne fut pas surpris d'y retrouver Lucius déjà. Il l'attendait, assis sur un banc un peu plus loin.
Le blond se leva et approcha.
« As-tu dis quelque chose au Lord ? »
« Lucius ! » s'indigna Severus. « C'est bien mal me connaître ! Je n'ai absolument rien dit ! Je ne trahis pas mes amis ! Je ne le fais plus depuis ce jour-là... »
« Lily Evans ..., » fit l'aristocrate en hochant la tête de compréhension. « Ecoute, pour le bien d'Harry, je me vois dans l'obligation de te demander un serment. Celui de ne parler à personne, quel que soit le camp de la localisation d'Harry ni que je suis celui qui le garde en sécurité. »
Severus soupira mais fit un serment de sorcier. Lucius appela ensuite Dobby et lui demanda de donner la localisation exacte du chalet à son ami.
« Tu as fait d'un elfe de maison le gardien du secret ?! » s'exclama le Maître des Potions, les yeux écarquillés. « Mais qu'est-ce qui t'arrive Lucius ? »
« Je vieillis et je gagne en sagesse, Severus, » soupira le blond en haussant des épaules. « Et fréquenter Harry ces dernières semaines a ouvert mes horizons encore plus que mes passages obligatoires dans le monde moldu pour le Seigneur des Ténèbres. J'ai commencé à comprendre le monde moldu avec ses yeux et non le point de vue arriéré que j'en avais autrefois. »
Lucius tendit le bras vers son ami. Severus s'en saisit sans aucune hésitation. Ils transplanèrent pour le petit chalet en bord de mer. Même dans la nuit sans lune, le Maître des Potions put voir la beauté de l'endroit. Les deux hommes marchèrent rapidement vers la bâtisse en bois afin de ne pas rester dans le froid. L'elfe de maison était déjà dans la cuisine à préparer du thé.
« Où est Potter ? » demanda directement l'homme en noir en scannant les lieux de son oeil acéré.
« Dans la chambre, » répondit l'elfe. « Harry Potter dort. Dobby a essayé de le réveiller pour sortir Harry Potter de son cauchemar, mais Dobby n'a pas réussi. »
« J'y vais, » dit aussitôt Lucius qui s'était accoutumé des cauchemars du gryffondor.
Severus lui emboîta le pas et ils entrèrent dans la chambre. Lucius s'assit immédiatement sur le rebord du lit et tenta de réveiller le jeune homme agité. Le Maître des Potions resta en retrait, les bras croisés sur sa poitrine. Il observa son ami faire, entre surprise – il commençait à en être habitué – et choc. Il n'avait jamais vu le blond aussi doux avec quelqu'un qu'avec Narcissa Malfoy ou avec Drago. En voyant Potter se réveiller presque en hurlant et serrer Lucius dans ses bras, la mâchoire de Severus faillit tomber sur le sol. Les yeux du Survivant étaient hantés, douloureux. Mais plus les minutes passaient, plus ce regard effrayé devenait brumeux et le jeune homme prêt à retourner dans les bras de Morphée. Tout cela grâce à l'étreinte réconfortante et aux murmures du serpentard qui le tenait fermement dans ses bras, protecteur. Il fut encore plus sidéré de le voir lui embrasser le front avant de le coucher et de le border.
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Harry dormait dans son lit et était la proie d'horribles cauchemars. Toujours les mêmes. La mort de Cédric, la résurrection de Voldemort, le Ministère, la mort de Sirius, le combat contre le mage noir et sa possession... Il était pris une fois encore dans cette boucle sans fin. Il s'agitait sous ses couvertures, le corps en sueur et la respiration trop rapide, effrayé.
Il se réveilla en hurlant pour se retrouver assis dans une étreinte forte et puissante, rassurante. Quand il sentit l'odeur du parfum pour homme, il se laissa aller contre le torse, pleurant silencieusement. Lucius était là pour le rassurer maintenant quand il faisait des cauchemars. Il aimait cela. Cela était étrange mais jamais personne n'avait fait cela pour lui auparavant, pas même Hermione. Il se sentait peu à peu en sécurité.
« Essaie de te rendormir, Harry, » murmura l'aristocrate à son oreille avant de l'embrasser sur le front.
« Merci, » souffla le gryffondor alors qu'il se recouchait.
Il repartit au pays des songes sans remarquer la paire d'onyx noires qui avaient assisté à la scène.
xXxXxXx
Les deux serpentards retournèrent dans le salon et le blond referma la porte de la chambre du gryffondor. Ils burent calmement leur thé.
« Je ne sais pas ce qui me choque le plus, » fit le Maître des potions au bout d'un moment.
« Severus ? » fit Lucius les sourcils froncés.
« L'état de Potter ou ton comportement face à lui, » développa l'homme en noir.
« Pour ce qui est de l'état d'Harry, crois-moi il était dans un bien pire état quand je l'ai trouvé. »
« Parce qu'il y a pire qu'un insupportable gamin arrogant et fouteur de troubles en proie à des terreurs nocturnes et alcoolique ? »
« Oui, Severus. Il y a pire, » répondit l'aristocrate avec un regard triste alors qu'il prenait une nouvelle gorgée de son thé. « Une image vaut plus que mille mots, » ajouta-t-il ensuite en se tapotant la tempe.
Le Maître des Potions y vit une invitation à entrer dans l'esprit de son ami. Ce qu'il y vit lui retourna l'estomac. Il en ressortit avec la nausée.
« Comment est-ce arrivé ? » demanda-t-il.
« Parce qu'il a perdu la dernière personne qu'il aimait et dont il était aimé. Sa dernière famille. »
« Et ses moldus ? »
« Si jamais par malheur je viens à croiser la route des Dursley, ils tâteront de ma colère, Severus, sois-en certain ! »
« Quoi ? »
« Comparé à lui, ton enfance est plus joyeuse... »
« Que vient faire mon enfan... »
Severus s'interrompit en écarquillant les yeux avant de fixer la porte derrière laquelle le gryffondor dormait.
« Non ... Impossible. Dumbledore n'aurait jamais laissé faire une chose pareille ! »
« Tu serais surpris de savoir combien c'est facile de fermer les yeux sur certains faits pour le plus grand bien. »
Le Maître des Potions soupira en se frottant le visage.
« Sinon, je peux savoir en quoi mon comportement te choque ? » demanda Lucius.
« On aurait dit que tu l'aimes... »
« C'est un ami, Severus. »
« Cela me semble bien plus profond que cela. »
« Ne raconte pas des mandragores ... »
« Lucius, je te connais depuis plus de vingt ans. Quand je t'ai vu interagir, j'ai eu l'impression de te voir avec Narcissa ou Drago. Enfin plus Narcissa que Drago maintenant que j'y pense. Si je ne te connaissais pas aussi bien, je serais tenté de dire que tu es amoureux de Potter. »
« C'est ridicule, Severus ! Il n'est encore qu'un adolescent ! A peine un homme ! C'est juste un ami ! »
L'homme vêtu de noir ne fut pas convaincu par les propos de son ami. Mais il n'était d'un autre coté pas sûr que Lucius le sache réellement non plus ... Potter ne faisait décidément rien comme les autres ... Il soupira.
« Qu'est-ce qu'il boit exactement que je sache déjà à quoi j'ai affaire. Je vais préparer la potion. »
« Je croyais que tu devais lui parler pour savoir s'il avait des allergies ? »
« Cela fait cinq ans que je dois brasser des potions pour cet aimant à problèmes, il n'a qu'une seule allergie et c'est tout ce qui est à base de cacahuète. Rien d'autre. Sur le plan des potions, j'ai du me pencher sur son dossier médical. J'aurais peut-être du le lire plus profondément pour savoir s'il avait été battu ... »
« Pourquoi ne l'as-tu pas fait ? » demanda Lucius.
« Pourquoi me serais-je plus intéressé à la vie parfaite du célèbre Harry Potter ? »
« Ma vie ? Parfaite ?! » fit une voix teintée de colère non loin d'eux.
« Harry ! »
« Potter ! »
Le gryffondor se tenait dans l'embrasure de la porte, en robe de chambre, baguette en main, ses longs cheveux tout emmêlés lui cachant légèrement son visage pâle, du moins ce qui n'était pas mangé par une barbe de quatre jours. Les yeux émeraudes allèrent de l'aristocrate au Maître des Potions.
« Je peux savoir ce que Snape fait ici ? » demanda-t-il avec colère.
« Je suis là pour vous, Potter ! »
« Comme si vous en aviez quelque chose à foutre, » ricana Harry. « Pour vous je ne suis que le misérable fils de James Potter, se pavanant et se délectant de sa célébrité, arrogant et prétentieux ! Vous n'avez jamais cessé de me le rappeler toutes ces années ! Quant à ma vie parfaite, je vous suggère de vous mêler de vos chaudrons, professeur. Si vous avez été incapable de voir la vérité après toutes ces séances d'occlumencie à me bousiller encore plus le cerveau, ce n'est pas maintenant que vous serez capable de plus de discernement ! »
Harry fit le tour de la table et alla dans la cuisine se prendre un couteau et une pomme ainsi que quelques bières. Il fit venir à lui sa veste et il sortit en trombe pour aller s'installer sur le rocher face à la mer.
« Eh bien ..., » commenta Lucius après avoir entendu la porte d'entrée claquer. « Je ne savais pas que vos relations étaient aussi explosives. Je savais que tu ne l'appréciais pas mais à ce point-là ... Est-ce que tu le vois vraiment comme son père ? »
« Je ne le vois pas autrement que comme Potter ou Black ! » dit fortement Severus. « Enfin, jusqu'à ce que tu me dises tout cela et que je le vois aussi ... »
« Détruit, » termina le blond.
« Au moins, il n'a pas perdu sa fougue... »
« Ce n'est qu'un masque, Severus. Rien d'autre. Le masque du Survivant. Il s'en sert pour se protéger. Comme toi tu le fais sans cesse devant tes élèves ou devant le Seigneur des Ténèbres. Harry est différent. »
« Vu que j'ai plus l'impression de m'adresser à un Poufsouffle qu'à un Serpentard, tu m'en voudras pas si je réserve mon jugement ? » répliqua l'autre en sortant son matériel de potions. « Est-ce que je peux avoir une de ces bières ? »
L'elfe lui fournit une canette qu'il versa totalement dans un chaudron pour s'atteler à la préparation de la potion de sevrage. La nuit allait être longue. Très longue. Pendant ce temps, Lucius décida de sortir rejoindre le gryffondor.
« Comment vas-tu ? » lui demanda-t-il.
« Comme quelqu'un qui a été trahi mais à part ça, ça va, » répondit Harry. « Je commence à en avoir l'habitude maintenant. »
« Trahi ? Comment cela ? »
« Snape va me ramener à Dumbledore. Si pas carrément à Face-de-Serpent. Et toi, tu l'amènes ici. Et je ne sais pas pourquoi d'ailleurs ...»
Lucius soupira en s'installant lui aussi sur la pierre et il fixa les vagues qui venaient mourir doucement non loin de leurs pieds.
« Harry. Je peux t'assurer que si Severus te ramène à quelqu'un, ce sera Dumbledore et personne d'autre. Cela dit, je me suis assuré qu'il ne le ferait pas parce que tu ne le souhaites pas. »
« Je serais curieux de savoir comment tu as fait plier cette vieille chauve-souris des cachots, » dit le jeune homme en buvant une gorgée de sa bière.
L'aristocrate sourit à l'appellation. Il en avait déjà entendu parler par Drago.
« J'étais préfet de Serpentard quand il est rentré à Poudlard, » répondit-il simplement. « Et par la suite, nous sommes devenus amis. C'est lui le parrain de Drago. Il peut me faire plier pour certaines choses, et moi, je peux tout autant pour d'autres. Je me suis assuré, une fois qu'il voulait t'aider, qu'il ne t'emmènerait pas contre ton gré. Il a fait un serment magique. »
« Ah ... » Harry but une nouvelle gorgée. « Et pourquoi il est là ? »
« Pour toi. »
« Je suppose que c'est pour ça, » demanda-t-il en levant sa canette, croisant le regard acier du serpentard.
« Oui, Harry, » répondit Lucius. « Tu es en train de te tuer à petit feu... »
« C'est ça la vie ... On naît, on s'agite et on meurt. »
« Tu oublies tout ce qu'i coté. »
« Comme quoi ? »
« La joie, les loisirs, les amis, les plaisirs simples ... »
« Avec ce taré à mes trousses, difficile de s'amuser, tu sais. Et j'ai peur de rester auprès de mes amis. Ils font une cible parfaite pour Face-de-Serpent. Rien que la mort de Sirius et de mes parents l'ont prouvé. »
Des larmes coulèrent sur les joues du gryffondor à l'évocation de son parrain. Il renifla. Lucius vint le prendre dans ses bras et posa sa tête sur la sienne. Il lui embrassa les cheveux – propres – et le serra tout contre lui.
« La vie continue, en dépit de nos pertes, » murmura-t-il doucement. « Tout ce que tu peux faire, c'est vivre pour ceux qui ont disparu. »
Ils restèrent ainsi, Harry dans les bras de Lucius, à y puiser sa force, observant la mer.
« Ta femme va te disputer, » dit soudain le jeune homme. « Encore. »
« Si jamais elle me traite encore d'infidèle, je l'accuserais à mon tour. Moi, au moins je n'ai pas encore bafoué notre mariage. Elle oui. »
« Ah ? Qui est l'heureux élu ? »
« Rabastan Lestrange. Mais je ne sais pas si c'est une aventure d'un soir ou une liaison. Et à vrai dire, je m'en moque. Je ne l'ai jamais déshonoré, elle l'a fait. Elle en subira un jour les conséquences. »
« Oh ... Et donc, tu restes pour le calme ? »
« Oui. J'aime bien être ici. Même si j'avoue que là, maintenant, tout de suite, je préférerais être à l'intérieur devant la cheminée avec un bon thé bien chaud. »
« D'accord, va pour la cheminée. Mais si la chauve-souris vient me faire chier, je l'envoie sur orbite ! »
« J'aimerais bien savoir comment tu comptes t'y prendre. Il est un sorcier accompli, je te rappelle. Et un mage noir en plus. Tout comme moi. Tu n'as aucune chance. »
« Pfff... »
Ils retournèrent ensemble à l'intérieur, Harry bien décidé à ignorer totalement le professeur de potions. Finalement, les deux amis firent quelques parties d'échecs avant que le gryffondor, tombant de sommeil, retourne se coucher.
xXxXxXx
Lucius était dans son manoir à régler quelques paperasses simples pour le Seigneur des Ténèbres. C'était les vacances d'hiver maintenant. Drago n'était finalement pas rentré pour éviter la colère du Lord Noir. Il n'avait pas mené sa mission à bien encore et il voulait profiter des vacances pour continuer à essayer. Sa mission : Dumbledore. L'aristocrate avait approuvé l'initiative de son fils, non pas parce qu'il prenait sa mission au sérieux, mais bien plutôt parce qu'il restait loin du manoir. Les fêtes de Yule seraient bien moroses cette année. Et en plus, le Seigneur des Ténèbres s'était naturellement invité avec quelques mangemorts. Il allait être encore la proie des commérages. Mais cette fois-ci, il ne serait pas le seul à couler. Il avait vu sa femme en flagrant délit et en avait le coeur brisé. Mais en bon serpentard, il se gardait bien de le montrer. Et il allait se venger. Juste un mot de trop et il le ferait !
Il se leva et alla regarder pensivement le paysage par la fenêtre. Son esprit se porta sur Harry. Depuis qu'il avait amené Severus au chalet, les journées du gryffondor étaient dures et insupportables. A cause du sevrage. Mais il allait le voir tous les matins, et tous les soirs s'il pouvait, pour l'aider et le soutenir. La prise de la potion était une épreuve en soi. Mais Harry la supportait parce qu'il était présent et lui serrait la main, le tenait fermement dans ses bras. Elle était extrêmement douloureuse à en juger le visage du jeune homme et la sueur qui lui perlait le front. Selon Severus, c'était dû à sa forte dépendance à la bière. La douleur finirait par s'amenuiser avec le temps. L'avantage de la potion, c'était qu'après l'avoir ingurgité, celui qui la buvait était libre de tout manque pendant une bonne dizaine d'heures.
Harry était courageux de la prendre une à deux fois par jour et souffrir ainsi. Lucius, lui, ne l'aurait pas fait. Pas de son plein gré en tout cas. C'était en cela qu'Harry était impressionnant : même dans la douleur, une fois qu'il a un objectif fixé, il y restait accroché.
L'aristocrate avait aussi peu à peu commencé à se questionner sur ses sentiments vis-à-vis du gryffondor. Justement après la remarque de Severus. Aimait-il Harry ? En était-il amoureux ? Au début, il pensait que non. Mais il devait avouer qu'au fil des semaines, depuis qu'il l'avait sauvé de la rue, il avait apporté beaucoup de soins et d'attentions au jeune homme. Et ils avaient énormément discuté.
Malgré sa haute naissance, Harry était quelqu'un de simple et aimait faire les choses par lui-même, au point qu'il cuisinait même parfois avec l'elfe, lui faisant découvrir des plats moldus. Harry aimait aussi le calme et la quiétude, haïssant le bruit et, tout particulièrement, attirer l'attention sur lui. Il préférait se faire le plus discret possible. Sauf que dès qu'on le voyait, on le mettait sur un piédestal et on le harcelait. Toutes ces affaires, articles, livres, commentaires ... sur sa personne le mettaient vraiment mal à l'aise.
Tout le monde, parmi ceux qui connaissaient ses parents, ne voyait que James ou Lily à travers Harry. Mais personne ne voyait jamais Harry lui-même. Même ses amis voyaient le Survivant. Rares étaient ceux qui lisaient à travers son masque. D'après le gryffondor, seuls l'infirmière et les jumeaux Weasley avaient réussi jusqu'alors. Ensuite lui. Et tout dernièrement Severus. Bien que ce dernier avait du être placé devant la vérité, et seulement de la bouche de l'aristocrate, pour enfin voir le petit garçon malheureux à travers le 'sale garnement prétentieux et arrogant qui était le portrait craché de son salaud de père'.
« Lucius ! » fit la voix froide de Narcissa en entrant dans la pièce, sortant le blond de ses pensées. « Il faut qu'on parle ! »
Elle referma la porte tandis que le Lord se retournait lentement.
« Oui, Narcissa ? » demanda-t-il, impassible. « A quel sujet ? »
« Nous ! »
« Parce que maintenant, tu veux en parler... » Il alla s'asseoir derrière son bureau, comme s'il allait traiter d'une affaire purement professionnelle. Elle s'installa de l'autre coté. « Tu ne serais pas mieux dans les bras de Rabastan ? » Elle pâlit. « Tu ne croyais tout de même pas qu'après toutes ses accusations à mon sujet, je n'allais pas faire des recherches en ce qui te concerne ? Je le sais depuis un bon mois maintenant ... »
« Et tu le prends comme cela ? »
« Laisse-moi te définir le 'comme cela', » répondit Lucius toujours calmement. « Je suis un serpentard. Tu es une serpentard. La question est qui de nous deux va faire couler l'autre ? Je n'ai rien à me reprocher que ce soit envers toi ou envers le Lord. Toi par contre, pour ce qui est du Lord, je ne m'en soucie guère, mais envers moi ? Tu as été infidèle ! Et tu l'es toujours puisque pas plus tard que ce matin, je t'ai vue batifoler avec lui dans la suite émeraude. »
« Tu m'espionnes ?! » s'indigna la sorcière.
« Non, je devais te parler de Drago. Mais je pense qu'au vu de la situation, je vais me passer de ton avis en ce qui le concerne. Puisque tu es incapable de me respecter, je doute que tu respectes Drago ... »
« Il s'agit de mon fils ! »
« Le mien également ! Il est non seulement mon fils mais aussi mon héritier ! Et toi, tu salis ma réputation ! Bientôt, on pourrait croire que Drago est un fils bâtard né d'un adultère que tu aurais camouflé ! »
« C'est grotesque ! »
« En effet, heureusement que je peux encore sauver les apparences pour lui. Mais pour toi Narcissa... C'est une autre histoire ... »
Il soupira et alla se servir un verre de Whisky PurFeu avec deux glaçons avant de se rasseoir avec élégance.
« Que comptes-tu faire alors ? » demanda-t-elle.
« Pour le moment ? Rien. Cela pourrait déstabiliser Drago dans sa mission et ce n'est vraiment pas le moment. Alors non, je ne ferais rien dans un avenir proche. Mais ne t'attends pas à ce qu'on partage à nouveau le même lit. Je ne pourrais plus jamais te faire confiance. Maintenant que tu es fixée sur notre relation et sur le fait que je suis au courant d'être cocu, tu peux t'en aller. J'ai des choses à faire. »
Ainsi congédiée, Narcissa Malfoy sortit du bureau de son mari à petit pas, mal à l'aise. Elle sentait bien l'épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Elle devrait dorénavant faire attention.
Lucius quant à lui, libéré de son odieuse épouse, retourna aux pensées qu'il avait abandonnées quelques instants plus tôt, à savoir le jeune brun qui vivait dans son petit chalet en bord de mer et pour lequel il semblait développer des sentiments plus que profonds. La question est : est-ce qu'Harry éprouvait aussi des sentiments pour lui ?
Il soupira en se levant, son verre en main, et se mit à admirer la vue de Highlands qui étaient déjà, en cette période de l'année, recouvertes d'un beau manteau blanc. L'hiver s'annonçait rude.
xXxXxXx
Severus transplana pour le chalet au petit matin. Il apportait les flacons de potions pour le gryffondor. Il toqua à la porte et il fut accueilli comme à l'accoutumée par Dobby.
« Où est Potter ? » demanda-t-il. « Je suis assez pressé et je dois lui faire prendre sa potion. »
« C'est Lord Malfoy qui s'en charge en général, » commenta l'elfe.
« Il ne peut pas venir aujourd'hui. »
« Dobby va réveiller Harry Potter, » fit alors la créature de sa petite voix aiguë en partant pour la chambre.
Dix minutes plus tard, le jeune homme était à table devant la potion et une tasse de thé noir. Il avait des cernes noires sous les yeux. Il avait encore était la proie de cauchemars.
« Allez, Potter, buvez ! » dit rudement Severus. « Vous ne faites peut-être rien de vos journées mais ce n'est pas le cas de tout le monde ! »
« C'est vrai que voir des étudiants faire exploser leur chaudron toute la journée, les insulter et les humilier est bien plus divertissant que de s'occuper d'un moins que rien comme moi, » marmonna Harry suffisamment fort pour que le serpentard l'entende.
L'homme soupira en se pinçant l'arête du nez. Ce gryffondor allait le rendre dingue. Il l'observa avaler la potion d'une traite, grimaçant à peine au goût qu'il pouvait juger immonde rien que pour l'avoir brassée.
Harry Potter pâlit rapidement et serra les poings et la mâchoire. Severus le vit vaciller sur sa chaise et il l'intercepta pour l'empêcher de tomber. Il garda une main sur son épaule. Il sentait les tremblements du jeune homme sous sa paume et quand il croisa son regard émeraude, il y vit de la douleur mais aussi de la détermination. Le serpentard lui offrit son autre main et Harry la serra pour tenter de se focaliser sur autre chose que la douleur qui lui traversait le corps de part en part. Il avait la respiration hachée et une fine pellicule de sueur se formait sur sa peau. Le gryffondor fixa son professeur longuement, s'abandonnant dans ses yeux onyx tellement insondables.
La douleur reflua peu à peu et Harry relâcha la main du Maître des Potions. Il se servit de gaufres chaudes que Dobby venait tout juste de préparer et se mit à la grignoter.
« Merci, professeur, » dit-il simplement après la première bouchée.
Severus le regarda bouche bée. C'était la première fois que le gamin le remerciait.
« De rien, Mr Potter. Tachez de dormir un peu, vous avez une mine affreuse. »
« Remerciez Face-de-Serpent cette fois, il a eu envie de jouer un peu ... »
« Remettez-vous à l'occlumencie, dans ce cas. »
« Ce n'est pas si simple de faire quelque chose quand mêmes les consignes les plus simples d'apparence cachent un procédé complexe à appliquer. »
« Ce n'est pourtant pas si difficile de vider son esprit... »
« C'est peut-être un truc de pur serpentard, » fit Harry en haussant des épaules. « Excusez-moi mais je ne suis pas un serpentard. Je suis un gryffondor avec un peu de serpentard, c'est tout. »
« Vous n'avez rien de serpentard, Mr Potter, je m'en serais aperçu. »
« Arrangez-vous avec le Choixpeau, je suis certain qu'il a un tout autre avis à ce sujet. »
Severus avisa l'heure et se leva, prêt à partir.
« Bonne journée, professeur, » fit la voix du gryffondor derrière lui.
« Bonne journée, Mr Potter. »
Harry continua à grignoter pensivement ses gaufres avant d'aller s'installer confortablement dans le fauteuil, sous un bon plaid et regarder le paysage marin. Il commençait à faire beaucoup trop froid à son goût pour faire une promenade sur la plage. Alors il se contentait de l'observer depuis la fenêtre.
Il était de plus en plus souvent songeur, maintenant que l'alcool n'embrouillait plus ses sens. Il pleurait toujours Sirius mais ne noyait plus son chagrin. Il faisait simplement son deuil. A coté de cela, il réfléchissait aussi énormément sur tous les événements qui s'étaient écoulés depuis sa rencontre avec Lucius dans le parc. L'homme l'avait sauvé sans pour autant y être obligé. Il pouvait le remettre à Voldemort mais il ne l'avait pas fait. Il aurait très bien pu aussi le laisser dans la rue mais non. Il l'avait ramené chez lui et l'avait aidé. Et petit à petit, ils avaient fait connaissance.
Derrière ses apparences nobles et coincées, le serpentard était quelqu'un de charmant et était ouvert au débat. Et ils avaient découverts quelques attraits et loisirs communs. Ils aimaient tous deux la littérature, Harry plus moldue, et Lucius sorcière et ils se conseillaient l'un l'autre quelques lectures. Ils appréciaient aussi écouter de la musique douce, surtout de grands classiques, mais le gryffondor avait fait découvrir quelques morceaux moldus que l'aristocrate avait relativement bien appréciés. Et sinon, la nature et les créatures. Ils en étaient tous deux fascinés et ils pouvaient en parler pendant des heures.
Avec le temps, il commençait à se poser des questions sur le mangemort et sur lui-même, son orientation et ses sentiments. Il ne s'était jamais vraiment préoccupé de cela auparavant, puisqu'il était toujours en danger ou trop jeune pour y songer. Maintenant, dans ce chalet, loin de la guerre, il avait plus de temps pour penser à lui-même et à ce qu'il attendait de la vie. Et cela commençait bien sûr par des questions existentielles...
Aimait-il Lucius ? Était-il gay seulement ? Il se souvenait de son premier et unique baiser avec Cho Chang. Il n'avait pas été emballé plus que cela. Et maintenant qu'il y songeait, il avait toujours plus regardé les hommes que les femmes. Alors sûrement qu'il l'était ... Seule une première expérience pourrait lui assurer de son choix d'orientation.
Il se réinstalla un peu plus confortablement dans le fauteuil et observa les vagues venir mourir sur le rivage. Il tenta de faire un exercice d'occlumencie comme l'avait suggéré Snape mais il n'était vraiment pas doué pour se vider l'esprit. Il renonça au bout de vingt minutes à essayer. Son esprit était toujours aussi actif... Alors il continua simplement à observer les vagues et il finit par s'endormir, épuisé par sa nuit en compagnie de Voldemort jouant à qui supporte le plus de doloris.
xXxXxXx
Lucius marchait sur le Chemin de Traverse à la recherche d'un présent pour Harry. Il savait que le jeune homme avait été éduqué à la moldue et que, par conséquent, il n'avait aucune notion des célébrations sorcières. D'autant plus que les anciennes fêtes n'étaient pas célébrées à Poudlard. Drago, ainsi que d'autres Sang-Purs, devaient d'ailleurs parfois sortir après le couvre-feu pour honorer Magia et ainsi respecter leurs moeurs. Harry était ignorant de toutes ces pratiques. Il était au contraire plus familiarisé aux fêtes moldues telle que la Noël ou le Nouvel An.
Alors pour une fois, surtout par ce que la date tombait bien cette année comparé à la célébration du Solstice, il allait célébrer les fêtes sorcières au Manoir et les fêtes moldues avec Harry. Cela le changerait. Dobby avait d'ailleurs déjà été cherché un sapin et de quoi le décorer. Quand le gryffondor l'avait découvert en sortant de la chambre, ses yeux émeraudes avaient pétillé. Cela était hors de prix. Lucius les voyait rarement avec cet éclat. Ils avaient commencé à décorer l'arbre ensemble, jusqu'à ce qu'il doive partir parce que le Seigneur des Ténèbres faisait un rassemblement du premier cercle de mangemorts.
Quoi de mieux pour casser l'ambiance ... ?
Il marcha longuement, faisant courir son regard acier sur les rayons des différentes échoppes qu'il visitait, jusqu'à ce que quelque chose attire son attention. Il finit par trouver le cadeau parfait dans une petite bijouterie. Il en profita dans le magasin pour acheter un présent également pour son fils et partit pour son bureau. Si les étudiants étaient maintenant en vacances, ce n'était pas le cas des adultes qui travaillaient encore pendant la semaine à l'exception des jours de fêtes.
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Harry cuisinait le repas de Noël. Il avait envoyé Dobby acheter un présent pour Lucius. Il avait feuilleté des magazines en tous genres pour trouver le cadeau parfait, à défaut de pouvoir sortir et aller faire les magasins lui-même. D'un autre coté, rester au chalet garantissait sa sécurité en plus d'une certaine paix intérieure qu'il n'avait plus eue depuis... il ne se rappelait plus... longtemps. L'effet du bruit constant des vagues avait un pouvoir si apaisant sur son coeur blessé.
Il coupait avec rapidité et habileté les légumes et les fit cuir dans une marmite. Ensuite, il s'occupa de nettoyer et d'évider la dinde de Noël. Il la saupoudra d'herbes et épices et s'attarda ensuite à la surveillance de ses légumes qui bouillonnaient doucement. Il laissa de temps en temps couler son regard sur la pièce et plus particulièrement sur le sapin qu'il avait décoré en compagnie de Lucius. Cela avait été sa première fois, tout comme au Serpentard vraisemblablement. Le gryffondor avait toujours rêvé de pouvoir faire son sapin de Noël lui-même quand il était petit. Il était toujours enfermé dans le placard sous l'escalier quand sa tante faisait le sien avec Dudley. Il s'était toujours attendu à devoir attendre d'être adulte dans sa propre maison avec sa propre famille pour avoir ce plaisir. Et finalement, au comble de la surprise, Lucius Malfoy, un sorcier Sang-Pur, le lui avait offert. Harry avait été aux anges.
Quand les légumes furent prêts, il fourra la dinde et la mit au four. Il plaça le minuteur avant d'aller dans le salon, devant la cheminée, avec un livre pour s'occuper. Ils se mit à lire les contes de Beedle le Barde tout en écoutant des cantiques de Noël. il n'entendit pas Dobby rentrer. Il ne remarqua sa présence que lorsque l'elfe lui apporta du thé et quelques biscuits. Il lui fit un léger sourire en remerciement.
« As-tu trouvé ? »
« Oui, Harry Potter. Dobby a trouvé le présent que Harry Potter souhaite offrir à Lucius Malfoy. Dobby a placé le présent sous le sapin. »
Le gryffondor jeta un oeil à l'arbre et vit effectivement un petit paquet vert avec un noeud argenté à son pied.
« Merci beaucoup, Dobby, » dit-il avec un sourire encore plus grand.
« Tout le plaisir est pour Dobby, » s'extasia l'elfe alors que ses oreilles papillonnaient de contentement.
Harry retourna à sa lecture, laissant l'elfe terminer de surveiller la cuisson de la dinde et préparant le dessert.
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Lucius finissait quelques paperasses chez lui quand le Seigneur des Ténèbres entra dans son bureau.
« Mon cher Lucius, » susurra-t-il.
« Oui, Mon Seigneur ? » demanda le blond, sur ses gardes, bien que gardant un visage impassible.
« Je souhaiterai m'enquérir avec toi, mon ami. »
« Est-ce que cela va durer longtemps, Mon Seigneur ? Je suis attendu pour affaires. »
« Des affaires ? A cette heure-ci ? »
« Oui, Mon Seigneur. Avec les Gobelins, il n'y a pas d'heure malheureusement. Ils travaillent de jour comme de nuit ! »
« Fort bien. »
« Que puis-je pour vous, Mon Seigneur ? » demanda alors Lucius voyant que le Lord Noir ne bougeait pas.
« J'aurais besoin de ta pensine. »
« Oh. Un petit instant. »
L'aristocrate se leva et se dirigea vers son armoire pour récupérer l'objet demandé. Il récupéra les quelques souvenirs qu'il y avait dedans, personnels, heureusement rien de compromettant mais tout de même ... Notion de vie privée ! Notion que la plupart des Mangemorts avaient oubliée pour ce qui concernait la vie de Lucius justement !
« Voici, Mon Seigneur. Si vous pouviez juste prendre soin de celle-ci, je vous prie. Il s'agit d'un héritage familial. »
Le Seigneur des Ténèbres hocha la tête en signe de compréhension. Cela était sec et les yeux carmin avaient flambé de colère mais le mage noir s'était retenu de punir son Mangemort. Les deux dernières pensines avaient volé en éclats à cause des autres mangemorts. La demande de l'aristocrate était donc légitime. Surtout au vu de sa valeur. Il repartit avec l'objet sans plus de cérémonies. Lucius soupira. Bon, au moins, le Lord savait qu'il ne serait pas là ce soir. Il aurait la paix, quand bien même les autres le chercheraient.
Il se prépara pour partir, ne cherchant pas à s'habiller pour l'événement de ce soir, Harry n'était pas homme à s'attarder sur ce genre de détails et il partit pour le chalet qu'il ressentait de plus en plus comme son foyer comparé à son Manoir principal. Et tout cela grâce à la présence ou l'absence de certains éléments et en la présence d'un ami avec qui discuter. Ami ? Peut-être plus ... Lucius avait bien l'intention de voir jusqu'où il pourrait aller avec le gryffondor.
Quand il arriva sur la plage, à une cinquantaine de mètres de la bâtisse de bois, un sourire léger, discret, apparut sur le visage du serpentard. Il était heureux d'être là. Et quand il entra et qu'il vit Harry assit dans un fauteuil bien au chaud avec un livre sur les genoux, il sut que, quelle que soit la réponse du gryffondor quand il lui demanderait d'entamer une relation, ils seraient toujours au minimum amis. Après tout, c'était comme cela que cela avait fini avec Severus avant qu'il ne doive se marier avec Narcissa. Décision de son père.
Il chassa bien rapidement les pensées tournant autour du Maître des Potions et de sa femme infidèle pour ne plus que se concentrer sur la seule personne qui compterait à ses yeux pour la soirée, à savoir Harry Potter. Il s'approcha de lui en se débarrassant de sa cape et vint le saluer chaleureusement.
« Bonsoir Lucius ! » sourit le gryffondor. « Pas trop de problèmes pour venir ? »
« Non, j'ai cru pendant un instant, mais non. »
« Ah ? »
« Le Seigneur des Ténèbres est venu dans mon bureau. J'ai cru qu'il allait me demander de partir en mission. Il n'a fait que me demander ma pensine. »
« Connaissant le personnage, cela aurait pu être pire, » répliqua Harry.
« Et il est au courant que je ne serais pas disponible de ma soirée et de ma nuit parce que je suis techniquement en rendez-vous d'affaires avec les Gobelins. »
« Et comme les Gobelins ne rendent de comptes à personne ... »
« Exactement, » sourit Lucius. « Tu lis quoi de beau ? » demanda-t-il en se penchant. « Ah ... Les Contes de Beedle le Barde. Ils te plaisent ? »
« Cela change des contes moldus. J'aime surtout le Conte des Trois Frères. »
« Avec les reliques de la Mort ? »
« Oui. J'ai sans doute un faible pour ce conte d'un coté parce que j'ai une cape mais aussi pour le troisième frère qui ne demande qu'à vivre en paix... »
« Cela te ressemble beaucoup, » admit le serpentard avec un sourire en s'installant sur le canapé juste à coté. « Merci, Dobby, » dit-il ensuite en voyant l'elfe lui apporter une tasse de thé.
Ils discutèrent de Contes et Harry raconta dans les grandes lignes quelques-uns du monde moldu, comme Cendrillon, Blanche-Neige, le Petit Poucet, Hansel et Gretel et la Belle au Bois Dormant. Lucius se pencherait certainement sur la lecture de ces derniers, et d'autres, pour satisfaire sa curiosité. Surtout que même s'ils étaient moldus, les contes étaient empreints de magie !
Mais il y avait un conte qui lui parlait plus que les autres.
« La Belle au Bois Dormant ? Cela me dit quelque chose ... »
« Sûrement parce que la princesse Aurore s'est piquée le doigt sur un fuseau ... »
« ... imbibé de potion. La Goutte du Mort-Vivant. Et un homme est venu l'embrasser avec la potion wiggenweld, » termina Lucius en claquant des doigts.
« Exactement. C'est Hermione qui m'en avait parlé. Souvent matières et éléments de l'histoire sorcière se retrouvent dans nos contes. Comme Merlin l'enchanteur par exemple. Il est aussi très connu chez nous justement parce qu'il a sauvé le roi Arthur. »
Et ils continuèrent ainsi, allant s'installer à table tout en continuant de parler tandis que Dobby servait le repas. Ils trinquèrent, Harry veillant à ne pas consommer d'alcool pour ne pas ruiner le travail de Severus Snape. L'homme n'apprécierait certainement pas. Lucius en avait ri. Un son clair qui n'était pas sorti souvent de sa gorge ces derniers temps, et nulle part ailleurs qu'au chalet.
« Le repas est excellent, comme toujours, » dit alors le blond alors qu'ils passaient au dessert.
« Harry Potter a sa part de mérite, Lord Malfoy, » répondit l'elfe. « Dobby n'a fait que surveiller pour que la dinde ne brûle pas dans le four. »
« Tu cuisines ? » demanda l'aristocrate en se tournant vers le gryffondor.
« Je t'ai dit que je n'ai pas eu une enfance heureuse, Lucius, » répondit Harry en haussant des épaules. « J'ai appris à cuisiner à l'âge de quatre ans et depuis je prépare tous les repas de mes relatifs. Je suis leur elfe de maison, on va dire. Enfin, j'étais. Je ne suis pas prêt de retourner un jour à Privet Drive. Au moins, maintenant, quand je cuisine, j'ai la possibilité de goûter le repas. Et je ne trouve pas cela si mal. Cela ne vaut pas la cuisine de Poudlard mais je me débrouille. »
Il avait dit ces dernières phrases avec un sourire.
« Tu es un vrai cordon bleu, Harry. »
« Une expression moldue dans votre bouche, Lord Malfoy, voilà qui est étonnant, » le taquina le gryffondor.
« Tu déteins sur moi, on dirait. »
« Et l'inverse est tout aussi vrai, » agréa le jeune homme. « Je me suis surpris pas plus tard qu'hier à invoquer Salazar plutôt que Merlin quand je me suis pris le pied dans le canapé. »
« Et voilà le dessert, » fit Dobby en posant deux morceaux de tartes sur la table.
« De la tarte à la mélasse ! » s'exclamèrent les sorciers avant de se regarder et d'échanger un sourire. « Toi aussi c'est ... Non, toi d'abord... »
Ils éclatèrent de rire. Lucius invita d'un geste de la main le gryffondor à poursuivre.
« Je disais, toi aussi, la tarte à la mélasse est ton dessert préféré ? »
« Oui, enfin l'un de mes desserts préférés. J'ai un faible pour le chocolat. »
« C'est vrai que j'aime aussi le chocolat. Mais je préfère de loin la tarte à la mélasse. C'est vraiment mon dessert favori. »
Ils dégustèrent leur morceau de tarte avec plaisir, ne cessant jamais de discuter, un sourire, tantôt discret, tantôt plus prononcé, ne disparaissant jamais de leurs lèvres tant ils étaient à l'aise et heureux dans ce petit coin paisible et reculé de l'Angleterre. Ils étaient dans leur petite bulle de tranquillité. Ils espéraient que rien ne vienne la briser.
Puis, ils passèrent au salon et comme à l'accoutumée, ils commencèrent à jouer aux échecs, ne cessant jamais de parler. On pourrait croire qu'ils avaient épuisés le stock de sujets à aborder mais ils en apportaient toujours de nouveaux sur le tapis, ou en développaient plus avant des anciens plus qu'intéressants, mais jamais ils n'abordaient le sujet qui fâche. Jamais ils ne parlaient de la guerre. Ils étaient tellement bien sans y penser. Pourquoi la rappeler ? Absolument aucun intérêt si ce n'est casser l'ambiance. Et ils voulaient la préserver.
Quand vint l'heure des cadeaux, Harry devint surexcité mais le cacha bien. Seul ses yeux verts pétillants le trahissaient. Lucius sortit de sa robe de sorcier une petite boîte qui tenait sur sa main. Elle était enveloppée dans du simple papier noir. Le gryffondor le déballa et ouvrit la petite boîte pour y découvrir un médaillon. Il porta une main à sa bouche, les larmes aux yeux, alors qu'il fixait l'objet. C'était une chaîne en argent sur laquelle pendait un chien en onyx sculpté.
« Comme cela, il serait toujours d'une certaine manière près de toi, » dit le serpentard avec un sourire en le sortant. « Il te plaît ? »
« Oui, beaucoup, » répondit Harry, ému. « Merci. »
Lucius l'accrocha autour du cou du jeune homme et le prit dans ses bras alors que ce dernier pleurait, à la fois de tristesse et de bonheur.
« J'ai aussi un cadeau pour toi, » dit soudain Harry après avoir essuyé ses larmes.
« Et comment as-tu été faire des emplettes ? »
« J'ai fait quelque chose que je ne pensais jamais faire de ma vie, » répondit le plus jeune avec un grand sérieux. « J'ai demandé à Dobby de faire les courses à ma place ! »
Le gryffondor alla chercher le cadeau sous le sapin et revint dans le canapé à coté de Lucius. Ce dernier souriait et il avait un sourcil relevé. Il était curieux. Il déballa à son tour le paquet et ouvrit la boîte. Le blond releva la tête pour fixer le jeune homme.
« Tu te plaignais toujours que ta montre ne fonctionnait plus suite à un vicieux sortilège de Face de Serpent, alors ... »
« Merci, Harry, » fit l'aristocrate avec sourire en sortant la montre à gousset en argent.
Elle était simple et discrète, avec une chaîne en argent simple d'apparence mais, quand on l'examinait d'un peu plus prêt, on pouvait voir que chaque maillon était en réalité un serpent enroulé sur lui-même savamment ouvragé qui venait mordre la queue du serpent d'à coté. On pouvait voir les armoiries de la famille Malfoy ainsi que sa devise familiale sur l'extérieur. Un grand 'M' avec les mots Sanctimonia Vincet Semper'.
« Comment connais-tu mes armoiries ? » demanda-t-il ensuite. « Je ne les porte jamais en extérieur sauf pour les cérémonies au Ministère... »
« Drago est quelqu'un de très fier de sa famille et il les a portées lors du bal de Noël il y a deux ans, » répondit Harry en haussant des épaules. « Et au pire j'aurais pu demander à Dobby. Il doit certainement les connaitre. Que veut dire la devise de ta famille ? »
« Tu ne comprends pas le latin ? » s'étonna Lucius. « Nous sommes des sorciers pourtant... »
« Faudrait déjà qu'on nous donne des cours de latin pour cela à Poudlard. Et chez les moldus, on apprend le latin que si on en choisit l'option en secondaire, voire à l'université, pas avant. »
« Hmm 'Sanctimonia Vincet Semper' signifie 'la Pureté vaincra toujours', » traduit l'aristocrate.
« Cela se rapproche beaucoup de la devise des Black, » commenta le gryffondor.
« Toujours Pur, oui ..., » acquiesça le plus âgé. « Nous sommes de vieilles familles et certaines choses se sont gardées par tradition. »
« Je me demande quelle était la devise de ma famille... »
« J'avoue que je ne sais pas, Harry, » répondit Lucius en faisant tourner la montre entre ses doigts fins. « Les Potter et les Malfoy ne se sont jamais très bien entendu par le passé. Un vieux conflit... »
« Lequel ? »
« La main d'une femme. Iolanthe Peverell. »
« Oh ... C'est stupide. »
« Oui, assez, » pouffa Lucius en posant son regard acier sur la montre à gousset pour l'ouvrir. Il tomba sur une photo de Drago. « Merci, Harry. J'apprécie beaucoup. »
« De rien. »
Le blond posa une main douce sur le bras du plus jeune et leurs yeux se croisèrent. Les émeraudes se plongèrent dans les yeux en acier qui semblait en fusion tellement ils pétillaient. Harry posa sa main sur celle de l'homme et la serra doucement. Il se demandait s'il oserait le faire. L'homme était son sauveur. Ironique pour la personne supposée être justement le sauveur du monde sorcier, non ? Il se mordit la lèvre inférieure, réfléchissant le pour et le contre pour l'embrasser. Il ne voulait pas faire une bourde et perdre l'amitié de Lucius. Et puis, l'homme était encore marié, certes à une femme qui le trompait mais il savait que le serpentard était quelqu'un de droit et fidèle envers son épouse.
Lucius, de son coté, observait le jeune homme. Il était beaucoup mieux que quand il l'avait récupéré dans cette ruelle de Londres. Il avait ses cheveux soigneusement coiffés, légèrement ondulés, et attachés sur sa nuque. Et il était rasé. Ses yeux, bien qu'il y avait toujours une douleur sourde derrière, pétillaient de vie. En le voyant ainsi torturé sa lèvre entre ses dents, il glissa son autre main sur sa joue et vint décoincer la chair rougie avec son pouce. Il vit un sourire sur le visage du gryffondor. Éclatant.
Harry ferma les yeux et se laissa aller sur cette main douce contre sa joue. Il respira d'aise. L'aristocrate sourit. Il se pencha lentement et vint poser ses lèvres fines sur celles rosées du gryffondor. Il fut heureux de ne pas être rejeté par le jeune homme, tout au contraire, ce dernier lui rendit son baiser avec autant de douceur. Lucius sentait bien que celui qui serait dorénavant son amant n'avait aucune expérience et il prit alors son temps, tout en douceur et attention, alors qu'il glissait sa main de sa joue vers sa nuque et qu'il quémandait de sa langue l'accès à la bouche d'Harry. Ce dernier avait une saveur sauvage avec encore le goût de la mélasse. Exquis. Ils bataillèrent doucement de leurs langues sans pour autant chercher à prendre le dessus sur l'autre et ils ne cessèrent que pour reprendre leur souffle.
Ils restèrent front contre front, yeux dans les yeux, un sourire heureux fleurissant sur leurs lèvres.
« Et ta femme ? » demanda Harry dans un souflle.
« Elle a bien Rabastan non ? Qu'elle aille se faire doloriser ! »
Ils rirent doucement de cette image avant de s'embrasser encore doucement, amoureusement, passionnément. Et ils restèrent dans les bras l'un de l'autre une bonne partie de la nuit.
Bonjour, Bonsoir,
J'espère que cet OS vous aura plus, une fois encore.
Petite note, avec mes examens hors session, il se trouve ... que je suis à court d'OS pour le calendrier un peu plus tôt que prévu. J'en avais prévu 25 dans ma tête. Et 25 il y AURA ! Promis ! Mais cela va prendre un peu plus de temps ... Comme nous sommes au 21ème, me manque 4 OS. Vous les aurez d'ici le Nouvel An ! Je m'y colle rapidement maintenant que je suis en vacances.
Plein de bisous et déjà Joyeux Noël !
Memepotter952504
