Bonjour tout le monde !
Après avoir réuni tout le monde sur Terre dans le dernier chapitre, on commence également à faire le point et à obtenir quelques éléments de réponse du côté des non-morts. Bon, à ce stade, certaines choses commençaient à être assez claires pour vous lecteurs, mais il faut bien que tout le monde (vivants, morts et non-morts) parviennent aux mêmes raisonnements et informations !
Enjoy !
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Chapitre 18 : Plus jamais
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Quelque chose leur échappait. C'était absolument incroyable que Bucky soit le seul à s'en rendre compte, mais c'était là un fait dont il était absolument certain : quelque chose leur échappait.
En soi, les choses étaient extraordinairement complexes. Si la question de leur statut – manque de statut, non statut, ces choses là – était déjà compliqué à gérer, voilà maintenant qu'ils avaient droit à l'intervention de personnes décédées. Ce n'était pas comme s'il les voyait, mais il faisait confiance à Wanda. Si elle était indéniablement dépressive – ce n'était pas comme s'il avait le moindre doute sur la question – elle était encore tout à fait saine d'esprit. Enfin, presque saine d'esprit. En tous cas, elle n'était pas folle au point d'imaginer les fantômes de son frère et de Vision, et encore moins ceux de personnes qu'elle ne connaissaient même pas.
Mais le plus étrange était Strange – ah ah, quel jeu de mot absolument minable – Apparemment, lui ne voyaient pas la multitude de fantômes les environnant et avec lesquels Wanda avait essayé de discuter après avoir pris connaissance de leur présence.
Non, le magicien ne voyait que trois personnes, et pas n'importe lesquelles. Vision d'abord, l'un des Avengers. Il le connaissait peu – l'une des rares fois où ils avaient passé du temps ensemble, c'était dans des camps opposés pas génial pour créer des liens – mais il semblait être un type digne de confiance. Et puis, il pouvait apparemment soulever Mjolnir à l'époque, ça devait vouloir dire quelque chose. Ensuite, il y avait Gamora, une femme qui semblait être la petite copine de Quill, et que ce dernier leur avait décrit comme une humanoïde à la peau verte. Sans déconner ? Et enfin Loki, l'homme ayant tenté de conquérir la Terre pour le compte de Thanos – il n'était bien sûr pas présent lors des événements de New-York, mais il s'était un peu renseigné – et dieu des mensonges tout droit sortie de la mythologie nordique. Mais bien sûr…
Ça ne pouvait pas être un hasard si seul Strange – bon, et Wanda – les voyait, et seulement ces trois personnes. Qu'avaient-ils en commun ? Vision étaient une création humaine, quand les trois autres avaient vu le jour « naturellement ». L'androïde et Strange étaient terriens, mais c'était loin d'être le cas de Gamora et Loki. Ce dernier et Strange maitrisaient la magie, mais ce n'était à priori pas le cas de Gamora, et certainement pas celui de Vision.
Donc, tout comme ce monde de fou – entre-monde, il avait compris merci ! – cette situation n'avait absolument aucun sens. Et malheureusement, c'était quelque chose de plus en plus récurrent.
Mais comme si tout cela n'était pas déjà suffisamment confus, les choses s'étaient subitement compliqué quand Strange avait disparu, juste après avoir rejoint les fameuses « apparitions » – et il mettait de lourds guillemets là-dessus, faute d'un meilleur terme pour le moment. Dans le même temps, Wanda s'était mise à hurler en voyant également s'évaporer l'image de Vision, avant même qu'elle n'ait pu lui dire un mot. Certains essayaient de la calmer, quand d'autres débattaient encore de la véracité de ces hallucinations – et honnêtement, il les comprenait. Qui pouvait croire à ça, merde ? – cherchant encore et toujours à savoir ce qui était en train de se passer.
Mais en un mot comme en cent, c'était un bordel sans nom – et Steve lui passerait un savon s'il l'entendait parler comme ça, lui qui avait horreur du moindre juron. Une fois, alors qu'ils n'étaient encore que des enfants, il avait refusé de lui parler pendant deux jours entiers, jusqu'à ce qu'il s'excuse auprès de l'un de ses camarades de classe. Mais c'est lui qui avait commencé ! Ce petit con de Johnny avait insulté son Stevie, comment aurait-il pu faire autrement ?
Bref…
Tout ça pour dire que lui s'était rapidement éloigné : il avait besoin de calme pour réfléchir. Car malgré ce… ce bordel, oui ! – car en plus de jurer il se répétait. Il faisait de son mieux ! – il y avait définitivement quelque chose qui clochait, quelque chose de plus que le simple fait de voir des personnes apparaitre et disparaitre aléatoirement. Quelque chose lui échappait, quelque chose d'important, de capital même, et qu'il devait savoir. Sa mémoire lui jouait encore trop souvent des tours pour qu'il puisse se permettre d'ignorer ce sentiment d'urgence et d'inquiétude qui lui prenait le cœur.
Pensif, il ramassa un bout de bois – définitivement très réaliste cette forêt – et commença à esquisse un schéma sur le sol de terre battue. Ecrire l'avait toujours aidé à structurer ses pensées, même si ce n'était là qu'un schéma grossier. Il n'avait jamais été très bon en dessin, contrairement à Steve. Lui était un véritable artiste, aussi bien capable de représenter un paysage que de faire un portait incroyablement réaliste d'une personne en face de lui. Dans leur jeunesse, Bucky s'était souvent retrouvé à jouer les modèles pour lui. Parfois volontairement, en prenant la pose, mais le blond se contentait le plus souvent de l'observer à la dérobée et de redessiner ses traits sur le papier. Bucky n'avait jamais compris cette obsession, mais il n'allait pas s'en plaindre. Voir les yeux de Steve briller alors qu'il pensait le regarder avec discrétion – ce qu'il ne fallait pas entendre ! – valait bien la peine de se faire plus aveugle qu'il ne l'était réellement.
Et bordel, était-il simplement incapable de la fermer ?
Bref, à son esquisse s'ajoutaient des annotations et des remarques, tant en russe qu'en anglais – et rien à faire, il avait toujours du mal à considérer cette dernière comme sa langue maternelle. Il écrivait ses hypothèses, les barrant et les corrigeant, le fruit de ses réflexions se mêlant à des élucubrations qu'il démontait les unes après les autres.
Sentant quelqu'un approcher et se pencher pour regarder par-dessus son épaule, il se crispa, retenant l'envie violente de se défendre – comprendre « le mettre définitivement hors d'état de nuire ». Mais il ne s'agissait que de Sam et le para le salua silencieusement, retenant visiblement son accolade. Bien. Il semblerait que leur discussion ait porté ses fruits.
Ils restèrent donc là, silencieux, l'ancien parachutiste observant son ami continuer ses gribouillages informes, ne faisant aucun commentaire sus ses maigres talents en dessin. Brave type.
« Et ça, qu'est-ce que c'est ? »
Sam désignait les quatre ovales qu'il avait dessiné. Bucky réalisa alors qu'il s'agissait des seuls symboles qu'il n'avait pas raturé ou effacé, et surtout qu'ils étaient situés en dessous de chacun des noms des quatre concernés.
Il avait trouvé un lien.
Il ignorait ce que l'autre homme vit sur son visage, mais Sam se releva précipitamment et s'en alla en courant. Quelques minutes plus tard, il revenait accompagné par tout le petit groupe qui s'était retrouvé et agrandit au fil des jours. Ainsi il comprenait désormais des scientifiques qu'il ne connaissait pas – Selvig, Pym et Van Dyne de ce qu'il avait retenu – mais également l'agent Carter qui leur avait donné un coup de main en Allemagne, ou encore Pepper Potts comme il l'avait entendu être appelée, et qu'il savait être la meilleure amie de Stark. Autant dire qu'il avait jusqu'ici évité la rousse avec application.
Fury, qui avait plus ou moins prit l'ascendant sur l'ensemble des personnes présentes – n'en déplaise à Thaddeus Ross, également présent – fut le premier à l'interroger.
« Wilson dit que vous avez trouvé quelque chose. »
Et si ce n'était pas une question, il ne lui ordonnait pas moins de s'expliquer. Connard. Mais si Bucky avait horreur de se faire donner des ordres, il reconnaissait toutefois que la situation était pressante. Alors il ferait avec. Pour cette fois. Et Fury sembla comprendre le comprendre, puisqu'il inclina brièvement la tête à son intention. C'était sans doute cette compréhension rapide qui l'avait maintenu en vie si longtemps. Ils allaient sans doute devoir travailler ensemble, et Steve tenait l'homme en estime, malgré ses secrets et ses mensonges. Mais Bucky ne serait pas l'un de ses gentils petits soldats Avengers. Plus jamais il ne se soumettrait à quelqu'un.
« Lui ? » s'étonna faussement le Secrétaire Ross, tout à la fois méprisant et condescendant.
Bucky serra les poings, se retenant à grand peine de les lui foutre sur la gueule. Ross se croyait infiniment supérieur aux autres – et en particulier à lui – et ne manquait pas de le faire savoir. En outre, si Fury bénéficiait du soutien des Avengers qui le respectaient sincèrement, ce n'était pas le cas de Ross, que tous ne semblaient supporter que par obligation depuis son arrivée quelques heures plus tôt. Et si cela n'avait pas été suffisant, ses seuls actes il y a deux ans à propos des Accords auraient suffi à l'inscrire définitivement sur la liste noire de Bucky. Mais il n'y avait pas que Ross, il y avait tous les autres qui attendaient également une réponse. Aussi Bucky finit par obtempérer à contre-cœur, le fusillant du regard.
« Les pierres, » expliqua-t-il. « Nous avons atterrit ici à cause des pierres, mais il y a plus que cela. »
« Expliquez-vous, » aboya le politicien, implacable.
Sa réaction fut immédiate. D'un geste si vif que personne ne le vit, il dégaina l'un des couteaux qu'il portait en permanence sur lui. Plaquant le Secrétaire d'Etat contre un mur qu'il avait matérialisé sans y penser, il pointa sa lame sur sa gorge. Autour d'eux, tous s'étaient tus. A vrai dire, ils ne semblaient même plus respirer. Bucky se pencha vers l'homme, si près qu'il pouvait presque sentir l'odeur de peur palpable qu'il dégageait.
« Ne vous avisez plus jamais de me parler sur ce ton, » le menaça-t-il d'un ton doucereux.
Il accentua davantage sa prise, prenant un plaisir malsain à le voir chercher désespérément de l'air, ses jambes battant pitoyablement.
« Barnes, » l'interpella finalement Fury.
Ce n'était pas une menace, mais un avertissement. Et pour ce que ça valait, l'ex soldat de l'hiver se demandait s'il était véritablement prêt à obtempérer. Il n'avait que peu apprécié les interventions de l'homme, qui avait pris une part active dans la chute des Avengers. Les Accords, Leipzig, la Sibérie… rien de tout ça ne serait arrivé si l'homme les avait laissés tranquille ! Bien sûr, c'était également la faute de Zemo, et que dire de sa propre culpabilité ? Mais sans ces politiques qui prenaient les hommes pour des pions, leur arrachant leur libre arbitre et tuant dans l'œuf toute idée de rébellion ou même d'indépendance… Ross était exactement comme Pierce. Que l'un bosse pour le gouvernement et l'autre pour Hydra ne faisait strictement aucune différence pour lui. Les deux s'étaient servi de lui. Plus jamais il ne permettrait que ça recommence.
« Bucky, » l'appela à son tour Sam. Et le para semblait… inquiet ?
Après quelques secondes supplémentaire, Bucky laissa brutalement tomber l'homme, réduit à une masse tremblante et haletante. Du même coup, la tension ambiante sembla s'apaiser, et ceux qui avaient dégainé leurs armes les rangèrent une fois certains qu'il avait retrouvé son sang-froid. Évidemment qu'ils s'étaient préparés à le neutraliser, même ses amis, et Bucky ne leur en voulait même pas. Après les tortures et le lavage de cerveau que lui avait infligé Hydra, c'était presque rassurant de savoir qu'il y aurait des personnes pour l'arrêter s'il allait trop loin. Plus jamais il ne tuerait des innocents, ou ne blesserait les gens auxquels il tenait. Il avait presque tué Steve sur l'héliporteur. Et si cette ancienne promesse n'avait pas miraculeusement résonné en lui, s'il ne s'était pas arrêté … Il ne se le serait jamais pardonné…
Il secoua brièvement la tête, écartant ces souvenirs fantôme. S'il revivait fréquemment des passages entiers de son passé proche ou lointain, et ce souvenir en particulier, ça n'avait jamais cessé de faire mal. Encore plus quand Steve était concerné, ce qui était presque toujours le cas. Espérant que personne n'ait surpris cet instant de faiblesse, il se tourna vers le Secrétaire d'Etat, toujours au sol. Aussitôt, une bouffée de rage l'envahit, qu'il tenta tant bien que mal de juguler. Il règlerait ses comptes plus tard. Mais avant, une petite mise au point s'imposait.
« Selon Strange, nous ne pouvons pas mourir tant que nous sommes ici. Mais parlez-moi encore une seule fois sur ce ton et je vous assure que nous aurons l'occasion de vérifier cette théorie. Suis-je clair ? »
Ross hocha péniblement la tête, incapable de parler et l'air clairement effrayé. Au moins le message était passé.
Après quelques minutes d'un silence tendu, T'Challa fut finalement le premier à reprendre la parole.
« Tu disais donc avoir trouvé quelque chose à propos des pierres. »
S'efforçant de rassembler se idées, Bucky désigna le schéma au sol, partiellement piétiné par le groupe.
« On se demandait pourquoi Strange voyait uniquement Vision, Gamora et Loki, ce qui pouvait les relier tous les quatre. Et comme à chaque foutue fois depuis le début de cette histoire, la réponse est ''les pierres'', » soupira-t-il.
Mais en voyant les regards dubitatifs, voir même vitreux pour certains, il comprit qu'il allait devoir être un peu plus précis. Il détestait prendre la parole, devoir expliquer. Habituellement, c'était lui qui recevait le briefing, et certainement pas l'inverse. On lui donnait une mission, des ordres, et il n'avait pas à y réfléchir. Il exécutait, tout simplement. Bien sûr, il ne regrettait pas Hydra. Comment le pourrait-il ? L'organisation avait fait de lui un monstre sans âme à leurs ordres. Il avait menti, trahi, volé, tué pour eux. Seule l'intervention presque miraculeuse de Steve lui avait permis de sortir de cette spirale infernale de haine et d'autodestruction.
« Barnes ? » l'appela alors T'Challa.
« Oui, les pierres, » se reprit-il alors, brutalement éjecté de ses souvenirs, et s'efforçant tant bien que mal d'ignorer son mal de tête. Il commença alors à énumérer. « Vision avait la pierre de l'esprit incrustée dans le front, et Strange était le gardien de la pierre du temps, de cela nous sommes sûrs. Ensuite, d'après ce que j'ai suivi, Loki a utilisé le tesseract contenant la pierre de l'espace pour ouvrir le portail sur New-York il y a cinq ans. Et enfin, d'après le récit de Quill, Gamora était la seule à connaitre la localisation de la pierre de l'âme. Quatre personnes et quatre pierres. Tout ça ne peut pas être une coïncidence, si ? »
Certains comme ces pseudos gardiens de la galaxie ou le gamin n'avait pas l'air d'avoir davantage compris – normal, quel âge avait-il lorsque Loki avait envahi New-York ? Douze ans ? Treize peut-être ? C'était qu'un gosse – mais d'autres en revanche avaient l'air d'approuver ses propos. Fury, Hill, T'Challa et même Carter, Potts et Sam… Ross lui se massait toujours la gorge, et Bucky en tirait un plaisir certain.
Il avait donc effectivement trouvé un lien. Après tout ce qu'il avait subi, c'était rassurant de voir que ses capacités de réflexion étaient toujours opérationnelles. C'était déjà ça de pris…
« Il a raison. »
Tout se retournèrent pour faire face à Strange, qu'aucun d'entre eux n'avait entendu arriver, pas même lui. Il semblait… bien, en aussi bonne santé que le permettait leur état. A vrai dire, il n'y avait aucune véritable différence entre maintenant et le moment où il les avait quittés, si ce n'est la lueur de détermination qui brillait désormais dans ses yeux. Et il ne devait pas être le seul à l'avoir vu, puisque tous l'entourèrent avec impatience, y compris Quill.
« Mais il y a plus, » reprit alors Strange d'un ton ferme. « Notre non-mort n'est en rien définitive. Il nous est possible d'annuler le geste de Thanos, et de revenir. »
Et aussi simplement que ça, Bucky eut l'impression que son monde venait de voler en éclats. Bien sûr, le but de toutes ces recherches, de comprendre cet entre-monde, c'était de pouvoir remédier au problème et rentrer chez eux. Et mais apprendre comme ça, de but en blanc, qu'il s'agissait d'une possibilité tout ce qu'il y a de plus réelle…
Avec quelques secondes d'un silence éberlué, il y eut des cris de joie et des exclamations surprises. Et même si Bucky se maitrisait, il n'en partageait pas moins leur allégresse. Pour preuve, il accepta même l'étreinte joyeuse de Sam, Wanda lui serra brièvement la main sans qu'il ne la retire, et il ne dit rien à la tape amicale – autrement dit, le coup de poing – de Drax sur son épaule. Peut-être qu'il faisait des progrès en ce qui concernait la sociabilisation ? Steve serait fier de lui.
« D'où tenez-vous ces informations ? » lui demanda finalement Fury après quelques instants de liesse, ramenant aussitôt le calme.
« C'est la Mort qui me l'a dit. »
Après ça, le silence fut incroyablement pesant, contrastant d'autant plus avec la joie qu'il l'avait précédé. Avant que cet imbécile de Quill ne le brise de façon spectaculaire, éclatant d'un rire sarcastique.
« Ça ressemble à une punchline au rabais d'un navet de série B. »
Il n'avait pas tort, mais Bucky préférait mourir que d'avouer être d'accord avec lui. Il se contenta donc de croiser les bras, défiant ouvertement le sorcier. Mais ce dernier ne semblait pas se soucier des regards franchement dubitatifs posés sur lui, puisqu'il regardait autour de lui, semblant chercher quelqu'un. A ses côtés, Wanda expira un souffle tremblant, regardant sans ciller un point fixe derrière l'épaule du sorcier. Ah. Ils étaient revenus donc. Et il n'était pas le seul à l'avoir compris visiblement, puisque T'Challa s'était avancé vers le magicien et que Quill regardait autour de lui comme un fou, cherchant probablement à voir sa copine. Ça promettait…
« Il sont là n'est-ce pas ? Vision, Gamora et Loki ? » demanda le wakandai. Pour tout réponse, Strange hocha la tête. « Alors vous allez peut-être pouvoir nous aider. Nous avons compris grâce à Barnes que vous étiez tous reliés d'une manière ou d'une autre à l'une des pierres d'infinités. Mais savez-vous qui sont ceux associés aux pierres de pouvoir et de réalité ? »
« Malheureusement non, » répondit-il aussitôt, sans prendre la peine de consulter ses camarades. « Nous avons quelques pistes, des idées, mais rien de concret. Et nous devons absolument réunir les pierres et leurs porteurs pour que nous puissions contrecarrer le sort qui nous est échu. »
Strange ne leur disait pas tout. C'était évident, à la façon dont ses poings s'étaient crispés à la mention de leur sort commun. Pourtant, Bucky ne ressentait étrangement aucune mauvaise intention de sa part. Mais il allait quand même le surveiller, juste au cas où. Il ne gâcherait pas sa chance de revoir Steve à cause de lui.
« Que pouvons-nous faire pour cela ? » lui demanda alors T'Challa.
Et Bucky respectait d'autant plus ce roi tout puissant, qui pourtant n'hésitait pas à demander conseil à autrui dans les moments de doutes. Il foudroya alors Ross du regard, qui pour l'heure se tenait sagement en retrait. Pas comme certains qui se croyaient tout permis, simplement parce qu'ils étaient ceux ayant soi-disant le pouvoir. Le Secrétaire d'Etat découvrait pour la première fois la sensation d'être la proie, et Bucky se délectait d'en être le chasseur.
La ferme !
Encore une fois. Encore. Ces maudites résurgences n'avaient-elles pas de fin ? Jugulant tant bien que mal la colère et l'angoisse qui l'étreignait, repoussant plus loin encore la migraine qui battait à ses tempes, il s'efforça en hâte de reprendre la suite de la conversation, les autres ne l'ayant évidemment pas attendu pour poursuivre.
« … leurs porteurs, faute d'un meilleur terme, » disait Strange. « Or, nous ne savons pas si les personnes en question sont mortes, vivantes, ou également condamnées à ce néant. »
« Et dans l'hypothèse où nous parvenions à réussir ces six personnes, qu'adviendra—t-il de nous ? » demanda Sharon Carter, prenant pour la première fois la parole. « Que devrons-nous faire ? »
Le sorcier se tourna, échangea quelques mots à voix basses avec ces personnes qu'il ne voyait pas. C'était… incroyablement frustrant de ne pas pouvoir les voir ou les entendre. Il enviait presque Wanda pour le coup. Mais quand il la vit pleurer à chaudes larmes en contemplant ce qui devait être Vision, il se corrigea. Surmontant sa répugnance des contacts physique, il lui posa brièvement la main sur l'épaule, comme pour l'assurer de son soutien et de sa présence. Brièvement, elle tourna la tête vers lui et lui adressa un sourire brisé, avant de se détourner à nouveau. Mais Bucky savait que son message silencieux avait été entendu, et c'est plus sereinement qu'il se recentra sur la discussion et plus particulièrement sur Strange.
« Pour le moment, nous n'en savons rien, aucun d'entre nous, » reprit ce dernier. « Mais c'est la seule théorie que nous avons. Nous devons trouver ces personnes, ainsi que les pierres. »
« Pour les personnes, je veux bien, » l'interrompit à son tour Sam. « Mais les pierres sont totalement hors de notre portée ! »
« Vous avez bien dit que nous somme entre deux mondes n'est-ce pas ? » demanda alors l'un des scientifiques – Selvig ou Pym, il ne savait plus lequel des deux était-ce. Pour tout réponse, le magicien hocha la tête. Ça devait être une habitude chez lui. « Peut-être que nous pouvons nous rapprocher de notre monde, suffisamment du moins pour y intervenir, ou au moins communiquer avec ceux qui y sont. »
Là, Bucky devait admettre qu'il ne comprenait absolument pas de quoi il était question. Se « rapprocher » de leur monde ? Qu'entendait-il par-là ? Heureusement, il n'était pas le seul à être perdu, loin de là, et seuls les autres scientifiques du groupe semblait comprendre de quoi il parlait.
« Vous voulez jouer sur la dimension quantique qui relie les mondes ? » expliqua l'autre scientifique. Ou plutôt, n'expliqua absolument rien l'autre scientifique. « Hank, c'est risqué et extrêmement dangereux ce que tu nous proposes là. Le tunnel quantique n'est pas une technologie fiable, et encore loin d'être au point. Sans compter le monde où nous trouvons, qui ne répond peut-être même pas aux mêmes règles que notre monde. »
« Hope et Hank ont pourtant réussit à mettre au point ce tunnel quantique pour venir me chercher, » l'interrompit alors la femme. Jean ? Non, Janet. « J'ai survécu au vide quantique pendant plus de trente ans, et l'énergie de cet entre-monde y est très semblable. Je pense que nous nous trouvons justement dans le champ quantique, quoiqu'à une autre échelle. Et de plus, nous connaissons quelqu'un qui se trouvait justement à l'intersection de ce champ extra dimensionnel et de notre propre réalité. »
« Ava, » murmura alors celle qui semblait être leur fille – Hope donc – avant que ses parents n'approuvent avec enthousiasme. Quoi que ''Ava'' veuille dire d'ailleurs.
« Oui, Ava, » approuva la femme. « Sa mutation a été causée par une expérience qui a mal tourné, mais nous devrions pouvoir nous en servir afin de trouver un moyen d'interagir avec notre dimension. Je pense que c'est faisable. »
« Pour cela, nous allons devoir… »
Bucky s'éloigna un peu, se désintéressant de la suite de la conversation. Après tout, c'était loin, très loin d'être son domaine d'expertise – physique quantique et mécanique des fluides, et puis quoi encore ? – et il ne leur serait pas d'une grande utilité. Il faisait confiance – autant que faire se peut – aux personnes présentes. Ils trouveraient une solution. Ils devaient trouver une solution.
Mais pour l'heure, il avait besoin de solitude et surtout de silence. En quelques minutes à peine, il s'était perdu plusieurs fois dans les méandres de ses souvenirs, se remémorant sa vie passée plutôt que ce concentrant sur la discussion en cours, le laissant avec une migraine douloureuse qui martelait son crâne. Et d'une certaine façon, cela l'effrayait, même s'il ne l'aurait sans doute avoué à personne. Hormis Steve, bien sûr. Steve était sans doute l'exception désignée à chacun des règles qu'il s'était imposé. Mais Steve n'était pas là, alors…
Shuri l'avait prévenu que ce serait compliqué, qu'il lui faudrait du temps pour aligner ses pensées, faire le tri dans ses mémoires. Il ne s'en remettrait jamais tout à fait. Mais dans cet entre-monde, son état se dégradait de plus en plus, ce qu'elle n'avait bien entendu pas anticipé. Comme elle n'aurait jamais pu imaginer ce qu'il s'était produit. Mais le pire, c'est que ces réminiscences, aussi douloureuses soient-elles, n'étaient rien comparées à ses hallucinations, dont il ne lui avait même pas parlé. Pas plus qu'à Steve d'ailleurs. C'était sans doute le seul secret qu'il avait gardé pour lui. Et pourquoi ? Ne pas passer pour un cas désespéré ? Possible. Peut-être aussi pour garder pour lui la seule amie qui n'a jamais été que sienne, et qui malgré les atrocités commises avait toujours été à ses côtés sans le juger, y compris entre les mains d'Hydra. Il ne blâmait pas Steve pour son absence, il était heureux qu'il n'ait pas eu à endurer pareille souffrance. Mais Morana était là, elle. Et malgré les lavages de cerveaux successif et le conditionnement infligé, il s'était sentit moins seul grâce à elle. Un point d'ancrage, le seul élément stable de sa vie, quand ses souvenirs et même son identité lui échappaient.
Il y eut un souffle d'air, et quelqu'un s'assit à côté de lui. Il n'eut pas besoin de tourner la tête pour savoir de qui il s'agissait. Les cheveux noirs, la peau pâle et les yeux verts, grande et mince, éthérée. Morana. Il avait cru qu'il ne la reverrait pas, et pourtant elle se matérialisait aussi facilement que d'ordinaire dans cet entre-monde sans queue ni tête. Mais dans ce cas, pourquoi n'était-elle pas venue plus tôt ? Peut-être lut-elle ses pensées – surement même. Après tout, n'était-elle pas une création de son esprit ? – et elle répondit calmement.
« J'avais à faire. »
Comment quelqu'un qui n'existait pas réellement pouvait-il avoir autre chose à faire, cela le dépassait. Mais malgré cette étrangeté, une de plus à ajouter à son compte, il était heureux qu'elle soit là. Bien sûr, il appréciait sincèrement certaines des personnes présentes, parmi lesquelles Sam et T'Challa, et même Wanda. Mais c'était la première fois depuis qu'ils étaient coincés ici qu'il ne se sentait pas aussi seul. Parce qu'elle était là, même si elle n'existait pas.
« Tu n'es pas fou Bucky. »
Il ne trouva rien à ajouter. Après tout, se faire rassurer par son hallucination n'était probablement pas du meilleur augure pour sa santé mentale. Peut-être aurait-il dû parler de Morana à quelqu'un, à Shuri, ou au moins à Steve. Peut-être que les choses auraient pu être différentes.
Alors il s'en faisait la promesse. S'il rentrait – quand il rentrerait – il lui en parlerait. De Morana, et de tout le reste. Tout ce qu'il n'avait pas osé lui dire, donc ce qu'il avait gardé enfermé. Apaisé tant par ce serment que par sa simple présence, il prit la main fantomatique de Morana, et elle lui adressa un sourire tranchant, tout à la fois réconfortant et menaçant.
Apaisé, l'esprit enfin clair, il ferma les yeux.
S'agissant du dernier chapitre publié avant le 25, j'en profite pour vous souhaiter de bonnes fêtes et un joyeux Noël à tous !
