Hello !
Bonne année à tous et à toutes, qu'elle vous apporte joie, santé et réussites !
Pour ma part, je désespère de voir mes vacances avancer si vite… Quel jour sommes-nous ? Mercredi ? Jeudi ? Il faudrait que je me renseigne… Si j'ai du retard, pardonnez-moi, par pitié ! Le glandage prend énormément de temps…
Bonne lecture !
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Disclaimer : tout est à SM.
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RAR de Guest (ch. 5) : Hello ! Merci pour ta review, et navrée que la réponse se trouve si loin. J'espère qu'elle te parviendra quand même. Je suis novice dans la publication de longues fictions, je ne savais pas trop comment faire autrement.
Ça aurait été contraire à ma logique… Après tout, Bella est plutôt du genre fidèle.
Oui, elle est très dure avec Paul… Elle est tellement blessée qu'elle ne voit pas que lui aussi souffre de cette situation.
Comme pour Bella, je n'imaginais pas une autre réaction de Jacob. Je suis contente que tu l'approuves ! Je te laisse lire la suite pour découvrir l'évolution de leur relation !
Merci encore, et bonne année à toi !
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Chapitre 19
Le sourire de Kim me parut plus lumineux que d'ordinaire, lorsqu'elle m'ouvrit la porte, mais je me faisais peut-être des idées. J'avais tant craint qu'elles me rejettent si je choisissais Edward… Je ne le saurais jamais.
— Je suis la dernière ?
Elle secoua la tête.
— Leah n'a pas fini son tour de garde. Elle ne devrait plus tarder.
Je hochai la tête en gagnant la cuisine. J'étais partagée entre ma crainte de revoir Leah et mon désir qu'Emily obtienne enfin sa journée d'organisation de rêve.
— Bella, heureuse que tu aies pu venir !
— Je te l'avais encore assuré hier soir.
— Que veux-tu, ma sœur est une éternelle angoissée.
— Je vois ça. Jen ! Comment vas-tu ?
— Très bien. Je règle cette semaine les dernières formalités de mon divorce.
— Oh. Tu ne tarderas pas à emménager ici, donc ?
— Dès que toute cette histoire sera terminée, confirma-t-elle.
Je frémis à ce rappel. Emily inspira profondément.
— Je crois qu'il serait bon de bannir tout sujet se rapportant à… à ce nouveau problème.
Nous acquiesçâmes en chœur.
— Il me faut chercher une maison, également. Je ne tiens pas à déranger nos jeunes mariés plus que nécessaire.
La porte s'ouvrit avant que nous ayons eu le loisir de répondre.
— Leah !
La voix d'Emily dénonçait son intense soulagement. Elle devait craindre la défection de sa cousine autant que je l'espérais.
— Emily.
Elle lui adressa un mince sourire, étreignit maladroitement Jen, qui, semblait-il, ne l'avait plus vue depuis plusieurs semaines. Elle m'ignora et n'adressa qu'un vague geste de la main à Kim, me rassurant par la même occasion. Je n'étais pas la seule à ne pas entrer dans ses faveurs.
Je me demandai si cela avait à voir avec mon statut d'imprégnée. Je me souvenais qu'au début, j'avais pitié de toutes ces filles condamnées à sortir avec des loups qui ne les aimaient que par obligation.
J'avais bien changé, depuis.
— Je crois que nous sommes au complet. Vous voulez partir tout de suite, ou boire une tasse de thé, d'abord ?
— J'ai une autre patrouille dans la soirée, prévint Leah.
— D'accord. Jen ? On utilise toujours ta voiture ?
— Elle est à ton service, Emy. Quelqu'un tient absolument à conduire ?
Comme ce n'était pas le cas, elle prit le volant. Emily s'installa devant, sur le siège passager, tandis que Kim, Leah et moi nous entassions sur la banquette arrière. Le trajet fut plus détendu que je l'avais imaginé. Emily semblait capable de papoter pendant des heures. Kim et Jen se montrèrent très réactives. Je participai peu, et Leah ne prononça pas un mot. Nous atteignîmes Seattle en début d'après-midi. Mon déjeuner avait été léger, et j'étais affamée. Les autres se trouvaient dans le même cas, et nous achetâmes des hot-dogs à emporter, que nous dévorâmes en observant les vitrines.
Une fois régalées, nous nous rendîmes dans une boutique spécialisée en mariage. Emily les avait prévenus de notre visite. Une blonde d'une trentaine d'années au sourire commercial nous accueillit. Elle se présenta comme « Vanessa ».
— C'est pour des tenues de demoiselle d'honneur, n'est-ce pas ?
— Oui. J'ai moi-même déjà ma robe, mais pas les accessoires.
La vendeuse acquiesça en souriant.
— Par qui voulez-vous qu'on commence ?
— Je suis… hum… un peu pressée, grommela Leah.
« Merci Leah » pensai-je en l'entendant. Visiblement, une journée normale ne serait pas possible. L'Etre nous suivait partout.
— Parfait ! s'exclama la blonde en ignorant le ton réticent de Leah, qui ne dissimulait son manque d'entrain qu'à moitié.
Je ne parvenais à déterminer qui je plaignais le plus, Leah, la demoiselle d'honneur du mariage de son ex, dont elle était manifestement encore amoureuse, ou Emily, qui était déchirée entre son fiancé et sa cousine.
En même temps, pour une fois que je n'étais pas impliquée dans un trio amoureux à problèmes…
— Avez-vous déjà des idées ?
— Que les robes soient en accord avec la mienne, bien sûr, sinon… Je ne crois pas.
— Avez-vous la robe ?
Emily avait eu l'intelligence de l'apporter. Elle courut la récupérer dans le coffre de la voiture de Jen, soigneusement emballée dans une housse de protection et placée de façon à ne pas se froisser. Jen l'aida à l'enfiler.
— Vous l'avez cousue vous-même ? s'étonna Vanessa.
Elle caressait avec émerveillement les jupons de tulle. Emily opina.
— Vous avez fait un magnifique travail. J'adore la coupe.
Elle désigna l'avant de la jupe, un dégradé qui laissait apercevoir ses jambes galbées.
— Merci. Que nous conseillez-vous, donc ?
La jeune femme se détacha à regret de la robe et nous entraîna à sa suite entre les multiples portants. Les essayages débutèrent. Leah ne paraissant pas prête à essayer plus de tenues que nécessaire, Jen se porta volontaire pour les premières tentatives. Il me sembla voir défiler plusieurs dizaines de robes de toutes les couleurs, de toutes les matières, de toutes les coupes. Au final, les deux sœurs flashèrent sur des tenues en mousseline d'un bleu très clair, s'arrêtant aux genoux. Toutes deux cintrées, elles possédaient une jupe droite et un corsage plissé. Alors que la robe de Jen n'était tenue que par une bretelle, sur le côté droit, les bretelles de celle de Leah se rejoignaient dans son cou. Chacune arborait une magnifique fleur de tissus, qui sur sa bretelle, qui sur sa taille. Ainsi vêtues, toutes deux étaient splendides, quoique pas autant que la future mariée.
Après hésitation, Kim et moi décidâmes de trouver notre bonheur ici également.
L'indienne porta son dévolu sur une merveille parme à mini-jupe et volants qui mettait sa peau rouille en valeur. Avec l'accord général – même Leah n'avait pas grimacé – je choisis une petite créature plissée couleur corail, aux manches tombant élégamment sur mes bras. Trois roses de même coloris avaient été cousues au niveau de la ceinture, ainsi qu'à celle de Kim, discret clin d'œil aux tenues des demoiselles d'honneur.
Nous passâmes ensuite aux accessoires. Nous nous accordâmes pour des escarpins argentés. Je pleurais déjà la souffrance qu'ils m'infligeraient. Emily assura qu'elle était parée pour ce qui était des bijoux, et nous passâmes à la caisse. Le montant affiché sur le ticket ne me provoqua pas d'arrêt cardiaque, ce qui m'étonna. Emily m'expliqua qu'elle avait choisi la boutique en fonction de ses moyens, qui n'étaient pas faramineux.
— Un mariage coûte tellement plus qu'on ne le pense à première vue !
— Et je ne te parle même pas d'un divorce, la taquina Jen. Bien qu'il n'y ait pas de grands risques que ça t'arrive…
Kim gloussa et nous échangeâmes un regard complice. Emily préféra lancer un coup d'œil à sa cousine. Leah regardait de l'autre côté de la rue, nous empêchant de distinguer son expression. Elle s'était raidie, cependant, et Jen se mordit la lèvre, désolée.
— Vous avez autre chose à acheter ? demanda Emily avec un entrain forcé.
— Non, dis-je.
C'était le cas de toutes, et nous regagnâmes la voiture. Emily laissa la place passager à Leah. De longs blancs parsemèrent le trajet, dans les moments où nous ne savions plus quoi évoquer, en dehors du mariage, de nos histoires de couple et de l'Etre.
Leah reprit la parole tandis que nous voyions Forks disparaître dans notre dos. Je m'attendais si peu à ce qu'elle parle que je sursautai.
— Je crois que je vais descendre ici.
— Ici ? s'étonna Jen. Mais tu n'as pas de voiture et tu es à des lieues de… Oh.
Elle avait compris que Leah ne rentrerait pas en voiture. Elle se parqua en catastrophe. Je notai qu'elle s'était arrêtée au même endroit que moi la veille, lorsque j'avais aperçu Paul. Je songeai que j'allais bientôt le revoir. Un sourire irrépressible étira mes lèvres. Pendant ce temps, Jen puis Emily étreignirent Leah. Elle nous adressa à peine un regard, à Kim et moi, avant de détaler en direction des bois. Lorsque la voiture de Jen retrouva le bitume, la louve devait déjà avoir parcouru plusieurs dizaines de mètres. Une minute s'écoula dans le silence le plus total, puis Jen secoua la tête, comme pour se changer les idées.
— Vous… Ça ne vous fait pas bizarre qu'elle… soit dans la forêt, mais pas… pas comme…
Pas comme une humaine.
Je haussai les épaules. Kim arqua un sourcil. Emily agita la tête en signe de dénégation.
Jen souffla.
— Vous… ils font souvent ça ? Sam, Jared, Paul…
Un quatrième prénom flottait dans l'habitacle. Elle se garda bien de le prononcer. Nous également.
— Ça dépend des périodes, expliqua Kim. Ces derniers jours, Jared ne cesse de venir et de partir. A cause de l'Etre.
J'approuvai.
Éviter de mêler le tragique de notre vie à nos discussions ne semblait plus d'actualité.
— Sam n'est presque plus là, ajouta Emily. Parce que c'est l'Alpha, il veut tout gérer.
— Jacob ne s'est toujours pas décidé ?
— Hun-hun.
Je soupirai.
— Je lui parlerai.
Elle m'adressa un regard reconnaissant. Jen semblait un peu perdue.
— Comment Sam le vit ? ajoutai-je sur un ton hésitant.
Emily ne répondit pas tout de suite, et je craignis un instant d'avoir empiété sur leur intimité.
— Il n'est pas effondré. Il s'attendait un peu à ce qu'un truc dans le genre se passe. L'organisation de la meute, et de toute la tribu d'ailleurs, se base tellement sur le sang…
Je hochai la tête.
— Tu n'en parles pas avec Paul ?
— Si. Mais il n'est pas vraiment impartial, pas vrai ? Il fait partie de la meute.
— Parce que nous le sommes ? rit Kim.
J'inclinai la tête, concédant que je ne l'étais pas totalement. Si un conflit devait apparaître entre les différents loups, nul doute que je soutiendrais Paul. Quel que soit son avis.
— Nous sommes tes amies, non, Bella ? Crache le morceau.
Je repensai au seul avis qu'il n'avait pas partagé.
— De quel côté est Paul ?
Comme si elle n'avait attendu que ça, Kim répliqua :
— De quel côté est Jared ?
J'esquissai un demi-sourire en comprenant qu'il avait agi de même.
— Jared est avec Jacob. Alors ?
— Paul est pour que Jacob soit l'Alpha.
— Sam pense que tu es pour beaucoup dans son opinion, ajouta Emily.
Je rougis, bien que je n'en sois pas étonnée plus que ça. Paul avait une fâcheuse tendance à être de mon avis.
— Et vous ? Vous en pensez quoi ?
Kim haussa ses fines épaules.
— J'en pense que c'est leur problème. Ils sont frères, ils finiront bien par se mettre d'accord.
— J'aime Sam, répondit Emily. Je ne veux que son bonheur.
— Son bonheur, c'est d'être avec toi, fit remarquer à juste titre notre amie.
Ce fut au tour de la future mariée de s'empourprer.
— Je n'ai pas compris un mot de cette discussion, mais une chose est claire : si ma vie sentimentale ressemblait à la vôtre, je serais nettement moins décidée à fuir mon mari.
Un même sourire ravi gagna nos trois bouches.
— Pour le moment, le seul à avoir sauté le pas, c'est Sam, soupira Kim.
— Tu voudrais te marier, aussi ?
— Pas toi ?
Je réfléchis un instant, les yeux braqués sur la vitre. A travers les gouttes qui la martelaient désormais, je distinguai des maisons. Nous approchions de la maison.
Je me retournai vers mes amies.
— J'ai envie de passer ma vie avec Paul. Mais je ne pense pas que me marier sera pour tout de suite.
— Moi, j'ai hâte de pouvoir dire qu'il n'est qu'à moi. Que nous sommes liés à jamais.
Je hochai la tête. Il fallait avouer que la perspective était tentante. S'il n'y avait pas eu les commérages, s'il n'y avait pas eu Renée et Charlie, s'il n'y avait pas eu la mère de Paul… j'aurais été enchantée de me marier au sortir du lycée. Mais ce n'était pas moi.
— Et les enfants ? demanda Emily.
— Juste après le mariage ! affirma Kim.
— Tu ne voulais pas devenir infirmière ? Il faut pleins de diplômes, non ?
Elle fit la moue.
— Juste après les diplômes, alors. Tu ne veux pas d'enfants ?
Avoir des enfants ? Être mère ?
— Je n'ai jamais été tentée, avouai-je. Mais maintenant que je suis avec Paul…
J'imaginai la scène. Mon ventre s'arrondissant au fil des mois… Une petite bouille me fixant de ses grands yeux gris… Paul jouant avec notre enfant… Je souris.
— C'est vrai, ça me plairait. Je crois. Mais bon, on en est encore loin…
Je sentis mes joues chauffer une nouvelle fois en comprenant ce que cela signifiait, attendre le bébé de Paul. Un degré d'intimité, d'amour, dont je ne connaissais rien.
— Et toi, Emily ? demandai-je pour détourner leur attention de moi.
L'indienne eut un rire embarrassé.
— Moi, j'en ai toujours voulu… plein.
Jen s'esclaffa.
— Je me souviens ! Tu n'arrêtais pas de dire, quand tu étais petite, que tu voulais cinq enfants : trois filles, deux garçons. Je m'en souviens parfaitement. En parlant de bambins, Bella, Genevieve me parle de toi du matin au soir. Il faudra vraiment qu'on se voie.
— Avec plaisir. Quand tout ça sera terminé.
Elle acquiesça, compréhensive, en appuyant sur la pédale de freins. Nous étions arrivées.
— Vous restez un moment, n'est-ce pas ?
— J'attends Jared, confirma Kim.
— Si je ne dérange pas…
— Bella…
— Je prends volontiers une tasse de thé. Juste une. Je suis censée récupérer les filles dans moins de deux heures.
— Parfait ! Nous profiterons d'une éclaircie pour sortir les robes, ça vous va ?
Je remontai la capuche de mon imperméable sur mon crâne avant de me ruer dehors avec les autres.
Je pendis mon imperméable au porte-manteau, retirai mes baskets et m'installai à la table de la cuisine avec la sensation d'effectuer une agréable routine. Emily s'activait déjà avec la bouilloire. Kim s'effondra sur le siège d'à côté.
— Ça va ? Tu sembles fatiguée.
— C'est cette journée. Je ne suis pas faite pour courir de boutique en boutique toute la journée. Non pas que ça me dérange de traîner avec vous ! Je suis la première fan de ton mariage, Emily.
— Navrée, j'occupe déjà cette place. Pour le tien, peut-être.
— J'espère.
Elle se tut, et personne n'ajouta rien. Le silence retomba, plus détendu que dans la voiture, cependant. Lorsqu'Emily embraya sur les musiques pour le mariage, se plaignant des propositions de Maggie, le contraste avec nos discussions de la journée fut plus frappant encore. C'était triste à réaliser, et à dire, mais Leah alourdissait l'atmosphère par sa seule présence.
— La pluie s'est arrêtée ! hurla Kim à l'instant où les gouttes cessèrent de tomber.
Elle bondit sur ses pieds et nous nous retrouvâmes soudain toutes les quatre à enfiler en catastrophe nos souliers, craignant que l'averse reprenne. Comme nous nous préparerions ensemble avant la cérémonie, Emily nous proposa de tout laisser chez elle. Elle terminait d'enfouir sa robe au fond de son armoire lorsque la porte d'entrée s'ouvrit.
— Emily ! clama Sam.
Il nous rejoignit dans le couloir et l'enlaça.
— Comment va ma future femme ?
Elle lui répondit d'un baiser. Je les contournai pour gagner le salon, où Jacob et Paul vidaient un paquet de chips trouvé je ne sais où. J'embrassai Paul puis déposai un baiser sur la joue de Jacob.
— Vous savez où est Jared ? Il devait me ramener.
— Il ne va pas tarder. Il est avec Quil près des bassins de marée.
Je fronçai les sourcils en entendant son ton.
— Qu'est-ce qu'il y a, avec les bassins ?
— Il ne reste que des plantes, voilà le problème. Des plantes, et ces affreux poissons. Sans conteste des créations de l'Etre. Impossible de les tuer. Ils sont plus résistants que des sangsues.
Il ne parlait évidemment pas des mollusques.
— Ils mourront avec l'Etre, vous pensez ? murmurai-je.
— Il faut l'espérer, maugréa Paul en resserrant son étreinte autour de ma taille.
Cette discussion me rappela la promesse que j'avais faite à Paul. Je me tournai vers mon meilleur ami.
— Jacob, tu serais partant pour une petite balade à motos ?
— Par ce temps ?
— Nous nous arrêterons quand il recommencera à pleuvoir.
— Vous ferez attention ?
— Bien sûr.
Je déposai un dernier baiser, aussi léger qu'une plume, sur les lèvres de mon petit-ami, puis tournai les talons.
— A bientôt ! dis-je à l'intention de Sam et Emily, toujours dans le couloir.
Nous nous rendîmes à pieds chez les Black, en silence. Jake semblait préoccupé ; je sentais quant à moi la fatigue de la journée apparaître. Je n'étais visiblement pas plus résistante que Kim.
— Comment va Leah ?
— Elle se plaint, maugréa Jacob.
— La pauvre. Ça ne doit pas être facile, pour elle.
— J'en suis certain. Ça n'empêche qu'elle ferait mieux de respecter les règles.
— Vous avez des règles ?
— Si on veut. Elles sont surtout tacites, mais on les respecte. Presque tous. Cette… connexion de nos pensées serait insupportable, sinon.
Il affichait une mine bougonne. Je n'osai lui demander quelles étaient ces règles.
— Tu es sûre de vouloir prendre la moto ? Nous aurons à peine démarré que les nuages se lâcheront.
— Si tu le dis. Marchons, dans ce cas. Oh ! Tu répares une nouvelle voiture ? Elle est pour qui ?
— Un mec de la Push. Zach, tu le connais ?
— Non.
— Bah, c'est pas important. Alors, qu'est-ce que tu voulais me dire ?
Je le dévisageai avec étonnement. Il s'esclaffa.
— Bella, non seulement tu passes ton temps collée à Paul…
— Ce n'est pas vrai ! m'offusquai-je.
— D'accord, presque tout ton temps. Mais en plus, tes intentions sont clairement lisibles sur ton visage. J'ai su à l'instant où tu t'es tournée vers moi que tu avais quelque chose en tête. Alors ?
Je tentai d'effacer la moue boudeuse qui avait pris possession de mes lèvres, sans grand résultat, et me lançai.
— Je voulais te parler de ton statut au sein de la meute.
Il grogna.
— Oh non, pas toi aussi !
— Si, moi. C'est très important, Jake !
— On n'en a aucune preuve.
— Maggie est la seule personne à avoir compris que l'Etre revenait. A ta place, je ne douterais pas de ses autres affirmations. De plus, tu es Alpha de droit, c'est ton sang qui veut ça.
— N'importe quoi…
— Même Sam est d'accord avec moi, non ?
Je considérai son silence comme un aveu.
— Je sais que tu ne veux pas de ces responsabilités, mais… il faut que nous prenions toutes les précautions possibles.
Il se détourna, buté. Je trottinai jusqu'à me placer en face de lui.
— Imagine un peu, nous sommes au milieu du combat, une occasion se présente. Vlan ! l'un de nous jette son… sa… son je-ne-sais-quoi rempli de sang, qui s'abat sur le corps de l'Etre. Et là, aucun résultat… uniquement parce que ce n'est pas le descendant d'Ephraïm Black qui guide la meute ! Imagine ! Combien des nôtres tomberont avant que nous parvenions à fuir pour préparer le bon poison ?
Je plantai mon regard dans le sien, déterminée.
— Comment parviendras-tu à rentrer à la maison, à regarder droit dans les yeux Emily, et à lui annoncer que Sam est mort. Plus de mariage, juste un enterrement…
Il tressaillit. Je poursuivis.
— Ou peut-être que ce sera Kim, qui sait ? S'en remettra-t-elle-même ? A moins que Quil tombe au combat. Comment expliquer à une enfant de deux ans que son protecteur, son âme sœur, celui qu'elle aime le plus au monde, est mort à cause d'une erreur de jugement ? Imagine que ce soit Embry… Quel effet cela te fera-t-il, de perdre ton meilleur ami ? Tu devras certainement aller apprendre la nouvelle à sa mère, inventer un nouveau mensonge… Que lui sera-t-il arrivé ? Une chute du haut des falaises ? Agressé par un monstre dans la forêt ? Ou alors, ce sera Seth et là, ce sera plus simple. Sue est au courant… Mais comment réagira-t-elle, elle qui vient de perdre son mari ? Et Leah ? Parce que je ne pense pas que Leah…
Je ne terminai pas ma phrase. La voix tremblante, je repris :
— Ou alors… Peut-être que ce sera Paul.
Rien que d'évoquer cette possibilité, mon cœur s'affola et je sentis les larmes me monter aux yeux. Je dévisageai pourtant Jacob avec plus de férocité que jamais.
— Je compte sur toi pour venir m'annoncer la disparition de Paul. Car s'il meurt parce que tu as refusé ton rôle d'Alpha, crois-moi, je te considérerai comme le coupable.
Nous nous dévisageâmes un long moment. J'étais essoufflée, et nos regards brillaient de la même souffrance. Enfin, sans un mot, Jacob tourna les talons. Je le regardai disparaître, les jambes flageolantes. Elles ne tardèrent pas à lâcher, et je m'effondrai sur le sol du garage. Je posai ma tête sur mes genoux et sursautai en sentant mes joues mouillées. J'avais l'impression de pleurer sans arrêt, ces derniers temps…
Je pleurais ma peur de perdre Paul, ma peur de perdre l'un de ses frères, mais également ma culpabilité. Je ne pensais pas que la discussion virerait ainsi.
Je n'aurais pas dû. Jacob n'était responsable de rien. Seul l'Etre était coupable du malheur qu'il nous infligerait.
Mon ami ne revint pas. Je n'étais plus capable de bouger. Paul me retrouva quelques minutes plus tard. Il glissa une main sous mes aisselles, l'autre sous mes genoux, et me souleva. Je m'agrippai à lui.
— Je n'aurais pas dû. Je suis désolée, soufflai-je dans le creux de son cou.
Il caressa doucement mes cheveux.
— Il n'y a pas de mal. Jacob ne t'en veux pas. Et puis… Il a accepté. A la fin de cette semaine, nous changerons d'Alpha.
Il s'interrompit un instant et, collée comme je l'étais à lui, je sentis sa pomme d'Adam tressauter dans sa gorge tandis qu'il avalait sa salive. Je me demandai s'il avait entendu la tirade que j'avais adressée à mon meilleur ami.
— Bien joué, Bella.
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— Une autre tasse de thé ?
Je quittai du regard la vitre que je fixais pour sourire à Emily.
— C'est gentil, mais je n'ai pas fini la mienne.
— Et toi, Kim ?
— Avec plaisir.
Le bruit de la théière qu'on soulève et de l'eau qui se verse dans la tasse me suivit tandis que je reposais mon regard sur la petite fenêtre de la cuisine, comme pour voir à l'extérieur. C'était parfaitement inutile : la nuit était tombée depuis longtemps et, la Push n'étant que faiblement éclairée de nuit, je n'apercevais que mon reflet, aux yeux cernés et aux boucles ébouriffées.
Les hurlements retentissaient encore, provenant des profondeurs de la forêt. Il me semblait moins puissants qu'une heure plus tôt, mais je m'étais peut-être habituée à ce son, tout simplement.
— Ils vont finir par réveiller Claire, bougonna Emily.
Je compris qu'elle tendait l'oreille tout autant que moi.
Kim éclata d'un rire nerveux qui me laissait penser qu'elle n'était pas plus détendue que nous. Il s'amplifia et s'amplifia encore, gagnant en force, se transformant en un fou rire impérissable. Je finis même par me tourner vers elle. Emily la dévisageait déjà, et nous devions arborer la même expression incrédule. Le rire de Kim gagna encore en force et elle expliqua, dans de petits halètements, car elle ne parvenait ni à s'arrêter, ni à respirer suffisamment :
— Un… une créature mythique… veut nous… tuer… et… et nous… nous craignons que… que Claire ne fasse… pas… pas ses nuits…
Un instant, je ne bougeai pas, assimilant ce qu'elle venait de dire mot par mot. Finalement, l'absurdité de nos vies m'explosa au visage et je m'effondrai si bien sur ma chaise que je tombai au sol, secouée d'éclats de rire. Kim me rejoignit par terre dans l'instant.
— Vous n'êtes que deux enfants, lâcha Emily, mais une risette amusée étirait le coin de ses lèvres.
Je ne sais combien de temps s'écoula avant que mon rire s'apaise. Paupières closes, je roulai sur le dos, cherchant ma respiration, les côtes douloureuses. Aussitôt, je sentis l'angoisse, insidieuse, reprendre sa place au creux de mon estomac.
— Ils se sont tus, lâcha Kim.
Mes yeux se rouvrirent d'eux même tandis que je réalisais qu'elle disait vrai. Plus un loup ne hurlait à la lune.
— Ils ont fini, vous pensez ? chuchotai-je.
Soudain, je craignais de parler trop fort, sans même savoir pourquoi.
— Je ne sais pas, répondit Kim sur le même ton. Je ne sais pas.
— Vous faites quoi pa' te'e ? demanda une petite voix ensommeillée.
Je me tournai sur le flanc, de façon à voir Claire, ses paupières tombant sur ses prunelles noires. Ses dents nacrées mordillaient l'oreille déjà fort malmenée d'un lapin jadis rose qu'elle serrait entre ses minuscules menottes.
— On rit, Claire chérie, répondit Kim.
— Pou'quoi ?
— Parce que…
— Parce que Kim a dit quelque chose de drôle.
— C'était quoi ?
— Une blague. Une blague pour adultes.
Claire se montra moins obstinée que d'habitude et se satisfit de ma réponse médiocre. Je remerciai de tout cœur la déesse Fatigue. Comment expliquer à cette innocente petite que… que lorsque l'existence prenait une tournure trop dramatique pour nos nerfs, mieux valait en rire qu'en pleurer ? Jusqu'ici, nous étions parvenus à préserver la fillette. Elle n'avait aucune idée du danger qui pesait sur l'ensemble de nos têtes. Mieux valait qu'il en reste ainsi.
— Viens, Claire, je vais te remettre au lit.
— Pou'quoi ?
— Parce que c'est encore la nuit. C'est lorsque tu dors que tu grandis, tu le savais ? Il faut donc que tu dormes, pour devenir très grande.
— Quil ?
— Il n'est pas encore rentré, trésor. Il viendra te voir dès qu'il pourra. Tu viens ? Dis bonne nuit.
Elle ouvrit les bras et souleva sans effort sa nièce. Celle-ci, avant de disparaître dans le couloir, agita sa petite main dans notre direction.
— Bonne nuit, tatie Bella. Bonne nuit, tatie Kim.
— Fais de beaux rêves, Claire.
Au même instant, la porte s'ouvrit et la meute au grand complet pénétra dans la petite maison. Claire brailla de toute la force de ses petits poumons, faisant grimacer l'ensemble des loups, qui semblaient épuisés, à l'exception de Quil. Il accourut et Emily lui passa avec empressement la petite qui gigotait.
— Elle n'est pas encore couchée ? s'étonna-t-il.
Il semblait s'inquiéter des conséquences qu'aurait le manque de sommeil sur sa jeune moitié.
— Elle vient tout juste de se réveiller.
— On va aller faire dodo à la maison, d'accord, Claire ?
— Oui !
— Bella, Kim, Emily… nous salua-t-il. Les gars, Leah…
Il disparut à grands pas dans la nuit. J'entendis encore la voix de Claire marmonner, visiblement aux portes du sommeil, puis plus rien. Deux mains apparurent soudain dans mon champ de vision et je les attrapai. Paul me souleva comme si je ne pesais rien.
— Vous avez terminé ? Tout s'est bien passé ?
Je m'adressais à Paul, pourtant, je ne pouvais lâcher la silhouette de Jacob, qui dépassait d'une tête même le plus grand de ses frères.
— Oui.
Paul n'ajouta rien et je notai dans un coin de mon cerveau qu'il me faudrait le questionner le lendemain, lorsque nous aurions l'un comme l'autre retrouvé notre énergie.
À cet instant, Jared annonça qu'il partait. Il soutenait Kim, que la fatigue semblait avoir submergée. Leah et Seth annoncèrent leur départ également. L'adolescent était le seul à ne pas paraître vidé.
— On y va ? me proposa Paul à mi-voix, ce qui n'empêcha pas ses frères de l'entendre.
J'opinai.
— Je te ramène, m'annonça-t-il en m'entraînant dehors.
— Jacob ? Jake !
Il se tourna vers moi alors qu'il s'apprêtait à prendre la direction de son chez-soi.
— Je…
Je m'interrompis. Soudain, je ne trouvais plus mes mots. Je sentis mon regard se voiler de larmes, à nouveau.
— Ce n'est rien, Bella. Je ne t'en veux pas. Tu avais raison, de bout en bout. Je crois que tu es la seule à parvenir à me dire la vérité sans tourner autour du pot.
Il m'offrit un sourire éclatant auquel je répondis faiblement.
— Je n'aurais pas dû, dis-je enfin. Je suis désolée.
— Tu as bien fait, et tu es toute pardonnée, m'assura-t-il.
Il m'ouvrit les bras et nous nous étreignîmes longuement. Il me raccompagna lui-même jusqu'à la Chevrolet, dont il m'ouvrit la portière côté passager. Je grimpai. Paul était déjà au volant.
— Passe me voir un de ces jours, Bella, que nous discutions sans tomber de sommeil.
J'acquiesçai et il claqua la portière.
— Soulagée ? devina Paul en caressant ma joue du bout d'un doigt.
Je hochai vaguement la tête. Il démarra, mes paupières se fermèrent. Je dormais avant que la maison d'Emily disparaisse de notre champ de vision, happée par l'obscurité.
Charlie m'attendait, comme à son habitude, endormi sur le canapé. Je l'accompagnai jusqu'à son lit.
— Bien passé ? marmotta-t-il.
Je songeai à ce que je lui avais dit : « Les garçons sortent, ce soir, Emily nous a invitées pour la soirée, Kim et moi. Ça risque de finir assez tard… ça ne te dérange pas ? Je partirais juste après le souper. »
« Aucun problème » m'avait-il assuré.
— Aucun problème, assurai-je dans un murmure.
Il s'était déjà rendormi. Je gagnai ma propre chambre et me laissai tomber sur mon lit toute habillée. Je n'avais l'énergie pour rien. Je sombrai aussitôt.
Quelques heures seulement s'étaient écoulées, soit nettement trop peu à mon goût, lorsque Charlie hurla du bas des escaliers :
— Bella ! Téléphone pour toi !
Il se tut un instant, pendant lequel je crus pouvoir me rendormir, puis ajouta :
— C'est Edward Cullen.
Le nom me fit bondir hors du lit. La vive lumière qui envahissait ma chambre grâce aux rideaux que j'avais oublié de fermer me brûla la rétine. Je réalisai avec ahurissement qu'il devait être plus tard que je ne le pensais.
— Papa ? Il est quelle heure ?
— Bientôt treize heures. D'ailleurs, il faut que je file. Ma pause déjeuner est bientôt finie.
— Tu es revenu exprès pour moi ? C'est gentil.
Je déposai un baiser sur sa joue qui le fit fuir avant de coincer le combiné contre mon oreille.
— Allo, Edward ?
— Bella ! J'ai tenté de te joindre toute la matinée.
— Navrée. Jacob a… Bref. Je viens de me réveiller.
— Ah.
Il s'interrompit, sûrement pour tenter de se reprendre. Sa voix avait repris son velours mélodieux lorsqu'il poursuivit.
— Je voulais te prévenir… Nous avons localisé les dragons.
— Quoi ? Comment ?
— Carlisle a une bibliothèque bien remplie. Enfin… Nous allons bien évidemment partir au plus vite à leur rencontre. Nous espérions que tu accepterais de nous accompagner… ainsi qu'un des loups-garous. Carlisle pense qu'il vaudrait mieux que les trois espèces se réunissent pour cette étape.
— Oh. Très bien. Je… Je me prépare, j'appelle Paul, et nous arrivons. A moins que…
— Oui ?
— Non, je pensais pour moi-même.
Je venais en effet de réaliser que l'Alpha était tout préposé à m'accompagner. Mais Jacob accepterait-il de prendre ses nouvelles fonctions aussi tôt ?
— A quel endroit devons-nous vous retrouver ?
— Le terrain de base-ball où je t'avais emmené, l'année dernière. Tu t'en souviens ?
— Parfaitement.
C'était là qu'avait commencé le début de la fin. A partir de ma rencontre avec James, Victoria et Laurent, notre couple avait été voué à l'échec. Qui sait ? Si une seule de nos actions avait été différente, peut-être serais-je avec lui aujourd'hui.
Sauf que je ne le serais jamais, et il était inutile de se torturer en formulant des hypothèses qui ne verraient jamais le jour.
— A toute à l'heure, alors.
— C'est ça. A toute à l'heure, Bella.
Il raccrocha et je me mordis la lèvre. Pourquoi avais-je mentionné Paul ? Il devait bien se douter que je trainerais mon âme sœur derrière moi. Je n'avais pas besoin de le nommer. Il me semblait additionner les gaffes, avec Edward, avec Jacob… Seul Paul ne m'inspirait aucun remord.
Je composai son numéro. Je devinais qu'il était judicieux d'éviter de déranger Sam et Emily aujourd'hui.
— Paul ? C'est Bella…
.
Au final, Paul comme Jacob étaient venus. Comme s'il avait senti que je me sentais encore atrocement coupable des paroles que je lui avais crachées au visage quelques jours plus tôt, il m'attrapa par la taille pour me faire tournoyer jusqu'à ce que je rie avec lui. A la suite de quoi je leur parlai du terrain de base-ball. Ils connaissaient, évidemment.
Je me dirigeais vers ma camionnette, me demandant comment elle supporterait le chemin accidenté qui menait à la clairière, lorsque Paul se râcla la gorge.
— Ça te tenterait, une petite excursion à dos de loup ?
Mes yeux s'écarquillèrent et j'opinai, ravie. Je chérissais les souvenirs de notre dernière balade.
Les deux hommes disparurent dans la forêt. Je résistai à l'envie de m'assurer que personne n'observait notre manège. Après tout, nous ne faisions rien de spécial. Vérifier aurait plus attiré l'attention qu'autre chose.
Je les y rejoignis après leur avoir laissé le temps de se transformer. Paul était déjà étendu de tout son long sur le parterre de feuilles et d'aiguilles. Jacob l'observait, son immense tête inclinée, intrigué. Je me demandai ce que mon petit-ami avait partagé de notre première course ensemble.
Je pris le temps de détailler l'immense loup argenté qui s'étirait devant moi avant de m'approcher. Il transpirait la puissance. Je tournai mon regard vers Jacob qui, lui, en plus, inspirait une impression de majesté. Celui qui avait proclamé le lion « roi des animaux » ne s'était jamais retrouvé face à face avec deux loups-garous.
À cet instant, Paul tourna sa grosse tête vers moi et m'offrit un sourire rendu impressionnant par la rangée de crocs étincelants. Il toussota, et je reconnus le rire qu'il m'avait déjà adressé la dernière fois. Intimidée, je me penchai doucement pour embrasser son front. Il ferma ses énormes paupières et se mit à… à ronronner.
Jacob nous interrompit d'un aboiement taquin. Les joues rouges, je gagnai les épaules de Paul. Je grimpai avec plus d'assurance que la dernière fois. Ce qui ne m'empêcha pas de piailler lorsqu'il se dressa sur ses quatre pattes. J'avais à peine été secouée, mais voir le sol s'éloigner ainsi me déstabilisait.
Lorsqu'il se mit en route, j'enfouis mon visage dans sa fourrure, ignorant les ricanements moqueurs de Jacob. J'inspirai profondément. Sous cette forme, l'odeur de Paul, boisée, rafraîchissante, ne changeait pas. Un peu plus prononcée, peut-être. Je m'étais habillée moins chaudement qu'il n'aurait fallu, les rayons du soleil ne parvenant à réchauffer les sous-bois autant que les routes de goudron dégagées. Toutefois, ainsi enfoncée dans sa fourrure, collée à sa peau chaude, je ne souffrais pas de l'humidité ambiante. Décidément, sortir avec un loup-garou avait bien des avantages.
Lorsque je fus certaine que Paul était bien lancé, je rouvris les yeux. Mon menton retrouva son ancienne place, entre ses deux oreilles. Au bout de quelques minutes, j'éclatai de rire et les deux loups me répondirent en aboyant furieusement. Il me sembla qu'ils accéléraient même, encouragés par mon plaisir évident.
Nous parvînmes au champ plus vite que lorsque j'étais venue avec Edward. Peut-être parce que je n'étais pas en voiture, cette fois-ci. Je me doutais également que foncer tout droit au lieu de suivre les petites routes tortueuses était un bon raccourci.
Les Cullen étaient déjà là lorsque les deux loups freinèrent, à une dizaine de mètres. J'évitai leurs regards tandis que Paul pliait ses immenses pattes pour me permettre de descendre. Je glissai et, en touchant le sol, titubai dangereusement. Je me retins à son poil et il ne se redressa qu'une fois certain que je tenais parfaitement sur mes jambes. Alors que Jacob trottinait déjà en direction du couvert des arbres, lui traînait la patte. Il rechignait visiblement à me laisser seule en compagnie de vampires.
— Ils ne me feront rien, gros bêta. Vas-y.
J'embrassai rapidement son museau, devenant écarlate au passage. Enfin, il se détourna. Je rejoignis les Cullen à pas lents. Le terrain inégal s'assimilait pour moi à un cauchemar, et l'herbe couvrant les trous ne m'aidait en rien. Au moins, cela me laissait tout loisir de ne pas quitter le sol des yeux. Si j'avais pu, je n'aurais jamais plus croisé le regard de la famille d'Edward. Je redoutais trop ce que j'y lirais.
Lorsque je le fis enfin, je ne découvris aucune trace de jugement dans les prunelles de Carlisle et Esmé, qui me saluèrent avec autant de chaleur que lors de nos retrouvailles, en début de semaine. Edward me salua avec sympathie, mais je me détournai vite, car son regard me mettait mal à l'aise. A côté de lui, Alice m'adressa un franc sourire. Elle fut la seule. Comme à son habitude, Jasper se tenait à l'écart. Il me salua d'un geste du menton. Emmett accordait toute son attention à Rosalie, à son côté. Je tressaillis en découvrant le regard assassin qu'elle m'adressait. Une bouffée d'agacement perça ma crainte, m'évitant une embarrassante paralysie.
Elle me faisait la tête quand je sortais avec Edward, quand je ne sortais pas avec Edward… Ne pouvait-elle pas se décider ?
— Bonjour, balbutiai-je avec effort.
— Enchanté de te revoir, Bella.
Personne ne me demanda comment j'allais, et je ne le fis pas plus. Les réponses étaient évidentes.
L'instinct me poussa à me retourner, un quart de secondes avant les Cullen, afin d'apercevoir Paul qui ressortait de la forêt, devancé par Jacob. Le sourire que mon petit ami m'envoya fit accélérer les battements de mon cœur. Je le lui rendis sans même m'en rendre compte.
— Tu vois ? murmurai-je – ce qui ne servait à rien, compte tenu des oreilles vampiriques à proximité. Toujours vivante.
Il resserra son étreinte autour de ma taille pour toute réponse et je levai les yeux au ciel.
Carlisle prit alors la parole.
— Enchanté. Carlisle Cullen.
À contre-cœur, Jacob s'avança pour serrer la main que le docteur lui tendait. Celles de Paul se mirent à trembler. Je les attrapai et les serrai, fort, jusqu'à ce qu'elles se détendent.
— Voici ma femme, Esmé, et mes enfants, Rosalie et Emmett, Alice et Jasper, et Edward.
De sa famille, seule Esmé présenta sa main à Jacob.
Je frissonnai en réalisant que Carlisle avait présenté sa famille de la même manière, à quelques mots près, au trio James-Laurent-Victoria, l'année dernière. Sauf qu'aujourd'hui, je n'en faisais plus partie. Je tressaillis derechef.
Sentant mes frissons, Paul m'adressa un regard interrogateur auquel je répondis d'un mouvement de tête. Je ne souhaitais pas en parler. Encore moins avec Edward à deux pas.
— Jacob Black, se présenta mon meilleur ami. Voici Paul.
Il ne donna pas de nom, sûrement parce que la famille Lahote ne connaissait pas d'autres loups. Il ne me mentionna pas non plus, ce dont je lui fus reconnaissante. Si je ne pouvais effacer la souffrance d'Edward, je pouvais en revanche tenter d'éviter de lui infliger de nouvelles blessures inutiles.
— Enchanté, répéta Carlisle à l'intention de mon petit-ami.
Le couple lui serra la main. Il refoulait difficilement des tremblements. Je pressai plus encore sa main.
— Paul… souffla Jacob.
Il hocha la tête sèchement en pressant mes doigts à son tour. Nous échangeâmes un sourire.
Je me souvins de sa réputation au sein de la meute. Emily m'avait confié qu'avant de me rencontrer, il explosait trois fois par semaine, minimum. Kim avait ajouté qu'il fallait sans cesse contrôler ses gestes et ses paroles afin d'éviter qu'il se sente agressé.
« Je suis bien contente que tu sois arrivée, Bella. Il est beaucoup plus calme, depuis qu'il t'a. »
Je le reluquai. Je ne parvenais toujours pas à croire entièrement leurs dires. Comment aurais-je pu ainsi transformer Paul par ma seule présence ?
— Comme Bella a dû vous le dire, nous pensons avoir découvert où se cachent les dragons. Nous avons pensé qu'ils seraient moins méfiants si nous y allions tous ensemble.
Jacob hocha sèchement le menton.
— Où sont-ils ?
— Au fond de la forêt, au bord de l'océan, là où poussent les plus gros arbres.
Jacob et Paul opinèrent d'un même mouvement. Je ne m'en étonnai même pas. Ils connaissaient mieux les bois que mon propre père, qui les contemplait pourtant depuis sa naissance.
— Allons-y.
Sur le chemin, Paul se transforma. Jacob m'expliqua qu'ils préféraient garder le contact avec la meute. Je traversai donc les bois à dos de loup. Si les Cullen n'en dirent rien, j'interceptai leurs prunelles intriguées. Edward semblait terrifié lorsque je m'approchai du loup géant pour reprendre ma place sur son dos. Jasper tentait de dissimuler sa répulsion, Rosalie ne cachait pas son dédain. Elle discuta avec Emmett durant le trajet, si bas que je doutai que les loups eux-mêmes comprennent quoi que ce soit.
Alors même que tous couraient plus vite qu'une voiture dernier cri roulant sur l'autoroute, il me sembla que des heures furent nécessaires avant d'atteindre enfin l'origine de la forêt. Je n'eus aucune peine à comprendre que nous approchions.
Les arbres dont parlaient Carlisle n'étaient pas grands. Ils étaient gigantesques.
— Comment les humains peuvent-ils ignorer l'existence de ces arbres ? demandai-je à Jacob, profitant que le groupe ait ralenti.
— Ils ne l'ignorent pas. Des visites sont régulièrement organisées pour les grands randonneurs. Mais elles coûtent cher. Imagine le temps et l'argent nécessaires pour traverser cette forêt, où escalader les falaises. En plus, d'autres Etats, plus chauds, avec un meilleur accès, possèdent des arbres tout aussi imposants.
J'opinai, bien que j'eusse peine à y croire. Ils étaient si haut ! Chaque tronc semblait plus gros que son voisin. Tous étaient d'espèces différentes, et le vaste espace entre chacun comblé par des fougères surdimensionnées et des fleurs si hautes que leurs pétales colorés chatouillaient les flancs de Paul. Cependant, au contraire d'autres parties de la forêt, un sentier slalomait autour des ifs et des chênes, qu'ils ne tardèrent pas à quitter.
— Il est peu probable que les dragons se dissimulent près d'endroits fréquentés, m'expliqua encore Jacob.
— Nous pensons qu'ils se trouvent plus au Nord, ajouta Carlisle.
Paul se tendit. Je me hâtai de reposer ma tête entre ses oreilles, là où aucune branche ne m'atteindrait lors de notre course – même s'il n'y avait plus guère de branches à notre hauteur, à présent.
Pourtant, cela changea bientôt. Si les troncs immenses ne disparurent pas, d'autres arbres, plus jeunes, plus bas, se dressaient ici et là, s'amoncelant jusqu'à se transformer en un mur infranchissable. Pourtant, ensemble, loups et vampires parvinrent à trouver une faille dans laquelle nous nous immisçâmes. Carlisle sourit ; les vampires semblaient satisfaits. Au contraire, les deux loups se tendaient. Jacob faisait des efforts pour contenir des tremblements. Le poil de Paul était hérissé et, bien que je ne les visse pas, je devinai que ses crocs devaient être dévoilés.
— Ça va ? lui soufflai-je à l'oreille.
Pour toute réponse, il les abaissa et poussa un faible grognement qui attira les regards anxieux des Cullen. Sauf de Rosalie. Jacob se rapprocha de nous.
— Nous ne devrions pas être ici, murmura-t-il.
— Quoi ?
— Tu ne sens pas ? La tension ambiante. Nous ne sommes pas les bienvenus.
— Je ne sens rien.
Jacob et Paul ne se détendirent pas pour autant, et je les comprenais : n'avais-je pas des sens bien moins développés qu'eux ? Pourtant, Edward assura qu'il ne sentait rien, appuyé par Carlisle. Jacob ne les contredit pas, mais il se rembrunit. Je malaxai machinalement la fourrure épaisse de mon petit-ami. Par ce geste je tentais plus de me détendre que lui.
— Comment les trouverons-nous ?
— Nous ne le pouvons pas. Ce sont eux qui viendront à nous.
— Oh. Pensez-vous que nous aurons longtemps à attendre ?
— Je pense qu'ils savent déjà que nous sommes ici.
— Pourquoi ne se montrent-ils pas ?
— Ils sont prudents, Bella.
— Prudents ? Mais nous ne leur ferons pas de mal !
— Qu'en savent-ils ? Cela m'étonnerait fort que nous nous entendions mieux avec des dragons qu'avec des vampires.
Rosalie siffla. J'en tremblai de la tête aux pieds. Paul gronda en réponse. Carlisle leva ses mains en signe d'apaisement. Jacob lança un regard impérieux à Paul, qui cessa de grogner. Bientôt, je me sentis étrangement apaisée, et je devinai que Jasper était entré en action.
— Nous avons besoin de travailler ensemble, les quatre espèces, murmurai-je. Dragons, loups, vampires et humains. Ou nous mourrons tous. Le savent-ils ?
Carlisle secoua la tête. Manifestement, il l'ignorait.
Nous poursuivîmes donc nos déambulations. Ils avaient repris un rythme humain, et je profitai pleinement du paysage magnifique qui m'entourait. Au loin, des chants d'oiseau retentissaient et des bruits de pas feutrés indiquaient le passage de bêtes sauvages. Mais, à notre approche, tous se taisaient, sans que je sache ce qui le provoquait. Mes camarades surnaturels les faisaient-ils fuir ?
Bientôt, et ce malgré l'épais feuillage qui couvrait nos têtes, je remarquai que la luminosité ambiante baissait.
— Je ne peux rentrer trop tard, ou Charlie va s'inquiéter.
Jacob proposa de cesser les recherches une heure plus tard. J'acceptai, songeant que Charlie commençait à avoir l'habitude de se préparer ses repas seuls. Ces temps-ci, j'avais négligé de plus en plus mes devoirs. J'étais si peu chez moi…
Nous nous apprêtions à franchir la barrière de feuillage lorsque, brusquement, loups et vampires se figèrent. Les Cullen se retournèrent les premiers, suivis des loups, plus lentement. Paul s'aplatit au sol, prêt à bondir, et je resserrai mon étreinte autour de ses poils argentés. Je ne souhaitais pas expérimenter une chute.
— Bonjour !
Je sursautai. La voix, grâcieuse et puissante, évoquait la magie plus encore que celle des vampires. Ce sentiment féérique était exacerbé par son apparition subite. Elle paraissait en effet n'appartenir à personne.
À son entente, les loups grognèrent. Je dévisageai Jacob avec stupéfaction : jamais je ne l'avais entendu agir de la sorte sous sa forme humaine.
Edward adressa un regard de mise en garde à mes compagnons. Je craignis moi-même que leur réaction ait fait fuir nos potentiels alliés. Mais la voix reparut presque aussitôt, dans un rire moqueur. Carlisle prit la parole.
— Enchanté. Je suis Carlisle. Voici ma famille, Esmé, Rosalie et Emmett, Jasper et Alice, Edward, et nos alliés, Jacob, Paul et Bella.
La phrase se répercuta sur les troncs centenaires tandis que je serrais plus fort encore la toison de Paul entre mes doigts. Mon choix était officialisé. Il n'y avait plus de retour en arrière possible, à présent. Si, bien sûr, un retrait avait été possible un jour, ce dont je doutais. J'étais heureuse, avec Paul, même si en cet instant, j'étais trop bouleversée pour m'en rendre totalement compte.
— Que faites-vous ici, vampires ? Que faites-vous ici, loups-garous ? Que faites-vous ici, humain ?
Le dernier mot était craché. Je ne parvins à définir l'émotion qui allait avec. Paul poussa un nouveau grognement.
— Nous venons chercher des alliés. L'Etre est en chemin.
La voix poussa un cri étouffé, sur une tonalité qui me fit mal aux tympans.
— Que dites-vous ?
— L'Etre arrive, décidé à détruire nos quatre peuples. Nous avons besoin de votre aide.
Je me bouchai les oreilles. La plainte, quoique atténuée, resta désagréable.
Alors, mes yeux s'écarquillèrent tandis qu'ils fixaient, deux mètres plus bas, une… poussière. Une poussière qui grossissait, s'étirait, s'allongeait, révélant une silhouette humanoïde, d'abord de la taille d'un nourrisson, bien trop adroit sur ses jambes minuscules, puis une enfant au regard adulte, et enfin une femme, droite, le visage fermé, de grandes ailes couvertes d'écailles sagement repliées dans son dos.
— L'Etre a été réduit en poussière.
— Il revient.
— Pourquoi reviendrait-il ?
— Pour la même raison que la dernière fois. Pour détruire.
— Sauf que nous l'avons chassé. Il ne peut revenir.
— Il le peut, dès l'instant où nos quatre espèces sont réunies.
Un long moment, le silence régna. Le front du dragon se plissa, et ses écailles formèrent un nouveau motif.
— Nous l'ignorions, reconnut-elle.
— Nous l'ignorions tous.
— Il faut nous organiser au plus vite. Je dois informer Sa Grâce.
Une autre voix s'éleva, plus grave encore que celle de sa compagne. Elle ne parlait pas anglais, mais je devinai qu'elle la sermonnait. L'autre répondit et, bien que calme d'apparence, son timbre devint si glacial que je me ratatinai sur moi-même. Son compère invisible n'osa pas répondre.
— Les humains sont interdits sur nos terres depuis la nuit des temps. Si nous comprenons la raison de votre venue, humaine, nous ne pourrons l'accepter une seconde fois. Je propose que nous convenions d'un lieu de rencontre neutre.
Elle me regardait, attendant ma réponse. Retenir son attention me surprenait trop pour que je parvienne à prononcer un mot.
— Ce sera avec plaisir, répondit Carlisle. Nous nous sommes aujourd'hui réunis dans un champ, éloigné tant des humains que des quileutes et de notre résidence.
Il lui expliqua comment accéder audit champ, puis nous nous saluâmes.
— Demain, à l'aube. Entendu.
Tout en parlant, ses ailes s'agitèrent. Le dragon s'éleva et, alors qu'il quittait le sol, rapetissa progressivement. L'adulte devint enfant, qui devint nourrisson, qui devint papillon, qui disparut. Je m'accrochai à Paul. Loups et vampires galopèrent dans la direction opposée.
Paul me laissa à l'orée du bois. L'obscurité s'était abattue sur la ville et les fenêtres de ma maison brillaient. Je frottai vigoureusement mon training avant de rentrer. Il était couvert de longs poils gris qui ne manqueraient pas d'alerter quiconque les verrait.
Je rentrai avec l'objectif de me coucher tôt. Il était hors de question que je loupe cette réunion. D'ailleurs, Jacob n'y avait pas songé un instant.
— Paul viendra te chercher ici, à quatre heures du matin. Ne sois pas en retard.
J'avais promis avec enthousiasme. Plus que jamais, je me sentais faire partie de leur univers. Après tout, n'étais-je pas la seule représentante d'une des quatre espèces originelles ?
.
cCc
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Et voilà, c'est tout pour cette semaine. Qu'en pensez-vous ?
La question de la semaine est : « Quelles résolutions avez-vous prises cette année, sachant que vous ne les tiendrez pas ? »
Je vous souhaite encore une bonne année, vous remercie d'avoir lu jusqu'ici et de réagir, semaine après semaine, aux chapitres postés, et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine (Snif ! Snif ! Je serai de retour sur les bancs de l'école…).
Joyeuse année 2020 !
C.
