Bonjour, bonjour me revoici après une petite absence due à mes partiels de janviers avec ce 19ième chapitre introduisant le plus grand, le plus charismatique, le plus fantastique des lézards volants. Bref je vous souhaite une bonne lecture, m'excuse pour les fautes ayant du m'échapper malgré mes relectures. Et avec un peu de retard je vous souhaite une bonne année 2020 :).
Et la nuit laissa place au jour. Une à une les étoiles se turent. Détournant leurs regards éternels de cette terre qu'elles contemplaient depuis le premier âge.
Durant les longues heures où leur mères régnait dans le ciel, elles n'avaient cessé de murmurer dans cette langue depuis si longtemps oubliée. Chuchotant ce qui a été, ce qui est et ce qui sera.
Contant l'histoire d'un souffle changeant. Un changement ne tenant qu'à un fil fugace que le destin n'avait pas encore tissé. Un fil ténu entre plusieurs époques et autant d'histoires. Un fil incertain, un feu follet, aube hésitante à la croisée des chemins.
Un fil lumineux, un fil sombre, reflet de temps anciens, un éclat du passé contemplant depuis la fenêtre d'une ancienne auberge l'aube dévorer la nuit dans un combat mélangeant lumière, ombre et feu. Un combat éternel et chaque matin changeant.
Le regard du semi-elfe se détourna du jour levant pour se poser sur la silhouette de l'elfe allongé sur son lit. Un fin sourire naquit sur son visage ciselé. Silencieux Mordred s'approcha. Son regard ambré se faisant songeur alors qu'il s'asseyait au chevet du prince.
L'elfe dormait à poings fermés et dormirait encore de nombreuses heures. Il y avait veillé. La tisane aurait pu endormir un cheval...Le temps que Legolas se réveille, il serait loin. Le temps que l'elfe libère ses poignets des attaches le clouant au lit...La compagnie serait au cœur de la montagne solitaire.
Avec tendresse, il frôla son visage du bout des doigt. Il aimait son grand-frère...L'aimait à sa façon...Le loup voulait protéger l'elfe.
Mais cela ne suffisait pas, cela ne suffisait plus. Il en avait assez de composer avec ceux s'octroyant le droit de régir sa vie. Et quand ils sauraient quelle babiole sertissait son doigt...Il ne serait plus qu'un ennemi à abattre...Telle une bête sauvage devenue trop encombrante pour être laissée en vie.
Le loup cracha, les flammes de sa chevelures se parant de blanc sous la force de ses sombres émotions.
Cela n'arriverait pas ! Il n'aurait pas le destin funeste de sa mère !
Il ne ferait pas l'erreur d'oublier Méfiance par amour. Sa mère était morte pour le protéger...Mais une voix au plus profond de lui ne cessait de susurrer que sa mère était responsable...L'amour l'avait aveuglée...La louve avait dénigré la méfiance...La louve n'était pas partie, la louve avait fait confiance à ceux voyant leur créateur comme un monstre et qui du coup voyaient ses enfants comme monstrueux...Aenor était restée...Tout deux en avaient payé le prix...
Mordred serra les poings, ses ongles mordant sa chaire à sang. Une partie de lui s'en voulait d'accabler la mémoire de celle lui ayant donné la vie et ayant payé son existence de la sienne. Mais jour après jour cette facette de lui devenait plus faible dévorée par la rancœur ne cessant de croître en son fort.
La rancœur...Il avait tant de rancœur envers sa mère, envers son père, envers son frère, envers lui même...Parfois il devait se mordre les lèvres au sang pour ne pas la hurler au monde entier. Ne pas hurler ce que cette rancœur tentait d'enterrer...
Il avait mal...Si mal...Il s'était senti si longtemps perdu...Sans passé, sans avenir, voué à l'errance, sans famille pour le soutenir, sans épaule sur laquelle se reposer.
Seul...
Horriblement seul...
Puis il y avait eu la quête. Il y avait eu Bilbo, Bilbo atténuant par sa gentillesse gratuite cette tourbe noire, sans fond manquant d'engloutir sa raison...
Puis...Il avait compris...Il avait compris qui il était, d'où il venait, quel sang coulait dans ses veines, quel héritage était le sien. Compris Pourquoi...La connaissance était un tourment cruel.
Pour la première fois, depuis bien longtemps, il avait été dévoré par la peur. Peur de ce qu'il était, de ce qu'il avait trouvé, de ce qui allait arriver. Peur de ce cercle vicieux nourri de peine et de rancœur régnant dans les tréfonds de son esprit. Peur de ce que cela signifiait pour lui, pour ceux qu'il apprenait à aimer, pour...
Puis la peur avait été dévorée par une ambition rugissant des paroles au goût de fer. Et il avait décidé de ne plus rester un vagabond, décidé de ne plus rester l'ombre d'un royaume ne voulant pas de lui. Décidé de répondre à cet appel quand l'heure viendrait. Quand le feu, d'une étincelle, s'embraserait une nouvelle fois.
Décidé...Au fond avait-il réellement décidé ? On ne lui avait jamais laissé le choix...Les elfes avaient tracé la moitié du chemin. L'Anneau avait scellé son destin...
Mordred ferma les yeux retenant un ricanement teinté de folie, de peur, de peine, de haine, de rancœur, d'espoir...
Il ne savait plus...
Lui si serein face à Legolas se sentait maintenant perdu...Avait-il réellement envie de faire ce qu'il prévoyait ? Si il se trompait, si son ambition le fourvoyait ? Si l'appel se jouait de lui ? Si Legolas avait raison et si...
Qu'importe...Rester signifiait faire face aux elfes tôt ou tard...il ne pouvait pas leurs faire confiance. Un éclat miroita dans son esprit, souvenir passé d'un hobbit lui avouant le soulagement d'un magicien face à sa mort supposée.
Le loup siffla de rage contenue. Sa chevelure une nouvelle fois se para de son habit blanc. Ses traits elfiques déformés par les crocs acérés saillant du rictus mauvais nécrosant son visage.
Il ne pouvait pas faire confiance aux immortels...
Comment croire ne serait-ce qu'une seconde qu'il serait en sécurité avec eux. Qu'il serait le bienvenu au près d'eux. On n'effaçait pas des millénaires de pleurs et de sang aussi facilement. Ils n'étaient pas au dessus de la haine. Ils n'étaient pas au dessus des jugements injustes, surtout de ceux assouvissant de vieilles rancunes...
Ils étaient ses ennemis. Ils ne supporteraient pas l'existence d'un autre seigneur du Mordor. Ils ne le laisseraient pas en paix. Ils seraient sa perte. Même si une partie de lui, souvenir d'un louveteau blanc jouant avec son frère, espérait que cela n'arriverait pas, que la paix pourrait se faire. Qu'à défaut de s'apprécier les deux camps pourraient au moins s'ignorer.
Mais cela n'arrivait que dans les contes, la vie n'avait rien d'un conte...Elle était cruelle, dépourvue de la moindre once de pitié...
Il n'était plus un louveteau...Il était un loup...
Les loups prenaient ce qu'ils voulaient sans se soucier des autres. Cruels, maudits et sans pitié !
Il prendrait ce qu'il désirait. Cruel, maudit et sans pitié !
Et s'il devait faire la guerre...Qu'il soit étouffé par la joie de rappeler à la création le feu qu'il partageait avec sa parenté. Que ce feu consume ceux osant se dresser contre lui, que ce feu le consume, que ce feu consume ce que sa rancœur n'avait su lui faire oublier.
Toujours plongé en plein sommeil, Legolas marmonna des paroles intelligibles en Sindarin.
L'angoisse scarifia le dos du loup.
Un elfe...Son frère était un elfe, son frère deviendrait son ennemi. Le pâle sillon d'un ancien serment gravé dans sa main sembla brûler...Mais que valait le serment de deux frères face à une haine aussi ancienne que profonde.
Legolas était prince, il ne pourrait rester neutre. Son frère se lèverait contre lui avec les siens. À moins de trahir son peuple et de le rejoindre...Et jamais le prince ne trahirait son royaume pour lui. Legolas n'approuverait pas ses actes de toutes façons...
-Au revoir mon frère. Chuchota l'Ombre blanche. Il est temps pour moi de tracer ma propre histoire...J'espère ne pas te revoir sur un champ de bataille.
Le loup posa une dernière fois ses lèvres sur le front de l'elfe, se gorgeant de son odeur boisée l'ayant tant rassuré quand il était enfant. L'enfance appartenait à un autre temps.
Sans un regard en arrière, Mordred quitta la chambre et tout ce qu'il y laissait. Enfermant la peine que cela lui provoquait à double tours au plus profond des oubliettes que son cœur avait bâti au fil du temps.
Ce n'était point le moment de regretter. Tout choix avait son lot de souffrance. Le sien était fait. Il devait accepter le tribut qu'il lui réclamait. Et bien d'autres actes devaient se jouer avant qu'il ne se décide à rejoindre celui l'appelant. L'un deux n'étant pas des moindres...Reprendre un trésor à un dragon.
À cette pensée le loup sourit, délaissant ses mornes pensées face à l'excitation que cette rencontre allumait dans ses tripes.
Le dragon...Bientôt ils seraient au plus près du dragon. Ce serait se mentir que de ne pas avouer qu'une partie de lui espérait croiser le regard du dernier cracheur de feu. Peu pouvait se vanter d'avoir vu un dragon durant cet âge.
La compagnie espérait naïvement qu'il soit endormi ou mort...Mordred savait mieux. Quoi qu'il se passe, ils ne pourraient échapper au regard brûlant du roi sous la montagne. Qu'importe que Bilbo soit discret. Un dragon était un être magique...On ne dupait pas la magie grâce au silence.
Qu'il dorme ou non, Smaug saurait que des invités surprises avaient l'audace de pénétrer son royaume d'ombres et de joyaux. La compagnie ne pourrait échapper au courroux du grand drake doré.
Le Doré...C'était un nom plaisant, il devait être beau, puissant...Un monstre d'écailles et de flammes, porteur d'un souffle faisant fondre l'acier. Pourtant les autres de sa race étaient tombés les un après les autres. Trop grands, trop imbus, trop bruyants, trop sûrs d'eux...
Si Smaug avait survécu il devait posséder une méfiance que les autres n'avaient pas eu, une méfiance lui ayant permis de traverser les âges et d'en devenir une des dernières légendes.
Une légende née d'un autre âge...Les nains, Bilbo et lui s'apprêtaient à réveiller une relique du passé, d'un passé sauvage, peuplé de mystères...Mais surtout dangereux.
Contempler un dragon c'était contempler un âge ancien, révolu, un âge de conquêtes et de trahisons.
Un passé ayant embrasé Arda. Un passé embrasant son sang. Le loup ne savait s'il devait craindre le dragon ou bien être impatient de le rencontrer.
Hurlebraise avait un dragon comme garde cela ne pouvait être un hasard. Les dragons étaient liés aux ombres et au feu cela ne pouvait être un hasard. Les dragons étaient liés d'une façon ou d'une autre à l'histoire de Sauron. Les dragons étaient liés à la sienne dorénavant.
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Il traversa la salle où la compagnie avait fait le fête la veille...Le semi-elfe cligna des yeux, étonné. Et bien...On aurait dit qu'une tempête avait retourné les lieux. Il se souvenait avoir été festif mais il ne s'était pas rendu compte que lui et les nains l'avaient été à ce point. Le loup étouffa un rire derrière sa main, les pauvres humain qui devraient nettoyer leur bordel...
Un ronflement tonitruant attira son attention en direction d'une des tables. Son regard se posa sur Bofur, ivrogne oublié par les autres ivrognes ayant trop fêté la veille. Le nain des monts de fer était à peine visible entre les différents déchets de boissons et de nourritures, une nappe anciennement blanche à moitié drapée sur lui.
Mordred haussa un sourcil, le nain dormait du sommeil d'un mort et sur la table trônait un dernier pichet comme par miracle...
Tentant...
Horriblement tentant...
Le loup eut un sourire carnassier. Silencieux comme une ombre, il s'avança vers sa proie sans défense. Sa main se saisit pichet de vin. Sans aucun remord il accomplit son sordide méfait, un sourire malicieux peignant ses traits.
Un soupçon de sadisme brûlant dans ses yeux, un ricanement faisant trembler ses lèvres Mordred observa le nain se débattre dans son sommeil sans pouvoir échapper au liquide froid, piquant éclaboussant son visage, traçant de longues lianes écarlates sur sa peau olive.
Deux yeux noirs, toujours vitreux d'alcool s'ouvrirent. Bofur toussa, cracha, éternua, essaya en vain d'échapper aux derniers centilitres de vin l'assaillant. La nappe lui ayant servi de couverture s'était muée en piège dont il ne pouvait se soustraire. Son regard sombre, injecté de sang croisa celui joueur du fils de Thranduil le surplombant, pichet toujours en main.
-Toi ! Maudite oreille pointue ! Tu me le payeras, Mordred de Mirkwood !
Un rire malicieux lui répondit. Une main amicale fut tendue, l'aidant à se dépêtrer du piège de tissus refermé sur ses jambes.
-Sans éducation. Continua le nain. Gâcher du si bon vin pour réveiller un honnête artisan des monts de fers !
De nouveau le dernier membre de la compagnie ria, son rire bien plus audacieux et ouvertement moqueur que ceux de la race immortelle.
-Mon éducation vaut celles des nains, Maître Bofur. Répliqua le dernier membre de la compagnie, son regard ne perdant rien de cette étincelle mutine si souvent présente dans son regard ambré.
Bofur fronça le front se demandant si la réplique de Mordred devait être prise comme une insulte ou un compliment. Puis il éclata de rire, assénant une claque amicale dans le dos du semi-elfe.
-Vous êtes mon elfe préféré Mordred. Même si vous n'êtes pas un elfe et que vous êtes le seul elfe que je connaisses. Par contre vous avez de biens curieuses coutumes pour réveiller vos amis.
Une nouvelle fois Mordred gloussa, un sourire rusé se dessinant sur son visage fin.
-Toujours avec mes amis...Ceux qui ne le sont pas je les laisse dormir sous les tables sans me soucier qu'on les oublie ou pas.
Le nain haussa un sourcil, depuis le premier jour il avait apprécié le tempérament piquant de Mordred. Et il jubilait d'impatience en imaginant le jour où les imbéciles peureux siégeant au conseil devraient composer avec le semi-elfe ayant aidé la lignée de Durin à reprendre son royaume. Ce serait très amusant...Sauf pour Thorin...Enfin il devait y être habitué, Kili pouvait se révéler tout aussi cinglant que Mordred. Et les deux ensembles...Le conseil n'y survivrait pas.
Après avoir essuyé son visage sur la nappe que le tavernier ne pourrait plus jamais utiliser, le nain quitta la taverne à la suite du semi-elfe.
L'air glacial balayant son visage chassa les dernières vapeurs d'alcool embrumant son esprit. Le nain s'étira, levant la tête vers le ciel d'un gris étincelant, inspirant à grandes goulées les senteurs sauvages portées par la brume régnant sur les eaux sombres du lac.
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Un sourire aux lèvres Mordred rejoignit les nains rassemblés sur le plus grand quai déjà entouré par un attroupement d'humain venus assister à leur départ. Gorlois évidemment y était, le maître de Lacville reprenant ses minauderies intéressées au près de Thorin sans se soucier du regard froid que le descendant de Durin lui portait.
Le semi-elfe envoya un regard moqueur au nain, se glissant tel un spectre entre les humains, abandonnant le futur roi d'Erebor à son sort. Tout règne apportait son lot de sacrifice.
Sans le moindre scrupule le loup abattit sa capuche une fois assis dans l'embarcation. Observant avec curiosité les guerriers nains porter les vêtements chauds mais biens trop grands des habitants du Lac.
Il scruta ensuite la foule les entourant surpris de ne pas y croiser les iris ébènes de l'enquiquinant batelier. Étrange...Il aurait cru que Bard essayerait une dernière fois de les arrêter...
Peut-être que l'humain avait décidé de ne se soucier que de lui et de sa famille. À sa place Mordred agirait de cette façon, partant avec les siens et tout ce qui pouvait être emporté sans se soucier du reste. Cependant Bard lui avait semblé être un de ces hommes animés par cette noblesse stupide tant vantée dans ces contrées du monde.
Songeur il plissa les yeux, son regard d'ambre se portant vers Gorlois. Ou bien...Bard ne pouvait plus agir...Ce ne serait pas surprenant...Tout le monde savait où il habitait...Le maître de Lacville devait avoir empêché le descendant de Girion de semer un peu plus la zizanie.
Le loup sourit, jugulant un ricanement. C'était navrant...Le batelier était le seul à posséder des flèches noires et l'humain bedonnant l'avait arrêté ou envoyé nager à jamais avec les poissons. Quel dommage...
Un corps se laissa tomber sans noblesse près de lui, agitant leur embarcation sommaire.
-Tu sembles bien pensif Mordred.
Le loup cligna des yeux délaissant ses songes sur Lacville et le sort qui l'attendait. Ses iris ambrées croisèrent celles onyx de Kili.
-Ou bien il essaye de se cacher d'un humain un peu trop familier. Ajouta une voix amusée, Bilbo les rejoignant.
Mordred se tourna vers lui, croisant le regard noisette, amusé du cambrioleur. Entouré de ses deux plus proches amis le semi-elfe se permit un vrai sourire. Sourire qui se mua en rire discret face à leurs accoutrements.
-Très beau chapeau Bilbo...
Le hobbit rougit arrachant le chapeau pointu de sa tête, vengeur celui-ci osa même enlever la capuche du semi-elfe d'un geste brusque révélant sa chevelure de flamme. Mordred feula, rabattant de suite le capuchon noir dissimulant ses attraits aisément reconnaissables. Le regard du cambrioleur étincela un peu plus.
-Peur d'être repéré par Gorlois Mordred ?
Le semi-elfe siffla, plissant les yeux, sa tête se penchant vers le hobbit.
-Méfie toi semi-homme...Un accident est si vite arrivé et l'eau si froide qu'elle te transpercerait comme ma lame...
Bilbo lui lança un regard torve, ses iris se plongeant dans celles du loup sans ciller.
L'Ombre blanche ronronna appréciant le regard dépourvu de crainte que son cambrioleur lui portait. Quoi qu'il lui dise jamais le hobbit ne prenait le jeu pour une agression, jamais le hobbit ne sentait la peur.
-Parfois je me demande lequel de vous deux est le plus à craindre. Pouffa à son tour Kili. Le semi-elfe au sourire de loup. Ou notre cambrioleur d'aspect si inoffensif mais pouvant se montrer retord tel un serpent.
-Lui. Ria Bilbo. Méfie toi de lui. Tu ne l'as toujours pas apprivoisé. Et moi je tente juste d'imiter ses répliques sarcastiques quand le jeu s'y prête.
-Tu sais ce qu'on dit. Ajouta le neveu de Thorin. L'apprenti dépasse toujours le maître...
Le nain et le hobbit rirent de concert. Mordred se força à rire. Ne comprenant pas pourquoi une phrase si anodine répandait un goût amer dans sa bouche semblable à celui de la bile.
-D'ailleurs. Reprit le neveu de Thorin. Je voulais te remercier Mordred, sans toi je n'aurais pas pu partir avec vous aujourd'hui. Sans toi je n'aurais pas pu rentrer dans les salles centenaires de notre peuple perdues depuis si longtemps et...
-Sans moi tu n'aurais pas à faire face au dragon. Le coupa froidement le fils de Thranduil.
Son esprit toujours tourné vers les précédents dires du nain. Ces derniers mots se ricochant douloureusement dans son cœur sans qu'il ne puisse en saisir la raison.
Les regards du nain et du hobbit perdirent toute légèreté, le visage de Bilbo se faisant pâle.
-Faire face au dragon. Ria nerveusement le descendant de Durin. Mais voyions Mordred Smaug est endormi et Bilbo ne va pas le réveiller. N'est-ce pas Bilbo ?
À son tour le hobbit força un petit rire.
-Non, non, bien sur que non...Enfin je ferais tout pour ne pas le réveiller même si, même si...
Le loup soupira exaspéré par les plaidoiries de ses deux compagnons. Par l'Admirable comment n'y songeaient-ils pas également. Face à d'autres membres de la compagnie Mordred n'aurait rien ajouté de plus, répliquant que c'était une boutade de mauvais goût. Mais Bilbo descendrait seul à la recherche de l'arkenstone dans les salles obscures. Et Kili...Kili lui avait prouvé être bien moins fermé d'opinions que ses semblables.
-La magie ne dort pas. Silence ne peut la fourvoyer.
Ni le hobbit, ni le nain ne répliquèrent de suite. Puis Kili croisa les bras, reniflant de contrariété
-Pourquoi tu ne le dis pas à mon oncle. Siffla venimeux le jeune nain.
Le ricanement du loup se fit acide et son regard de pierre.
-Tu es bien naïf d'imaginer que ton oncle écouterait un semi-elfe sur des choses qu'il ne veut pas prendre en compte.
Le neveu de Thorin braqua son regard d'encre dans le sien, lèvres pincées mais n'ajouta rien
-Pourquoi Mordred...Pourquoi le dire à nous... Chuchota le hobbit, son regard perdu en direction de la montagne.
-Tu seras celui au plus près du dragon..Tu seras seul et Kili...Kili sait écouter...
Le loup se pencha vers le nain sans rompre le contact visuel.
-J'espère me tromper Kili. Mais si cela devait s'avérer être vrai. Il faut qu'au moins un descendant de Durin puisse les guider si ton oncle oublie la raison.
Une nouvelle fois Ambre et Onyx restèrent plongés l'un dans l'autre. Une nouvelle fois Mordred sentit quelque chose le relier au descendant de Durin sans qu'il ne puisse comprendre ce dont il s'agissait.
Sans lâcher son regard le nain inclina la tête avant de finalement se détourner. Le son poussé par un cor rompant ce dernier échange muet.
Lentement le bateau avança, la brume assourdissant le clapotis des eaux froides et grises heurtant la coque de bois.
Kili porta son regard vers la montagne. Mordred avait raison...Ce serait trop beau que le dragon dorme vraiment...Il y avait eu tant d'imprévus, de dangers s'étant lancés à leurs poursuites...
Le retour d'un ennemi présumé mort depuis bien longtemps, les mises en gardes de ceux croisés en route, la rencontre avec un semi-elfe prince en exil dont personne ne connaissait la nature du sang s'étant mélangé à celui des elfes. Un sang dont jamais Mordred n'avait parlé...
Ce ne serait pas si étonnant que le dragon se réveille.
La magie ne dort pas...
Un pâle rayon du soleil d'hiver perça au travers des nuages plombant le ciel. Kili plissa les yeux aveuglé par cette lumière rasante se reflétant sur les eaux du lac et sur la chevelure de feu du fils de Thranduil.
Une chevelure de feu, un regard ambré, une épée avec un dragon de cuivre crachant des flammes sur une lame obsidienne...
Une lame noire, maudite, ancienne. Un dragon de cuivre dessus...
''Qui es-tu ? Que caches-tu à ceux que tu appelles tes amis Mordred...'' Songea le jeune nain.
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Le trajet les séparant de l'autre rive du lac se fit dans un silence solennel. Les nains gardaient leurs regards portés vers l'unique pic de la montagne solitaire. Certains parmi les plus vieux avaient leurs lèvres tremblantes sous l'émotion d'enfin revenir à la maison. D'anciens souvenirs bons ou mauvais, heureux ou tristes animaient une étincelle de nostalgie dans leurs yeux humides. Les plus jeunes semblaient animés par une excitation fébrile. Muscles tremblant de façon imperceptible tels ceux d'un jeune chamois attendant l'heure propice pour s'élancer entre les roches coupantes, déjouant le destin et la gravité.
Bilbo oscillait entre la joie sourde exaltant des nains et l'angoisse pure. Il était tout aussi impatient d'enfin arriver au bout de cette quête que tant avait jugée comme vouée à l'échec. Mais plus que toutes autres choses il craignait ce que cette fin allait écrire. Pour lui, pour ses amis, pour les habitants d'Esgaroth.
Le dragon...Les paroles de Mordred pesaient lourds dans son cœur. Si on ne pouvait duper la magie par le silence, comment pourrait-il trouver l'arkenstone et sortir sans réveiller la colère de la bête régnant dans les anciennes salles du peuple de Durin.
Son regard glissa vers son ami. Le loup observait lui aussi la montagne. Les ombres jouant dans son regard ambré rendait celui-ci indéchiffrable. Mais il semblait froid au hobbit, froid comme à chaque fois que Mordred ne devait pas interagir avec l'un des membres de la compagnie.
Tic, tic, tic.
Dans un geste traduisant sans doute une forme d'impatience, le semi-elfe tapotait son doigt portant l'anneau en or contre le fourreau d'Hurlebraise jouant une mélodie connue seulement du loup.
Bilbo s'humecta les lèvres. C'était risible, mais cette bague lui donnait froid dans le dos. Et plus il la voyait au doigt de son ami et plus il avait envie de l'arracher et de la lancer loin très loin du semi-elfe. Mordred lui mentait, il était certain que ce bijou n'avait pas toujours été avec lui. Il était certain que le feu froid assombrissant le regard de son ami découlait de cette chose...
Un rayon du pâle soleil d'hiver ricocha sur le métal doré donnant au hobbit la désagréable sensation que le bijou brillait d'un éclat moqueur. Allégorie d'un rire sarcastique lui étant directement adressé. Le semi-homme serra le poing, tachant sans y parvenir de se rappeler à partir de quand Mordred avait porté ce cercle d'or.
Dans un bruissement léger de bois frottant contre des galets polis la barque s'amarra. Un à un les membres de la compagnie sautèrent sur la berge, une fois le dernier descendu de l'embarcation Thorin la repoussa du pied. Sans un regard en arrière le seigneur nain ouvrit la marche en direction d'Erebor.
Bilbo fixa quelques instants la barque errer sans but sur les eaux du lac, portée par le vent froid lui seul sait où. Le semi-homme expira tachant d'apaiser son cœur des nombreux doutes l'écartelant. Alors qu'il suivait le chemin invisible tracé par Thorin et les autres nains.
Une nouvelle lande parsemée de buissons épineux et d'herbes jaunies par le soleil et les vents leurs faisait face. Un sourire nostalgique se dessina sur le visage du cambrioleur. Cela lui rappelait celle parcourue il y a plus d'un an avant de traverser les monts brumeux.
C'était si loin et si proche à la fois. Un monde le séparait presque de ce souvenir. Avant il n'avait pas encore tué, avant il ne pensait jamais arriver aussi loin, avant le dragon n'était qu'une idée vague à l'autre bout du monde, avant Mordred n'était qu'un semi-elfe vagabond, avant le loup blanc était juste une chimère. Une ombre blanche ayant émergé des sous-bois et abritant dans ses yeux les mystères d'un univers que le hobbit n'avait connu que dans ses livres.
Lentement comme pour la traversée des monts brumeux, toute végétation disparu ne laissant que ça et là des buissons dépourvus de feuilles, couverts d'épines. Plantes survivant, les dieux seuls savent comment, sur ce sol hostile.
Bilbo referma le long manteau de fourrure autour de lui comme pour les landes le vent était mordant, glacial. Glacial au point d'en devenir brûlant. Leur marche était seulement perturbée par ses gémissements plaintifs donnant l'horrible impression au semi-homme d'entendre les pleurs de ceux ayant péri le jour où Smaug était descendu du ciel. Des gémissements, seul bruit dans ce silence lourd, n'ayant rien de naturel, semblable à celui régnant dans la forêt noire.
Son regard se leva vers Mordred, le semi-elfe ne semblait pas perturbé par le silence de mort régnant ici. Un silence de mort, un lieu parti en fumée sous la flamme d'un dragon régnant toujours sur ces terres. De la bile monta dans la bouche de Bilbo, il devait être entrain marcher sur des cendres...
-Quel silence...
Il fallait qu'il brise cette absence de bruit, il ne pouvait la supporter, comme il n'avait pu supporter celle de la forêt noir. Le loup baissa son regard ambré vers lui mais avant qu'il ne puisse lui répondre Balin intervint. Le vieux nain marchant vers eux, mains croisées derrière son dos et son regard vibrant de mélancolie.
-Ça n'a pas toujours été ainsi. Il lui adressa un sourire nostalgique avant de poursuivre. Jadis ces pentes étaient couvertes de forêts. Les arbres étaient pleins de chants d'oiseaux.
-Détendez vous maître Baggins. Le semi-homme tourna la tête, croisant le regard saphir de Thorin s'approchant d'eux. Nous avons des vivres, des outils et nous avançons...
Le nains se stoppa, ses yeux s'écarquillèrent légèrement avant qu'il ne se précipite vers un promontoire suivit par les anciens membres de la compagnie. Bilbo échangea un regard avec Mordred avant de suivre le mouvement.
Il haleta, sa main se portant vers sa bouche. Une ville, le spectre d'une ville était en face d'eux. Entourée de brume, allégorie d'une fumée n'ayant jamais quitté les pierres encore noircies par endroits de cendre.
-Quel est cet endroit ? Souffla Ori, les yeux du jeune nain balayant les ruines s'étendant face à eux dans un mélange de curiosité et d'horreur.
-Autrefois c'était la ville de Dale...Souffla Balin tête baissée. Aujourd'hui...C'est un champ de ruine. Le nain releva la tête son regard s'emplissant de haine. Aujourd'hui c'est la désolation de Smaug !
Le nom du dragon fut craché telle la plus hideuse, vulgaire des insultes. Les nains marmonnèrent entre eux, se détournant de la ville abandonnée. Le temps passait, le soleil serait bientôt à son zénith.
Bilbo ne les suivit pas de suite. De nouveau le vent soufflant entre les pierres semblait être chargé de cris, de râles, de supplications. De nouveau la brume lui faisait penser à une fumée vous cuisant les poumons. Une fumée brûlante montant de nouvelles ruines, de ruines étant autrefois une ville ayant su se reconstruire après la désolation du dragon. Une ville les ayant laissé rejoindre la montagne. Une ville qui serait sa désolation si il devait échouer.
Sa respiration devint désordonnée, il se sentait lourd, il avait chaud, il avait froid. Le vent continuait de pleurer, supplier, gémir, crier...
Une main s'abattit sur son épaule, il poussa un glapissement se retournant d'un geste brusque. Ses yeux noisettes noyés d'angoisse croisèrent ceux calmes du loup. Sans un mot Mordred l'attira un instant contre lui, Bilbo ferma les yeux. Inspirant, expirant, tachant de calmer son souffle.
Avec douceur Mordred le repoussa, son regard toujours calme, un calme froid. Sa main sur son épaule ne le quitta pas, le poussant à reprendre son avancée, l'empêchant de se tourner vers l'ancienne cité tombée.
-Ne regarde plus...Chuchota le loup dans son dos. Sa main se resserrant de façon infime.
Bilbo leva les yeux vers lui, ne sachant que dire, que penser. La chaleur douce de nouveau dans les yeux de Mordred atténua un peu son ressentit.
Pour sa chance ou pour son malheur, l'escalade jusqu'à la porte secrète d'Erebor serait assez périlleuse pour tenir son esprit loin de ses angoisses au goût de feu et de mort.
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Bilbo leva les yeux vers les escaliers de roches passant au travers d'une deux immenses statues représentant deux des premiers seigneurs nains. Le hobbit avala péniblement sa salive. Et bien...Ils montaient très haut...Et la disposition des marches n'était clairement pas faite pour les jambes d'un hobbit faisant en moyenne trente centimètre de moins qu'un nain...
Par les dieux...Lentement il commença à monter. Marche après marche qu'il devait à moitié escalader là où les nains agiles comme des chamois les enjambaient sans y penser. Là où Mordred resté derrière lui pour le rattraper en cas de chute, grimpait avec une agilité féline. Le semi-homme serra les dents. Après tout le reste il pouvait bien surmonter un escalier...Aussi impressionnant soit-il...Et même si cet escalier se découpait en plusieurs pour longer la roche, l'obligeant à sauter à plusieurs dizaines de mètres du vide...Enfin...Tant qu'il ne regardait pas en bas cela devrait aller...
-Tu penses que si on tombe on se transformera en hachis ?
Le semi-homme ravala un gémissement exaspéré. Maudit, maudit, maudit semi-elfe, satané loup plein de puces. Mais pourquoi, pourquoi devait-il toujours dire des choses pareilles dans ce genre de moment. Toujours cramponné à une des marches, il jeta un regard courroucé en direction du changeur de peau. Ah si il n'était pas suspendu à trente mètre du vide ce qu'il aurait aimé faire ravaler son sourire moqueur à son meilleur ami. Il en aurait presque regretté l'attitude froide qui l'inquiétait.
-Je te hais...Souffla néanmoins le cambrioleur en se hissant sur la dernière marche.
Bilbo reprit son souffle, chassant la sueur ayant coulé sur son visage. Au moins le reste de la traversée semblait un peu moins périlleux...
Une éternité de statue escaladée et de nouvelles marches grimpées par un hobbit presque sur les genoux plus tard. Le chemin conduisant à la porte secrète s'acheva sur une large plate-forme à moitié cachée par la titanesque tête de Durin.
Les nains sourirent de joie, ils y étaient, ils l'avaient fait. Dans le ciel le soleil brillait encore de ses derniers rayons ocres.
-La porte secrète. Souffla Thorin.
Son regard ne lâchant pas la roche grise, le nain s'approcha religieusement de la paroi sur laquelle la lumière déclinante du jour étincelait. Sa main se posa avec respect sur la pierre, ses yeux se fermant. Enfin...Enfin il y était, il l'avait fait, ils l'avaient fait. Le roi sous la montagne se retourna vers ses compagnons. Un éclat victorieux étincelant sur ses trait nobles.
-Que tout ceux qui ont douté de nous se repentent ! Cria-t-il, la clé tenue fermement dans sa main comme le plus précieux des trésors.
Les nains hurlèrent de joie, applaudissant à tout rompre. Bilbo malgré sa fatigue et l'angoisse rampant dans son ventre se joint à eux, emporté par leur élan de félicité. Seul Mordred assit dans un coin d'ombre ne se joint pas à la liesse de ses compagnons. Observant à moitié perdu dans ses pensées la joie parcourant son hobbit et les nains. Sa main gauche se porta à son index droit, caressant l'Anneau comme cela lui arrivait de plus en plus souvent.
-Bien nous avons une clé dont il doit y avoir une serrure !
Le regard vibrant d'impatience Dwalin s'approcha de la paroi lisse. Son regard de guerrier digne de celui d'un faucon sondant la roche à la recherche de la plus petite fissure, du plus petit indice révélé par le soleil. Très vite il fut rejoint par d'autres. Chacun désirant en secret être celui qui trouverait ce que leurs ancêtres avaient si bien dissimulé.
Bilbo resta en retrait c'était un moment où il n'avait pas sa place. Un instant de joie profonde appartenant aux nains et à eux seuls.
Tic, tic, tic.
Les yeux du hobbit glissèrent vers le loup. Mordred était toujours en retrait, assit dans l'ombre. Une nouvelle fois son regard paraissait distant et froid aux yeux. Encore une fois il avait l'impression que son ami n'était plus réellement lui même. Encore une fois le changeur de peau faisait tapoter l'anneau à son doigt contre la garde d'Hurlebraise. Et à nouveau le bruit cristallin des deux métaux se heurtant le mettait profondément mal à l'aise sans que le cambrioleur ne puisse en saisir la raison et sans qu'il n'ose en parler avec celui qu'il considérait comme son plus proche ami.
Bilbo frémit se jurant d'en parler avec le loup quand l'occasion se présenterait. Pour l'heure il se détourna ne pouvant supporter de voir ce regard distant couplé à cet anneau lui semblant bien trop doré, bien trop brillant...
L'ambiance joyeuse ayant parcouru l'esprit des nains commençait à disparaître. Le doute prenant sa place. Le soleil baissait, nulle indication n'apparaissait...La dernière lumière du jour de Durin mourait et rien, rien ne se passait.
Bilbo sentit sa gorge se nouer alors que Nori avec Gloin tentait de trouver un point de résonance au travers de la roche. Espérant ainsi dénicher l'espace de pierre dissimulant les couloirs menant au plus profond d'Erebor.
La lumière les abandonnait. Le regard de Thorin ne cessait d'osciller entre la pierre toujours close et le soleil déclinant de plus en plus rapidement. Bilbo mordit son poing pour soulager le stress montant un peu plus à chaque seconde. Nulle porte, nulle serrure. Il n'y avait plus que quelques secondes avant que le soleil ne disparaisse, que les quitte la dernière lueur du jour de Durin. Cela n'échappa pas à son héritier.
-Défoncez-là ! Hurla Thorin.
Avant de se jeter lui même contre les pierres centenaires. Les frappants de ses poings tel un animal ayant succombé à la folie. Sous le regard atterré du cambrioleur les autres nains se mirent à frapper leurs armes de toutes leurs forces sur la paroi rocheuse. Les lames volèrent en éclat, l'acier se brisant comme du verre contre le granit.
Thorin ne cessa pas de frapper la pierre à main nue. Perdu dans une transe déchaînée l'empêchant de ressentir la moindre douleur. À chaque nouveau coup, les muscles de Bilbo se raidissaient, le hobbit ne voyant que trop bien les jointures du nain se teinter de rouge.
-Ça ne sert à rien ! Intervint Balin.
Son regard inquiet braqué sur Thorin, le fils de Thrain n'arrêtant pas malgré ses jointures ouvertes.
-La porte est scellée, on ne peut pas la forcer ! Ajouta plus fort le vieux nain.
Arrivant enfin à stopper ses compagnons avant que toutes leurs armes ne finissent brisées. Comme pour appuyer ses mots, le soleil tomba derrière les lointaines montagnes de l'ouest déchirant le ciel. La plate-forme se retrouva baignée dans la lumière sombre du crépuscule.
-La dernière lumière du jour de Durin brillera sur la serrure...C'est ce qui est écrit. Souffla Thorin d'une voix si fragile que Bilbo sentit ses yeux le piquer. Qu'avons nous raté...Ajouta le descendant de Durin, son front s'appuyant contre la pierre.
-Nous avons perdu la lumière...Chuchota Balin, baissant les yeux vers le sol.
Un sourire triste naquit sur son visage alors que le vieux nain secouait la tête retenant les perles salines s'amoncelant dans ses yeux ayant vu trop de drames, de pertes et ayant versé trop de larmes au cours de sa vie.
-Nous avions une seule chance, allons-nous en...
Bilbo contempla sans vouloir y croire les nains s'en aller un à un. Thorin, à son tour se détourna de la pierre qu'il frappait encore avec rage il y a quelques secondes à peine. Abandonnant les roches millénaires ayant protégés son peuple pendant des siècles. Et aujourd'hui fermées à jamais.
Bilbo sentit son cœur se serrer face au regard, perdu, désespéré, trahi que Thorin porta vers le ciel crépusculaire. Comme au ralentit sa main s'ouvrit, la clé tomba dans la poussière, Thorin ne lui jeta même pas un regard. Sous le regard horrifié du cambrioleur le roi nain, celui qui n'avait jamais cessé d'y croire, celui qui avait bravé les moqueries des siens, les dangers de la route. Celui qui n'avait jamais cessé de se battre persuadé qu'un jour il rentrerait à la maison, se détourna également. Abandonnant ce rêve qu'on avait cessé de lui dire insensé, digne de la folie ayant consumé le cœur de son grand-père.
-Thorin. Souffla Bilbo quand le nain passa près de lui sans même lui jeter un regard. Vous ne pouvez pas abandonner, pas si près du but...
Les yeux de Thorin croisèrent les siens. Jamais son regard n'avait été aussi éteint. Jamais le puissant nain ne lui avait semblé aussi défait, fragile, comme si la plus petite chose pourrait le briser.
-Il y a sûrement...
Le hobbit n'eut pas le temps d'achever sa phrase, le nain poussa la carte cachée par sa famille depuis des génération dans les mains du semi-homme. Avant de reprendre le chemin du retour.
Gorge nouée, Kili ramassa la clé abandonnée par son oncle. Le prince nain la ramena contre sa poitrine comme il l'eut fait avec un oiseau blessé. Il serra les lèvres, luttant contre ses sanglots de rages et de déceptions. Il était dégoûté, affligé. Pourquoi mais pourquoi la serrure ne s'était-elle pas montrée. Pourquoi...
Son oncle n'était-il pas digne après tout ce qu'il avait enduré pour reprendre son royaume. Ses compagnons n'avaient-ils pas assez souffert durant ce voyage ? Pourquoi Mahal se moquait-il ainsi d'eux en leurs refusant Erebor après leurs avoir permis de venir jusqu'ici.
Son regard croisa ceux de Bilbo et Mordred. Les seuls avec lui à ne pas être encore partis. Le regard du semi-elfe n'avait rien perdu de son calme. Celui du cambrioleur brillait d'une flamme refusant de renoncer, refusant d'accepter que la quête se termine ici, maintenant.
-Kili...Souffla le hobbit. N'abandonne pas, tu n'as pas le droit d'abandonner maintenant. Il doit y avoir un moyen. Ce n'est pas terminé. Cela ne peut pas se terminer ainsi...Quelque chose doit nous avoir échappé.
Le jeune nain ouvrit puis referma la bouche ne sachant que dire. Tiraillé entre son envie de rester et la fatalité venant de s'abattre sur eux. Son nom porté par le cri de son oncle choisit pour lui. Le regard lourd, à son tour il partit. Serrant toujours la clé contre lui, ignorant du mieux qu'il pouvait les hurlements de rage de Bilbo. Les traitant de lâches.
Très vite il rattrapa le groupe l'attendant un peu plus bas. La main de son oncle se posa sur son épaule en un geste de réconfort. Il n'eut même pas la force de regarder Thorin et encore moins de croiser le regard de son frère.
Kili avançait en dernier, quelque peu en retrait de ses compagnons, toujours perdu dans ses pensées. Maintenant les cris du hobbit n'ayant cessé de les appeler n'étaient plus qu'un léger bruissement porté par les vents du soir.
Le nain observa la clé qu'il se refusait de laisser. Elle lui semblait différente, moins foncée...Le métal semblant briller d'un éclat argenté par endroit. Dire que c'était elle qui les avait mené si loin...Tout ça pour renoncer aussi près du but...Bilbo avait raison, ils étaient des lâches. Mais comment rentrer...Il était impossible de trouver les portes secrètes des nains sans connaître leur emplacement au préalable.
Il leva ses yeux vers le ciel nocturne lentement serti d'étoile. ''Mahal...Pourquoi Mahal...Pourquoi la carte nous a-t-elle trompé...Qu'avons nous oublié...''
Une grive le frôla manquant de le faire trébucher sur une pierre dépassant du sentier. Il jura en khuzdul, maudissant ce stupide oiseau.
''Quand la grive frappera trois fois.'' Des sornettes pour enfant...
Au moins ce voyage lui avait permis de rencontrer les elfes qu'il avait tant intrigué, de devenir amis avec certains comme les grands nains de jadis ayant mélangé leur art avec celui des eldar pour créer les légendaires portes de Khazad-dûm.
Kili s'arrêta une sensation pressante germant dans son esprit. Ses yeux se baissèrent de nouveau vers la clé. Elle brillait toujours de cet étrange éclat argenté, le nain en était sûr elle ne l'avait pas avant, elle ne l'avait jamais eu avant. Son regard se releva vers le ciel parcouru par les astres nocturnes.
-La lumière de notre peuple...Souffla le nain. Sa mémoire belle et pure...Quand la grive frappera.
Kili haleta la carte, la carte, les secrets de la carte étaient tracés par des runes lunaires. Des runes lunaires avaient indiqué l'emplacement de la porte après qu'un elfe les ait déchiffrées. Les runes lunaires leurs avaient donné la réponse depuis le début.
-La lune...Murmura le plus jeune descendant de Durin. Avant de hurler. La lune ! Les nains se retournèrent vers lui, fronçant les sourcils. La carte ne mentait pas mon oncle ! Tout était sur la carte !
Sans attendre Kili se retourna en courant. Hurlant de rire, la clé de ses ancêtres en main reflétant l'éclat argenté de leur mémoire.
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Bilbo arrêta de hurler de rage, lançant une dernière poignée de graviers dans la direction empruntée par les nains. Son regard se posa sur Mordred. Le loup n'avait pas bougé...Se contentant de le fixer sans broncher. Cela ébouriffa le hobbit.
-Et toi tu ne dis rien ! Cracha le semi-homme conscient sous sa colère qu'il était injuste. Mais là de suite il n'aurait pu se ré-freiner.
-Et que veux-tu que je dise...Répliqua le changeur de peau loin d'être froissé. Montagne ouvre toi ?
-C'est, c'est injustes...Chuchota Bilbo se sentant d'un coup épuisé maintenant que sa frustration le quittait. D'un pas las il approcha Mordred, se laissa tombé assit près de son ami. Tout ça pour rien...
Un bras amicale passa autour de ses épaules, le ramenant contre le flanc chaud de du changeur de peau.
-La vie est rarement juste Bilbo...
Le regard du hobbit se leva vers celui du loup y cherchant une explication, un sens à tout cela. Mais le loup n'avait rien à lui offrir, à part un réconfort maladroit.
-Mais la carte disait que la dernière lumière du jour de Durin révélerait la serrure quand la...
Mordred posa un doigt sur ses lèvres, faisant un signe de tête vers les roches délaissées par la compagnie. Bilbo suivit son regard, étouffant un halètement. Un oiseau venait de se poser, sautillant entre les herbes sèches sans leurs prêter attention.
Clap
Clap
Clap
Les yeux du hobbit s'ouvrirent comiquement. La grive...Mais alors ! Son regard se porta vers le ciel. Le jour...Chaque mot était important, rien ne se disait jamais au hasard. Son voyage avec Mordred le lui avait appris. Il y avait toujours une signification importante cachée dans les détails vous semblant insignifiants...Le jour...Pas une journée. Dans un jour il y a une part de nuit !
Le hobbit bondit comme un diable faisant s'envoler la grive.
-La lune ! Hurla le cambrioleur. Revenez ! La dernière lumière c'est la lune ! La dernière lune de l'automne.
Sans se soucier du loup toujours assis, il voulut se précipiter à la poursuite de ses compagnons. Manquant dans son empressement de percuter Kili revenu en arrière. Le nain le stoppa avant qu'il n'ait eu le temps de le heurter. Le regard noisette croisa celui onyx irradiant de joie.
-Tu avais raison, on abandonne trop vite !
-Kili...
Le jeune nain lâcha Bilbo, son oncle et les autres membres de la compagnie venaient de revenir. Thorin le rejoignit en trois grande enjambées. Avant qu'il n'ait eu le temps de questionner son oncle celui-ci abattit ses mains sur ses épaules.
-Kili...La prochaine fois qu'un nain fait allusion au fait que tu n'es pas digne de descendre de Durin...Fais-moi plaisir et casse lui le nez.
L'archer hocha la tête, sa gorge nouée par l'émotion face au regard emplit de fierté que son oncle lui portait.
-Même si c'est un membre du conseil. Arriva-t-il finalement à répliquer.
Le regard de Thorin brilla d'amusement.
-Surtout si c'est un membre du conseil...N'oublie jamais que c'est toi qui a compris ce que signifiait l'énigme de notre ancêtre. Pas Fili crinière de lion, pas Thorin oakenshield mais Kili.
Le jeune nain hocha la tête sans répondre certain que cette fois sa voix le trahirait tant les regards de son oncle, de son frère, des grands guerriers de la compagnie l'émouvait.
-Regardez.
L'intervention de Mordred les ramena vers leur principale préoccupation. La lune cachée par des nuages se montrait enfin. Sa lumière d'argent étincela contre les roches. Un seul endroit, un seul resta sombre, son esquisse étant celle d'une serrure.
Thorin sourit, son regard saphir n'ayant jamais autant brillé d'aussi loin que Kili s'en souvienne.
-Mon oncle.
Il lui tendit la clé, Thorin la fixa sans faire le moindre geste pour la prendre.
-Sans toi nous serions déjà en bas...C'est à toi que revient l'honneur d'ouvrir.
Le jeune nain se sentit rougir son regard passant de la porte, à son oncle, puis aux nains de la compagnie attendant qu'il le fasse.
-Je...Je...L'archer se mordit la lèvre inférieure. Je ne peux pas Thorin...C'est toi qui doit l'ouvrir...Je n'ai résolu qu'une énigme. Mais c'est toi qui a monté cette quête malgré tout ce que notre peuple ait pu te dire. C'est toi qui nous a guidé jusqu'ici. C'est toi qui nous a donné la force et la fois pour arriver jusqu'ici. Je mourrais de honte en te prenant cela.
De nouveau il lui tendit la clé devant les regard approbateurs des siens. Sans le quitter des yeux son oncle la prit finalement. Chuchotant si bas que ce ne fut que grâce à son ouïe affûtée qu'il l'entendit.
-Tu ressembles tant à Frérin...
De tout ce que son oncle avait pu lui dire au cours de sa vie pour le rassurer, le consoler, l'aider à avancer. Ce furent ses cinq mots qui l'émurent le plus. Thorin avait tant aimé ce petit frère perdu.
Sa main légèrement tremblante sous la puissance du moment, Thorin inséra la clé, la tourna avec facilité. La serrure semblait avoir été huilée la veille tant son mécanisme s'actionna avec légèreté.
Le seigneur nain prit une seconde pour remercier le grand forgeron et envoyer une prière pour la mémoire des siens qui ne pourraient jamais rentrer à la maison. Puis son corps s'appuya contre la roche, ses muscles se bandèrent, une porte autrefois insoupçonnable coulissa dans un léger raclement. Offrant aux regards curieux des quinze membres de la compagnie un couloir taillé dans une pierre brut, lisse et sombre.
-Erebor...Souffla Thorin avec ferveur, sa main caressant les pierres centenaire avec déférence.
-Thorin...
Le seigneur nain se retourna, croisant le regard de Balin dans lequel brillait la même émotion teintée de mélancolie joyeuse. Des larmes silencieuses roulaient sur les joues ridées, s'accrochant dans la barbe blanche du vieux nain.
-Je reconnais ces murs...Poursuivit le petit fils de Thror avançant dans le couloir.
Sa main ne quittant jamais la pierre comme si elle était un vieil ami que l'on avait longtemps cru perdu. Et qui un jour revenait quand on avait cessé d'espéré son retour.
-Je reconnais ces couloirs, je reconnais ces roches. Tu te souviens Balin...Les grandes salles où l'or étincelait.
Son vieil ami le rejoignit, lui aussi ayant gardé une de ses mains en contact avec la pierre d'Erebor comme s'il craignait qu'elle disparaisse au moment où il cesserait de la toucher telle une cruelle illusion trop réaliste pour être démasquée.
-Je me souviens Thorin...Je me souviens.
Un à un les nains entrèrent. Ceux étant trop jeunes pour avoir connu la montagne frôlèrent ses murs dans un respect craintif. Écoutant pour la première fois son chant mélodieux, ses nombreux murmures millénaires que seul le peuple de Mahal pouvait entendre.
-Ici se tient le septième royaume de Durin. Lut Gloin, son regard accroché aux runes anciennes gravées au dessus d'eux. Puisse la montagne unir le cœur de tout les nains dans la défense de ces lieux.
Le nain flamboyant ne put retenir un reniflement. Du cœur uni des nains seuls treize avaient répondu à l'appel de Thorin pour reprendre ce royaume. Treize nains ayant respecté un serment. Un serment que tous avaient un jour juré. Qui pourtant fut ignoré par le conseil et par les grands seigneurs de leur peuple...Un appel finalement entendu par un hobbit et par un semi-elfe ayant eu plus de fidélité envers un royaume nain que la majorité des enfants du grand forgeron.
En dernier suivit de Mordred, Bilbo entra observant avec curiosité les pierres sombres gravées de runes protectrices, son regard se leva vers celles que le groupe de nains regardait. Elle représentait un trône surmonté par une sorte de pierre entourée de rayons comme pour la comparer au soleil étincelant.
-Le trône du roi. Lui expliqua gentiment Balin en souriant. Et au dessus c'est...
-Ce pourquoi vous êtes là maître cambrioleur. Acheva Thorin à la place de Balin, attendant près d'un couloir descendant vers le cœur d'Erebor.
-L'arkenstone. Souffla le semi-homme.
Autour de lui les nains acquiescèrent, le fixant avec confiance. Bilbo retint un soupir. Cette fois il y était...Le hobbit déglutit avec difficulté, sa gorge lui semblant s'être changée en papier de verre. Il y était...L'heure de dérober un dragon était venue.
En silence Balin l'accompagna au travers des premiers couloirs. Légèrement en retrait le semi-elfe les suivait pour une raison connue de lui seul. Après tout il ne pouvait descendre avec lui. Les dragons connaissait bien la senteur et le goût de elfes.
-Nous y voilà...Balin se retourna vers lui. Vous n'oublierez pas le chemin mon garçon ?
-Non...Je...Non. Répondit Bilbo sa voix lui faisant défaut, étouffée par l'angoisse gelant son sang alors que son regard se perdait au travers des ombres régnant dans les couloirs les entourant.
-Bilbo...Souffla le vieux nain en posant sa main sur son bras. Rien, pas même un contrat ne vous oblige à le faire. Vous avez déjà tant fait pour nous. Il n'y aura pas de déshonneur si jamais vous vouliez...
-Non ! Le coupa le hobbit avant que son courage ne lui fasse défaut. Je me me suis engagé à le faire...Il faut au moins que j'essaye.
Le hobbit acheva sa phrase d'un sourire discret. Il était bien loin le Baggins s'étant évanoui juste en lisant les risques présentés sur son contrat. À quel point allait-il encore changer s'il en sortait vivant.
-Haha. Ria le vieux nain en secouant la tête, ajoutant sous le regard interrogatif du semi-homme. Le courage des hobbits ne cessera jamais de m'impressionner. Que Mahal soit à vos cotés mon ami.
Balin lui adressa un dernier sourire, son regard emplit d'affection avant de repartir dans les couloirs.
-Vous venez Mordred ? Demanda le vieux nain en passant près du semi-elfe appuyé contre le mur.
Le changeur de peau ne bougea pas, son regard brûlant se posa sur le hobbit.
-Je vous rejoins Balin.
Le vieux nain hocha la tête comprenant que le semi-elfe désirait un moment seul à seul avec le membre de la compagnie à avoir gagné de suite l'amitié du revêche prince.
Le changeur de peau attendit, immobile comme la pierre que les pas du nain disparaissent entre les couloirs de granit.
-Mordred ?
Avant que le hobbit n'ajoute quelque chose l'Ombre blanche fut sur lui, enfouissant son museau pointu à la jonction de son cou et de son épaule. Bilbo lui rendit son étreinte, serrant de larges touffes de fourrure fraîche et douce entre ses doigts. Sa tête se blottit entre les poils légèrement plus long de l'encolure de l'Ombre blanche. S'imprégnant de son odeur unique. Senteur lui semblant connue depuis toujours et que pourtant Bilbo avait l'impression de redécouvrir à chaque fois que son ami revêtait son habit blanc.
Le loup releva sa tête, à contre cœur Bilbo délaissa la fourrure rassurante de son ami pour croiser son regard. Même dans la pénombre du couloir les yeux du loup étincelaient tels deux feux follets valsant dans l'obscurité.
Lentement le loup disparut, laissant place au prince exilé tenant toujours son cambrioleur entre ses bras. Pour la première fois Bilbo remarqua que Mordred portait toujours certains traits lupins. Ses yeux...Ses yeux étaient restés fendus, ses yeux étaient toujours entouré de noir tel ceux d'un animal. Et sur ce visage d'elfe ce regard avait quelque chose, quelque chose que le hobbit ne savait pas vraiment situé, se perdant à la lisière de la fascination et de la peur que cela provoquait instinctivement dans son ventre.
-Écoute moi. Souffla le loup son regard hypnotique ne le quittant jamais. Écoutez-moi attentivement Bilbo Baggins. Si jamais ce que je crains devait arriver ne fuyez pas ! Fuir c'est l'attitude d'une proie. Ne soyez pas une proie. Faites face comme un égal le ferait.
Le hobbit ne nota pas le passage au vouvoiement. Mordred avait tendance parfois à y repasser quand l'instant était important. Par contre...
-Mordred...Répliqua le semi-homme. Regarde moi...Je suis une proie...
Le semi-elfe renâcla, haussant un de ses sourcils dans une expression sarcastique.
-Comme tu l'étais pour le loup devant lequel tu n'as pas fuit. Rétorqua l'Ombre blanche.
-Mais c'est un dragon...Pas un loup.
L'Ombre blanche aboya de rire. Son regard habillé d'une étincelle caustique.
-Loup, lion, dragon...Qu'importe ! Nous sommes pareils. Nous vivons en dérobant la vie. Qu'elle soit de crocs, de griffes ou de feu notre nature profonde est identique.
Le hobbit baissa la tête, ne trouvant plus la force de contester le regard brûlant que le loup lui portait. Un doigt se posa sous son menton, lui demandant de relever la tête.
-Bilbo...Murmura Mordred. Je sais que je t'ai caché des choses, je sais que je ne suis pas toujours honnête. Mais t'ai-je donné une seule raison de douter de moi ? De douter de mes intentions à ton égard.
Il secoua négativement la tête, le loup soupira le serrant un peu plus contre lui.
-Aies confiance Bilbo...Il ne sait pas ce qu'est un hobbit. Il vient d'un âge lointain peuplé de créatures étant rarement ce qu'elles prétendaient être. Charme le, flatte le, trompe le. Et par les crocs du loup blanc avec ou sans cette maudite satanée pierre revient nous vivant.
-Et si je ne revenais pas. Souffla le hobbit sans y penser.
La poigne de Mordred se fit d'acier. Le loup ferma les yeux inspirant, expirant à plusieurs reprises, tachant de ravaler la colère rampant sous sa chaire. Comment osait-il seulement envisager de ne pas lui revenir !
Bilbo ravala un gémissement de douleur sous la prise des griffes du changeur de peau se logeant dans son dos malgré les couches de tissus les séparant.
Les yeux de l'Ombre blanche lui firent de nouveau face. Leur éclat ambré semblable à de l'or roussi brûlant d'être devenu glacial. Un regard aussi froid que celui que Bilbo voyait dans ses rêves, un regard lui donnant la nausée.
-Dans ce cas...Ronronna une voix bien trop douce. Dans ce cas vous ne serez plus là pour contempler les effets de mon courroux, Mon si chère Cambrioleur...
Sans rien ajouter de plus Mordred se redressa. Son regard ne perdit rien de sa dureté alors qu'il se détournait, ignorant son nom murmuré avec crainte par le hobbit. Son poing se serra, à son doigt l'Anneau brûlait.
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Dans le silence des couloirs centenaires chaque battement de cœur lui semblait tonitruant. Semblable au martèlement d'un cheval affolé lancé en plein galop. La sueur coulait dans son dos, coulait le long de son front. L'air était lourd, cuisant et cela empirait à mesure qu'il avançait toujours plus loin, toujours plus profondément.
Bilbo inspira, sa bouche lui semblait pâteuse, sa langue collait à son palet.
Les paroles de Mordred ne cessaient de se rejouer dans son esprit. Le hobbit se demandant au final qui était le plus à craindre entre son ami devenant de plus en plus sombre et le dragon régnant ici bas. Qui du loup ou du dragon aurait le plus terrible courroux.
Il devait absolument remonter avec ou sans la pierre d'arken. Pour la première fois Mordred lui avait réellement fait peur. Et plus il y songeait et plus elle augmentait. ''Souviens toi.'' Se répéta le semi-homme. '' Il ignore ce qu'est un hobbit. Il vient d'un autre temps...''
Ah ce qu'il regrettait de ne pas avoir prêté plus d'intérêts aux les anciennes légendes narrant les épopées des vieilles divinités. Cela lui semblait bien moins légendaire depuis qu'il avait quitté sa Comté. Et maintenant le hobbit comprenait à quel point ce passé vivait à jamais au travers des événements présents. Influençant alliances et haines tenaces.
Si seulement il avait su que c'était bien plus que de simples histoires contées par sa mère pour l'endormir. Des histoires dont les détails singuliers s'étaient effacés à mesure qu'il grandissait. Ne laissant dans sa mémoire que les destins tragiques de ceux, qu'ils soient bons ou mauvais, ayant oublié à quel point le sort aimait se montrer implacable.
Et lui crétin de Touc se retrouvait lié à une d'entre elle. Une qui serait peut-être un jour contée, narrant la déconvenue d'un pauvre hobbit contraint de feinter devant le dernier des dragons. Prenant le risque d'embraser une vallée et d'éveiller la rage d'une Ombre blanche au cœur aussi retord qu'impétueux.
Le cambrioleur plissa les yeux entre les ombres grises et noires régnant dans le couloir petit à petit une lueur émanait. Peignant la roche grise d'un reflet orangé. Plus il descendait plus elle devenait forte. Les pierres délaissant leur habit morne et gris pour une parure chaleureuse. Cela lui rappelait le reflet émanant d'un feu de cheminée.
Un feu...On ne dupe pas un dragon par le silence...Ses pas devinrent aussi légers et silencieux que ceux d'un loup. Sa respiration se faisant imperceptible. Plus que quelques mètres et il saurait ce qu'il se tramait en bas.
La chaleur régnait sans partage, ses mains étaient moites, la sueur lui piquait les yeux. L'angoisse avait le poids d'une pierre dans son ventre. Encore quelques pas...Il fit une dernière prière aux dieux. Ceux régnant dans les légendes, celui vénéré par les nains, celui prenant l'apparence d'un loup et dont Mordred descendait. Il était trop tard pour reculer, il y était, il allait savoir...
Bilbo écarquilla les yeux, sa main se posant d'elle même sur sa bouche. Ce n'était pas la lueur d'un feu...C'était la lueur de l'or...Un océan d'or aux vagues étincelantes sous les milles couleurs des pierres fines les parcourant. Les reflets projetés par les joyaux dessinaient d'étranges créatures ondulant sur les roches sombres des murs. Les colonnes soutenant les nombreux ponts étaient, elles aussi, parées de joyaux dessinant des serpents aux yeux de rubis, d'améthyste, d'émeraudes et de tant d'autres pierres que Bilbo ne pouvait nommer. C'était beau, beau et terrible à la fois. Un décors au final tout droit sortit d'un conte terrifiant.
C'était donc dans cet océan infini de richesses chatoyantes qu'il devait trouver une pierre...Une parmi toutes les autres avec pour seul indice qu'il n'y avait qu'une seule arkenstone et qu'il comprendrait en la voyant.
Mais comment, par les dieux comment trouver une pierre dans cette étendue sans fin ! Cela pourrait prendre des jours, des mois, des années, des siècles ! C'était comme vouloir saisir une perle de rivière entre les flots déchaînés d'un torrent.
Incertain Bilbo descendit quelques marches, son dos devenant raide à chaque pièce d'or dégringolant dans un tintement aigu. Le hobbit ramassa un diamant gros comme une pêche bien mûre. Plus loin il l'abandonna pour une pierre d'un jaune profond. Et encore plus loin, son regard se posa sur un rubis miroitant d'un éclat sanglant entre les pièces d'or lui servant de trône.
Partout, partout où il posait les yeux, il voyait des pierres. Des grosses, des claires, des foncées, des encore plus grosses. Toutes étaient belles, toutes lui semblaient horriblement précieuses, horriblement rares, horriblement uniques. De dépit il shoota dans un saphir, jugulant son envie d'éclater de rire en tirant sur ses boucles à pleines mains.
Son regard se perdit dans l'océan de pièces, de pierres, de soieries et d'autres objets précieux. Il ne pouvait rester éternellement sur les marches. Il fallait bien se résoudre à errer au travers du bruyant océan doré.
Tout en se mordant les lèvres, il s'avança entre les pièces, ses oreilles frémissant à chaque bruit métallique gémissant sous ses pas, tels de malins esprit voulant révéler sa présence à leur dangereux gardien.
Parfois son avancée faisait naître une cascade de pièces, le bruit provoqué par le ruissellement de l'or devenait tonnerre dans le silence de mort vivant sous la montagne. Alors il s'arrêtait, même avec un pied en l'air, lèvres pincées, cœur battant, certain que le dragon surgirait d'un coin sombre dans une tempête de rage et de feu.
Cela dura un certain temps, sûrement pas plus d'une dizaine de minutes semblables à des heures pour le malheureux hobbit. Et toujours aucune trace de cette maudite, satanée, pierre ! Mais cela ne pouvait durer éternellement. La chance est volage, elle accompagnait l'ombre du cambrioleur depuis bien assez de temps.
Dans son dos, Bilbo perçut le bruit détestable des pièces glissant les unes sur les autres. Le semi-homme sentit toute couleur quitter son visage. La nausée lui donna envie de cracher de la bile. Prenant le courage des Toucs à bras le corps, tremblant de tout ses membres, il jeta un regard d'où avait jailli le bruit.
À sa grande horreur, un œil fermé entouré d'écaille avait émergé d'entre les richesses répandues sur le sol. S'il n'avait pas été consumé par la peur, le semi-homme aurait admiré l'éclat bleuté* émis par la lumière ricochant sur les écailles oscillant entre cuivre rougeâtre et bronze doré.
Oh par les dieux...Les vrais, les faux, les bons ou les mauvais. Smaug...il venait de marcher sur la tête de Smaug.
Toujours endormi le dragon remua, agitant les pièces sur plusieurs dizaines de mètres. Offrant un avant goût de sa taille au semi-homme.
Bilbo déglutit, cherchant un endroit pour se cacher. Il avisa une large colonne quelques mètres plus bas. Parfait ! Au diable les conseils de Mordred, il ne voulait pas se retrouver face à face avec cette bête en passe de se réveiller.
Le plus rapidement possible étant donné sa situation, il se précipita derrière la large colonne. Se cachant dans un relief sculpté sur l'entierté de sa longueur. D'autres pièces bougèrent, leur bruit résonnant là où le drake dormait. Bilbo ferma les yeux, priant qui voulait l'entendre de lui donner la force de trouver les mots juste. Des larmes de terreurs glissèrent le long de ses joues.
-Et bien...Siffla une voix étrangement douce et plaisante pour l'être auquel elle appartenait. Je sens ta peur, je t'entends respirer.
Le hobbit étouffa un gémissent, jamais son cœur n'avait battu aussi vite. Jamais il n'aurait cru qu'on puisse ressentir une peur tellement implacable qu'elle vous en sciait les jambes. Une peur faisant trembler des os dont vous ignoriez l'existence.
-Montre toi. Poursuivit le dragon.
Semblant s'impatienter le drake doré tapa sa queue au sol, la colonne abritant le cambrioleur trembla.
-Sorts voleur ! Tôt ou tard je te trouverais !
Sa voix n'avait rien perdu de son charme hypnotisant mais Bilbo pouvait sentir la colère grondante se cachant derrière cette fausse civilité. Le hobbit souffla une dernière prière, espérant que son ami ne se soit pas trompé. D'un pas tremblant il sortit de sa cachette révélant sa présence au dragon.
Il était grand. Plus grand que ce que le hobbit avait imaginé. Ses écailles oscillant entre doré, cuivre et bronze. S'éclaircissant plus on approchait de son ventre et devenant presque noires sur son arrête dorsales serties de pics onyx acérés. Sa tête était fine, dotée d'une singulière beauté emplie de grâce meurtrière. De son front jaillissaient vers le plafond deux cornes d'un noir aussi profond que les ténèbres. Leurs courbes élégantes rappelant la finesse de certaines lames elfiques. Sauf qu'aucune lame elfique ne brillait d'un noir aile de corbeau. Et partout, sur chaque écaille de la plus sombre à la plus claire ce même halo bleuté dansait selon le moindre de ses mouvements.
-Te voilà...Voleur. Sembla ronronner la créature. Sa queue immense balayant le sol telle celle d'un chat titanesque se préparant à griffer.
-Je ne suis pas un voleur oh Smaug le Doré. Sourit le hobbit mettant en œuvre tout ses talents d'acteurs, espérant que cela cache suffisamment sa peur. Les légendes ont chanté pendant un âge la grandeur du dernier cracheur de feu. Je désirais rencontrer le terrible dragon régnant sous Erebor pour savoir si elles disaient vrai ou si elles mentaient.
Les babines de Smaug semblèrent tressauter en un rictus amusé puis il se déplaça incroyablement vite pour un être de sa taille confiné dans les galeries d'une montagne.
Bilbo dû doubler à double tours son instinct lui hurlant de fuir ce dragon heurtant les colonnes en se redressant complètement. Ses cornes frôlant de peu les plus hauts ponts.
-Et maintenant ! Gronda le Doré, ses narines expulsant un jet de fumée noire.
Le hobbit se força à esquisser un sourire malicieux sur son visage comme il avait si souvent vu le loup le faire.
-Les chansons ne rendent pas justice à la magnificence de votre armure de cuivre poli irradiant d'un halo bleuté au plus petit souffle que vous émettez. Tel un éternel brasier.
À la déconvenue du cambrioleur, le dragon se mit à ricaner. Son rire semblant faire trembler l'entierté de la montagne aux yeux du semi-homme. Sa langue fourchue d'un rouge sombre brassa l'air comme celle d'un serpent. Sa tête massive se pencha à la hauteur de son invité. Bilbo fit appel à tout son courage pour ne pas effectuer un mouvement de recul au moment où le souffle chargé de souffre balaya son visage.
-Crois-tu que les flatteries te garderont en vie ? Susurra le dragon doré.
Bilbo redressa la tête, une nouvelle réplique au bout des lèvres quand son regard croisa celui de Smaug. Un frisson désagréable lui chatouilla la nuque. Des yeux, pupilles fendues, milles nuances d'ambres et parsemé d'une poussière dorée. Il les connaissait. Il avait déjà vu pareil regard sur un autre être semblant sortir d'une légende. Un être blanc qu'il avait longtemps pris pour une chimère cheminant à ses cotés telle une ombre.
Le dragon se pencha un peu plus vers lui. Une expression songeuse animant ses traits reptiliens.
-Ce n'est pas la première fois que tu contemples les yeux du feu.
Le hobbit ne répondit pas, Smaug n'avait besoin de nulle confirmation. Le cracheur de feu inspira, sa tête se penchant légèrement sur la droite. Son regard ne lâchant pas l'étrange créature entrée chez lui et ayant réveillé sa curiosité. Alors que sa queue autour du voleur lentement se refermait en un cercle d'or foncé.
-Tu connais le nom que les âges m'ont légué. Mais ton espèce m'est étrangère. Qui es-tu, d'où viens-tu ? Parle moi de toi. Je veux savoir qui tu es. Autour de toi, il y a quelque chose m'étant familier.
-Je...Commença le hobbit, jetant un regard vers la queue s'étant de nouveau resserrée. Je...Je...
-Et bien, tu es peu loquace tout d'un coup. Siffla le dragon, dévoilant ses crocs longs comme des épées.
Bilbo se racla la gorge, espérant que cela lui permette de retrouver une voix assurée.
-De mon dard j'ai vaincu les mortelles tisseuses de la forêt noire. Changé les trolls en pierre par la ruse de mon esprit.
Il se stoppa face au grondement du dragon avant de comprendre que celui-ci ronronnait d'intérêt. Le semi-homme souffla un petit coup. Remerciant son talent pour manier les mots mieux qu'une lame. Depuis le début du voyage cela lui avait bien servi.
-J'ai arpenté les grottes des gobelins délaissées par le soleil et la lune. Parcouru la brume et ses querelles de roches grondante tel le tonnerre. Monteur de tonneaux j'ai chevauché les flots ardent d'une eau glacée.
-De charmants, très charmants titres. Susurra le dragon, son ronronnement ne s'arrêtant pas. Son regard brillant d'amusement. Tu as oublié le dernier...Voleur ! Ricana le grand drake doré. Dévoilant ses canines en un effroyable sourire carnassier.
-Je ne suis pas...
-Un voleur ? Railla le cracheur de feu. Crois-tu que j'ignore qui t'envoie et pourquoi il t'a demandé de descendre ici sans se soucier que je prennes ta misérable vie !
Bilbo frémit, la voix de la bête avait perdu toute sa douceur sifflante, devenant aussi puissant que le rugissement d'une tempête.
-Je connais l'odeur du nain mieux que quiconque ! Je savais que ce jour viendrait, que ce nain se prenant pour un roi reviendrait en rampant sans avoir le courage de descendre et préférant envoyer un ignorant en face de MOI !
Le hobbit voulut faire un pas en arrière.
Trop tard...
Il sentait les écailles chaudes et dures contre son dos. Smaug sourit, sa gueule laissant passer une étincelle.
Le froid mordant de la frayeur courut dans son sang. Il pouvait presque sentir le feu capable de faire fondre les chaires s'allumer dans le ventre du dragon. Il ne pouvait fuir et même si il le pouvait il n'échapperait pas à la flamme que Smaug cracherait. Cette fois il n'y avait plus d'issue...
Ses yeux se fermèrent ne pouvant supporter de contempler ce regard si semblable au sien lui ôter la vie et le changer en cendre. Une larme roula le long de sa joue alors que tout bas seulement pour lui même Bilbo chuchota pour dernières paroles.
-Je suis celui qui chemine aux cotés du loup blanc.
* Le halo bleuté émanant des écailles de Smaug est typique des écailles en prisme qui de part leurs formes réfractent la lumière du soleil comme certaines pierres précieuses, c'est typique de certains reptiles comme le boa arc-en-ciel du Brésil ou bien le python à lèvres blanches. Je vous invite à aller voir sur internet pour mieux vous représenter l'effet si jamais je ne l'avais pas bien décrit.
