Chapitre 20

Felicity, dans le corps d'Oliver, était agenouillée et essuya ses larmes. Elle finit par se relever et regarda le paysage qui n'était pas le sien.

- Oliver !, murmura-t-elle.

- Felicity !, entendit-elle résonner dans l'espace.

- Oliver !, entendit le jeune homme alors qu'il était presque en haut de la crête qu'il gravissait avec difficultés.

Il y parvint à bout de souffle et couru sur la crête qui était le rebord d'un cratère, marque toujours présente d'une ancienne météorite tombée.

- Felicity ! Tu es là dans mon corps ?, alors que son regard se posait sur l'arbre au centre de la clairière dans le cratère.

Il se souvenait qu'avant de se réveiller dans le corps de Felicity il s'était rendu ici, elle devait se trouver là, dans son corps.

- Oliver ?, demanda Felicity alors qu'elle entendait sa voix résonner. Où es-tu Oliver ?, en regardant autour d'elle.

- C'est Felicity, j'entends sa voix, murmura-t-il.

- Oliver !, alors que la voix se voilait. Où es-tu Oliver ?

Ils pouvaient se retrouver, ils avaient une chance et ils se mirent à courir devant eux sur la crête à la poursuite de l'autre qui était celui qu'il cherchait depuis presque toujours.

Oliver ressentit quelque chose et s'arrêta. Felicity fut traversée par une sensation et se figea. Ils tournèrent la tête, regardant derrière eux à la recherche de ce qui avait pu les traverser.

- Oliver…

- Felicity…

- …es-tu là ?, demandèrent-ils.

Ils tendirent la main face à eux, cherchant un contact, sentant qu'ils pouvaient avoir un lien peut-être plus tangible mais il n'y eut que le vide quand ils refermèrent leurs doigts et leurs cœurs se comprimèrent.

Felicity serra les lèvres. Elle y avait cru, elle avait voulu y croire tellement fort mais elle était seule et Oliver était loin de là. Elle tourna la tête vers le soleil et l'aperçut s'abaisser peu à peu vers la ligne d'horizon, le crépuscule était là et plongea le monde dans la pénombre. Elle regarda face à elle et cette fois-ci, elle aperçut une ombre se dessiner. Elle percevait le contour d'une silhouette rendu visible par cet état intermédiaire alors qu'elle avait retrouvé son propre corps. Une chose rendue possible par ce moment entre le jour et la nuit où les contours du monde s'estompent et où on peut rencontrer des êtres non humains.

- Oliver ! Oliver ! C'est bien toi ?, d'une voix vibrante. Elle fit un pas vers lui, posa ses mains sur son torse et resserra ses doigts sur les pans de sa veste. Des larmes coulèrent sur ses joues, un hoquet déchira sa gorge et elle sourit en même temps. Il était là, enfin là et elle pouvait le voir et le toucher.

- Je suis venu te voir, susurra Oliver touché par les larmes qu'il voyait briller dans les yeux de Felicity. C'était dur…, d'une voix émue, parce que tu étais si loin, avec un sourire.

- Mais comment as-tu fait ?, en essuyant ses larmes. A ce moment-là j'étais…, mais elle ne put terminer sa phrase maintenant qu'elle avait compris qu'elle était morte lors de l'impact de la météorite.

- J'ai attrapé ton cordon noué à l'arbre.

- Tu t'es souvenu…

Felicity prit conscience de l'ampleur de tout ce qu'Oliver devait connaitre sur elle et de son intimité qu'il avait partagée. Elle sentit ses joues chauffer d'embarras et fit un pas en arrière. Oliver se raidit en voyant Felicity s'éloigner de lui et une crainte le saisit.

- Tu n'avais pas à toucher mes seins, bégaya-t-elle, en croisant les bras sur sa poitrine.

Il fut surpris par sa remarque et se mit à bégayer lui aussi gêné.

- Je ne l'ai fait qu'une fois ! Et je croyais que c'était un rêve !, s'expliqua-t-il d'une voix précipitée.

- C'est pareil idiot !

- Pardon, en baissant la tête et en se passant une main dans les cheveux.

- Et ça… ?, en pointant le bracelet qu'il portait au poignet oubliant son embarras. Oliver redressa la tête et regarda son poignet et ce bracelet fait de la corde tressée que Felicity lui avait donné dans le métro.

- Tu n'aurais pas dû venir avant notre rencontre. Comment te reconnaître ?, lui demanda-t-il avec un petit sourire.

Felicity avait fait le voyage jusqu'à New York pour le rencontrer, ils avaient une chance incroyable de se retrouver face à face dans cette ville immense peuplée de milliers d'habitants mais il était encore trop tôt pour lui. Il ne la connaissait pas encore, il ne l'avait pas vue en rêve et seul ce cordon qu'il avait gardé sans connaitre consciemment la raison était la trace de leur rencontre. Il le dénoua et le posa dans les mains de Felicity avec respect. Il se souvenait et comprenait maintenant que ce cordon était la matérialisation du lien qui les unissait.

- Je l'ai gardé trois ans. Maintenant il est à toi, avec un sourire.

Il regarda Felicity l'attacher dans ses cheveux courts avec fascination. Il la voyait enfin. Elle était là devant lui et il ne pouvait détacher son regard d'elle comme s'il craignait que la perdre de vue une seule seconde l'effacerait de sa vie à tout jamais. Il l'avait déjà perdue une fois, il ne voulait pas revivre ça.

- C'est joli ?

- Pas mal…, osa-t-il à peine répondre alors qu'il admirait ce tableau.

- Vraiment ? Pas mal ?, en s'agitant légèrement face à son manque évident d'intérêt. Elle savait qu'Oliver n'avait pas la même vie qu'elle, mais elle avait toujours un peu espéré même si elle ne se l'était jamais avoué intérieurement, que ce lien soit plus.

- Désolé…

- Tu es vraiment… !, en s'énervant mais elle se mit à rire en se rendant compte que c'était la première fois qu'Oliver était conscient de qui elle était et qu'il était peut-être plus perdu qu'elle. Elle écouta le rire d'Oliver qui lui réchauffa le cœur et ils se calmèrent.

- Felicity on n'a pas encore fini, reprit-il d'une voix sérieuse. Ecoute, alors qu'il levait les yeux et apercevait la comète se dessiner dans le ciel qui s'assombrissait encore.

- La voilà, glapit Felicity.

- Ça ira, on est toujours dans les temps, pour la rassurer.

- Oui, en hochant la tête et en le regardant pour puiser dans son regard un peu plus de courage. Le crépuscule va prendre fin…, et elle savait que ça voulait dire qu'ils ne pourraient plus se voir.

- Pour ne pas les oublier, même après notre réveil, on va écrire nos noms, en lui attrapant la main.

Oliver sentit un courant traverser son corps quand il toucha la peau de Felicity et que son regard plongeait avec plus de profondeur dans le sien. Il resserra légèrement ses doigts dessus. Elle était là, bien présente. Avec lui. Il écrivit dans sa paume puis il lui tendit le stylo qu'elle attrapa pour écrire à son tour dans sa paume.

Oliver sursauta au bruit du stylo qui tomba à terre et releva la tête.

- Non… ! Felicity ?, alors qu'il était maintenant seul sur la crête. Hé !, Felicity !, l'appela-t-il ne voulant pas croire qu'elle n'était déjà plus là.

Il baissa la tête sur la paume de sa main légèrement tremblante et aperçut une lettre qui n'était pas terminée. Il sentit son cœur se serrer. Ils avaient eu si peu de temps.

- Je voulais te dire…, murmura-t-il dans la nuit maintenant tombée, Où que tu sois dans ce monde, j'irai jusqu'à toi.

Il leva la tête, regarda le ciel noir et la lune brillante. Dans son ciel plus de comète, plus de danger.

Ton nom est Felicity. Ça ira, je m'en souviendrai. Felicity. Felicity. Ton nom est Felicity. Ton nom est…

Mais son nom commençait déjà à s'effacer. Il se baissa pour attraper le stylo au sol, le cœur battant. Il l'attrapa avec urgence, craignant d'oublier son nom à jamais. Il posa la pointe sur sa paume et se figea.

Qui es-tu ? Pourquoi je suis venu ici ?, en se sentant perdu mais une idée subsistait. Je suis venu pour la voir. Pour la sauver. Pour qu'elle reste en vie. Mais c'était qui ?, en s'agitant. Qui j'ai voulu voir ? La personne chère que je ne veux, ni ne dois oublier. Qui ? Qui ?, en s'énervant et en se prenant la tête entre les mains. Qui ? Qui ?, répéta-t-il inlassablement. Quel est ton nom ?

.

Felicity, revenue dans son corps, courait dans la nuit dont le ciel était traversé par la comète. C'était à elle d'agir pour sauver sa ville.

- Oliver. Oliver. Ça ira. Je m'en souviendrai. Je n'oublierai jamais. Oliver. Oliver. Ton nom est Oliver, se répétait-elle alors qu'elle se dirigeait vers la ville.