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Quand les yeux de mon époux entrèrent en contact avec les miens une expression d'horreur passa sur son visage. Son air horrifié fit place à ce qui ressemblait à de la tristesse. Puis, il fronça les sourcils prêts à se confronter à sa propre fuite. Lorsque j'arrivais à sa hauteur sa léthargie cessa, il me prit par le bras et me traina jusqu'à l'arrière-salon qui était vide et donnait sur un arrière-jardin.
- « Qu'est-ce que tu fais là ? » Demanda-t-il abruptement.
- « La même chose que toi, je suppose. » Répondis-je sur la défensive. « Qui est cette femme avec qui je t'ai vu tout à l'heure ? »
Mon ton était accusateur. Jusqu'à aujourd'hui je ne l'avais jamais suspecté de me tromper, et voilà que j'en avais la quasi-certitude.
- « Elle s'appelle Daphné… »
- « Peu importe ! J'ai une question plus importante : Pourquoi es-tu parti ? »
Il me regarda un instant avec un air désespéré, s'assit puis enchaina de but en blanc :
- « Je n'ai jamais rien réussi pour satisfaire mon père, même pour son dernier souhait, j'ai échoué. J'étais tellement bouleversé que l'on ne réussisse pas à avoir un enfant… Que j'ai décidé de prendre un nouveau départ.
- Sans moi ?
- Sans toi. »
A ces mots, les larmes affluèrent à mes yeux. Je gardais silencieusement le regard sur mes mains que je tordais. Je dû m'asseoir pour encaisser cette information. Drago se laissa tomber sur la banquette face à moi. Au bout d'un instant qui me sembla extrêmement long, une phrase s'échappa de mes lèvres :
- « Tu es un vrai salaud.
- Sinon je ne serai pas parti. » Répondit-il du tac-au-tac.
- Alors c'est fini ? »
Il ne répondit pas à cette dernière question. Nous nous affrontions du regard, l'un face à l'autre, muets. Le silence de la salle vide semblait raisonner et m'assourdir. Je me sentais faible, petite et perdue. L'homme que j'avais sous les yeux ressemblait à celui que j'avais épousé mais ce n'était pas lui. Comment Drago aurait-il pu dire des choses pareilles ?
- « Tu reviendras ? Tu rentreras chez nous ? »
Il fit non de la tête, je remarquais que ses mâchoires étaient serrées et ses yeux embués de larmes. Face à son silence, des milliers de questions m'assaillaient, et la plus importante de toutes : m'aimait-il encore ? Nous étions face à face, tristes tous les deux, avec entre nous un fossé infranchissable. J'aurais tellement aimé savoir ce qu'il avait dans la tête. Peut-être voulait-il faire ses preuves, ou avait-il simplement besoin de prendre du recul. Dans un sursaut, je posais la main sur la sienne espérant ainsi nous rapprocher, recréer un lien. Ses yeux cherchèrent quelque chose au fond des miens et il supplia : « Je t'en prie. Nous nous retrouverons quand j'aurais reconstruit ma vie. Pour le moment j'aurais l'impression de mentir, de tirer un trait sur mon authenticité. Je t'aime. Je t'aimerai toujours. Et c'est pour cela que j'ai eu ce besoin d'être totalement et complètement authentique. Je ne veux plus me cacher derrière des masques. J'aimerai tant que l'on puisse être ensemble sans barrière, sans rien pour nous séparer. Et pour cela j'ai besoin de temps. Laisses-moi ce temps et alors si nous sommes vraiment fait pour nous aimer, nous n'aurons plus d'obstacle. ».
Je me contentais d'acquiescer. Il se leva, embrassa mon front et disparu une nouvelle fois. Mais cette fois au moins, j'avais des bribes d'explication. J'avais au moins l'idée d'une réponse à mes questions. Je restai seule face au mur, les yeux dans le vague laissant les larmes couler librement sur mes joues. Au bout d'un moment, je rassemblais mes esprits et me levais pour enfin rejoindre l'air libre. Devant l'hôtel, mes yeux tombèrent sur Ron qui attendait patiemment à la table du salon de thé et je me sentis complètement déphasée. Mon mari avait parlé d'authenticité, il me semblait que je n'avais rien de sincère. Je m'étais contentée de trouver une manière de fuir mon désespoir quand je m'étais sentie abandonnée.
Le week-end pris fin sur le trottoir de l'hôtel, de manière soudaine et irrémédiable. J'expliquais à mon amant que j'avais besoin de rentrer et de rester seule. La communication n'étant pas très élaborée entre nous il ne posa aucune question. Nous nous contentâmes de rentrer chacun chez soi. Je savais que ses enfants seraient heureux d'apprendre que son séminaire avait fini plus tôt que prévu. Il me sembla étrange de ne ressentir aucun sentiment négatif envers sa famille. J'étais indifférente à toute forme de jalousie, certainement parce que je savais que notre aventure n'était qu'un écran de fumée. L'opportunité de revenir sur le temps perdu nous avait séduits au départ mais en réalité nous appartenions à deux mondes différents. Nos vies étaient si différentes qu'elles ne pouvaient se rencontrer que dans une parodie du réel. Cette parodie était aussi celle d'un amour qui devait retourner à sa véritable nature : celle d'un été de notre jeunesse, désormais envolé. Les jours passaient et je me sentais de plus en plus détachée de lui. Je n'étais plus sûre que cette histoire ait existé. Je repensais à mon mari, à cette femme avait qui je l'avais vu parler. Un sentiment me soulevait le cœur : la jalousie. Je ne voulais pas croire qu'il avait pu m'abandonner pour reconstruire sa vie avec quelqu'un d'autre. Et plus encore je me demandais ce qu'elle avait de plus que moi pour qu'il accepte de passer son temps avec elle plutôt qu'avec moi. La culpabilité qui s'était installée en moi, me réveillait la nuit et ne me quittait jamais, commençait doucement à s'effacer. Comme un mauvais rêve dont je m'étais éveillée, ma vie m'apparaissait sous un jour nouveau. Mes journées de travail à l'hôpital sont plus enjouées, je prends le temps d'écouter les patients avec plus de plaisir et mets plus de soin à les soigner. Je me sens même étonnement heureuse au vu de la situation. Cependant Drago hantait de plus en plus mon esprit. Je repensais à ce qu'il m'avait dit, il avait assuré m'aimer et vouloir être avec moi.
Pendant presque une semaine, Ron et moi, nous ne pûmes nous voir à cause de ses enfants malades, de sa femme enceinte. Enceinte… J'aurais aimé l'être pour retenir Drago. J'aurais aimé retenir une part de lui dans mon ventre, comme avait su le faire Lavande avec Ron. Pourquoi était-elle fertile et moi pas ? Devrais-je toujours rester cette femme que l'on aime mais qui jamais n'offre en retour le fruit de l'amour ? Je regardais le ciel de la chambre d'hôtel, remuant mes pensées sombres qui m'entrainaient irrévocablement vers l'unique amour que j'aurais dû avoir : mon mari. La colère succédait à la tristesse, je lui en voulais tellement de m'avoir laissée que je remis plus d'acharnement à ma liaison avec Ron. Je me rendis même discrètement à son bureau un jour, et nous fîmes l'amour à même le sol. En même temps que la honte et la culpabilité qui m'assaillaient, je sentais une délectation à cette dépravation. La dégradation de ma vertu était en accord avec celle de ma vie.
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