Fandom : Sherlock/Princesse Mononoke.


20 Décembre : Où John se promène dans les bois et Sherlock se demande si le loup y est.

Le sifflement de la bouilloire sortit Sherlock de ses pensées et il éteignit le gaz avant de se servir un thé. Il jeta un œil vers le canapé où John dormait profondément. Il sortit une tasse pour le médecin et la lui prépara. Il beurra des toast qu'il posa sur un plateau, puis prit le tout pour aller le poser au pied du canapé. Tout ceci n'avait en rien troublé le repos de John. Pas plus la préparation du petit déjeuner que la douche que Sherlock avait prise avant.

A la décharge du blond, Sherlock n'avait pas dormi de la nuit. Sa lecture du roman d'Agatha Christie l'avait passionné. Tout naturellement il avait décortiqué les indices, critiqué (ou loué selon les cas) la méthode d'investigation d'Hercule Poirot et ses hypothèses. Et bien sûr il avait résolu l'affaire avant la fin du livre et il avait largement commenté celle-ci, de la motivation des suspects à leur manière de faire, tout en passant par les compétences du médecin légiste. Et tout ceci à voix haute en sollicitant régulièrement John.

John avait donc peu dormi, ce qui expliquait ses ronflements matinaux. Normalement John était bien plus aisé à réveiller. Sherlock devait toujours faire preuve d'ingéniosité et de discrétion quand il s'introduisait dans la chambre de son colocataire durant la nuit, celui-ci s'éveillant au moindre bruit inhabituel. Mais le détective avait trouvé la parade : mettre un enregistrement de violon qui couvrait parfaitement tout craquement de parquet indésirable.

Ce fut donc conscient de tout ceci, que Sherlock essaya de réveiller John. Il commença par lui secouer doucement l'épaule, ne récoltant qu'un grognement, puis il l'appela. Une fois... deux fois... Il le secoua franchement en tonnant son nom ce qui fit faire un bond à l'ancien soldat qui se leva brutalement, manquant renverser Sherlock au passage.

- Hein ! Quoi ! Qu'est-ce qu'il se passe ?!

Il fallut quelques secondes à John pour comprendre qu'il n'y avait nul danger imminent. Il tourna lentement la tête vers Sherlock qui le regardait amusé.

- Tu as le réveil brutal ce matin... constata celui-ci.

John se laissa tomber dans le canapé en soufflant, puis de manière très mature fit un doigt d'honneur à son colocataire.

- Tes manières ! rit ce dernier.

- Ne me dis pas que tu m'as réveillé juste parce que tu t'ennuies, grogna John.

- Pas du tout, protesta Sherlock. Mais il est presque dix heures, et je sais que tu as encore des choses à faire pour Noël...

- Déjà ! Mais tu aurais dû me réveiller bien plus tôt !

Et sur ces mots John courut jusqu'à la salle de bain, laissant Sherlock assis sur le tapis du salon.

Sherlock mit à profit l'absence de John pour avaler son thé et grignoter un toast. Il en profita aussi pour ouvrir la case numéro vingt du calendrier, notant pour lui-même que les formes des chocolats n'étaient pas très variées. Il se figea soudainement, son cerveau tirant des sonnettes d'alarmes à tout va. Mais pourquoi... pourquoi n'y avait-il pas pensé avant ? Comment avait-il pu passer à côté de ça !

Ce fut ce moment précis que John choisi pour le rejoindre, le bruit de la porte de la salle de bain se fermant tirant le détective de son état de choc.

- John ! S'exclama-t-il en sautant sur le susnommé. Les chocolats ! Comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! Les chocolats !

Secoué dans tous les sens par l'énergique détective, John le repoussa et soupira lourdement :

- Oui et bien quoi ? Qu'est-ce qu'ils ont les chocolats ?

- Leurs formes ! expliqua Sherlock avec sa véhémence habituelle. Leurs formes sont forcément en lien avec les aventures ! Il faut se souvenir des formes des chocolats ! Celui d'hier... Celui d'hier c'était une boule de Noël !

Tout en parlant Sherlock nota furieusement sur un calepin sa trouvaille. Il allait continuer son introspection quand les bras de John l'enlacèrent et que le tourbillon les emporta loin de leur appartement.

- John ! S'offusqua Sherlock en se retournant brutalement. Tu aurais pu...

- Le plastique dans le calendrier a les formes des chocolats, l'interrompit John. Tu auras tout le reste de la journée pour étudier ta théorie. En attendant, profite !

Un peu vexé, mais concédant le point à John dans son for intérieur, Sherlock observa ce qui l'entourait.

Ils étaient au cœur d'une forêt aux arbres majestueux, aux buissons fournis et fleuris et aux herbes hautes et sauvages. En regardant un peu plus attentivement, Sherlock constata qu'ils étaient sur un îlot. Une calme rivière entourait de ses eaux scintillantes le petit coin de terre où ils avaient atterri. Au centre de l'îlot se dressait un arbre si grand que même en se dévissant le cou Sherlock n'en vit par la cime. Quelques pas lui suffire pour faire le tour de l'endroit émergé.

Un clapotis lui fit tourner la tête vers John qui venait de mettre les pieds dans l'eau, ses chaussures et ses chaussettes à la main.

- Elle est bonne ? demanda-t-il en souriant.

- Délicieuse, avoua John dans un murmure. Cet endroit... il est habité, tu ne trouves pas ?

- Je le trouve plutôt désert, remarqua Sherlock en observant attentivement son environnement. Peut-être quelques animaux mais sûrement pas des humains.

Le rire tout en souffle de John lui fit deviner qu'il avait mal interprété la question. Vexé, il fit le tour de l'îlot, notant le silence à peine troublé par les pépiements de lointains oiseaux. Un bruissement plus proche lui fit plisser les yeux et il vit sur l'autre rive un lapin disparaître dans un fourré feuillu. Curieux de voir ce qu'il y avait plus loin, il entreprit de grimper sur les branches les plus basses de l'arbre. Après bien des tentatives, il réussit finalement et se redressa en équilibre précaire pour essayer de voir l'horizon.

Ce fut alors qu'il le vit : un nuage de fumée. Il y avait donc des humains au delà de cette forêt. Excité par sa découverte il descendit de son perchoir et rejoignit John qui s'était allongé sur l'herbe, les pieds dans l'eau et semblait dormir.

- John ! John ! Il y a de la fumée là-bas !

John ouvrit un œil et grogna une vague onomatopée.

- Il y a donc des humains ! plaida Sherlock. Allons les rencontrer !

- Sherlock, soupira lourdement John. On est bien là... Pourquoi vouloir à tout prix rencontrer des humains ? Les rares fois où ils ne sont pas venus à nous directement ça c'est mal fini... ou presque.

Sherlock dut admettre qu'il n'avait pas tord, et s'assit finalement sur l'herbe, juste à côté de John.

Quelques minutes plus tard, la respiration légèrement plus forte qu'à l'habitude du médecin lui indiqua que celui-ci s'était endormi. N'ayant rien de mieux à faire, Sherlock laissa son esprit vagabonder, passant d'une pensée à l'autre sans vraiment s'y attarder. Il n'avait même pas envie d'essayer de résoudre le mystère du calendrier. L'ambiance du lieux était tellement apaisante qu'elle lui coupait toute envie de s'agiter, même cérébralement.

La présence calme et rassurante de John n'aidait en rien. L'image d'une plume surmontant une balle et une lettre lui traversa l'esprit, mais il la chassa bien vite. Il avait résolu ce mystère facilement. John lui avait lui-même donné la signification de la plume, il avait deviné celle de la balle confirmée par le médecin. Et la réaction de celui-ci quand il avait essayé de comprendre la lettre lui avait donné la réponse. Un S majuscule et stylisé... Le S de Sherlock... Tatoué sans nul doute durant sa longue absence. Il ne savait pas comment interpréter tout ça... et n'en n'avait pas vraiment envie.

Autour d'eux, les feuilles bruissaient sous la brise et l'eau clapotait doucement sur les cailloux. Ici la nature régnait en maître, sauvage, indomptable et pourtant si calme et douce. Un rayon de soleil perçait à travers les branchages fournis et caressait leurs visages. Sherlock finit par s'allonger, utilisant John comme oreiller ce que celui-ci laissa faire sans broncher, assoupi. Les minutes, peut-être les heures, passèrent emportant Sherlock dans les bras de Morphée.

Ce fut un léger pincement sur son bras qui le sortit des limbes du sommeil. Il releva la tête, demandant muettement à John pourquoi il le réveillait. Mais John ne le regardait pas. Son regard était fixé sur l'autre rive, un regard que Sherlock connaissait bien : celui du soldat en face d'un potentiel danger. Doucement il tourna la tête pour voir ce qui mettait John sur le qui-vive. A quelques mètres d'eux, sur l'autre rive, se tenait un gigantesque loup blanc.

Jamais Sherlock n'avait vu un loup aussi grand, au moins aussi grand qu'un poney. Lentement il se redressa, s'asseyant et laissant ainsi John faire de même. Il nota du coin de l'œil que ce dernier n'avait pas sorti son arme, sûrement pour ne pas effrayer la bête. Celle-ci renifla bruyamment, ses oreilles pointant dans leur direction et l'œil méfiant. Un grognement sourd roula dans la gorge animale, et John se tendit, prêt à passer à l'action d'une manière ou d'une autre.

C'était une des choses que Sherlock admirait chez John, même s'il ne l'avouerait jamais. Nombre de soldats en revenant à la vie civile perdaient leurs réflexes au bout de quelques mois, parfois un an ou deux. Mais pas John. Bien qu'il ait quitté l'armée depuis plusieurs années, il avait toujours ses mécanismes de soldat. La vie qu'il menait ne l'aidait certainement pas à les perdre, mais Sherlock admirait la capacité de John à anticiper les attaques ennemis et à s'y tenir prêt... en toutes circonstances.

Ceux qui avaient réussis à s'en prendre au Docteur Watson l'avaient toujours eu ou par surprise, ou au chantage. Et même dans la pire des situations John savait toujours comment s'en sortir, quitte à se sacrifier lui-même pour protéger les autres. Parce que John faisait toujours passer la sécurité et la survie des autres avant la sienne. Il avait été soldat certes, mais surtout médecin. Son respect pour la vie d'autrui était proprement fascinant.

Là encore, alors qu'ils étaient potentiellement menacés par un loup géant, John s'inquiétait avant tout de la sécurité de Sherlock. La preuve ? Son bras tendu devant Sherlock et le regard qu'il lui avait lancé signifiant clairement : tiens toi prêt à courir ! Et si Sherlock avait techniquement le temps de partir en courant, la position de John lui ferait perdre quelques précieuses secondes. Donc John comptait faire gagner du temps au détective à son propre détriment... comme à son habitude.

Mais Sherlock n'était pas décidé à laisser John prendre des risques pour lui. Lentement, et sans quitter la bête des yeux, il se pencha et agrippa l'épaule du médecin, l'incitant d'une poussée ferme à se relever. John compris l'ordre silencieux et obtempéra, sans lâcher la potentielle menace du regard. Une fois John debout, Sherlock recula précautionneusement, mettant quelques centimètres de plus entre eux et le loup.

Celui-ci ne bougea pas, seul ses oreilles mobiles et son regard perçant indiquaient qu'il surveillait le moindre de leurs mouvements. Une branche craqua sous leurs pas et les deux hommes se figèrent, attentifs à la réaction de l'animal. Un étrange sourire, dévoilant des crocs luisants, étira les babines du loup. Puis une voix caverneuse résonna dans les bois :

- Que faites vous là Humains ?

Surpris les deux hommes échangèrent un regard d'incompréhension, puis John s'inclina légèrement vers le loup.

- Nous sommes arrivés là par magie et nous attendons simplement que la magie nous ramène d'où nous venons.

En face d'eux le loup émit un son proche du rire, sa gueule s'ouvrant largement. Puis il reprit d'un ton cynique.

- Les humains sont tous des menteurs ! Mais soit... Nous attendrons ensemble que la magie vous ramène.

Puis sans un mot de plus et d'un seul bond prodigieux le loup les rejoignit sur l'îlot. Si de loin il semblait immense, de près il était littéralement colossal. Si haut sur pattes qu'il dépassait largement John et sa truffe arrivait au nez de Sherlock. Celui-ci soutint sans ciller le regard ambré du loup qui le flaira avant de détourner la tête, visiblement désintéressé. Il se tourna vers John qu'il renifla longuement, tournant autour du médecin avec un intérêt visible.

Mais il ne dit rien, et alla s'allonger au pied de l'arbre, posant sa tête sur ses pattes avant dans une attitude de repos. Cependant ses oreilles tendues montraient clairement qu'il restait à l'affût. Sherlock nota rapidement tout ça et jeta un œil vers John, curieux de savoir comment son surprenant compagnon réagirait dans cette situation. Et John fut égal à lui-même : surprenant.

John fixa un long moment le loup, puis d'une légère moue sembla décider qu'il n'y avait pas de danger. Il se rassit donc au bord de l'eau et replongea ses pieds dans le ruisseau, fermant paisiblement les yeux profitant pleinement du calme de l'endroit. Plus prudent, Sherlock préféra rester debout, juste derrière John, tourné de telle sorte qu'il puisse garder un œil sur le loup et sur son médecin personnel.

Les bruits de la nature reprirent leurs droits, les oiseaux gazouillant dans les branches et l'eau clapotant sur les rochers. Allongé sur l'herbe, John semblait dormir, tout comme leur gardien à la taille impressionnante. Sherlock s'approcha doucement de ce dernier, curieux de l'observer de près. Mis à part ses proportions et le fait qu'il parle, il n'avait rien de plus ou de moins qu'un loup ordinaire.

Poussé par la curiosité Sherlock se pencha de plus en plus vers la bête. Il se pencha tellement qu'il sursauta violemment quand une pupille doré se révéla soudainement juste sous son nez.

- Sherlock, soupira John depuis sa place. Laisse ce loup tranquille !

Le détective fixa d'un œil circonspect à l'animal qui le lui rendit bien, avant de finalement rejoindre John en émettant un bruit de nez proche d'un Hmpff vexé.

- Oh ! Oh ! Oh ! Promenons nous dans les bois dans 10...

- Ah ! C'est l'heure ! dit John en se relevant.

- Qu'est-ce que c'est ? gronda le loup en dressant rapidement sur ses pattes, alerte.

- 9...

- C'est le signal du départ pour nous, expliqua John en enfilant ses chaussettes.

- D'où vient cette voix ? grogna la bête méfiante.

- 8...

- Nous n'en savons rien, répondit calmement John en laçant ses chaussures. C'est magique.

- Les hommes ne croient plus en la magie ! assena l'animal.

- 7...

- Certains y croient encore, ricana Sherlock en jetant un regard moqueur à son colocataire.

- Et d'autres refusent d'admettre qu'elle existe même quand elle est sous leur nez, rétorqua John.

- 6...

- Les humains sont étranges, souffla le seul non humain sur l'îlot.

- Ils sont stupides surtout, contra Sherlock.

- 5...

- Nous avons l'habitude de ramener un souvenir de nos voyages, intervint poliment John. Pourrions nous prendre quelques fleurs ?

- Des fleurs ? s'étonna le loup.

- 4...

- Des fleurs ? s'offusqua Sherlock.

- Oui des fleurs ! confirma John d'un ton péremptoire. Ce sera largement suffisant !

- 3...

- Si vous voulez, rit le loup. Des fleurs...

Sherlock le fusilla du regard, pendant que John profitait de l'acceptation du gardien des lieux pour cueillir quelques fleurs sauvages.

- 2...

- Et qu'est-ce que tu comptes en faire ? soupira Sherlock quand John revint.

- Tu verras bien.

- 1...

- Les humains sont vraiment étranges, lâcha le loup. Mais vous êtes moins bêtes et méchants que les autres.

Les deux hommes n'eurent pas le temps de répondre, le brouillard les emportant loin de l'îlot et du gigantesque loup.

Le retour à Baker Street se fit dans le calme, comme si la tranquillité de la forêt les avait suivi jusqu'à Londres. John se dirigea vers la cuisine, pris un verre qu'il remplit d'eau, y mit les fleurs cueillies plus tôt et il posa le tout au pied du sapin à la décoration hétéroclite. Debout au milieu du salon, Sherlock observa John faire, sans bouger, jusqu'à ce que ce dernier ne l'invite d'un geste à prendre une tasse de thé.

Sherlock se laissa tomber dans le canapé et invita John à l'y rejoindre tout en le déchargeant d'une des deux tasses fumantes et odorantes. Ils restèrent assis là, en silence, se satisfaisant de la compagnie de l'autre, de la chaleur du thé entre leurs mains, et de leur arbre de Noël aux étranges allures de bric-à-brac.

A suivre...


Demain chapitre 21 : Où Sherlock réalise un rêve et où John se découvre le pied marin.