Bonjour et bienvenue sur le chapitre 20 !

Ok, je ne me suis vraiment pas vue écrire là. 9k8 mots, c'est le chapitre le plus long de la fic. Je suis désolée. Mais j'espère qu'il vous plaira quand même.

On se voit à la fin, bonne lecture !


XX – Aurelius Dumbledore

Seul. Il était seul.

Allongé sur le bois froid des quais du port de Glasgow. Il avait été abandonné, laissé pour mort, lorsque Tina avait réussi à extraire la malédiction qui rongeait ses os. Ni elle, ni aucun des deux frères Scamander ne s'étaient retournés pour l'emmener en lieu sûr.

Il ne méritait pas leur pardon.

C'était un sortilège qui l'avait pourtant poussé à agir. Mais Graves était inconsolable et persuadé d'avoir consciemment agressé Scamander quelques jours plus tôt. Il pouvait encore sentir la haine qu'il avait ressenti pour le magizoologue, la colère qui émanait de lui, suintait sur son front et rendait ses mains moites. Le sortilège avait peut-être sa part de responsabilité mais il ne pourrait jamais effacer les souvenirs qui le hantaient, cette sensation d'amertume à chaque instant où son regard croisait celui de l'anglais, la folie meurtrière qui l'avait parcouru lorsqu'un premier sort avait touché ce dernier.

Comme un besoin incontrôlable, une envie irrépressible de faire souffrir Scamander jusqu'à ce que la douleur ne lui soit plus supportable.

Il ne méritait pas son pardon. Il n'irait jamais jusqu'à le lui demander, submergé par la honte de ses gestes, des sentiments horripilants qu'il avait osé ressentir à l'égard de celui à qui il avait déjà tant nuit par le passé.

« Il ne sera jamais en sécurité. »

L'américain tituba avant de correctement se relever. Le monde semblait distordu, flou autour de lui. Mais il aurait reconnu cet accent parmi des milliers.

Quand il tourna enfin la tête en direction de la voix grave et suave qu'il avait entendu, il ne fut pas surpris de croiser le regard vairon de Grindelwald.

« Vous ne serez jamais assez puissant pour le sauver. Peu importe le nombre de vies que vous enlèverez, peu importe à quel point vous satisferez votre soif de sang. Il vous échappera au moment opportun, au moment où vous prouverez pour de bon que votre puissance n'est bonne qu'à faire couler l'encre des journaux. »

Et alors que les mots durs défilaient, Kladamanten apparut à ses côtés, le cou tordu et la tête inclinée de façon peu naturelle. L'américain comprit avec dégoût qu'il s'agissait de la blessure qu'il avait lui-même causé lorsqu'il avait brisé la nuque de ce dernier pour obtenir gain de cause. Une mort gratuite, dont il n'était absolument pas fier et qu'il regrettait amèrement. Cet homme innocent et manipulé aurait dû vivre. Secouant la tête pour revenir à ses esprits, Graves chercha sa baguette dans l'étui de son pantalon mais trouva ce dernier vide. Il murmura un juron et, sans pour autant baisser sa garde, recula tandis que le mage noir avançait.

« Vous êtes un échec à vous seul, Sir Graves. Scamander vous hait au point de vous laisser pour mort dans ce trou à rat, et je ne parle même pas de vos aurors. Le traître que vous êtes ne pourra hélas jamais remonter la pente glissante de leur estime. » Grindelwald soupira et la courbe de ses lèvres se tordit en un sourire désolé. « Même votre chère et adorée présidente, dont vous protégiez autrefois la réputation corps et âme, quitte à ce que la vôtre en pâtisse. Je me demande comment est-ce qu'elle vous considère aujourd'hui. Comme un pion ? Ou peut-être un outil dont elle n'a pas encore suffisamment profité. »

« Assez. » Murmura la voix faible du directeur, qui peinait à se tenir droit. Il chercha autour de lui un mur, une colonne, des barils. N'importe quoi qui l'aiderait à ne pas s'écrouler

Et sans qu'il ne puisse réellement l'expliquer, lorsqu'il releva de nouveau la tête vers le mage noir, Scamander se tenait à ses côtés.

Ce fut à cet instant qu'il eut l'impression d'enfin retrouver l'équilibre et de ne plus tituber. Mais cette sensation ne dura pas, car la seconde d'après le sol se déroba sous ses pieds pour le faire tomber de quelques mètres dans un sous-sol du port dont il n'avait jamais entendu parler avant. Se relever de nouveau fut impossible. Et dans le seul rayon de lumière qui éclairait l'endroit se tenait Grindelwald, dont les mains étaient toujours jointes au creux de son dos.

« Je ne vous ai jamais sous-estimé. Je ne vous ai jamais rabaissé. Je vous ai proposé d'embrasser votre pleine puissance et vous avez décidé de me tourner le dos. Pourquoi avoir changé d'avis ? » Demanda alors ce dernier, et plus il s'approchait de Graves, plus ce dernier luttait à soulever son propre corps du sol poussiéreux.

« Je ne cherche plus le pouvoir. » Sa réponse fut si limpide, si claire, si simple à prononcer que l'américain eut l'impression que son subconscient avait pris la parole à sa place. Et un sentiment des plus étranges le parcourut. Il eut l'amère impression que sa déclaration sonnait fausse, était un mensonge habilement prononcé. Et pourtant, son corps, son esprit, tout en lui savait qu'elle était réelle et surtout plus vraie que jamais.

« Non, vous ne cherchez plus le pouvoir mais l'amour n'est-ce pas ? Je ne suis pas étonné de vous voir céder à vos faiblesses. » Il s'agenouilla et prit le visage du directeur entre ses mains, plantant son regard tranchant dans le sien. « Vous vivrez, Percival Graves. Et il succombera. Newt Scamander sombrera dans un néant où vous ne pourrez ni le suivre, ni le retrouver. »

Lorsqu'il s'apprêta à protester, une lumière éblouissante l'interrompit.

Et il se réveilla. En sursaut, le front trempé par sa propre sueur, une douleur abdominale atroce et aveuglé par ces maudits murs blancs.

Graves comprit bien assez vite qu'il était allongé dans une chambre d'hôpital – et qu'il ne s'agissait pas de celui de New York, qu'il commençait à connaître par cœur. Il ne tarda pas non plus à trouver ce qui l'avait réveillé, lorsqu'il vit Pickett debout sur sa poitrine, en train de tirer sur ses paupières. L'américain essaya doucement de lever un bras pour se débarrasser du botruc qui tentait de le rendre borgne mais l'épuisement et la douleur combinés lui firent secouer sa tête plutôt que d'oser bouger le moindre membre de son corps.

Quelques secondes suffirent pour qu'il s'habitue à la luminosité violente de l'endroit et se sente plus éveillé. Son regard balaya alors la chambre et alors qu'il s'attendit à se trouver seul entre ces quatre murs, il croisa un visage qu'il connaissait.

Scamander était endormi, affalé sur deux chaises qu'il avait collées ensemble. Le haut de son corps était avachi sur la première, et ses jambes étaient croisées sur la seconde. Son regard se perdit un moment sur le magizoologue, et son cœur rata un battement lorsqu'il se rendit compte que Pickett était descendu de son lit pour retourner vers l'anglais et… Essayer de le réveiller.

« Pickett ! Non ! Descends de là ! » Fit Graves dans cri chuchoté, dans l'espoir de dissuader l'animal et de laisser Scamander se reposer.

Il comprit que c'était trop tard lorsque Pickett le regarda, incrédule, et planta l'une de ses branches dans la joue du magizoologue et que ce dernier bondit presque de sa chaise, manquant de tomber sur le côté.

« Non… Non je ne dors pas, je ne dors pas, je ne me suis pas endormi, je reposais mes yeux, non ! » Balbutia-t-il, la voix grave et les yeux encore à moitié clos. Graves se fit la réflexion que Scamander n'avait probablement pas prévu de s'endormir ainsi et que s'il avait cédé à l'épuisement, c'était probablement qu'il en avait besoin.

« Je m'excuse, il a vu que je me suis réveillé et s'est précipité sur vous pour… » Commença Graves. Sa voix était faible et peu claire, mais l'anglais méritait ses excuses.

« Ce n'est rien. » Scamander passa une main sur son visage, encore dans les vapes. « C'est moi qui lui ait demandé de me dire si jamais vous veniez à vous réveiller et que je m'étais assoupi. »

L'américain hocha doucement la tête, clairement pas en position de protester à cet instant. Il se contenta de regarder le magizoologue sans raison et s'arrêta bien vite lorsqu'il vit le malaise dans les yeux de ce dernier. Il tira sa chaise pour s'approcher du directeur et s'assit de nouveau sur cette dernière lorsqu'il fut à une distance plus convenable.

« Comment… » Il hésita, pas certain de savoir si Graves était en état de répondre à ce genre de question ou non. « Comment vous sentez-vous ? »

Lorsqu'il vit ce dernier froncer les sourcils et arborer une expression misérable, un air plus désolé que jamais, Newt regretta instantanément d'avoir été curieux. Tina n'avait pas menti et il pouvait déjà le voir sur son visage : L'américain se souvenait de tout ce qu'il s'était passé et alors que l'anglais ouvrit la bouche pour essayer de lui intimer de ne pas s'excuser, de passer à autre chose, de simplement le rassurer… Il fut devancé.

« Je ne suis même pas capable de vous protéger de moi-même. » Murmura Graves, dans un soupir. « Comment pourrais-je seulement vous protéger de lui si j'osais seulement céder à… » Les mots se perdirent dans sa gorge alors que sa voix se brisa.

Newt esquissa un sourire maladroit, qu'il essaya de rendre rassurant.

« Nous parlerons de ceci plus tard. » Il marqua une pause. « Mais sachez que je ne veux pas, ni n'ai besoin, de votre protection, Sir Graves. » Il se releva alors et Graves fronça les sourcils. L'anglais se demanda un instant s'il faisait cela à cause de ce qu'il venait de lui dire ou bien du fait qu'il partait. « Et pour le moment, vous avez besoin de repos. Je vais aller informer le Docteur Philistine que vous vous êtes réveillé. Attendez-vous à recevoir de la visite. » Reprit-il, dans l'encadrement de la porte, un sourire bienveillant et particulièrement doux aux lèvres.

Si bien que le directeur ne trouva rien à dire pour protester. S'il y avait bien une chose sur laquelle Scamander avait raison à cet instant, c'était bien concernant le fait qu'ils avaient infiniment besoin d'avoir une discussion. Mettre les choses à plat concernant leur relation devenait urgent et Graves ne laisserait pas traîner quelque-chose qu'il considérait autant.


« Oh, Leta. »

Newt avait toujours aimé d'une façon particulièrement étrange. Son cœur s'accrochait peu subtilement aux rares personnes qu'il appréciait et son amour prenait toujours une forme différente mais son intensité était toujours la même. Quand il décidait – et « décider » était un bien grand mot, car ces sentiments lui tombaient souvent dessus sans qu'il n'ait demandé quoi que ce soit – de s'attacher à quelqu'un, c'était toujours avec la même passion, le même dévouement. La nature de l'affection seule différait.

De toutes les personnes qu'il avait un jour chérit, Leta était probablement la moins prévisible. Et l'amour qu'il lui avait porté n'était pas en reste. Fiévreux, ardent, fébrile. Loin d'avoir été aussi court que la rumeur le laissait penser. Les deux adolescents s'étaient aventurés plus profondément dans les abîmes de leurs désirs et avaient été arrachés l'un à l'autre alors que la passion brûlait encore entre eux. Leur séparation fut brutale, longtemps non-désirée.

Jusqu'à ce que les vagues de la vie ne décident d'emporter le passé avec elles. Theseus ne s'était pas gêné pour voguer sur ces dernières.

« Newt. » Salua la concernée, un sourire chaleureux aux lèvres. « Je suis heureuse de savoir que tu vas mieux. »

Alors chaque fois que Newt plongeait son regard dans les iris sombres et envoûtant de celle dont on l'avait privé, un goût amer lui revenait toujours accompagné de profonds regrets et d'une sensation d'inachevé. Cela aurait été mentir que de ne pas avouer qu'il l'avait longtemps désirée, qu'il avait longtemps été envieux de la situation de son frère.

Il ignorait si Leta partageait ses désillusions. Si elle pensait à lui de la même manière que lui pensait à elle. Une petite voix faisait souvent taire ces questions et les intimait de rester sans réponses pour le bien de son frère. Il avait trouvé l'amour, et Newt essayait de se convaincre jour après jour que celle que Theseus avait choisi l'avait également choisi.

Et même si cette idée ne cesserait peut-être jamais d'être douloureuse pour l'anglais, ce ne serait pas grave. Il s'en accommoderait comme il s'était déjà accommodé des milliers d'autres choix que son frère avait fait en sacrifiant jour après jour une petite partie de ce qu'était Newt.

Le temps faisait qu'il ne lui en voulait plus aujourd'hui. Theseus avait décidé, après lui avoir tenu tête pendant presque trente ans, d'enfin lui tendre la main et de faire un pas vers lui. Une main dont le magizoologue s'était saisi sans hésiter une seule seconde.

Ce jour-là fut bien différent des autres où il avait dû rencontrer Leta.

Il n'y eut aucune forme de jalousie ni d'envie dans le regard de Newt. Et c'était probablement dû au fait qu'un nouveau visage occupait ses pensées. Un visage qui lui en faisait littéralement voir de toutes les couleurs depuis qu'il avait fait sa connaissance, mais qu'il avait choisi d'aimer malgré tout. Une personne qui s'évertuait à lutter contre les sentiments naissants que l'anglais lui accordait.

Là où Tina Goldstein avait réveillé quelques doutes et l'avait poussé à aller de l'avant, Percival Graves avait eu le mérite de l'aider à tourner la page. Mais aussi fort désirait-il l'américain désormais, probablement rien n'effacerait jamais les traces d'affection qu'il lui restait pour Leta.

Elle avait toujours ce truc qui rendait son regard particulièrement hypnotisant. Elle était séduisante, elle symbolisait ses premières fois maladroites. Mais cette fois-ci le cœur de Newt ne s'emballa pas lorsqu'elle lui adressa la parole. Il ne se sentit pas déstabilisé, ni gêné. C'était un peu comme discuter avec une vieille connaissance qu'il avait autrefois apprécié.

Cette pensée le fit sourire et il frotta l'arrière de sa nuque. Il espéra que la sorcière interprèterait ce sourire comme une réponse à sa déclaration.

« Theseus n'est pas avec toi ? » Demanda-t-il, curieux de savoir ce qui amenait cette dernière ici alors qu'elle n'était pas accompagnée.

Certaines choses ne changent pas, et s'il y avait bien une chose que Leta et Newt partageaient depuis leur enfance, il s'agissait bien de leurs lacunes en matière de relations sociales. Alors il avait pris l'habitude de voir son amie d'enfance toujours accompagnée par son fiancé, qui connaissait bien son côté solitaire et ne manquait jamais d'éponger les besoins ministériels de politesses et autres manières suffisantes.

Newt se fit la réflexion qu'il aurait détesté épouser quelqu'un qui se trouvait au ministère. Avant de se rendre compte à quel point cet idée était paradoxale, à en croire la personne qu'il avait choisi. Le foutu directeur du MACUSA, rien que ça.

« Non. » Elle tritura avec anxiété les manches en soie mauve de la robe qu'elle portait. « Travers et lui ont été convoqués par Fawley. Il n'était pas spécialement heureux de les voir et grommelait quelque-chose à propos du fait de ne pas affronter une situation avec si peu d'effectif, de faire appel à des renforts quand la vie d'autres civils étaient en jeu. » Elle fit une pause avant d'adresser un nouveau regard à Newt, la tête légèrement penchée. « Mais je ne pense pas que Fawley en ait quelque-chose à faire de la vie des civils. Il voulait surtout que le petit trésor du MACUSA ne perde pas sa tête entre deux sorts interdits. »

« Le trésor du MACUSA ? » S'enquit Newt, sourcils froncés.

« Percival Graves. Qui d'autre ? »

« Oh. » Il hocha la tête. « Je ne pense pas que ce soit le cas. La présidente et l'ancien directeur sont… Comment dire… En froid. Politique. »

Un léger rire s'échappa de ses fines lèvres.

« J'imagine que c'est pour cette raison qu'elle est furieuse et qu'elle a littéralement explosé lorsqu'on lui a appris que son meilleur homme était à terre. » Reprit-elle avec beaucoup de cynisme.

L'anglais ne se l'était jamais caché, mais il avait toujours eu un peu de mal à cerner les relations politiques et professionnelles. Il se révélait déjà mauvais en ayant affaire à des gens qui n'étaient pas forcément hypocrites mais perdait encore plus vite la main lorsque les artifices de la politique s'ajoutaient sur la balance.

« Quoi qu'elle en pense, ils ne travaillent plus ensemble de toutes façons. » Murmura-t-il. Picquery l'avait poignardé dans le dos et Newt n'oublierait pas cette trahison de sitôt. Si la présidente préférait sa fierté à la vie de celui qu'elle dénommait comme son meilleur homme, il ne prendrait certainement pas sa défense.

« Ta naïveté finira par te jouer des tours. » Avait-elle fini par ajouter. « Picquery et Graves jouent à un jeu ensemble. Un jeu qui consiste à se passer de l'autre aussi longtemps que possible. Celui qui avoue avoir besoin de l'autre en premier marque sa propre défaite. Et Picquery vient de perdre. »

Newt haussa les épaules. Il savait que Leta avait raison au fond. Picquery perdait toute crédibilité si elle n'avait pas Graves à ses côtés, et quant à lui… Sa carrière n'existait pas sans elle. Elle pouvait y mettre fin à tout instant.

« Alors pourquoi ne lui rend-elle pas sa position de directeur ? » Fit-il, amer.

« Tu n'es pas au courant, n'est-ce pas ? » Devant la mine perplexe de l'anglais, Leta soupira avant de reprendre. « Percival Graves a été réhabilité et elle a accepté sa défaite. »


Cela faisait sens. Grindelwald venait d'acquérir un nouveau pouvoir dont la puissance présentait une nouvelle menace, et pas des moindres. Picquery avait donc été forcée de l'admettre : Elle avait besoin de la poigne de fer de son ancien directeur pour mener ses aurors et lutter correctement contre le mage noir. Newt avait également été réquisitionné par le MACUSA, ayant été le seul homme à avoir entre ses mains la Pierre Parlante et à l'avoir utilisé pour se défendre contre McVaugh, la présidente avait alors naturellement attiré son attention sur ce dernier. Graves aurait besoin de toutes les informations qu'il avait à son sujet, chaque détail comptait.

Newt devait également une fière chandelle à Queenie.

Mis à part Travers et Graves, tous étaient sortis de l'hôpital au bout d'un jour et Fawley n'avait pas perdu une seule seconde. Les rumeurs allaient vite et le ministre avait bien assez vite été mis au courant du fait que Newt avait réussi à mettre la main sur l'artefact tant convoité. Lorsqu'il avait donc naturellement demandé au magizoologue de lui restituer ce dernier… Newt avait soudainement été gelé sur place, incapable de parler.

Ce fut à ce moment que Queenie entra en scène.

Avec un jeu d'acteur qui lui connaissait bien, elle avait raconté une scène tragique durant laquelle McVaugh avait réussi à lui voler la Pierre, malgré les tentatives vaines du magizoologue de protéger cette dernière. Elle n'avait pas mentionné une seule fois un potentiel échange, et avait essayé de rendre la situation de Newt aussi misérable que possible, exposant ses faiblesses une par une au ministre lorsque le braconnier n'avait eu aucune merci.

Ses mots furent durs, mais Newt n'eut aucun mal à comprendre leur nécessité. Grâce à cette dernière, Fawley avait vu la situation d'un œil plus compréhensif et avait fini par prendre la défense de l'anglais. Une réaction qui fut la bienvenue auprès de ce dernier. La dernière chose dont Newt avait besoin à cet instant était bien de se retrouver coincé dans un tribunal du ministère pour haute trahison à son tour.

Après quoi il fallut une bonne semaine à Graves et Travers pour ouvrir les yeux. Et une de plus pour que l'américain sorte de sa convalescence. Et concernant Travers, le sort du directeur anglais lui importait trop peu pour s'être occupé de son état de santé.

Lorsque Graves avait appris sa réhabilitation, quelque-chose l'empêcha de se réjouir complètement. Pourtant, la nouvelle aurait dû faire son effet. Il avait toujours été persuadé que son poste était la seule chose qui le définissait, la seule chose qui le rendait vivant.

Ce fut avec beaucoup d'amertume qu'il se rendit compte que ce n'était plus le cas. Quelque-chose – ou quelqu'un – d'autre prenait une si grande place qu'elle en devenait envahissante. Et Newt ne voulait pas le pousser. Après avoir été rejeté ainsi, il s'agissait bien de la dernière chose qu'il ferait. Graves l'avait deviné. L'information n'était pas facile à digérer et pour la première fois de sa vie, le directeur n'avait aucune idée de l'approche qu'il devrait adopter.

Scamander avait raison. Il était indispensable qu'ils parlent. De quoi exactement ? Il ne savait pas franchement, il y avait probablement trop de problèmes irrésolus entre eux. Ce dernier semblait avoir une idée plus précise de ce qui posait problème, et l'américain se devait d'amener le sujet sur le tapis. Mais il n'y arrivait simplement pas. Ces quelques-jours ne furent qu'échanges de banalités et autres convenances. Scamander était resté silencieux la plupart du temps et Graves avait gardé une expression si fermée que l'anglais avait été incapable de lire le moindre indice dans ses yeux.

Et quand ils pensèrent que cette situation inconfortable ne finirait jamais, ils furent sauvés par le gong.

Une lettre d'Albus Dumbledore destinée au magizoologue arriva un matin.

Une lettre qui lui stipulait de lui rendre visite, mentionnant qu'il vienne seul ou accompagné seulement de ceux en qui il vouait une confiance absolue. Instinctivement, une seule personne lui vint à l'esprit.

Demander à Graves de l'accompagner dans l'antre du dragon fut probablement la chose la plus difficile qui lui ait été donnée de faire depuis longtemps. La distance récente qui s'était installée entre eux n'aida nullement ce dernier à trouver le courage de lui expliquer pourquoi est-ce qu'il requérait sa présence. Newt s'était alors contenté de tendre la lettre qu'il avait reçu au directeur en espérant que ce dernier comprendrait et ne lui poserait pas de questions.

L'échange fut des plus étranges. Lorsque les yeux de l'américain avaient parcouru les lignes, Newt lut une pointe de curiosité dans son regard mais cerna bien assez vite que Graves ne s'interrogeait pas sur la nature de la demande de Scamander. Non, c'était autre chose.

Une confiance absolue.

« Ne me posez pas la question. » Avertit l'anglais, les nerfs à vif. Graves fronça les sourcils et croisa les bras, inflexible.

« Je crains de ne pas avoir le choix. » Lui répondit-il, un air faussement désolé. Newt se raidit et n'osa pas regarder dans la direction du directeur. « J'ai failli vous tuer et vous me pensez encore digne de confiance ? Quand apprendrez-vous ? »

À cet instant, il eut envie de disparaître. Il savait mieux que personne qu'ils avaient tous deux cruellement besoin de discuter, c'était même lui qui en avait fait germer l'idée. Mais plus le temps passait, plus il redoutait ce qu'il pourrait bien dire à Graves. Ce que Graves pourrait bien lui dire.

Chaque échange était véhément et ne menait à rien. Newt fronça les sourcils et planta son regard dans celui du directeur. Son comportement commençait réellement à l'exaspérer et il ne sut pas exactement comment contourner ce dernier. Il avait essayé d'être doux. Il avait essayé de lui faire comprendre que tout était pardonné – même si l'anglais était convaincu qu'il n'y avait pas matière à lui en vouloir, puisqu'il avait été sous l'emprise d'un sort. Il avait essayé de lui dire les mots qu'ils voulaient entendre.

Mais Percival Graves ne pliait pas.

« Il semblerait que j'ai encore repoussé le moment où je décide de me débarrasser de votre présence et où je me mets à soudainement à vous haïr sans aucune raison valable. » Siffla-t-il. « Mea Culpa. »

Le directeur écarquilla les yeux, ahuri par les propos que le magizoologue venait de tenir.

S'il refusait de comprendre et appréciait faire la sourde oreille, alors Newt parlerait dans un langage que Graves comprenait. Celui qui débordait d'insolence et de cynisme, le seul capable de lier la langue de serpent qu'usait l'américain et qui l'empêcherait de rétorquer une nouvelle réplique cinglante et blessante.

« Si seulement vous arrêtiez de… De… » Railla l'anglais avant de se raviser. « Laissez tomber. » Son regard s'adoucit légèrement mais la lueur de frustration qui brillait dans ce dernier ne s'éteignit pas pour autant. « J'ai juste besoin de votre aide. Alors à moins que vous refusiez, je… »

« Je ne refuse pas. » Fit-il simplement, encore abasourdi par le débordement de Scamander. Il n'osa pas réveiller de nouveau sa tourmente et n'insista pas.

« Bien. » Il baissa la tête et lui tendit son avant-bras pour transplaner. « Merci. »

Au-delà de son don pour l'observation, de sa bienveillance aveugle et sa fâcheuse tendance à tout prendre à trop à cœur, il y avait une chose que Percival Graves oubliait bien trop souvent lorsqu'il s'agissait de Newt Scamander.

Il était terriblement têtu.


Lorsque Newt poussa la porte du bureau de son ancien professeur, il ne s'attendit pas à croiser Queenie, Tina, Leta et Theseus. Leurs visages étaient tous décomposés et l'anglais commença doucement à s'inquiéter. Il essuya le regard désapprobateur de son frère lorsque les yeux de ce dernier se posèrent sur Graves.

« Bien. Puisqu'il ne manque personne, j'imagine que nous pouvons commencer. » Albus frotta sa nuque et Newt put lire une forme de gêne qui crispait son visage. « Avant toute chose, je te dois des excuses Newt. »

Le magizoologue haussa les sourcils et pencha doucement sa tête sur le côté.

« Nous nous connaissons depuis suffisamment longtemps pour que tu saches que menteur ne fait pas partie de mes défauts. » Newt hocha lentement la tête, perplexe. Il était vrai que Dumbledore manipulait la vérité à son avantage, mais ne mentait jamais sur cette dernière. C'était sa façon de convaincre qui était moralement douteuse. « Je n'ai jamais utilisé la Pierre Parlante, aussi dur à croire que cela puisse paraître, c'est la vérité. Et je suis profondément désolé que vous soyez tombé sur cette dernière. »

Le professeur omit consciemment de rappeler l'endroit en particulier où l'anglais avait découvert la Pierre. Par soucis de loyauté et comme le vrai Poufsouffle qu'il était, ce dernier se tût et laissa couler. Manipuler la vérité, sans jamais mentir. Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Newt quand il comprit ce que Dumbledore était en train de manigancer. Ses excuses n'avaient rien à voir avec le fait qu'il soit entré en possession du cristal par sa faute, mais concernaient bel et bien le fait que cette dernière ait été retrouvée à l'intérieur de sa baguette.

Newt avait eut autre chose à penser ces derniers temps et avait volontairement essayé de ne pas se souvenir de l'instant où il s'était rendu compte que son ancien professeur avait peut-être toujours eu cette pierre à l'intérieur de sa baguette, faisant plier le monde à ses envies.

Mais Dumbledore n'était pas un menteur. Et si une grande part de lui n'agissait que dans son pur intérêt, Newt savait qu'au fin fond de son âme siégeait une part de bon sens. Il était peut-être encore plus sournois que Grindelwald lui-même mais n'avait jamais cédé à la folie comme ce dernier.

« Mais ce n'est pas pour ça que je vous ai demandé de venir. » Il racla doucement sa gorge. « Aucun auror, aussi expérimenté soit-il, n'avait réussi à rompre le sceau qui m'empêchait d'accéder à ma mémoire. Jusqu'à ce que Queenie Goldstein ne se propose. Il lui a suffit d'essayer d'entrer dans cette partie de mes souvenirs avec un sortilège lié à sa Légilimancie, et tout s'est débloqué. Grindelwald partage le même don qu'elle et n'avait probablement pas prévu que je rencontre Queenie de sitôt. » Tous l'écoutèrent attentivement, et il marqua une pause pour adresser un regard à la blonde. « En pénétrant dans mon esprit, elle s'est rendue compte d'une seconde anomalie. Une autre partie de ma mémoire était brouillée, et quand elle en a rompu le sceau, je me suis souvenu d'une histoire que mon père m'a raconté il y a fort longtemps. »

Newt fronça doucement les sourcils. Il laissa son ancien professeur continuer avant de dire quoi que ce soit, mais il eut un mauvais pressentiment.

« Mon père a eu un quatrième enfant. Un cracmol, qu'il a renié. Honoria, ma tante, a réussi à le convaincre de lui laisser l'enfant à la seule condition qu'elle s'exile de Grande-Bretagne. Ce qu'elle a fait. Malheureusement, le bateau qui était supposé les conduire aux États-Unis a fait naufrage et l'enfant est mort en mer, et elle s'est suicidée cinq ans plus tard. »

Le magizoologue ouvrit lentement la bouche, consterné. Dumbledore lui avait déjà raconté cette histoire – avec beaucoup plus de détails. Mais quelque-chose clochait. Pourquoi…

« Pourquoi Grindelwald aurait-il effacé ce souvenir de ma mémoire ? » Avait-il dit, rattrapant Newt dans ses pensées. Il soupira. « Je n'en avais pas la moindre idée. »

« Le sort que j'ai lancé sur son esprit pour lui restituer ses souvenirs m'obligeait à entendre ses pensées. » Elle s'arrêta, et tous pouvaient lire l'anxiété sur son visage et dans ses gestes alors qu'elle tordait le tissu de ses manches. « Et il s'avère que j'ai appris… Beaucoup de choses à Nurmengard. Dont le fait qu'Aurelius Dumbledore, son frère que tous croyaient défunt est en réalité vivant. Et ce n'est pas le pire… » Son regard s'attarda sur un point imaginaire près du sol. « Grindelwald pense que cet enfant est Credence. »

Newt hoqueta de surprise, mais n'eut pas le temps de réagir lorsqu'une voix plus imposante que la sienne se fit entendre.

« C'est impossible. Cet enfant est mort noyé. » Graves venait de prendre la parole et tous s'étaient tournés vers lui. « Honoria a décrit cette scène dans sa lettre d'adieux. Elle l'a vu plonger vers les profondeurs sans avoir le temps de nager vers lui, elle n'a pas été explicite, mais l'idée est là. »

« Comment est-ce que vous… » Commença Theseus, perplexe.

« Céphren Haddad, l'ancienne directrice et mon mentor, a enquêté sur cette affaire avec Perceval Dumbledore. » Railla-t-il, agacé de devoir constamment se justifier auprès de l'auror. Il se tourna vers le professeur. « J'imagine qu'il s'agit de votre père ? » Demanda-t-il. Lorsque ce dernier hocha la tête, il se racla la gorge et continua. « L'auror en chef et elle furent en déplacement pendant plusieurs mois pour cette affaire. Et j'ai été son remplaçant. Ce qui signifiait que j'avais accès à absolument tout ce qui était classé secret défense. »

« C'est ce que nous n'arrivons pas à comprendre non plus comment Aurelius Dumbledore peut être en vie. » Murmura Queenie à propos de la survie de l'enfant, aussi perdue qu'Albus. « Il pourrait avoir monté cette histoire de toutes pièces jusque dans les moindres détails, allant même voler ses souvenirs au professeur Dumbledore pour semer le doute. Je sais qu'il en serait capable. Mais… J'imagine que le doute est permis. » Elle marqua une pause et s'adressa à ce dernier. « Grindelwald ne cessait de répéter qu'une prophétie le liait à votre nom de famille, qu'il serait amené à accomplir de grandes choses avec un phénix sur l'épaule. Que l'année de votre rencontre était importante. »

« C'est une histoire de symboles. » Fit Newt, sortant enfin du silence. Tous se tournèrent vers ce dernier, circonspects. « Vous vous êtes rencontrés en mille-huit-cent-quatre-vingt-dix-neuf ? Je me trompe ? » Dumbledore hocha la tête. « Aurelius Dumbledore est né cette année-là. Et si Grindelwald s'était simplement trompé de Dumbledore ? L'année est importante, il disait. Et si sa prophétie disait vrai, mais qu'il ne s'agissait tout simplement pas de vous mais de votre frère ? »

Albus resta bouche bée, et personne d'autre ne fut capable d'articuler le moindre mot à cet instant.

« Ce bateau. Celui où il transportait Credence. Il aurait pu utiliser un portoloin pour éloigner Credence, mais il a préféré l'emmener en mer. Un bateau qui s'appelle le 1899. Grindelwald est attaché à la symbolique. Il aurait pu me torturer sur une planche de bois, mais il a préféré me suspendre dans le vide pour que je me sente seul. Je n'avais rien à quoi me rattacher, pas le moindre bout de bois sur lequel me reposer. Il est perfectionniste et il ne fait jamais rien sans avoir une idée parfaitement claire derrière la tête. Tout. Tout est toujours parfaitement calculé. » Il s'arrêta et parut réfléchir quelques secondes. « Le certificat d'adoption de Credence Barebone date de mille-neuf-cent-quatre. Mais il s'agit de l'année à laquelle il a été adopté. Pas de celle de sa naissance. »

Le silence s'installa. Newt ignora s'il s'agissait d'un simple malaise ou si tous étaient en pleine réflexion. Il n'osait regarder personne dans les yeux tant il était gêné à cet instant.

« C'est… Brillant, j'imagine. Je n'en attendais pas moins de toi. » Fit la voix familière du professeur. « Cependant ça ne règle pas notre problème. Comment mon frère pourrait-il être en vie ? »

« Je… Je pense que je sais. »

Personne ne s'attendit à ce que la petite voix de Leta trouve son chemin à cet instant.

« Tu n'as pas besoin de… » L'interrompit Theseus.

« Il le faut. » Elle soupira longuement avant de reprendre. « Newt. Tu… Tu n'aurais pas pu tomber plus juste, lorsque tu parlais de symbolique. » L'anglais pencha doucement la tête sur le côté, intrigué. « Ma mère venait d'une famille française de sang-mêlé. Mon père décida de jeter son dévolu sur elle et lorsqu'il se rendit compte qu'elle refusait ses avances, utilisa le sort d'Imperium pour l'avoir. Elle mourut peu après ma naissance, et mon père sombra dans la haine pure. Il voyait en moi celle qui avait tué sa femme et me détesta pour ça. » Theseus attrapa doucement la main de sa fiancée, serrant cette dernière. « Il se remaria plusieurs années après le décès de sa femme et eut un enfant. Un garçon qu'il nomma Corvus. Corvus avait tout ce que je désirais. Il avait l'amour, il avait la protection, il avait les regards alors qu'il n'était encore qu'un bébé. Mon père appris un jour que la famille Kama, d'où venait sa femme défunte, avait fait juré leur premier fils de venger sa mère et de tuer le nouveau-né, la chose que mon père aimait plus que tout au monde. Alors il nous envoya d'abord en Angleterre, mais Kama avait fini par nous rattraper. Voyant que l'Europe était sans issue, il finit par choisir les États-Unis. »

« Vous avez pris le même bateau que Honoria ? » Demanda Dumbledore et Leta hocha doucement la tête.

« Je détestais Corvus. Je voulais qu'il disparaisse. Je voulais ce qu'il avait, l'amour de mon seul parent. Alors j'ai échangé son fils avec un autre bébé, celui qui se trouvait dans une cabine plus loin. » Reprit-elle. Sa voix se brisa lorsqu'elle parvint à la fin de sa phrase. Son visage crispé semblait tordu par la culpabilité et la tristesse.

Le professeur prit une grande inspiration et sa bouche resta entrouverte. Son frère était en vie, et ne se trouvait probablement du bon côté de la mer. Ni du bon côté tout court.

« Je vais commencer à croire que ces histoires de prophétie sont vraies. » Murmura-t-il. « C'est… J'aimerais dire que ce n'est qu'une coïncidence et que l'enfant qui a pris la place de Corvus ne peut pas être mon frère mais Newt a raison. » Il marqua une pause. « Grindelwald laisse de maigres indices de son passage et joue avec la subtilité. Il ne dira jamais à haute voix sa véritable identité mais cherchera à ce que nous le devinions. Il a fait voyager Credence sur le même bateau qu'il y a une vingtaine d'année. » Un long soupir plus tard et il ferma les yeux. « Ou devrais-je dire Aurelius. »


C'était une vraie situation de crise.

La menace avait toujours été réelle, présente depuis le début dès les premiers signes. Mais en l'espace de moins d'un mois, elle venait d'avancer et de s'intensifier d'une manière que personne n'avait vu venir. Grindelwald avait la main sur tout ce dont il avait besoin : Credence, et la Pierre Parlante. Et McVaugh et Rosier semblaient plus en forme que jamais pour une raison qui les inquiétait tous.

Et Newt avait sa petite idée concernant la source soudaine d'un aussi grand pouvoir. Et maintenant qu'il était de retour à Londres et que Graves allait probablement retourner en Amérique et vaquer à ses occupations – qui ne seraient pas des moindres –, et quand le directeur de la sécurité du MACUSA et les sentiments que l'anglais avait développé à son égard seraient loin, il pourrait enfin se concentrer sur ce qu'il savait faire de mieux sans être déstabilisé : De la magizoologie. Il suspectait que la puissance des deux sbires de Grindelwald venait d'une potion qui lui était encore inconnue et il allait devoir travailler à trouver cet ingrédient. S'il s'avérait qu'il avait tort, il pourrait au moins mettre au point un sérum qui permettrait aux aurors d'être plus puissants face au mage noir. Ce ne serait, en aucun cas, du temps perdu.

L'anglais se fit interrompre dans ses pensées, alors qu'il marchait en direction du pont de Poudlard, par une main qui attrapa son bras. Lorsqu'il fit volte-face, il ne s'attendit pas vraiment à voir Graves encore à ses côtés, après lui avoir presque craché à la figure avec ses derniers mots.

« Vous désiriez me parler ? Alors parlons. » Fit-il, probablement en référence à ce que l'anglais lui avait dit dans sa chambre d'hôpital. Newt serra les poings. Il n'en avait pas la force. Mais s'évertuer à repousser le moment fatidique ne l'aiderait pas. Il soupira.

« Pas ici. » Murmura-t-il en lui faisant signe de le suivre.

Ce furent quelques minutes de marches plus tard à l'extérieur de l'école qu'ils transplanèrent vers un endroit clos. Graves ne reconnut pas immédiatement l'endroit où ils se trouvaient et inspecta soigneusement la pièce dans laquelle ils venaient d'apparaître avant de comprendre qu'il s'agissait de l'appartement de Scamander.

« Félicitations… Pour votre réhabilitation. » Et s'il ne douta pas une seule seconde de la sincérité dont faisait preuve l'anglais à cet instant, il sentit une pointe de chagrin dans sa voix.

« Merci. »

En venir au fait lui sembla bien plus complexe qu'il ne l'imaginait. Et Newt fut secrètement reconnaissant lorsqu'il se rendit compte que Graves ne pressait pas la discussion. Il laissa simplement les choses aller, et éventuellement lorsque le magizoologue se sentirait mieux, ils essayeraient d'avoir un semblant d'échange cohérent.

Le directeur lui tendit son long manteau noir alors que son regard imprimait doucement la pièce dans laquelle il se trouvait. Newt remarqua bien assez vite l'intérêt que ce dernier semblait porter à son appartement mais n'osa pas lui faire remarquer quoi que ce soit.

L'anglais tourna bien assez vite la tête, craignant que Graves remarque son regard insistant et passa la porte de son salon. L'endroit n'était pas spécialement grand. Les murs étaient recouverts d'une tapisserie blanc cassé qui était probablement là depuis des années, peut-être même avant que Scamander emménage ici. La plupart des meubles étaient en bois clair, et les rideaux partagés entre un velours ambré épais et de la dentelle blanche. Visiblement, ce n'était pas lui non plus qui avait fait la décoration. L'américain se fit la réflexion que Newt avait probablement emménagé dans un endroit qui était déjà meublé, s'était accommodé de l'endroit et n'avait pas vraiment cherché à le rendre plus… Personnel. Quand Newt ouvrit une porte qui menait vers des escaliers, Graves comprit. Il était naturellement évident que Newt utilisait cet appartement comme sa réserve principale.

« Est-ce que les propriétaires sont au courant ce que vous faites ? » Fit-il, un sourire narquois aux lèvres.

Si Scamander n'osa pas le regarder dans les yeux, il ne put s'empêcher de tourner la tête pour lui sourire, amusé.

« Oh. Cet appartement m'appartient. » Il haussa doucement les épaules. « Ma tante vivait ici autrefois, et mes parents ont fini par me l'offrir. »

Sa tante alors. Cet appartement n'avait pas été redécoré depuis beaucoup plus de temps qu'il ne l'imaginait, pensa Graves. Il avait toujours essayé d'être un homme de bon goût, propre sur lui-même et bien habillé. Son bureau et son appartement étaient aussi à son image. Ce fut probablement pour cette raison qu'il n'arrivait pas à s'empêcher de commenter – mentalement, il n'oserait jamais faire de telles réflexions à Scamander – l'esthétique qui caractérisait le magizoologue. C'était plus fort que lui.

L'américain s'aventura finalement dans ces escaliers qui descendaient vers une sorte de cave. Cet endroit n'avait rien à voir avec ce qu'il avait déjà pu observer aux côtés de l'anglais. Le plafond était infiniment plus haut et le coin personnel destiné au travail de Scamander semblait bien plus spacieux. Il y avait une pièce en retrait conçue pour stocker la nourriture et alors qu'il descendait les marches, Graves remarqua les arcades qui bordaient ces dernières. Derrière, se trouvait un immense bassin dont l'eau sombre le fit presque frissonner. Il pouvait sentir l'aura de la créature qui se trouvait à l'intérieur tout en ignorant sa nature.

« Qu'est-ce que vous gardez ici ? »

Un sourire empli de fierté s'empara des lèvres du magizoologue. Un sourire que Graves n'avait pas vu depuis bien longtemps.

« Vous voudriez voir ? » Demanda-t-il, sa gêne et son stress envolés.

Sa question eut le mérite de surprendre le directeur. Il ne l'admettrait pas, mais il était terrifié à cet instant. La dernière fois que l'anglais n'avait pas voulu explicitement lui parler d'une créature, il s'était avéré que le fourbe cachait un dragon. Et Graves n'était pas prêt à revoir une créature d'aussi grande envergure.

Mais Scamander était ce qu'il était. Imprévisible au possible. Et peut-être de l'admettrait-il jamais, mais il vouait un véritable culte à ce sourire si sincère qui le prenait lorsqu'il parlait de sa passion.

« J'imagine que rien ne pourra autant me surprendre que Nestor. »

« Figurez-vous… » Reprit l'anglais. « Qu'un Pansedefer Ukrainien est bien plus impressionnant qu'un Noir des Hébrides. Mais je n'ai rien de tel dans ma réserve. »

Et Graves roula machinalement des yeux, faussement exaspéré.

« Très bien. Que vouliez-vous me montrer exactement ? » Reprit-il.

Scamander arbora un air malicieux, et l'américain décida qu'il détestait au moins tout autant qu'il aimait ce dernier.

« Plongez dans l'eau. »

« Je vous demande pardon ? » Railla-t-il, les sourcils haussés.

« Jusqu'où me faites-vous confiance ? » Touché.

« J'ai compris. » Il remonta ses manches, adressant un regard méfiant au magizoologue dont le sourire ne s'était toujours pas décroché. Et au moment où il s'apprêta à plonger, il entendit ce dernier siffler dans son dos, l'idée ne lui plut pas le moins du monde mais il était déjà trop tard pour faire machine arrière. Son corps entier s'immergea dans le froid et la profondeur du bassin. Il entendit un cri résonner autour de lui, comme si une baleine vivait ici.

Et avant même qu'il ait le temps de se retourner pour observer les environs, il vit une masse verte et sombre arriver à toute vitesse sur lui et l'effleurer. La puissance de la créature qui venait de passer à côté de lui fut telle qu'elle le fit tournoyer. La peur mêlée à la surprise lui fit expirer tout l'air qu'il avait économisé hors de l'eau et l'obligea à remonter vers la surface, et ce fut à cet instant que Scamander – qui s'était débarrassé de son manteau juste avant – plongea à son tour.

Il se trouvait à quelques mètres de lui et Graves eut l'étrange impression que l'anglais brillait sous l'eau. Sa peau claire, sa chemise immaculée et son veston jaune reflétaient la lumière du soleil artificiel qui se trouvait au-dessus du bassin.

Il aurait probablement pu rester ici des heures à regarder le magizoologue nager sur place, les cheveux portés par le courant de l'eau et par ses propres mouvements. Comme s'il flottait avec une grâce unique dans le vide. Une aura éthérée qui l'apaisa.

Il aurait probablement pu. Si seulement il n'avait pas cruellement manqué d'air. Graves était peut-être un excellent sorcier mais il était misérable en apnée et pour cause, son poste de directeur ne l'avait pas souvent confronté à des opérations immergées. Il remonta alors à la surface pour remplir ses poumons et fut surpris de ne pas voir Scamander faire de même. Une bouffée d'oxygène plus tard, il coula de nouveau pour chercher ce dernier mais commença doucement à s'inquiéter lorsqu'il fut introuvable.

C'était sans compter sur l'immense créature qui revenait vers lui à toute vitesse. Graves tourna plusieurs fois sur lui-même pour trouver un endroit où se réfugier qui soit plus sûr et qui le protège de cette dernière mais demeura bien trop lent et au fur et à mesure que la chose se rapprochait de lui, un point blanc entra sa vue brouillée par les nombreuses plantes et le courant de l'eau. Un point blanc qui chevauchait l'animal et qu'il devina bien assez vite être celui qu'il cherchait.

Au fur et à mesure qu'elle avançait, la créature ralentissait et finit par s'arrêter à son niveau. Graves émergea pour pouvoir mieux voir cette dernière que Scamander enjambait. Le directeur finit par deviner qu'il s'agissait d'un kelpie, un immense, féroce et majestueux kelpie. Sa crinière d'algues était incroyablement élégante et la scène tout entière dégageait quelque-chose de particulièrement puissant.

« Qu'en pensez-vous ? » Finit par murmurer l'anglais. Graves ne put retenir un éclat de rire.

« Ma réaction parle d'elle-même, j'imagine. » Il nagea vers le rebord et sortit de l'eau. « C'est impressionnant. »

Scamander s'approcha de la terre ferme et retrouva le sol à son tour. Il attrapa sa baguette laissée sur l'un des meubles en bois qui les entouraient et d'un geste vif du poignet, il sécha ses propres vêtements et ceux du directeur. Sans broncher, il se dirigea vers le centre de l'immense pièce principale et s'assit face à l'un des bureaux. Graves remarqua l'encre et le papier et en déduit que si ce dernier était si propre, c'était parce qu'il n'était tout simplement pas destiné aux recherches de l'anglais. Une machine à écrire était d'ailleurs poussée dans le coin de ce dernier.

Il s'agissait probablement de l'endroit où Scamander avait rédigé son livre.

« Je m'excuse, mais je viens de penser au fait qu'il faut absolument que je fasse rentrer Bunty en Angleterre. Maintenant que j'ai rapatrié la plupart de mes animaux, j'ai besoin de mon assistante. » Il attrapa une feuille et sortit la plume de son encrier pour commencer à écrire une lettre. « Bien que cet endroit soit pensé pour qu'il s'autosuffise, toutes ces nouvelles têtes vont avoir besoin de nouvelles installations pour que cela se fasse. »

Graves acquiesça silencieusement et son regard se perdit dans la pièce. Dans un coin de la pièce se trouvait une énorme table avec du matériel hors de prix pour concevoir des potions. Scamander avait beau être un magizoologue réputé à travers le monde, il se demanda où ce dernier s'était procuré tout ceci. Mais il arrêta bien vite d'y penser, de peur de s'aventurer sur un terrain glissant qui le mènerait à penser que l'anglais avait encore enfreint une dizaine de lois et qu'il allait devoir le protéger de la justice. Alors qu'il était, ironiquement, la justice personnifiée. L'américain se consola par le fait qu'il était sur le territoire anglais et que ça ne le regardait pas.

Il avança de nouveau vers le bureau où siégeait Scamander et ses yeux furent attirés par les nombreuses photographies qui étaient accrochées au mur. La plupart d'entres elles étaient de son frère et lui. Il y en avait une qui avait été tirée du New York Ghost, où l'on voyait Theseus, Leta, Bunty et lui devant plusieurs piles de livres, pour célébrer l'édition de son ouvrage.

Et dans un coin de son bureau, encadrée, se trouvait Leta. Graves attrapa le cadre entre ses mains et observa longuement ce dernier.

« Vous semblez proche de la fiancée de votre frère. » Murmura l'américain, sans arrière-pensée aucune.

Scamander se raidit. Plusieurs secondes de silence passèrent, et le directeur finit par penser qu'il ne répondrait simplement pas à son observation, trop absorbé par l'écriture de sa lettre – ou autre chose qu'il n'assumerait peut-être pas.

« Je l'étais. » Lui répondit-il enfin. « Et puis j'ai été exclu de Poudlard. Ce qui nous a… En quelques sortes éloignés, je dirais. » Et ce n'était pas plus mal.

« Je vois. Je crois en avoir entendu parler. » Graves ne semblait pas entièrement satisfait de la réponse du magizoologue. Scamander décela aisément la pointe de curiosité dans sa voix et soupira.

S'il voulait que l'américain s'ouvre à lui, peut-être devrait-il lui montrer l'exemple ?

« Leta et moi étions tous deux marginaux à cet époque. C'est probablement ce qui a fini par nous rapprocher et ce qui a mené à notre… Amitié. » Commença-t-il, hésitant. Il posa sa plume mais n'osa pas faire face à l'américain à cet instant. « Je lui ai fait découvrir la magizoologie et quelque-part, j'imagine que ça l'a aidée à mieux endurer le cauchemar que les autres élèves lui faisaient vivre. » Graves, qui ne pouvait le voir que de profil, remarqua un sourire nostalgique aux lèvres de l'anglais. « Un jour, alors qu'elle se faisait poursuivre par un groupe de fille qui essayaient encore et toujours de l'humilier, elle a fini par s'enfoncer dans la forêt interdite. Seule l'une d'entre elle s'y est aventurée pour pourchasser Leta. Et… Il s'avérait qu'elle avait noué une certaine amitié avec les Chartiers qui s'y cachaient – ce sont de grands furets qui parlent notre langue. » Il marqua une pause et se frotta la nuque en signe de gêne. « Elle a réussi à attirer son ennemie près de leur tanière et l'un d'entre eux a sauté à la gorge de cette dernière qui n'est pas passée loin de la mort. » Il soupira. « J'en ai pris la responsabilité. »

Graves resta interdit un moment.

« Vous n'avez jamais fini vos études ? » S'enquit-il, plus inquiet qu'il ne le laissait paraître.

Scamander se tourna vers lui, un sourire à la fois coupable et triste aux lèvres.

« Malheureusement, non. » Lui répondit-il simplement.

« C'est regrettable. » L'américain mordit l'intérieur de sa joue. Il hésita longuement avant de finir sa phrase, mais les mots finirent par trouver leur chemin. « Vous êtes déjà brillant. Je n'ose pas imaginer ce que ça aurait pu être si la société l'avait reconnu plus tôt et que vous auriez été gratifié d'un diplôme pour cela. »

L'anglais se leva de sa chaise et Graves sentit que quelque-chose venait de drastiquement changer dans son regard. Il y vit une flamme intense, que ce dernier essayait vainement de cacher. Mais son attitude, ses gestes tremblants et ses traits trahissaient la moindre de ses pensées.

Le directeur regretta son compliment. Pas parce qu'il ne pensait pas ce dernier, mais parce qu'il redoutait ce qui suivrait.

« Vous le pensez ? » Demanda Scamander d'une voix si affirmée qu'elle l'en déstabilisa presque.

« Pourquoi est-ce que je ne… » Commença Graves, mais il fut bien assez vite interrompu.

Interrompu par un homme qui commençait à un peu trop s'approcher de lui.

« Alors pourquoi ? » Sa question lui sembla presque désespérée. « Qu'est-ce qui ne vous suffit pas ? J'ai besoin de savoir. » Il soupira. « J'ai besoin de comprendre ce qu'il se passe dans votre tête pour avancer, parce que… Parce que je n'arrive tout simplement pas à lire en vous comme j'ai l'habitude de le faire avec d'autres. »

« Scamander, nous en avons déjà discuté et je… »

« S'il vous plaît, Sir Graves. » Son regard fut soudainement affligé. « Je ne veux pas de vos mensonges bien huilés. Je sais que vous ne me dites pas toute la vérité. Comme vous aimez si bien le dire, je suis particulièrement observateur. »

Il y eut un moment où Graves laissa le silence s'installer. Si long qu'il fut suffisant pour laisser le doute planer et s'incruster plus profondément dans le cœur de Scamander. Maintenant que le directeur venait d'hésiter à lui répondre, il en était sûr. Il y avait quelque-chose que ce dernier refusait de lui dévoiler, et Graves comprit avec amertume qu'il était trop tard.

Il avait été pris à son propre jeu et maintenant, son tour devrait se faire dans les règles.

Alors il misa sur la sincérité, aussi désagréable serait-elle lorsqu'elle frapperait l'anglais en plein cœur.

« Je ne suis pas indifférent à vos avances Scamander. » Avoua-t-il, et si les mots furent des plus difficiles à exprimer pour l'américain, Scamander sentit un poids qui écrasait sa poitrine s'envoler et un sentiment de légèreté presque nauséeux s'empara de lui. Son estomac se tordit. Il ne comprenait pas ce qu'il avait été si dur de dire tout ce temps et comprit que Graves n'avait pas encore terminé. Les secondes semblaient terriblement longues et s'il devait tomber de haut, alors il voulait que ça se fasse aussi vite que possible. Attendre devenait incroyablement douloureux. « Mais je ne peux décemment pas vous accorder ce que vous attendez de moi. Je ne peux pas sciemment vous mettre en danger par pur égoïsme. »

Le magizoologue manqua de s'étouffer.

« Me mettre en danger ? » Demanda-t-il, les sourcils froncés. « Je ne vois pas pourquoi… »

« Chaque fois que j'ai le malheur d'accorder de l'importance à quelqu'un, mon travail finit par me priver de cette personne. C'est la raison pour laquelle on ne cesse me décrire comme la poigne de fer du MACUSA, comme un homme froid sans la moindre émotion. Parce que je refuse de laisser mes sentiments mener la danse. » Il se coupa et hésita. « Pourtant vous savez mieux que personne que ce n'est pas le cas. »

Scamander n'était pas satisfait. Ni convaincu. La vérité sembla l'irriter plus qu'autre chose. Mais maintenant qu'il avait commencé, Graves ne pouvait plus s'arrêter.

« La dernière fois que j'ai accepté de céder, que j'ai accepté l'amitié d'une de mes aurors, la mort l'a frappée parce que j'ai été irresponsable, j'ai fait une erreur qui est aujourd'hui irréparable. Mais je peux m'empêcher de la répéter en gardant mes distances avec vous. » Et alors que l'homme en face de lui semblait prêt à exploser, il tenta d'ignorer ses réactions pour se concentrer sur ce qu'il réussissait enfin à lui dire. « Je ne serai pas toujours là pour vous protéger et Grindelwald ne veut pas seulement me voir mort, il veut me voir souffrir. À l'instant où j'aurais le dos tourné, il me privera de vous. »

L'anglais tenta de regrouper ses dernières pensées cohérentes pour former une phrase, et Graves lui laissa tout le temps nécessaire pour cela.

« Vous êtes incroyablement stupide. » Fut tout ce qu'il fut capable de dire et le directeur en fit presque tomber sa baguette.

C'était du Scamander. De l'honnêteté sans une once de tact, une réaction à chaud qu'il semblait contenir depuis que Graves avait osé parler de le mettre en danger.

Et pour une raison obscure, il ne lui en voulut pas. De toute son existence, l'américain avait toujours eut une personnalité suffisamment imposante pour éloigner le moindre de ses détracteurs. Qu'il s'agisse de sa scolarité ou de son poste actuel au MACUSA, personne n'avait jamais osé l'insulter ainsi en le regardant droit dans les yeux. Scamander était le premier, et probablement le seul qui était assez fou pour faire une telle chose.

L'anglais était un paradoxe à lui tout seul. La majeure partie du temps qu'il passait en compagnie d'autres personnes, il le faisait en gardant la tête baissée, les yeux cloués au sol et avait du mal à s'exprimer sans subitement rougir de honte. Et le reste du temps, ce dernier devenait un vrai phénomène. Osant le défier là où personne n'avait jamais osé s'aventurer. Il n'avait pas peur des gens, il n'avait pas peur de se ridiculiser, il n'avait pas peur de se mettre en danger. Il était inexplicablement, incroyablement émotif et – alors que l'américain venait seulement de commencer à le comprendre – hypersensible.

Ce qui avait besoin de sortir sortait. Et ça n'était pas autrement.

Cela faisait partie des choses qui avaient touché Graves en plein cœur, jusqu'à un point de non-retour.

« Je suis désolée, je-… » Se reprit alors Scamander, perdant doucement le fil de ses mots. « Je ne suis pas un enfant, je ne suis pas quelque-chose que vous devez désespérément protéger, vous n'imaginez pas une seule seconde le nombre de fois où j'ai échappé de justesse à la mort dans mon métier, le nombre de fois où je risque inconsciemment ma vie pour essayer de rendre le monde un peu moins abrupt au sujet des créatures magiques. Je peux me débrouiller seul, je n'ai pas besoin d'un garde du corps et ce n'est pas ce que je veux de vous. »

« Et que voulez-vous ? » À l'instant où les mots passèrent la barrière de ses lèvres, le directeur regretta amèrement ces derniers. C'était de la provocation. C'était tout sauf ce qu'il voulait montrer à cet instant. Lutter contre l'anglais s'avéra infiniment plus complexe que ce qu'il imaginait.

« Je pense que vous savez déjà ce que je veux. » Il s'approcha. Dangereusement. Suffisamment pour que Graves sente le souffle chaud sur sa peau. Son sang-froid comptait plus que tout à cet instant.

« Mon flegme a ses limites et je suis humain, Scamander. Ne vous aventurez pas là où vous pourriez le regretter. » Il ne croyait même pas en ses propres paroles. « Ne jouez pas avec le feu. »

« Alors laissez-moi me brûler. » Son souffle chaud. Sa voix. Ses yeux. Ses lèvres. Scamander.

Il était si proche. Si proche de céder. Mais un froid glacial le rattrapa lorsque le magizoologue s'écarta soudainement de lui, les yeux écarquillés et le souffle court.

« Vos… Vos scorpions. » Murmura-t-il, ses joues devenues plus roses que jamais et Graves se demanda comment l'anglais avait pu tenir autant de temps sans rougir.

Le directeur haussa un sourcil, marquant l'incompréhension.

« Vos scorpions, sur votre col. » Scamander semblait de nouveau fonctionner correctement et ses mots étaient maladroits, sa voix hésitante et il bégayait. « Ils ont disparu. »

Graves toucha le col de sa chemise et sentit avec animosité que l'anglais disait vrai. Les boutons de son col en forme de scorpions, qu'il portait toujours sur lui n'étaient plus.

« C'est… C'est sûrement un niffleur, je suis terriblement désolé, je vais immédiatement les retrouver, je suis terriblement désolé, je-… » Il se mit à courir à travers la pièce, à la recherche des précieux boutons.

« Scamander. » Le concerné fit volteface, à bout de souffle et son regard croisa celui du directeur. « Cessez donc de vous excuser. » Mais il ne lui répondit jamais.

Et pour la première fois de sa vie, Graves fut infiniment reconnaissant envers ce maudit niffleur dont le sens du timing avait été parfait et l'avait empêché de commettre l'une des plus grandes erreurs de sa vie.


Je suis encore plus désolée pour la fin. Mais au moins nos deux sorciers avancent... Petits pas par petits pas.

Concernant l'histoire de Credence / Leta / Dumbledore, comme je l'ai déjà dit, je suis la trame du second film. Grindelwald prétend que Credence est Aurelius Dumbledore. J'ai adapté cette dernière pour qu'on la comprenne sans la présence de Yusuf Kama.

J'espère que vous avez apprécié et je vous retrouve Samedi prochain ! Dites-moi ce que vous en avez pensé.